‹ Système de politique positive (volume 3)Chapitre 11 sur 43 · THÉORIE FONDAMENTALE DU GRAND- ÊTRE · texte numérisé non relu

THÉORIE FONDAMENTALE DU GRAND- ÊTRE

d'où

TABLEAU SIMCLTAMÉ DE LA RELIGION UMl^ERSELLE ET DE l'EIISTENOE NORMALE.

Fondée par la sociologie statique , la religion positive a déjà^ pris une irrévocable possession de l'ensemble du passée toujours étranger à la synthèse absolue. D'après ce pas décisif, le sacerdoce universel doit maintenant embrasser aussi l'avenir^ pour transmettre aux vivants l'impulsion combinée de leurs prédécesseurs et de leurs successeurs. Ayant dès lors complété son service fondamental de juge par Toffice^ non moins caractéristique ^ de prophète 9 il pourra bientôt surmonter une anarchie sans exemple , en y dirigeant le concours permanent de toutes les forces mentales et morales.

La triple fonction sociale du pouvoir spirituel , conseiller^ consacrer^ et régler^ se trouve de plus en plus suspendue , en Occident, depuis la fin du moyen âge ^ d'après l'extinction graduelle des croyances provisoires. Ranimée par la foi définitive, elle prendra désormais une inaltérable efficacité. Son retour nécessaire est aujourd'hui soumis à l'épreuve la moins équivoque.

10 SYSTÈME DB POLITIQUE ^SÏTlTE.

comme seal apte à concilier radicalement l'ordre et le progrès.

Une telle difficulté ne peut être dignement appréciée que du point de vue historique^ constitué par le volume précédent. Le passé se décompose en deux âges principaux : l'un essentiellement commun à tous les peuples , comprend le fétichisme et la théocratie; l'autre > exclusivement propre aux Occidentaux^ développe la transition spontanée entre la théocratie et la sociocratie. Or, ces deux parties successives de la préparation humaine représentent respectivement Tordre et le progrès, dont le contraste actuel devient ainsi la dernière phase de Topposition nécessaire entre TOrient et TOccident. Car Tordre que comportait Tensemble de notre initiation n'exista réellement que sous la constitution théocratique^ d'où résultèrent des opinions qui dominent encore , à beaucoup d'égards, Tesprit occidental. Tout le progrès 9 d'abord spéculatif 5 puis actif, enfin aflectif , qui s'accomplit , en Occident, pendant les trente derniers siècles , offrit un caractère de plus en plus révolutionnaire, indiqué surtout par te régime électif et l'altération de la continuité. Si la fin du moyen âge doit toujours marquet le début de la ré* vbltitidh occidentale, c'est seulement pour distinguer le temps où le mouvement devint directement anarchîqtie, d'àprèà l'épuisement du diemler taode propre à la synthèse provisoire. Mais les trois évolutions partielles qui se succédèrent auparavant ne fui-ent vraiment organiques qu'envers Tun des trois aspects humains, auxquels les deux autres se trouvèrent sacrifiés, sans offrir jamais la plénitude ptopre à la disci)[)line théocratique.

Ainsi, Tinitlation humaine, dirigée par la iynthèse absolue, institue d'abord un ordre de plus en plus rétrograde, consacraht l'immobilité, quoiqu'il ne pût la réaliser, ensuite un progrès de plus en plus révolutionnaire, Incompatible avec Tunlté. Le principe du mouvement social ne put être formulé que sous la

AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE PREMIER. il

dernière phase de l'anatchie moderne, parce qu*il devait reposer sur l'entier accomplissement de notre préparation. C*est pourquoi son premier avènement tendit à consacrer une agitation indéfinie , plus contraire à notre nature , individuelle ou collective , que la stagnation théocratique. Sous une telle impulsion^ l'avenir, loin de pouvoir concilier l'ordre et le progrès, semblerait aggraver, en la systématisant, Topposllion spontanée que le passé manifestait entre ces deux besoins de Fhumanité. Tandis que les rétrogrades théologiques craignent , à moins d'un miracle , l'entière dissolution de la société , les progressistes métaphysiques confirment ces inquiétudes par des aspirations qui poussent réellement à renverser toutes les institutions fondamentales.

Dans une telle situation , le vrai tableau de l'avenir humain peut seul calmer l'aveugle sollicitude des uns en rectifiant les . vagues espérances des autres. Rattachant directement la sociocratie à la théocratie, le sacerdoce positif représentera la transiUoû qui dut les séparer en Occident comme ayant abouti finalement à modifier et compléter la notion primitive de l'ordre , en y substituaht le relatit à l'absolu. Cette transformation nécessaire, loin d'altérer la prépondérance du principe organique, la consolide et la développe, d'après une Juste subordination du mouvement envers l'existence. Ainsi systématisé, l'ordre humaib Boit devenir à la fois plus complet et plus stable, en se conformant mieux à l'ensemble de notre nature. En effet, notre véritable avenir ne reproduira jamais une synthèse immobile , suivie d'une transition dispersive, aboutissant à flotter entre la rétrogradation et l'anarchie. Il offrira toujours le développement continu d'une synthèse relative, dont te progrès, même artificiel, consistera surtout à perfectionner l'unité qui la constitue. Mais, l'ordre, devenu systématiquement modifiable, repoussera partout les changements brusques, qui, dans l'en-

semble de Thlstoire humaiDe, devaient distinguer notre seconde préparation.

Notre maturité devant surtout consister à discipliner les forces développées pendant notre initiation, Tétat final se rattache naturellement à l'ensemble des régimes antérieurs. Chacun d'eux ne nous offre pas seulement une préparation nécessaire , qui toujours méritera notre reconnaissance et notre vénération^ de plus en plus profondes à mesure que nous apprécierons mieux .les difficultés propres à l'évolution empirique. Il nous présente, en outre, un programme caractéristique , dont le fond est éternel ^ quoique sa forme fut d'abord passagère. L'avenir doit simultanément remplir toutes ces conditions successives du passé, qui, malgré leur contradiction apparente 5 sont nécessairement conciliables, comme concernant autant de besoins ou tendances de la nature humaine. On peut ainsi vérifier combien la religion positive, en vertu de sa relativité, convient seule à la régénération finale, où convergeront nos aspirations quelconques, quand chacune aura perdu les caractères passagers qui l'opposaient aux autres.

Cette affinité nécessaire du positivisme pour tous les états antérieurs est déjà devenue décisive dans le volume précédent, surtout envers le fétichisme initial Mais son principal développement appartient au tableau général d'un avenir où la religion ne saurait obtenir une véritable universalité sans consacrer suffisamment les diverses tendances du passé.

Je dois ici subordonner tous ces programmes spontanés à celui de l'âge théocratique, comme étant, à sa manière, le seul complet et cohérent.

Une vraie plénitude constitue à la fois le mérite essentiel et la principale difficulté de la discipline humaine, toujours précaire autant qu'insuffisante quand elle n'embrasse point Tensemble de notre nature. Les castes sacerdotales qui, depuis

trente siècles , eu Chine, et surtout dans llnde, contemplent la transition occidentale , doivent y voir une agitation aussi pué* rile qu'orageuse, dont les diverses phases ne s'accordent qu'à compromettre notre unité. Mais i'avénement du positivisme leur fera bientôt sentir que cette suite d'évolutions partielles aboutit à l'ordre le plus complet et le plus durable, qui ralliera dignement l'Orient à l'Occident, pour le développement universel des attributs humains.

