‹ Système de logique déductive et inductive [microform]; exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 141 sur 146 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

§ 1 . — La fausse conception discutée dans le chapitre précédent est principalement, comme nous l'avons dit, le fait de personnes peu habituées à l'investigation scientifique. Les unes, les politiques pratiques, aiment mieux employer les Heux communs de la philosophie à justifier leur conduite, que de chercher à la diriger par des principes philosophiques; les autres, celles dont l'éducation est imparfaite, n'ayant aucune idée du choix et de la comparaison

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rigoure :se des faits (qui sont les conditions de la formation d'une bonne théorie), essayent d'en établir une sur un petit nombre de coïncidences qu'elles ont notées au hasard.

La méthode vicieuse dont nous allons nous occuper maintenant est, au contraire, particulière aux esprits réfléchis et studieux. Elle ne pouvait être suggérée directement qu'à des personnes auxquelles la nature de la recherche scientifique est quelque peu familière, et qui, sachant qu'il est impossible d'établir par l'observation fortuite ou par l'expénmentation directe une théorie exacte de successions aussi complexes que celles des phénomènes sociaux, ont recours aux lois plus simples qui agissent immédiatement dans ces phénomènes, c'est-à-dire aux lois de la nature humaine. Ces penseurs comprennent (ce qui échappe aux partisans de la théorie chimique ou expérimentale) que la science sociale doit nécessairement être déductive. Mais faute d'avoir suffisamment réfléchi à la nature toute spéciale du sujet, et comme souvent (par suite d'une éducation scientifique trop écourtée) la géométrie est pour eux le type de toute science déductive, c'est à la géométrie plutôt qu'à l'astronomie ou aux sciences naturelles qu'ils assimilent, sons en avoir conscience, la science déductive des faits sociaux.

De toutes las différences qui distinguent la géométrie (science de faits coexistants, complètement indépendante des lois de succession des phénoinénes) des Sciences physiques de Causation qu'on a pu rendre déductives, l'une dès plus saillantes est que la géométrie ne peut présenter le cas, si fréquent dans la mécanique et dans ses applications, de forces qui se combattent, de causes qui se contrarient ou se modifient l'une l'autre. Il arrive continuellement en mécanique de rencontrer deux ou plusieurs forces motrices produisant, non le mouvement, mais le repos, ou un mouvement dans une direction diflerenle de celle qui aurait été donnée par l'une ou par l'autre des forces génératrices. Il est vrai que l'effet desl'orces combinées est le même quand elles agissent simultanément, que si elles avaient agi l'une après l'autre ou à tour de rôle ; et c'est en cela que consiste la diffé-

rence des lois mécaniques et des lois chimiques. Cependant les elTels, qu'ils soient produits par une action successive ou simultanée, s'annulent l'un l'autre, soit totalement, soit en partie ; ce que fait une force, l'autre le défait, soit partiellement, soit complètement. Rien de semblable n*a lieu en géométrie. Le résultat d'un principe géométrique ne contredit jamais le résultat d'un autre principe. Ce qui est démontré d'un théorème de géométrie, ce qui serait vrai n'existat-il pas d'autres principes géométriques, ne peut être ni modifié, ni rendu faux en vertu de quehjue autre principe. Ce (jui est une l'ois reconnu vrai est vrai dans tous les cas, quelque supposition qu'on puisse faire à l'égard de toute autre matière.

Maintenant, c'est une idée de ce genre que paraissent s'être formée, au sujet de la science sociale, les premiers penseurs qui ont entrepris de la traiter par une méthode déductive. La mécanique serait une science tout à fait assimilable à la géométrie si chaque mouvement résultait d'une seule force, et non du conflit de plusieurs forces. Dans la théorie géométrique de hi société, on paraît supposer que tel est réellement le cas pour les phénomènes sociaux; que chacun résulte toujours d'une force unique, d'une seule propriété de la nature humaine.

