CHAPITRE TROISIÈME
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Cette dernière moitié de la philosophie naturelle en constitue, à tous égards, la principale partie. Au fond, l'office théorique de la cosmologie consiste surtout à construire, pour la biologie, une base indispensable, tant logique que scientifique. C'est par l'étude de la vie que l'ensemble des sciences préliminaires se lie directement à la science finale.
Dans l'antiquité , l'essor fondamental de l'esprit positif dut principalement résulter des notions astronomiques. Au moyen âge, ses nouveaux progrès émanèrent surtout des spéculations chimiques. Mais, chez les modernes, sa dernière préparation devait essentiellement dépendre des études biologiques. Par une inversion aisément explicable , la substitution du relatif à l'absolu, quoique ayant commencé en cosmologie, trouve maintenant en biologie son principal fondement.
Tant que la recherche des causes demeura prépondérante, l'esprit absolu dut avoir un caractère subjectif, et s'appuya directement sur les conceptions vitales; pendant que les contemplations inorganiques suscitèrent la relativité. Mais, depuis que l'étude des lois commence à prévaloir, les tendances scientifiques sont devenues inverses, d'après les vices inhérents au ré-
gime préliminaire de spécialité exclusive. Vu l'indépendance et la priorité des théories cosmologiques, leur culture dispersive et exagérée les entraîne à rétablir l'absolu avec un caractère objectif; tandis que la nouvelle subjectivité se montre profondément relative. Cette intime dégénération des sciences inférieures s*y prononce d'autant plus que leur domaine est plus isolé et leur essor plus antique, comme concernant des phénomènes plus simples et plus généraux. Elles ne pouvaient nullement compléter l'évolution préparatoire de la positivité systématique, dont elles avaient déterminé le début. La biologie devait seule achever ce noviciat nécessaire, d'après lequel la raison humaine se vouerait dignement à l'étude directe du vrai Grand-Être. Depuis environ un siècle, l'irrévocable dissolution de l'esprit théologique et la prépondérance normale de la relativité ont de plus en plus dépendu des divers travaux biologiques, jusqu'à ce que la sociologie se soit ainsi trouvée assez préparée. Pendant cette extrême phase du régime préliminaire , la réaction philosophique de la cosmologie fut, au contraire, plutôt rétrograde que progressive. Tandis que les géomètres, fiers d'avoir construit la mécanique céleste, rêvaient, sous forme objective, la science absolue, les biologistes démontraient subjectivement l'inévitable relativité des conceptions humaines, en dévoilant les conditions organiques des manifestations vitales. En même temps, l'ensemble des études biologiques posait nécessairement les bases directes et spontanées des méthodes et des doctrines propres à la sociologie. Il tendait surtout à régénérer le régime scientifique, en y faisant naturellement prévaloir l'esprit synthétique, qui seul pouvait diriger l'élaboration de la science finale. En retour de ces éminents services, la saine philosophie doit aujourd'hui rendre à la biologie au delà de ce qu'elle en reçut. Si cette dernière science préliminaire assista mieux qu'aucune autre l'avènement de la science finale, elle est maintenant ap-
886 STSlfett K POUIUQUC FOOIIVE.
pelée à profiter davantage de ion universel ascendant. Car» la biologie doit être la première science qui reçoive, ée la sociologie, sa constitution définitive, suivant la marche propre à la méthode subjective, qui réorganisera graduellement toutes Isa spéculations réelles, en sens inverse de leur succession initiale. Une telle systématisation s9; trouve à la fois plus urgente al mieux préparée, d'après la loi , expliquée au chapitre précédent, sur la durée comparative du régime préliminaire dans les diverses parties de la philosophie naturelle.
Si le court éclat de ce régime fut bientôt suivi , en «hknie, d'uneprofonde dégradatkm^une semblable destinée doit snceeo plue convenir à la biologie, dont la vraie nature repenses de* vantage la culture académique. Pendant la seconde gtaératie* du dix-huitième siècle, son essor positif se trouve directement préparé par le concoure spontané de plusieurs impulsions in* dépendantes, émanées surtout de Linaé, de Buffoa, et de Halle?» Mais il dut encore attendre que ht chimie fût assea constituée. D'après cet indispensable préambule, les immortels efforts es Bichat, de Lamarck, de Cabanis, de Gall, et de Broussuis* firent enfin surgir le véritable esprit de l'étude des corps vivante Une demi- génération condensa ces éminente travaux, destinée à se» mctértser la dernière splendeur du génie scientifique propre-* ment ditt avant sa transformation définitive en génie philos*» phique.
À ce brillant début, source naturelle de nobles espérances, succéda bientôt une situation à la fois anarchique et rétro» grade, indiquant déjà lea dangers nécessaires de la culture isolée envers la science qui exige le plus le régime encyclopé» dique. Quoique moins étroits que les géomètres, les biologistes sont maintenant plus irrationnels, puisque leuréducation altère autant la base que le but de leurs études propre». On ne peut contester ht subordination objective de la biologie envers l'en*
semble de la cosmologie. Pourtant, les biologistes restent sentiellement étrangers aux méthodes et aux doctrines mathématiques, astronomiques, physiques, et même chimiques. Dès lors, l'application nécessaire de la cosmologie à l'étude des corps vivants échoit forcément aux purs cosmologistes, naturellement incapables de la diriger. Aucun autre cas ne vérifie autant la règle encyclopédique qjui réserve à chaque science remploi des précédentes pour sa propre élaboration. Mais, faute de remplir tes conditioss correspondantes, les biologistes se bornent ainsi à de vaines protestations contre l'anarehique in* vasion du matérialisme cosmologique. La biologie ne peut échapper fr l'usurpation objective de la cosmologie que d'après sa vraie subordination subjective envers la sociologie. Or, d'un autre côté, ceux qui cultivent l'étude de la vie refusent de la concevoir comme destinée à préparer la science sociale, qu'ils tentent, au contraire, d'ériger en corollaire ou appendice de la leur. Ainsi conduits à des empiétements non moins vicieux que ceux dont ils se plaignent, ils sont sans force pour maintenir réellement l'indépendance et la dignité de leur domaine. En méconnaissant cette destination principale de la biologie, ils restreignent son utilité à diriger l'art médical, dont ils n'ont pu encore rompre assea l'adhérence. Quoiqu'il entrave trop leurs spéculations, il peut seul y contenir les divagations oiseuses , jusqu'à ce qu'y prévaille la discipline encyclopédique. D'ailleurs, l'application médicale, si elle était mieux conçue, réprouverait elle-même cet empirique isolement de la biologie entre h cosmologie et la sociologie. Car, l'étude des maladies cérébrales, soit mentales, soit surtout morales, indique directement Pirnrtkmnalité nécessaire des conception» relatives k l'homme individuel, tant qu'elles ne sont pas étendues systématiquement jusqu'il la vie sociale, qui seule est pleinement réelle. Aussi oette partie transcendante de Fart médical, plus empirique qu'aucune
smtatt m polriqoi positive.
autre, se trouve-t-elle ordinairement abandonnée aux esprits les plus médiocres unis au cœurs les plus vulgaires. Les motifs pratiques concourent donc avec l'appréciation théorique pour justifier la décision positiviste qui place le salut de la biologie dans sa juste subordination encyclopédique, objectivement envers la cosmologie, et subjectivement envers la sociologie.
Cette discipline philosophique est déjà devenue profondément urgente. Après l'admirable élan qui, au début de notre siècle, signala son vrai génie, la biologie est aussitôt retombée, comme aux temps de Boêrhaave et de Stahl, dans sa déplorable oscillation entre un matérialisme corrosif et un impuissant spiritualisme. L'anarchie et la rétrogradation compromettent éga-
lement ses doctrines principales et ses méthodes essentielles. Son caractère synthétique, toujours senti depuis Hippocrate, et dignement apprécié encore par Barthez, Cabanis, et Bichat, s'altère de plus en plus sous un régime académique qui , dans sa phase légitime, ne convint jamais qu'à l'ébauche de la cosmologie. L'influence métaphysique, qui d'abord y contint la dispersion empirique, y augmente aujourd'hui le morcellement et la divagation, là surtout où les théories biologiques sont le plus cultivées. Toutes les vues d'ensemble, scientifiques ou logiques, y ont déjà reçu d'intimes atteintes, sous la prépondérance croissante de la médiocrité et du charlatanisme, dont elles gênent les prétentions.
On avait dû croire inébranlable la grande construction hiérarchique qui forme la base générale de la biologie, et constitue sa principale gloire. Mais l'irrationnelle opposition des esprits insuffisants et mal préparés, auxquels l'anarchie actuelle livre la science vitale, a bientôt confirmé la fragilité nécessaire de toute fondation théorique qui demeure isolée. Les objections superficielles d'un célèbre académicien, qui fut plutôt un écrivain qu'un penseur, prévalent aujourd'hui sur les conceptions
philosophiques de Lamarck, d'Oken, et de Blainville. Des deux principes logiques qui président à la formation de la série organique, le plus difficile et le plus décisif, relatif à la coordination mutuelle des divers groupes naturels, se trouve déjà radicalement méconnu. Quoiqu'on respecte encore le rapprochement des espèces suivant l'ensemble de leurs vraies affinités, l'anarchie ne tarderait point à s'étendre jusque-là, d'après la liaison spontanée de cette seconde condition avec la première, en vertu de leur commune base systématique. Mais la discipline sociologique surgit à temps pour prévenir ce dernier degré de décomposition biotaxique.
Envers des études plus spéciales, on peut aussi constater directement que la biologie se trouve aujourd'hui moins rapprochée de son état normal qu'elle ne l'était à l'ouverture de ce siècle. Sa partie transcendante, préparée par Cabanis et fondée par Gall, se trouve, depuis longtemps, atteinte d'une honteuse stagnation. Faute d'une direction vraiment systématique, elle est redevenue un théâtre habituel de stériles débats entre un matérialisme empirique et un ténébreux spiritualisme, idéologique ou psychologique. À l'autre extrémité, l'étude de la vie végétative subit, davantage qu'au siècle dernier , l'aveugle domination des chimistes, devenus eux-mêmes plus irrationnels. C'étaient surtout des médecins qui cultivaient alors la chimie : maintenant, au contraire, la biologie est envahie par de simples chimistes, étrangers à toute conception vitale. Dans son éclatant début, la chimie moderne élevait à peine ses prétentions biologiques jusqu'à sa prétendue explication de la chaleur animale, bientôt réfutée par Barthez et Bichat. Malgré sa propre dégradation, elle aspire aujourd'hui à expliquer l'ensemble delà nutrition, sans qu'aucun biologiste repousse dignement une telle usurpation. Quant à la partie moyenne de la biologie, relative à l'animalité proprement dite, la vaine accumulation des faits
870 8Y8TÉK DE fOUIKK» POSITIVE.
n'y dissimule point la continuation d'une équivalenteftppnHMffl ooemologique, soit pour les sensations ou pour les moumoMttta. Lsnrs théories spéciales restent essentiellement livrées «vx, irrationnelles tentatives des physiciens, plus passives seulement que celles des chimistes, mais autant oontraires aux vrais progrès de la science vitale.
Moins enoouragée, en France, que la cosmologie, soit pur la faveur publique, soit par les succès officiels, la hkJefjg y dissimule, sous sa langueur actuelle, les ravages effectifs de l'anarchie rétrograde. Pour les mieux apprécier, il faut surtout considérer l'Allemagne, où la multiplicité des centres «osentiflques développe trop les travaux biologiques. Le récent discrédit de la métaphysique n'y aboutit jusqu'ici qu'à dissoftdre la dernière discipline philosophique qui contint un présomptueux empirisme en conservant quelques vues générâtes» Sons les extrêmes inspirations du panthéisme, les spécialités oiseuses s'y décorent, à peu de frais, d'une apparence systématifue. C'est là qu'on constate le mieux que les biologistes sont devenus presque aussi incapables que les géomètres de concevoir et d'exposer l'ensemble de leur science, comme de juger les travaux correspondants. La nature et la marche de la biologie y sont tellement méconnues que sa décomposition actuelle y reste inaperçue. Son histoire n'y suscite qu'une vaine érudition, où pénètre rarement un vrai sentiment de la filiation nécessaire. Dédaignant tous les travaux antérieurs, un orgueil empirique y conduit à placer la naissanoe de la saine biologie au temps même de sa dégradation. Mais il ne faut jamais oublier que, si cette anarchie est moins sensible ailleurs, cela tient seulement à une culture moins active, d'après un moindre encouragement. Les mêmes vices logiques et scientifiques s'étendent aujourd'hui à tout l'Occident, comme l'interrègne philosophique d'où ils émanent. On en peut aisément juger par
l'unanime admiration qu'excitent les innovations éphémères des biologistes germaniques.
Parmi les nombreux symptômes de cette brusque décadence, la postérité distinguera la triste chute du dernier penseur vraiment éminent dont la biologie doive s'honorer. Mon traité phi* fosophique a tant célébré le digne successeur de Lamarck, que je puis ici déplorer librement sa profonde rétrogradation, qui, longtemps bornée à la politique, s'étendit enfin jusqu'à la science. Quoique j'aie surtout jugé Blainville d'après les hautes constructions dont je le savais capable, ses services effectifs motivent assez l'immortalité que j'osai lui décerner. Mais sa glorification finale doit, comme celle de Pascal, rester accompagnée du souvenir d'une dégénération plus complète et moins excusable. En l'opposant à la noble persistance philosophique de Lamarck octogénaire et aveuglé, l'impartiale histoire y signalera une éclatante confirmation de la fatale affinité qui existe, surtout aujourd'hui, entre tous les genres de rétrogradation. Celui qui systématisa le mieux la hiérarchie organique finit sa carrière scientifique par placer cette conception fondamentale sous le désastreux patronage d'une théologie qui, depuis longtemps, compromet tout ce qu'elle prétend protéger. Mais la chute de cet illustre biologiste se manifeste davantage dans le seul ouvrage qu'il ait achevé, sous une assistance trop caractéristique. Son exemple a tristement vérifié l'impuissance nécessaire du simple esprit scientifique envers l'histoire de la biologie, qui, liée à l'ensemble de l'évolution humaine, appartient exclusivement au véritable esprit philosophique. Car, un tel échec ne doit pas être surtout imputé à l'influence théologique, responsable seulement des détails et des formes. Au fond, cette composition n'offre, comme les autres livres analogues, qu'une irrationnelle succession de notices biographiques et bibliographiques, où l'on ne sent presque jamais la filiation
historique, et qui d'ailleurs aboutissent souvent à des appréciations radicalement vicieuses. L'universelle altération de la philosophie biologique ne pouvait ici être mieux caractérisée qu'en la personnifiant chas l'un des immortels penseurs qui concoururent à l'essor fondamental de la biologie. Je devais d'ailleurs compléter ainsi le jugement trop exclusif que je portai sur lui avant qu'il eût subi toute sa destinée théorique. Pour caractériser davantage cette appréciation décisive, j'ai même cru devoir spécialement reproduire, à la suite de ee chapitre, le discours funèbre où je jugeai finalement ce grand biologiste d'après l'ensemble de sa nature intellectuelle et morale.
On voit donc que l'interrègne philosophique altère surtout la science dont l'ébauche décisive prépara le mieux sa terminaison nécessaire. Le régime analytique, qui dut diriger l'essor successif des diverses études préliminaires, est aujourd'hui devenu partout contraire à leurs vrais progrès. Mais la biologie souffre davantage de son empirique prolongation, directement incompatible avec la nature synthétique des spéculations vitales. La culture isolée ne pouvait convenir à une telle science qu'autant que l'exigeait la stricte préparation de la science suivante. Or, l'intervalle encyclopédique se trouve naturellement moindre ici que partout ailleurs, et en même temps il aboutit aussitôt au terme nécessaire du grand préambule. Par ce double motif, l'élaboration spéciale de la biologie devait se borner à y ébaucher assez les questions principales pour que toutes les conceptions essentielles, tant logiques que scientifiques, y devinssent suffisamment appréciables. Tel est, au fond, le seul, résultat durable qu'il faut retirer de ces travaux préparatoires, en le dégageant des tentatives vicieuses ou prématurées. Sans qu'aucune doctrine biologique soit réellement établie, ces conditions fondamentales se trouvent, depuis longtemps, assex remplies pour avoir laissé enfin surgir la sociologie. Avec elle
naît aussitôt la nouvelle discipline philosophique, ou plutôt religieuse, qui doit partout régénérer l'esprit scientifique, dont le régime préliminaire est radicalement épuisé. Un tel ascendant peut seul consolider et perfectionner la biologie, désormais confiée exclusivement à des penseurs encyclopédiques, qui reprendront systématiquement tous les travaux antérieurs, pour satisfaire aux exigences normales de l'éducation positiviste. Aucun autre régime ne pourrait arrêter l'entière dissolution qui menace aujourd'hui cette principale partie de la philosophie naturelle. On doit donc espérer que les vrais biologistes ne repousseront pas une salutaire discipline philosophique, qui d'ailleurs, sous une irrésistible impulsion sociale, surmontera bientôt toute opposition. L'interrègne spirituel choque, au fond, la plupart des véritables savants, en leur imposant d'en bas une oppression nullement compensée par celle qu'ils exercent en haut. Mais cette anarchie nuit surtout aux biologistes, qui, d'après leur position encyclopédique, subissent à la fois toutes les usurpations, sans pouvoir les rendre autrement qu'aux études sociales, trop appuyées sur la faveur publique pour craindre une telle réaction. Il n'y a de vraiment incurables, parmi les savants actuels, que les purs géomètres, qui, préservés de toute invasion par l'indépendance naturelle de leur domaine, usurpent partout impunément, sans pouvoir attendre d'autre fruit du nouveau régime qu'une consécration réservée à leurs prochains successeurs. Mais la religion sociologique saura bien leur faire aussi accepter une discipline nécessaire, dont la légitimité est autant démontrable envers eux qu'à tout autre égard.
Cette anarchie n'a vraiment respecté, dans l'étude de la vie, que la notion la plus générale, sur le contraste fondamental entre la biologie et la cosmologie. Depuis que Bichat acheva de l'établir, ce grand dualisme, quoique rarement senti assez, ne
574, 6tbt*w di pounoni posrnvi.
tkrt jamais méconnu, même par. lu biologistes qui réiistent-le moins au usurpations cosmologiques. Tel est le sm\ Mjnf d'appui scientifique qui reste maintenant à la naine pMlosojibie pour seconder sa systématisation définitive de la biologie.
On ne peut bien, apprécier cette notion moderne qu'en l)onpoaant convenablement à la conception ancienne, qui prévalut essentiellement depuis Hippocrate et Aristote jusqu'à fiùhq^et Lamarck. Avant l'avènement de la philosophie positive, il et&jt impossible de sentir asaei la portée d'un tel changement, quj caractérise la plus profonde révolution de l'esprit scientifique proprement dit.
La constitution primitive de la philosophie naturelle dut être longtemps binaire, d'après l'essor presque simultané des deux extrémités, qui, également liées aux besoins universels, durent toujours attirer l'attention systématique des castes sacerdotales d'où procède tout le savoir humain. D'une part, on voit partout surgir d'abord l'astronomie, avec la base mathématique qui eu était alors inséparable. Mais, à peu près en même temps, naissent aussi quelques conceptions biologiques, suscitées pu l'art médical. Entre ces deux germes scientifiques, la seule différence essentielle consistait en ce que le premier, déjà placé, à son vrai rang encyclopédique, pouvait aussitôt produire certains résultats définitifs ; tandis que le second, ainsi privé de sa préparation rationnelle, ne comportait que des fruits provisoires. Thaïes a pu construire des notions astronomiques qui subsistent encore ; mais les aperçus biologiques d 'Hippocrate ont exigé d'immenses rectifications. Les conceptions statiques d'Aristote devaient seules survivre à l'indispensable rénovation de la biologie primitive.
En tant que binaire, cette première constitution scientifique put tous les caractères essentiels d'une véritable combinai- .'.". ; ;;■■:.: conforme au génie synthétique de l'antiquité.
La subordination objective du second élément envers le premier y était déjà sentie dignement. Mais leur immense intervalle n'avait pu être alors comblé que par les hypothèses astrologiques, qui, exagérant leurs relations directes, instituaient entre eux une liaison intime et complète , quoique .essentiellement chimérique.
A cette constitution objective de la science abstraite, correspondit une vaste conception concrète, dont le vrai sens philosophique n'a jamais été bien compris, malgré sa longue domination, à peine éteinte aujourd'hui. C'est la célèbre décomposition de l'ensemble des êtres naturels en trois règnes généraux , envisagés comme presque équidistants. Présidant partout aux plus antiques encyclopédies, cette division spontanée n'a vraiment cessé de prévaloir, en Occident, que depuis le récent essor de la biologie systématique. Elle résulta nécessairement de notre première tendance scientifique vers l'unité objective, par contraste à l'unité subjective de la théologie. Nous sommes alors conduits à concevoir la nature comme un tout, où la vie émane du monde; pour combattre la disposition initiale à expliquer, au contraire, le monde d'après la vie, suivant l'esprit fondamental de la philosophie surnaturelle. Or, notre intelligence éprouve toujours le besoin de réduire à trois termes une progression quelconque, en étendant à l'espace une habitude spontanément suscitée par le temps. C'est ainsi que la conception des trois règnes naturels, quoique fondée sur une imparfaite appréciation de la vitalité, établit l'unité objective, en instituant une certaine continuité dans la succession générale des êtres réels. Son vrai caractère philosophique ressort surtout de sa liaison constante avec le dogme commun des diverses théologies sur la chaîne absolue qui devait unir tous les êtres quelconques, même surnaturels.
J'ai assez expliqué , au chapitre précédent, la profonde mo-
diflcation que subit , au moyen âge , cette constitution objective, quand la chimie vint s'installer entre l'astronomie et la biologie, dont l'éloignement spontané surmontait alors la combinaison initiale. L'ancienne harmonie scientifique fut ainsi rompue , en faisant cesser la subordination directe de l'étude de la vie envers celle du monde. Mais, en même temps, la biologie tendit davantage à manifester son vrai caractère. Ge premier pas dans la construction de la véritable échelle encyclopédique rapprocha la philosophie naturelle d'une constitution subjective, seule capable d'y établir une unité durable. Néanmoins , il ne put développer cette tendance rénovatrice qu'après avoir été complété, quelques siècles après, par l'avènement décisif de la physique, qui rendit superflus les deux ordres de conceptions chimériques auparavant destinés à lier l'astronomie et la chimie. Une continuité réelle étant ainsi fondée entre les diverses sciences préliminaires , leurs progrès caractéristiques firent dès lors sentir l'impossibilité croissante d'y établir l'unité objective, même en la bornant à la cosmologie. Mais l'harmonie subjective, quoique seule possible, ne pouvait encore surgir, tant que notre intelligence resterait dominée par le principe théologique, qui, nécessairement voué à la science absolue, entravait de plus en plus cet essor décisif de la science relative. L'unité mentale ne devait donc se réaliser que de nos jours, où la fondation de la sociologie , complétant l'élimination graduelle de la théologie , permet enfin au mode subjectif de devenir pleinement compatible avec le mode objectif, d'après leur commune consécration à l'étude des lois , en renonçant toujours aux causes.
Cette constitution positive de l'encyclopédie abstraite doit, en effet, être à la fois objective et subjective, comme la notion de l'Humanité qui en forme le lien fondamental. Mais la nature même d'un tel principe indique assez que le mode objectif se
subordonnera toujours au mode subjectif, ainsi devenu le plus relatif, suivant mes diverses explications antérieures. Le développement normal de cette harmonie finale y manifestera bientôt la conciliation spontanée des avantages, logiques et scientifiques, respectivement propres à la constitution binaire de l'antiquité et à la constitution ternaire du moyen âge.
Sans altérer jamais son unité caractéristique, la philosophie positive peut affecter également ces deux formes, alternativement convenables à ses diverses applications essentielles. Dans l'éducation, individuelle ou collective, sa constitution doit être surtout binaire , en y concevant la philosophie sociale comme précédée et préparée par la philosophie naturelle. Alors la biologie se détache de la sociologie pour se rapprocher de la cosmologie, à ce titre commun de préambule nécessaire. Mais le point de vue change pour un esprit pleinement mûri, qui, d'après une suffisante formation de l'encyclopédie abstraite, en développe directement l'usage régulier. Cette nouvelle appréciation exige, en effet, que la biologie soit, au contraire; réunie à la sociologie, comme premier degré de l'étude humaine. Si , en même temps , on se borne à concevoir la cosmologie dans son ensemble , la constitution encyclopédique reste binaire, quoique sous une autre forme qu'auparavant. Mais, le plus souvent, le besoin de continuité obligera de décomposer l'étude du monde en ses deux couples principaux, l'un immodifiable et déductif , l'autre modifiable et inductif , conformément au chapitre précédent. En ce cas , la constitution encyclopédique devient ternaire. Ce mode est le seul convenable à une échelle, ascendante ou descendante. Il prévaut aussi, mais d'une autre manière, dans l'éducation, où la philosophie naturelle doit être fréquemment décomposée en cosmologie et biologie. Quant à la décomposition propre à chaque couple cosmologique, elle convient également pour initier et pour ap-
pliquer, lorsqu'il faut préciser davantage les spéculations encyclopédiques. De là résultent diverses formes, aisément appréciables, dont chacune mérite quelquefois la préférence. La phis développée, et aussi la plus usuelle, du moins envers le passé, consiste dans l'échelle fondamentale des six sciences abstraites, qui ne doit être subdivisée que pour les travaux spéciaux. Mais, sous tous ses modes, la vraie constitution encyclopédique reste évidemment unitaire, d'après la prépondérance nécessaire toujours reconnue à la sociologie, comme seul lien scientifique et logique de nos diverses conceptions réelles.
En opposant cette harmonie subjective de la science moderne à l'harmonie objective de la science ancienne, on sent bientôt que leur succession abstraite correspond naturellement à une transformation concrète qui en est inséparable. La coordination principale des phénomènes ne pouvait point changer sans une équivalente rénovation dans l'ordre général des êtres. De même que l'ancienne constitution abstraite reposait sur la conception des trois règnes naturels, la nouvelle exige la division fondamentale du domaine concret entre deux empires seulement, l*un organique, l'autre inorganique.
Cette notion définitive dut graduellement résulter d'une meilleure appréciation de la vie végétative. A mesure que les spéculations biologiques devenaient plus rationnelles, on sentait davantage que la distinction réelle entre les animaux et les végétaux n'est aucunement comparable à la séparation radicale de ceux-ci envers les corps inertes. Une étude plus attentive des vrais rapports naturels devait donc aboutir à faire absorber le règne moyen par le supérieur, de manière à changer l'enchaînement en conflit.
