‹ Système de politique positive (volume 2)Chapitre 28 sur 36 · PL · texte numérisé non relu

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pratique n'aurait jamais acquis aucune vraie consistance. U faut même noter que nos observations naissantes se rapportent davantage aux lois morales qu'aux lois physiques, vu leur influence plus familière et plus urgente. Tandis qu'on attribuait à certains hommes le privilège d'altérer, presque à leur gré, le cours des astres, on ne les supposait point capables de changer ainsi nos propres inclinations. L'inflexibilité radicale des principaux types moraux constituait dès lors la source nécessaire de l'intérêt attaché aux diverses compositions poétiques, dont les plus fantastiques fictions se rapportèrent toujours aux phénomènes matériels. Au fond, la philosophie théologique n'est d'abord résultée que de notre tendance initiale à expliquer les phénomènes physiques par les lois morales, que la vie réelle dévoile empiriquement. La marche inverse caractérise l'évolution positive. Mais elle n'a pu commencer que fort tard à prévaloir, même dans les plus simples cas, quand la pratique suscita le besoin de systématiser, pour obtenir des prévisions efficaces. Aujourd'hui, que ce mode systématique embrasse enfin les plus éminents phénomènes, l'invariabilité des relations naturelles acquiert la dignité d'un dogme complet, qui comprend tout dans la seule conception de l'Humanité, centre direct ou indirect des diverses spéculations réelles. C'est seulement alors qu'il développe librement son aptitude régulatrice* On a toujours senti que l'extérieur pouvait seul nous fournir des points fixes pour contenir la fluctuation de nos sentiments, la divagation de nos pensées, et l'inconstance de nos desseins. Mais le théologisme n'avait pu remplir que très-imparfaitement cette condition fondamentale qui constitua longtemps son principal office systématique. Car son unité absolue n'était au fond que subjective, quoiqu'on la crût objective. Sa notion extérieure restait nécessairement, faute d'une base réelle, dominée par les variations intérieures de notre intelligence indivi-

duelle et collective. Cette discipline devait donc manquer sa destination la plus importante : aussi alternait-elle presque toujours entre la servilité et la présomption. Le dogme positiviste institue, au contraire, notre vraie dignité, composée d'une noble résignation et d'une sage activité, dont le cours n'est jamais arbitraire. En rapportant directement à l'Humanité chaque existence partielle, il représente cette unité relative comme subordonnée elle-même à un ordre universel, évidemment objectif, et qui, par sa prépondérance nécessaire, de* vient notre régulateur fondamental.

Dans cette appréciation générale de l'aptitude directe des sciences préliminaires pour discipliner notre intelligence, je devais plutôt considérer l'influence des doctrines que celle des méthodes. Malgré l'importance supérieure de celle-ci, son efficacité régulatrice est tellement comprise depuis mon premier traité, que je pouvais ici me dispenser d'y avoir distinctement égard. Elle sera d'ailleurs consacrée spécialement dans les deux autres chapitres de cette introduction. C'est surtout par la formation graduelle de la méthode positive que l'évolution théorique des trois derniers siècles a secondé notre marche fondamentale et préparé la religion démontrée. Un tel préambule restera toujours indispensable pour instituer des convictions vraiment inébranlables. Les meilleurs esprits ne sauraient jamais obtenir cette stabilité quand ils abordent directement les études supérieures sans s'y être assez préparés par les spéculations moins compliquées et plus générales. Faute d'une telle initiation, de profonds penseurs ont exagéré la réaction mentale des passions humaines jusqu'à croire que nos intérêts pourraient même détruire les plus simples démonstrations mathématiques. Cette hérésie traduit naïvement l'état de fluctuation presque indéfinie des intelligences modernes qui sont restées étrangères aux études positives.

Sans insister davantage sur un principe désonnais incontesté, je dois maintenant compléter l'appréciation de l'aptitude religieuse directement propre aux sciences préliminaires, en la considérant sons son second aspect fondamental, qui concerne la sociabilité. Après avoir indiqué comment elles peuvent régler chaque existence, il faut caractériser leur tendance à rallier entre elles les diverses existences partielles. Du premier point de vue, elles servent à guider la marche continue du vrai Grand-Être; mais, du second, elles prennent un caractère encore plus sacré, puisqu'elles concourent même à le former et à le maintenir.

D'après sa nature composée, ce nouvel Être-Supréme exige un effort permanent pour conserver l'union des éléments séparables qui le constituent. Cette condition est d'autant plus nécessaire que l'indépendance de ses organes devient la première source de la suprématie d'un tel organisme, en sorte que leur tendance à la séparation se trouve sans cesse exercée. Aussi l'amour constitue-t-il le principe fondamental de l'existence du Grand-Être. Mais ce lien direct et universel, que rien ne peut remplacer, se trouve puissamment secondé par la fatalité commune, à la fois extérieure et intérieure, à laquelle se rapportent les convictions théoriques dont j'examine l'efficacité religieuse.

Cette influence générale tend, d'abord, à rallier par cela même qu'elle règle. Il n'est pas, au fond, plus difficile de concilier les hommes entre eux que d'accorder chacun avec luimême dans tous ses états successifs. En établissant des convictions fixes, cette dépendance élémentaire détermine nécessairement des opinions communes, par l'uniformité spontanée des spéculations qu'elle suscite. Toutes les activités individuelles en reçoivent aussi une semblable destination, pour subir et modifier son ascendant universel. Mais, outre cette double convergence

418 atftfâftfe be poiinQirtf ioerhvK.

théorique et pratique, il en résulte encan une diédpliM directement affective, qui aide toujours la sociabilité à contenir la personnalité. Cette réaction plus iaeréc et moins appréciée mérite surtout notre examen actuel.

fla principale efficacité morale consiste à dierîpHnar l'orgueil, qui, par son insatiabflité, nous divise encore davantage que Untéiét. L'habftudede la Soumission constitue la premiète eofldWdn de Tordre humain. Or, cette Irrésistible fttaHté nous en prépare te seul apprentissage décisif. Il est d'autant plus effiûftèe qu'il s'étend aussi à l'intelligence, encore moin* doeHe que l'activité. Le plus orgueilleux métaphysicien n'a jamais mé- Connu la nécessité de Subordonner tt raison aux théorèmes mathématique* otl astronomiques, lors même qu'il concevait ses phénomènes moraui comme indépendants de toute loi invariable. Quand l'évolution positive aura fait asàei prévaloir un . digne sentiment de cette soumission involontaire, elle deviendra sciemment uù puissant moyen de discipline morale, en développant la véritable humilité. Notre superbe raison fait alors consister son principal mérite à refléter fidèlement le monde réel, afin que nos opérations intérieures puissent suppléer aux indications extérieures, suivant le spectacle, trop peu admiré, que nous offre la prévision scientifique. Ce mélange de soumission et de grandeur constitue Tune de nos meilleures gloires, et aussi l'un des plus puissants auxiliaires de notre éducation morale. Heureusement aidée par la vanité, cette discipline indireote a quelquefois préservé les plus serviles savants d'une dégradation contraire à leurs convictions.

En outre, la fatalité extérieure et intérieure concourt aussi à nous unir par le sentiment continu des mêmes misères et le besoin correspondant d'une mutuelle assistance. Ce commun assujettissement aux plus tristes nécessités sera toujours propre

INTRODUCTION FONDAMENTÀUE. — CHAFfTBE PREMIER. 419

à tempérer les discordances développées par les inégalités so* ciales, qui elles-mêmes sont d'ailleurs réglées pareillement, liais il devient surtout un puissant moyen d'union en ee qu'il offre de modifiable, d'où résulte le but continu de notre activité, tant collective qu'individuelle. C'est ainsi que l'amour universel est bientôt apprécié comme notre meilleure ressource pour améliorer nos destinées, avant que l'on sente asses son aptitude, plus pure et plus directe, à constituer, par son seul exercice, notre principal bonheur.

Quelque sommaires que dussent être les diverses indications précédentes, elles suffisent ici pour l'éclaircissement préalable d'un sujet aussi directement lié à l'ensemble de ce Traité. Outre son évidente nécessité comme préambule systématique de la sociologie, la science proprement dite, organique ou inorganique, se montre ainsi douée déjà d'une haute aptitude religieuse, tant pour rallier que pour régler. L'influence irréligieuse qu'elle développa jusqu'ici, et qui d'ailleurs Ait indispensable à notre émancipation, était, au fond, peu conforme à sa vraie nature, qui consiste surtout à lier, par similitude ou par succession. A jamais devenue une introduction nécessaire à la religion finale, elle acquiert, dans la sociocratie future, une consécration plus complète et plus durable que celle dont l'honora indirectement la théocratie initiale.

