‹ Système de logique déductive et inductive [microform]; exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 112 sur 146 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

§ 1. — Jusqu'ici nous n'avons considéré les principes de lassification scientifique qu'au point de vue de la formaion des groupes naturels, et c'est là que se sont arrêtés la i^lupart de ceux qui ont essayé de donner une théorie de néthode naturelle, sans en excepter le docteur WhewcU ui-même. Il reste pourtant une autre partie non moins niportante de la théorie, qui n'a encore, que je sache, été ystématiquement traitée que par M. Comte. C'est l'arrangement des groupes naturels en une série naturelle (1).

(1) Le docteur Whewell, dans sa réplique {Philosophie de la découverte, '. 270), déclare qu'il « couperait, court sur la théorie d'une série d'êtres organisés, ou plutôt qu'il la mettrait de côté » , parce que c'était « une mauvaise et étroite philosophie ». Si telle a été sa pensée, c'est évidemment parce 'ju'il a mal compris cette forme de la théorie ; car il cite un passage de son « Histoire » , où la doctrine qu'il condamne est représentée comme celle « d'une 'simple proi^ression linéaire qui placerait chaque genre en contact uniquement

286 DES OPÉRATIONS ACXaiAlRES DE L'INDUCTION.

Le but de la Classification, comme instrument dansl'inves- Ij.ation de la nature, est (ainsi que nous l'avons établi plus haut) de nous faire penser à l'ensemble des objets qui ont le plus grand nombre de propriétés communes importantes, et que par conséquent, nous avons le plus souvent 1 occasion de considérer en bloc dans le cours de nos inductions. Nos idées des objets sont ainsi ordonnées de la manière la plus propre à nous faire poursuivre avec succès nos recherches indiictives. Mais quand le but qu'on se propose est de faciliter quelque recherche inductive particulière il faut plus que cela. La classification doit alors rassembler les obje s dont la considération simultanée est de nature a jeter le plus de lumière sur le sujet particulier de la recherche. Ce sujet étant la loi de quelque phénomène ou d un ensemble de phénomènes connexes, c'est ce phénomène ou cet ensemble de phénomènes qui doit être choisi comme base de

la classification. . ,»•'.'

Les conditions requises pour une classification destinée a faciliter l'étude d'un phénomène particulier consistent : premièrement, à réunir en une seule classe tous les Genres de choses qui présentent ce phénomène sous des formes et à des degrés quelconques, et, secondement, à ordonner ce. Genres en une série, en commençant par ceux ou le phénomène se réalise le plus complètement, et en finissant pa ceux où il se manifeste au moindre degré. Jusquici le plus remarquable spécimen d'une telle classification est celui que fournissent l'anatomie et la physiologie comparées; c est donc à ces sciences que nous emprunterons nos exemples.

8 2. - Je suppose que l'objet qu'on a en vue soit la recherche des lois de la vie animale. Le premier pas a la.rc.

avec celui qui le précède et celui qui le suit. .. Or ^^'^^Zl t^

tion dans le texte ne ressemble à cette progression linéaire qu en

qu'elle est une progression. ^ ^

userait certainement possible, par exemple, de marquer tous >« ' ««f rordre de leur distance au pèle nord, et cependant il ï»""" "«!;\^^;; plusieurs lieux, mais tout un cerck de lieux, i. cbaque degré de 1 échelle.

après s'être formé la conception la plus distincte possible du phénomène dans l'état actuel de la science, est d'ériger en une vaste classe (celle des animaux) tous les Genres d'êtres chez lesquels se manifeste ce phénomène, à des degrés quelconques et avec quelques autres propriétés qu'il puisse être combiné. Gomme quelques-uns de ces Genres présentent le phénomène général de la vie animale à un très-haut degré, et d'autres à un degré insignifiant et à peine appréciable, nous devons, immédiatement après, ranger les différents Genres fun à la suite de l'autre, selon le degré auquel ils présentent, chacun séparément, le phénomène, encommençant, par conséquent, par l'homme, et en terminant par les genres les plus imparfaits de zoophytes.

Ceci revient à dire qu'il faut disposer les cas dont la loi doit être tirée par induction dans l'ordre même qu'implique l'une des quatre méthodes de la recherche expérimentale exposées dans le livre précédent, la quatrième, celle des Variations Concomitantes. Ainsi que nous l'avons précédem- Hient remarqué, c'est souvent la seule à laquelle on puisse recourir avec l'assurance d'arriver à une conclusion juste, clans les cas où nous n avons que des moyens limités d'opérer par des expériences artificielles la séparation de circonstances ordinairement réunies. Le principe de cette méthode est, que les faits qui croissent ou diminuent et disparaissent ensemble sont ou la cause ou l'effet les uns des autres, ou des effets d'une cause commune. Quand on a leconnu que cette relation existe réellement entre les variations, on peut avec confiance étabhr une connexion entre les faits mêmes, soit comme loi naturelle, soit seulement comme loi empirique, selon les circonstances.