En systématisant cet état final, la sagesse sociocratique manifeste déjà son harmonie naturelle avec la sagesse théocratique par un retour décisif à la formule fondamentale de celle-ci. Connaître pour améliorer y constituera, chez nos plus lointains successeurs 9 comme parmi nos plus antiques prédécesseurs, la devise habituellement destinée à caractériser la consécration normale de Tintelligence au service continu de la sociabilité. La transition qui sépare les deux régimes aboutit à compléter cette formule en intercalant la prévision entre la spéculation et Faction, dont, faute d'un tel lien, l'harmonie dut rester empirique jusqu'à ce que la loi prévalût sur la volonté. Mais la préparation moderne a tellement habitué les Occidentaux à concevoir la prévoyance comme le résultat de la théorie et le fondement de la pratique que nous pouvons sous-entendre ce terme moyen, pourvu que nous soyons toujours disposés à le rétablir. En conservant ainsi la rédaction primitive, nous rendons la formule plus propre à représenter la combinaison essentielle, afin de mieux définir la vraie sagesse, sans détourner l'attention habituelle vers une progression hicontestée.

Pour bien apprécier cette concordance nécessaire, il faut la prolonger jusqu'à l'accord spontané des deux sacerdoces envers le domahie prépondérant de notre sollicitude, tant théorique que pratique. La sociocratie confirme irrévocablement la tendance fondamentale de la théocratie à faire partout prévaloir la

ik SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

morale^ à la fois comme science et comme art Tandis que la connaissance de la nature humaioe devient le régulateur, logique et scientifique 9 de toute la hiérarchie encyclopédique^ cette suprême étude se règle, à son tour, d'après sa destination directement pratique.

Ainsi, la synthèse finale doit naturellement consolider et développer tous les attributs essentiels de la synthèse initiale, dont elle fera mieux apprécier le mérite et la difficulté , même en constituant une unité plus complète ^ plus pure, et plus stable.

On peut encore moins méconnaître l'affinité spontanée de la sagesse positive pour les caractères respectifs des trois transilions partielles qui, par leur succession nécessaire, fournirent directement les sources spéciales de la solution occidentale.

Quoique le régime final doive, mieux qu'aucun autre, subordonner Tesprit au cœur, il sera plus favorable au véritable essor mental que ne put jamais Fêtre la vicieuse prépondérance ac*^ cordée à Tintelligence dans révolution grecque. Incorporé profondément à Texistence positive, comme complément normal du bonheur et du perfectionnement, l'art inspirera des sympathies plus pures et plus unanimes que quand on tendait à lui sacrifier le sentiment et Tactivité. Devenue la base dogmatique de la religion, la science i désormais inséparable delà philosophie, obtiendra, sous la discipline sociocratique, plus d'extension et d'ascendant que d*après la vague anarchie qui dut succéder au joug théocratique.

L'avenir humain consacrera surtout le double caractère de la sociabilité romaine , Tirrévocable prépondérance de l'action sur la spéculation, et la subordmation continue de la vie privée à la vie publique. £n développant la nature collective d'une activité qui dut longtemps rester individuelle, notre maturité consolidera ces deux conditions, trop altérées, pendant notre

ATEmi HtaiAm» ~ GHAPITRB PBBIUER. 15

adolescence, sons une synthèse incapable d'y satisfaire. ïout en goûtant la supériorité de la vie industrielle sur la vie milit^e, les populations positivistes sentiront toujours refficacitô morale et politique de la préparation guerrière, seul type spon-* tané de Forganisation temporelle.

Malgré l'ingratitude du catholicisme envers ses antécédents gréco-romains, la régénération occidentale saura dignement concUier la glorification habituelle de nos ancêtres intellectuels et sociaux avec la vénération due au moyen âge. Quoique la transition affective n'ait pu vraiment discipliner nos forces théoriques et pratiques, il suffit qu'elle succédât h leur essor décisif pour mieux instituer le programme humain que sous le principe théocratique. En rendant la prépondérance du sentiment plus directe et pins complète qu'au moyen âge, sans entraver aucunement l'intelligence ou l'activité, la construction positive fera naturellement apprécier la sagesse catholique et la spontanéité féodale.

D'après sa relativité caractéristique, la religion finale reconnaîtra pleinement les avantages que notre double enfance dut retirer de la confusion, d'abord sacerdotale , puis guerrière, des deux pouvoirs humains. Néanmoins, elle honorera profondément l'effort décisif de notre adolescence pour instituer leur séparation normale. Le cœur et Tesprit s'accordent envers une telle conciliation , sans laquelle on ne pourrait vraiment aimer ni comprendre le Grand-Être, faute d'apprécier assez les diverses préparations spontanées qu'exigea sa constitution systématique.

Sous la même impulsion relative, la reconnaissance occidentale s'étendra dignement jusqu'à Tanarchie exceptionnelle qui dut succéder à la série des transitions partiellement organiques. La solution finale, quoique fondée sur Tensemble de l'initiation homame, dut immédiatement résulter de l'élaboration, tant

négative que positive , propre aux cinq derniers siècles. Destinée surtout à se développer cbez les conservateurs , la vraie religion ne pouvait cependant surgir que dans le milieu révolutionnaire, oii ses premiers germes furent dignement accueillis comme annonçant la conclusion nécessaire du mouvement moderne.

Cette récapitulation préalable des affinités spéciales de l'avenir pour chacune des phases essentielles du passé semble d'abord insuffisante, en ce qu'elle ne comprend point le régime propre à notre première enfance. Mais les lecteurs du volume précédent doivent déjà sentir que cette unique réserve, loin d'indiquer une moindre sympathie du positivisme envers le fétichisme, résulte, au contraire, de leur connexité plus intime. Les divers modes du théologisme doivent partout disparaître , sans laisser d'autres traces habituelles que l'inaltérable glorification de leurs services provisoires; il fallait donc rappeler leur participation nécessaire à la préparation graduelle de l'état final. De tous les régimes qu'exigea successivement l'initiation humaine, le fétichisme est le seul que son incomparable spontanéité destine à s'incorporer au positivisme , envers lequel il comporterait une transition directe. Je devais donc ajourner l'indication de cette affinité continue jusqu'aux occasions naturelles où ce volume en amènera les développements spéciaux.

En résumant les cinq comparaisons précédentes, on voit que la sociocratie combinera l'aptitude synthétique de la théocratie avec les trois impulsions successivement dues aux transitions partielles, pour accomplir le vrai programme de la révolution qu'elle vient terminer. Toutes les phases de la vie préparatoire doivent ainsi concourir à l'institution de l'existence définitive. Cette universelle convergence du passé vers l'avenir résulte de ce que le problème humain fut, au fond, toujours

le même; consistant partout à constituer, autant que possible, Tunité générale de notre nature, individuelle et collective. Outre que chaque nouvelle approximation d'un tel résultat dut constamment reposer sur la succession des précédentes, leur ensemble devient spécialement indispensable à la solution systématique , qui ne saurait autrement instituer la question. Les divers programmes du passé peuvent d'ailleurs être tous combinés, pourvu qu'ils soient d'abord dégagés des formes passagères qui seules les rendaient incompatibles.