Cette auguste mission devient aujourd'hui l'unique source possible d'une véritable systématisation des sciences préliminaires. Si elles précèdent et préparent la sociologie, elles ne peuvent, à leur tour, être coordonnées que par elle. Leur déplorable régime actuel ne fait que trop ressortir le besoin fondamental d'un tel régulateur, seul capable d'y remplacer l'ancienne discipline théologico- métaphysique. Faute de ce guide universel, les savants, même consciencieux, sont déjà devenus incapables d'enseigner dignement et d'apprécier sage-

4t0 STSTiMB Dt POUTIQOE POSITIVE

ment leurs théories respectives, qu'ils ne peuvent plus rattacher à aucune vue d'ensemble.

Isolément conçue, la biologie ne comporte, en effet, aucune rationnalité complète et durable. Car, après *voir justement proclamé, en principe, le consensus universel de l'organisme, elle en prétend étudier les fonctions physiques séparément des fonctions morales, qui ne se développent que dans l'évolution collective de l'humanité. Une telle scission ne peut subsister que réinstituée par la vraie philosophie, au seul titre de préparation indispensable à l'état normal de chaque intelligence, où toutes les études réelles deviendront solidaires.

La science inorganique semblerait comporter une constitution propre, indépendante de la sociologie, puisque son objet théorique pourrait être conçu sans aucune relation i l'homme, autrement que comme spectateur. Mais, outre que la sociabilité réprouvera de plus en plus cette utopie des géomètres, sa rationnalité ne serait qu'apparente. Car ici l'immensité naturelle du domaine spéculatif y susciterait des divagations indéfinies qui, outre leur profonde stérilité, deviendraient bientôt contraires à toute systématisation. L'unité objective y est nécessairement impossible, comme l'ont confirmé les vains efforts des deux derniers siècles. Elles ne comportent, par leur nature, qu'une simple unité subjective, par la commune prépondérance du point de vue humain, c'est-à-dire social. Ce seul lien universel de leurs doctrines, et même de leurs méthodes, constitue l'unique moyen d'y réduire chaque sujet, isolément inépuisable, à ce que réclame la destination sacrée de tous nos efforts quelconques au service continu du Grand-Être.

Mais cette restriction normale des sciences préliminaires au simple caractère de préambule fondamental de la science finale, importe encore plus au sentiment qu'à la raison et à l'activité. Les reproches d'immoralité tant adressés, chez les

modernes, à la culture scientifique, ne sont pas, quoique empiriques, dépourvus de tout fondement, même durable. Mon discours préliminaire a déjà signalé la tendance matérialiste . qui s'attache nécessairement aux spéculations inférieures dépourvues de toute discipline supérieure. Une plus profonde appréciation montre, en outre, que, même systématisée, toute culture théorique dispose à l'immoralité en développant, non-seulement la sécheresse, mais aussi l'orgueil. Car les grands efforts personnels qu'elle exige suscitent un sentiment excessif d'individualité, qui fait oublier ou méconnaître l'universelle solidarité humaine, aussi réelle à cet égard qu'à tout autre. Partout c'est vraiment le Grand-Être qui produit, mais toujours par des organes individuels. Cependant la vie pratique tend beaucoup moins à nous dissimuler la connexité, puisque elle-même exige habituellement un concours immédiat. Jamais la suffisance métaphysique n'a osé y étendre sa vaine fiction de l'individu construisant tout par ses seuls efforts personnels. Mais la vie théorique est toujours exposée à ces déplorables illusions d'un orgueil insociable ; elle n'en peut être préservée que d'après une constante discipline religieuse, qui la ramène dignement à son office sacré.

Quelque difficile que doive aujourd'hui sembler l'institution durable d'une telle règle, sa possibilité n'est déjà plus douteuse. Il ne faut pas exagérer la critique morale de l'esprit moderne au point de le croire incapable de jamais rentrer librement sous la juste domination du cœur. Sa fatale insurrection fut longtemps motivée par le besoin de briser un joug oppressif. Malgré ses ravages moraux, elle développa toujours, chez les nobles types scientifiques, un pressentiment confus de la destination sociale et philosophique qui consacrerait finalement ces constructions partielles et préparatoires. Une preuve irrécusable de la tendance du véritable esprit moderne vers une sage discipline ré-

.nz btotemb de pownçwt pumhve.

rahe spontanément de la formation même de la religion finale. Car l'ensemble de mon ouvrage fondamental montre clairement que le positivisme émana d'abord de l'intelligence, quoique maintenant il soit surtout en relation dlreete et continue atee le Sentiment. Sous une hante impulsion sociale, l'orgueil scientifique n'a donc pas empêché l'esprit de se dégager fibrenwrt d^mte complète anarchie pour reconstruire volontairement la prépondérance normale dn cœur. La raison moderne ne repousse radicalement qu'une discipline rétrograde ; elle solttette, an contraire, celle qui ennoblit son domaine et consolide sa marche, en l'appliquant surtout aux éminentes questions morales et politiques qu'elle ne pouvait aborder jusqu'ici faute des prineijpes convenables. Quant aux théoriciens subalternes , qui seuls persistent aujourd'hui dans une anarchie intéressée, la religion démontrée commencera bientôt son office disciplinaire en les écartant à jamais, au nom de la vraie sociabilité. La situation occidentale les place aujourd'hui dans cette irrésistible alternative logique, ou d'accepter la domination normale du cœur sur l'esprit, ou de s'avouer incapables d'en comprendre la démonstration systématique. Cette nécessité était déjà pressentie par l'admirable instinct de la Convention, quand la grande assemblée osa supprimer les académies. Serait-elle moins efficace lorsqu'une telle condition préalable se trouve pleinement démontrée?

Les exigences rationnelles de l'avenir, d'accord avee les besoins empiriques du passé, érigent donc à jamais les sciences préliminaires, organique et inorganique, en indispensable introduction, directe ou indirecte, à la seule science finale, fia outre, ces études préparatoires possèdent, en elles-mêmes, de hautes propriétés religieuses, pour régulariser et maintenir la suprême existence. Toute leur destination normale résulte de cette double aptitude générale, sauf les diverses applications

spéciales aux arts correspondants. C'est ainsi qu'elles reçoivent à la fois une salutaire discipline et une auguste consécration, qui doit y faire partout pénétrer le sentiment fondamental, en sorte que les plus austères méditations puissent devenir des actes d'amour. Aimer, et par suite agir, caractérisera surtout la vie réelle, même chez les vrais philosophes, qui d'ailleurs ne constitueront jamais qu'une imperceptible minorité. Leur félicité privilégiée devra consister à penser par amour f vu la sainte nature de leurs attributions, directement relatives aux plus hautes fonctions du Grand-Être. Si ce régime religieux semble d'abord restreindre l'essor théorique, ce n'est qu'afin de mieux développer son principal domaine, en le préservant des oiseuses divagations auxquelles il tend toujours. Ces abus, souvent coupables, d'un esprit scientifique qui prend le moyen pour le but, seront sévèrement réprimés par la: morale publique et même privée, comme consumant en d'orgueilleuses puérilités les forces qu'il faut le plus ménager. L'instinct populaire, systématisé par la religion, exercera cette juste censure avec d'autant moins de scrupules qu'il sentira mieux, sous cette prétendue ardeur contemplative, une secrète impuissance envers les plus utiles questions, qui sont aussi les plus difficiles. Quant à l'efficacité logique des recherches dépourvues de tout vrai mérite scientifique, elle ne convenait qu'à l'évolution préparatoire. La méthode positive étant désormais constituée d'après toutes ses ébauches partielles, et la science pouvant toujours reconnaître sa destination générale, rien ne peut plus excuser les travaux purement académiques, qui bientôt cesseront, en Occident, de recevoir aucun encouragement continu.

Pour caractériser assez ce régime définitif des sciences préliminaires, je dois maintenant consacrer la seconde partie de ce chapitre à la distinction fondamentale entre les spéculations

abstraites et les spéculations concrètes, sur laquelle repose toute conception vraiment encyclopédique.