J'ai déjà représenté ce grand dualisme comme la base nécessaire d'une synthèse positive, en tant qu'indispensable au dogme fondamental de la saine philosophie, l'invariabilité des relations
naturelles. Mais je dois ici caractériser davantage son influente spontanée sur l'ascendant final de la constitution subjective.
La division de la nature en trois règnes convenait à l'unité objective, comme permettant une transition graduelle entre tous les êtres. Au contraire, ce genre d'unité est incompatible avec le contraste radical de la vie à la mort. L'ensemble des corps naturels cesse alors de former un tout absolu. Car, les êtres organisés ne peuvent pas résulter davantage des êtres inertes que ceux-ci de ceux-là. Il faut ainsi concevoir deux ordres radicalement distincts , qui restent irréductibles à un seul , tant que la nature est considérée en elle-même , sans la rapporter à l'Humanité. Nous ne devons les juger inséparables l'un de l'autre que dans notre monde, ou plutôt sur notre planète. Partout ailleurs, l'existence inorganique peut être conçue sans l'existence organique , quoique l'inverse nous soit impossible.
Gela posé, il n'y a plus de véritable unité que par la méthode subjective, en rapportant au vrai Grand-Être toutes lès études réelles, tant abstraites que concrètes. Mais cette harmonie relative suppose que la recherche des causes est irrévocablement remplacée par la détermination des lois, c'est-à-dire des faits généraux. Il faut même qu'une telle étude ne soit pas instituée pour une destination purement objective, qui tendrait bientôt à reproduire l'absolu , comme dans l'anarchie actuelle. Elle doit sans cesse avoir un but aussi subjectif que son principe et sa base, en y voyant seulement une source de prévision rationnelle, toujours destinée à diriger l'action providentielle du véritable Être-Suprême.
On comprend ainsi comment la substitution des deux empires aux trois règnes détruirait l'ancienne harmonie théorique sans pouvoir la remplacer , si la marche nécessaire de l'évolution humaine n'en avait point rendu l'avènement très-voisin de celui
de la science finale. Mais il est également aisé de sentir qu'il n'y eut rien de fortuit dans la coïncidence historique qui réduisit à une seule génération l'intervalle effectif entre la prépondérance d'un tel dualisme et la fondation de la sociologie. Car, cette nouvelle conception concrète se lie nécessairement à l'essor décisif de la biologie abstraite, qui dut bientôt conduire à créer enfin la science sociale, vainement cherchée jusqu'alors, quoique l'urgence en fût depuis longtemps sentie par tous les vrais penseurs.
Une telle connexité devient évidente , quand on apprécie la doctrine des trois règnes comme incompatible avec toute juste appréciation générale de l'état vital. En effet, la vitalité ne peut être abstraitement conçue sans un préalable rapprochement concret entre les végétaux et les animaux. Aussi les principaux naturalistes insistèrent-ils de plus en plus, un siècle avant Bichat, sur les ressemblances essentielles de ces deux règnes , opposées à leurs communes différences avec le règne minéral. Ceux même qui, comme Linné et Buffon, continuaient d'embrasser toute la science concrète, tendaient à y faire prévaloir l'uniforme considération de la vie sur celle de l'existence inorganique. Malgré l'anarchie rétrograde qui décompose aujourd'hui la biologie, en attendant le régime encyclopédique, les plus empiriques novateurs respectent essentiellement l'argumentation décisive de Bichat sur le contraste fondamental entre la nature morte et la nature vivante. Chacun sent , quoique confusément, que la science vitale ne saurait exister sans ce dualisme irréductible. L'explication difficile que j'achève montre combien il est indispensable à l'avènement de la sociologie , et à la seule unité que comporte désormais la raison humaine.
En regard de la constitution subjective émanée spontanément de la théologie initiale , la philosophie proprement dite,
depuis son essor grec jusqu'à son moderne divorce avec la science , tenta toujours de fonder une constitution essentiellement objective, dont l'astronomie serait le point de départ. Mais vingt siècles d'infructueux efforts ont déterminé tous les bons esprits à renoncer à une telle unité. Aucun véritable penseur n'aspire même à faire coïncider les trois degrés essentiels de l'existence inorganique, d'abord mathématique , puis physique, et enfin chimique. Toutefois, malgré tous les avortements antérieurs, ces vaines tentatives n'ont été radicalement écartées que par l'avènement décisif de la biologie. Alors surgit, à l'extrémité supérieure de la philosophie naturelle , un élémentfondamentalévidemmentirréductible aux précédents. Son essor caractéristique n'a plus permis d'espérer une véritable unité théorique autrement que par la voie subjective , dont il prépare d'ailleurs la reconstruction finale, en poussant à former la sociologie , pour y remplacer la théologie.
Mieux on médite sur la marche primitive de notre intelligence, plus on reconnaît qu'elle n'exigeait d'autre rectification radicale que de substituer l'étude des lois à la recherche des causes. Son vice fondamental , d'ailleurs inévitable et même indispensable, ne consistait point dans son caractère subjectif, mais dans sa nature absolue. La longue coexistence de ces deux attributs n'a point empêché la subjectivité de manifester ses hautes propriétés, intellectuelles et surtout morales. Toute synthèse doit être subjective , puisque l'objectivité reste toujours analytique. Mais la prépondérance de la subjectivité est encore plus indispensable à la subordination fondamentale de l'esprit envers le cœur. Cette double nécessité , qui jusqu'ici prévalut sans être aperçue , a été confusément sentie par les principaux métaphysiciens modernes, depuis l'avortement décisif des nombreuses tentatives de systématisation objective. Ainsi poussés vers l'unité subjective, ils ne l'ont manquée que
pour Tavoir restreinte à l'homme individuel, au lieu do la fonder sur l'humanité.
La subjectivité initiale n'avait donc besoin que de devenir relative; mais cette transformation radicale a exigé tout le préambule objectif accompli graduellement depuis Thaïes jusqu'à Bichat. Car il fallait pour cela faire universellement prévaloir l'étude des lois naturelles , qui ne pouvait commencer qu'envers les moindres phénomènes, d'où elle s'est ensuite étendue lentement aux plus éminents. L'achèvement de cette immense préparation conduit maintenant à fonder la vraie subjectivité, en substituant la sociologie à la théologie. Ainsi rendue relative , la prépondérance du véritable point de vue humain devient beaucoup plus directe, et même plus complète que lorsqu'elle présidait implicitement au régime absolu. Cette transformation définitive est encore plus salutaire au cœur qu'à l'esprit, d'après l'harmonie durable qu'elle institue entre eux. L'objectivité, qui ne put rien systématiser, prend enfin son office caractéristique, de fournir partout les matériaux des constructions réservées à la subjectivité.
On peut ainsi réduire l'immense préambule scientifique qui vient de finir à renverser l'ordre primitif entre les deux parties essentielles de la philosophie naturelle. Pour les anciens, l'astronomie dut être la science prépondérante , et la biologie s'y subordonnait comme secondaire, parce que la logique objective dirigeait alors le progrès mental. Chez les modernes, la biologie prévaut irrévocablement, en se rattachant la cosmologie à titre d'introduction nécessaire, conformément à la suprématie finale de la subjectivité régénérée. L'accomplissement de cette révolution est devenu irrécusable, puisque l'esprit relatif émane maintenant ; des sciences supérieures , et l'absolu ne trouve plus d'appui dangereux que dans les sciences inférieures. Ainsi, l'étude du monde dut prévaloir pendant presque toute la
durée au régime préliminaire. Quand il se développe assez pour faire irrévocablement surgir l'étude systématique de la vie, il touche à son terme nécessaire, comme ayant atteint son but essentiel, en étendant la positivité jusqu'aux plus nobles phénomènes. Dès lors, la sociologie, prenant à jamais la suprématie mentale, la biologie devient spontanément son principal auxiliaire. La constitution primitive de la philosophie naturelle se trouve nécessairement intervertie par la prépondérance normale de la subjectivité sur l'objectivité.
Cette marche générale de l'espèce sera toujours reproduite essentiellement dans l'initiation systématique de l'individu. La cosmologie occupe seule quatre années sur les cinq que l'éducation positiviste consacre aux sciences préliminaires. Mais l'avènement de la biologie indique ensuite la terminaison du préambule objectif, et le prochain essor de l'état normal, qui doit faire toujours prévaloir lvétude dePhumanité, directement appuyée sur celle de la vie. Un grand exemple personnel annonce depuis longtemps cette marche ultérieure de toute éducation régulière, d'après les ^vicissitudes philosophiques du penseur qui jusqu'ici refléta le mieux l'ensemble de nos destinées mentales. Descartes entreprit d*abord la plus forte construction objective qui ait jamais été conçue. L'impossibilité d'y comprendre les plus nobles phénomènes le détermina ensuite à tenter de constituer l'unité intellectuelle par la voie subjective, d'où résulta la transformation qui caractérise la métaphysique moderne. Vers la fin de son incomparable carrière, l'avortement de ces deux tentatives le conduisit à se préoccuper surtout d'études biologiques, dont il sentait déjà la prépondérance normale sur les spéculations cosmologiques. Quoiqu'il se fût interdit les théories sociales, son génie concevait sans doute la science vitale comme la première source d'une subjectivité positive,seule capable d'instituer enfin l'harmonie mentale.
Je devais ici expliquer avec soin l'importance philosophique, très-peu comprise encore, de la grande révolution scientifique qui, sous l'impulsion de Bichat, transporta de l'astronomie à la biologie la présidence générale de la philosophie naturelle. Le lecteur sent maintenant que cette transformation abstraite exigeait le remplacement préalable de la conception concrète des trois règnes par celle des deux empires. Ce double changement est déjà devenu irrévocable, malgré l'unanime résistance des cosmologistes, d'après l'assentiment spontané de tous les biologistes, prolongé au milieu de leurs luttes les plus anarchiques, et soutenu par la faveur publique. Il annonce clairement l 'entière terminaison du ré gi me prélim i naire ,soit en consommant li ruine de l'harmonie objective, soit en ouvrant la voie de l'unité subjective, qui peut seule rallier toutes les théories réelles.
L'ensemble des considérations précédentes démontre assez que l'anarchie rétrograde de la biologie actuelle, loin d'indiquer son irrévocable dissolution, annonce le prochain avènement de la systématisation finale. Tant que cette principale partie de la philosophie naturelle resta isolée sans préparation cosmologique et sans destinatioù sociologique, sa culture irrationnelle ne comportait que des résultats purement provisoires, soit scientifiques, soit môme logiques. Ils ne pouvaient aboutir qu'à permettre l'essor systématique de la science sociale, seule apte à régénérer toutes les études préliminaires, en commençant par celle de la vie. La décomposition actuelle de ces dogmes prématurés inspire de justes regrets, puisqu'elle enveloppe indistinctement, parmi beaucoup de notions hasardées, quelques précieuses conceptions. Mais elle offre aussi l'avantage de faciliter une prochaine reconstruction, ainsi préservée d'avance de toute opposition vraiment consistante. Les véritables biologistes doivent aujourd'hui se rassurer quant à l'avenir de leur science, en voyant persister, malgré ses déchi-
rements intimes, l'ascendant décisif qu'elle obtint, au début de ce siècle, sur l'ensemble de la cosmologie. Dès qu'ils auront compris la salutaire prépondérance de la sociologie, ils accueilleront avec reconnaissance son régime encyclopédique, qui relèvera nécessairement leur dignité théorique, en même' temps qu'il les délivrera de toute usurpation cosmologique. C'est seulement parmi nos géomètres que la nouvelle discipline philosophique doit trouver une intraitable résistance, parce qu'elle leur ôte radicalement une irrationnelle domination, peu compensée à leurs yeux par une consécration religieuse qui n'appartiendra qu'à de vrais penseurs.
Après cette suite d'explications préalables, je dois caractériser sommairement la systématisation finale de la biologie, en appréciant d'abord sa nature fondamentale, ensuite ses conditions essentielles, et enfin sa marche normale. Quoiqu'une telle opération ne puisse jamais dispenser mes successeurs d'une construction plus spéciale, je suis ici obligé de l'ébaucher davantage qu'envers aucune partie de la cosmologie. Car, il faut ainsi manifester la puissance régénératrice de la nouvelle philosophie par sa plus urgente application scientifique, tout en posant une base dogmatique indispensable à l'objet direct et principal de ce Traité.
L'institution logique de la saine biologie et son élaboration scientifique doivent également dériver d'une appréciation systématique de sa nature générale et de son vrai domaine. Cette principale partie de la philosophie naturelle possède déjà un avantage éminent sur toutes les autres, comme ayant seule obtenu enfin un nom pleinement convenable à l'ensemble de ses attributions. Un tel privilège indique aussitôt le génie essentiellement synthétique d'une science où tous les aspects généraux convergent spontanément vers un but unique, ainsi proclamé dignement, la théorie abstraite de la vie.
Cette sommaire définition n'a besoin que d'être développée et approfondie pour caractériser assez l'objet et le sujet delà biologie. Une telle explication se réduit à bien concevoir la nature générale de la vie et de ses principaux degrés ou modes.
La vitalité fondamentale, seule commune à tous les êtres organisés, consiste dans leur continuelle rénovation matérielle, unique attribut qui les sépare universellement des corps inertes, où la composition est toujours fixe. Toutes les autres propriétés vitales, même l'intelligence et la moralité, reposent d'abord sur cette existence nutritive, résultée d'un suffisant conflit entre l'absorption et l'exhalation que chaque masse vivante exerce sans cesse sur le milieu correspondant. Néanmoins, on tenterait vainement d'expliquer cette inflexible connexité qui fait toujours dépendre les plus nobles attributs des plus grossières fonctions. Car, aucune contradiction nécessaire ne nous empêche de rêver la pensée et la sociabilité chez des êtres dont la substance resterait inaltérable. Toutes les utopies théologiques sur la vie future commencent, en effet, par affranchir l'homme d'une telle obligation, en transportant à des corps incorruptibles nos privilèges intellectuels et moraux. En remontant davantage notre passé, on trouve même que le fétichisme initial étendait ces éminentes aptitudes aux substances les plus fixes et les plus inertes. Mais l'observation ne confirma jamais une seule de ces suppositions. Partout où la composition matérielle demeure invariable, il n'existe aucune trace de pensée ou d'affection, ni seulement le moindre rudiment de sensibilité ou de contractilité. A la vérité, la rénovation continue a lieu chez beaucoup de substances qui ne manifestent pas davantage ces phénomènes supérieurs. Cela prouve assez que les plus hautes propriétés vitalesnerésultentpasnécessairementdesmoindres.Pourtantelles en dépendent certainement, puisqu'elles ne surgissent jamais qu'avec une telle base, dont toute altération suffisante les fait
d'ailleurs cesser aussitôt. En un mot, on voit souvent des corps sans âme ; mais on ne voit aucune âme sans corps.
Ainsi, la vie n'est pas seulement particulière à certaines substances, organisées sous certains modes* De plus, elle ne se montre jamais que temppraire chez les molécules qui la comportent; en sorte que tout organisme devient inerte et bientôt se dissout si ses matériaux ne sont point assez renouvelés. Nous ne pouvons pas plus expliquer cette instabilité que cette spécialité. Il faut concevoir Tune et l'autre comme de simples faits généraux, dont la réalité est incontestable, mais qui resteront irréductibles à d'autres. Nous ne saurons jamais pourquoi l'oxygène; l'hydrogène, l'azote, et le carbone sont susceptibles de vivre, tandis que le chlore, le soufre, l'iode, ne vivent aucunement. De même, nous nepouvons savoir pourquoi la vitalité ne persiste pas indéfiniment chez les matériaux susceptibles de l'acquérir. Hais ces deux mystères sont heureusement aussi oiseux qu'impénétrables. Il suffit ici d'apprécier ce double fait primordial comme la garantie dogmatique de l'indépendance des notions biologiques, lesquelles ne sauraient ainsi émaner jamais des théories cosmologiques qui en préparent l'élaboration directe.
En poursuivant les plus hautes conséquences de cette grande loi biologique, la philosophie positive y doit annoncer déjà la première condition générale de la véritable existence sociale. Car, il en résulte directement, chez les organes indépendants qui composent le Grand-Être, la personnalité fondamentale qui inspire sans cesse à chacun d'eux une active sollicitude pour sa propre conservation. De là naît le principal problème de la vie humaine, où d'énergiques impulsions individuelles doivent se subordonner toujours à de faibles inclinations sociales. Telle est aussi la source de l'activité providentielle de l'Être-Suprême, autant assujetti que les organismes inférieurs à l'obligation permanente du renouvellement matériel. En outre, cette nécessité
développe les affections bienveillantes, en leur procurant un but pratique qui combat toujours leur inertie spontanée. Toutes ces conditions élémentaires manqueraient radicalement, si l'Humanité se composait d'organes incorruptibles, dispensés de pourvoir à leur propre rénovation. Quoique je ne doive point insister ici sur une explication sociologique réservée au volume suivant, il fallait maintenant indiquer sa source biologique.
Cette rénovation matérielle détermine les deux autres attributs connexes de la vie universelle : d'une part, le développement, qui aboutit à la mort individuelle ; d'une autre part, la reproduction qui perpétue l'espèce. Tout corps vivant s'accroît tant que le mouvement d'absorption y prévaut sur celui d'exhalation; il décroît ensuite, dès que leur relation devient inverse : enfin, il meurt, quand leur harmonie fondamentale se trouve assez rompue.
La constante nécessité de ces trois phases successives semble résulter de l'antagonisme naturel entre les solides et les fluides, dont le concours peut seul permettre une recomposition continue, tandis que leur équilibre ne parait point susceptible de persister toujours. Mais il faut, dans les sciences supérieures, se défier beaucoup de ces déductions vagues, et d'ailleurs oiseuses, qui n'ont presque jamais de validité réelle qu'en vertu d'inductions inaperçues, que l'abstraction ne saurait écarter entièrement. De tels rapprochements sont inspirés par des habitudes théoriques émanées d'abord du régime métaphysique, qui supposait partout des liaisons confuses. Ces vaines tendances ont ensuite été maintenues, et môme développées, sous la présidence scientifique longtemps échue à l'esprit mathématique, toujours disposé à faire prévaloir la déduction sur l'induction. Elles pourraient troubler gravement les plus hautes spéculations de la biologie et de la sociologie. Les relations extérieures sont beaucoup plus contingentes qu'il ne convient à
notre aveugle instinct de liaison universelle. Notre émancipa* tion systématique ne sera vraiment complète qu'après une pleine renonciation à l'unité objective, qui, devenue partout aussi perturbatrice que chimérique, tend désormais à reproduire, sous une autre forme, le régime absolu. Il n'y a de vraiment possible que l'unité subj ective, seule é gaiement adaptée à nos moyens et à nos besoins.
Ainsi, le véritable esprit positif ne tente point d'expliquer la mort comme conséquence nécessaire de la vie. Leur vraie connecté est tellement contingente que, pendant notre longue enfance, individuelle ou collective, nous supposons volontiers l'éternité d'existence. Sous le régime normal, l'obligation de mourir ne sera le plus souvent reconnue personnellement que par confiance ou par analogie, jusqu'à ce que le déclin se prononce assez pour la faire directement sentir. Elle doit donc être finalement regardée comme une seconde loi biologique, aussi universelle que la première, qu'elle suppose sans en résulter. Leur liaison constante fournit même l'un des caractères généraux de l'existence organique, vu la perpétuité ordinaire de l'existence inorganique. Mais la difficulté que nous éprouvons souvent à bien distinguer ces deux existences confirme assez notre peu d'inclination à supposer toujours nécessaire pour Tune la loi qui ne convient presque jamais à l'autre. De la rénovation continue qui caractérise la vie universelle, il ne résulte réellement que l'obligation de croître d'abord et de décroître ensuite, à moins d'un parfait équilibre entre l'absorption et l'exhalation. Aucune contradiction théorique ne nous empêcherait de concevoir cette alternative comme indéfiniment répétée chez le même être, sans y interrompre jamais la continuité vitale. La théorie générale de la mort, quoique nécessairement fondée sur celle de la vie, en est donc, au fond, entièrement distincte. Elle se trouve jusqu'ici encore
590 SYSTÈME. DI P6LIIIQUE POSOIXE»
moins «tancée, n'ayant proBçuajamai&inspiri directement des méditations systématiques.. On an peut aisément juger d'apréi l'extrême imperfection des règles positives sur la longévité dan» remeuble de la hiérarchie, biologique.
Cette seconde loi fondamentale de la vie universelle n'i»porte pas moins que la première aux conceptions soeiologiqaer/ comme je l'expliquerai spécialement dans le volume suivant j Sous son influence directe, le Grand-Être se trouve autant assujetti que les êtres inférieur» à fat nécessita permanente du m nouvellement élémentaire. Par unei réaction indirecte, déflu appréciée dans mon traité philosophique, elle y constitue *«mk Tune dea conditions- essentielles duprogrèa continu del'espèaq qui deviendrait incompatible avec l'éternité des individus.
La. troisième loi biologique comporte, à. tous égard*} des» remarques philosophiques analogues à eettes que vient d'exiger' la second*. Cette faculté de se reproduire semble, il est vrai, • résulter davantage de l'obligation de mourir que celle-ci as suit de l'instabilité matérielle* En effet, sans ane-teUe- compensation, chaque espèce vitale disparaîtrait: bientôt. De nombreux exemples de stérilité individuelle, surtout chez les animaux supérieurs, autorisent même à supposer que certaines races as sont peut-être perdues ainsi, sous l'impuissance génératrice dt tous leurs membres. Interdites par l'optimisme théologique, de pareilles conjectures doivent désormais trouver- place dans1 le champ normal des méditations, biologiques. Aucune espèce ne semble donc pouvoir persister qu'autant que la reproduction y compense la mort. Mais cette. nécessité est loin d'expliquer radmirableprivilégequipermetàtout être vivant d'en faire naître un autre essentiellement semblable à lui. Car aucune contradiction n'empêcherait de concevoir autrement la conservation des espèces, si les corps organisés émanaient directement des matériaux inorganiques. Pendant la longue enfance de l'huma-
INTRODUCTION FONDAMENTALE. *— CHAfCTRB TROISIÈME. 5#ï
nité, de telles suppositions ne coûtaient rien à la naïve im>* nation des populations fétichiste*, et même polythéiste*. Quoique l'oppressive rigueur de la discipline monothéique les ait ensuite proscrites, de hardis penseurs ont systématiquement! perpétué ces hypothèses spontanées. Mais, sans qu'elles Soient radicalement contraires à aucune loi objective, l'obseïtatîett scientifique ne les a jamais confirmées , malgré de fréquenté! espérances, bientôt détruites par un examen approfondi. Ééatf» tant toute vaine discussion sur les origines absolues , il faut donc reconnaître, comme une notion essentielle de philosophie relative, que chaque être vivant émane toujours d'un autre semblable. Ce fait général ne résulté d'aucune déduction, et né repose que sur une immense induction, désormais inattaquable* Il constitue une troisième loi biologique, aussi distincte de la seconde que celle-ci Test de la première. Seulement chacune de ces lois suppose la précédente, quoiqu'elle n'en dérive point. Car , si des êtres étaient immortels , leur reproduction serait inutile ; elle deviendrait même contradictoire , d'aptèé les difficultés résultées d'unemultiplication indéfinie. Voilà tout ce qu'il y a de nécessaire dans la connexité réelle entre la gé* nération et la mort.
Ainsi, le grand aphorisme dUarvey, omne vwuin et àvo, n'est imparfait qu'en ce qu'il spécifie tin mode d'émanation, souvent étranger aux organismes inférieurs. Sous une meilleure rédaction, omnevivum ex vivo, il constituera toujours l'un* des principales bases de la biologie systématique. Cette dernière loi fondamentale de la vie universelle achève de séparer raffi* calement la moindre existence organique de toute existence inorganique. Malgré, dé vains r&pptfocbetoents scientifique* entre la cristallisation et la naissance, le Véritable esprit philosophique ne permet point de regarder un cristal comme nahmmt d'un autre. Le vrai sens biologique de ce terme indispensable
ne peut convenir à des corps susceptibles de durer toujours et de croître sans cesse ; car, ils proviennent le plus souvent d'une combinaison directe entre leurs éléments chimiques , indifféremment émanés de composés quelconques. En un mot, la propriété de naître est aussi particulière aux êtres vivants que celle de mourir. La biologie y trouve la source d'une nouvelle garantie générale contre l'usurpation cosmologique. Mieux on systématise les études vitales, plus on sent combien sont irrationnelles et oppressives toutes les tentatives pour constituer l'unité objective, en concevant la nature comme un tout absolu, indépendamment de sa relation à l'humanité, seule source possible d'une véritable unité.
Pleinement appréciée, cette troisième loi biologique termine la célèbre controverse, encore essentiellement pendante, sur la perpétuité des espèces. Car, une telle loi, assurant l'hérédité organique à chaque génération, la prolonge aussi après une succession nouvelle. Elle consiste, au fond, à maintenir spontanément l'intégrité du type, quel que soit le nombre des transmissions. C'est pourquoi tous ceux qui ont supposé la variabilité indéfinie des espèces se sont trouvés bientôt conduits à concevoir les corps vivants comme pouvant se former, de toutes pièces , par de simples actions chimiques, au moins chez les êtres inférieurs. De tels paradoxes doivent peu surprendre dans un ordre de spéculations où la positivité n'a pu jusqu'ici surgir que d'en bas. Maintenant que la sociologie permet enfin de l'y faire aussi pénétrer d'en haut, la révision systématique de toutes les études provisoires écartera définitivement ces vains débats. Us offrirent d'abord une utilité indirecte, surtout logique, pour poser quelques questions et susciter certaines conceptions. Désormais, le même office sera mieux rempli par la culture encyclopédique, qui disposera toujours à saisir l'ensemble des aspects biologiques. On sentira
alors que l'opinion de l'instabilité des espèces est une dangereuse émanation du matérialisme cosmologique, d'après une irrationnelle exagération de la réaction vitale des milieux inertes, qui n'a jamais été bien conçue. Cette aberration serait directement contraire à l'indépendance normale de la biologie, qu'il faut aujourd'hui consolider avant tout. Quand la spontanéité vitale aura été dignement appréciée, il conviendra de compléter sa théorie fondamentale par celle des modifications dues au milieu. Mais l'introduction prématurée de ces questions complémentaires ne peut aujourd'hui susciter que des débats anarchiques, plutôt contraires que favorables au vrai progrès de la biologie.
Il serait ici superflu de signaler expressément l'importance sociologique , encore plus évidente pour cette dernière loi biologique qu'envers les deux autres. On y sent aussitôt le germe direct de la continuité historique, qui constitue le principal caractère du grand organisme. Dans l'ordre pratique, l'hérédité vitale n'a pas moins de prix, comme première source naturelle de l'hérédité sociale.