Une telle fusion de l'état normal avec l'ensemble de l'existence préparatoire fournit à la fois la principale garantie de la stabilité de l'avenir et le meilleur guide pour sa détermination générale. La philosophie de l'histoire étant irrévocablement fondée sur la statique sociale, elle devient désormais son résumé le plus décisif. Car, les conditions de l'unité ne sauraient être mieux appréciées que d'après les phases successives de son développement spontané. Voilà pourquoi, loin d'entraver les méditations régénératrices, cette dépendance nécessaire de l'ayenir envers l'ensemble du passé peut seule les rendre à la fois saines et fécondes. Toute déviation utopique y devient ainsi réparable, et même évitable , jusque dans les cas secondaires où la série des antécédents ne fournit pas des indications assez précises pour y dispenser des compléments déductifs.

Aucune autre méthode ne permettrait de construire un tableau de l'avenir qui, d'abord accepté par tous les Occidentaux, doit ensuite convenir aux diverses populations retardées, afin que sa libre adoption inaugure graduellement la religion uniyersette. Les différentes utopies qui, depuis trois siècles, aspirent à dhriger la régénération finale, n'ont jamais pu vraiment rallier deux âmes. Mais leur commune impuissance résulte uniquement de ce qu'elles ont toujours tenté de concevoir l'avenir sans le déduire de l'ensemble du passé, qui n'était point appré-

ciable avant ravéneiueiit da posithrisme. Un tel isolement dut rendre les prophéties aussi stériles que cbimériques, envers les phénomènes dont la complication ofre le plus d'obstacles ^ rimagination^ môme assistée par Tobservation. Noos pouvons k peine concevoir^ en biologie ^ des organismes vraiment nouveaux, qui ne soient point contradictoires. Or^ cette difficulté doit naturellement augmenter e3s\ sociologie^ oii les plus libses rêveries sont toujours restées fort au-dessous des changementa réels 9 surtout envers Tesclavage. Toutefois 9 ropiniâtre succession des utopies modernes 9 malgré leur avortement nécessaire^ annonçait la prochaine satisfaction du besoin de conlteuité q^à caractérise la raison occidentale, depuis qu'elle tend à tairô irrévocablement prévaloir l'avenir terrestre.

On est ainsi conduit à reconnaître , dans la religion positive j deux propriétés connexes, Vuoe intellectuelle, Fautre morale, dont le développement doit diriger les principales conceptions du volume actuel. Elles consistent: d'une part, à compléter notre constitution mentale en introduisant partout la prévision ; d'une autre part , à fondei^ l'harmonie affective sur l'e^^istenoe spontanée des inclinations^ sympathiques. Ces deu^ attributs permanents de la vraie positivité résultent du remplacement simultané des croyances surnaturelles et de la vie guerrière par la foi démontrable et l'activité pacifique.

Il serait ici superQu de prouver que la détermination de l'avenir d'après le passé caractérise partout la raUoynalité vérit table, en instituant le lien normal entre la spéculation et l'action. Pendant les trois derniers siècles , la science a sufir samment développé cette aptitude décisive, que l'industrie ^ spontanément vulgarisée. Mais les meilleurs esprits n'osent encore l'étendre jusqu'à son principal domaine, faute d'y substituer les lois aux causes.

Néanmoins, les phénomènes humains sont nécessairemeot

ATEIOR HCHAIN. — CHAPITRE PREMIER. 19

C6m 4H](faeb (a prévision rationnelle convient le ntieox » vu la continuité qui dislipgqe ^ concepitions sociologiques ^ auxquels il faut objectivement subordonner les pensées morales»

L'^veniif de ^^tmmanité constitue donc ^a nieiileure (^tina- Uon de notre intelligence comme de notre activité. Sa détermination et son avéj;iement reposent SVMT le même pr^ijitcipe , sa filiation nécessaire envers le passé, d'o^ dérivent àlafofsses radies et ses indices. Quoique les y^ductions dynamiques doivent toujours être vérifiées d'après les déductions statiques , elles fournissent immédiatement le se\4 w>yen de construire dignement le tableau d^ Favenîr humain devenu Tunique guide désormais acceptable.

Car cette construction déç^v?» la religion positive obtiendra bientôt l'ascendant universel, en dissipant i^ la fois l'agitation et la stagnation I égalenieut nuisibles fit i^reiUement empiriques. Une commune impuissance envers ce suprême domaine déterminera, sans dout^, la théolqgif) et la métaphysique à sa l^er spécialement contre une telle solution. Mais leur vaine pratestation fera mieux ressortir l'exclusive compétence du positivisme pour satisfaire au principal besobi de la raison moderoa

Cette délemdnatian fondamentale, seule apte à rallier les aspirations spontanées et les tendances systématiques, va directement inaugurer la religion universelle , d'après ^ensemble de ce traité. La vraie synthèse doit ainsi se trouver irrévocablement instituée^ pui^qe toutes les saines spéculations eancciurront à régler la conduite générale des occidentaux. Une telle épreuve procure à la morale l'ascendant subjectif et la dépendance objective ? dont la digne combinaison l'érigé aussir tôt en base immuable de l'unité théorique et pratique.

Quelle que soit l'importance de cet attribut intellectuel de la positivité, l'attribut affectif qui le complète doit être jugé

supérieur, même mentalement ^ comme influant davantage sur la vraie syntlièse. C'est pourquoi la théologie et la métaphysique repoussent l'altruisme spontané plus profondément que la prévision sociologique. L'innéité des penchants bienveillants et le mouvement de la terre constituent les principaux résultats de la science moderne^ comme posant les deux bases essentielles, Tune subjective , l'autre objective 5 de la vraie relativité. Toutes deux , après avoir préparé le positivisme, attendaient son avènement pour réagir convenablement sur l'ensemble de l'existence humaine. Entrevues, chacune à sa manière, dès nos premiers pas, ces deux notions ne pouvaient assez surgir avant l'épuisement du monothéisme.

Directement liée au principe fondamental de la synthèse positive, la doctrine de l'altruisme inné permet seule d'instituer une morale systématique, qui^ d'après sa subordination objective envers la sociologie , obtienne la présidence subjective de la hiérarchie encyclopédique. Jusqu'alors ^ en eflTet^ l'universelle prépondérance de la morale restait une acquisition empirique de la sagesse sacerdotale, sans comporter aucune discussion. Les théoriciens aspiraient à faire prévaloir la philosophie , et les praticiens la politique , sur une étude qui semblait purement personnelle^ faute d'y pouvoir aborder le point de vue social. Sans l'existence naturelle des instincts désintéressés, le problème humain n'admettrait aucune solution, et ne pourrait pas même être synthétiquement posé. Notre unité subjective devenant alors impossible , d'après l'antagonisme des individus envers l'espèce ^ la philosophie n'aurait jamais cessé d'osciller vainement entre les diverses tentatives de systématisation objective. Outre son aptitude affective, l'innéité sympathique comporte donc beaucoup d'efficacité mentale ^ comme indispensable à la conception abstraite de la sociabilité. Mais, en vertu même d'une telle connexité, son irrévocable démon-

ATEMIfi HUMAIN. ~ CHAPITRE PREMIER. 21

stratton^ d'aiUeors entravée par les croyances théologiques et les hypothèses métaphysiques , devait coïncider avec Tavénement décisif de la sociologie.

