‹ Système de politique positive (volume 2)Chapitre 27 sur 36 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

AmÉGUTION GÉRÉMLB DB CBTTB MTlODCCTIOfV.

D'après [l'ensemble du Discours précédent , l'élite de notre espèce a maintenant achevé son initiation nécessaire, et doit commencer à construire son régime définitif, dont les bases systématiques sont assez déterminées. L'épuisement radical du théologisme et de la guerre permet, et même exige, l'avénement direct de l'état rationnel et pacifique, qui seul convient pleinement à la nature humaine , et vers lequel convergèrent de plus en plus toutes les évolutions antérieures. Au règne

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provisoire de Dieu, il faut enfin substituer le règne irrévocable de l'Humanité, unique issue de la crise fatale qui, depuis deux générations, lait toujours osciller l'Occident entre l'anarchie et la rétrogradation, également liées désormais au principe théologique.

Cette intime reconstruction consiste surtout à coordonner profondément les trois modes essentiels de notre existence, publique ou privée , qui jamais ne furent assez combinés après l'antique rupture de l'unité préliminaire, bientôt oppressive, instituée par la théocratie initiale. La vie spéculative , la vie active , et là vie aftftfWe * dMihrrfùt fcitt^Vs&ëiLt , chei nos trois séries d'ancêtres occidentaux, une prépondérance trop exclusive, d'abtttt Itidis^etrtinMfc I Ièu* ëssot respectif, mais ensuite incompatible avec leur harmonie mutuelle. D'après cette triple préparation, il est temps de fonder une synthèse complète et définitive, à U fôll plQI favorable à l'intelligence, à l'activité , et au sentiment , que ne le furent séparément la civilisation grecque, la sociabilité romaine, et la discipline catholico-féodale. Eri côtlta&àilt 14 fcù£fénlàtie que l'antiquité accorda finalement à l'action sur la contemplation, il faut systématiser aussi la tendance spontaûée du moyen âge à les subordonner toutes deux à l'affection, seule source normale de l'unité humaine.

Toutes ces conditions fondamentales sont également remplies par la feligîôù démoàttéè qui Viéirf aujourd'hui frèrfiptaèetf la religion révélée, de même qtiè celle-ci succéda, quinze «iêdeg auparavant, à la religion inspirée. Gomme la religion préliminaire et la religion transitoire, cette religion finale comptetid à la fois trois parties distinctes quoique solidaires , le dogme , le régime, et le culte. Elles concernent respectivement ilos trois ordres connexes d'attributs fondamentaux, pensées, actes, et sentiments. Par suite , elles caractérisent nos trois

INTRODUCTION FONDAMENTALE* *- OHAPlfU PREMIER. 408

grande» constructions continues, la philosophie, la politique,, et la poésie*

Malgré lent eonnerfité nécesèaire, leur systématisation ne jaunit être simultanée. Soit pour régler, soit pour rallier, toute religion doit subordonner l'ensemble do notre existence à une puissance extérieure , Elle doit donc apprécier d'abord ce maître suprême , afin de déterminer ensuite la conduite qu'il prescrit et là vénération qu'il comporte. Ainsi, le régime suppose le dogme, et le culte résulte de tous deux, pour consolider nos croyances et nos devoirs par leur liaison continue avec lés affections (Jui nous dominent. Cette marche naturelle préva» lut toujours, même quand la religion se rattachait à des êtres purement fictifs, dont les premières notions furent spontanées; À plus forte raison, oonvkot-elle à la religion finale, relatifs à Une existence profondément réelle , mais tràs«6ompliquée et longtemps inappréciable. Si donc la théocratie et la théolatrie reposèrent sur la tMàhgie1 la sociologie constitue certainement la base systématique de la tociocratà (1) et de la socio latrie.

