‹ Système de logique déductive et inductive [microform]; exposé des principes de la preuve et des méthodes de recherche scientifiqueChapitre 32 sur 146 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DE LA DÉFINITION

§ 1 . — 11 nous reste à exposer ici une partie nécessaire de la doctrine des Noms et des Propositions, la théorie de la Définition. Les définitions étant une des plus importantes classes des propositions purement verbales, nous avons déjà eu occasion d'en dire quelque chose dans un des précédents chapitres. Mais leur exposition complète a été ajournée, parce que la définition est si étroitement liée à la classification, que ce procédé ne pouvait guère être convenablement discuté avant de connaître, dans une certaine mesure, la nature de l'autre.

L'idée la plus exacte et la plus simple qu'on puisse donner de la Définition, c'est qu'elle est une proposition déclarative de la signification d'un mot, la signification usuelle ou cell«

que celui qui parle ou écrit entend attribuer au mot dans un

but particulier.

La définition d'un mot étant la proposition qui énonce sa signification, les mots sans signification ne peuvent pas être définis. Par conséquent les noms propres ne sont pas définissables. Un nom propre étant une simple marque mise sur un individu, laquelle a pour propriété caractéristique d'être sans signification, il va de soi que sa signification ne saurait être déclarée, bien qu'on puisse par la parole, ou mieux encore en le désignant du doigt, indiquer l'individu sur lequel cette marque est ou doit être apposée. On ne définit pai John Thompson en disant qu'il est « le fils du général Thompson »; car le nom John Thompson n'exprime pas cela Ce n'est pas non plus une définition de « John Thompson » de dire qu'il est « l'individu qui traverse la rue en ce moment ». Ces propositions peuvent servir à faire connaître quel est l'homme particulier auquel le nom appartient, mais cela peut se faire beaucoup plus sûrement en montrant l'individu, ce qui assurément n'a jamais été considéré comme

une définition.

Pour les noms connotatifs, la signification est, comme on l'a déjà si souvent remarqué, la connotation ; et la définition d'un nom connotatif est la proposition qui déclare sa connotation. Cela peut être fait directement ou indirectement. Le mode direct serait une proposition en cette forme « l'Homme (ou tout autre mot) est un nom connotant tels ou tels attributs » ; ou bien, ^' un nom qui, appliqué à une chose, signifie la possession par cette chose de tels et tels attributs » ; ou bien encore comme ceci : « Homme est toute chose qui possède tels et tels attributs ;— Homme est toute chose qui possède corporéité, organisation, vie, raison et certaines formes extérieures. »

Cette forme de définition est la plus précise et la moins équivoque de toutes ; mais elle est trop longue , et en outre trop technique pour le discours ordinaire. Le mode le plus usuel de déclarer la connotation d'un nom est d'affirmer de ce nom un ou plusieurs autres noms de signilication

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connue, qui cunnotent le même agrégat d'attributs. On peut le faire, soit en attribuant au nom à définir un autre nom connotatif exactement synonyme, comme « l'homme est un être humain » , ce qui communément ne passe pas pour une définition, soit en attribuant plusieurs noms connotatifs qui, ensemble, forment toute la connotation du nom à définir. Dans ce dernier cas encore on peut constituer la définition, soit avec autant de noms connotatifs qu'il y a d'attributs, comme « l'Homme est un être corporel, organisé, animé, raisonnable, de telle forme », soit avec des noms qui connotent plusieurs des attributs, comme « l'Homme est un animal raisonnable, de telle ou telle forme ».

La définition d'un nom, ainsi comprise, est la somme totale des propositions essentielles qui peuvent être formées avec ce nom pris pour sujet. Toutes les propositions dont la vérité est impliquée dans le nom, toutes celles que la simple audition du nom suggère sont enveloppées dans la définition, si elle est complète, et peuvent en être déduites sans le secours d'aucune autre prémisse, soit que la définition les exprime en deux ou trois mots ou en un plus grand nombre. Ce n'est donc pas sans raison que Condillac et d'autres écrivains ont dit que la définition était une analyse. En effet. Analyser signifie résoudre un tout complexe dans les éléments qui le composent; et c'est ce qu'on fait quand on remplace un mot qui connote un agrégat d'attributs collectivement par deux mots ou plus qui connotent ces mêmes attributs individuellement ou en groupes plus petits.