Afin de mieux caractériser cette relation nécessaire, il faut rétendre jusqu'à la dynamique sociale, quoique son influence semble purement statique. Il est facile de reconnaître qu'on ne pourrait autrement instituer Técheile pratique du progrès humain, qui, d'abord matériel, devient ensuite mental, et finalement affectif: car on s'y bornerait alors à coordonner les moyens sans considérer le but. En poursuivant la même hypotbèse^ l'ensemble de notre évolution cesserait aussi de comporter une appréciation théorique , faute de résumé naturel. Le volume précédent a suffisamment prouvé que le mouvement affectif^ sans admettre aucune impulsion directe , constitue la résultante nécessaire des deux progressions simultanées de rintelligence et de l'activité. Si donc ce double essor ne pouvait aboutir à modifier le sentiment , il resterait toujours préparatoire^ de manière à repousser toute loi vraiment générale. Gett« aptitude nécessaire des variations affectives à résumer ressemble de l'évolution hnmame ne saurait appartenir à Tégolsme^ et réside uniquement dans l'altruisme, qui seul permet de représenter le mouvement total par Tascendant graduel de la sociabilité. Voilà comment les instincts sociaux deviennent la source de l'ordre et le terme du progrès d'après leur isolement envers le monde extérieur, quoique cette dépendance augmente la difficulté de les apprécier à travers la domination de la personnalité.

Suivant une telle conclusion, les deux principaux attributs, affectif et mental , de la pleine positivité doivent désormais être jugés inséparables. Tant que la prévision rationnelle ne s'étend point jusqu'au domaine social, l'existence naturelle des instincts bienveillants ne comporte point une démonstration capable de

Si SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

surmonter les répug^nances théologiques et les sophlsmes ttiéta* physiques. Mais 9 réciproquement^ l'ensemble du passé reste inintelligible jusqu'à ce que son examen se trouve' dirigé d'après une suffisante conviction de Finnéité des penchants qui seuls permettent la vie collective. D'abord surgie contre une domittation oppressive, cette double influence va maintenant présider à rinstaliation de notre seconde vie, dont Tavénement ne saurait obtenir une meilleure assistance. Néanmoins, c*est au paisible développement de notre maturité qu'appartient le principal essor de ces deux attributs, quand toutes les luttes de préparation et d'inauguration auront irrévocablement cessé , pour ne laisser sentir que les aptitudes hormales.

Envers ces deux caractères de Tétat positif, il faut cependant éviter une appréciation trop exclusive, qui pourrait devenir contraire aux explications précédentes sur Tenchatuement général de notre seconde vie avec la première. L'ancienne synthèse n'est vraiment hostile à ces propriétés que depuis sa décadence nécessaire. Tant qu'elle prévalut, leur essor spontané dut y trouver une assistance sans laquelle il n'aurait pit s'accomplir. D'abord, le fétichisme fiit toujours compatible, soit avec la prévision rationnelle, alors ébauchée envers les événements célestes, soit surtout avec la consécration directe des instincts sympathiques. Quoique le théologisme devint moins favorable à ces deux attributs, il en seconda la culture tant qu'il demeura polythéique. Par l'extension décisive de la divination , l'antiquité , théocratique ou militaire , encouragea partout l'exercice de la prévision, sous le seul mode que comportât la situation théorique et pratique. Sans pouvoir dignement consacrer l'altruisme, la synthèse polythéique en permit une vague représentation, qui suffit pour utiliser les impulsions résultées de la vie active , tant que la confusion des deux puissances concentra l'attention sur l'existence terrestre.

AYEKDl HUMAIN. — GVAPTTRB PRSMIBB. 23

RelatiT^MieDt aa monothéisme^ son opposition pins prononcée envei« ces attributs connexes doit être seulement imputée à sa docttine, éont les vices furent longtemps compensés par la sa^gesse du sacerdoce et rinfluence de la situation. Ainsi conduite à proscrire la divination propre à notre enfance avant d'y pouvoir 5ul)stiluer la prévision réservée à notre maturité, notre adolescence aurait gravement compromis une culture nécessaire si d'Iieureuses inconséquences n'avaient point tempéré roppresdon. Mais Tastrolâtrie^ antérieure et supérieure au théologisme^ produisit, à travers les croyances officielles, une impulsion systématique qui préserva nos tendances prophétiques d'une irréparable désuétude, en surmontant la concurrence delà révélation. Quant à Taltruisme, la transition mono* (héique corrigea, par le régime, incompatibilité propre à la doctrine. Si rimmortaUté purement objective faisait systématiquement prévaloir Tégolsme absolu , sa réaction sociale permettait d'ébaucher la division des deux pouvoirs, d'où résultait, chez tous les occidentaux, une culture décisive, quoique indirecte, du perfectionnement moral. En érigeant les Impulsions sympatliiques en suprême attribution de la puissance divine, on rectifiait, autant que possible, une vicieuse théorie de la nature homaine. Toute discipline morale tendant d'ailleui*s à seconder l'essor spontané des inclinations bienveillantes, elles se trouvèrent le plus favorisées sous l'empire des croyances qui les admettaient le moins.

Il faut donc réduire l'opposition réelle de l'ancienne synthèse envers le double attribut de l'état positif à la décadence du monothéisme pendant la révolution occidentale, quand le sacerdoce avait teêsé de pouvoir corriger la doctrine. Mais la situation fit alors prévaloir un développement, théorique et pratique^ qui, quoique souillé d'empirisme et d'égpisme, suscita Tessor direct de la prévision rationnelle et de l'altruisme inné. Rien

2U SYSTÈME D£ POUTIQUE POSITIVE.

oe saurait mieux condamner la rétrogradation tentée an nom de Tordre que sa vaine protestation contre cette double extension^ qui n'a jamais cessé de tendre vers une systématisation décisive.

Pour achever de caractériser la filiation nécessaire de la solution finale envers Tensemble de la vie préparatoire» il importe d'y considérer spécialement l'élaboration spontanée des habitudes , et même du principe , propres à notre maturité.

La plus grande difficulté de la régénération positive consiste dans l'essor continu de l'existence subjective chez toutes les âmes. Il faut que la population actuelle s'y sente toujours placée entre Tensemble de ses prédécesseurs et celui de ses successeurs» afin de développer la continuité fondamentale qui la do* mine par les uns pour les autres. Nous devrons donc entretenir avec les morts ^ et même les non-nés^ un commerce plus suivi, quoique moins spécial, qu'avec nos propres contemporains. Or cette insurmontable condition deviendrait impraticable sans la préparation décisive spontanément résultée de rélat théologique. Quoique le fétichisme aniniât tout, il ne nous faisait jamais vivre qu'avec des êtres actuels, quoique souvent absents. Sous le théologisme, nous avons longuement appris à considérer habituellement des existences purement idéales^ et pourtant liées à toutes nos destinées. Quoique cette vie subjective dût surtout être développée et propagée par le polythéisme, elle reçut du monothéisme une systématisation provisoire, qui tendit à compenser sa moindre intensité.