Ces deux ordres de contemplations diffèrent tellement qu'ils doivent, à mon gré, être séparés dans notre constitution cérébrale, comme je l'expliquerai à la fin de ce volume. D'après mon discours préliminaire, l'observation est concrète ou abstraite, selon qu'elle concerne les êtres ou les événements. Quoique ces deux modes concourent dans toutes nos constructions intellectuelles, le premier, essentiellement synthétique, convient davantage à l'art, esthétique ou technique, et le second, primitivement analytique, s'applique surtout à la science proprement dite. Tous les penseurs avancés se sont maintenant approprié ces diverses notions philosophiques, établies par mon ouvrage fondamental. Je dois seulement les appliquer ici à restreindre le vrai domaine scientifique aux limites nécessaires qui peuvent seules consolider sa constitution rationnelle et assurer sa sainte mission.

Pour cela,il suffit de regarder cette distinction générale comme essentiellement équivalente à celle qui existe entre les spéculations composées, ou réductibles à d'autres, et les spéculations simples ou irréductibles. Les premières pourraient être entièrement déductives, si tous leurs éléments nous étaient assez connus,et si notre puissance logique devenait assez considérable. Au contraire, les secondes exigent toujours autant de bases inductives qui leur soient propres, quelque prépondérance qu'y puisse ensuite acquérir la déduction. La grande construction théorique qui doit fonder la religion démontrée peut donc se borner au système des conceptions abstraites, pourvu qu'il embrasse tous les genres de phénomènes. Car, ainsi constituée, elle fournira une base rationnelle à l'ensemble de la sagesse humaine, toujours assurée dès lors de posséder d'exactes notions systématiques sur les lois élémentaires qui coopèrent à chaque résultat.

Quelque difficile que soit souvent la découverte de ces lois fondamentales, leur petit nombre permet d'en espéter une suffisante appréciation, déjà fort avancée envers les phénomènes inorganiques. Au contraire, il n'y a aucun espoir raisonnable de connaître jamais la plupart des lois concrètes résultées des leurs innombrables combinaisons. Mais aussi nous n'en avons, au fond, aucun vrai besoin. Pour diriger notre conduite pratique, même envers nos plus éminents phénomènes, il suffit toujours que les indications générales de la science abstraite viennent guider et coordonner les divers renseignements directs que fournit, en chaque cas, un judicieux empirisme. Le projet de soumettre nos actes quelconques à une discipline purement systématique, indépendante de toute appréciation spéciale, n'est qu'une irrationnelle utopie de l'orgueil spéculatif. On peut assurer qu'elle ne deviendra jamais réalisable, même envers les arts mathématiques et astronomiques, où la pratique prévaudra toujours, quelque précieux usage qu'elle y doive faire de plus en plus des lumières théoriques.

Il n'y a donc que la science abstraite qui puisse et qui doive être systématisée, par la coordination religieuse de tous ses éléments sous la présidence de la sociologie, qui en est le œntre nécessaire. Pour mieux établir cette réduction fondamentale, sans laquelle la construction théorique serait impossible, il faut encore la regarder comme indispensable à la généralisation des lois réelles.

La sagesse vulgaire a toujours reconnu qu'il n'existe point de règle sans exception; mais, en même temps, la raison philosophique n'a cessé d'aspirer à des règles invariables. Ces deux appréciations, qui semblent incompatibles, sont pourtant également saines, en se plaçant au point de vue convenable. Leur conciliation naturelle résulte toujours de la distinction précé*

416 traita k PounQOT posrive.

dente, entre lee lois abstraites ou simple» et les foie concrètes on composées. Celles-ci ne peuvent êtres que particulière*, tandis que las antres comportent une plaine généralité, qui constitue leur vrai mérite. Tous les divers éléments de chaque cristann* sont respectivement assujettis à d'invariables lob, éasamunos aux êtres quelconques où se retrouve le même événement. A.u fond, c'est en cela que consiste surtout l'ordre naturel, dont la vraie notion, nullement déductive, résuma toujours las inductions correspondantes, assistées des anale» gies convenables. Si les loi&élémentaires d'où il résulte n'étaient pas entièrement générales, nos prévisions rationnelles ne comporteraient «ucune sécurité. Mais cette indispensable générer ttté, seule source d'une précieuse cohérence, ne s'obtient jamais que d'après une abstraction qui altère plus ou moins la réalité de nos conceptions théoriques. Les événements ne pouvant s'étudier que dans des êtres, il faut, en effet, écarter les circonstances propres à chaque cas pour y saisir la loi eom» mune. d'est ainsi, par exemple, que nous ignorerions encore les lois dynamiques de la pesanteur, si nous n'avions pas fait d'abord abstraction de la résistance et de l'agitation des milieux. Môme envers les moindres phénomènes, nous sommes donc obligés, de décomposer pour abstraire avant de pouvoir obtenir cette réduction de la variété à la constance que poursuivent toujours nos saines méditations. Or ces simplifications préalables, sans lesquelles la vraie science n'existerait jamais, exigent partout des restitutions correspondantes, quand il s'agit de prévisions réelles. Ce passage de l'abstrait au concret constitue la principale difficulté des applications positives* et la source nécessaire des restrictions finales que comportent toutes les in» dications théoriques. Alors surgissent d'énormes déceptions, comme celles que le tir effectif des projectiles présente aux orgueilleux calculs des purs géomètres. Voilà d'où provient, dans

INTRODUCTION FONDAMENTALE. •— CHAMIK HUUI1ER. 427

la vie pratique, l'alternative habituelle dee meilleurs esprit* théoriques entre l'hésitation et la méprise. C'est l'un des motifs essentiels de leur inaptitude notoire aux affaires temporelles.

L'entière généralité est donc incompatible avec une parfaite réalité. Notre vrai régime logique exige que ces deux conditions également indispensables soient d'abord séparées convenable* ment pour être ensuite sagement combinées.Toute notre conduite normale institue ainsi un heureux concours final entre le dogmatisme et l'empirisme, qui seraient également incapables de la diriger isolément, l'un par illusion, l'autre par imprévoyance» Des lois purement empiriques ne conviendraient qu'aux casqui les auraient fournies, et elles y constitueraient une stérile érudition, très-différente de la vraie science. Quelque complètes qu'elles fussent, la diversité nécessaire des circonstances concrètes empêcherait d'en déduire de nouvelles prévisions, où réside toute l'efficacité de nos spéculations positives. Mais» à son tour, le pur dogmatisme abstrait ne nous serait pas moins funeste, quoique d'une autre manière. L'entière généralité et la liaison parfaite de ses conceptions ne se rapporteraient qu'à une stérile existence ascétique. Dans la vie réelle, ses présompteuses prévisions nous exposeraient sans cesse aux plus graves aberrations.

Cette conciliation normale entre le .dogmatisme et l'empirisme était incompatible avec la nature absolue du théologisme, sous lequel ces deux marches coexistèrent forcément, mais sans aucune harmonie. La source divine des préceptes théoriques ne comportait pas d'exceptions, et l'indivisibilité des notions pratiques interdisait toute généralisation réelle. Ge conflit logique, propre à notre enfance mentale, reste encore très-sensible envers les sujets, surtout moraux et politiques, où cette enfance à dû persister davantage. On y flotte souvent entre l'évidente nécessité pratique qui impose des exceptions et l'im-

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périeuse exigence théorique qui prescrit l'inflexibilité : en sorte que les règles de conduite y deviennent presque toujours ou impraticables par sévérité ou impuissantes par concession*

Il en sera tout autrement sous le régime positif, comme l'indiquent déjà les cas préliminaires où il a pu être partiellement ébauché. La nature toujours relative du nouveau dogmatisme le rend aisément conciiiable avec un empirisme qui, de son côté, s'est élevé. D'une part, on écarte la vaine recherche des causes; de l'autre, on ne se borne plus à la stérile étude * des laits. Le génie théorique et le génie pratique se sentent également appelés à découvrir les lois, c'est-à-dire les relations! seules conformes à nos moyens réels et aussi à nos vrais besoins. Ils ne diffèrent plus qu'en ce que le premier cherche les lois générales de chaque classe d'événements possibles et le seoond les lois spéciales de chaque être existant. Mais cette distinction se réduit, au fond, à une simple division fondamentale» à la fois spontanée et systématique, de l'ensemble du travail humain, dont la nature et le but sont partout les mêmes. Car, nous n'étudions les événements qu'afin d'améliorer les êtres. Notre providence ne peut devenir rationnelle que par une suffisante prévision, qui exige des lois générales. Or cette généralité suppose toujours la décomposition préalable des existences particulières en phénomènes universels, seuls susceptibles de règles invariables. C'est ainsi que la saine constitution logique repose sur la distinction générale entre l'étude abstraite et l'étude concrète.