§ 2. — De ceci, cependant, s'élève naturellement la question de savoir comment on définira un nom qui ne connote qu'un seul attribut, par exemple « Blanc », qui ne connote que la blancheur; « Raisonnable » qui ne connote que la possession de la raison. Il semblerait que la signification de ces noms ne peut être déclarée que de deux manières, ou par un mot synonyme, s'il s'en trouve un, ou par la voie directe déjà indiquée, en disant : « Blanc est un nom conno-

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tant l'attribut Blancheur. » Voyuiis, ceperidaiil, s'il n'est pas possible de pousser plus loin l'analyse de la signification du nom, c'est-à-dire sa décomposition en plusieurs parties. Sans rien décider maintenant quant au mot Blanc, il est évident que la signification du mot Raisonnable est susceptible d'un peu plus d'explication qu'on n'en donne en disant seulement que « Raisonnable est ce qui possède l'attribut raison d, puisque l'attribut raison peut lui-même être défini. Et ici il faut porter notre attention sur les définitions des attributs, ou plutôt des noms d'attributs, c'est-à-dire des noms abstraits.

Quant à ces noms d'attributs qui sont connolatifs et expriment des attributs de ces attributs, il n'y a pas de difficulté ; on les définit, comme les autres noms connotatifs, en déclarant leur connotation. Ainsi le mot faute peut être défini « une qualité produisant du mal ou des inconvénients ». Quelquefois encore l'attribut à définir n'est pas unique, mais se compose de plusieurs attributs; on n'a alors qu'à mettre ensemble les noms de tous les attributs pris séparément, et l'on obtient la définition du nom qui leur appartient à tous collectivement, définition qui correspondra exactement à celle du nom concret correspondant. Comme, en effet, on définit un nom concret en énumérant les attributs qu'il connote, et comme les attributs connotés par un nom concret forment toute la signification du nom abstrait correspondant, la même énumération servira pour la définition de l'un et de l'autre. Ainsi, si la définition d'un être humain était « un être corporel, animé, raisonnable, de telle ou telle forme », la définition de Y humanité sera la corporéité et la vie animale, combinées avec la rationalité et telle ou telle forme.

Lorsque, d'un autre côté, le nom abstrait n'exprime pas une complexité d'attributs, mais un seul, il faut se souvenir que tout attribut est fondé sur quelque fait ou phénomène duquel, et duquel seul, il tire sa signification. C'est donc à ce fait ou phénomène, appelé dans un précédent chapitre le fondement de l'attribut , qu'il faut recourir pour sa définition. Maintenant, le fondement de l'attribut peut être un

i)K LA DÉIIMTIUN.

phénomène plus ou moins complexe, conj[)osc de parties différentes, soit coexistantes, soit successives. Pour obtenir la définition de l'attribut, il faut analyser le phénomène en ces parties. Éloquence, par exemple, est le nom d'un seul attribut ; mais cet attribut est fondé sur des effets extérieurs d'une nature compliquée, dépendant des actions de la personne à laquelle s'applique l'attribut, et en décomposant ce phénomène en deux parties, la cause et l'effet, on a une définition de l'éloquence : « le pouvoir d'influencer les sentiments par le langage parlé ou écrit. »

Par conséquent, un nom, soit concret, soit abstrait, est susceptible de définition , pourvu qu'on puisse analyser, c'est-à-dire décomposer en plusieurs parties l'attribut ou le groupe d'attributs qui constitue à la fois la signification du nom concret et celle du nom abstrait, en les énumérant, s'il s'agit d'un groupe d'attributs, et, s'il s'agit d'un seul, en disséquant le phénomène ou fait (de perception externe ou de conscience interne) qui en est le fondement. Bien plus, lorsque le fait est un de nos sentiments ou états de conscience simples , et par conséquent non susceptible d'analyse, les noms de l'objet et de l'attribut peuvent encore être définis, ou plutôt le pourraient être, si tous nos sentiments simples avaient des noms. La Blancheur peut être définie la propriété d'exciter la sensation de Blanc. Un objet Blanc peut être défini un objet qui excite la sensation de Blanc. Les seuls noms qui, n'étant pas susceptibles d'analyse, sont, par suite, non susceptibles de définition, sont ceux qui désignent les sentiments simples mêmes. Ces noms sont assimilables aux noms propres. Ils ne sont pas, à la vérité, sans signification comme les noms propres, car les mots Setisation de Blanc signifient que la sensation que je nomme ainsi ressemble à d'autres sensations que je me souviens d'avoir éprouvées et d'avoir appelées de ce nom. Mais n'ayant, pour rappeler ces précédentes sensations, pas d'autres mots (|ue le mot même que nous voulons définir, ou quelque autre, qui, étant exactement synonyme, exige aussi d'être défini , la signification des noms de cette classe ne peut pas être dcve-

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lo[)[»ée par des mots, et ron est obligé d'en appeler directement à rexpérience personnelle de l'individu auquel on s'adresse.