En ramenant au dualisme, suivant la règle de toute combinaison , l'ensemble de ces trois lois fondamentales de la vie universelle, on voit qu'elles caractérisent : d'une part, l'existence actuelle ; de l'autre, le développement successif. Celui-ci aboutit à deux résultats généraux , dont le second suppose le premier1, sans en émaner : d'un côté, la mort; de l'autre, la reproduction. La succession normale de ces deux appréciations forme le système des trois grandes lois biologiques, sur la rénovation matérielle , la destruction individuelle , et la conservation spécifique. Quoique chacune soit subordonnée à la précédente, elle n'en résulte pas davantage que les trois lois astronomiques de Kepler ne dérivent l'une de l'autre. Telle est la première base dogmatique de la vraie philosophie biolo-
gique. Son intime connezité ayec l'ensemble de la sociologie en augmente à la fois l'importance et la stabilité , par une incorporation directe au système élémentaire de la religion finale.
Cette vie universelle, quoique bornée à la seule matérialité, constitue le premier fondement des plus hautes fonctions, même humaines. Par elle aussi l'organisme commence ses relations nécessaires, à la fois actives et passives, avec le milieu correspondant, qui fournit les matériaux absorbés et reçoit les produits exhalés. On ne peut l'apprécier convenablement qu'en l'étudiant d'abord chez les êtres qui ne vivent pas autrement. Partout ailleurs, l'influence des fonctions supérieures empêche de concevoir nettement cette vie fondamentale , quoique leur réaction nutritive mérite ensuite un soigneux examen. C'est ainsi que la théorie de la végétation devient la base objective de la biologie systématique. Les êtres correspondants ne sont pas moins précieux pour nos spéculations positives que pour notre existence matérielle. Us développent les fonctions nutritives, non-seulement isolées de toutes les autres, mais aussi dans leur principale énergie. En effet , les végétaux sont les seuls êtres organisés qui vivent directement aux dépens du milieu inerte. Tous les autres restent impuissants à vivifier la matière inorganique , î qu'ils ne peuvent jamais s'approprier qu'après son élaboration végétale. La séparation abstraite, admirablement établie par Bichat, entre les fonctions inférieures et les fonctions supérieures, se trouve donc complétée par l'appréciation concrète d'une immense classe d'êtres qui offrent seulement l'existence nutritive, avec ses deux suites générales, la mort et la reproduction.
Objectivement considérés, ces êtres composent le premier échelon de la hiérarchie biologique, qui ne saurait devenir vraiment systématique tant qu'ils n'y seront pas régulièrement incorporés. Envisagés subjectivement, ils acquièrent une noble
destination, comme f(mdem«ttt<défia»tif.delîexifltaiK»«é4é«Mntait e de l'Humanité. A oc titre* ibdewennent lasininistresr»éjsassmres da Grand-iÊtre* qui respecte >en> eii' keipnoipuac -agents de sa providence matérielle, il leur devra teujomosila ^possibilité d'unir de .plus en plus 'tente le nature vivants jpenr fana immense luttapermanante contre l'ensemble du mmdndn- 'Organique. L'instinct confus d'une telle coopération ocnstitaBa/la isonrce spontanée du culte que l'homme rendit ai' longtemps nux végétaux. Trop méconnue après la chute du fétichisme, .cette naïve i adoration sera dignement roconstraite'' par Je. positivisme, qui doit ^approprier tous les offiœaieasentiels 4e» «diverses synthèses. antérieures.. Pour 1'inœrperer au culte Anal, il suffira d'y rendre. subjective l'appréciation qui fui- dîabetd objective, Ainsi transformées^ ses touchantes: pratiques pourtant de nouusan ennoUir^ mieu* qu'auparavant, nospkisfresjaèras- fonctions.
. Malgré ees relations fondamentales avec le <Grand^ÊtMf née premier mode de «vitalité nst trop éloigné du type humain pour >que les plus synthétifuesiDédiU tiens fuissent jamais Dranchir -entre toux le degré .général qui peut aeul les uni*, fie dà vésntte l'interposition subjective 4c l'animalité entre la 'végétalfté<et .l'humanité.
L'étttde.mètte<de rtrisÉenoe» nutritive, introduit mufeureUansent.cet immense interatédiake, qui «emporte ensuite ^ tant «le nuances graduelles, propres à compléter cette transition â»damentale. Gar.kvthéorie tfénépaàedek jénowlion vitakrfflétaente nécessairement deux ;oa». essentiels, suivant que A'tkhe» ssék» matérielkiestidmsctenn indiceete.
• Tout être- 'vivant accomplit «directement son alimentation •fluide, soit gaienee, soit fsdme : liquide, ■ «dent les matériaux -émanent toujours >du milieu ioeitouiNul«ppainil vital, natale aeégétal, ne possède, assez dSénergie chimique pour produire
186 amtoot m rounooi vosrivk.
immédiatement ce premier genre- d'alimenté : quoiqu'on ait fouvent annoncé la formation biologique de l'eau, l'examma toujours démenti cette irrationnelle assertion. C'est surtout •ainsi que la vie ne saurait exister dans aucune planète dépourvue d'une double enveloppe fluide. Mais cette première alimentation, quoique indispensable à tous les organisasse,» ne suffit qu'aux plus inférieurs. Les végétaux ont seule assex es puissance asdmilatrice pour composer directement leure tissas avec des matériaux liquides et gaieux, secondés par quelquss particules terreuses, empruntées aussi au monde inorganique. Doua les organismes plus élevés, outre cette alimentation fluide, exigent une nourriture solide, d'où dépend leur principale structure. Or les substances inertes, vu leur composition trop étrangère, ne peuvent, à cet égard, procurer jamais que jdes ressources purement accessoires, propres à faciliter l'élabocatbn, ou, tout au plus, à augmenter la consistance de oertaiai tissus. C'est pourquoi l'organisme végétal fournit seul à tous les antres la base essentielle, d'ailleurs directe ou indirecte, de leur alimentation solide. Les êtres correspondants constituent d'énergiques appareils nutritifs, qui compensent la faible puissance assimilatrice des natures plus éminentes, en leur procurant des matériaux déjà doués d'un premier degré de vitalité. Une telle relation devient la condition nécessaire du développement des fonctions supérieures chei les organismes convenables, qui, sans cela, ou périraient par insuffisance d'alimentation, ou œnsumeraient toute leur activité vitale en opérations chimiques. Pour éviter cette alternative, il faudrait que csi hautes facultés se trouvassent combinées avee la plus grande force d'assimilation. Or, quoiqu'un pareil concours ne soit point, en lui-même, contradictoire, l'ensemble des observations prouve clairement qu'il n'a jamais lieu. L'induction biologique représente partout l'essor des fonctions supérieures
comme uni au peu d'énergie des fonctions inférieures. C'est ainsi que la théorie générale de la vitalité conduit à distinguer deux grandes classes d'êtres organisés : les uns, moins élevés, mais plus indépendants, se suffisent à eux-mêmes dans les milieux convenables; les autres, plus nobles et plus rares, ne peuvent subsister qu'à l'aide des premiers. On doit rattacher cette notion biologique à la loi encyclopédique qui, envers l'ensemble des phénomènes naturels, diminue l'indépendance à mesure que croit la dignité.
Ainsi, le second mode général de vitalité se distingue d'abord du premier par un système de nutrition qui l'éloigné davantage de l'existence inorganique. La rénovation fondamentale exige alors des aliments qui soient eux-mêmes vivants, au lieu de se borner, comme auparavant, à des matériaux inertes. C'est pourquoi, dans la grande hiérarchie positive qui coordonne à la fois les êtres et les phénomènes, les animaux s'élèvent au-dessus des végétaux, en tant que plus particuliers et plus compliqués. En ce sens, l'ancienne conception concrète des trois règnes naturels offrait une première ébauche de la vraie classification universelle, quoiqu'une simple subdivision y fût vicieusement érigée en division principale. L'animalité suppose la végétalité, tandis que celle-ci est indépendante de l'autre. Si l'on conçoit aisément des astres constitués de manière à ne comporter que la seule existence inorganique, il y en a peut-être aussi où la vie se borne à la simple végétalité. La même condition se reproduit dans les conjectures sur les états successifs de notre planète, où Ton suppose aujourd'hui que les végétaux ont longtemps subsisté sans les animaux, dont ils préparaient l'avènement. Quoique ces diverses hypothèses •oient peut-être également hasardées, et, du moins, pareillement oiseuses, elles font mieux ressortir cette subordination objective de l'animalité envers la végétalité. La succession gé-
698 SYSTÈME DE PQUnQUS fQSKtyVE.
nénle de ces deux systèmes de vitalité institue une progression biologique qui, dani ce début décisif, se lie à la progression cosmologique établie par le chapitre précédent. Au point de. vue encyclopédique, le passage de l'existence végétale à l'existenu animale ouvre une série vitale, à la fois abstraite et concrète, essentiellement analogue, tant pour la dignité que .pour la -dépendance, à celle que forment les trois modes .essentiels de l'existence inorganique. Mais celle-ci reste nécessairement bornée à ses trois termes naturels, mathématique, physique et chimique; tandis que l'autre comporte, et même exige, un vaste développement.
Cette notion fondamentale de l'animalité détermine aussitét les deux attributs généraux qui la caractérisent directement En effet, l'obligation de se nourrir de corps vivants auppese, d'une part, la faculté de les discerner, et* de l'autre, le pouvoir .de les saisir. Ainsi, Ja sensibilité et la contractilité deviennent les conditions nécessaires du mode d'alimentation qui défiait l'animalité. Sans cette double aptitude à connaître et à modifier les corps extérieurs, l'existence animale serait directement contradictoire. Par là l'être vivant, jusqu'alors entièrement solitaire, ouvre naturellement des rapports habituels avec tost ce qui l'entoure. Mais cette vie de relation n'offre d'abord qu'un caractère purement individuel, comme ayant pour but essentiel la vie de nutrition, qui demeure l'attrihut fondamental de l'ensembje des êtres organisés.
Entre ces deux vies, le lumineux génie de Bichat a dignement saisi une différence capitale, en opposant l'intermittence des fonctions animales à la continuité des fonctions végéjtalei, dont la prépondérance matérielle ressort .ainsi davantage. Pour compléter cette irrécusable appréciation,. il importe d'y rattacher, comme conséquence nécessaire, i^ double loi de l'exercice, qui n'appartient qu'à l'animalité. D'abord, la continuité
des fonctions végétatives exclut toute satisfaction, quand même l'être serait pourvu de nerfs sensitifs, puisque tout plaisir exige une comparaison alors impossible. C'est en vertu de son intermittence caractéristique que la double propriété animale, soit passive, soit active, comporte le sentiment de son exercice, et, par suite, inspire le besoin de le répéter. En second lieu, cette répétition, réglée surtout d'après les conditions nutritives, développe un autre attribut animal, qui ne saurait davantage convenir à des fonctions continues. C'est la faculté de l'habitude, qui, philosophiquement appréciée, se lie à la grande loi cosmologique de la persistance universelle, modifiée, dans Tordre vital, par l'intermittence des phénomènes. Elle constitue la base nécessaire du perfectionnement individuel, qui suppose plus ou moins, chez tout animal, un système 4e nutrition où le succès dépend naturellement d'une certaine éducation, à la fois théorique et pratique, c!est-à-dire de. connaissance et de réaction.
Voilà par quel enchaînement général le mode, alimentaire propre à l'animalité fait naître de nouvelles lois illogiques, qui règlent une existence supérieure, dont . la nutrition n'est plus le but direct. Quoique se rapportant toujours à ,1a satisfaction individuelle, ces impressions et ces besoins offrent un caractère moins intéressé que les purs instincts végétatifs. L'être commence ainsi à se rapprocher du type humain, en .développant une existence qui n'est plus bornée à la simple matérialité. Il ne se contente pas seulement .de matériaux, qui sont nécessairement personnels; il lui faut aussi des sensations et des mouvements, où plusieurs peuvent participer sans conflit. Dans les intervalles propres à l'alimentation solide, ;<#s besoin* supérieurs peuvent acquérir un grand essor ai l'organisation le comporte, et devenir même une source 4e rapprochement entre les animaux semblables. Ainsi, cette vie de relation, qui surgit au-
dessus de la vie dénutrition, suscite spontanément les premiers germes de la sociabilité, partout où la nature morale n'est pas trop vicieuse.
Pour achever de concevoir l'animalité fondamentale, il dut reconnaître entre ses deux attributs connexes, l'un passif, l'autre actif, un troisième attribut non moins général, indispensable à leur vraie liaison. Suivant une loi logique dont j'ai souvent fait usage, cette notion intermédiaire n'a été éclaircie qu'après les deux extrêmes qu'elle devait unir. Malgré la lumineuse impulsion de Gall, les biologistes continuent trop à borner les fonctions animales à la sensibilité et à la contractai té, même envers des organismes assez élevés pour qu'elles se concentrent dans un véritable cerveau. Il faut, néanmoins, reconnaître, jusque chez les moindres animaux, que la liaison de ces deux fonctions extérieures ne peut jamais être vraiment directe. Elle suppose toujours, au sein de l'organe central, une vitalité intermédiaire, qui caractérise mieux qu'aucune autre la spontanéité animale. Affectée par les sensations, elle inspire les mouvements. Quoique sa principale nature soit toujours morale, il s'y mêle partout un certain degré d'intelligence, indispensable pour apprécier les impressions reçues et les réactions convenables. Mais cette double appréciation se rapporte nécessairement aux instincts essentiels, sans lesquels sa marche serait vague et illusoire. La seule de ces impulsions intérieures qui soit strictement universelle, concerne la personnalité fondamentale, constamment stimulée par le retour périodique des besoins nutritifs. Néanmoins, jusqu'envers la moindre animalité, cet égoïsme nécessaire se trouve plus ou moins modifié d'après l'exercice même des fonctions qu'il développe. C'est ainsi que l'existence physique des animaux, supérieure à l'existence purement matérielle des végétaux, s'accompagne toujours d'une certaine existence morale, dont le développement caractérise la nature humaine.
Outre ce9 attributs universels de l'animalité, les cas les plus intéressants, et même les plus nombreux, manifestent des instincts moins personnels, qui, chez les organismes supérieurs, comportent un admirable essor. Ils concernent le besoin de reproduction, toujours lié à la rénovation fondamentale. Dans tous les animaux assez élevés pour que les sexes y soient pleinement séparés, la conservation de l'espèce exige des rapprochements au moins temporaires, qui non-seulement étendent la vie de relation, mais surtout ennoblissent son caractère moral, en la dégageant de la pure personnalité. Les espèces même les plus égoïstes se trouvent alors modifiées par une satisfaction qui, quoique individuelle, suppose ailleurs quelque assentiment volontaire. On voit ainsi la vie de relation se rapprocher davantage de la sociabilité, d'après un but qui n'est plus exclusivement personnel. Cette tendance devient plus prononcée sous l'influence d'un autre instinct inhérent aussi à la fonction reproductrice, et toutefois plus rare que le précédent. Quand le produit de la génération animale ne peut se développer sans des soins assidus et spéciaux, l'instinct maternel vient compléter et ennoblir l'instinct sexuel. Ce double penchant, relatif à la conservation de l'espèce, modifie plus ou moins profondément la personnalité fondamentale, chez la plupart des natures animales. Il y suscite une ébauche, toujours touchante et souvent admirable, de la vie de famille, première base de la vie sociale. L'intelligence propre à chaque organisme se trouve excitée par une destination qui n'est plus purement individuelle. Ses calculs sont même poussés ainsi au delà du besoin actuel, de manière à ébaucher la liaison de l'avenir au passé* Cessant d'être entièrement dominée par les instincts personnels, l'existence devient susceptible d'une certaine discipline morale, en s'adaptantà un ordre extérieur, envers lequel l'affection commence à tempérer la nécessité.
Tous les principaux caractères que l'orgueil et l'ignonfice érigent en privilèges aWolus de notre espèce se montrent doue aussi, à l'état plus ou moins rudimentaire, ehes la plupart des animaui supérieurs. Là même où ils sont le moins développés, leur appréciation normale, quoique souvent difficile, devient indispensable pour systématiser la vraie conception de l'animalité. Sans ces divers attributs intérieurs, dont l'ensemble constitue la vague iiotion d'mstôtcl, nous ne pourrions comprendra aucune existence animale. Car il faudrait alors supposer ton* jours directe la relation entre les impressions extérieures et les réactions musculaires. Or, cette hypothèse détruirait essentiellement la spontanéité animale, qui consiste surtout à être déterminé par des motifs intérieurs. Ge serait, au fond, rétablir l'automatisme cartésien, qui, exclu par les faits, vicie encore, sous d'autres formes, les hautes théories xoologiques, faute d'avoir été systématiquement discuté. Le régime encyclopédique émané de la nouvelle religion pourra seul rectifier définitivement ces graves aberrations, qui troublent à la fois nos sentiments et nos pensées. Dans l'ordre intellectuel, elles briserit à son origine la chaîne fondamentale qui unit l'humanité <i l'ensemble des existences réelles. Mais leur influence morale est encore plus nuisible, en justifiant le mépris, l'ingratitude, et même la cruauté, envers les compagnons de nos misères et aussi de nos travaux. La vraie religion devra donc réparer soigneusement ces funestes résultats du régime théologico-métaphysique depuis la chute du polythéisme. Plus réel et plus complet que le fétichisme, le positivisme saura encore mieux que lui relever la dignité animale.
Afin d'apprécier assez ces divers attributs, il faut ici caractériser l'influence qu'ils reçoivent de la principale modification propre au système d'alimentation d'après lequel j'ai défini l'animalité. Quoique tous les animaux se nourrissent de substances
INTRODUCTION FONDAHENf Àtll — CHAPTTRE TROISIÈME. 603*
organisées, toas ne vivent pas diretfrtetffëht de végétaux. La phîpart des classes zoologiques' renferment beaucoup d'espèces' où ceni-ci ne forment qu'indirectement la base de là nourriture, alors immédiatement tirée d'autres rades animale». Une moindre puissance assimilatriee exige ainsi que lefe matériau alibitesr subissent ailleurs une seconde élaboration vitale, avant de pouvoir être incorporés à des organismes plus éloignés de 1* végè~ talité, et mieux douéfc , en effet , des principaux attributs de l'animalité. Eux-mêmes remplissent quelquefois un pareil office envers d'autres animaux, encore plus- carnassiers, qui n'admettent l'aliment solide qu'aprWurie troisième' préparation dans ces laboratoires vitants. Mais te cas reste trop exceptionnel pour intéresser la biologie générale. Le cas des carnassiers? au premier degré , outre qu'il est seul normal, mérité beau coup d'attention philosophique, puisque notre espèce s*y trouva comprise, par une coïncidence qui d'est nullement fortuite, comme je l'expliquerai ci-dessous.
On n'aperçoit jusqu'ici aucune loi générale, dans l'ensemble de la série animale, sur la répartition effective entre les carnassiers et les herbivores, partout mêlés confusément. Ce mélange doit tenir à l'imperfection actuelle de cette immense hiérarchie; mais il indique aussi qu'une telle distinction , malgré sa haute importance, reste toujours subordonnée au degré essentiel d'animalité. Sa saine appréciation est encore prématurée , et même l'influence tbéologico-métaphysiquey maintient une position vicieuse de la question. L'optimisme surnaturel disposait à penser que chaque espèce se nourrit suivant le mode le plus convenable. Mais cette harmonie n'est pas, au fond, moins imparfaite que toutes les autres , qui , en réalité , rentrent toujours dans le principe nécessaire des conditions d'existence, lequel ici prescrit seulement lé système de nourriture dont l'animal ne saurait se passer sans périr. On conçoit ainsi que
l'organisation carnassière interdise les aliments végétaux, faute de pouvoir les assimiler. Mais, comme Buffon l'a bien senti, la relation inverse ne peut être autant déterminée. Si les herbivores étaient plus énergiques et mieux armés , ils ne préfère» raient point la nourriture dont l'assimilation exige le plus d'efforts. Dans cette hypothèse, leur vaste appareil digestif s'amoindrirait, par désuétude, après un certain nombre de générations. Malgré leur prétendue* aversion pour la chair, les vaches norvégiennes digèrent très-bien le poisson sec que le manque de pâturages oblige à leur donner en hiver, et qui seulement modifie leur lait. Ainsi, le système d'alimentation n'est point aussi fixe ni aussi spontané qu'on le suppose communément, ce qui d'ailleurs confirme sa faible importance zoologique. Toutefois ces variations, même idéales, pourraient au plus changer les herbivores en carnassiers, sans comporter jamais la transformation inverse ; puisqu'un appareil quelconque, surtout digestif, est beaucoup moins susceptible d'augmentation que de diminution. Dans l'étude statique de cette question, il faut toujours considérer l'ensemble de l'organisme, sans s'y bornera aucune structure partielle. Mais son appréciation dynamique, qui doit finalement prévaloir, exige, en outre, que Ton ait aussi égard à la situation extérieure, qui peut modifier beaucoup le système naturel d'alimentation.
Quoi qu'il en soit de cette loi zoologique, on ne saurait méconnaître, envers chaque degré d'organisation, l'importance spéciale d'une distinction qui affecte directement la définition générale de l'animalité. L'obligation de se nourrir d'une proie qu'il faut atteindre et vaincre, perfectionne à la fois tous les attributs animaux, tant intérieurs qu'extérieurs. Son influence envers les sens et les muscles est trop évidente pour exiger ici aucun examen. Par sa réaction habituelle sur les plus hautes fonctions du cerveau , elle développe également l'intelligence
et l'activité, dont le premier essor lui est toujours dû, même chez notre espèce. A. tous ces titres, cette nécessité modifie aussi les races qui en sont victimes , d'après les efforts moins énergiques, mais plus continus, qu'elle y provoque pour leur défense. Dans les deux cas, et surtout quant à l'attaque, elle détermine même les premières habitudes de coopération active, au moins temporaire. Bornées à la simple famille chez les espèces insociables, ces ligues peuvent ailleurs embrasser quelquefois de nombreuses troupes. Ainsi commencent , parmi les animaux , des impulsions et des aptitudes qui ne pouvaient se développer que d'après la continuité propre à la race la plus sociable et la plus intelligente. Enfin, la condition carnassière doit aussi être appréciée dans sa réaction organique. Une plus forte excitation, une digestion moins laborieuse et plus rapide, une assimilation plus complète produisant un sang plus stimulant: telles sont ses propriétés physiologiques. Toutes concourent à développer les fonctions supérieures , soit en augmentant l'énergie de leurs organe?, soit en procurant plus de temps pour leur exercice.
Ces indications complètent ici la sommaire appréciation du second mode fondamental de vitalité , qui , quoique toujours subordonné au premier, constitue le principal domaine biologique. Son étude systématique repose sur un autre groupe de trois lois générales, directement relatives à l'animalité, pour régler la marche caractéristique des fonctions intermittentes.
La première de ces nouvelles lois biologiques concerne le besoin alternatif d'activité et de repos, non moins essentiel à la vie animale que ne Test, dans la vie organique , celui de la rénovation matérielle. Il appartient également à tous les organes de relation, tant intérieurs qu'extérieurs. De sa juste sa* tisfaction dépend le plaisir proprement dit, tandis que la santé se rapporte surtout à l'état continu des organes nutritifs. La
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spontanéité vitale se manifeste davantage dans ces actes intermittents, où le plus complet matérialisme ne Ta jamais méconnue entièrement* Cependant, le monde extérieur constitue encore la base nécessaire de cette existence supérieure, en fournissant aux fonctions passives des stimulants, et aux fonctions actives des points d'appui, également indispensables à leur exercice. Même envers les plus nobles organes 9 la méditation ne s'exerce que sur des données émanées de l'observation; et les inclinations, quoique moins dépendantes f ne te caractérisent que d'après les impressions correspondantes* Toutefois, la participation du milieu n'est point aussi circonscrite envers cette vie animale que pour la vie organique* Car, il n'y fournit presque plus de matériaux proprement dits, mais seulement des rapports, qui, n'étant pas nécessairement individuels, comportent des satisfactions collectives. Le second degré général de vitalité s'annonce ainsi comme devant conduire à l'existence sociale , quoique ce terme naturel de la vie de relation ne soit pleinement développable que chex une seule espèce. Dans l'immense essor que l'humanité procure à toutes les fonctions vitales , la production matérielle et la propriété personnelle se rapportent surtout aux besoins continus de la vie organique, tandis que les nécessités intermittentes de la vie animale se satisfont à peu de frais et en commun.
Cette intermittence caractéristique conduit naturellement à la seconde loi générale de l'animalité, celle de l'habitude, si lumineusement fondée par Bichat. J'ai, depuis longtemps, établi qu'une telle aptitude à la reproduction spontanée des fonctions périodiques n'est point exclusivement propre aux êtres vivants. La philosophie positive y voit un simple cas particulier de la loi universelle de persistance, dont la manifestation objective commence envers l'existence mathématique , où elle constitue la première loi du mouvement. En effet, la ten-
dance à reproduire spontanément certains phénomènes vitaux, sans le concours de leurs sources primitives, est essentiellement analogue à la disposition qui fait partout persister dans un état quelconque après la cessation de l'impulsion correspondante. L'unique différence des deux propriétés résulte de la discontinuité des fonctions envers lesquelles la persistance universelle devient l'habitude spéciale. Or, cette transformation n'est point strictement bornée aux corps vivants. Elle se manifeste aussi en cosmologie, surtout quant aux phénomènes du son, dans les appareils dont l'action s'interrompt, et qui reproduisent mieux les effets assez réitérés» Mais cette aptitude ne peut (dors être qu'ébauchée, et son vrai développement appartient nécessairement à la biologie, comme l'ensemble des conditions correspondantes. Toutefois, il ne s'y réalise point envers la vie organique, où il y a persistance sans habitude , vu la continuité des fonctions. Cette loi doit caractériser la vie animale, d'après sa discontinuité régulièrement périodique, dans tous les appareils assez souples pour manifester aisément la tendance spontanée à reproduire les phénomènes intérieurs malgré l'interruption des influences extérieures. Sans une telle aptitude, l'animalité deviendrait inintelligible, puisque sa suspension journftlièrependant le sommeil ne permettrait plus de lier entre elles ses diverses périodes d'activité quotidienne.