Considérant enfin le principe fondamental de la synthèse finale, on peut aisément apprécier, d'après le volume précédent, sa préparation directe dans l'ensemble du passé. Malgré l'anarchie qui dispose aujourd'hui tant d'âmes à qualifier de pure entité tout être collectif, la consistance et la dignité de chaque hidividualité résultèrent toujours de sa subordination â quelque existence composée. Sans un tel appui, nous ne pourrions assez

ponrvoir au besoin continu d'éterniser une vie passagère en la liant à des destinées impérissables. On doit regarder ce mode direct comme ayant beaucoup précédé la satisfaction indirecte due aux fictions tliéologiques^ puisqu'il surgit sous le fétichisme, d'après l'institution fondamentale de la Famille. L'attrait croissant des espérances surnaturelles ne put Jamais détourner de cette solution initiale, parce qu'il se bornait toujours aux instincts égoïstes. Nos affections sympathiques ne cessèrent point, quoique méconnues, de nous entraîner vers des relations plus vastes, mieux propres à garantir la perpétuité subjective. Avant que le monothéisme poussât chacun à l'isolement absolu, le polythéisme, d'abord sacerdotal, puis guerrier, avait irrévocablement institué la Patrie, dont l'influence pratique prévalut h<ibitneliement sur cette impulsion théorique.

Tels sont les deux êtres collectifs dont la succession normale devait spontanément préparer la conception et le sentiment de l'Humanité, qui devient la commune patrie ou la famille universelle. Ces trois degrés de composition formeront toujours une progression naturelle , sans laquelle le cœur et l'esprit ne sauraient aboutir à la vraie synthèse. En comparant les deux termes propres à notre première vie, on reconnaît déjà l'aptitude du lien le plus général à développer la dignité tandis que le plus spécial garantit la consistance. Si la Cité repose sur la Famille, celle-ci ne se perfectionne que d'après la réaction de celle-là. Leur influence mutuelle permet de sentir leur commune liaison à 4'existence qui complète la série collective.

Appréciée plus spécialement, cette progression synthétique Indique le prochain avènement du terme final par une intercalation décisive envers le précédent Déjà la théocratie avait institué la caste entre la Famille et la Cité, d'après son aptitude à combiner la naissance et la profession. Pareillement, le catholicisme applique dignement la séparation des deux puissances

26 STSTtMB DE POLnTQUB POSITITB.

à fonder roocidentalité^ (pu constitue la dernière préparation de l'Hamanilé, par l'habitude d'un lien purement spirituel. Tous les préambules qu'exigeaient le sentiment et la conception du Grand-Être se trouvent donc accomplis, quoique Tanar* chie moderne compromette radicalement l'efficacité de chacun d'eux, on peut ainsi reconnatire combien la régénération positive est enracinée dans Tensemble du passé, dont elle va réaliser à la fois les aspirations quelconques sous des formes nou-velles, qui seules les rendent convergentes.

D'après sa nature et sa destination, ce volume exigeait l'introduction spéciale que Je viens d'achever, et qui suffit pour faire ici prévaloir la disposition convenable à la construction sans exemple que Je dois directement accomplir. Un tel travail tendrait toujours à dégénérer en utopie, si l'on n'y considérait constamment les racines antérieures de chaque institution. Mais l'ensemble des deux volumes précédents permet ici de remplir assez cette condition pour que la régénération positive s'y présente comme autant indispensable qu'inévitable, en ouvrant l'nntque issue de la révolution occidentale. La détermination de l'avenir va s'opérer en prolongeant et développant l'explication fbndamentale que J*ai successivement appliquée à toutes les phases du passé, dont chacune était alors future. Il ne faut point exagérer les obstacle résultés de l'extension d'une anarchie qui Ait toujours accompagnée d'aspirations croissantes à la réorganisation universelle, dont le vague pressentiment exige seulement une systématisation ardemment souhaitée. A travers la subversion qui menace aujourd'hui les relations civiques et même domestiques, on distingue une tendance indéterminée vers la régénération propre à les consolider en les purifiant, BOUS la prépondérance normale du seul lien capable de surmonter tout égolsme collectif. Quoique la doctrine finale soit sortout destinée à satisfaire aux besoins d'ordre, elle fût d'abord

AVSmi HUMAIN. ^ GHAPITRB PREMIER. 17

tccaeillie par les instincts dé progrès qu'elle vient diBci*plfner.

En «Commençant ici TexplicatioB systématiqne du principe Ibnâamental de la religion positive ^ Je dois supposer les lecteurs delà familiers avec les préparations spontanées qui! a succes^vement sables dans les diverses parties de ce traité. Le tome initial en a directement ébauché la conception générale ^ dont les volumes suivants ont respectivement caractérisé la na^ tcre abstraite et l'essor concret. Sans que celte triple élaboration puisse ici dispenser d'une construction spéciale 5 elle doit beaucoup faciliter cette conclusion décisive.

Une telle préparation permet surtout de regarder maintenant le principe universel comme ayant assez subi les deux épreuves générales de la positlvlté^ d'abord réalité ^ puis utilité.

Si TexBtence du Grand-Être restait sérieusement contestable, son règne ne serait pas prochain. Mais son développement actael dispetise de démontrer sa réalité, profondément surgie dans toutes ses productions, morales, intellectuelles, et même matérielles, dont l'analyse positive indique toujours le concours universel des temps et des lieux. Les œuvres les plus spéciales et les moins durables sont d'ailleurs celles où la double coopération ne M Jamais méconnue , parce que leur facilité supérieure y rend la participation plus vaste et mieux appréciable. Quand l'intensité des efforts individuels dissimule l'influence collective, elle ressort d'après la sublimité des résultats; comme le témoigne surtout l'incomparable composition où l'ensemble du catholicisme se trouve, sous l'impulsion du moyen âge, spontanément résumé. Vu l'indivisibilité qui caractérise lu nature humaine, chacune de ces démonstrations partielles de la suprême unité consolide toutes les autres, et pourrait logiquement y suppléer, s'il ne convenait pas de malliplier des preuves toujours liées à nos meilleures émotions.

Tous les sophismes que ranarchie ou la rétrogradation suscite aujourd'hui contre une existence de plus en plus évidente se trouvent nécessairement contradictoires^ puisque le langage qui formule ces blasphèmes constitue la plus collective de nos constructions. Aucune de ces protestations n'est assez conséquente pour oser nier aussi la Famille et la Patrie, dont la nature offre pourtant les mêmes caractères de composition actuelle et successive y avec une moindre extension , qui permet d'y mieux sentir le concours.

Quant à Tutilité de la conception et du sentiment du Grand- Être , les partisans de Tindividualisme , théologique ou métaphysique y ne sauraient la contester autant que la réalité. Les plus sincères d'entre eux la reconnaissent tellement qulls se bornent à maintenir la suprématie de leur synthèse relativement aux intérêts célestes, en livrant les affaires terrestres à la sagesse positiviste , satisfaite de ce partage. Cette répartition finale était impossible tant que l'empire du monde réel ne pouvait appartenir qu'à des théologistes quelconques. Mais elle s'accomplit nécessairement quand surviennent des concurrents qui 9 dédaignant ouvertement le ciel, concentrent dignement leur sollicitude sur la terre. Alors on sent partout que , pour régir le monde, il faut, d'une part, en connaître les lois, et, d'une autre part, s'intéresser à ses destinées. Tous ceux qui, s'y regardant comme exilés, le supposent soumis à dimpénétrables caprices, deviennent aussitôt incapables d*y prévaloir, ne pouvant pas davantage imaginer son avenir qu'interpréter son passé. Mais l'aptitude exclusive du principe positiviste se vérifie surtout en considérant la question d'universalité, qui, directement posée depuis vingt siècles, attend de lui sa solution, évidemment inaccessible à Tancienne synthèse.