Voilà comment la religion finale consacre et discipline à la fois le dogmatisme et l'empirisme, par leur concours continu à l'harmonie du Grand-Être. Tous deux ont également participé à sa conception fondamentale ; car toute induction réelle est empirique dans sa source et dogmatique dans son terme. Quelque éminent que soit enfin devenu l'esprit positif, il ne

doit jamais oublier qu'il émana partout de l'activité pratique, substituant graduellement l'étude des lois à celle des causes. Le principe universel de l'invariabilité des relations naturelles, sur lequel repose toute notre rationalité, est une acquisition essentiellement empirique. Au lieu d'être inspirée par le dogmatisme primitif, il lui était directement contraire, ce qui explique assez sa formation lente et graduelle, qui n'est complète que depuis la récente fondation de la sociologie. Mais, d'un autre côté, la science abstraite pouvait seule fournir la première conception générale de l'Humanité. Le plus tendre empirisme s'arrête à la considération de la famille, et s'élève très-difficilement à celle de la Patrie, même fort restreinte d'abord. Quelque réel que soit le nouvel Être-Suprême, sa nature collective exige beaucoup d'abstractions préalables. Pour comprendre dignement cette immense et éternelle existence, l'appréciation, seule directe, de ses nombreux éléments, simultanés et successifs, doit d'abord être purifiée de tous leurs conflits partiels.

Cette éminente difficulté, qui exige aujourd'hui un concours familier entre le sentiment et la raison, ne constitue que le plus haut degré de celle qu'offre partout l'abstraction théorique indispensable à la généralité de nos conceptions positives. Dans toute la hiérarchie scientifique, la pensée abstraite diffère davantage de la pensée concrète et s'en sépare plus péniblement, à mesure que les phénomènes deviennent moins généraux et plus dépendants. Cette difficulté augmente tellement qu'il serait bientôt impossible de la surmonter assez par l'étude isolée des effets correspondants. Mais leur propre dépendance envers les phénomènes antérieurs fournit naturellement une précieuse assistance théorique, sans laquelle on ne pourrait distinguer suffisamment entre les circonstances à écarter et celles à conserver. C'est seulement ainsi qu'on parvient, envers les plus

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la poaHivité rationnelle des divewee théories fandaiaeirtriea. Car, la science concrète ne pouvait commencer avant que eette opération initiale ee trouvât .assez accomplie envers toutes les catégories générales de phénomènes élémentaires. En effet, l'existence de chaque être constitue une combinaison particulière des événements communs & tnua. Son appréciation eyetématique exige donc l'étude abstraite de tous lea .phénomènes généraux qui le cpmposeni» et que l'analyse y puisa d'atafld. Dana chaque théorie concrète, il faut, comme en météorologie, combiner Jes cinq points de vue préliminaires, mathématique, astronomique, physique, chimique, et même biologique *?** le point de vue sociologique, seul définitif. Les eix.ordree d'influences concourant toujours à de tels résultats* romisaian«d'uiia seule ferait avorter la construction, ou n'y permettrait gutane insuffisante réalité. Telle est .la nécessité logique qui Jfcwçça Aaa théoriciens modernes de se borner i la &iw# .ftbatmtej.qwd»

que aspirant le plus souvent à la science concrète. Les nombreux travaux sur l'histoire naturelle, organique ou inorganique, ont essentiellement avorté, faute de bases rationnelles. Mais les diverses recherches chimiques et biologiques qu'ils suscitèrent concourront toujours à la systématisation abstraite sur laquelle doit reposer l'ensemble de la sagesse humaine.

Cette explication historique conduit naturellement à penser que le temps est enfin venu de construire la science concrète, puisque les six ordres de théories qui doivent y concourir se trouvent maintenant ébauchés, Mais cette condition coïncide aufBi avec l'avènement systématique de la religion finale, qui présidera désormais à tous les travaux scientifiques, pour y écarter, au nom du sentiment et de la raison, toutes le» tentatives oiseuses ou chimériques, en ramenant tout au service continu du -Grand-Être. .Or, j'ose aujourd'hui garantir que les sciences vraiment concrètes resteront toujours interdites à notre faible intelligence et inutiles h notre sage activité. Nos besoins théoriques n'exigent, au fond, que la #cience abstraite, qui seule nous est assez accessible,

Sans une telle réduction, la synthèse finale deviendrait impossible. En n'y comprenant que les théories abstraites, sa construction est déjà fondée essentiellement, par ma découverte des deux grandes lois de filiation et de classement qui ont constitué la sociologie. Quelque incohérentes que parussent jusqu'alors) les diverses conceptions positives, elles ont ainsi manifesté leurs rapports mutuels et leur commune relation à leur lien universel. La multiplicité provisoire des sciences abstraites est donc remplacée déjà, pour tous les vrais penseurs, par leur unité définitive. Mais cette construction théorique serait profondément troublée si on y voulait introduire les sciences concrètes, qui resteront toujours multiples, vu l'indépendance et la diversité de leurs nombreux objets.

Il n'y aura jamais lieu de construire un système concret, même comme émanation du système abstrait. La constitution rationnelle d'une seule science concrète, comme la météorologie ou la géologie, surpasserait nos vrais moyens inductife et déductifs, soit par la difficulté de connaître assez toutes les théories qui devraient y concourir, soit par l'embarras de les combiner. Mais notre impuissance réelle envers ces études, aussi étendues que multiplées, ne doit nous inspirer aucun regret essentiel, puisque la plupart seraient certainement dépourvues de toute haute utilité, même logique. Parmi les innombrables existences qui nous entourent, il y en a fort peu qui méritent notre attention spéciale par leur relation directe au Grand-Être que nous devons avoir toujours en vue. Ces stériles travaux zoologiques, géologiques, etc., consumeraient mal à propos des forces qu'il importe de réserver pour leur sainte destination, depuis que nos diverses facultés n'ont plus besoin d'un exercice purement préparatoire. Sans aucun profit réel pour notre perfectionnement matériel et physique, ni même intellectuel, ils nuisent beaucoup à notre perfectionnement moral par l'orgueil et la sécheresse qu'ils développent. La religion démontrée, qui fait à l'esprit sa digne part, sera plus ferme encore que la religion révélée envers ces savantes frivolités, qui nous éloignent du but universel, au lieu de nous en rapprocher. Quand la science abstraite aura enfin construit suffisamment le fond général de la sagesse humaine, les seuls exercices théoriques qui prévaudront habituellement seront esthétiques et non scientifiques. Outre qu'ils conviennent davantage à notre intelligence, ils tendent mieux vers notre but principal. AJors le sentiment et la raison réprouveront d'accord des spéculations aussi dépourvues d'efficacité mentale que de tendance morale. L'abstraction ne devient recommandable qu'en vertu de la généralité qu'elle seule procure. De même,

la spécialité des vues ne peut mériter d'estime que d'après Futilité des résultats. Mais les spéculations abstraites qui ne sont pas générales et les spéculations concrètes qui ne sont pas utiles seront énergiquement flétries dans le régime final, où le sacerdoce et le public surveilleront toujours l'ensemble des opérations humaines.

Ces réflexions me conduisent naturellement à mieux apprécier la distinction réelle entre les études abstraites et les études concrètes, en la réduisant finalement à la division fondamentale entre la théorie et la pratique. On voit ainsi qu'il n'existe point, à proprement parler, de science concrète. Toute science devient nécessairement abstraite, quand elle se dégage assez de l'art qui en dépend le plus. Les seules études concrètes qui doivent subsister sont celles qu'exigent nos divers besoins spéciaux, privés ou publics. Mais alors elles deviennent essentiellement pratiques, et elles gagneront beaucoup à être désormais conçues et cultivées ainsi. La spécialité y prend aussitôt son vrai caractère, conformément à sa véritable destination, qui concerne l'exécution et non la conception. Nous devons et pouvons tout concevoir ; mais nous ne pouvons ni ne devons tout exécuter. C'est pourquoi l'esprit théorique doit toujours être général et l'esprit pratique toujours spécial. Mais cette indispensable spécialisation des conceptions pratiques se concilie pleinement avec le caractère synthétique qu'y exige la diversité des aspects élémentaires qu'il y faut combiner sans cesse, sous peine de manquer le résultat final.