Quant à la nécessité pour l'application de cette méthode de former préalablement une série comme celle qui vient d'être indiquée, elle est trpp évidente pour être signalée; et farrangement d'un ensemble d'objets en série selon la mesure dans laquelle ils manifestent le fait dont on clierche la loi, est trop naturellement suggéré par les besoins ^es opérations inductives pour exiger plus d'explications.

Mais il y a des cas où rarrangement requis pour un but spécial devient le principe déterminant de la classification des mêmes objets instituée dans des vues générales. C'est ce qui arrive naturellement et à propos lorsque les lois à déterminer pour une recherche spéciale jouent un rôle si prédominant dans le caractère général et l'histoire des objets, exercent une si grande influence sur la production de tous les phénomènes dont elles sont les agents ou le théâtre, que toutes les autres différences existant entre les objets sont, à juste titre, considérées comme de simples modifications du phénomène unique qu'on étudie, comme des effets déterminés par la coopération de quelque circonstance incidente avec les lois de ce phénomène. Ainsi, dans le cas des êtres animés, les différences entre une classe d'animaux et uni autre peuvent légitimement être considérées comme dr simples modifications du phénomène général, la vie animale; •modifications résultant, soit des différents degrés auxquel^ ce phénomème se manifeste dans divers animaux, soit du mélange des effets de causes accessoires propres à la nature de chacun d'eux avec les effets produits par les lois générales de la vie; ces lois ayant toujours une influence prédo minante sur le résultat. Les choses étant telles, aucune recherche inductive spéciale au sujet des animaux ne peut être menée à bien que subordonnée à la grande recherche des lois universelles de la vie animale. La classification des animaux la mieux appropriée à ce but principal, le sera aussi à tous les autres résultats que peut se proposer la science zoologique.

§ 3. — Pour établir une classification de ce genre, ou même pour la bien entendre quand elle est établie, il faut pouvoir reconnaître la simihtude essentielle d'un phénomène, à ses moindres degrés et sous ses formes les pKb effacées, avec ce qu'on appelle le même phénomène dans son plus complet développement, c'est-à-dire, pouvoir identifier tous les phénomènes qui ne diffèreul que par le degré, et par des propriétés qu'on suppose

résulter d'une différence de degré. Pour reconnaître cette identité, ou, en d'autres termes, cette similitude exacte de quahté, l'admission d'une espèce-type est indispensable. Il faut considérer comme le type de la classe celui de ses Genres qui en présente au plus haut degré les propriétés constitutives, et concevoir les autres variétés comme des exemples de dégénérescence, pour ainsi dire, de ce type, comme des déviations résultant de l'intensité moindre de la propriété ou des propriétés caractéristiques. En effet, c'est dans sa plus grande intensité {cœteris paribus) qu'un phénomène peut le mieux être étudié. C'est alors que les effets dépendant, soit du phénomène, soit des mêmes causes, se produisent aussi au plus haut degré. C'est alors, par conséquent, et seulement alors, que ses effets propres ou associés peuvent être complètement connus, et que nous apprenons à en reconnaître les moindres degrés, ou même les simples rudiments, dans des cas où l'étude directe eût été difficile ou même impossible ; sans compter que le phénomène à ses plus hauts degrés peut être accompagné d'effets ou de circonstances collatérales qui ne se présentent pas aux degrés inférieurs, parce que leur production dans une mesure appréciable exige un degré d'intensité de la cause bien supérieur. Chez l'homme, par exemple (l'espèce où se manifeste au plus haut degré le phénomène de la vie animale et celui de la vie organique) beaucoup de phénomènes subordonnés se développent dans le cours de son existence, que les autres animaux ne présentent pas. La connaissance de ces propriétés peut pourtant être d'un grand secours pour la découverte des conditions et des lois du phénomène général de la vie, qui est commun à l'homme et aux animaux. Elles sont môme, à juste titre, considérées comme des propriétés de la nature animale même, parce qu'on peut évidemment les rattacher, par une filiation directe, à ses lois générales ; parce que, de plus, il est permis de présumer 'lue des rudiments ou quelques faihles degrés de ces pro- [•riétés seraient reconnus dans tous les animaux à l'aide d'organes ou même d'instruments plus parfaits que les

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