Au sujet de cette seconde loi animale, je dois ici noter le précieux complément général que Cabanis y a joint, en rattachant l'imitation à l'habitude. Un tel rapprochement, aussi profond que lumineux, exige pourtant une restriction que cet éminent penseur est excusable d'avoir négligée, parce qu'il considérait peu les cas où elle convient. Cette relation ne s'applique , en effet, qu'aux espèces sociables, où, suivant l'heureuse expression de Cabanis, la faculté d'imiter autrui tient à celle de s'imiter soi-même. Partout ailleurs, le début de sympathie empêche
l'essor naturel d'une pareille connexité. La théorie délimitation, quoique devenue ainsi inséparable de celle de l'habitude, comporte donc une moindre généralité biologique. Mais Tune et l'autre s'appliquent également à notre espèce, ce qui était surtout important.
De la seconde loi propre à la biologie animale, on passe spontanément à la troisième , qui représente le perfectionnement comme la suite universelle de l'habitude. Cette dernière loi, autant que les deux autres, convient indistinctement à tous les attributs de l'animalité, actifs ou passifs, intérieurs ou extérieurs. Il faut toujours l'appliquer à la fois aux organes et aux fonctions, suivant les différences correspondantes. S ta tiquement envisagée, elle consiste en ce que tout appareil animal se développe par l'exercice habituel, et s'amoindrit, ou même s'atrophie, d'après la désuétude prolongée. Dans son interprétation dynamique, elle établit que la répétition, surtout périodique, facilite chaque fonction intermittente, qui tend ainsi à devenir inaperçue ou involontaire.
La connexité directe de ces deux notions biologiques représente l'existence animale comme la première source objective de l'identité naturelle que l'existence sociale fait tant ressortir entre le développement et le perfectionnement. En les combinant, on forme la vraie conception du progrès, privilège nécessaire de ces deux vitalités supérieures. Les phénomènes modifiables de la cosmologie terrestre semblent fournir l'origine primitive d'un tel attribut. Mais une meilleure appréciation fait bientôt reconnaître que, sans l'intervention animale, ces mutations, physiques ou chimiques, au lieu de constituer un véritable progrès matériel , n'aboutiraient qu'à une succession incohérente de stériles vicissitudes. Ce sont les êtres animés, et surtout le plus grand d'entre eux, qui, pour améliorer leur condition extérieure, impriment un caractère déterminé et une
marche continue à ces modifications naturelles, dont la production est d'ailleurs due souvent à leurs artifices. Ainsi, la notion du progrès matériel, quoiqu'elle paraisse née en cosmologie, appartient réellement à la biologie, comme un résultat nécessaire de la troisième loi animale. Il serait superflu d'expliquer ici que cette loi constitue Tunique source du progrès supérieur, où l'être améliore, non plus sa seule situation, mais sa propre nature. Quoiqu'une telle étude ne convienne qu'à la sociologie, la biologie en offre pourtant la première ébauche, envers le moindre des trois degrés correspondants. Car, les plus nobles animaux tendent, en effet, sous divers aspects, à perfectionner leur nature physique, surtout par la propreté, comme je l'ai noté dans mon discours préliminaire. Leur insuffisance à cet égard résulte moins de leur infériorité spéciale que du défaut de concert mutuel et de l'absence d'instruments convenables* Il n'y a que le progrès intellectuel , et surtout moral , qu'on doive regarder comme l'apanage exclusif de notre espèce, où il est uniquement dû à l'existence sociale.
Pour compléter la troisième loi de l'animalité, il faut considérer sa relation normale avec la troisième loi de la végétante. De leur combinaison générale, résulte nécessairement la perfectibilité vitale. Car, les progrès quelconques, à la % fois statiques et dynamiques, réalisés chez l'individu, d'après un
suffisant exercice, tendent ainsi à se perpétuer dans l'espèce par la génération. L'hérédité rend alors naturelles les modi* fications qui furent d'abord artificielles. Quoique le développement de cette heureuse aptitude soit nécessairement réservé à notre espèce, il importe d'en reconnaître la source biologique , appréciable envers tous les animaux supérieurs.
Telles sont les trois lois fondamentales de l'animalité. Leur petit nombre et leur intime connexité tendent directement à établir, dans l'étude qu'elles dominent, une liaison conforme
à sa nature synthétique. Mais les fonctions et les organes offrent alors tant de variété et de complication qu'il convient ici de caractériser distinctement le mode général suivant lequel s'établit Tharmonie totale de l'existence correspondante. Cette importante appréciation est nécessairement propre à la vie animale. En effet , la végétabilité se réduit , au fond , à une double fonction , essentiellement liée à un tissu uniforme; en sorte que le consensus individuel s'y maintient aisément et s'y conçoit sans peine. Il en est tout autrement pour l'animalité, où l'unité statique et dynamique devient difficile à conserver et à comprendre, sous le concours nécessaire de tant de phénomènes intermittents, actifs ou passifs, extérieurs ou intérieurs.
Cette indispensable harmonie repose toujours sur l'inévitable subordination, d*ailleurs directe ou indirecte, de toute la vie animale envers la vie organique. Les divers appareils animaux, soit sensitifs et locomoteurs, soit même intellectuels et moraux, ne fonctionnent habituellement que pour conserver la vitalité fondamentale. Quoique leur exercice modéré procure, par lui-même, une satisfaction spéciale et immédiate, indépendante de ce but commun et final, il ne devient régulier et soutenu que d'après cette destination naturelle. Lorsqu'il n'y tend pas directement, il s'y prépare spontanément, suivant une véritable éducation, individuelle ou domestique. Mais la relation nécessaire entre les deux modes essentiels de vitalité produit deux genres d'unité très-différents, selon que l'élaboration conservatrice est personnelle ou sociale. En un mot, l'être animé n'agit habituellement que sollicité par une affection quelconque , et il ne pense qu'a fin de mieux agir : en sorte que toute son existence se conforme à l'inclination prépondérante. Or, ce moteur affectif peut être égoïste ou sympathique. Quoique ne devant se développer pleinement que chez notre espèce,
le second mode commence nécessairement parmi les animaux. Le premier convient seul à toute la partie inférieure de la hiérarchie zoologique, jusqu'au degré d'organisation où les *éxes se trouvent entièrement séparés. Chez de tels animaux, l'harmonie vitale n'exige guère plus d'efforts que parmi les végétaux ; puisque aucun conflit n'y vient jamais troubler la prépondérance naturelle de l'instinct qui conserve à la fois l'individu et l'espèce. Peut-être y existe-t-il quelquefois des germes de sociabilité, comme nous en offrent plusieurs espèces peu supérieures à celle-là : mais alors ils ne peuvent s'y développer, faute d'un but normal. L'animal ne commence à vivre pour autrui, au moins passagèrement, que quand les besoins relatifs à. la conservation de l'espèce viennent suspendre les soins qu'exige habituellement la conservation de l'individu. Cette nouvelle existence suppose donc l'entière séparation des sexes, •et même la nécessité d'une certaine éducation des petits.
Quand l'instinct sexuel et l'instinct maternel ont ainsi surgi, ils modifient nécessairement l'instinct nutritif, surtout chez la femelle, en produisant partout un véritable état domestique, au moins temporaire. Tant qu'il dure, l'harmonie vitale s'élève au second mode, en consacrant toute l'existence à la famille, au lieu de la concentrer sur l'individu. L'animal, même mâle, y offre souvent d'admirables exemples de la plus touchante abnégation personnelle pour mieux assurer la conservation des siens. Son activité et son intelligence se vouent alors au service exclusif de sa tendresse domestique. L'infériorité mentale y empêche d'ailleurs, entre l'esprit et le cœur, ce fatal divorce qui constitue la principale difficulté de l'unité humaine.
Tous les animaux vertébrés, et même la plupart des articulés, participent plus ou moins à cette vie de famille. Mais «es résultats généraux diffèrent beaucoup, suivant que les «espèces sont sociables ou insociables. Dans ce dernier cas, qui
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est le plus fréquent, l'existence domestique reste purement temporaire, sans comporter aucune influence continue. Alors l'unité anitoale présente habituellement le caractère égoïste qu'elle offrait toujours chéries êtres inférieurs. L'intelligence et l'activité ne se- développent que pour la conservation personnelle, par voie de défense ou d'attaque, suivant le genre d'alimentation. Cher les carnassiers; cet égoïsme habituel est souvent poussé jusqu'à là cruauté, sans qu'aucun conflit affectif vienne troubler une telle harmonie. Hors les époques du rut et des soins maternels, un tigré, ou même une ti grosso, et, 4 plus forte raison, un crocodile et un boa, sont entièrement occupés d'eux-mêmes, et retombent dans la torpeur, de* corps comme d'esprit, aussitôt que cessent les nécessités individuelles: La vie animale s'y montre uniquement destinée k mieux satisfaire la vie organique. . •
Il en est autrement chei les espèces sociables. Ce second ces ne peut se manifester complètement que dans la race humaine, d'après un ensemble de motifs qui sera ci- dessous apprécié. Néanmoins, le bonheur de vivre pour autrui ne constitue point un privilège exclusif de notre nature. Il appartient également à beaucoup d'animaux, où même l'instinct sympathique se trouve quelquefois mieux prononcé, quoiqu'il n'y produise point d'aussi grands résultats que parmi nous. Envers ces nobles espèces, on doit distinguer avec soin l'inclination .sociale et l'affection domestique ; comme le prouvent pi usieurs exemples non moins décicifs que le contraste du chien au chevreuil, si bien caractérisé par Georges Leroy. Quand la seconde prévaut, la première n'aboutit réellement qu'à rendre permanente la vie de famille, qui, sans un tel attrait, serait seulement passagère; Le charme propre à cette simple existence, et l'impossibilité d'exercer beaucoup l'instinct social, réduisent alors celui-ci au degré secondaire ou il se borne h consolider
l'instinct domestique. La sociabilité ne modifie profondément les animaux que chez les espèces analogues à la canine, où sa grande énergie coïncide avec de faibles affections conjugales et paternelles*
Dans ce dernier cas, l'animal ne peut satisfaire convenablement ses vives inclinations sympathiques qu'en se vouant librement au service continu d'une race supérieure. Mais alors le lien ne comporte une pleine efficacité qu'en devenant individuel, sans aucune liaison collective entre les deux espèces. Si le subordonné est un carnassier, il peut ainsi fournir une assistance militaire, même contre les semblables du maître qu'il a choisi. D'après divers motifs aisément appréciables, notre espèce se trouve toujours préférée pour ce genre d'association, par tous les animaux qui en sont susceptibles. Cette prédilection naturelle nous devient souvent incommode, chez ceux dont nous n'agréons pas le concours. Malgré les préjugés actuels, une telle association est certainement volontaire ; puisque la plupart des espèces qui nous l'offrent pourraient facilement s'y soustraire, si, en effet, elle contrariait leur principale inclination. Loin que cette libre soumission indique chez elles aucune dégradation, elle y prouve une sagesse analogue à celle qui, parmi nous, dispose chacun à préférer le commerce habituel de ses vrais supérieurs. Sous le régime théologique, chaque homme aspirait surtout à vivre enfin avec les dieux ou les anges : pourquoi un chien ou un cheval ne rechercheraient-ils point une société plus éminente que celle de leurs semblables? L'orgueil personnel peut seul détourner un être quelconque de la liaison la plus propre à satisfaire l'ensemble de ses meilleurs instincts. C'est ainsi que l'animalité ébauche spontanément le grand principe sociologique qui représente l'amour comme la base nécessaire de toute union durable entre des êtres indépendants.
Quoiquerimitéaniinderepose presque toujourisorrégoteme, beaucoup d'espèces trouvent donc dans raltruimie h sonne d'une harmonie, non-seulement plui douée et plus noble, mais aussi plus complète et plus durable. Malgré sa nature exceptionnelle, ce cas, si bien apprécié par Buffon, mérite uns profonde attention philosophique et même sociale, indépendamment de son importance théorique. Car, de tels animaux doivent désormais s'incorporer accessoirement au vrai Grand-Être, à meilleur titre que tant de vains personnages qui ne furent jamais qu'un fardeau pour lui. On dissiperait toute incertitude à est égard en considérant quelle privation l'humanité éprouverait, même aujourd'hui, si elle perdait ces organes secondaires.
En un temps oh leurs services étaient plus récents et mieux sentis, le fétichisme d'abord, et ensuite le polythéisme, apprécièrent dignement, k leur manière, cette importante associa* tion, comme l'une des sources essentielles de notre grandeur. Mais le monothéisme et la métaphysique ont remplacé ces naïves inspirations par d'orgueilleuses rêveries, aussi nuisibles au cœur qu'à l'esprit. La religion finale rectifiera soigneusement cette longue aberration, d'après une consécration, i la fois spontanée et systématique, de la vraie dignité animale. Également poussé par la réalité et l'utilité qui le caractérisent, le positivisme étendra convenablement le sentiment fondamental de la fraternité universelle à tous les êtres qui méritent l'investiture humaine. Cette juste adjonction peut nous améliorer au* tant qu'eux, en rendant plus pures et plus vives les affections qui doivent prévaloir. A cet égard, le nouveau sacerdoce sers bientôt secondé par les tendances populaires, qui, même chef les chrétiens, luttèrent toujours contre des croyances absurdes et égoïstes. L'éducation régénérée aura donc peu de peine à faire dignement apprécier les animaux associables comme des auxiliaires indispensables à nos études et à nos travaux. Tant
que la biologie reste isolée, elle doit redouter les déclamations théologiques ou métaphysiques au sujet de son rapprochement systématique entre l'humanité et l'animalité. Mais, sous la discipline sociologique, elle représentera directement cette comparaison fondamentale comme l'explication de notre vraie grandeur. En étendant la naïve sentence d'un héros qui se connaissait en ambition, il vaut mieux être le premier des animaux que le dernier des anges.
Ces ministres inférieurs de l'humanité seront traités, par la morale positive, d'après les mêmes principes que les principaux organes, en appréciant toujours, outre l'office effectif, la valeur propre, physique, intellectuelle, et surtout affective. Le dévouement des forts aux faibles doit s'étendre jusqu'aux moindres êtres susceptibles de sympathiser avec nos affections et de concourir à nos travaux. Sans cette plénitude normale, le sentiment moral ne pourrait acquérir, même envers nous, toute l'énergie qu'exige sa destination ordinaire. Dans une nature aussi disposée que la nôtre à la prépondérance de l'égoïsme, les actes de cruauté et les habitudes d'indifférence à l'égard des animaux exposent toujours à une entière démoralisation, commelepressentirentdignementnosplus antiques instituteurs. Notre existence carnassière exige surtout qu'une scrupuleuse discipline écarte sans cesse tout ce qui tend à ranimer l'instinct sanguinaire qui sommeille constamment chez nos meilleurs types.
L'ensemble de cette association entre l'humanité et les espèces disciplinables fournit la base systématique du point de vue le plus complet et le plus durable que puisse comporter la politique positive, ainsi appelée à diriger toute la nature vivante contre la nature morte, afin d'exploiter le domaine terrestre. Alors le Grand-Être, intégralement considéré, devient le chef de cette immense ligue, avec ces animaux pour agents volon-
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taires, et les végétaux pour instruments matériels : les forces inorganiques s'y joignent ensuite comme auxiliaires aveugles, à mesure qu'elles se trouvent conquises. L'organisation d'une telle réaction continue de la volonté sur la nécessité caractérisera l'avènement général de notre sociabilité finale ; de même que sa préparation croissante suivit toujours l'essor graduel de notre régime préliminaire. Chaque espèce animale tend, en effet, à l'empire exclusif de la terre, comme chaque population humaine à la domination sur toutes les autres. Mais ces deux luttes simultanées cessent nécessairement à la fois. Quand le vrai Grand-Être est asses constitué, d'après l'harmonie, morale et mentale, de ses divers organes essentiels, sa prépondérance universelle pose un terme irrévocable aux conquêtes spéciales de toute autre race. L'unité animale tend ainsi à s'établir de la même manière que l'unité humaine, par l'extension des membres susceptibles de se rallier à l'organe central et l'extinction des parties indisciplinables.
Quoique notre ascendant animal n'ait encore été que spontané, il a déjà détruit beaucoup d'espèces antagonistes. Toutes celles dont la concurrence nous offre de véritables dangers sont certainement destinées à disparaître bientôt sous nos efforts sagement concertés. Il ne restera finalement que les espèces inoffensives, et surtout les races qui nous présentent une utilité quelconque, matérielle, physique, intellectuelle, ou morale. Celles-ci se trouveront alors très- propagées, et même perfectionnées, par l'active providence du Grand -Être, qui seul a déjà préservé plusieurs d'entre elles d'une entière destruction. Une semblable influence réduira aussi le règne végétal aux espèces susceptibles de servir, d'une manière quelconque, à notre propre usage, ou de nourrir les compagnons de nos destinées, les auxiliaires de nos travaux, et les laboratoires de notre alimentation.
Alors la nature vivante, entièrement unie sous un seul chef, constituera réellement une immense hiérarchie, dont l'activité permanente modifiera de plus en plus la constitution spéciale de la planète humaine. Ces modifications sont, il est vraj, limitées par l'ensemble des lois cosmologiques, auxquelles les lois biologiques se* trouvent objectivement subordonnées. Jamais la véritable providence ne pourra développer assez d'énergie mécanique pour changer aucune de nos conditions astronomiques, soit dynamiques, soit même statiques. Toujours bornés à l'ordre physico-chimique, ses efforts quelconques n'y «auraient d'ailleurs produire que des améliorations très-secondaires, insensibles envers les deux enveloppes fluides de lu terre, et peu prononcées sur son écorce solide. Quelque puissante que devienne la nature vivante d'après sa pleine convergence, l'énorme prépondérance de la masse inerte surmontera sans cesse l'ensemble de son activité, dont tous les résultats demeureront imperceptibles à une faible distance de la surface terrestre. L'appréciation familière de ces invincibles limites offrira toujours une grande importance intellectuelle, et môme morale, pour mieux diriger nos efforts et contenir notre orgueil. En nous affranchissant des terreurs oppressives et des scrupules chimériques, ie régime final nous exposerait aux projets extravagants et aux folles présomptions, si l'éducation systématique n'y devait ainsi corriger aisément ces vaines tendances. Mais cette discipline nécessaire ne devra jamais entraver l'essor naturel des sages espérances, dont la principale appréciation sera toujours subjective et non objective. Quelque faible que soit l'influence totale du Grand-Être envers sa planète, c'est à sa propre destinée qu'il faut la rapporter finalement, et alors on estime mieux des modifications qui d'abord semblaient négligeables. D'après l'irrationnel isolement de la biologie actuelle, ses éminents fondateurs ont été, sous ce rap-
618 STtTiltt DB P0UT1QCE POSITfTK.
port» conduits quelquefois à de* aberrations qu'une éducatif* •ocydopédique eût aisément prérenues. C'est ainsi que la nalTt imagination de Lamarck exagéra beaucoup l'influence géologique des végétaux, et surtout celle des animaux inférieurs: Néanmoins, les effets déjà réalisés sous un régime défavorable doivent nous donner une haute idée de la ptovidence humaine, quant aux améliorations terrestres qui nous importent véritablement. On relira toujours, à cet égard, les admirables tableaux dus au génie éminemment synthétique du naturaliste le mieux placé au vrai point de vue subjectif.
Cette vaste biocratie, où les animaux disciplinablea aont nos prinoipajK ministres, ne put jusqu'ici se constituer pleinemoat, parce que Hmuffiiantri formation de notre propre sodooratis ne lui permettait pe* d'avoir un véritable chef. Tant que k théologisme et la guerre consumèrent presque tous nos efforts, théoriques et pratiques, pour d'absurdes spéculations et des luttes coupables, le monde vivant manqua d'unité, et sa réao» tion inorganique fut beaucoup altérée par les conflits partiels de ses éléments spontanés. Devenue enfin convergente et systématique, cette influence biologique comporte certainement des résultats très-supérieurs à tous ceux qu'elle a déjà produit Ainsi concentrée, elle constitue, envers la commune patrie, Tunique source réelle du progrès continu, tandis que Tordre matériel y repose principalement sur l'inaltérable empire de la nature morte.
Le régime intérieur de cette biocratie finale n'est pas moins lié que sa puissance extérieure à l'évolution fondamentale de l'humanité. Des hommes qui se croyaient exilés sur la terre ne pouvaient fournir de dignes chefs aux animaux qui leur en effraient les éternels habitants. En même temps, ceux qui développaient habituellement une activité fratricide n'auraient pu contracter des sentiments et des mœurs convenables envers les
INTRODUCTION FONDAMENTALE. — CHAPITRE TROISIÈME. 6l9
races subordonnées. Mais, sous le régime positif, une coopéra* tion normale et une juste fraternité établiront, entre tous les organes biocratiques , une solidarité conforme à leur commun service du vrai Grand-Être. En un mot, la biocratie et la sociocratie seront également régies par l'altruisme, tandis que l'égolsme prévalut des deux côtés pendant tout le cours de notre préparation théologique et militaire»
Voilà commest la biologie systématisée nous place enta a» meilleur point de vue de la politique humaine, ou plutôt animale, qui intéresse l'ensemble du monde vivant à la régénération sociale de notre espèce, dès lors destinée à gouverner dignement toutes les autres. D'après la nature de son génie et le cours général de ses méditations, on peut assurer que le grand Buffon était dans la direction qui aboutit à une telle appréciation. Il en approcha autant que le permettaient alors la prépondérance apparente du vieux régime humain et l'absence totale de conceptions sociologiques.
Cette suite d'aperçus systématiques complète ici l'appréciation philosophique du second mode fondamental de vitalité. Par sa connexité nécessaire avec le premier, il constitue le domaine propre de la biologie, que j'ai ainsi caractérisé suffisamment. Mais leur succession naturelle ouvre une progression organique qui ne peut être assez définie tant qu'on ne conçoit pas directement son dernier terme. Quoiqu'il appartienne à une science supérieure, la biologie en doit déjà ébaucher la notion générale, afin d'en préparer l'étude immédiate. En faisant succéder l'humanité à l'animalité, comme celle-ci à la végétante, on institue synthétiquement la hiérarchie biologique, dont la composition spéciale doit ensuite être analytiquement rapportée à ce triple fondement général. On ne saurait, à cet égard, éviter les spéculations vagues et oiseuses, ni les débats interminables , quand , au contraire , on veut construire la se-
STSTfaU DE POUTIQOK WSfTIVR.
rie tnimale indépendamment du terme d'où elle procède et et eelui où elle aboutit. C'est alors bâtir à la fois sans base et «h but.
Tai asses expliqué comment la définition générale de la vis conduit de la végétalité i l'animalité, en modifiant étalement le système d'alimentation. Le passage de l'animalité à rhumsnité on socialité s'accomplit d'une manière encore plus directe et plus nette, en se bornant i développer les fonctions intérieures du cerveau. Ces hautes fonctions, tant mondes qu'intellectuelles , constituent partout le centre nécessaire de la vis de relation, comme terme des impressions extérieures et soom des réactions volontaires. Mais y chex la plupart des animais « leur exercice reste essentiellement personnel, en se rapportent ' toujours aux besoins organiques, pour assurer habituellement!* " conservation de l'individu et péridioquement celle de l'espèce. Quoique beaucoup de races soient douées de la sociabiKti, cette éminente aptitude ne se développe réellement que dans le genre humain. Là seulement elle offre ses deux attributs caractéristique», une entière solidarité, et surtout une continuité éternelle. Telle est pourtant la tendance naturelle des facultés d'appréciation et d'action où consiste partout la vie antmak proprement dite. Même les fonctions extérieures du cerveau comportent spontanément une plus noble destination que cdb de discerner et de saisir la nourriture , que les végétaux s'approprient sans exiger aucun de ces pouvoirs supérieurs. Les sens et les muscles conviennent surtout à chacun pour connaître et servir les êtres semblables qu'il doit aimer. C'est seulement ainsi que tous les organes de relation, tant extérieurs quinte» rieurs, peuvent se développer complètement, d'après un btt continu, aussi vaste qu'attrayant. En un mot, la tendance finale de toute vie animale consisterait à former un Grand-Être, plus ou moins analogue à l'Humanité , caractérisée dans mon Do-
cours préliminaire. Mais cette commune disposition ne pouvait, comme je vais l'expliquer, prévaloir que chez une seule espèce. Partout ailleurs, l'animalité avorte nécessairement envers sa principale production, dont elle fournit seulement quelques ébauches éparses. Réduite à seconder l'existence végétative, elle retombe sous l'empire presque universel de Tégolsme, sauf l'essor discontinu des affections domestiques. Le régime complet de l'altruisme est particulier à notre race, où même il exige d'abord une longue préparation, à peine terminée aujourd'hui chez les populations d'élite. Sa prépondérance normale se trouve seulement annoncée, dans quelques espèces supérieures, par une existence admirablement sympathique, mais bornée au dévouement individuel.
Ainsi, la suprême vitalité, particulière au Grand-Être, se lie encore mieux à la vitalité intermédiaire des animaux que celleci à la vitalité fondamentale des végétaux. Cette progression nécessaire complète le dualisme élémentaire de la philosophie naturelle entre le monde et la vie, en le rattachant étroitement à la seule source possible d'une synthèse réelle. Mais, malgré l'intime connexité de notre existence sociale avec la simple existence animale, son étude directe exige une science radicalement distincte. Ayant pour base objective l'ensemble hiérarchique des autres théories abstraites, elle constitue, au point de vue subjectif, l'unique régulateur commun de leurs méthodes et de leurs doctrines. Le concours général , dans l'espace et dans le temps, des organes qui composent l'être immense et éternel, demande une appréciation spéciale, à la fois statique et dynamique, à laquelle la biologie ne peut davantage suppléer que la cosmologie, quoique toutes deux lui fournissent un préambule nécessaire. C'est, au contraire, à la sociologie que la biologie doit demander la véritable théorie des plus hautes fonctions de l'animalité. Il faut, en effet, que chaque classe de phénomènes
s'étudie surtout dans les êtres où elle s» développe le mieux/ et d'où Ton passe ensuite aux cas moins prononcés. Or, cet attributs supérieurs , soit intellectuels , soit moraux , quoique plus complets cbex notre espèce, ne s'y caractérisent assex que par l'existence sociale. Sans la solidarité, etsurtout la continuité, qui la rendent si supérieure à toute autre, ses principales ajffitudeay seraient presque aussi équivoques que dans les races voisines, où Ton tenta de les rapporter au pur automatisme. Antii, les mêmes motifs, logiques et scientifiques, qui réservent à h végétalité l'étude fondamentale de ht vie de nutrition , représentent notre sockHté comme pouvant seule manifester les plus nobles lois de la vie de relation. Cette nécessité philosophique explique l'extrême imperfection de la théorie générale des foliotions intellectuelles et morales , même depuis que Gall et Cabanis ont tenté d'en exclure toute métaphysique en la rattachai! à l'ensemble de la biologie. Leurs lois réelles ne peuvent être découvertes et établies que par la sociologie , quoique sa propre fondation ait d'abord exigé l'usage provisoire des meilleures ébauches antérieures. Quelque utile que doive devenir , à cet égard, l'étude positive des animaux, elle ne comportera jamais qu'un office secondaire, à titre de contrôle naturel des conceptions sociologiques dont elle ne saurait dispenser. Son efficacité ultérieure restera donc essentiellement analogue à la précieuse réaction critique qu'elle exerça récemment contre les hypothèses théologico-métaphysiques. En un mot, la biologie ne peut cultiver dignement ce grand sujet qu'en s'y subordonnant i la sociologie, qui seule y est vraiment compétente.