J'établirai plus tard les vraies différences entre le génie théorique et le génie pratique, si mal conçues jusqu'ici par l'orgueil spéculatif. Elles ne consistent ni dans la nature des opérations mentales, ni dans leur marche, mais seulement dans le degré et la destination directe. Le régime final ne comportera d'autres savants spéciaux que les dignes praticiens, imparfaitement

SY9î£ÉE DE POLITIQUE positive.

annonce aujourd'hui par la classe transitoire des ingéniera*. Tous les purs théoriciens seront de Trais philosophes, ou plutôt des prêtres, voués à construire et appliquer la synthèse fondamentale. A cette source universelle, les praticiens puiseront les bases rationnelles de leurs synthèses spéciales, que seuls ils peuvent sagement constituer, comme seuls capables d'en connaître assez la nature et le bnt. Cette attribution ne semble aujourd'hui surpasser leurs facultés ordinaires que faute d'une éducation convenable. Sous le régime didactique caractérisé déjà dans mon discours préliminaire, ils seront asseï rationnellement préparés pour remplir, à cet égard, toutes les conditions essentielles. Alors la saine culture des conceptions concrêtes acquerra naturellement l'importance et l'activité qui lui conviennent, sans eiicer la stérile consécration d'une classe exclusive. Dans le champ indéfini de ces spéculation*, les praticiens peuvent seuls discerner le petit nombre de celles »jui lenr son: indispensables, en écartant la multitude -le celles qzi resteront toujours oiseuses. Ce discem^n:?:::. s: iii5::îe wr n« savants. et iru'xe pour s*-? ïn^nifurs. s"i-:c-?n:r":t src^taaé-

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DfTRODUCTIOlf fGfWAMÊfftttff. — 6HÀ**m PREMIER. 435

intermédiaires entre la théorie et la pratique, qui sont encore ri imparfaites, comme exigeant le concours de tous les éléments fondamentaux systématisés dans la science abstraite. Mais ces précieuses combinaisons ne peuvent être bien construites qne par les praticiens, puisque la direction de tout instrument, intellectuel ou matériel, appartient à celui qui rapplique et non à celui qui Ici fournit Ce sage régime permet seul d'éviter, & cet égard, des divagations aussi stérilesjpour l'esprit que nuisibles au cœur.

La religion finale sera d'autant plus inflexible à ce sujet qu'elle étendra même ces restrictions normales aux études sociologiques, malgré leur juste prépondérance. Ce n'est point une vaine curiosité qui doit présider à l'étude directe du vrai Grand-Être ; comme partout ailleurs, le sentiment y doit toujours dominer l'intelligence, sous peine de compromettre la moralité fondamentale. Sans doute, le grand phénomène du développement social constitue le plus admirable de tous les spectacles réels, et même, par suite, idéaux. Mais la noble satisfaction mentale attachée à sa pure contemplation ne doit jamais faire méconnaître ou négliger sa sainte destination. Au fond, nous ne devons étudier le véritable Être-Suprême que pour le mieux servir et l'aimer davantage. Notre principale récompense personnelle, dans une telle étude, résulte des nouveaux perfectionnements de tous genres, et surtout moraux, qu'elle nous procure nécessairement. Or, sans une constante discipline religieuse, où le public assistera le sacerdoce, l'élaboration de cette science finale pourrait dégénérer en travaux académiques, autant qu'envers les sciences préliminaires. Quoique ces divagations offrissent plus d'intérêt théorique, elles ne comporteraient guère plus d'efficacité morale ni mentale. Leur danger deviendrait même supérieur, parce que là le point de vue concret diffère davantage de l'abstrait, de manière à exiger de

4S6 . SYSTEM M POLITIQUE FOflTIVB.

puissants efforts, dont la stérilité nuirait & de meilleurs servîtes*. (Test pourquoi là, plus qu'ailleurs, rélaboration concrète, doit: toujours se rapporter aux vraies exigences pratiquas, en comprimant tout écart théorique. Il n'y a ici d'autre différence et», sentielle avec les eu ordinaires sinon que les philosophes y sont eux-mêmes les principaux ingénieurs de l'art correspondant,, dont la pratique doit être universelle, liais cette distinction n'influe nullement sur la nature des saines, études concrètes ni sur leur sage subordination continue aux besoins pratiques.

Sans doute, il faudra enfin prendre en haute considération sociologique les conditions de climat et de race que j'ai dû soigneusement écarter en fondant la sociologie abstraite, liais ce sera seulement quand le moment approchera d'étendre dignement la réjgénération occidentale aux diverses populations retardées. Alors une telle destination donnera un profond attrait à l'élaboration concrète, et y préviendra toute divagation théorique, aussi bien que toute perturbation morale. Jusque-là, c'est à la sociocratie et à la sociolAtrie que devront se vouer les hautes intelligences sacerdotales devenues disponibles par une suffisante installation de la sociologie. Ce double champ pratique est vraiment inépuisable pour l'esprit, et toujours précieux au cœur. Le perfectionnement de notre conduite, publique ou privée, et surtout l'amélioration des sentiments qui la dominent, constituent des recherches accessibles à tous, et qui pourtant comportent l'emploi des plus grandes intelligences. Aucun art ne saurait être ni aussi important ni aussi difficile, et aucun n'admet des succès aussi étendus, puisqu'il concerne les phénomènes les plus modifiables, d'après leur complication supérieure. Depuis que leurs propres lois commencent à se dévoiler, ils tendent à former le principal objet de nos spéculations, tant pratiques que théoriques, où jusqu'alors le cœur devait remplacer, et souvent rectifier, l'esprit, au lieu d'en être assisté.

Le culte privé suffirait seul pour susciter partout de touchants et ingénieux artifices esthétiques , qui comportent beaucoup plus d'efficacité morale, et même intellectuelle, que la plupart des travaux scientifiques. Nous en pouvons concevoir déjà l'importance, en considérant les éminentes productions mystiques qui honorèrent le déclin du catholicisme, et qui, sans contenir aucune découverte théorique , annoncent autant de puissance spéculative que de supériorité affective.

En éliminant ainsi la science concrète , désormais ramenée aux généralités pratiques, on simplifie beaucoup la grande construction encyclopédique , et , par suite , l'ensemble de la synthèse humaine. La séparation nécessaire entre la théorie et la pratique devient alors la seule division fondamentale dont j'expliquerai la vraie nature dans le second volume de ce traité. On évite aussitôt une immense élaboration intermédiaire qui, entravant la systématisation finale , devait retarder l'état normal de l'humanité. En même temps, on caractérise mieux la constitution générale de la société future, où dès lors le pouvoir théorique et le pouvoir pratique se distinguent aussi nettement par la généralité ou la spécialité de leurs vues que par la diversité de leurs attributions modératrices ou directrices.

Après avoir assez déterminé d'abord la destination religieuse et ensuite la nature abstraite de l'introduction fondamentale qu'exige la sociologie, je dois compléter cette appréciation générale en examinant la marche systématique qui convient à cet immense préambule scientifique et logique.

Pour faciliter une telle explication, je crois utile d'y employer une expression collective, propre à désigner l'ensemble des quatre premières sciences préliminaires, toutes relatives à la philosophie inorganique. Déjà, en 1844, dans mon Discours sur [esprit positif, je les groupai en deux couples, l'un mathématico-astronomique, l'autre physico-chimique. Je dois main-

439 SrVRn us VOaTmjoE pomvi.

Muant frire un nouveau pae analogue en rétiniseent te'dMpW niftial1 et le couple intermédiaire en une seul* aelmeé iaorgUttique, éotttle n*tt, 6ÉteBtiélk(mèttt disponible eejotndnndv dé coââ&togië. ïs%Ên&GôAé' aceeptidn de œ leme^ eet iflMfc totàbée ézi détaéttidë peur 40*011 poisse désormais rappliquer à etrtté desflfcatton collectif, trt*conforme tu véritable» and» 9 de M eéttitructtoti primitive, afin d'éviter la créetkm d'un* mt

plus convenable. Il suffit fetttatfefit d'en purifier te seaf étpao* logique, e* y ftibetitoent ridée relative de mourf* ft rMée*eohië tftfflttfcf*, éditant l'amendement fondamental établi fe' traie philosophie atttroftomique. Si le besoin d't» tel A*eet pa* eûëore senti, eeït tient surtout à la culture profondeitfant dispersit* des ideftce* correspondantes, dent le* emu-* téfetf eomtouns ont éf étalement indiquée par des qualiflentiofDi pufemént négatives.

