‹ Système de politique positive (volume 2)Chapitre 16 sur 36 · COMPLÉMENT DE LA DÉDICACE. XXXHI · texte numérisé non relu

COMPLÉMENT DE LA DÉDICACE. XXXHI

toit laissée aller au bonheur de vous aimer, j'ai cru pouvoir , à mon tour, répandre du charme dans votre vie. Laissez-moi puiser mes dernières forces dans une grande et consolante pensée, en espérant que vous reverserez sur la société les flots de dévouement et d'amour qui sont en vous. Que de fois n'ai-je pts va votre belle intelligence s'enflammer à l'aspect des plaies qui couvrent le monde! O Maurice! tous les sentiments généreux sont délicieux à éprouver. Quelle destinée est à la fois plus grande et plus douce que celle de rhomme utile? Ne vous souvient-il pas d'avoir souvent envié à de pauvres artisans la gloire d'une petite découverte? Vous qui pouvez bien plus qu'eux, resteriex-vous oisif? Cher et bien cher ami, vivez pour imprimer sur la terre votre noble trace. Quand un homme tel que vous apparaît au milieu de la société, il faut qu'il lui apporte son tribut de lumières et de vertus, ou qnlî te condamne au silence et à la froideur de l'égoïste. Je connais votre ftme; elle est riche et orageuse comme les nues d'un beau ciel : jamais vous n'auriez trouvé le bonheur dans l'isolement. Ne renoncez pas aux joies de le famille; des enfants répandront un grand intérêt sur votre existence. Vous vous plairez à développer en eux les nobles germes qu'ils tiendront te vous. Vous ferez de leurs jeunes cœurs autant de foyers où s'épanchera la flamme du vôtre, lis vous entoureront de respect et d'amour. O Maurice ! toutes les félicités de la vie ne se résument-elles pas dans ce seul mot?

Derniers lettre. — Le docteur L... au docteur B...

Mon vieil ami, j'approuve beaucoup le parti que vous prenez de vous soigner à votre tour. Pour nous, qui croyons au bien , c'est un douloureux spectacle que celui de cette société en désordre, où rien de ce qui est noble et grand ne peut plus se faire jour. Je viens encore d'être témoin d'un de ces sacrifices qui révoltent le cœur et la raison. L'infortunée jeune femme dont je vous ai écrit l'histoire s'est éteinte hier entre mes bras, brisée par des douleurs que je renonce à vous peindre. L'homme qu'elle aimait ne lui a survécu que quelques instants : il semble qu'il ait voulu savourer son désespoir. En vain, j'ai tenté de le ramener à la raison et au calme; il s'est brûlé la cervelle auprès du lit funèbre, avant que j'aie pu prévenir son funeste dessein.

Ceux qui ont connu la femme intéressante et malheureuse dont je déplore la perte comprendront la fatale passion qu'elle inspira. C'était une de ces organisations si rares où le cœur et l'esprit ont part égale. Nulle femme ne sentait mieux qu'elle la grandeur de son rôle. Elle eût été une mère et une épouse accomplie. Hélas! en la voyant s'éteindre entre mes bras dans l'âge où l'on doit vivre, j'ai douloureusement apprécié le peu de pouvoir qui est donné à l'homme pour réparer le mal qu'il produit.

Clotiloe de VAUX.

générale de cas gens-cï ressemble a une véritable opération de bourse. Quand ils se disputent la conversion d'un naïf, c'est une chose curieuse &

La manière obligeante dont le comte de J avait fait mes honneurs a

son cercle me mit, malgré moi, en évidence. Forcé de parler de mes opinions et de mes sentiments, je devins aussitôt le point de mire de tonte l'assemblée. Elle me battit en philosophie et en morale. Elle allait me décréter sublime pour se débarrasser de moi, quand un des hommes les pins influents de l'époque me prit & part. « Vous ressemblez, me dit-il, a une a corneille qui abat des noix. Me vous fourvoyés pas ainsi. Vous venez de a heurter des hommes qui pouvaient el qui voulaient vous servir. Héta-

■ Misses promptement vos affaires; et croyez qu'un héros h quinze mille

■ livres de rente n'est pas assez robuste pour marcher seul. »