Quoique l'élaboration du dogme doive d'abord prévaloir,

(!) J'ai d'abord regretté là composition hybride de ces trois termes indispsn* ssHès, Quoiqu'elle soit évidemment motivée par l'insuffisance spéciale des racines purement grecques. Mais j'ai ensuite reoonnu que cette imperfection grammaticale trouve une heureuse compensation dans l'aptitude directe d'une telle structure à rappeler toujours le concours historique des deux sources antiques, l'une sociale, l'autre mentale, de la civilisation moderne. LTiybridité n'a point empêché d'admettre plusieurs termes systématiques dont le besoin se faisait sentir, comme minéralogie, etc. A plus forte raison, ne peut-elle entraver l'introduction de noms ainsi doués, par leur formation même, d'une éminente propriété philosophique. Déjà tous les penseurs occidentaux ont accepté, d'après mon ouvrage fondamental, le mot de sociologie* «l'espère obtenir bientôt un pareil accueil pour les expressions connexes de sociocratie et socio latrie, dont l'usage va devenir encore plus nécessaire, et qu'adoptèrent sans difficulté les nombreux auditeurs de mon cours philosophique sur l'histoire générale de l'humanité.

elle demeure insuffisante tant qu'elle ne fournit pas spontanément des indications directes envers le régime et même le culte. Nos saines conceptions étant finalement destinées à régler nos actions et nos sentiments, «ette aptitude constitue toujours le meilleur critérium de leur propre maturité. Jusqu'à une telle épreuve, notre intelligence persiste encore dans l'état scientifique ou philosophique, qui, chez les modernes surtout, précède et prépare le véritable état religieux. Mon second traité sera donc souvent sociocratique , et même sociolatrique , sans cesser jamais d'être directement consacré à la sociologie proprement dite. Le discours préliminaire caractérise assez cette application décisive , qui sera spécialement développée dans le volume final. Quand la systématisation du dogme positiviste aura ainsi fondé la religion de l'Humanité , le régime et le culte deviendront, à leur tour, l'objet direct et principal de tous les travaux ultérieurs, qui pourront d'ailleurs susciter accessoirement de nouvelles élaborations sociologiques. Mais ils ne doivent ici figurer qu'à titre d'épreuve continue pour l'appréciation essentielle des travaux dogmatiques.

Ces réactions spontanées sur le régime et le culte ne tendent pas seulement à consolider notre construction actuelle , en la dirigeant mieux vers sa constante destination; elles doivent aussi la seconder beaucoup par la puissante stimulation qu'elles impriment à l'intelligence, ainsi rappelée souvent au noble sentiment direct de son efficacité morale ou sociale. La haute rationnante de tels procédés philosophiques résulte de leur évidente conformité avec le génie éminemment synthétique qui convient à toute religion , et qui doit surtout caractériser la religion finale, destinée à instituer, entre tous les modes de notre existence, une liaison plus complète et plus homogène. Toute manifestation opportune de cette intime solidarité acquiert aujourd'hui une nouvelle importance, afin de mieux

échapper à un déplorable régime de dispersion empirique. Quoique la longue insurrection moderne de l'esprit contre le cœur soit essentiellement terminée par la récente création de la vraie science sociale, elle a partout laissé de profondes habitudes, qui ne peuvent céder qu'à un suffisant exercice inverse. Le positivisme doit donc s'attacher maintenant à développer, autant que possible, non-seulement l'efficacité morale de l'intelligence, mais aussi l'aptitude, plus méconnue et non moins précieuse, que possède le sentiment pour exciter et même inspirer la raison. Cette sainte réaction, si familière au moyen âge, malgré l'imperfection des croyances, convient encore mieux à la religion démontrée, où l'ancien domaine de la grâce surnaturelle se trouve assujetti, comme tous les autres phénomènes, à des lois appréciables, qui deviennent le principal objet de la vraie philosophie.

D'un autre côté, l'urgence actuelle d'une semblable connexité coïncide heureusement avec l'impulsion fondamentale qui résulte, à cet égard, de la situation occidentale. Car, le nouveau règne de l'esprit d'ensemble surgit aujourd'hui sous l'irrésistible ascendant du vrai sentiment social. J'ai assez expliqué déjà la puissante participation de cette influence politique à l'avénement, et même à la formation, de la philosophie positive. Maintenant que cette philosophie, d'abord émanée de la science, s'élève enfin à la suprême dignité de religion, son essor habituel comporte encore mieux une telle impulsion, qui annoncera spontanément la subordination normale de l'intelligence à la sociabilité. Il faut donc compter beaucoup sur cette énergique assistance des besoins moraux et politiques pour prévenir et rectifier, dans la nouvelle construction dogmatique, les stériles divagations et l'orgueilleuse inertie où tend souvent l'esprit théorique, surtout en un temps aussi anarchique. Le positivisme ne peut surmonter l'immense opposition qu'il éprouve aujour-

d'hui que par le concours de l'adhésion prolétaire avec la sanction féminine. Ûr, ce double appui décisif ne saurait lui être aéqtiis et maintenu qbe d'après sa constante préoeoupation de la haute mission sociale qui, hors de la disse contemplative, doit constituer tout son mérite réel.