§ 3. — Après avoir exposé ce qui nous semble la vraie notion de la Définition , nous allons examiner quelques opinions des philosophes et quelques notions populaires qui sont plus ou moins opposées à cette théorie.

"La seule définition adéquate d'un nom est, avons-nous vu, celle qui exprime les faits, et tous les faits impliqués dans sa signification. Mais, dans l'opinion générale, l'objet d'une définition n'embrasse pas tant; on ne voit dans la définition qu'un guide pour la juste application du terme, un moyen d'empêcher qu'on ne l'emploie d'une manière contraire à l'usage et à la convention. A ce point du vue, il suffît à la définition d'un terme qu'elle soit un indice fidèle de ce que le terme Dénote, encore qu'elle n'embrasse pas la totalité, ni pas même quelquefois une partie de ce qu'il connote. De là résultent deux espèces de définitions imparfaites et non scientifiques, a savoir : les Définitions Essentielles , qui sont incomplètes, et les Définitions Accidentelles ou Descriptions. Dans les premières un nom connotatif est défini par une partie seulement de sa connotation ; dans les secondes par quelque chose qui ne fait pas partie de sa connotation du tout.

Un exemple de la première espèce de Définitions imparfaites est celui-ci : « L'Homme estun animal Raisonnable. » H est impossible de considérer cette proposition comme une définition complète du mot Homme, puisque (ainsi qu'on l'a remarqué précédemment) si on l'acceptait, on serait obligé d'appeler les Houyhnhnms des hommes. Mais comme il se trouve qu'il n'existe pas de Houyhnhnms, cette définition imparfaite suffît pour désigner et distinguer de toutes les autres choses les objets dénotés maintenant par le mot Homme, tous les êtres actuellement connus auxquels le nom

est attribuable. Bien que le mol soit défini par quelques-uns seulement des attributs qu'il connote, et non par tous, il se

trouve, en fait, que tous les objets connus (jui possèdent les attributs énumérés possèdent aussi ceux qui sont omis, de sorte que l'étendue d'attribution que le mot embrasse et son emploi conforme à l'usage sont indiqués par la définition incomplète aussi bien qu'ils le seraient par la complète. De telles définitions, cependant, sont toujours exposées a être renversées par la découverte de nouveaux objets dans la

nature. i i • •

Ce«^t pour les définitions de ce genre que les logiciens

avaient étabU celte règle, que la définition d'une espèce devait se faire per genus et differentiam, La Differenlia n exprimant que rarement l'ensemble des particularités constitutives de l'espèce, mais quelques-unes seulement, la dcfinilion complète serait per genus et differenlias , plutôt que par differentiam; elle comprendrait, avec le nom du genre supérieur, non pas seulement un attribut qui distingue 1 espèce à définir de toutes les autres espèces du même genre, mais tous les attributs impliqués dans le nom de l'espèce et non impliqués déjà dans le nom du genre supérieur. Cependant l'assertion que la définition doit nécessairement se composer d'un Genus et Differentia} n'est pas sohtenable. Les logiciens ont de bonne heure remarqué que le summum qenm dans une classification quelconque , n'ayant pas de ^mz//supérieur, ne saurait être défini de cette mamère, et nous avons vu pourtant que tous les noms, excepte ceux de nos sentiments élémentaires, sont, au sens strict, susceptibles de définition, en énonçant par des mots les parties constituantes du fait ou phénomène qui compose en dernière analyse la connotation de tout terme.

8 h — Quoique cette première espèce de définition imparfaite ait été considérée par les anciens et par la généralité des logiciens comme une définition complète, on a toujours jugé nécessaire que les attributs employés fissent réellement partie de la connotation du terme; car il était de règle que la définition devait être tirée de X essence de la classe; et c'est ce qui n'aurait pas eu lieu si Ton y avait fait

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