C'est par là que l'on sent le mieux l'impossibilité radicale de toute constitution isolée pour l'étude de la vie , dont la pins haute partie appartient à une science distincte. Vainement tenterait-on de composer un pur domaine biologique en combinant les deux modes inférieurs de vitalité, abstraction faite du mode
WTR0DUCT10M ffONMMlHfUa»'«^«HIfifM TROISIÈME. WS
suprême, Oiip0at«B^tb^tuer>ii»« tét«de-pi^«ratoir«, ^ui convient à la-marthe ob)ec<m dt ilééuoalKm potitit»*e. Mftk vu tel régime théorique devieiidirit irrationnel si on le supposait définitif. Car, l'ensemble -de la =vie*nkn*le resterait iûhi* télligible Base lee attribut* eopéneorsque la sociologie peut seule apprécier. Si 4*éeheHe'tiiéwrëhiqaet<des petite 4tres ait d'abord indispensable pot» tf élever eelideaiuft à la conception systématique du Grand-Être, oetype suprême «constitue enfin le principe exclusif de l'unité biologique, non-seulement «objective , mais même objective. Un tel organisme présente seul le plein développement de toutes les fcnotàens, actives ou passives, extérieures ou intérieures, que les autres races ébauchent graduellement. Sons les principaux aspects, chaque espèce animale se réduit, an fond, à unGran<WÊtre plusou moins averté. L'ensemble de la race n'y offre «qu'une existence abstraite, ou plutôt nominale, ceueUririte seulement par nos artiâoes spéculatifs ; il n'y «là de réel que l'individu, et quelquefois la famille : c'est précisément l'inverse du cas humain. Ainsi, l'appréciation définitive des diversergaetsmes animaux résultera soulementde leur comparaison générale avec le type suprême construit par la sociologie. L'étude fondamentale de la végétalité constitue réellement ia seule partiel la biologie qui, sous l'aspect objectif, se trouve pleinement indépendante de la soienoe de l'Humanité, quoiqu'elle doive y être rattachée dans l'ordre subjectif, qui finalement prévaudra. Elle se rapproche ainsi de lé cosmologie, mais en vérifiant encore mieux l'obligation de fonder toute unité théorique tor l'ascendant systématique du vrai point de vue humain. Survint k régie eiioyetopédiqueap pliquée an débutdeee ckapiti«eron^t'done<|ue la biologie comporte moins qu'aeeaneeutgc etfcueepuMiminairs une*on* ttitution «spéciale, parseb nsêmeiqn^eHe tonne 4e dernier éAelen nécessaire à la construction de 4a sciewe mniveieene.
624 smfau de politique positive.
Quoique le troisième mode de vitalité appartienne essentiellement à la sociologie, la pure biologie remplira toujours, envers les lois correspondantes, un office secondaire mais précieux, en fournissant à la fois un contrôle pour leur découverte et un préambule pour leur enseignement. C'est surtout quanta l'étude statique des fonctions intérieures du cerveau que les conceptions sociologiques exigent cette confirmation et cette préparation biologiques. En effet, l'humanité ne développe aucun attribut intellectuel ou moral qui ne se retrouve, à de moindres degrés, chez tous les animaux supérieurs. Sans qu'il y soit aussi prononcé, on l'y sépare mieux des fonctions analogues, et surtout on l'y distingue davantage des résultats composés dus à l'état social. Un tel critérium peut seul garantir rentière positivité des notions rudimentaires de la statique sociale, en y signalant la confusion et la surabondance qui altèrent presque toujours l'étude directe des hautes fonctions cérébrales. Cet office biologique m'a semblé assez important pour mériter ici une appréciation spéciale, en terminant ce chapitre final par ma systématisation subjective, à la fois anatomique et physiologique, de ces éminents attributs, dont la théorie positive est d'ailleurs indispensable au volume suivant.
Pour mieux concevoir une telle transition de la biologie à la sociologie, il faut ajouter que même les lois dynamiques de l'humanité doivent aussi, quoique à un degré beaucoup moindre, se vérifier dans l'animalité. Le vrai progrès n'étant jamais que le développement graduel de l'ordre fondamental, l'identité rudimentaire de l'un s'étend nécessairement à l'autre. Mais cette extension naturelle doit être peu prononcée chez les animaux, puisque l'évolution humaine résulte surtout de la société. Néanmoins, quand les lois générales de la dynamique sociale sont bien établies, on en peut retrouver le germe parmi les êtres inférieurs. C'est même seulement ainsi que ces lois deviennent un prolon-
gement spécial de celles qui président à la grande progression animale résultée, non des états trop peu distincts de chaque organisme, mais de la succession normale des divers types zoologiques. Mon Traité philosophique a, depuis longtemps, posé et appliqué ce principe nécessaire. Je puis ici indiquer sa vérification directe envers chacune des trois grandes lois sociologiques mentionnées dans la première partie de ce volume.
Cette confirmation naturelle est surtout sensible pour la loi principale, qui règle révolution fondamentale de l'intelligence, d'après la succession générale des trois états théoriques, théologique , métaphysique , et positif. Tous les animaux supérieurs commencent cette grande progression de la même manière que nous. Mais aucun ne la pousse au delà du début théologique; ce qui doit être davantage imputé au défaut de vraie société qu'à la seule infériorité mentale. La plupart des races ne sortent jamais d'un fétichisme essentiellement analogue à celui qui constitua spontanément notre point dedépartnécessaire. Gomme au pareil âge de l'humanité, il s'y mêle toujours quelques germes de notions positives, poussées jusqu'à une faible ébauche des plus simples lois naturelles. Mais ces rudiments y restent sans cesse concrets, partiels, et incohérents. En un mot, la culture scientifique, du moins spontanée, n'y dépasse jamais le degré indispensable à la conduite pratique de l'animal. L'imagination ne s'y développe point assez pour y remplacer le fétichisme fondamental par un véritable polythéisme. Ainsi , l'esprit métaphysique, qui surgit en présidant à cette première transition, n'y peut aucunement exister. Toutefois, les plus intelligentes des espèces qui ont de fréquentes relations avec la nôtre doivent, indépendamment de l'éducation qu'elles en reçoivent souvent, tirer de ces rapports une source naturelle de transformation envers leur propre fétichisme. Car, ce spectacle journalier des grands effets de l'industrie humaine les conduit bientôt à
688 swiftus dk pei/riQUE posmvB.
prendre les hommea pour auteur» des principaux phénomènes, en cessant de les attribuer à lai vitalité directe de* carpe correspondants. De là résulte une nouvelle sorte de polythéisme, qui trouverait, sans doute, le même crédit parmi nows ai nous occupions le second rang animal au lieu du premier. Hais, par cela même que cette croyance est moins chimérique , elle a une moindre efficacité pour le progrès intellectuel, puisqu'elle n*cxcjte pas autant l'imagination que l'hypothèse suscitée en nous par l'impossibilité d'observer une espèce supérieure à la nôtre. En même temps* ce polythéisme propre à certains animaux est de nature à succéder à leur fétichisme initial sans exiger aucune intervention de l'esprit métaphysique , qui reste ainsi , encore plus que le pur esprit théologique, un attribut caractéristique, quoique passager» de la race prépondérante.
La seconde loi sociologique complète la première, en réglant la hiérarchie, autant historique que dogmatique, de nos diverses conceptions abstraites, .d'après la généralité décroissante et 1s complication croissante des phénomènes correspondants. Mais, L'évolution mentale des animaux se trouvant bornée à l'esser initial, elle ne saurait manifester cet ogdre de succession, sauf peut-être chez les espèces qui s'élèvent à l'anthropolatrie, et où cette vérification difficile n'a point encore été instituée. Cependant, une telle loi trouve partout une certaine confirmation, puisque les seules conceptions abstraites ébauchées par l'esprit animal se rapportent aux idées de nombre , qui constituent notre propre début encyclopédique. Le judicieux Georges Leroy a clairement démontré qu'une foule d'animaux comptent distinctement jusqu'à trois, sous une suffisante stimulation. Or, ce nombre constitue réellement, même parmi nous, le terme naturel detoutenumération dépourvue de signes quelconques. Plusieurs vocabulaires sauvages n'offrent pas d'autre mot que beaucoup pour désigner indiiléremineat les nombres supérieurs à cette
limite. Nos vrai» progrès, même à cet égard, sont essentiellement dus à l'état social, d'où émane certainement l'institution des signesartificiels. Si donc l'intelligence animale s'arrête sppntanément sur le seuil de notre premier degré encyclopédique, cela tient souvent moins à-sa propre infériorité qu'au défaut de société convenable.
Quant à la troisième et dernière loi sociologique, c'est celle qui doit le mieux se vérifier parmi les animaux, puisqu'elle règle la marche générale de l'activité pratique, d'abord conquérante, puis défensive, et enfin industrielle. Chacun de ces trois modes peut, en effet, y être nettement apprécié, mais seulement chez des espèces différentes, quoique aucune ne puisse manifester leur succession spontanée» Une telle activité devant partout se subordonner au système naturel d'alimentation, elle sera le plus souvent militaire, et tantôt conquérante, tantôt défensive, suivant qu'il s'agira de carnassiers ou d'herbivores, sauf les conflits uniformément dusà l'instinct sexuel. Chez quelques espèces, même carnivores, l'instinct constructeur peut se trouver assez prononcé pour déterminer une véritable activité industrielle, quand une situation favorable y excite peu l'instinct destructeur. Mais, ce cas ne saurait être, bien caractérisé que chez des races sociables. Si le passage successif par les trois modes pratiques est réellement propre à notre espèce, ce privilège y constitue, encore plus que les précédents, une suite évidente de l'état social, malgré lequel cette progression y reste ordinairement très-lente.
D'après une telle appréciation, l'étude intellectuelle et monde des animaux, systématisée par la philosophie positive, comporte donc une utile confirmation des trois lois relatives à l'évolution naturelle de la vitalité supérieure. Quoique ces lois n'eussent jamais été découvertes dans des cas aussi peu caractérisés, la biologie doit en ébaucher l'exposition dogmatique,
afin que les conceptions sociologiques puissent ensuite s'appuyer directement sur l'ensemble des êtres animés. Cette conclusion dynamique sera complétée ci-dessous par celle qui résultera de l'examen plus spécial de la théorie statique correspondante* La combinaison normale de ces deux doctrines biologiques doit habituellement aboutir à représenter le règne animal comme formant le fond naturel du grand tableau sociologique, qui, sans un tel contraste, ne serait pas assex nettement saisi, ni même conçu.
Outre ce précieux office accessoire, qui convient à l'ensemble de la sociologie, son début comporte une application plus fondamentale de l'étude directe du troisième mode essentiel de vitalité. En effet, la transition immédiate de la biologie à la science finale doit se faire par une saine explication générale du privilège naturel qui réserve à notre espèce le seul essor caractéristique de ces éminents attributs. C'est la plus haute question qui appartienne au vrai domaine biologique, puisqu'elle exige une comparaison directe entre les divers organismes animaux. Mais l'esprit sociologique y doit pourtant prévaloir encore davantage que dans tout autre sujet de philosophie naturelle. Son importance spéciale envers l'ensemble de ce Traité me détermine à placer ici quelques indications caractéristiques sur ce difficile éclaircissement.
Pour que cet examen soit net et décisif, il faut y distinguer deux parties : l'une principale, qui est essentiellement sociologique ; l'autre complémentaire, qui seule appartient à la biologie. Car, on doit d'abord établir, en général, la restriction nécessaire du vrai développement social à une espèce unique, sans déterminer laquelle. Il devient ensuite facile d'assigner les titres naturels de la race humaine à ce monopolefond ara entai.
Quoique toute espèce sociable tende spontanément à former
un Grand-Être, une saule peut réellement y parvenir. Cette unité sociocratique résulte directement des deux attributs d'Immensité et d'éternité qui caractérisent l'organisme collectif. À chacun de ces titres, les divers Grands-Êtres ainsi possibles deviennent nécessairement incompatibles. Le plus puissant d'entre eux doit donc subjuguer bientôt tous les autres, ou même détruire les plus indisciplinablës.Ce conflit est d'autant moins évitable que, comme je vais l'indiquer, l'espèce prépondérante est naturellement carnassière. Elle se trouve ainsi forcée de soumettre les herbivores qui doivent assurer sa nu* trition, et de surmonter la concurrence des autres carnivores. La multiplicité des Grands-Êtres ne deviendrait vraiment intelligible qu'en supposant aux principales espèces sociables une puissance presque égale, soit d'après leur organisation propre, soit en vertu de leur situation respective. Cette hypothèse, quoique peu vraisemblable, n'est point, sans doute, strictement contradictoire, et peut-être se réalise-t-elle sur quelque autre planète. Mais, même alors, elle ne semble devoir affecter définitivement que le temps propre au développement d'une prépondérance exclusive, à moins de supposer aussi que cette égalité, déjà difficile à concevoir au début, se trouve indéfiniment préservée de toute grave altération. Enfin, pour ne laisser aucune incertitude sur ce dogme initial, il faut reconnaître qu'une telle accumulation d'hypothèses invraisemblables n'aboutirait point à prouver réellement la multiplicité sociologique. Car, dans le cas supposé, ces divers Grands-Êtres presque équivalentsarrêteraientmutuellementleuressorrespectif.Ainsi, les attributs d'immensité et d'éternité, au lieu d'appartenir à plusieurs, ne se combineraient assez chez aucun.
Cet avortement nécessaire de toutes les espèces sociables, hors une seule, envers leurs organismes collectifs, est essentiellement analogue à celui de la plupart des populations ha-
430 ttçriiiq de pquhqqb matnvE.
jpeines envers notre .propre unité. Quoique tcbaque nation tende 4 devenir» le noyau «entrai de l'Huiiw?ité» uaeeeuley «si réellement appelée, à l'encluaien de toutes ta au très* destinées à se grouper convenablement autour d'+lb» Si 4fpc cette loi ae manifeste -entre les divers germes d'un, màine Grand-Être* à pies forte nkon 4e&*elle régir rkcomooic-^jénérale-des différentes espèces. Par mite d'eue toile nécessité, la prépondérance humaine» ayant dû surmonter dfebor^iA* oppositions eolleetivec, ne rencontre plus, depuis longtemps, que des résistances individuelles, d'où Ton a peuft-Atre aiçté trop légèrement l'insociabilité radicale de toutes les races correspondantes. Mais, quand la saine -érudition pourra miejx explorer les temps dépourvus de monunteats directs r elle constaterai, sans doute, de mémorables luttes générales centre plusieurs espèces alors puissantes, et aujourd'hui déchues çu même détruites, comme l'indiquent déjà des traditions oeaiuses et des fables équivoques. Quelques voyages sociologiques dans les pays favorables aux sociétés de grands singes devraient surtout éclairer cette difficile appréciation, qui intéresse directement la religion finale en y confirmant le dogme fondamental de l'unité nécessaire du véritable Être-Suprême.
Le privilège ;biocratique repose donc sur les mêxpe& motifs naturels que le privilège sociocratique. Seulement ils ont beaucoup plus d'énergie dans le premier cas que dans le second, en vertu d'inégalités mieux caractérisées. C'est pourquoi la biocratie s'est spontanément établie, par la prépondérance humaine, longtemps avant que notre propre soeiocratie fut assez constituée. Mais cette priorité naturelle n'altère peint la connexité nécessaire remarquée ci -dessus entre ces deux grands phénomènes. Car, le développement normal de l'unité biocratique ne pourra être pleinement systématisé que quand l'unité sociocratique sera devenue irrévocable.
D'après cette appréciation sociologique, la, biologie expliquera facilement à quels titres, naturels notre . espèce, powède c* monopole fandamentaLde la? sociabilité complète.
Une considération préliminaire doit ^beaucoup simplifier mie telle diaqussion,; en restreignant aux races carnassières la lutte réelle pour l'empire hiocratique. Cette restriction résulte directement de l'aptitude naturelle que j>ai attribuée ci-dess.visrà ty* pareil «node.d'alimentation envers ^développement gÂuéçal des divers caractères de l'animalité, sans excepter le* plu» nobles fonction*. La vie active. et la vie contemplative : récrivent ainsi une telle stimulation permanente, et leurs organes intérieurs en retirent tant d'énergie sanguine, qu'une grande infériorité statique peut seule neutraliser, chex quelques* espèces, ces avantages dynamique?., Il faudrait que la prééminence cérébrale de la race prépondérante surpassât tçut ceque nous pouvons concevoir pour que son» ascendant effectif devint conciliable avec une existence frugivore. A la vérité, la vie affective, seule source possible du principe #ociecBatique, se trouve défavorablement excitée par ^ l'alimentation «carnassière. Quoiqu'un tel mode nutritif ne crée , pft» réellement l'instinct destructeur, qui appartient plus ou moips à tout animal,, il contribue, certainement à le tdéyelopper beaucoup. C'est pourquoi tant de nobles utopies antiques recommandèrent l'alimentation végétale pour mieux assurer l'essor sympathique d'où dépend notre sociabilité. Mais leur avortement habituel confirme la triste fatalité qçi place l'existence Carnivore parmi les conditions essentielles de notre prépondérance. Cette nécessité exige seulement une constante discipline morale, à la fois individuelle et collective, pour que l'instinct social n'en reçoive pas une-, atteinte trop profonde. Plusieurs cas anin^aux constatent pleinement. la possibilité 4e concilier assez ces deux conditions opposées. On doit surtout
citer, à cet égard, l'espèce canine, où une alimentation plus carnassière que la nôtre coexiste activement avec une admirable supériorité affective. Une telle conciliation se conçoit aisément depuis que Gall a rectifié la vicieuse unité supposée dans la nature morale par les écoles métaphysiques. Ainsi, pour la question actuelle, cette opposition nécessaire n'aboutit finalement qu'à faciliter l'explication biologique, en restreignant davantage le choix naturel entre les espèces susceptibles d'ascendant biocratique.
Mes indications antérieures doivent d'ailleurs empêcher d'attribuer à cette condition préliminaire une influence exagérée, qui en ferait dériver les aptitudes et les penchants dont elle se borne à mieux stimuler l'essor spontané. J'ai assez expliqué comment le système d'alimentation dépend autant delà situation que de l'organisation, de manière à varier avec l'une sans que l'autre ait changé. L'espèce humaine est, à cet égard, beaucoup plus modifiable que les purs carnassiers, puisqu'elle abonde en exemples, même collectifs, de nourriture entièrement végétale. Ainsi, la considération précédente doit être finalement réduite à restreindre le choix biocratique entre les races susceptibles de devenir carnassières. Celles qui se trouveraient trop exclusivement assujetties à ce régime pourraient même en recevoir une influence plus nuisible qu'utile à leur essor collectif, puisque la difficulté de subsister indifféremment en tous lieux tendrait à gêner leur extension sociale, surtout au début. Sous cet aspect préalable, notre espèce est donc mieux organisée qu'aucune autre, puisqu'elle peut varier davantage sa nourriture, sans perdre jamais les propriétés inhérentes à la tendance Carnivore.
Quelle que soit l'influence indirecte de ces conditions relatives aux fonctions végétatives, c'est de la vie animale que doit directement dépendre le privilège fondamental du développe-
ment collectif. Le plus noble résultat de l'animalité repose nécessairement sur l'ensemble de ses principaux attributs. H faut donc le rapporter surtout aux fonctions intérieures du cerveau, mais sans les isoler des fonctions extérieures, tant passives qu'actives, indispensables à leur efficacité sociale.
Cette importante appréciation ne peut être ici qu'indiquée. Je dois pourtant y caractériser sommairement la participation générale de chacun des trois ordres d'existence cérébrale à l'établissement du lien le plus direct entre la biologie et la sociologie.
La vie affective fournit nécessairement la principale des conditions qui déterminent une aptitude décisive au développement collectif. Car, il exige, avant tout, une suffisante sociabilité. On ignore encore les véritables lois naturelles de cet attribut fondamental, quoique Oall ait démontré sa relation directe avec l'organisation du cerveau. Presque tous les types zoologiques supérieurs aux mollusques renferment des espèces sociable?» Mais elles s'y trouvent tellement mêlées aux races insociables qu'on n'a pu jusqu'ici rattacher cette distinction à aucune autre. Toutefois, ce sujet difficile a été peu et mal étudié. Faute de direction philosophique, on y a souvent pris le défaut de société effective pour une preuve suffisante d'insociabilité radicale; en procédant comme ces voyageurs qui, n'apercevant aucun culte régulier, concluent à l'absence de toute croyance. Mais la loi que je viens d'établir sur la restriction nécessaire du plein essor social à une espèce unique conduira, sans doute, à rectifier la plupart de ces jugements prématurés. Pour que cette théorie biologique devint vraiment normale, il faudrait, ce me semble, y concevoir la sociabilité comme appartenant, avec des degrés très-inégaux, à toutes les espèces où les sexes sont entièrement séparés. L'avortement social de la plupart des cas y devrait ensuite être convenablement rattaché à l'ensemble
634 SYtifÈttr Mt NCfflQUB fUSl'llIK.'
des obstacles naturels, et surtout à**J*ép<mdéran^ha«tatafr;
liai gré son obscurité -actuelle, c* gtaafl ra(}ét sembfedéjl purgé de toute grate incertitude quant i*fc Mpériorité^eséntielle de notre race. Trusteurs anîmatnt, et wrftotft quelques variétés du chien, n&ùs surpassent peut-iétre en âHidh— rtt privé. Néanmoins, aucune espèce ne comporte autant que le nôtre une tendresse coîtectite, source directe de la vraieeodabilité. Il en est à peu près de même pour le sentiment intermédiaire, ou la vénération proprement dite, Tieo * dignement érigé le culte des morts en privilège essentiel de l'humanité. Partout ailleurë, on ne retrouve jamais l'inhumation des êtres les plus chéris, quoique leur tendre souvenir s'y conserve quelquefois. Tous ces nobles attributs forent vicieusement rapportés à l'intelligence, chez les diverses écoles métaphysiques qui ne s'accordent qu'à exagérer son influence. Hais, quoique l'esprit ait ici une plus grande part, c'est seulement, oomme envers les autres sentiments, pour éclairer l'application spéciale des affections spontanées. Les penchants dérivent toujours d'un instinct direct, indépendant de toute réflexion.
A cette condition fondamentale, se rattachent immédiatement diverses influences accessoires, que les naturalistes antérieurs à Gall envisageaient irrationnellement comme les principales sources de notre sociabilité. La plus importante dfentre elles consiste dans la longue durée de notre enfance, qui, prolongeant les soins assidus des parents et la dépendance des petits, tend à consolider l'union domestique, et par suite l'existence sociale.
Quant à la vie spéculative, il serait superflu d'insister ici sur un genre de supériorité humaine aussi évident, à moins que ce ne fût pour diminuer l'importance sociale qu'on y attache encore. La nécessité d'une telle prééminence demeure néanmoins incontestable, puisque la sociabilité de beaucoup d'espèces
INTR0DUCC20II »OW»AMEHT*Llv^ CHAFlOtt TROISIÈME. 689
reete stérile ffaprès leurseule infériorité, me»!*)* €ar, l'Ê ganoe n'est peseeulenent iodispemaMepow éclaireç i'aetnaté^ surtout collectif. Elle assiste directement Jaijîouiabilitéy e& lai faisant mieu* connaître ta principal» dsslinaflenmQuoiqae im simples élections de famille poissent '8»<dé*eleypef eaaa eBe», son secoura -est indispensable au plein « tmm **det > émotion* sociale* proprement dites. Tout attachement cotteotif, mêm+ envertJa- moindre peupi*dev demeurerait- Yagti**et insuffisant* si l'esprit ne Tendait point l'existence composée ami appréciaMe que ftndmdualité. C'est & le p*w noble : offiqe de fin* telhgenee y quoiqu'elle n'y mai pas prépoodérenéev Une teëo supériorité constitue d'aftleur* l»*i*intt contestable des prm^ légas humains. 'Néanmoins* on a beaucoup exagéré iïnférioriftcv mentale de* animaux, faute de distinguer aeeerontro les aptitudes individuelles et les résultats sociaux Par exemple, l'institution du langage, d'abord naturel, puis *rtiiciqj , q*i a tant influé sur notre essor intellectuel , doit être surtout rapportée à la société, comme l'indique leur marche simultanée. L'infé-> riorité intellectuelle de plusieurs races peut donc tenir moins à leur imperfection cérébrale qu'à l'impossibilité de leur développement'collectif. Nos moindres peuplade* ae montrent trop pan «upérieuree aux plue énrinenie animaux 'pour qu'on no donre pas attribuera l'état social le principal perfectionnement des fonctions et des organes tes mieux tueeeptiMse de s'étendre par l'exercice héréditaire. Ba sene inTene, une judicieuse comparaison entre* de» espèces très-voisines, mais inégalement sociables , montre directement que l'infériorité mentale pool être heureusement compensée d%près un* plus grande soda-* b*Wté. Quoique le abat soit, au fond; phi* Intelligent que 1* drieoj leurcomnwné intimité atéc Tbomme développe damu« tage l'esprit de celui-ci.
Cette seconde appréciation sodocrutique doit être, cornm*
636 système de pounouB positive.
la première, complétée par plusieurs considérations accessoires, qui s'y rapportent spécialement. Il y faut principalement noter l'influence de la plus noble partie de l'appareil musculaire, relative à l'ensemble des moyens d'expression, surtout vocale. Notre supériorité organique à cet égard, du moins parmi les mammifères , seconda beaucoup notre prééminence cérébrale. L'organe intérieur qui préside à l'institution des signes volontaires doit, en effet, être assisté de moyens suffisants d'exécution extérieure pour comporter une efficacité décisive. Or, malgré l'optimisme théologico-métaphysique,cette harmonie est souvent très-imparfaite ; ce qui conduit à supposer une inaptitude radicale au langage artificiel là où l'on devrait seulement déplorer l'imperfection vocale. Le grand Cervantes, dans son ingénieux Coloquio de lot perros, fait très-bien sentir la douloureuse condition d'un animal qui ne peut assez transmettre ses émotions et ses pensées.