U serait maintenant superflu d'insister davantage sur ces deux propriétés générales, qui vont se trouver graduellement

développées dans tout le cours de ce volume. Néanmoins^ avant deprocéder à l'exposition directe delà théorie du Grand- Être ^ je dois ici noter la succession normale des germes immédiats de sa systématisation. Envers ce principe fondamental ^ il importe de faire spécialement ressortir une filiation toujours convenable aux notions synthétiques.

Guidé par Texistence collective , le sentiment ébaucha bient^Vt l'appréciation empiriquederHumanité-Quoiquelepurfétichisme ne pût développer que la vie domestique^ elle y caractérisa la continuité^ d'abord envers les successeurs y ensuite quant aux prédécesseurs, depuis l'institution des vieillards. Mais Fexistence civique , seule compatible avec un suflftsant essor de Fintèlligence et de l'activité, fit surtout surgir la tendance de toute association à se regarder comme le noyau de T Humanité. Cette disposition à l'universalité se trouva directement consacrée par le polythéisme conservateur, d'après la pleine synthèse qu'il institua. Le polythéisme intellectuel, en suscitant l'essor, esthétique et théorique, proclama spontanément la convergence générale des efforts humains. Enfin , le polythéisme social fit irrévocablement pressentir cette unité, par le développement décide de l'activité collective , sous le seul mode qu'elle comportât positivement Toutes ces préparations reçurent un complément indispensable quand la transition monothéique institua l'union sfOritnelle entre des populations temporellement hidépendantes.

Malgré l'anarchie moderne, ce résultat général de l'initiation humaine tendit graduellement à se systématiser d'après l'essor direct de la seule existence, théorique et pratique, susceptible d'une véritable universalité. L'irrévocable dissolution du régime théologique et militaire seconda même cette tendance en manifestant le besoin d'une synthèse positive et pacifique. Sous la dernière phase de la révolution occidentale ,

30 snrffeMfi DE POUTiQi» pesniTB.

le dooble mooveaieiit fit socceasivameot surgir les gerbes immédiats de la conception systématique da Grand-Être.

Celte préparation décisive y où TinteUigence atteignit enfta le sentiment y résulta d^ concours spontané de trois aperçus généraux, respectivement formulés par Pascal, LeilmilB, etCoAdorcet. Quoique uniquement émané de l'essor scientifique, le premier put sulisamment caractériser la convergence totale du passé vers le présent, en assimilant révolution collective au développement individuel Le second compléta Tébauche de la progression iiumaine en subordonnant l'avenir au présent. D'après ce double préambule, le troisième institua logiquement la notion directe en concevant notre espèce comme un seul peuple.' Tels sont les précurseurs immédiats de la systématisation finale qui m'était réservée, pour condenser, dans un même principe, les sentiments, les pensées, et les actions propres à l'humanité.

Le Grand-Être est l'ensemble des êtres, passés, fiiturs, et présents, qui concourent librement à perfectionner l'ordre universel. Toute espèce sociable tend naturellement vers Une telle convergence. Mais l'unité collective ne peut se réaliser, sur chaque planète, que chez la race prépondérante, dont Tessor collectif empêche nécessairement celui des animaux moins élevés. C'est pourquoi la définition systématique de l'être composé n'a pas besoin de mentionner sa nature spécifique. D'une autre part, la spontanéité du concours et sa destination extérieure sont évidemment indispensables pour sa consistance et sa perpétuité. Si donc on écarte tout ce qui peut se sous-entendre sans confusion, on se borne à définir le Grand- Être comme L*ensemble continu des êtres convergents. Je ferai souvent un usage implicite de cette condensation, en laissant au lecteur le rétablissement explicite des attributs absorbés.

D'après une telle définition, la théorie fondamentale du

Al^ENQ HUMAm. -^ CBAHIUE MffillIEB. 91

Gnmd-Ètre doit ici consister à caractériser d'abord sa constitution, puis sa situation 9 enfin sa destination.

Sqqs le preo^r aspect, il faut surtout distinguer entre les ékimeJxUit iflDua»édiats ou médiats, propres ^ f organisée uni* versel, et les agents ou représentants qu'il eiiige. Tout être devant se former de ses semblables, VHumanité se décompose, d'abord en Cités, puis en Fauûlles, mais jamais en individus.

I^Qtre initiation ayant été dirigée, par une synthèse égoïste autant qu'absolue, à laquelle succéda Tanarcbie, nos conceptions et nos formules n'opt pu représenter encore une réalité tardivement appréciable, pe là récite notre disposition à toujours subordonner l'ensemble aux parties, quoiqu'il comporte seul une existence complète et durable. Mais, quand l'état vraiment synthétique aura suffisamment surmonté nos habitudes préliminaire, la tendance inverse prévaudra ^ontanément, çn vertu de sou exclusive positivité. La notion de l'humanité se trouvant devenue a^ez familier^ , les âffi^ régénév^es lui rapporteront les idées de peuple et ipé^^ de famille, ato de procéder tonjqurs du cas le mieux caractérisé ver^ les qmjns prononcé^ On peut déjà coucevoir une t^Ue marche daprès l'usage sponuoé que nous en (esons pour les anipaqx, jugés par le type huo^aiu^ du moi^s envers leurs principaux attributs. Un procédé semblable prévaut aussi dans l'examen (^^ notre espèce, quand on apprécie chaque famille conlora[kémei\( au peuple correspondant. Si les uations ne soi^t pofut considérée^ ainsi, c'est uniquement f^u^e de ^enthr asse? la suprême exis-, tence.

Elle seule, en effet, comporte une appréciation exempte de cwfusiou çt d'arbitraire. Car, chaque association ps^'tielle, développée autant que pc^ible, rentre d^ps rensefpble de l'espèce, sans qu'on puisse l'en séparer, autrement que par abstraction. Les restrictions qui paraissent propres aux divers

peuples, ou même aux différentes familles, correspondent seu* lement aux rapports sentis. Mais, en ayant égard à toutes les relations effectives, tant indirectes que directes, on reconnaît que ces distinctions n'offrent jamais un caractère vraiment naturel On peut, du moins, assurer que, depuis le suffisant essor des contacts humains , aucun peuple n'est réellement separable des autres. 11 ne parait susceptible d'exister à part qu'en altérant ses véritables attributs, moraux, intellectuels, et même physiques, tous affectés, à divers degrés, par les réactions continues de l'ensemble sur les parties. Une pareille remarque convient davantage aux familles, dont chacune est d'abord inséparable du peuple correspondant.

Âh[isi, l'espèce seule comporte une définition nette et précise, que les associations partielles préparent graduellement, d'après les rapports qu'elles font habituellement sentir. Chacune d'elles, après avoir fourni le noyau, réel ou virtuel, de l'Humanité, restera toujours propre à faciliter sa notion spontanée. En effet , les deux attributs essentiels de l'existence collective, solidarité, continuité, se retrouvent nécessairement dans ses moindres degrés, où, sans être aussi complets « ils deviennent mieux appréciables. Voilà comment la Famille et la Patrie ne cesseront jamais d'offrir, à l'esprit autant qu'au coeur, les préambules nécessaires de l'Humanité. Mais l'éducation systématique, qui seule complétera la préparation spontanée, devra désormais procéder en sens inverse. Depuis que nous sommes parvenus à la pleine conception du Grand-Être, nous pouvons la propager, même chez nos enfants, sans recommencer l'évolution empirique qu'exigea son élaboration initiale. Il suffit de mieux utiliser l'aptitude naturelle du sentiment à devancer les généralisations de l'intelligence } ce qui résultera nécessairement de la suprématie normale du sexe affectif dans l'ensemble de l'éducation positive.