La philosophie naturelle proprement dite, qui doit préeéder et prépare* la philosophie sociale , se compose ainsi de deux grandes sciences, la cosmologie et la biologie, qu'on pareil lan-» gage fldt mieux contraster.

Gelavposé9 il faut maintenant déterminer Tordre suivant le-* quel doivent se succéder l'étude du inonde et l'étude de la vie, double base nécessaire de l'étude prtfpre de l'humanité , seule tournent finale. Mais je dois d'abord apprécier l'harmonie fondamentale de ces deux introductions , Tune générale et indirecte, l'autre spéciale et directe.

Ni leur distinction naturelle, ni leur concours nécessaire, ne furent assez profondément conçus jusqu'ici. Les cosmblogietes s'efforcèrent longtemps , comme on le sent encore , de réduire la biologie à une simple émanation de leur propre science. Depuis que les vrais biologistes tentent de briser ce joug oppressif, ils se trouvent entraînés à une sorte de rétrogradation, en voulant constituer l'étude de la vie sans aucune subordina-

INTRODUCTION FONDAMENTALE* —*■ CHAïtTWB PREMIER. 499

tien fondamentale à l'étude du monde. Ces deux aberrations opposées y matérialiste ou spiritualiste , sont également contraires au Yrai génie, scientifique et logique, dé la philosophie naturelle. On y méconnaît autant le gWnd dualisme qui constitué le véritable sens généra) du dogme fondamental du positivisme, l'invariabilité des relations extérieures.

La seule pentoée de telles relations supposé totojourt, comme Kant l'a dignement senti, un objet qui les subit et un stajet qui les constate. Même celles qui existent entre deux corps inorganiques, ne peuvent être aperçues que par la liaîsoil de tous deux; à un être intelligent, et d'abord vivant. Atari , la notion dé v* proprement dite, telle que l'ont constituée les biologistes modernes , forme un élément nécessaire de toute conception réelle. U existe , sans doute , beauooup d'astres incompatibles avec tout organisme, animal ou même végétal, comme le soitt, dans notre monde, les corps dépourvus d'atmosphère. Mais notre planète fût-elle, contre toute vraisemblance, la seule habitée, il faut bien que la vie et la pensée se développant an moins là pour concevoir sans contradiction là moindre existence réelle. En un mot, tout phénomène suppose un spectateur ; puisqu'il consiste toujours en une relation déterminée entre un objet et un sujet.

Hais , d'une autre part , la vraie notion de la vie est encore moins séparable de celle du monde. Car, elle exige sans cesse une certaine harmonie, à la fois active et passive, entre un organisme quelconque et un milieu convenable. Envers les êtres inférieurs , le concours n'est jamais contestable , parce que la dépendance est mieux circonscrite. Mais, loin que cette subordination soit moins développée en remontant la hiérarchie biologique, elle augmente nécessairement en vertu de relations plus multipliées, quoique chacune d'elles puisse varier davantage. Seulement, cet accroissement graduel affecte autant la

440 mitant ni politique posmvi.

réaction de l'organisme que l'empire du milieu. Le plus émîment de tons les êtres, l'Humanité, est celui qui dépend la plus du monde, mais aussi celui qui le modifie le plus. Ainsi s'unifient, dès leur source élémentaire, les saines idées de soumission et de pouvoir, puisque l'activité croit toujours avec la dépendance.

D'après ce double éclaircissement préalable, la religion finale doit à la fois mieux distinguer et mieux combiner les conception cosmologiques et les conceptions biologiques que ne le permit le régime préliminaire. Nous sommes, au fond, eneore plus incapables de concevoir tous les corps comme vivants que comme inertes. Car, la seule notion de vie suppose nécessaire, ment des existences qui n'en soient pas douées. Il y a, sansdoute, des organismes parasites, qui végètent sur des êtres supérieurs. Mais ces cas exceptionnels ne sauraient jamais devenir universels. Finalement, les êtres vivants ne peuvent exister que dans des milieux inertes, qui leur fournissent à la fois un siège et un aliment, d'ailleurs direct ou indirect. C'est pourquoi le panthéisme métaphysique convient encore moins à notre intelligence que le pur fétichisme , dont il constitue, à vrai dire, une savante parodie. Tandis que l'un guida notre pensée naissante, l'autre pousse notre raison développée vers une ténébreuse rétrogradation.

Si tout vivait, aucune loi naturelle ne serait possible. Car, la variabilité, toujours inhérente à la spontanéité vitale, ne se trouve réellement limitée que par la prépondérance du milieu inerte. En supprimant cet ascendant continu, les variations naturelles deviendraient indéfinies, et toute notion de loi disparaîtrait aussitôt, puisque la constance des relations en constitue partout le vrai caractère. Ceux qui voulaient concevoir notre planète comme un immense animal ne pouvaient avoir aucune juste idée générale de l'animalité; autrement ils auraient senti

qu'une telle hypothèse est profondément contradictoire. Les moindres lois physiques, môme celles de la pesanteur, deviendraient incompatibles avec une terre vivante, outre que les projectiles participeraient aussi à cette vie universelle. Nos prévisions quelconques, rationnelles ou empiriques, cesseraient alors de comporter aucune réalité , si d'ailleurs notre propre existence pouvait admettre cette absurde supposition.

Toutes les spéculations positives reposent donc, en dernier ressort, sur un concours continu entre la fatalité et la spontanéité, sources respectives de constance et de variation. Le dogme fondamental du positivisme consiste ainsi dans l'harmonie universelle entre deux sortes de lois, à la fois antagonistes et solidaires, les unes extérieures ou physiques, les autres intérieures ou logiques. En termes plus généraux , et pourtant mieux définis , la constance des relations naturelles résulte de la conciliation permanente des lois biologiques avec les lois cosmologiques.

A trave*3 les nuages métaphysiques, les vrais penseurs ont toujours pressenti, plus ou moins confusément, ce grand dualisme, base nécessaire de toutes nos connaissances. Surtout depuis Kant, on a compris que les lois physiques supposent des lois logiques, comme en sens inverse. Mais la saine philosophie biologique pouvait seule procurer une vraie consistance à ce premier aperçu, où d'abord les fonctions intellectuelles se trouvaient irrationnellement isolées des autres fonctions vitales. On a dès lors reconnu qu'une telle harmonie, nullement absolue , est toujours doublement relative à la nature de l'organisme et à celle du milieu. Elle varie donc, même sur nôtre planète, entre les divers modes ou degrés d'animalité, quoique ses variations ne soient jamais arbitraires. Les spéculations humaines se présentent ainsi comme consistant surtout à concevoir cet ordre relatif, autant que le comporte notre nature et

441 SffftaB BB *OUIfQIJB rOSRIVB.

que l'exige notre situation. Mais ee dogme fondamental ne po* fait être pleinement compris, tai mémo purifié de touU tendance absolue, tant que la notion générale des lois biologiques proprement dites n'était pas complétée et systématisée pir eelb des lois sociologiques. Depuis cette fondation dédsfee, lé système des notions humaines se trotfve assujetti t «ne dernière cl usée de variations régulières, indépendantes de. nefee nature comme de nette situation, et seulement relatives trl'êvelution eoeiale. -fia conmltrstion continue est tellement indfe» penssMe peur concevoir là marche véritable de nos pensées, que, tans eHe, on ne semait expliquer ni leurs catfaéMgse propres ni «leur enchaînement mutuel, successif ou même £-» multané. Vun antre eôté , sî les lois eorrespoiidaûteé pouvaient nous être asseï connues, elles seules safÉMient pov remplacer totftes les autres, sauf les difficultés de dédfeètien. Gar toutes nos découvertes, quoique accomplies toujours ""par des organes individuels, sont, au fond, des actes de Hîninanité, et dès lors régies directement par les lois propres iu Grand-Être , de manière à comporter des prévisions sociologiques. Mais, d'une autre part, ces lois suprêmes de la philo* sophie relative se ^trouvent nécessairement subordonnées aux deux ordres de lois préliminaires , extérieures et intérieures. Ainsi , sans insister sur des hypothèses où il ne faut voir que d'utiles artifices didactiques, le système définitif de nos conceptions positives consiste à lier convenablement la notion de l'Humanité au dualisme préalable entre le monde et la vie.