Pour concevoir l'ensemble des bases naturelles de la suprématie humaine, il faut enfin apprécier les principaux attributs qui concernent directement la vie active. Sans un tel complément, la sociabilité qui fonde notre union et l'intelligence qui en éclaire l'exercice n'établiraient point notre prépondérance réelle, surtout en concurrence avec les plus puissants carnassiers. A ce titre décisif, la supériorité effective exige un concours, plus indispensable qu'à tout autre ég^rd, entre les qualités morales et les conditions physiques. Sous le premier aspect, notre organisation cérébrale parait la mieux douée des trois grands attributs pratiques, courage, prudence, et persévérance. Chacun d'eux se trouve peut-être mieux prononcé ches quelques autres espèces : mais aucune ne nous est comparable quant à leur combinaison, principale source d'une suprématie durable, surtout collective. Le dernier, qui devient finalement le plus efficace, semble même nous appartenir davantage, in-
dépendamment de toute réaction mentale ou affective. Néanmoins, cet ensemble moral n'assurerait point la prépondérance pratique, et, par suite, il serait difficilement appréciable, si l'organisation physique ne le secondait pas. Aux qualités essentielles d'une activité soutenue , tant militaire qu'indu»* trielle, doivent correspondre, sous peine d'inefficacité, des conditions musculaires et sensoriales, qui peut-être n'y sont pas toujours jointes, surtout chez les petits carnassiers. Faute d'une telle harmonie, quelques malheureuses espèces se trouvent condamnées à une existence peu digne de leur principale valeur , sans pouvoir même amortir par désuétude une vaine supériorité, dès lors perdue dans de misérables luttes journalières. Parmi les grands carnassiers, l'homme est aussi le mieux doué à cet égard. Quoique inférieur à plusieurs autres pour la vue et même l'ouïe , il les surpasse tous en aptitude physique d'après deux privilèges connexes, sa station bipède, et la structure de sa main , dont les plus anciens physiologistes , et surtout Galien, célébrèrent justement l'efficacité pratique. Ces deux avantages assistent aussi la vie spéculative, en y perfectionnant l'exploration : mais leur principale influence se rapporte à la vie active. De tels moyens d'action sont d'autant plus indispensables que l'art social n'y peut suppléer qu'en apparence. Quant à la main , par exemple , presque toutes nos industries la supposent, même celles qui en dispensent dans les cas exceptionnels. On sentirait aisément l'importance sociale de ces conditions physiques en concevant une peuplade qui n'y satisferait point, quoique offrant d'ailleurs tous les grands attributs humains. Ses hautes aptitudes lui deviendraient presque mutiles , et la race serait bientôt détruite par des carnassiers mieux armés. Il fallait, sans doute, rectifier les aberrations matérialistes qui, dans le siècle dernier, tentèrent d'ériger cet attributs physiques en sources principales, et même uniques»
dada prépondâzanas ImÉa* Hais la lumineuse QalL, an friamtdraévor iWwmt psévaloir 4 «et* égard l'< nistittan aérébaale, ;a ftrop négligé ^appréciation 4ee mnnts naturels ^ai eat-amusnt l'ffftirurité -hfiMtiiffHt „ anrlfrol pntiique.
Ces oanditions manies et physiques de notae rsaprémsti* aotive tout seocndéea aussi çsr plnaiouse partieularfcés saga~ niques propres èetxnuécr r«meiae'4es feuMés [iwipi1t.ll y 'faut surtout distingua «eliniiinBlIfactPopt^^ son inflnenoe ait étéiirretionnr lhmwmt nxagégée , en ni pest douter ficelle ns ooncoure à tfeeser 'humain , ouatant qxmaià l'ensemble dos arts preloc Iwus. Mais « f encore mieux qofen anicma au taperas, on apprécie k -véritable aouroa -de ^efficacité propre ara motifs accessoires, trop murent érigea an oondttknsesesntielles.^Gair, oette nndslé»Betituerait, an aUe-méme, un grev^ofcatacleamdéveioppeMiaotcolieeÊf é'uneespèce doit Inorganisation oérébmkae serait poifltaasaadaùneufte, m4'eii~ lenn-asees bien assistée, penrtrecmrattniietruiaeèeejnoyaas d'y remédier. La principale influence d'un toi caractère hucnia consiste dans aa hauteTéaotion morale, comme première soaass de l'institution des vêtements, qui a tant contribué à purifior notre nature. Son appréciation, jusqu'ici dominée par un aveu* gie matérialisme, appartient donc on volume suivant, où eHa sera soigneusement exposée*
'Tel est, en aperçu, l'ensemble de* titrée naturels de notre espèce au monopole 'de keocialHé, et, par suite, au privilège fondamental de constitneran véritable 0rand*£tre,4 l'eadusioa nécessaire de toutes ke autres raoestemefree qui tendent vers ce résultat Usai dei'aninwlité.On voit que cette explication, vainement «cherchée dans quelques considérations partielles, exige toeoneouTS de ki plupart des fondions, depuis les pins nobhs jusqu'au* plus grossières, sans même excepter la vie végétative.
INTRODUCTION rOWn*MfPltX,~- < Il IISSUE TROISIÈME. CM>
Llnflnenee inflisls de ces frrois metifcpe <kft pas être «usai es exprès leur 4éaoioppam«nit aotaei, 4A «urtaut à tf eristeneo ae» eisfequ^oiit permise. Butant ma ieî prtliniinaîre snrlaaanfriction 4e k sotfàtM 4 unanspèee «unique, chacune deaea prééminences peut «voir été d'abord très-peu prononcée, unus empêcher le jraprémaiie finale, eauf lé tempe «qu'elle érigerait, fous ces attribut» étant émineuiment déueloppables par Peaeceîeo at ^hérédité, ile ont M -crcrttse «eonstamasant, f» ooanolidant toujours l'ascendant qirïlaa^ Se m6ms,
kur désuétude forcée « continuetteiMrt amoindri leur tu» tenMté priaûfare ehét ke espèces rivales, 4omt noue sommen ainsi conduits doublement à ingérer Fîuftrierité naluwilla» Gemme, «a hiu et l'autre «ene, tee-erfanossent beaucoup moins <modtâables que les fonctions, cette appréciation §4» nérale explique l'évidente disproportion qui exacte entre Vkn* menée euprématîc dynamîqiiade In race humshss et m faiMe supériorité «talîfne.
Lee diverses ioAeatiene précédentes caractérisent asses In hante participation de ta Mekgio à l'étude initiale du (treistèm* mode fondamental de vitalité. QaQiqueee4omainatraneeendaat appartienne esaentiellement à la sociologie, k*eieaee'vitale4eit l'ébaucher sous tous ces aspects élémentaires, y compris même la ^complément que j'ai à-dessus annoncé tpeur la étatique momie, traitée à la fin de oe chapitre.
Ainei se termine mon appréciation systématique des trois grands modes ou degrés propres à 4a «vitalité, végétalité, animalité, et aocklité. Leur -ensemble déânhà la fois l'objet et la sujet d'un traité général delà vio»*- ■" mp kooaçoit d'une manière concrète ou abstraite iesaion nécessaire
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cipe encyclopédique sur jrsel d'après la g^ '
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Ces oonditions monta at physiques de aotaa mpitimslin active tout seeoadéea aussi ysr plnsionio partieularfcés<eKga~ niques -propres àatîmalar a'eacssice'dee facultés piînripalaa, H y faut surtout dtefengfwr<wtiainudiléjecpef^ttaaih. QniiifM sa» influence ait été'inationne limitant nxayégée , an na pcnt douter qu'elle neooncoare à fooser 'humain , wrtamt quanta r<ensomble des arts protecteuu. Mais ici, encore mieux qakm anean autos >ces, on appnéeie la -véritable aenree de ^efficacité propre aux motifs accessoires , trop aouveni érigés an conditions esasntielies.'Car, oatta awttlé«oBstituerait, eneUc-tnéine, un gmvaofcstaclaaadévsloppeaiODtfioUeaâf dfnne«spèce doit ^organisation cérébndene aearait pointasses éminnrrte, md'aii~ langeasses bien assistée, poer tresser atiamatruioe tes xnayeof d'y remédier. La principale influence d'un tsi caractère hucnia consiste dans sa hantoTéaotion monde , comme première soasss de l'institution des vêtements, qui a tant contribué à parifier notre nature. Son appréciation, jusqu'ici dominée par un aven» gie matérialisme, appartient donc an volume suivant voù eHs sera soigneusement exposée.
'Tel est, on aperçu, l'ensemble des titres naturels de notas espèce au monopole de la socialîté, et, par suite, an privilège fondamental deconstitueran véritable Grand-Être, a l'endonoa nécessaire de toutes 4es autres nses^enaatres qui tendent vers ce résultat final de l'&nimalité.Onvrit que cette explication, vainement cherchée dans quelques considérations partielles, exige Hfeomours de toi plupart des fonctions, depuis les plue nobles jusqu'ana plus grossières,, sans même excepter la vie vi
INTRODUCTION FM— iM—MI ■ — < H !■■■« TROISIÈME.
Mnflnence inflislc de ces JfroismQtifc ne doit pas Mro munies dfrprès leur dévolopfusmqflt «A tel, dft «urtsnt à feriotenee §>■ date^is 4M* permise, fuitant ma tel préliminaire strias**trfetionde k eoriàtM 4 uneospèec «rique, ehaenne deoca prééaainences peut «voir été d'abord trèe-peu prononcée, mns empêcher la suprématie finale, cauf lé temps qu'elle taïga» ratt. To»t ces attribut* étant éminemment déreloppablet ptr Peaeceîeeot l'hérédité, ile ont M crcrttEC <eo**tanMnefit, f» oowoUdaMioujo«wl'«fieeûd*nt^rtto«f«eirt fondé. Se méms, leur désuétude forcée * «manuellement amoindri leur in* tenrfté primitive chfealce espace» rivales, don* noue sommet ainsi conduits doublement à ingérer Knttrierité nalurtlla» Gemmo, en hin et l'autre tant, tee «organes sent beaucoup moins modifiables que les fonction*, cette appréciation §4» nérale explique l'-éridearte disproportion qui eoiete entre lïmK monta anprématie dynamique de la race humains et ml faille supériorité *tatiqne.
Ijee diverses kidieaticne précédente* oaraetériseot aeset la hanta participation 4e fa Melegie à l'étude initiale du (troisième mode fondamental de vitalité. (froiqueeedoinainettattseendant appartienne essentiellement à la sociologie, kadettecvitaleleit l'ébaucher sous tous ces aspects élémentaires, y compris mette le ♦complément que j'ai ci-dessus asmonoé peur la statique momie, traitée à la fin de ce chapitre.
Ainsi se termine mon appréciation systématique des trait grande modee ou degrés propres à 4a «vitalité, végétalité, animalité, et eocialité. f-eur -ensemble déônk à la foi» l'objet et la sujet d'un traité général de la vie, suivaat qu'en leconçoit d'une manière conciftte ou abstraite. De leur succession nécessaire aattuneeérie fonéajnentafe,qirf convient è la fois auK4tret4t au phénomènes, en pleine conformité awse mon grand pria» eîpo encyclopédique sur le classement universel d'après la g/"9
Moralité décroissante et la complication croissante. Telle sera désormais la première source philosophique de la vraie hiérarchie biologique, qui n'aura plus à construire que dea interoalations suffisantes entre des ternies inébranlables. Dans cette ébaucha systématique, l'échelle organique se présente comme le prolongement général de la seule progression que comporta l'ensemble de la cosmologie. A l'existence, d'abord mathématique, puis physique, et enfin chimique, des êtres inertes, succède naturellement l'existence, d'abord végétale, pois animale,' et enfin sociale, des êtres vivants. L'enchaînement successif de oes six modes essentiels d'existence constitue la hiérarchie fondamentale, à la fois concrète et abstraite , par laquelle la philosophie positive remplace finalement les aperçus primitifs sur la coordination universelle. Car, le contraste nécessaire entre la vie et la mort ne comporte aucun autre lien réel.
Une telle élaboration formait ici la partie la plus difficile et la plus étendue de ma systématisation biologique. Ayant donc posé toutes les bases essentielles d'un véritable traité abstrait de la vie, je pourrai compléter aisément ce travail philosophique, en caractérisant d'abord l'esprit et ensuite le plan de cette immense construction scientifique , dont l'exécution ne m'appartient pas.
Toutes les conceptions biologiques reposent nécessairement sur une double harmonie, entre l'organisme et le milieu, puis entre les organes et les fonctions, ou plutôt entre les agents et les actes. De ces deux relations continues, la première est générale, puisqu'elle considère l'ensemble île l'existence : la M conde est spéciale , vu qu'elle apprécie les divers modes i tivité. En tant qu'analytique, ce dernier point de ' toujours être subordonné à l'autre, seul conforme an c synthétique de la science vitale. La biologie systé
et comme vraiment complètes qu<
ports élémentaires ont été bien combinés. Jusqu'à ce qu'une telle fusion se trouve assez établie, l'élaboration théorique demeure purement préparatoire.
Sous la nouvelle discipline philosophique, on cessera donc de définir un être vivant par l'assemblage de ses organes, comme si ceux-ci pouvaient exister isolés. Les biologistes n'ont contracté ces irrationnelles habitudes que d'après une servile imitation du régime logique propre à la culture préliminaire de la cosmologie. Dans cette première moitié de la philosophie naturelle, on ne peut d'abord connaître que les parties, et même l'appréciation objective du tout inorganique n'y sauraft jamais devenir complète. Mais la marche est nécessairemert inverse pour la saine biologie, où la notion générale de lv4tat précède toujours celle des parties quelconques. L'impalÛB synthétique de la vraie religion y fera naturellement pritwtr cette tendance normale. En sociologie, où les partielles sont moins intimes quoique plus désormais une grave hérésie, autant irrationnelle que de définir l'humanité par l'homme, an lin ê*'~ l'homme à l'humanité. Dès lors, comment concevoir le tout d'après ses parties, là ai h poussée jusqu'à la stricte indivisibilité? systématique de la vie se développe»
tif de la sociologie, au lieu de suivis < la cosmologie, sa culture jours l'analyse à la synthèse,
bitaelle du mot orgamtme témoigna la
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INTRODUCTION anittÉMTMtÉLa».— -CiWMafc. TROISIEME.
ont enfin permît d'apprécier aases L'oiyaniacna pear (gaee&i eep lion générale, à 1» £m* ilahfncet dfnaaritpLe, pûidiâgar toute» Ida étude* partiealièreei.Dàe' lors aetmneaea la ouïtes* normale de k biologie», eà de» jaugeas* encyclopédiqueeiie traiteront ka<détaikqa?aftn d*rendr&fl«rfiie ou pins, nette la notion de l'ensemble, aeak- pleinement, positive, e'esfc-è»4ke êo même tempe- eéelle etutiier (frend.imeasicncepsoifrlriaaft faHnémenévàic*vade natuie^ee*priJ^pakartbéoflîe*a'<ji'pea> lestent né«aiaiianen^k*piafmèeaa, et tontes, aea antrasapé» «dations as tesedient ça'à ntmmiliém eu.peafeatisnner oaacna» eeption* prinntûresb C'eetœ frféproavea* hientàt k biologie^ devenue en&a. synthétîqeeseas Vescendesit sockleeifue. les six Ion générales que jftri poafea oMessus pous k ▼ôgôtahtérat l'animalité oomtitnentya*iisad* ksafetaacereseentislle d'aae théorie abetiaitaaelB.Tie. Tante éludé epécialetpri ne tendrait point à tenp piotater. plae de prôtieiott on steonsittante éait 1ère écartée oomaeo aieense etnième irrationnelle. Une taMe disoîpHn***. devenir la suite iiéoessaMre< de l'ascendant tbée» aiqve résenaâ partout k \m aecklogie, oii l'on reconnaîtra tt» niqne base systématisa* de k ratie religiom La sciera* eaeisle Tient de ae eenstitaer cd pfeeédanétdes.kiepisacipakeetmhM secondaire*, eeilaB~c* n'y étant jamaia destinées qu'à-déveto]*perceiles-là.Seue l'impulsion d'un pareiktype, la mes» manche e'étendra natureUcnsent à< L'étad* ht plna mue, eà eaiégùne pont seul arrêter me anarchie rétrograde. Àprè* cette sorte»» sion- dérrisir e v il ne aéra pae difficile, de -propager «ae laite lé» génération jne^n'h k cosmologie, deat 1* constitution» finale doit aaaei être sprthétiqaej, f ueîqae l'assesriapt préparatoire de l'analyse- 1 ni ait convenu plas*kngteaips«
Peua mien» concevait cet état, systématique de k biologjat il y bat regarder chafua fenethHL comme le résultat spécial d'une relation déterminée ente* k milieu et l'organisme^ûes
deux éléments et ce produit constituent, en effet, les trois aspects essentiels de toute notion biologique. L'organe y domine toujours, comme lien nécessaire entre le milieu inerte et la fonction vitale, laquelle n'en peut dépendre que par un tel intermédiaire. A la vérité, ni Tune ni l'autre partie de cet enchaînement n'appartient exclusivement à la biologie, qui en offre seulement une manifestation plus profonde. Car, toute existence étant relative, il faut bien que, même en cosmologie, chaque phénomène soit conçu en rapport avec le milieu où il t'accomplit. Mais cette dépendance inorganique est beaucoup moins déterminée que la dépendance organique. Tout corps inerte subsiste, quoique sous divers modes, dans la plupart des milieux réels, et même idéaux. Il faut, au contraire, à chaque être vivant un milieu convenable, qui ne saurait, à aucun égard, varier au delà d'étroites limites sans susciter l'incompatibilité. En second lieu, tout phénomène ayant un siège, chaque notion d'activité, même inorganique, doit toujours ss rattacher à une substance quelconque. Mais la correspondance entre la structure statique et la manifestation dynamique se prononce bien davantage en biologie qu'en cosmologie. L'existence inorganique appartenant à toute matière, avec de simples différences de degré, chacun de ses modes rappelle peu la pensée d'un siège propre. Elle ne commence à y disposer qu'envers sa plus grande complication, quand elle se rapproche de l'état vital, dans les effets chimiques, où elle devient vraiment spécifique. Néanmoins, les phénomènes de la vie étant beaucoup plus compliqués encore, la correspondance entre la structure et le résultat y acquiert une précision et une consistance incomparables. C'est pourquoi le caractère vague qu'offrent jusqu'ici toutes les vues générales pousse à regarder comme essentiellement biologique la relation entre l'état statique et l'état dynamique, quoique, par sa nature, cette notioi
soit pleinement encyclopédique. Ainsi, la double liaison dé l'être au milieu, et de l'ipte à l'agent, doit seulement se concevoir comme beaucoup plus prononcée en biologie qu'en cosmologie. Mais, si Ton prolonge autant que possible les mêmes motifs naturels, on reconnaît finalement que cet enchaînement se développe encore mieux en sociologie. Plus compliqué et plus spécial qu'aucun autre, le Grand-Être doit manifester davantage la double dépendance de la constitution envers la situation et du progrès envers Tordre.
Les relations spéciales entre les organes et les fonctions étant désormais conçues comme développant la relation générale entre l'organisme et le milieu, l'esprit scientifique de la biologie comporte donc une pleine unité. Ses recherches quelconques tendront toujours, directement ou indirectement, à faire mieux concorder l'état dynamique avec l'état statique, en déterminant les fonctions de tous les organes et les organes de toutes les fonctions. Mais cette double détermination n'engendrera plus de spéculations oiseuses ou incohérentes, parce qu'elle sera sans cesse rapportée à son but normal, le perfectionnement des lois générales de la végétalité ou de l'animalité.
On peut ainsi poser le problème biologique sans y formuler la participation du milieu, trop fondamentale et trop uniforme pour exiger aucune mention explicite. Ce langage convient d'autant mieux que, dans toutes les questions réelles, le milieu doit être censé connu, d'après l'ensemble des études inorganiques qui précèdent et préparent la biologie, où il s'agit donc toujours de passer de l'agent à l'acte ou réciproquement. Sans doute, il existe logiquement un troisième problème général, qui concernerait le milieu lui-même, en cherchant le système d'influences extérieures propre à foire émaner d'une organisation donnée une existence aussi donnée. Mais, outre que les
ST8IÉU M- POURQBB. rOSawlB»
Mb biologiques ne seront jamais aeaes précité» peur comporter ma* telle ûraersiott, je ne crains par d'asauxsr que» quaaoi même elle deviendrait accessible, elle resterait taujouareiaeoMt sauf envers certains eieraeee didaetiquee, destinés à meus car raetériser lea miKenar* Qnanf àk réaction- nécessaire qu*eubit le milieu dans «enta opération vitale^ elle doit oertameaieat igunr en Malegie. Mûi elle »'y trouva naturellement ce» prias 4a» la fouetta* on acte, à lîtr* d'élément essentiel de chaque résultat organique*. C'est seulement ainsi qu'une telle réaction acquiert «ne véritaMe importance. Envers le milieu teri-méme, elle reste presque toujours» négligeable, sanssn eepter la< plupart de» cas d'action collective. Le plue- grani de tous k» êtres n'exeiee» qu'une bible influença kioFganiqpsfc foi nintétosee réellement fa* a*- propre esiaftsnca : pour peu qti*on s'élève dans l'atmosphère, tout la travail* matériel de l'humanité dcviaotinseneibie. liais, au pehitdevue biologique^ la modification quelconque du milieu par l'être est, au. ceu* traire, toujours notable, soit comme signe de l'acte vital, sait d'après sa réaetion ultérieure sur l'organisme-
Cette institution systématique des recherche» propre» à k biologie paraît d'abord écarter des études qui, quoique incomplètes, comportent un haut intérêt direct. On semble, en effet, exclure ainsi les spéculations' pumment statiques <* purement dynamique», qui jusqu'ici composerait la* majeur» partie de la science vitale. Mai» il est aisé de sentir que, ea faisant toujours prévaloir, dans la biologie finale,, la relation de l'acte à l'agent, on maintient le» offices respectifs dol'i tonne et de la physiologie. Seulement, leur participatioa n'est plus admise que somme préparatoire,, puisqu'il faut estâa étudier l'organe pour ht fonction et réciproquement.
Loin d'interdire les études purement statiques, ce régime ea augmente à la fois l'efficacité scientifique et la dignité logique;
INTRODUCTION fOflnUBEIITMX. -~~CttAJH» TROISIÈME. 64(7
Il n'y condamne fus lea obsenrotiene empiriqoee et les spécula tktfii efeeusee m iaoehéreatee, dont la léprarion permanente importe autant h l'extension fu'à le consietanee des vraies théorie» biologique*. Ba étudiant eanvawftlement k*?elatieas anâtomiqe*» des organes, «tmétne lent atnmture partielle, an pont eentribwnr beaeeonfràpecfectioimeckceukneieiancede latin fonctions, «Bel d'apré* lai analogie forrospondenitae, tfsît par indication direct^ Maie, fc tom temr, 1* saiaa appjéentàon pàysWogMfeeeet anssî propre à faire mienu connaître la structure or ganiçee, jaosqne «ai oflflfen inverse soit aujourd'hui nÉi senti, Tc]utcfoia,dane l'un ai l'autre caa, l'élaboration théorique demouro purement préparatoire, jusqu'à en qu'as ait assez combiné tea deux aspects élémentaire» de la biologie. L'intime harmonie astre la conception statique et fei conception dynamique caractérise toujours la vraie matante 4ee iainea notion» étalée.
Quoique ht détermination daa organe* ne panasse d'abord indispensable que pour certain* images spéciaux* l'éducation pccitive an far» tcejour* apprécier l'importance universelle, même envor» lea fonctioni qui peuvent être le mien* oennuaa aina aucune basa anetoanfua» Car, il n'y a pae d'autre moyen de pracurer asse* de netteté et de fuite au principales netroua dynamique»* Rien n'oet pin» évident envm l'étude daa maladies, où la pensée doit toujours atteindre jwqu'à l'organe, wit pour juger, toit pour guérir, sans ae borner jamais à la fonction. Même avant tonte détermination rigoureuse, lea plus hardie* supputions ont souvent rendu, à «et égard, d'immenses serviceev q nand ellea ont été* eomnm lee hypothèses de Bf oussaiSy instituées de manière à bien diriger lea méditations pathologiques, Sane être aussi senti envare l'état normal, ee besoin logique n'y eat pae moinaréel» Lee meilleures études dynamiques ne produiront jamais que dea notions flot-
tantes, tant qu'elles ne seront pas poussées jusqu'à leur terme statique, d'ailleurs effectif ou hypothétique. Plus les phénomènes se compliquent, moins notre esprit peut les séparer d'un siège quelconque. Déjà sensible dans la dernière moitié de la cosmologie, cette nécessité logique devient irrésistible en biologie, surtout envers les plus nobles fonctions. Toutes les études directes sur notre nature intellectuelle et morale n'ont abouti qu'à des doutes indéfinis, jusqu'à ce que le génie de Gall y ait heureusement fixé certaines notions fondamentales, à l'aide d'une hypothèse très-hasardée sur l'appareil cérébral. Ainsi, quand la considération des organes ne deviendrait point indispensable pour diriger l'action, et même l'éducation, elle serait déjà nécessaire afin de guider la pure spéculation. Ce besoin est tel que, faute d'hypothèses propres à devancer las vraies déterminations, il peut être utilement satisfait, d'une manière encore plus provisoire, par l'usage de sièges indéterminés, dont l'emploi, quoique très-imparfait, rendra moins vagues les pensées physiologiques.
L'incomparable Bichat a permis de systématiser, en biologie, cette harmonie des deux ordres statique et dynamique, par son admirable création de l'anatomie générale ou plutôt abstraite, dont les penseurs encyclopédiques peuvent seuls apprécier assez la portée fondamentale. Jamais le génie analytique ne prépara aussi heureusement l'élaboration synthétique. En décomposant de nombreux organes en quelques tissus uniformes, partout doués d'attributions fixes en rapport avec leur structure, on pousse jusqu'aux éléments biologiques l'harmonie nécessaire entre l'acte et l'agent. Le consensus vital tend aussi à mieux ressortir par cette considération habituelle et directe des conditions anatomiques communes à toutes les parties et à tous les êtres. Enfin, l'harmonie générale entre l'organisme et le milieu devient ainsi pleinement appréciable, puisque chacun
de «es modes essentiels se trouve désormais caractérisé par un tissu convenable. Sous les principaux successeurs deBichat, cette idée mère acquit non-seulement plus d'extension et de netteté, mais aussi plus de rationalité. Elle est maintenant en pleine harmonie avec l'autre grande pensée du même fondateur sur la corrélation des deux premiers modes de vitalité. À la vie végétative, seule universelle, correspond le tissu cellulaire, unique base de toute structure organique. Sur cette trame fondamentale , se forment ensuite, par l'interposition de deux éléments convenables, les deux tissus propres aux deux attributs caractéristiques de l'animalité. La grave lacune que signalait à cet égard mon Traité philosophique a été depuis comblée suffisamment, surtout d'après les démonstrations comparatives de M. Schwann. Cette doctrine est maintenant la mieux élaborée de toutes celles que comportait l'essor isolé de la biologie, et la mieux adaptée à sa culture encyclopédique.