Ce langage m'élonna tellement que je laissai a la puissance tout le loisir de s'étendre, <r Vous venez, continua -t- elle, de demander le divorce ; vous s vous êtes autorisé d'un exemple assez frappant. Certes, la justice et la » raison sont pour voos. Une loi restreinte, comme celle que vous deman-

■ des, passerait sans la moindre difficulté, el serait un véritable bienfait, s Eh bien ! pourtant, cette loi, il y a cent à parier contre un que vous ne s l'obtiendrez pas.

a C'est ma conviction, ajoula-l-il, pendant que je réprimais avec effort

■ une douloureuse impatience. La faute en est a vous, bien a vous. Von-

• loir jouer au géant, mépriser follement la hiérarchie, lui refuser la défé- » rence, et explorer, pour tout appui, l'arsenal des vieux mots, n'est-oe

■ pas prendre volontairement un rôle de dupe et courir la dague au poing a dans un tir aux pigeons ? Tenez, dit-il, si vous n'étiez paa jeune, vous h seriez fou. Mais celte infirmité- la fait tout excuser. Je vous offre donc » ma protection auprès de l'ambassadeur de"*. Vous aves du monde, une

• figure noble : vous pourrez vous pousser auprès de lui. Vons aimez une

• femme remarquable : voua lui donnerez un rang digne d'elle; et, croyez- » moi, l'amour se passe très bien du mariage, a

En finissant sa période, mon digne mentor me jeta un regard significatif

et s'éloigna de moi. J'allai serrer la main au comte de J , si supérieur

aux hommes dont il s'entoure, et je revins a Oneil la 'rage dans le coeur.

Roger, j'éclaircirai promptement ce que m'a dit cet homme, et s'il est vrai qu'il n'y ait plus trace de justice et d'honneur au sein de la société actuelle. Lucie est trop grande et trop pure poar s'incliner devant elle,

12* lettre. — Lucie à Maurice.

Maurice, voua êtes noble el grand. Quel cœur peut être plus digne que le votre de comprendre la justice et la raison T 0 le meilleur et le plus généreux des hommes, voua a. qui j'aurais sacriDé avec joie le repas de ma vie entière, puissiez- vous reconnaître a quel point le votre m'a été oher et sacré ! Mon blen-aimé, c'est eu vain que nous tenterions de lutter plus longtemps contre ri : mon Ame a achevé de se briser sons ses coups. Hélas! quand je me

COMPLEMENT DE LA DEDICACE. XXXffl

sois laissée aJ 1er au bonheur de vous aimer, j'ai cru pouvoir, à mon tour, répandre du charme dans votre vie. Laissez-moi puiser mes dernières forces dans une grande et consolante pensée, en espérant que vous reverserez sur la société les flots de dévouement et d'amour qui sont en vous. Que de fois n'ai- je pas va votre belle intelligence s'enflammer à l'aspect des plaies qui couvrent le monde! 0 Maurice! tous les sentiments généreux sont délicieux à éprouver. Quelle destinée est à la fois plus grande et plus douce que celle de l'homme utile? Ne vous souvient-il pas d'avoir souvent envié à de pauvres artisans la gloire d'une petite découverte? Vous qui pouvez bien plus qu'eux, resteriez-vous oisif? Cher et bien cher ami, vivez pour imprimer sur la terre votre noble trace. Quand un homme tel que vous apparaît au milieu de la société, il faut qu'il lui apporte son tribut de lumières et de vertus, ou qu'if se condamne au silence et à la froideur de l'égoïste. Je connais votre âme ; elle est riche et orageuse comme les nues d'un beau ciel : jamais vous n'auriez trouvé le bonheur dans l'isolement. Ne renoncez pas aux joies de la famille; des enfants répandront un grand intérêt sur votre existence. Vous tous plairez à développer en eux les nobles germes qu'ils tiendront de vous. Vous ferez de leurs jeunes cœurs autant de foyers où s'épanchera la flamme du vôtre. Us vous entoureront de respect et d'amour. 0 Maurice! toutes les félicités de la vie ne se résument-elles pas dans ce seul mot?

Dernière lettre. — Le docteur £... au docteur B...