Les deux éléments de ce grand dualisme sont donc à la fois plus distincts et plus inséparables que ne l'indique jusqu'ici leur étude respective. Pour se mieux représenter leur diversité et leur solidarité, il suffit de considérer la manière dont nous apprécierions la vie dans un milieu accessible seulement à noire lointaine mais complète exploration visuelle. Mous n'y aperce-

vrions d'abord , comme envers nos planètes actuelles , que m simple existence inorganique, qui absorberait les phénomènes biologiques. Mais leur propre réaction sur le milieu nous ferait ensuite distinguer ces événements moins prononcés, appartenant à des êtres plus complexes et plus variables. L'étude totale se décomposerait alors en deux, Tune inorganique, l'autre organique , qui deviendraient également indispensables à la vraie conception du système exploré. C'est à peu près ainsi , quoique à un degré beaucoup moindre, que nous procédons de loin à la découverte d'une nouvelle existence animale, ou même humaine. Le milieu seul nous frappe d'abord, et peu à peu nous en distinguons l'être sans cesser de l'y subordonner.

Ayant. ainsi caractérisé l'harmonie nécessaire entre lesdpux parties essentielles de la philosophie naturelle, il faut apprécier l'ordre fondamental, de Jeur succession, destinée surtout à fournir la base rationnelle de h philosophie sociale.

Cette commune destination détermine aussitôt la marche systématique des deux études préliminaires. En effet, les mêmes motifs généraux, soit scientifiques, soit logiques, qui nous ont d'abord représenté la cosmologie et la biologie comme devant précéder la sociologie , nous conduisent maintenant à reconnaître aussi que la cosmologie doit préparer la biologie.

Il n'y a donc aucune hésitation possible aujourd'hui entre les deux méthodes opposées que semble comporter la formation totale de la philosophie naturelle. La méthode objective, qui procède du dehors au dedans , du monde à la vie , peut seule convenir à une telle élaboration, tant systématique que spontanée. Mais il reste pourtant à déterminer aussi la participation finale de la méthode inverse ou subjective, qui va du dedans au dehors, de la vie au monde. Puisque l'Humanité lui dut son premier espor.mental, il .faut bien que, régénérée d'après un

autre principe, «Ile concoure à fonder l'état normal de notre intelligence. Telles font les deux grandes explications qui doivent compléter ce chapitre , suivant l'ébauche déjà présentée dans le discours préliminaire, d'après les bases posées par mon ouvrage fondamental.

Ce premier traité a tellement établi la vraie hiérarchie des sciences que je puis ici me dispenser de revenir sur une loi encyclopédique maintenant admise partout. On sait qu'elle résulte de la généralité décroissante et de la dépendance croissante des phénomènes correspondants. Ces deux principes, nécessairement équivalents, déterminent finalement la dignité graduelle des diverses sciences abstraites, d'après leur relation plus ou moins directe avec les phénomènes de l'humanité, moins généraux et plus dépendants que tous les autres.

Les lois cosmologiques sont essentiellement indépendantes des lois biologiques , qui n'y apportent que des modifications secondaires , presque toujours négligeables envers le milieu inerte , quoique indispensables à l'être vivant. Au contraire , l'existence organique se trouve intimement subordonnée à l'existence inorganique , même planétaire ; en sorte que quelques changements fort simples dans la constitution d'un astre empêchent d'y concevoir la vie. La généralité supérieure des lois oosmologiques est encore plus évidente, puisque les corps qu'elles régissent exclusivement prédominent au point de sembler réduire la vitalité à une sorte d'exception. Sur notre propre planète, la seule où nous puissions connaître les lois biologiques, la vie n'est possible que dans les couches superficielles; et, même là, la masse totale des êtres correspondants ne constitue qu'une petite fraction de la masse inerte.

Ainsi, sous l'aspect scientifique, l'étude positive de la biologie exige une profonde connaissance générale de la cosmologie, dont les principales lois dominent toujours les diverses fonctions

vitales. La subordination logique est encore moins contestable, puisque la simplicité des phénomènes inorganiques, suite nécessaire de leur généralité, les rend seuls propres à l'élaboration fondamentale de la méthode universelle.

Sous ses deux faces rationnelles, la coordination systématique des études préliminaires se trouve donc conforme à leur enchaînement spontané, en vertu des mêmes motifs essentiels, dont la prépondérance est à la fois dogmatique et historique. Cette coïncidence n'offre rien d'accidentel, d'après la similitude inévitable entre l'initiation individuelle et l'évolution collective.

La méthode objective doit donc prévaloir autant dans l'ordre dogmatique des connaissances réelles que dans leur filiation historique. Elle seule peut établir solidement le dogme fondamental des lois naturelles, en appréciant d'abord les cas les plus aptes à manifester l'invariabilité des relations. Si, au contraire, la méthode subjective dut présider à notre enfance intellectuelle, c'est uniquement d'après sa convenance exclusive envers la conception des causes proprement dites, sur laquelle devaieni se concentrer nos premiers efforts. La simple opposition de ces deux marches, suivant leurs destinations caractéristiques, constitue la vraie source générale de l'antagonisme radical entre la philosophie positive et la philosophie théologique.

Mais cette immense lutte préliminaire, qui domina l'ensemble du passé, est maintenant terminée, puisque le positivisme, enfin complet, constitue irrévocablement la seule religion normale. Dès lors, il faut revenir sur l'exclusion provisoire de la méthode subjective par l'élaboration scientifique. Car cette marche possède, en elle-même, d'immuables propriétés, qui peuvent seules compenser les inconvénients du mode objectif. Notre constitution logique ne saurait être complète et durable que

446 «tarin m rounwa

d'après une intime combinsisoa des deux méthodeo. I* passé m nous autorise nullement à lai regarder oomme radicalement imoneiliables, pourvu que toutes deux soient systématiquement régénérées, suivant leur commune destination, à la fins mentale al eociele. D serait tout «uni empirique d'attribuer à la théologie un privilège exclusif «avère la méthode subjective que d*y voir la seule source de l'aptitude vraiment religieuse. Si déaormaîs la sociologie s'est pleinement emparée de ce dernier attribut» aile peut également s'approprier l'autre, d'après leur intima conneiiti.

Pour cela, il suffit que la méthode subjective, renonçant à la vaine recherche des causes, tende directement, comme la méthode objective, vers la seule découverte des lois, afin d'amtliorer notre condition et notre nature. En un mot, il fout qu'elle devienne sociologique, au lieu de rester théologique. Or, cette transformation finale, auparavant impossible, résulte spontanément de la récente extension des théories positives à l'évolution fondamentale de l'humanité.

Bn effet, cette conquête décisive termine enfin le régime provisoire de notre intelligence, et installe aussitôt son régime définitif. Jusqu'alors, l'esprit positif n'avait pu qu'élaborer instinctivement des matériaux, sans concevoir l'ensemble de l'édifice correspondant. Désormais, en reprenant, pour l'éducation dogmatique, ce préambule indispensable de l'évolution historique, sa marche deviendra pleinement rationnelle, d'après une constante appréciation de la construction finale qu'il doit préparer, bu fondation de la sociologie permet à la méthode sub* jective d'acquérir enfin la positivité qui lui manquait, en nous plaçant irrévocablement au point de vue vraiment universel» Ainsi régénérée, cette méthode doit mieux développer son éminente aptitude exclusive à foire directement prévaloir la considération de l'ensemble, qui seul est pleinement réel. Sans oon

ascendant normal sur la méthode objective, celle-ci ne pourrait assez éviter les aberrations théoriques qui lui sont propres, soit par divagation, soit par illusion.

Notre vraie constitution logique résulte donc d'un concours définitif entre la méthode subjective et la méthode objective, respectivement consacrées à diriger l'esprit d'ensemble et l'esprit de détail , également indispensables à nos constructions réelles. C'est à la première qu'il appartient désormais d'instituer toujours la seconde, qui, en retour, améliorera sans cesse ses matériaux dogmatiques. Leur ensemble fonde la logique vraiment religieuse, qui consacre, en les régénérant, les deux voies opposées que suivirent la théologie et la science pour préparer, chacune à sa manière, notre état définitif. Dans toute recherche ultérieure, le Grand-Être, enfin dégagé de ses divers précurseurs, posera directement chaque question, et instituera l'ensemble de la solution, en réservant l'élaboration à ses dignes organes individuels.