Au point où nous sommes arrivés, il est inutile de rien ajouter pour prouver que tel n'est pas le vrai caractère des phénomènes sociaux. 11 n'est pas un de ces phénomènes (les plus complexes de tous et, par conséquent, les plus susceptibles de modifications) qui ne subisse l'influence de forces innombrables; qui ne dépende de la conjonction d'un très-grand nombre de causes. Nous n'avons donc pas à prouver que la notion en question est une erreur, mais à prouver que cette erreur a été commise ; que cette conception si fausse de la manière dont se produisent les phénomènes sociaux a été positivement et en fait adoptée.

§ 2. — Nous devons quant à présent laisser de côté la classe nombreuse de raisonneurs qui ont traité les faits so-

dé LA MÉTHÔDî: géométrique ÙV: AliS'rlUIÎE. 4si

cinux d'après les métliodos géométriques, sans âdniellre aucune modification d'une loi par une autre, parce que chez eux cette erreur se complique et résulte d'une autre erreur fondamentale, que nous avons déjà remarquée en passant, et dont nous traiterons plus amplement avant de conclure. J'entends parler de ceux qui déduisent leurs conclusions pohtiques, non de lois naturelles, non de successions de phénomènes, réelles ou imaginaires, mais de maximes pratiques inflexibles. Tels sont, par exemple, tous ceux qui fondent leur théorie politique sur ce qu'on appelle le droit abstrait, c'est-à-dire sur des maximes universelles, prétention dunt nous avons déjà signalé la chimère. Tels sont encore ceux qui supposent un contrat social, ou tout autre genre d'enoagement primitif, et qui l'appliquent aux cas particuliers par simple interprétation. En cela l'erreur fondamentale est de vouloir traiter un art comme une science et avoir un art déductif. Nous montrerons dans un autre chapitre combien cette tentative est irrationnelle. 11 conviendra, au sujet de la théorie géométrique, d'emprunter nos exemples aux penseurs qui ont évité cette erreur additionnelle, et qui, en cela, ont une idée plus juste de la nature de la science politique.

Nous pouvons citer d'abord ceux qui prennent pour principe de leur philosophie politique, que le gouvernement est fondé sur la peur; que des craintes réciproques ont seules réuni les hommes dans l'état de société, et les y retiennent encore. Quelques-uns des premiers philosophes qui ont traité de la science politique, ïlobbes en particulier, ont pris cette proposition, non pas implicitement, mais ouvertement, pour base de leur doctrine, et ont essayé de Latir dessus une philosophie politique complète. Il est vrai que Hobbes ne jugeait pas cette maxime sulfisanle à elle seule pour porter toutes ses conclusions, et qu'il fut obligé d'y coudre le double sophisme d'un contrat primitif; "je dis un double sophisme, d'abord, parce que c'est donner une Action pour un fait, et ensuite, parce que c'est prendre pour base d'une théorie un principe pratique, un précepte. Or, »• 31

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il y a Xhpetitioprinc'ipii, puisque (comme nous Tavoiis remarqué en traitant de ce Sophisme) toute règle de conduite, lors même qu elle est aussi obligatoire que peut Têtre Taccomplissement d'une promesse, doit reposer elle-même sur la théorie du sujet, et la théorie, par conséquent, ne peut reposer sur elle.

^ 3. - Je passerai sur plusieurs exemples de moindre importance de l'emploi de la méthode géométrique en politique, pour en venir immédiatement au plus remarquable qu'ait présenté notre temps. L'erreur a été commise par des hommes qui connaissaient parfaitement la distinction de la science et de Tart; qui savaient que les préceptes de conduite (U)ivent suivre, etnon précéder, la constatation des lois de la nature, et que ce sont ces lois, et non les préceptes, qui peuvent légitimement donner lieu à l'application de la méthode déduclive. Je veux parler de la doctrine de l'Intérêt de

l'école de Bentham.