C'est ainsi qu'une impérieuse situation pousse de plus en plus les vrais penseurs occidentaux à systématiser enfin la logique positive, en appliquant à la solution graduelle des plu» grand* problèmes la combinaison continué des divers modes rationnels consacrés par l'ensemble du passé humain. Pendant les trois âges de notre longue enfance, le fétichismey le polythéisme et le monothéisme ont respectivement développé, pour l'élaboration spontanée dé nos spéculations abstraites et générales, la puis* sancè des Sentiments, l'efficacité des images, et l'aptitude des signes naturels ou artificiels. Mais cette culture partielle fut toujours trop exclusive, et ne pouvait que prépare* spontanément l'état normal dé la raison humaine. Depuis la fin du moyen âge, l'orgueil métaphysique ou scientifique a même restreint le titre de Logique au dernier de ces trois modes universels* comme le plus propre à la déduction, quoiqu'il convienne moins à Tin* duction, et que d'ailleurs sa popularité soit beaucoup moindre. AU lieu de cette vaine séparation entre la logique des femmes ou des prolétaires, celle des poètes, et celle des philosophes ou des savants, la religion finale vient aujourd'hui instituer une irrévocable combinaison de tous les moyens réguliers que comporte notre nature pour découvrir les lois extérieures. Une profonde connaissance de l'homme et de l'humanité justifie donc l'emploi logique du sentiment, qui fut le principal appui spontané de la raison naissante. D'après le consensus universel qui caractérise l'organisme, un grossier matérialisme, qui domine encore les spéculations occidentales, a souvent prôné l'efficacité des saines pratiques corporelles pour seconder le travail intel-

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lectuel. Mais il disposé à méconnaître la vertu nécessairement supérieure des bonnes impulsions morales, si eoàmranément sentie au moyen âge, et que les seuls mystique* ont ensuite api préciée dignement. L'influencé mutuelle des divers organes cô« rébranx doit pourtant être plus directe et plus puissante queceiter d'organes appartenant à ded appareils différents. Aussi là religion démontrée, toujours attentive à l'ensemble de notre exis* tence, nous familiarise*a*t-elle bientôt, encore plus «fu'au moyen âgé, avec l'usage intellectuel dé l'affection, tout en dénratoppant beàuèôup la réaction sentitùentale dé la raison k Cette doublé tendance dévient aujourd'hui un féiultat naturel et croissant dé l'assujettissement des phénomènes sociaux à de véritables lent, combiné avec les irrésistibles exigences d'une situation qui tamèttô sans cesse la sollicitude universelle ver* les questions les plùÉ itopôïtàntes et les plus difficiles.

L'ensemble des considérations précédentes semblé d'ftbort ne convenir qu'à l'élaboration directe dé la sociologie ptopn»* ment dite, sans être déjà applicable à l'introduétiotl fénfataMntale qu'il s'agit ici dé systématiser. Mais un exafflén plus Réfléchi montre, au contraire, que ce nouveau régime logique est sut" tout nécessaire pour cet indispensable préambule dé ma grande construction dogmatique. La réaction mentale du sentiment n'A guère besoin d'être spécialement invoquée dans l'étude finale de la sociologie, où la nature du sujet l'Introduit nécessairement. Il en doit être autrement envers lès sciences préliminaires, dont les spéculations plus abstraites et moins nobles paraissent re* pousser un tel secours. Cette influence universelle y devient pourtant plus indispensable, surtout aujourd'hui, pouf y faire prévaloir leur vrai caractère et leur destination réelle, que l'es* prit théorique y est plus disposé à méconnaître OU à négliger. Au fond, la systématisation qu'il faut ici leur appliquer consiste surtout à y ramener dignement l'intelligence au service continu

de la sociabilité, dont elle s'est tant écartée pendant l'irréligieux interrègne qui nous sépare du moyen âge. Rien n'était donc plus opportun que d'y recommander d'abord, au nom de la religion démontrée, la substitution définitive du régime convergent au régime divergent. Par là, ce grand précepte logique constitue lui-même un exemple décisif de la réaction normale du sentiment sur l'intelligence.