Après avoir assez caractérisé le véritable esprit scientifique des études vitales, je dois en indiquer aussi l'esprit logique, suivant l'ensemble des méthodes qui leur sont propres.
Quant à la logique déductive, l'éducation encyclopédique familiarisera les vrais biologistes avec tous ses artifices essentiels, puisés d'abord à leur source mathématique. Il serait superflu d'insister ici sur un besoin aussi évident. D'après l'abstraction et la généralité des hautes théories vitales, leur culture ne peut prospérer que chez des penseurs éprouvés et préparés par de fortes habitudes de rationalité envers les spéculations plus simples. Ce motif logique suffirait pour y prescrire d'abord l'initiation mathématique, quand même elle n'y serait pas scientifiquement indispensable. L'insuffisance des biologistes actuels à cet égard aggrave beaucoup leur état d'anarchie rétrograde, eu appelant aux recherches les plus difficiles
650 STSfim de rounoug powtite.
des usfuits impuissants an, mal préparés, 4ont n. marche jus»tifie trop souvent It dispeaiffea 4m géomètres è'usîr en eux 4e purs empiriques. Jusqu'à notes siècle, rédacation mathéuit» tique avait toujours été regardée comme une condition petit minaire de la culture biologique : BuJTon et Lemutck fanent les derniers à y satisfaire dignement. Les émanent* fondatsou de la science vitale ee trouvèrent ensuite eatrafnéa à méconnaître on flt négligence besoin logique, en «'efforçastd'afficanehir la biologie de l'oppression eoemelogique. On peut uaoîns escuser leurs suecessours de n'avoir pas sert que le seul moyeu radical d'assurer la juste indépendance de leurs études oonsisls à y remplir convenablement les conditions préparatoire propres à leur situation encyclopédique. La biologie ne eaurjpt échapper aux usurpations des ooemologistes que qunad etts sera cultivée par des esprits capables <Fy -appliquer 4igneuMUÉ les doctrines et les méthodes inorganiques. Même lu dégnt» dation actuelle de l'enseignement mathématique ne justiie point nos biologistes de négliger une préparation familière à tous leurs prédécesseurs. Il est vrai que , depuis finva&m al» gébrique , une telle initiation développe très-mal son aptitude naturelle aux bons exercices déductifr. «Car, les raisonnements n'y étant poursuivis qu'à l'aide des signes spéciaux, on n'y cultive point la faculté générale de déduire indépendamment d'un tel langage, qui ne convient qu'aux moindres spéculations. Mais cette marche machinale pourrait être, dès aujourd'hui, rectifiée, et même évitée , par des esprits qui entreprendraient les études mathématiques comme un premier échelon encyclopédique pour s'élever dignement à la principale partie de la ph> losophie naturelle. Rien ne dispense donc nos biologiste! d'une telle initiation déductive, sans laquelle ils ne sauraitot surmonter les hautes difficultés logiques de leur propre de* maine.
INTRODUCTION ItmiSIIIIWUII <!■ !■■■■■ TROISIÈME. tiBtt
- fcesatftres études «semokgiq**8 dofimt aussi faur fetiiliftse l'dtalmato
par«banrvatiaa directe, soitokéms par «apérimentation. ToutofoÉB, ce second inode ne eoaaéent pldnemintqa!aiixi«Q]Machti inorganiques, *t «ortout physiques, dfapsès les amatifi .rappelé» aa chapitre présentant in 4empëcati*n des <eas biologiques m perme* presque jamais d'y instituer .des -eayépeocea vraiment déciérvesw Aussi l'usage «trop fréquent d'autel psacédé, qui psemttàU«>édtocriiéd>g^u(^8piMiiyBtiBiaiifari^ a*tdJ<ooatsftuémtablemeurtè la iégénéntion actnalle de la aeâease totale. Cependant, la biologie ne doit pas renoncer «aAiàremnnt à«n«eyoa d*eaidQmticn4pn, segasasnl appliqua, peut quelquefois j seœnéer <cs naines méfitations, sans jamais en dis-
ici, î*aprtitude<ie.joetta tenues à pecfoetisansr radicalemeai la méthode inductiv ose frit déjà sentir par ffnkoduetion wéb* ioUo d'en nouveau mode «général d'expérimentation , dont Ja spontanéité augaionte rafficadté. La j udieieuae observation des maladies institue , envers lss êtres vivants, une suite d'mpé neaees indirectes, besnoeup plos propres que la plupart des eapërienceaâireetesé<éelaircir les notions dynaaûques et môme statiques. Mon Traité philosophique a faitassez apprécier la nature et fat poitéed'ua tel procédé, d'où émanent réellement las principales acquisitions bîelogiques. U repose sur le grand priadp© dont je dus attribuer la découverte à Broussais parce qu'd ressort de l'ensemble de ses travaux, quoique j 'on aie seul construit la formule générale et directe. L'état pathologique dtaift jusqu'alors rapporté à des lois toutes différentes de celles qui régissent fétat normal : an sorte que l'eaploratiou de l'an na pouvait rien décider pour l'autre. Brouasak établit que les phénomènes de la maladie coïncident essentiellement avec ceux de la santé, dont ils ne diffèrent jamais que par l'intensité. Ga ta»
mioeux principe est devenu la base systématique de la pathologie, ainsi subordonnée à l'ensemble de la biologie. Appliqué en sens inverse , il explique et perfectionne la haute aptitude de l'analyse pathologique pour éclairer les spéculations biologiques. Un usage plus étendu et mieux approfondi de ce puissant moyen d'exploration pourra dispenser presque entièrement des expériences proprement dites. C'est ainsi, par exemple, que l'observation des maladies aurait dû conduire à l'importante distinction entre les nerfs sentitifs et les nerfs moteurs, longtemps avant les cruelles tortures qui ont directement constaté» réalité anatomique.
Un tel procédé exige, plus qu'aucun autre, une forte direction théorique, fondée sur une suffisante connaissance de l'état normal, sans lequel l'état pathologique ne serait point assez appré* ciable. Aussi les lumières qu'on lui doit déjà ne peuvent-elles donner qu'une faible idée de son efficacité ultérieure. Le régime encyclopédique l'étendra surtout aux fonctions intellectuelles et morales, auxquelles le principe de Broussais n'a pas encore été dignement appliqué, en sorte que leurs maladies nous étonnent ou nous émeuvent sans nous éclairer. Il faut d'autant plus compter désormais sur l'assistance systématique de l'analyse pathologique que la profession médicale est certainement destinée à devenir bientôt un accessoire régulier du sacerdoce sociologique, comme elle émana jadis du sacerdoce théologique. Ce précieux moyen d'exploration se trouvera dès lors appartenir naturellement aux penseurs les mieux disposés à l'utiliser* Outre son efficacité directe pour les questions biologiques, il constituera , dans le système général de l'éducation positive, une heureuse préparation logique aux procédés analogues envers la science finale. Car, l'organisme collectif, en vertu de sa complication supérieure, comporte des troubles encore plus graves, plus variés, et plus Tréquonts que ceux do l'organisme
individuel. Je ne crains pas d'assurer que le principe de Broussais doit être étendu jusque-là, et je l'y ai souvent appliqué pour confirmer ou perfectionner les lois sociologiques* Mais l'analyse des révolutions ne saurait éclairer l'étude positive de la société, sans l'initiation logique résultée, à cet égard, des cas plus simples que présente la biologie.
L'art général de l'induction ferait donc un pas capital dans la principale partie de da philosophie naturelle, quand même il n'y acquerrait que ce mode indirect d'expérimentation. Mais la biologie perfectionne encore davantage l'ensemble de la méthode positive par l'essor caractéristique de la logique comparative, et de la théorie des classifications qui en devient inséparable. Elle constitue ainsi un troisième mode fondamental d'induction, plus différent de l'expérimentation que celle-ci ne Test de la simple observation. Il y faut voir la plus forte élaboration préparatoire que comporte la logique inductive, dont le complément transcendant doit ensuite résulter de la science finale, par le développement de la méthode historique, seule propre à rallier et à régler toutes les autres.
Cette admirable construction , graduellement surgie depuis Aristote jusqu'à Bichat, constitue jusqu'ici le principal résultat de l'ensemble des études biologiques. Son appréciation directe et spéciale ne saurait convenir à cet ouvrage; et d'ailleurs je l'ai assez accomplie dans le tome troisième de mon Traité philosophique, auquel je renvoie envers ce grand sujet. Je dois seulement y joindre ici quelques indications générales sur le caractère propre et la vraie relation des deux parties essentielles de cette principale méthode biologique.
La logique comparative appartient nécessairement à l'étude de la vie, qui seule commence à lui présenter une suite suffisante de cas analogues et pourtant distincts, première condition naturelle d'un tel art, auquel la cosmologie ne saurait fournir
aucun fondement décisif. Aussi la biologie en fit-elle toujours un usage spontané, même dans ses plus anciennes ébauches, statiques ou dynamiques. Cette méthode est vicieusement jugée récente, parce qu'on a trop dédaigné son essor direct, en accordant une attention trop exclusive au mode indirect qui en constitue seulement la principale perfection.
Pour rectifier ces irrationnelles exagérations, il suffît de bien distinguer les trois degrés nécessaires de la comparaison biologique, d'abord relative aux différentes parties d'un même organisme, puis aux âges successifs de chacune d'elles, et enfin aux divers êtres vivants. Loin que la méthode comparative consiste uniquement dans ce dernier mode, ses principaux résultats ont réellement émané jusqu'ici des deux premiers. On voit encore Bichatfondcr, presqueautantqu'Aristote, ses meilleures conceptions, statiques et même dynamiques, sur le plus ancien de ceux-ci, comme étant plus direct qu'aucun autre. C'est surtout ainsi, par exemple, qu'il découvrit son admirable analogie entre les deux enveloppes, extérieure et intérieure, de chaque organisme animal, d'où surgirent tant de précieuses lumières pour la théorie positive de l'animalité.
Mais , quelque haute importance que les esprits philosophiques doivent toujours attacher à ces deux modes spontanés, il faut néanmoins reconnaître que la comparaison biologique n'acquiert une pleine efficacité que d'après son entière extension finale à l'ensemble des êtres vivants. Alors elle se lie irrévocablement à la théorie générale des classifications , dont l'essor fondamental devait aussi appartenir à la biologie. Cette partie supérieure de la logique préliminaire consiste essentiellement dans la juste combinaison de deux principes successifs : la formation des groupes naturels, et leur coordination hiérarchique; émanées l'une et l'autre d'un même attribut prépondérant, qui établit l'unité du système. La subordination des caractères con-
stitueson principal artifice. Son complément usuel résulte d'une convenable substitution finale des distinctions extérieure» aux différences intérieures. A chacun de ces quatre titres généraux, les études cosmologiques comporteraient, sans doute, une utile application de cette grande théorie logique, dont j'ai étendu l'empire universel jusqu'au domaine mathématique. Mais, quoi* que propres à vérifier les règles taxonomiques, et même à préparer leur appréciation didactique, de tels usages sont trop peu caractéristiques pour en avoir jamais déterminé l'essor décisif. Chaque procédé logique ne peut vraiment surgir que là 06 sa difficulté et son importance concourent à déterminer sa suffisante élaboration. Telle fut l'aptitude naturelle de la biologie enver» la théorie taxonomique, qu'il faudra toujours puiser & celte source initiale, quoique la sociologie doive ensuite hri offrir sa principale destination.
Cette partie transcendante de le logique organique est désert mais caractérisée surtout par la construction hiérarebiquequi es dériva graduellement depuis Linné et Jussieu jusqu'à Lamarck etBlainville. Mais, quelque admiration que mérite ce grand résultat, il ne faut pas le regarder aujourd'hui comme plue définitif que les autres acquisitions de la biologie sous la culture isolée qui dut constituer son régime provisoire. Tout ce qui fat alors obtenu exige désormais une révision fondamentale, où ces travaux, nécessairement irrationnels, seront employés comme de simples ébauches , pour construire le système final de la science vitale. Je ne crains pas ici d'étendre expressément cette prescription philosophique jusqu'à la série animale, où tant de penseurs recommandables voient maintenant une doctrine irrévocable, qui ne comporte plus que des améliorations secondaires. Les attaques radicales qu'elle subit souvent indiquent ainsi son imparfaite stabilité. Car elles ne doivent pas être seulement imputées» en général, à l'anarchie rétrograde qui altère auj<mr-
656 SYSTÈME DE POLTnQOE POSITIVE.
d'hui toutes les sciences préliminaires, et surtout la biologie, en attendant la discipline philosophique qu'établira bientôt l'ascendant universel delà science finale. L'extension et les succès d'un tel désordre théorique ne peuvent jamais tenir qu'aux lacunes, et même aux vices, des constructions provisoires surgi» sous l'impulsion préparatoire d'une spécialité empirique. Cette réflexion générale comporterait aisément une vérification directe envers la série animale, si je pouvais ici développer asses un tel examen.
En me bornant à l'indiquer , je dois pourtant apprécier la profonde irrationnalité des conceptions actuelles sur cette grande construction, afin de mieux caractériser la vraie solution philosophique des difficultés qui s'y rapportent. Ces deux indications émanent simultanémentdes explications fondamentales établies ci-dessus envers la théorie abstraite de la vie, désormais résultée d'une coordination systématique entre les trois modes essentiels de vitalité.
Les deux vices principaux de la série animale consistent aujourd'hui, même chez ses meilleurs interprètes , dans son institution objective et dans sa composition incomplète.
Sous le premier aspect, on suscitera des débats sans issue tant qu'on représentera cette construction comme une expression absolue de la réalité extérieure, au lieu d'y voir surtout une fondation subjective, destinée au perfectionnement logique des hautes spéculations vitales. En effet, les habitudes actuelles ne la mettraient hors d'atteinte que si tous les animaux pouvaient y rentrer, ce qui restera certainement impossible, et même de plus en plus. Des exceptions nombreuses et irrécusables suffisent alors pour renverser un tel édifice. Il n'en est plus ainsi quand on y apprécie une indispensable institution logique, qui doit , sans doute , reposer d'abord sur un juste ensemble de relations naturelles, mais qui n'exige nullement
une entière universalité. A ce point de vue subjectif, on ne saurait méconnaître la nature linéaire d'une telle hiérarchie, qui ne pourrait autrement remplir son principal office théorique. La seule notion d'échelle dissipe aussitôt les irrationnelles tentatives où l'on s'efforce de lui substituer des groupements à deux ou à trois dimensions, directement contraires au véritable esprit tazonômique. Quant à l'extension réelle de la série animale, il est aisé de sentir ainsi que, même en s'y bornant aux cas incontestables, elle renferme aujourd'hui beaucoup plus d'espèces que n'en exigera jamais son usage biologique. Elle a donc besoin d'être convenablement réduite, plutôt que soigneusement développée. Toutefois, je dois ici rappeler la proposition directe que j'osai faire, dans mon traité philosophique, d'y intercaler dignement quelques espèces fictives, directement adaptées aux transitions les plus difficiles. Leur introduction , très-légitime à un tel point de vue, comporterait plus d'efficacité logique que celle tant vantée envers les animaux perdus, dont la notion n'est peut-être pas moins chimérique ordinairement. En remplaçant partout une vaine providence surnaturelle par la vraie providence humaine , nous ne devons jamais craindre d'instituer un ordre idéal supérieur à l'ordre réel, quoique celui-ci , malgré ses imperfections, fournisse toujours la base nécessaire de nos constructions les plus hardies.
Quant à la composition actuelle de la hiérarchie biologique, j'en ai déjà signalé le vice essentiel, consistant à être exclusivement animale. On développe ainsi le mode intermédiaire de vitalité sans aucun égard aux deux modes extrêmes entre lesquels il doit instituer une transition nécessaire. Sans doute, l'animalité comporte , par sa nature, de nombreuses gradations, que ne saurait admettre la végétalité, susceptible seulement d'un variation d'intensité. D'un autre côté , quoique la socialité doive aussi donner lieu à une longue succession de
modes, leur appréciation n'appartient qu'à (la science finale. La série biologique proprement dite est donc principalement animale, mais non pas uniquement. Quelques penseurs ont déjà tenté de la prolonger en dessous jusqu'à sa source végétale, mais nul n'a conçu son prolongement au-dessus jusqu'à son terme social. Celui-ci est pourtant encore plus nécessaire que l'autre; car il concerne directement le type fondamental de la construction totale. La vague et irrationnelle notion de l'Homme continue à servir d'unité loologi que, quoique personne n'ose contester que notre vraie nature se caractérise seulement dans Y Humanité. Toute espace animale ne pouvant constituer, au fond, qu'un Grand-Être plus ou moins avorté, la sociologie est seule apte à fournir le véritable type de la hiérarchie biologique. Cette construction sera donc entièrement reprise bous la nouvelle impulsion philosophique, ou plutôt religieuse. Aie» seulement elle acquerra toute sa grandeur et une consistance inébranlable, d'après sa liaison systématique avec l'ensemble du classement social, comme l'expliquera la suite de ce traité. Placée ainsi sous la garantie simultanée de la sagesse sacerdotale et de l'instinct public, elle surmontera sans effort les attaques anarchiques qui la rendent maintenant impuissante.
Dans l'appréciation finale de la logique comparative, directe et indirecte, il faut donc regarder la biologie comme la source naturelle d'une institution fondamentale, dont le plus vaste essor et la destination principale appartiennent toujours à la sociologie. C'est surtout ainsi que la plus haute science préliminaire achève de perfectionner assez la méthode positive pour la préparer dignement à l'élaboration immédiate de la science finale.
Afin d'achever mes indications essentielles sur la systématisation définitive de la biologie, il ne me reste maintenant qu'à en caractériser le plan dogmatique , puisque son esprit, tant
logique que scientifique , vient d'être suffisamment apprécié.
La forme la plus nette et la plus rapide d'une telle exposition consiste à expliquer ici la répartition normale des quarante leçons philosophiques qui composent le cours de biologie propre à la cinquième année de l'enseignement positiviste, décrit dans mon discours préliminaire.
Ce cours doit comprendre trois parties bien distinctes : un préambule fondamental, essentiellement statique; une doctrine principale, qui sera surtout dynamique , et une conclusion générale,essentiellementsynthétique.Les deux parties extrêmes auront chacune douze leçons , tandis que Ton en consacrera seize à la partie centrale.
Quant au préambule, ses trois premières leçons expliqueront : d'abord la nature, la destination, et le plan général de la biologie systématique ; ensuite les perfectionnements qu'elle apporte aux méthodes fournies par la cosmologie; enfin l'ensemble des procédés logiques qui lui sont propres. Sa seconde partie concernera la philosophie anatomique , en consacrant deux leçons à l'étude abstraite des tissus élémentaires, une aux organes , et une quatrième aux appareils. U se terminera par cinq leçons de philosophie biotaxique ; la première exposant l'ensemble de la théorie taxonomique ; la seconde sur la vraie constitution générale de la hiérarchie biologique d'après les trois modes fondamentaux de vitalité, et les trois autres expliquant l'ascension animale. En réduisant cette échelle suivant sa principale destination , son exposition systématique peut , en effet, s'accomplir en trois leçons, qui concerneront successivement les animaux inférieurs, surtout rayonnes, les animaux intermédiaires , mollusques et articulés , et les animaux supérieurs ou vertébrés. 'Traités par de vrais philosophes, qui s'adresseront à des esprits bien préparés, les dogmes ainsi contractés pourront acquérir plus de netteté, et même de pré-
cision, mais surtout plus de force, que n'en comporte aujourd'hui leur diffusion académique. Si d'autres développements biotaxiques deviennent convenables, il vaudra mieux les opérer dans l'étude directe de la vie, à mesure que le besoin s'en fera sentir, et après un prolongement spécial des notions déjà posées. La même réflexion s'applique aux quatre leçons anatomiques, qui devront, en effet, recevoir là leurs divers compléments particuliers. Il importe d'ailleurs de restreindre beaucoup l'extension actuelle des études purement statiques , afin d'aborder le plus tôt possible l'harmonie fondamentale entre l'organisation et la vie, où réside directement le vrai sujet de la biologie. Au reste, on sait, en général, que l'enseignement positiviste est seulement destiné à diriger les lectures et les méditations, sans tenter jamais d'en dispenser. L'éducation scientifique n'ayant pu jusqu'ici devenir vraiment rationnelle, faute des principes convenables, son empirisme actuel ne peut donner aucune idée de la salutaire condensation que lui procurera bientôt le régime encyclopédique émané de la nouvelle religion.
En caractérisant directement les plus hautes notions anatomiques et zoologiques, ce préambule concis fera toujours sentir dignement leur relation nécessaire avec les théories dynamiques, et même leur destination finale pour préparer l'étude immédiate du Grand-Être.
Il ne faut connaître l'organisation, soit isolée, soit comparée, qu'afin d'apprécier la vie. On pourra d'autant mieux étudier toujours l'organe pour la fonction, que la pensée biologique se trouvera désormais affranchie irrévocablement des tendances rétrogrades qui altèrent encore le sentiment habituel d'une telle harmonie. La biologie positive ne peut pas admettre davantage des agents inactifs que des actes sans agent. Elle doit donc tendre partout à établir convenablement une liaison spéciale entre
ces deux faces inséparables d'une même existence, de manière à prévoir chacune d'après l'autre. Mais, libre de toute superstition, elle ne conçoit jamais, ni l'activité de chaque organe comme pleinement salutaire, ni la structure de chaque fonction comme la mieux adaptée à son accomplissement. Du dogme absolu des causes finales, elle ne conserve que le mode qui équivaut au principe relatif des conditions d'existence, dont l'usage scientifique comporte à la fois beaucoup plus d'extension et d'efficacité. L'harmonie nécessaire entre la fonction et l'organe s'y trouvera donc réduite toujours à ce qu'exige la vie réelle. En développant cette relation fondamentale, il faudra d'ailleurs apprécier dignement ses inévitables imperfections, sans y rattacher cependant aucune tendance antithéologique, devenue alors inutile. C'est surtout en biologie qu'il importe d'établir spécialement que l'ordre naturel, toujours imparfait, l'est d'autant plus qu'il concerne des phénomènes plus compliqués. On dispose alors le cœur et l'esprit à une digne appréciation des vices, même irréparables, que présente, encore davantage, la plus complexe de toutes les existences réelles. En outre, on fait ainsi pressentir la supériorité nécessaire de nos constructions artificielles, dirigées par l'amour assisté de l'intelligence, sur les résultats naturels des fatalités extérieures.
Sous un second aspect général, ce préambule caractéristique de la biologie doit déjà représenter la connaissance des divers organismes animaux comme une simple préparation à l'étude du Grand-Être émané du plus noble d'entre eux. Cette tendance constante distinguera spécialement les cinq leçons biotaxiques, puisqu'on y construira l'échelle animale afin de monter systématiquement de la végétalité à la socialité, par une intercalation assez développée pour constituer une transition familière. La hiérarchie biologique étant d'ailleurs liée ainsi à la progrès-
«ion oosmologique, le Grand-Être se trouvera d'avance en intime connexité avec l'ensemble des existences dont il doit perfectionner Tordre fondamental,. Bn même temps, sa propre évolution s'annoncera comme une continuation transcendante de la succession générale entre les principaux degrés d'animalité. Bon étude statique ne sera pas moine pressentie dans les leçons anartomiques que sa conception dynamique d'après les leçons taxonomiques. Car l'organisme composé doit offrir, comme les structures simples, la subordination générale entre les tissus, les organes, et les appareils. Bn appréciant d'abord cette gradation dans les cas les plus propres à la caractériser, on peut déjà signaler sa principale extension ultérieure, dont le pressentiment direct ennoblira ces études préparatoires, de manière à les mieux préserver de toute divagation. Dans cette instruction fondamentale, les grandes notions biologiques seront donc érigées toujours en ébauches nécessaires des conceptions élémentaires de la sociologie.
Je devais ici développer spécialement le vrai caractère propre au préambule dogmatique de la biologie systématisée. Mais une équivalente explication serait superflue envers la doctrine centrale qui constitue le corps principal d'un tel enseignement. Car elle se trouve d'avance caractérisée suffisamment d'après mes indications directes sur les trois modes essentiels de la vitalité. Suivant cette théorie fondamentale, les seize leçons moyennes du cours biologique formeront naturellement trois groupes successifs, dont chacun développera convenablement les trois lois correspondantes. La construction d'un Traité abstrait de la vie doit, en effet, consister à rendre ces neuf lois générales aussi nettes et aussi précises que l'exige l'ensemble de leurs usages réels, soit théoriques, soit pratiques. Toute autre spécialisation dégénérerait bientôt en puérilités académiques, interdites par la vraie religion, au nom commun de la raison et de la morale. Quant
INTRODUCTION TtNDABRTAUB. — CHAPITRE TROISIÈME. 663
4 la proportion de ces trois parties dynamiques, cinq leçons suffiraient pour la végétalité ; les sept suivantes caractériseraient .assez l'animalité, qui constitua le principal domaine de la biologie; enfin, les qnatre autres compléteraient la théorie de fa. fia, en ébauchant l'étude de la socialité. D'après mes explications antérieures, le lecteur tien préparé pourrait aisément spécifier la destination normale de chacune des eeiie leçons physiologiques, comme je viens de le (faire envers les douze leçens statiques, dette étude générale de la haute physiologie fut réellement fondée par le géniB de Biehat, dans cet admirable Tnlté de la vie, si méconnu aujourd'hui, où le créateur de la véritable analyse anatonriqne témoigna tant d'aptitude à la saine synthèse biologique. Maïs un effort ansi prématuré ne pouvait alors surmonter 1 entraînement universel vnrs le régime académique, qui étendait de plus en plus à la ecience vitale l'esprit de spécialité dispersive développé par les spéculations inorganiques. Cette construction initiale dut bientôt rester isolée, au milieu des incohérentes recherches sur les détails des fonctions. Elle ne peut être achevée et consolidée que sous le régime encyclopédique institué par la philosophie positive au nom de la vraie religion.