Je ne crains pas de citer ici mon exemple personnel, comme très-propre à éclaircir cette difficile appréciation. L'ensemble de mes travaux philosophiques confirme directement cette pleine conciliation finale entre la méthode objective et la méthode subjective, qui auront ainsi dirigé tour à tour mes deux élaboration principales. Dans mon traité fondamental, la première domine évidemment, au point de sembler tendre vers une prépondérance exclusive et irrévocable. Mais cet ascendant était alors conforme à la nature d'une opération philosophique où la saine analyse posait peu à peu les diverses bases essentielles d'une vraie synthèse. Ce premier travail aboutit enfin à permettre la régénération directe de la méthode subjective, par la fondation de la sociologie. Ainsi devenue aussi positive que l'autre , cette marche plus rationnelle préside maintenant à mon second grand ouvrage. Je l'y ai d^i* employée souvent*

MB smfem de rounomt positive.

soit dans le discours préliminaire, toit même dans ce chapitre, pour systématiser davantage de§ conceptions dogmatiques qui d'abord émanèrent de la méthode objective. Cette explication directe de sa prépondérance normale me permettra désormais d'en mieux ntiliaer les hantes propriétés intellectuelles et mondes.

L'accord naturel des deux méthodes se trouve ici constaté directement, puisque l'ordre dogmatique des sciences, déter* miné d'abord par la méthode objective d'après leur simple enchaînement rationnel, vient d'être eonsacré par la méthode subjective au nom de leur destination religieuse. Cette concordance décisive deviendra encore plus sensible dans les deux chapitres suivants, oh la même marche synthétique établira la constitution définitive de la cosmologie et de la biologie, que l'élaboration analytique put seulement ébaucher, où plutôt préparer. Mon ouvrage fondamental fit graduellement converger les diverses théories positives vers un ensemble d'abord confus. D'après cette construction, le traité actuel fera directement réagir cet ensemble pour la systématisation finale des conceptions préliminaires qui concoururent à le former. En un mot, l'un a tiré de la science une philosophie, que l'autre convertit en religion complète et définitive.

C'est ainsi que l'harmonie fondamentale des deux méthodes objective et subjective constitue enfin la vraie logique humaine, c'est-à-dire l'ensemble des moyens propres à nous dévoiler les vérités qui nous conviennent. Une telle construction était impossible jusqu'ici, soit faute d'un suffisant développement des divers procédés intellectuels, soit parce que leur commune destination sociale restait trop peu caractérisée. Mais par l'irrévocable substitution de la sociologie à la théologie pour le gouvernement religieux de l'humanité, l'esprit d'ensemble et l'esprit de détail, convenablement régénérés, se consacrent

également au service continu du vrai Grand-Être, La longue antipathie entre l'analyse et la synthèse se change en un éternel concours, où chaque méthode suppléera, suivant sa nature, aux principales imperfections de l'autre. Isolément employée, la marche objective, même systématisée, ne conviendrait qu'à la saine élaboration des éléments, mais en exposant toujours à méconnaître l'ensemble, ou du moins en plaçant sa conception générale à la fin d'une immense évolution, qui aurait presque épuisé l'essor mental. Réciproquement, l'usage exclusif de la marche subjective n'aboutirait qu'à faire toujours prévaloir la considération directe du système, mais sans laisser à l'esprit assez de liberté pour préparer dignement les matériaux d'une construction inébranlable. L'heureux concours de ces deux voies alternatives, dont chacune commence où l'autre finit, permet seul de réparer leur épuisement respectif, afin d'utiliser autant que possible nos chétives forces mentales, naturellement si inférieures aux difficultés de leur destination sociale. Aucun dogme de la religion finale ne saurait être assez établi qu'après avoir été démontré par les deux méthodes, quelle que soit celle d'où il émane d'abord. Sans cette confirmation décisive, la nouvelle foi surmonterait trop peu l'esprit de discussion habituelle, inhérent à la nature des convictions qui lui sont propres.

Une telle harmonie générale devait résulter du principe, à la fois subjectif et objectif, qui constitue l'unité fondamentale du positivisme. Par sa construction rationnelle, la conception du vrai Grand-Être consacre la marche objective, en subordonnant cette immense et éternelle existence à l'ensemble de Tordre extérieur. Mais, dans sa source affective, le sentiment de cet Être-Suprême place directement sa propre destinée avant toutes les autres fatalités. Si l'existence contemplative devait rester isolée, elle procéderait sans cesse du monde vers l'homme. Toujours bornée, au contraire, à seconder la vie active, elle

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rapporte finalement à l'homme toute l'étude du monde. I/itapulsion affective, seul régulateur commun de ces dent aria* tence*, fait alternativement prévaloir la méthode subjective ou là méthode objective, selon que l'exige son but religieux.

Ainsi se réalise déjà ISannottôe placée au début de ce chapitra quant à la conciliation normale entre la logique de l'esprit, guidée surtout par les signes artificiels, et la logique du cœur, fondée sur la connexitê directe des émotions. Quoique celle-ci, essentiellement subjective, ne semble d'abord convenir qu'à la talture morale, on vient de reconnaître combien elle peut S'adapter à l'élaboration intellectuelle, et toute la suite de ce traité le constatera de plus en plus. De même, l'autre, principalement objective, n'est pas nécessairement bornée à sa destina* ttôtt rationnelle ; elle comportera désormais une haute efficacité affective. Chacun peut déjà l'appliquer au culte des souvenir» intimes, qui deviennent à la fois plus nets et plus fixes quand on détermine a**es te milieu inerte avant d'y placer la vivants image. Ni l'esprit ni le cœur ne peuvent développer une paisible activité sans ce concours continu, instinctif ou systématique, entre la logique du sentiment et celle de la raison. J'ai expliqué, dans la préface finale de mon premier traité, comment j'eus le bonheur d'obtenir, dès mon début, cette harmonie décisive. Elle suivit nécessairement ma découverte initiale des lois sociologiques, qui fit dès lors converger toujours mes impulsions politiques et mes tendances scientifiques, d'abord indépendantes. C'est d'un tel équilibre primitif que j'ai tiré le privilège philosophique de consacrer tour à tour ma jeunesse et ma maturité à deux grandes élaborations réciproques, dont chacune semblait réservée à l'autre âge. Ainsi s'explique aussi la puissante réaction mentale que je dus à ma sainte compagne éternelle, et qui constitue une vérification décisive de cette harmonie nécessaire entre les deux méthodes universelles.

Malgré ces divers indices de son aptitude immédiate, la vraie logique religieuse, à la fois objective et subjective, ne fait certainement que de naître. Tout son essor caractéristique appartient au prochain avenir. Son élément rationnel, seul cultivé jusqu'ici, ne pouvait être dignement conçu, faute d'une connaissance réelle des lois intellectuelles, seulement appréciables dans l'évolution scientifique de l'humanité. Aussi cette

élaboration métaphysique n'a-t-elle jamais abouti qu'à des préceptes vagues et stériles, même quand elle ne se préoecu* pait plus de formalités puériles ou vicieuses. Mais la logique affective dut encore moins avancer, puisque les phénomènes correspondants furent toujours regardés comme soustraits à toute loi. Elle ne fut sérieusement cultivée que dans le moyen âge , sous l'impulsion catholique , dont le déclin en suscita encore d'admirables essais, chez les principaux mystiques. À ces premiers rudiments empiriques, le positivisme peut seul faire succéder un vaste essor systématique, puisqu'il s'établit surtout dans l'ancien domaine de la grâce, désormais ramenée à des lois appréciables, sources nécessaires de prévision et d'action.

Quelle que doive être l'aptitude naturelle du nouveau régime envers la logique rationnelle, principalement destinée aux philosophes, il est donc encore plus indispensable pour construire et développer la logique morale, essentiellement propre aux femmes et aux prolétaires. Entre ces deux voies extrêmes, la logique des vrais poëtes, qui procède surtout par images, vient placer un lien général qui complète la constitution, à la fois spontanée et systématique, de la méthode humaine. Jusqu'ici l'image ne fut guère employée que pour perfectionner la manifestation, soit du sentiment, soit de la pensée. Désormais elle secondera surtout leur élaboration respective, d'après leur réaction mutuelle, dont elle constitue l'agent naturel. Tantôt

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