Après cette indispensable explication générale, je dois traiter directement le sujet propre du chapitre actuel, en appréciant d'abord la destination caractéristique, ensuite la nature spéculative, et enfin la marche systématique, de l'introduction fondamentale qui convient à la sociologie.

La religion finale exige seule un tel préambule, dont la religion primitive fut dispensée en vertu de sa spontanéité nécessaire. Pour en apprécier le besoin, et par suite la destination, il suffit de caractériser les principales différences entre le nouveau Grand-Être et l'ancien.

Celui-ci fut toujours simple et absolu, surtout depuis l'établissement de l'unité théologique. Au contraire, le véritable Être- Suprême est, par sa nature, relatif et composé. De là résultent nécessairement l'omnipotence de l'un et l'intime dépendance de l'autre, sources respectives des destinées, provisoire ou définitive, propres aux deux systèmes religieux.

En effet, cette complète autocratie rendait la conception de Dieu profondément contradictoire, et par suite temporaire. Car, un examen approfondi nous interdit de concilier une telle toutepuissance, soit avec une intelligence sans bornes, soit avec une bonté infinie. Outre que nos vraies méditations ne constituent qu'un prolongement de nos observations, elles ne sont destinées qu'à suppléer à leur insuffisance. Si nous pouvions toujours nous placer dans les circonstances les plus favorables à nos recherches, nous n'aurions aucun besoin d'intelligence, et nous

apprécierions tout par simple inspection. L'omnipotent exclut donc l'omniscience. Son incompatibilité avec une parfaite bonté est encore plus directe et plus évidente. Tous nos desseins réels, et par suite tout le cours de nos sentiments, se rapportent, en effet, à nos divers obstacles fondamentaux, pour nous adapter aux uns et modifier les autres. Les volontés d'un être qui serait vraiment tout-puissant se réduiraient donc à de purs caprices, qui ne comporteraient aucune véritable sagesse, toujours relative à une nécessité extérieure d'approprier les moyens au but.

Ces contradictions radicales furent naturellement dissimulées - et longtemps contenues sous le polythéisme, qui constitue, à tous égards, le principal des trois états théologiques. Mais, quand le monothéisme eut prévalu, elles ne tardèrent point à tourmenter tous les penseurs énergiques. L'impossibilité d'y échapper aurait bientôt discrédité ces dogmes précaires, si leur application morale et sociale n'avait justement préoccupé la plupart des esprits. D'un autre côté, cette application même tendait à foire mieux ressortir la profonde incohérence de la doctrine dirigeante. Car le type divin, que la logique nous poussait ainsi à caractériser par la seule omnipotence, ne pouvait plus représenter assez le type humain, si nettement distingué par la combinaison de l'activité avec le sentiment et la raison. Aussi des doutes insurmontables surgirent-ils aussitôt que l'examen devint possible. Le monothéisme pouvait d'autant moins s'y soustraire que, dans sa lutte initiale contre le polythéisme, il avait dû invoquer et consacrer l'usage religieux du raisonnement, qu'il put, à son tour, encore moins soutenir.

Par un contraste nécessaire, la supériorité réelle de la nouvelle religion tient surtout à la dépendance fondamentale qu'on reproche aujourd'hui à l'être qui en devient l'objet. Elle est ainsi assurée directement d'une durée aussi prolongée que celle de

\HQ système de politique positive.

l'existence correspondante. La suprématie de notre vrai Grand- Être reste purement relative à nos recherches et à nos besoins. On peut, sans doute, concevoir que, même sans sortir de notre monde, il existe, sur quelque autre planète, un organisme encore plus éminent. Mais, outre que nous n'en pouvons rien savoir, cette question demeurera toujours aussi oiseuse qu'inabordable, puisqu'un tel être n'affecterait aucunement nos destinées. Si nous n'avons pas vraiment besoin de toutes les notions qui nous sont effectivement accessibles, nous sommes, au contraire, certains de connaître tôt ou tard ce qui nous intéresse véritablement comme agissant sur nous, cette influence quelconque nous fournissant dès lors une base d'appréciation. Écartant donc toute vaine comparaison des divers Grands-Êtres qui peuvent exister, il nous suffit de reconnaître que le nôtre est supérieur à toutes les existences qui nous deviennent appréciables. Nous sentons d'ailleurs que nos destinées sont néoessai- » rement subordonnées à la sienne, qui constitue ainsi le principal objet de tous nos travaux.