AYfiNIB HUMAIN. — CHAPITRE PREMIER. 33

Tontes ces considératioiis aboutissent à faire définitivement concevoir la Famille et la Patrie comme les préambules successifs de l'Humanité 5 sans attribuer de véritables éléments à cet être indivisible. Quand sa notion systématique aura convenablement prévalu , le sacerdoce cessera d'en formuler la définition, qui n'est maintenant indispensable que d'après la compression exceptionnelle des inspirations synthétiques par l'anarcliie analytique.

Il faut aussi reconnaître que la suprême existence se trouve assujettie , comme les vitalités inférieures , à la double loi du développement et du perfectionnement, dont les phases deviennent plus distinctes dans un organisme plus complexe. De là résulte une nouvelle difiicullé pour concevoir sa nature éminemment relative^ tant que persisteront les habitudes émanées d'une synthèse absolue. On oublie ainsi que tout être vivant doit se juger d'après l'état adulte, tandis qu'on ne peut jusqu'ici contempler que l'enfance et l'adolescence de l'Humanité. C'est pourquoi la notion du Grand-Être ne pouvait devenir décisive avant notre maturité, dont elle caractérise le début, en constatant la terminaison de notre préparation. Mais cette conception étant désormais instituée, l'état normal se trouve assez jugeable , d'après l'ensemble de la première vie, pour que son développement devienne vraiment systéniatique , au lieu de rester essentiellement empirique.

Quand les embarras propres à l'avènement sont convenablement surmontés, la principale difficulté de la théorie du Grand- Être consiste dans une saine appréciation de ses ministres individuels. Leur intervention continue, soit comme agents, soit même comme représentants, devient nécessaire à toute existence collective. Aucune association ne saurait agir ou paraître qu'en se personnifiant. Puisque la Famille et la Patrie manifestent déjà cette condition, elle doit convenir davantage à l'Hu-

Ik SYSTÈME DE KOUTIQUE POSITHS.

manité. Telle est la source essentielle des attributs et des difficultés qui sont également propres à l'es^istence composée.

Une conciliation permanente entre le concours et Tindépendance constitue le nœud fondamental de la société ^ dont la ra? ligioq peut seule instituer le dénoûment, d'abord par Tampuri puis d'après la fol. La supériorité du Grand-Être résulte surtout de ce que ses instruments directs sont des êtr^s d'une nature semblable à la sienne^ quoique moins développée , qu) paraissent susceptibles d'exister à part. Hais de là résulte ai|ssi leur tendance à se séparer de lui quand un sentiment exagéra de leur propre importance les empêcbe de reconnaître assex l'irrésistible empire du tout sur ses parties. AppréciM)le méq^e sous l'ordre le mieux réglée ce danger acquiert un tel développement dans les temps anarcbiqi^es qu'il suscitp aujourd'hui le principal obstacle à l'avènement du Gr^nd-$tre. Néanmoins ^ l'exisience collective se trouverait également détruire sî le cftpcours pouvait jamais éteindre Vindépendance. Car la coopéra-; i|ou humaine exige autant la séparation des efforts que l^uf convergence : ce qui réduira toujours le grapd problème à concilier l'ordre et le progrès, que toute l'antiquité jugeait incompatibles. On doit pourtant reconn^tre que le danger cousis^ surtout dans l'excès d'Indépendance, plus imminent que l'excès de concours , sauf des exceptioq^ s^ussi courtes que rares.

D'après cet examen , l'existence du G^find-Être repose nécessairement sur la subordipation continue 4e l^i population objective envers la double population subjective. CeUe-ci foiqmitt d'une part la source, de l'autre le but, de l'action que cell^-l|i seule exerce directement. Nous travaiUons toujot:|rs pouf pos descendants, mais sous l'impplslon de nos ancêtres ^i d'où défivent à la fois les éléments et les procédés de toutes nos opér^* lions. Le principal privilège de notre nature consiste eu cç que chaque individualité s'y perpétue indirectement par Vexistence

AYSim HmADI. -- GHAllTBB MIMIEB. U

,8ii|d^0ttve« si nm #8sor ol^eetif a laissé de dignce résiUtats. Ainsi s'<ttabUt, i»4iiui disTorigiM, H eoDtiaiiiié proprement 4il9, hq) mus caractérise davantage que la simple soUdarilé, fluai>4 QHS sQcpeasears pom^ulyent ootre office comme nous a?pQi prolongé celui de nos prédécesseurs»

I4 cQii^MitiQP doipestiQH^ fournit spontanément la première manifestation de cet attribut Ibodsimentai de tonte ei^stepce composée; car tes enfants y représentent l'avenir et les vieillards le passée sous l'immédiate prépondérance de TUge mâr. VoiUi pourquoi la principale période historique, équivalente à la durée normale de la vie humaine > se compose de trois générations, afin que diaque groupe actif se lie anx ûmtx qui le comprennent, comme Tentrevit le vieil ami mentionné dans la préface générale de ce traité.

Pour rendre cette subordination plus simple et plus précise, il f^nt maintenant écarter le second élément subjectif, q\d marqfie le bot dn cancours, mais sans pouvoir en affecter Tinstitution ni r exercice. Ainsi ramepée an dualisme, la continnité «e développe entre les représentants et les agents de THuipanité. Tels sont les caractères respectif des morts et des vivants, puisque la dignité réside chez les uns et Tefficacité dans l^s autres.

Si le service direct du Grand-Être appartient exclusivement à la vie objective, l'éternité subjective manifeste seule T^xcel- Hmee ds rBum^nité. Notre nature a besoin d'être épurée p^r )^ mort, pour que ses meilleurs attributs puissent assez ressortir, en surmont^Pt les grossières nécessités qui d*abord les dpniioent. C'est uqiquement ainsi que peut s'accomplir I4 sublime inversion où tend l'animalité^ Toujours subordonnée i l'existence corporelle , la vie cérébrale semble ordjoairement bornée à la consolider et la perfectionner. Pourtant, les attributs supérieurs , aflbçtif , spéculatif, et même ^tlf , étant tous dpstipés

à la relation , ils aspirent à l'organisme collectif ^ en se dégageant du but individuel^ à mesure que l'animalité se développe. La socialité tend ainsi vers une constitution où le corps devient le simple soutien du cerveau, dont Tessor direct caractérise la nature humaine. Mais cette transformation ne se réalise qne dans notre existence subjective /qu'une telle aptitude érige en type spontané de la vie objective.