Les penseurs profonds et originaux qu'on rattache ordinairement h cette école ont fondé leur théorie générale du gouvernement sur une seule prémisse très-générale, à savoir, que les actions des hommes sont toujours déterminées par leurs intérêts. Il y a ambiguïté dans cette dernière expression , car, comme les mêmes philosophes, et spécialement Bentham, appellent intérêt tout ce qui plaît, la proposition peut être entendue dans ce sens que les actions des hommes sont toujours déterminées par ce qu'ils souhaitent. Amsi comprise, pourtant, elle ne conduirait à aucune des consé- (juences que ces écrivains en ont tirées. Ce mot, quand ils l'emploient dans leurs raisonnements politiques, doit donc être entendu comme désignant (ainsi qu'ils l'ont d'ailleurs, à l'occasion, exphqué eux-mêmes) ce qu'on appelle communément l'intérêt personnel ou matériel.

Si donc on prend leur doctrine dans ce sens, une objection qui pourrait sembler fatale se présente in limine: c'est qu'une proposition si absolue est loin d'être universellement vraie. Les êtres humains ne sont pas dirigés dans toutes leurs

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actions par leurs intérêts matériels. Cependant cette objec-. tionsest moins concluante qu'il ne semble au premier abord, parce qu'en politique on n'a point affaire à la conduite d'individus, mais à celle d'une série de personnes (telle qu'une succession de rois) ou d'un corps, d'une multitude, telle qu'une nation, une aristocratie, une assemblée représentative ; et tout ce qui est vrai d'une grande majorité du genre humain peut, sans trop d'erreur, être admis comme vrai d'une succession de personnes considérée comme un tout, ou d'une réunion de personnes dans laquelle l'acte de la majorité devient l'acte du corps tout entier. Ainsi donc, bien que la maxime soit quelquefois exprimée sans nécessité sous une forme paradoxale, les conséquences qu'on en tire subsisteraient également si l'assertion était restreinte à ceci : — la conduite d'une suite de personnes, ou de la majorité d'un corps, sera en gros dirigée par l'intérêt personnel. Nous sommes forcés d'accorder aux philosophes de cette école le bénéfice de cet énoncé plus rationnel de leur maxime fondamentale, lequel est d'ailleurs parfaitement conforme aux explications qu'ils en ont données eux-mêmes, lorsqu'ils les ont crues indispensables.

Ceci posé, la théorie en infère très-logiquement que, si les actions des hommes sont déterminées principalement par l'intérêt personnel, les seules personnes dont on puisse attendre un gouvernement conforme à l'intérêt des gouvernés 5ont celles dont les propres intérêts sont d'accord avec l'intérêt de ceux-ci. A cela on ajoute une troisième proposition, savoir, que les gouvernants ne peuvent avoir un intérêt personnel identique avec celui de leurs gouvernés qu'autant qu'ils sont responsables, c'est-à-dire, placés sous la dépendance des gouvernés. En d'autres termes (et c'est là la conclusion définitive), le désir de conserver ou la crainte de perdre le pouvoir et tout ce qui en dépend est le seul motif sur lequel on puisse compter pour déterminer chez les gouvernants un système de conduite d'accord avec l'intérêt général.

Nous avons ainsi un théorème fondamental de la science politique, consistant en trois syllogismes, et reposant prin-

cipalement sur deux prémisses générales, dans chacune desquelles un certain effet est considéré comme produit par une seule cause, et non par un concours de causes. Dans Tune on admet que les actions de la moyenne des gouvernants sont déterminées uniquement par l'intérêt personnel; dans l'autre que le sentiment d'une complète conformité d'intérêts avec les gouvernés n'est et ne peut être produit que par une seule cause, la responsabilité.