D'après cette double conviction, on peut aisément constater qu'une telle restriction de puissance devient la source directe de la supériorité générale, surtout morale et sociale, du règne de l'Humanité sur celui de Dieu.

L'harmonie de cette suprême existence avec celles qu'elle doit régir n'a pas besoin d'explication, puisqu'elle ressort aussitôt de sa propre composition. Cette première condition d'efficacité était, au contraire, difficile pour le théologisme, qui n'y put satisfaire qu'en humanisant ses types, même sous le monothéisme. Quant à la prépondérance qui complète cette homogénéité, la moindre réflexion la démontre spontanément aux plus orgueilleux sujets. En considérant combien toutes les parties de son existence réelle, physique ou morale, dépendent des temps et des lieux, chacun se sent irrésistiblement dominé par

le vrai Grand-Être, dont sa réaction personnelle ne jyjj^lBodifier l'empire qu'entre des limites fort étroites, Maiscet ascendant ne se borne point à la seule supériorité de puissance que procurent l'étendue et la durée. Il consiste davantage dans la prééminence intellectuelle et surtout morale. Car, l'Humanité ne se compose pas réellement 4e tous les individus ou groupes humains, passés, présents, et futurs, indifféremment agglomérés* Aucun véritable ensemble ne pouvant résulter que d'éléments vraiment associables, le nouveau Grand -Être ne se forme que par le concours, dans le «temps ou dans l'espace, des existences suffisamment assimilables, enexcluant celles qui ne furent qu'un fardeau pçur notre espèce. C'est surtout à ce titré qp'il est essentiellement composé -de morts, qui, d'ordinaire, sont les seuls pleinement -jugeablçs, outre leur croissante supériorité numérique. L'admission des vivaats n'y sera presque jamais que provisoire^ afin ^accomplir l'épreuve qui, d'après l'ensemble de leur vie objeotive, leur procurera ou leur interdira une irrévocable incorporation subjective. Tous ses vrais éléments sont donc nécessairement honorables. Us .ne peuvent d'ailleurs se combiner qne par leurs nobles aspects, en écartant, du souvenir final de chacun d'eux, toutes les imperfections qui, pendant leur première vie, les poussaient à la discordance. Quand la poésie régénérée aura fait assez sentir cette double propriété, la supériorité nécessaire du nouveau Grand-Être envers ses propres adorateurs deviendra aussi incontestable par l'intelligence et d'amour qu'elle l'est déjà par la puissance. Ainsi, dans sa conl. struction du principal type religieux, le dogme positiviste réalise , naturellement cette indispensable combinaison entre l'homogé- ' néité et la prépondérance que chercha péniblement le dogme catholique par l'insuffisante fiction du Christ. Gela posé, pour mieux apprécier l'aptitude religieuse du nouf veau Grand-Être, il faut d'abord caractériser la dépendance

d'où eïter^sulte, ce qui fera directement ressortir k destination générale delfatroduction fondamentale qu'exige k sociologie systématique.

L'Humanité est assujettie, dans sa constitution et dus son développement, à des lois naturelles qui lui sont propres, et sur lesquelles repose dogmatiquement k religion finale. Cet .lois, vraiment irréductibles à d'autres, sont les plus particulières et les plus compliquées de toutes les lois fondamentales* Leur étude rationnelle, statique et dynamique, forme l'objet direet et essentiel de ce Traité, dont les second et troisième volumes lui seront entièrement consacrés. Mais, avant d'y prooédiK, il finit apprécier ici l'immense préambule systématique sans lequel cette construction ne composterait aucune constatants scientifique ni logique. La sociologie ne peut jamais devenir, comme le fut d'abord k théologie, une doctrine isolée et primitive, indépendante de toute autre. Elle sera toujours précédés et préparée, pour l'initiation méthodique comme dans révélation originale, par l'ensemble des notions relatives aux divers phénomènes plus généraux et moins compliqués. y

Outre ses lois propres, le vrai Grand-Être subit, te effet, l'empire nécessaire des lois communes à toutes les exidtynesi connues, même inorganiques. D'après sa réalité caractâNique, il est encore plus relatif que tous les êtres moins 4* nents. Gomme tout autre organisme, mais à un degré supéri< son existence reste toujours subordonnée à deux sortes de ci ditions essentielles : les unes, extérieures, se rapportent au m] lieu où il se développe ; les autres, intérieures, concernent le* éléments dont il est composé. La connaissance du théâtre el celle de l'agent ne suffisent pas, sans doute, pour dispenser] jamais d'une étude directe de l'évolution humaine ; mais elles lui préparent des bases indispensables, et même elles en contiennent les germes systématiques.