Quant au complément synthétiquede mon cours systématique de biologie, je destine cette troisième partie à faire directement apprécier la convergence définitive de toutes les études vitales -vers l'exacte connaissance de l'harmonie nécessaire, tant active que passive, entre l'être et le milieu. Ces douze leçons finales forment naturellement, comme celles du -préambule, trois groupes successifs, destinés à caractériser: d'abord, en trois leçons, l'unité générale de l'être; puis, en quatre leçons, sa subordination totale envers le milieu; et enfin, en cinq leçons, l'ensemble de sa réaction conservatrice. Une telle conclusion s'écartant du régime scientifique actuel encore davantage que les deux par-
664 nmteE M Mumoi KMRifB.
ties précédentes, je doit, pour éviter tonte méprise, miras définir sa nature.
Ses trois leçons initiales sériant surtout consacrées à corriger la tendance analytique qui altère pins on moins l'étude abstraite de la vie, quelque réelle et prof onde qu'en soit l'institution synthétique. Car l'obligatibn d'étudier à part des fonctions qui s'accomplissent à la fois doit toujours entnmr l'appréciation directe et habituelle de leur véritable — »— »frut malgré les plus sages précautions de renseignement philosophique. Néanmoins, ce besoin didactique est asses oonriliabk avec le caractère synthétique de k biologie normale* Bn effet, la hiérarchie générale des êtres Tirants offre nécessairement une suite de degrés principaux où l'existence fondamentale' se complique peu à peu par la spécialisation croissante de nou- Tellet fonctions, qui deviennent de plus en plus élevées et de moins en moins indispensables. Chaque étude dynamique Mm instituée peut donc, en suivant toujours cette ascension naturelle, conserver un caractère vraiment synthétique, envers les êtres où le degré correspondant de vitalité s'ajoute seul aux fonctions déjà appréciées. 11 suffit, en un mot, que l'analyse physiologique se conforme sans cesse, comme l'analyse anetomique, au principe fondamental de généralité décroissants et complication croissante, que j'ai, depuis longtemps, érigé en universelle du classement positif. D'après cette marche, le timent systématique de l'unité vitale, borné d'abord aux êtres les plus simples, s'étend graduellement aux autres, à mesure qu'avance l'appréciation dynamique. Mais, par cela même, 0 reste naturellement incomplet quand elle se trouve achevée, du moins envers les plus nobles êtres. Or, ce sont, en effet, ceux-là où le consensus est le plus parfait, quoique moins facile à saisir. Rien ne dispense donc de faire succéder aux leçons physiologiques une étude directe de cette convergence totale,
alors appréciée surtout chez les animaux supérieurs, sans excepter l'homme, quoiqu'il n'appartienne point au vrai domaine biologique. C'est ainsi que les trois premières leçons de la conclusion que je définis seront consacrées à caractériser : d'abord l'ensemble de la vie végétative, avec toutes les réactions qui la modifient ; ensuite celui de la vie animale, y compris l'influence des deux autres; et enfin l'existence totale de l'être intellectuel et moral, liée à ces deux modes inférieurs. Dans cette dernière explication, la biologie monte le plus près possible du type qui doit fournir l'élément naturel de la sociologie.
L'être étant alors apprécié quant à son propre ensemble, la seconde partie de la conclusion normale caractérisera directement sa subordination totale envers le milieu, étudié, d'avance par la cosmologie. On construira ainsi la théorie générale des milieux organiques, qui forme, en biologie, une branche toute moderne, dont il faut regarder Lamarck comme le vrai créateur, quoiqu'il Tait trop liée à ses irrationnelles hypothèses sur la variabilité indéfinie des espèces.
Envers cette étude capitale, je dois ici rectifier d'abord une faute encyclopédique où je fus entraîné, dans mon traité philosophique, par une déférence exagérée pour la juste autorité de Blainville. D'après cet éminent biologiste, je la plaçai avant la physiologie, et à la suite de l'anatomie générale. Cette erreur était chez moi d'autant plus grave qu'elle choquait directement ma règle constante de n'apprécier les notions intermédiaires qu'après les deux extrêmes dont elles doivent instituer la liai* son. Au cas actuel, on reconnaît surtout que, faute d'une juste connaissance préalable de l'être vivant, sa relation avec le milieu ne peut susciter que des [spéculations vagues et incohérentes, qui ne sauraient aboutir à aucune doctrine décisive sans une révision ultérieure, fondée sur l'ensemble de la physiologie. Mais, quelque spontanée que fût, à cet égard, ma rectification
dogmatique, ausaîttôqee je imendms libres jt deî* ni déclarer franchement qu'elle Tient d'être accomplie, avant moi* par un nouveau biologiste, M. le docteur Segoad*. Son début très-philosophique parait déjà conârraerme* espéraneeesorle prochaine régénération de la>prineipalei prtMmina&»sone»gimpnlsion directe de kuriepoo finale. Ortco* poffow semble d'autant m»«rfendéqu*fcne pareille temdaaaeee • manifefle déjà panai quetquooautese jcunealjîologiBteB dfdlitoi Elle caractérise* surtout ha tenraui naissaatede IL CJaurleaU» Un, qui, comme )L8egoad, a*pMnesnetf umupté le régiin»ei» cfclopédique, et dfgjmneat apfeéaJéMmpuitemei anentfflqaa de la réaction du cosur surTtaeprib ■
D'après aa dépendance legiquemss» Itasembt» é* 1» php* Bwdcpe, il faut peu s'étonner que h théorie g é» Étale des n»lieu mgamquea» eoit enoeas si, peu a^uqcéet, puiaquuanl draeouqiieiieVaatpoManaa.OMadocttiaeœacipM] ne consiste vraiment jusqtfiei que dune lee~précteux aperçus pri^ mitifs dus au génie hardi de Lamarcfc, Son essor normal oonstituera l'un des principaux résultats de 1» systématisation bietogique émanée de la Traie religion. Autant affranchie de tonte métaphysique que de tonte théologie», la nonvaUe biologie pourra seule déterminer la véritable influence, générale et ciale, du milieu sur l'organisme* y compris même lea trémee où cette action devient perturbatrice. En respectant tan* joua le principe nécessaire de la fixité essentielle des espèces, on appréciera ainsi les limitée naturelles de leurs variatioiinfusk conques. Ceet alors qu'on pourra traiter directement la question réservée ci-dessus quant aux modifications essentielle» d« tème d'alimentation, d'après l'exercice individuel et la mission héréditaire. Sema cette double influence, la vraie vidence me semble pouvoir étendre la variation normale dm espèce* jusqu'à la transformation complète des herbivore* «
carnivores. Mais un examen direct peut seul démontrer la réa»lité d'une telle limite générale, qui, une fois reconnue envers, les cas artificiels, conviendrait. davantage aux situations naturelles. On expliquerait ainsi, la répartition confuse que présente, encore chaque degré d'organisation entre les deux modes d'alimentation. En poursuivant ces sommaires indications, le lecteur sentira bientôt que ces quatre leçons complémentaires abour tissent naturellement à la grande étude de l'amélioration orgarnique, d abord dans les végétaux, ensuite parmi les animaux,, et enfin chez l'homme, en tant qu'il appartient à la biologie.. Cette dernière recherche, dont Y hygiène actuelle ne peut, donner qu'une très-faible idée, terminera dignement le cours, positiviste que je caractérise, puisqu'elle constitue le résultat le plus complexe et le plus important de l'ensemble de la biologie. Tel est, en effet, le but propre et direct assigné ci-des&uA. aux cinq leçons extrêmes» Car elles ne doivent étudier la réa&r tion totale de l'être sur le milieu qu'en vue des perfectionner ments que comporte ainsi sa condition extérieure, et même sa. propre nature. A ce sujet plus qu'à aucun autre, on reconnaît spécialement que la biologie doit seulement ébaucher les notions dont le plein essor appartient à la sociologie. Les spéculations biologiques ne peuvent convenablement embrasser,, à cet égard, le cas principal, qui. consiste dans l'action totale du Grand-Être sur l'ordre extérieur, qu'il doit améliorer. Nonseulement la sociologie est seule compétente, envers ce vaste sujet : mais, d'après les motifs logiques que je viens d'indiquer, il n'y peut même figurer que parmi ses conclusions générales, qui exigent l'ensemble de ses notions statiques et dynamiques. Son extrême importance m'a toujours disposé à lui consacrer un traité spécial, directement promis à la. fin de mon ouvrage fondamental. Quand même mes entraves personnelles m'empêcheraient d'accomplir ce travail, ses vues, principales seront
naturellement indiquées déjà en terminant le traité actuel Mais, quoique la biologie doive s'interdire un tel cas, elle en doit préparer l'étude propre, en appréciant une semblable réaction chez les animaux. Sans un tel complément, leur existence réelle ne serait point asses connue. Car tous tendent plus ou moins à améliorer leur condition matérielle ; quelquesuns même s'élèvent jusqu'au perfectionnement de leur nature physique, en ne nous réservant que le progrès intellectuel et moral. D'après une judicieuse extension, qui respectera toujours le domaine sociologique, cette doctrine biologique préparera dignement la véritable hygiène, tant publique que privée. Elle commencera ainsi à systématiser les nobles projets de Bacon et de Descartes, qui cherchaient, dan3 la médecine, une base positive pour notre perfectionnement physique. Hais, quelque précieuse que devienne une telle préparation, il importe de n'y jamais prétendre à établir directement aucuns règle définitive sur la conduite humaine, même dans les moindres cas. Gomme le progrès moral doit seul diriger tous les autres, les meilleures théories biologiques sont radicalement incompétentes envers de tels préceptes pratiques, qu'il faut toujours subordonner à l'ensemble des notions sociologiques, sous peine de tendre à l'immoralité en stimulant l'égoïsme qu'ils devraient contenir. J'ai déjà indiqué, au discours préliminaire, et je démontrerai ensuite de plus en plus, que les moindres prescriptions hygiéniques ne peuvent solidement reposer que sur des motifs sociaux, conformément à l'expérience journalière. Les lois biologiques ne sont vraiment compétentes, à cet égard, qu'envers les animaux, et même sous l'impulsion de la sociologie, comme à tout autre titre. Mais les notions qu'elles fournissent ainsi doivent ensuite figurer convenablement parmi les éléments nécessaires des décisions finales qui appartiennent à la morale sociologique.
J'ai maintenant achevé d'indiquer assez la systématisation définitive de la biologie, dont il fallait surtout caractériser d'abord la nature fondamentale, d'où j'ai déduit son véritable esprit et jusqu'à son enseignement dogmatique. L'importance et la difficulté d'un tel travail expliquent ici son extension spéciale envers la principale partie de la philosophie naturelle, où je devais d'ailleurs poser directement des bases indispensables au sujet propre de ce traité. Une semblable construction permet déjà d'apprécier l'aptitude nécessaire de la science finale à déterminer bientôt la régénération totale de chaque science préliminaire. Mais, à ces divers titres, je ne dois pas terminer ce long chapitre sans y avoir accompli une rénovation plus particulière, ci-dessus annoncée, quant à la théorie positive, à la fois statique et dynamique, des fonctions intérieures du cerveau, qui constituent l'existence intellectuelle et morale. Le besoin scientifique d'une telle doctrine pour le volume suivant justifierait assez le soin spécial dont elle est ici l'objet. Sa réaction logique achèvera, en outre, de constater nettement l'efficacité théorique de la nouvelle religion. Puisque la régénération des sciences préliminaires doit commencer dans celle qui approche le plus de la science finale, les mêmes motifs essentiels indiquent que la rénovation propre à la biologie doit aussi s'accomplir de haut en bas. J'aurai donc achevé de la caractériserautant que le comporte ce Traité, en terminant le volume actuel par cette indispensable appréciation, que le génie biologique de Gall prépara si heureusement, mais dont l'accomplissement décisif attendait l'inspiration sociologique. La théorie que je vais exposer constitue l'objet propre des treizième et quatorzième leçons physiologiques du cours général de biologie dont je viens d'expliquer le plan systématique.
En abordant ce grand sujet, j'éprouve le besoin spécial de rendre un juste hommage à mon principal guide. Dès la nais-
670 smftUS DE POLITIQUE FOSIftVE.
tance de la vraie biologie, Gall tenta d'en étendre aussitôt le domaine normal jusqu'aux études les plus nobles et les moins accessibles, en brisant avec énergie le dernier lien qui subordonnât la philosophie naturelle au régime théologico-métaphysique. Il réalisa ce hardi projet au delà de tout ce qui était alors jugé possible par les penseurs les mieux préparés. Quand toutes les écoles réduisaient les attributs humains à la seule intelligence, malgré leurs vaines disputes sur sa source extérieure ou intérieure, Gall osa proclamer, à sa manière, la prépondérance positive du cœur sur l'esprit, jusqu'alors inconnue à la science moderne, quoique indiquée par l'instinct universel. D'une part, il détruisit la ténébreuse unité des psychologues et idéologues, en établissant la pluralité nécessaire des organes intellectuels et moraux. En même temps, il rectifia une antique aberration biologique, en attribuant l'ensemble des fonctions supérieures au seul appareil cérébral. Pour apprécier l'importance et la difficulté de ce dernier service, il suffit de rappeler que les passions étaient encore rapportées aux viscères végétatifs, non-seulement par Bichat, qui n'eut pas le temps de méditer assez un tel sujet, mais même par Cabanis, qui s'en occupa si profondément. Quand tous les naturalistes s'accordaient à n'étudier réellement que les animaux morts, Gall fondait la principale analyse des penchants et des facultés sur une admirable observation des actes vitaux. Sans doute, il ne put accomplir une construction théorique nécessairement réservée au principe sociologique; mais il l'a assez ébauchée pour permettre enfin d'aborder directement la science universelle, à laquelle manquait seulement une telle préparation. Gomme fondateur de la sociologie, je devais cet hommage particulier à celui do tous les biologistes qui m'a le mieux disposé à construire une philosophie aussi purifiée de toute ontologie que de toute théologie. Quoique je sois ici forcé de rectifier entièrement la
plupart de ses conceptions, sans excepter les principales, je ne cesserai jamais d'utiliser son impulsion générale, et môme ses travaux spéciaux. Un génie aussi progressif avait certainement pressenti, mieux que ses prétendus juges ou disciples, la destination purement provisoire de la construction qu'il dut hasarder. Sans Tavoir personnellement connu, j'ose avancer qu'il appréciait, à sa manière, l'intime connexité d'un tel effort théorique avec l'immense régénération, mentale et même sociale, réservée au siècle actuel. Il sentirait aujourd'hui que Ja philosophie capable de présider à cette rénovation totale doit seule construire aussi la véritable doctrine cérébrale. Si je 4a manquais maintenant, sous de meilleurs auspices que Gallje persisterais néanmoins dans ma ferme conviction qu'il n'y a pas d'autre matière de l'établir, sauf à mieux reprendre une semblable élaboration.
Le vrai principe logique de cette construction consiste, pour moi, dans son institution subjective. J'y subordonne systématiquement l'anatomie à la physiologie; en concevant toujours la détermination des organes cérébraux comme le complément, et même le résultat, de l'étude positive des fonctions mentales et morales. Cette marche a été directement érigée ci-dessus en type général de la saine méthode biologique, dont je me bornerai ici à développer l'application la plus caractéristique. Si la structure d'un appareil quelconque indique rarement ses fonctions, cela est surtout vrai du cerveau, envers lequel l'analyse étatique conduira toujours à des opinions inconciliables, tant qu'elle ne sera point dirigée par une vraie théorie dynamique. A.u fond, ce sujet n'a jamais comporté que la méthode subjective, bien ou mal employée. Préférée chez les disciples deGall, elle inspira également ses adversaires, même ceux qui furent animés de sentiments rétrogrades. Les localisations tentées jusqu'ici ne sont, pour la plupart, insoutenables que faute d'une
appréciation assez approfondie de l'existence intellectuelle et morale. C'est surtout ainsi qu'on reconnaît spécialement l'impossibilité de bien traiter un tel problème biologique autrement que d'après la sociologie, seule compétente envers ces nobles fonctions. La nature et la marche des facultés et des penchants devant être, au fond, les mêmes chez l'individu que dans l'espèce, ce dernier cas est seul assez réel et assez développé pour les caractériser. On ne peut ensuite demander à la saine observation personnelle que de vérifier les lois ainsi dévoilées par l'évolution sociale. Mais cette précieuse confirmation ne saurait être bien instituée qu'envers les animaux, seul cas où les dispositions innées se trouvent assez isolées des modifications acquises. C'est pourquoi ce sujet, quoique dominé par les inspirations sociologiques, doit être ébauché en biologie, afin d'y mieux assurer la juste influence des notions zoologiques. Quelque peu avancée que soit encore l'étude intellectuelle et morale des animaux, elle a déjà démontré l'insuffisance des théories théologiques sur la nature humaine, et même l'inanité des diverses hypothèses métaphysiques qu'on tenta d'y substituer. Elle doit aujourd'hui seconder la construction d'une doctrine positive; car elle est aussi propre à signaler une multiplicité exagérée qu'une vicieuse unité. Dans une étude où l'excitation passionnée vient aggraver la complication théorique, on ne saurait prendre trop de précautions pour consolider à la fois l'impartialité des sentiments et la rationalité des pensées. La pleine compétence d'un tel critérium repose sur ce que toutes nos dispositions vraiment fondamentales appartiennent aussi aux autres animaux supérieurs, quelque variés qu'y soient leurs degrés. Si donc l'appréciation humaine semblait indiquer des fonctions élémentaires, morales ou même mentales, auxquelles ces types zoologiques ne participeraient aucunement, on devrait, par cela seul, reconnaître qu'on a vicieusement traité
comme irréductibles des résultats vraiment composés. Je ne crains pas d'assurer qu'une meilleure étude directe confirmerait toujours la justesse spéciale de cette rectification indirecte. C'est surtout ainsi que j'ai graduellement amélioré ma théorie cérébrale, pendant les trois années qui ont précédé la composition de ce Traité. L'inspiration sociologique, contrôlée par l'appréciation zoologique : tel est donc le principe général de cette construction biologique.
Quant à son vrai domaine, il importe de sentir que le cerveau n'y doit jamais être considéré isolément de l'ensemble de l'organisme. A cet égard, le génie trop analytique de Gall mérite de justes reproches, qui ne sont point assez atténués par un entraînement naturel à exagérer des fonctions méconnues avant lui. Vers le même temps, l'esprit plus synthétique de Cabanis maintenait, dans des travaux analogues, l'intégrité nécessaire des conceptions vitales, alors représentée surtout par les traditions propres à l'école de Montpellier. L'autorité de Gall ayant beaucoup accrédité cette déviation logique, trop conforme d'ailleurs aux tendances scientifiques qui prévalent encore, il faut ici la rectifier spécialement. J'y vais donc consacrer un autre éclaircissement préparatoire avant de procéder à l'exposition directe de ma théorie cérébrale, résumée, à la fin de ce volume, par un tableau systématique.
Antérieurement à Gall, les physiologistes n'étudiaient, dans le cerveau, que les fonctions immédiatement liées aux deux ordres élémentaires de relations extérieures, passives pour sentir, et actives pour mouvoir. Ils méconnaissaient ou négligeaient les opérations intermédiaires, soit intellectuelles, soit affectives, qui, succédant aux sensations ou précédant les mouvements, constituent leur lien nécessaire. Elles étaient encore niées souvent envers les animaux, et rapportées, chez l'homme, à de pures entités, ou attribuées, en majeure partie, aux vis-
cères végétatifs. Quelque* naturalistes judicieux, et surtout Georges Leroy, avaient seuls, d'après une observation assidue, reconnu l'égale inanité de ces diverses hypothèses, mais sans pouvoir y substituer aucune conception systématique. Ges fonctions intérieures absorbèrent les méditations du fondateur de la vraie physiologie du cerveau. Il sentit dignement le double besoin de les bien distinguer entre elles et de réunir leur ensemble dans un même appareil. Ces deux conditions opposées, également nécessaires pour constituer la véritable unité vitale, furent enfin conciliées admirablement par la décomposition fondamentale du cerveau en plusieurs organes intellectuels et surtout affectifs. Mais l'esprit de ce grand biologiste n'était point assez synthétique, ni convenablement préparé par uns forte éducation scientifique. Il accorda une attention trop exclusive aux nobles fonctions qu'il avait irrévocablement placéesau sommet de l'organisme. Sa préoccupation habituelle alla même jusqu'à négliger leur relation nécessaire avec les fonctions extérieures du cerveau, dont il réduisit les attributions directes fort au delà de ce qu'exigeait la juste rectification des exagérations antérieures, surtout quant aux sens. Il dut encore davantage se trouver ainsi entraîné à isoler les organes intellectuels et moraux de presque tout le reste de l'organisme. L'évidente réaction mentale et affective des viscères végétatifs, consacrée par d'antiques notions , vagues et confuses , mais synthétiques, se trouva donc essentiellement négligée, même envers le cœur, aussi bien que l'influence inverse. Ce double vice souleva contre une telle théorie de nombreuses et actives réclamations, dont l'irrationnelle exagération n'altérait pas la légitimité spontanée. Suivant une coutume trop naturelle, la plupart des disciples de Gall n'imitèrent que ses défauts. D'après une fâcheuse dénomination, qu'il avait soigneusement évitée, ils tentèrent d'ériger une doctrine cérébrale entière-
INTRODUCTION FONDAMENTAUX -r- QfU^SJ^ TROISIÈME. 679»
ment séparée de la physiologie générale, et dès lors échue» eu effet, à des adeptes spéciaux, .souvent étrangers à toute sérieuse préparation scientifique, k xnéfflq biologique. C'est sous cette forme qu'a finalement avogté.une admirable tentative,, qui n'avait pas pu être d'abord» instituée suivant ses vraies conditions fondamentales. Mais, saqs avoir réellement fondé aucune théorie spéciale, elle a produit une puissante impulsion générale, qui, dignement systématisée, conduira bientôt aune construction inaltérable.
D'après une telle appréciation, la nouvelle théorie cérébrale doit donc être essentiellement synthétique, en ayant toujours en vue l'ensemble de l'organisme. Sa subjectivité directe et avouée la rendra naturellement propre h bien remplir cette condition fondamentale, sans laquelle une conception destinée surtout à systématiser l'unité vitalç. tendrait, au contraire^ à augmenter la dispersion actuelle des notions biologiques. I<e contrôle objectif émané dç l'observation géologique assurera d'ailleurs la réalité définitive de cette construction contre les altérations qu'y pourrait sugcijter la préoccupation trop exçlu: sive d'une telle destination^ Il faudra y constituer d'abord 1* relation immédiate des organes moraux,et. intellectuels avec les appareils sensitifs et moteurs: Mais on devra y réserver ensuite un mode normal pour la double liaison entre le cerveau et les viscères végétatifs, d'après les différents* nerfe. intermédiaires.
L'ensemble de ces indications définit asse* les principale? conditions dynamiques de la théorie cérébrale dont j'avejs d'aoord caractérisé le principe logique* Cependant, son institution générale ne serait pas complètement appréciée si je n'y joignais pas sommairement une dernière explication préalable, spécialement relative à sa vraie nature statique* «
Quoique les anciens, presque dépourvus d'anatomie, aient souvent deviné les agents d'après les actes, toute tendance
676 SYSTÈME M POUHQOB F08RIVK.
semblable effraye les biologistes modernes» dont la marche trop timide repose encore sur une servile imitation de la méthode cosmologiqae. Mais l'impulsion sociologique relèraa leur caractère positif» en faisant partent prévaloir dignement le génie subjectif, sans altérer jamais la juste influence de l'esprit objectif. La tendance à déterminer les organes d'après les fonctions est tellement conforme à la nature générale de la question cérébrale qu'elle dirige toujours les opérations fan* tialee de tous ceux qui traitent un tel sujet, quelles que soient ensuite leurs dissidences logiques et scientifiques. En effet, personne ne tenta jamais de résoudre autrement le premier problème positif» qui consiste à fixer le nombre réel des organes. Dans un appareil aussi confus que l'est le carreau, la liaison et même l'homogénéité des parties sont plus complétée que partout ailleurs, comme l'exige» au reste, leur plus grande ton» nexhé dynamique. C'est pourquoi sa décomposition généfab enorganesn^uraitjamaisétéKCoimuesisonétudeftttoiqoufi restée purement anatomique. L'analyse directe des fonctions correspondantes a pu seule indiquer, et même établir» ce principe fondamental de la vraie théorie cérébrale. En prolongeant davantage ces motifs naturels, on explique aisément l'impossibilité constatée de déterminer autrement le véritable nombre de ces organes. Toutes lee tentatives pour leur dénombrement direct n'ont jamais abouti qu'à des débats interminables, dont la seule issue résulte d'une juste appréciation des actes intellectuels et moraux. Si Gall, et surtout ses disciples, ont trop multiplié les organes cérébraux, c'est foute d'avoir assex profondément analysé leurs fonctions. On ne peut donc élever aucun doute sérieux sur la marche qui convient à cette première partie du problème.
Mais un tel début logique engage plus que ne l'ont pensé jusqu'ici tous ceux qui, après avoir admis ce principe» en rejet-
tent vainement les suites nécessaires. L'incompétence reconnue de la pure anatomie envers le dénombrement effectif des organes cérébraux doit bientôt conduire à sentir aussi son impuissance pour la seconde partie du problème, consistant à déterminer leur situation respective. Suivant le lumineux principe de Gall , cette disposition doit être conforme aux vraies relations des fonctions correspondantes, afin de permettre l'harmonie générale du cerveau. De là résulte la pleine légitimité de la méthode subjective en un tel sujet, qui , au fond, ne saurait être abordé autrement; car, dans cet état de la question , la méthode objective ne trouverait encore aucune base. A la vérité, Gall lui-même semble avoir découvert ces sièges par la voie anatomique, quoiqu'il déclare l'y avoir employée d'une manière purement empirique. Mais je ne crains pas d'assurer qu'un tel récit constitue seulement un artifice didactique , pour mieux trancher les doutes immédiats. Sans examiner ni la validité, ni même l'opportunité, de ce motif secret, je n'hésite point à regarder l'étude directe des fonctions comme ayant autant dirigé , chez Gall , la détermination des sièges que le dénombrement des organes. D'après ces premières bases, ses disciples ont pu quelquefois procéder objectivement envers les nouvelles localisations qu'ils ont, bien ou mal, ajoutées. Mais cette marche était évidemment impossible au début, qui ne pouvait être que subjectif. Ainsi, en rectifiant souvent les opinions de Gall à ce sujet, je ne ferai, au fond, que mieux appliquer le mode nécessaire qui dirigea ses méditations originales, quelles que furent ensuite les formes préférées dans son exposition didactique.
Cette double détermination du nombre et du siège des organes cérébraux constitue, à mon gré, la limite naturelle de la méthode subjective en un tel sujet, du moins aujourd'hui. On n'y peut, ce me semble, immédiatement ajouter ainsi que