Aucune de ces propositions n'est complètement vraie, et la dernière est extrêmement éloignée de la vérité. Il n'est pas vrai que les actions, même de la moyenne des gouvernants, soient complètement ou presque complètement déterminées par l'intérêt personnel, ou même par l'idée qu'ils ont de leur intérêt personnel. Je ne parlerai pas de l'influence du sentiment du devoir ou des sentiments philanthropiques, mobiles sur lesquels on ne doit pas compter beaucoup, bien que (si l'on excepte les contrées ou les époques de profond abaissement moral) leur influence s'exerce à un certain degré sur presque tous les gouvernants et à un très-haut degré sur plusieurs. J'insiste seulement sur ce qui est vrai de tous les gouvernants, savoir, que Je caractère et le cours de leurs actions subissent, dans une large mesure (indépendamment de tout calcul d'intérêt personnel), l'influence des idées courantes, des sentiments habituels, des manières générales de penser et d'agir, qui dominent dans la société dont ils sont membres, non moins que celle des sentiments, des usages, des opinions caractéristiques de la classe particulière de cette société à laquelle ils appartiennent eux-mêmes. Et si l'on ne tient pas compte de toutes ces choses, on ne pourra jamais rien comprendre à leur conduite. Ils ne sont pas moins influencés par les maximes et les traditions qu'ils tiennent d'autres gouvernants, leurs prédécesseurs. On a vu ces maximes et ces traditions conserver leur ascendant pendant de longues périodes, même contre les intérêts particuliers des gouvernants. Je laisse de côté l'influence d'autres causes moins générales. Ainsi donc, quoique l'intérêt particulier des gouvernants ou de la classe

qui gouverne soit un mobile très-puissant, constamment en jeu et le plus influent sur la conduite, ily a aussi une bonne partie de leurs actions que l'intérêt particulier n'explique pas ; et les particularités mêmes qui rendent bon ou mauvais leur gouvernement subissent, dans une assez large mesure, l'influence de circonstances qu'on ne pourrait pas, sans impropriété, comprendre dans la signification du terme Intérêt Personnel.

Passons maintenant à l'autre proposition, d'après laquelle la responsabihté vis-à-vis des gouvernés serait la seule cause capable de produire chez les gouvernants le sentiment d'une identité d'intérêts avec la communauté. Elle peut encore moins que la précédente être admise comme vérité universelle. Je ne parle pas d'une identité d'intérêt complète; car c'est là une chimère impossible, et qu'en tout cas la responsabilité vis-à-vis du peuple ne saurait certainement produire. Je parle d'une identité dans les points essentiels; et cet essentiel varie selon les temps et les lieux. Il arrive très-souvent que ce que les gouvernants devraient faire dans l'intérêt général est aussi ce qu'ils sont portés à faire par le plus pressant de leurs intérêts particuliers, la consolidation de leur pouvoir. Ainsi , l'extinction de l'anarchie et de la résistance à la loi, l'établissement complet de l'autorité du gouvernement central dans un état social comme celui de l'Europe au moyen âge, est un des plus grands intérêts du peuple, et aussi des gouvernants, simplement parce qu'ils sont les gouvernants; et leur responsabilité ne pourrait pas donner plus de force, et pourrait plutôt de bien des manières en ôter, aux motifs qui les poussent à poursuivre ce but. Pendant la plus grande partie du règne d'Elisabeth, et de beaucoup d'autres monarques qu'on pourrait nommer, le sentiment de l'identité d'intérêt existant entre le souverain et la majorité du peuple était probablement plus fort qu'il ne l'est d'ordinaire sous les gouvernements responsables. Tout ce que le peuple a le phis à cœur, le souverain l'a le plus à cœur aussi. Qui donc, de Pierre le Grand ou des sauvages qu'il entreprenait de civi-

liser, avait la vue la plus claire et le scntinieiit le plus vif des choses qui convenaienl le mieux à l'intérêt réel de ces sauvages?

Je ne prétends pas ici établir une théorie du gouvernement, et je n'ai pas à déterminer la valeur relative des circonstances que l'école des géomètres politiques a laissées en dehors de son système et de celles qu'elle y a fait entrer. Ma seule affaire est de montrer que leur méthode n'est pas scientifique, et non de mesurer l'étendue de Terreur qui peut avoir affecté leurs conclusions pratiques.