Entre ces deux ordres de conditions prélimigjjlfes, il existe une harmonie nécessaire, qui sera directement appréciée dans la troisième partie de ce chapitre, en déterminant la marche rationnelle des sciences correspondantes. Nous ne devons, en ce moment, considérer que leur ensemble total, pour caractériser! en général, son efficacité religieuse, qui sanctifiera finalement des études dépourvues jusqu'à présent de toute moralité propre.

Il serait ici superflu de considérer l'intime dépendance matérielle qui en résulte évidemment chez le Grand-Être, dont l'activité continue dérive surtout d'une telle nécessité. L'examen actuel doit seulement concerner l'influence, plus éminente et moins comprise, qu'exerce cette double dépendance sur les fonctions supérieures de l'Humanité, envisagée d'abord quant à l'intelligence qui guide sa marche, et ensuite quant à la sociabilité qui maintient son existence. On appréciera ainsi la profonde aptitude religieuse de ces dogmes préliminaires, d'une part pour régler, d'une autre part pour rallier.

Le plus grand des biologistes se formait encore, au début de ce siècle, des idées radicalement fausses sur le prétendu antagonisme des corps vivants envers leurs milieux inorganiques, généraux ou spéciaux. Mais, au lieu de ce conflit, on a reconnu bientôt que cette relation nécessaire constitue une condition fondamentale de la vie réelle, dont la notion systématique consiste dans une intime conciliation permanente entre la spontanéité intérieure et la fatalité extérieure. Néanmoins, on est encore loin de concevoir dignement ce grand concours qui domine naturellement l'ensemble de nos spéculations positives.

On a confusément senti que, pour notre vie intellectuelle comme pour la simple existence matérielle, notre dépendance

envers le monde extérieur devient à la fois une source d'ali-

SYSTDB ME VOUIKJHE IHNHflVE*

mentation erïftéme de stimulation envers la raison et l'activité- Mais il reste à caractériser convenablement sa tendance, «roi* pfais directe et pins indispensable à régler nés plus hautes fonctions, dont le cours spontané serait, sans cette fetelHé, entièrement désordonné*

Tonte notre existcaee réelle repose nécessairement sur 1Wsojetâssement devions les phénomènes quelconques à des Ma invariables. Sans cette constance des diverses relations naturelles, on ne saurait concevoir aucune marche suivie dans nos spéculations, aucun but déterminé pour nos actions, ni même aucun caractère fixe dans nos inclinations. Notre propre imegination ne peut s'affranchir d'une telle dépendance, d'où résulte toujours le fond primitif de ees créations les plus libres. On vérifie aisément combien cet ordre fondamental nous est indispensable en appréciant le trouble et la terreur que nous inspirent souvent ses suspensions ou altérations apparentes, quand elles concernent les moindres objets qui nous intéressent. La fatalité correspondante règle toute notre carrière, individuelle ou collective, afin de non* adapter à ses conditions inflexibles, et d'améliorer ses dispositions modifiables. Quoique cette domination générale ne semble d'abord relative qu'à l'activité, die concerne également l'intelligence, dont le principal exercice consiste à éclairer notre résignation ou notre intervention» Dans notre état normal, la spéculation doit avoir la même sphère essentielle que Faction, qu'elle est destinée à préparer ou à juger d'après cet ordre universel qu'elle seule apprécie*

Ce dogme fondamental du positivisme est donc, quant à ses premiers rudiments spontanés, encore plus ancien que le prin* cipe théologiste, sans excepter aucune sorte de phénomènes* même les plus éminents. Tous nous offrirent toujours, à quelques égards partiels, des relations naturelles soustraites aux volontés divines. Sans une telle base empirique, notre oonduite

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