Mon vieil ami, j'approuve beaucoup le parti que vous prenez de vous soigner à votre tour. Pour nous, qui croyons au bien , c'est un douloureux spectacle que celui de cette société en désordre, où rien de ce qui est noble et grand ne peut plus se faire jour. Je viens encore d'être témoin d'un de ces sacrifices qui révoltent le cœur et la raison. L'infortunée jeune femme dont je vous ai écrit l'histoire s'est éteinte hier entre mes bras, brisée par des douleurs que je renonce à vous peindre. L'homme qu'elle aimait ne lui a survécu que quelques instants : il semble qu'il ait voulu savourer son désespoir. En vain, j'ai tenté de le ramener à la raison et au calme; il s'est brûlé la cervelle auprès du lit funèbre, avant que j'aie pu prévenir son funeste dessein.

Ceux qui ont connu la femme intéressante et malheureuse dont je déplore la perte comprendront la fatale passion qu'elle inspira. C'était une de ces organisations si rares où le cœur et l'esprit ont part égale. Nulle femme ne sentait mieux qu'elle la grandeur de son rôle. Elle eût été une mère et une épouse accomplie. Hélas! en la voyant s'éteindre entre mes bras dans l'âge où l'on doit vivre, j'ai douloureusement apprécié le peu de pouvoir qui est donné à l'homme pour réparer le mal qu'il produit.

Clotildk de VAUX.

long et paisible veuvage ne fut pas moins noblement employé à tempérer les sauvages dissensions de ses (ils. Une consécration méritée par tant d'éminentes qualités, plutôt morales que mentales, constitue, à mes yeux, l'un des types les plus propres à caractériser l'intervention sociale des femmes, habituellement destinée à moraliser d'après le sentiment la domination spontanée de la force matérielle. Ne soyez donc pas surprise, Madame, que je puisse cordialement m'aesocier, à ma manière, à tous ceux qui demain célébreront, sous des formes quelconques, cet intéressant souvenir, que personne, j'ose le dire, n'appréciera mieux que moi. Quand la nouvelle école accomplira la révision éclairée et la rectification systématique du calendrier théologique, votre chère patronne y conservera ses justes droits personnels à l'éternelle reconnaissance de l'humanité.

En général, Madame, soyez bien convaincue que la philosophie essentiellement positive qui caractérisera le dix-neuvième siècle ne vient pas pour détruire, comme dut d'abord le faire la philosophie purement négative propre au siècle dernier. Son but consiste toujours à construire, en résultat final de tous les travaux antérieurs, l'ordre, à la fois stable et progressif, le mieux conforme à l'ensemble de notre nature personnelle et sociale. Quand vous connaîtrez assez son esprit relatif et sa tendance organique, vous comprendrez cet admirable privilège qui lui permet, pour la première fois, de combiner, sans aucune inconséquence, dans une seule doctrine homogène, tout ce que les divers états antérieurs ont pu jamais offrir de grand ou d'utile. Elle sépare partout l'office continu qui déterminait la destination fondamentale do chaque institution, d'avec les formes provisoires qui durent successivement correspondre aux différents âges de l'humanité, de manière à manifester toujours le mode final qui désormais prévaudra directement. Seule, en un mot, cette nouvelle philosophie représente réellement la vie collective de notre espèce, dont la marche nécessaire constitue surtout son sujet propre, que nulle théologie ne put embrasser, et encore moins aucune métaphysique. Les religions, en effet, ne pouvaient jusqu'ici proposer à chacun qu'un but purement personnel, le salut éternel, où la société ne saurait intervenir que comme moyen, et tout au plus comme condition , sans aucune destination progressive qui lui appartienne collectivement. Pendant la longue enfance de l'humanité, la sagesse sacerdotale, heureux organe de l'instinct universel, a du néanmoins retirer de ces constructions imparfaites une précieuse efficacité sociale, que le positivisme explique et circonscrit. Mais cet indispensable office provisoire ne pouvait les préserver toujours de la déchéance irrévocable qu'elles ont graduellement encourue , à mesure que l'évolution humaine ruinait à la fois leur crédit intellectuel et leur influence morale. Les dénominations usuelles, qui rappellent encore cette aptitude primitive à rallier nos idées et nos sentiments, semblent aujourd'hui ne plus convenir aux croyances théologiques que par une sorte d'amère ironie. Car, depuis trois siècles au moins, bien loin de tendre à nous unir, elles ont évidemment dégénéré de plus en plus en sources fécondes de désordres publics et même privés. Cette dégradation résulte d'abord de leur impuissance crois-

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