Ce n'est d'ailleurs que justice de remarquer que leur méprise portait moins sur le fond que sur la forme, et consistait à exposer sous une forme systématique et comme solution scientifique d'une grande question philosophique, ce qui aurait dû n*être présenté que comme le thème de la polémique du jour; car, en réalité, ce n'était pas autre chose. Bien que les actions des gouvernants ne soient pas complètement déterminées par leurs intérêts personnels, c'est principalement comme sûreté contre ces intérêts qu'on exige des garanties constitutionnelles ; et des garanties de ce genre sont indispensables en Angleterre et dans toutes les autres nations de l'Europe moderne. Il est vrai aussi que, chez ces mêmes nations et à notre époque, la responsabilité vis-à-vis des gouvernés est le seul moyen pratique de créer le sentiment d'une identité d'intérêt, dans les cas et sur les points où ce sentiment n'est pas suffisamment prononcé. A tout cela, comme aux arguments qu'on peut en déduire en faveur de mesures à prendre pour perfectionner notre système représentatif, je n'ai rien à objecter; mais je regrette, je l'avoue, que le fragment minime, quoique trèsimportant, de philosophie gouvernementale dont on avait besoin immédiatement pour plaider la cause de la réforme parlementaire, ait été présentée par des penseurs si émi- Tients comme une théorie complète.

H n'est pas permis de supposer, et en fait il n'est pas vrai, que ces philosophes aient cru que le petit nombre de prémisses de leur théorie renferme tout ce (jui est nécessaire

pour expliquer les phénomènes sociaux, ou pour déterminer le choix des formes de gouvernement et des mesures législatives et administratives. Ils étaient trop instruits, trop intelligents, quelques-uns mêmes étaient des esprits trop circonspects et trop pratiques pour commettre cette erreur. Ils auraient et ils ont, en effet, appliqué leurs principes avec une foule de restrictions. Mais des restrictions ne sont pas ce qu'il faut ici. Il y a peu de chances de remédier par des changements dans la construction d'une théorie au défaut de largeur de ses fondements. C'est un procédé antiphilosophique de bâtir une science avec un petit nombre des agents qui déterminent les phénomènes, et d'abandonner le reste à la routine et aux conjeclurrs. Il faut, ou ne pas prétendre à une forme scientifique, ou étudier également tous les agents déterminants, et essayer, autant que possible, de les faire entrer tous dans l'enceinte de la science ; sans quoi on accordera infailliblement trop d'attention à ceux dont la théorie lient compte, pendant qu'on négligera, et qu'on méconnaîtra probablement, l'importance des autres. Il serait à désirer que les conclusions fussent toujours tirées de l'ensemble des lois naturelles qui se trouvent en jeu, et pas seulement d'une partie, lors même que les lois omises seraient assez insigniiiantes en comparaison des autres pour pouvoir être néghgées dans la plu|)art fies cas et des applications. Mais il n'en est pas ainsi, tant s'en faut, dans la science sociale. Les phénomènes de la société ne dépendent pas, dans les points essentiels, d'un agent unique, d'une seule loi de la nature, plus ou moins modifiés, mais sans conséquences importantes, par d'autres agents. Ils sont soumis à l'influence de toutes les qualités de la nature humaine ; et pas une de ces quahtés n'exerce son influence à un faible degré ; il n'y en a pas une dont la suppression ou une altération un peu forte ne soit capable de modifier considérablement tout l'aspect de la société, et de changer plus ou moins les successions des phénomènes sociaux.

Lu théorie qui a fait l'objet de ces remarques est, dans ce pays du moins, le principal exemple contemporain de ce que

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j'ai appelé la Méthode Géométrique de philosopher dans la science sociale. Aussi en avons-nous fait un examen plus détaillé qu'il n'aurait convenu sans cela dans un ouvrage comme celui-ci. Ayant ainsi donné une explication suffisante des deux méthodes vicieuses, nous passerons sans autres préhminaires à la vraie méthode, celle qui (comme les sciences physiques les plus complexes) procède par déduction, mais par déduction d'un grand nombre de prémisses, et non d'une seule ou de quelques-unes seulement, et prend chaque effet pour ce qu'il est réellement, comme la résultante d'une multitude de causes, opérant tantôt par un seul, tantôt par plusieurs des agents mentais ou lois de la nature humaine.

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