Voilà comment les vivants se trouvent doublement placés sous le patronage croissant des morts,* qui sont à la fois leurs protecteurs et leurs modèles. Geux-d peuvent seuls représenter l'Humanité , qui consiste essentiellement dans leur ensemble ; tandis que ceux-là, toujours nés ses enfants , deviennent ordinairement ses serviteurs, à moins qu'ils ne dégénèrent en parasites. Quand même la vie objective serait immédiatement jugeable, elle comporte rarement assez d'efficacité pour que son principal essor ne puisse pas s'eflTacer sous sa corruption ultérieure. Jusqu'à ce qu'elle soit achevée, les attributs humains ne sauraient suffisamment surgir, môme chez les meilleurs types, toujours altérés par les déviations inhérentes aux nécessités corporelles. L'àme ne peut prévaloir que dans l'existence subjective, qui, sauf d'exceptionnelles réprobations, appartient uniquement aux fonctions associables , quand les phénomènes purement personnels ont irrévocablement cessé.

Cependant, quelle que soit la supériorité d'une telle vie, elle ne peut surgir et persister que d'après des influences objectives. Si, d'une part, les vivants subissent l'empire des morts, ceuxci, d'une autre part, ne dominent qne par ceux-là, dont l'intervention toutefois n'est jamais facultative, même lorsqu'ils s'insurgent contre ce joug nécessaire. Directe et complète, la vie objective se caractérise surtout par la volonté; tandis qne l'existence subjective rentre sous la fatalité. Les domaines respectifs des morts et des vivants déterminent l'immuable fonde-

ment et la modification secondaire de la destinée humaine. Ainsi, le service direct émane toujours de la volonté ^ dans laquelle se condense toute l'existence cérébrale , d'après un concours normal entre le cœur qui nous pousse » l'esprit qui nous éclaire, et le caractère qui nous conduit. Elle se trouve naturellement préservée de l'arbitraire , parce que son efficacité dépend de la subordination continue des vivants envers les morts. <}nand cet empire est méconnu 9 la volonté devient anssi stérile que perturbatrice.

On ne peut assez concevoir la constitution du Grand-Être qn*en combinant notre espèce avec toutes les races susceptibles d'adopter la commune devise des âmes supérieures : yivrepour autrui. Sans un tel complément^ la synthèse positive ne saurait suffisamment Instituer la ligue continue des activités volontaires contre les nécessités modifiables. Depuis la fin de l'âge fétichique , la religion provisoire est devenue de plus en plus incapable de consacrer cette coalition, dont Tefficacité s'est pourtant développée de plus en plus. Le positivisme pouvait seul la systématiser, en incorporant au Grand-Être tous nos libres anxiliaires animaux , tandis qu'il en écarte d'indignes parasites humains. Quoique le service devienne alors indirect , puisqu'il est doublement individuel, sans aucun sentiment de sa réaction collective, il reste pourtant volontaire, ce qui suffit pour motiver l'adjonction.

Ayant assez expliqué la constitution du Grand-Être, je dois compléter sa théorie en appréciant sa situation, et par suite sa destination. Ce double examen n'exige pas autant d'extension que le précédent , où résidait la principale difficulté d'un tel travail

En vertu de sa réalité, la suprême existence est nécessairement plus dépendante qu'aucune autre, comme étant plus compliquée. L'état subjectif, en l'affranchissant des lois extérieures,

Digig^ed by

fait mieux ressortir son éternel assujettissemeit à l'ordre hitérieor, tant collectif qu'indiTiduel. Quoique cette subordination n'ait pu s'apprécier qu'en dernier lieu y vu sa complication supérieure , elle fut sentie avant toute autre , surtout sous l'aspect moral

Mais , outre les lois qui lui sont propres, le Grand-Être su* bit f d'après sa base objective, celles que Tordre vital impose à notre existence corporelle, et même celles de l'ordre matériel envers le milieu dans lequel s'accomplit l'essor bumain.

Les premières s'y font habituellement sentir par les conditions organiques qui dominent la portée et l'exercice de toutes nos facultés, d'abord objectivement, et dès lors subjectivement. Rien ne peut même affranchir le Grand-Être de la douloureuse fatalité qui souvent le prive ainsi de ses meilleurs serviteurs avant qu'ils aient pu développer leur principale efficacité. Quant à Tordre matériel, son empire moins modifiable ne saurait, quoique plus indirect, rester davantage méconnu^

Dans une économie où la dépendance augmente avec la dignité, Texcellence propre au Grand-Être lui fait donc subir toujours Tensemble des fatalités réelles. Mais ses serviteurs acttfrsont moins libres C[ue lui, malgré les anarchiques ilusions que leur inspire la volonté qui caractérise Tétat objectif. Car ils supportent pardllement les fatalités extérieures , tant matérielles que vitales, et les lois, statiques ou dynamiques, dé Texistence collective.*Effn6ïïïre, ils se trouvëntloujours assujettis aux réactions du corps sur le cerveau, qui , négligeables envers l'économie sociale, vu la neutralisation mutuelle qu'elles y subissent, doivent profondément affecter Tordre personnel. L'empire de la volonté reste donc subordonné constamment à celui de la nécessité.

Pourvu que cette subordination soit dignement acceptée, elle devient la principale source de notre vraie grandeur. J'at

AVEiaR HUMAIN. — CHAPITRE PREMIEB. 39

£Bdt aaseï sentir, dans le volume précédent, combien la tontepuissance rendit la conception de Dieu radicalement contradictoire, d'après Timpossibillté de la concilier avec l'intelligence et la bonté. Ce contraste fait mieux apprécier la connexité normale entre la dignité du véritable Grand-Être et sa dépendance. Notre unité repose^ en efifet^ sur cette soumission complète, sans laquelle ; comme je Tai tant prouvé > nos affections deviendraient déréglées^ nos pensées incohérentes, et nos actions perturbatrices. Qn peut regretter que l'ordre universel ne soit pas davantage accessible à l'intervention humaine. Mais la vraie sagesse interdit de souhaiter qu'il devint, sous aucun aspect, indéfiniment modifiable. Lohi d'éluder ce joag immuable, notre perfectionnement tçnd surtout à le développer, en accordant aux institutions humaines la soumission qu'exigent les lois naturelles.

Je suis ainsi conduit à terminer la théorie du Grand-Être en appréciant la desthiation qui résulte de sa situation. Elle consiste, en effet, à développer l'activité volontaire que comportent les fatalités modifiables auxquelles il se trouve assujetti. Même celles qid sont insurmontables suscitent son intervention continue, tant pratique que théorique, afin de les mieux subir. Toutefois , son principal office concerne les modifications volontaires que permettent toujours les dispositions secondaires de Tordre universel, sauf envers Téconoinie céleste. Notre empire augmente, à cet égard, avec la complication et la dignité des phénomènes, de manière à compenser, quoique imparfaitement, les inconvéïdents résultés de leur dépendance croissante.

Suivant cette appréciation, l'activité du Grand-Être se trouve surtout destinée à perfectionner l'ordre intérieur, tant individuel que collectif. C'est ainsi que les institutions humaines se mêlent tellement aux lois naturelles que de graves méprises confondent souvent ces deux empires. Or, nos règles artifi-

cielles D'obtiennent d'efficacité qu'en reposant snr Téconomie spontanée dont elles doivent augmenter l*ascendant normal.

Une semblable destination appartient principalement à Tavenir systématique de THumanité. Mais elle est tellement propre au Grand-Être qu'il sut admirablement la développer pendant son âge empirique. Alors ^ en effet, il institua spontanément, d'abord les dieux antiques, puis leur unique héritier, pour guider respectivement sa seconde enfance et son adolescence. Les éloges sincèrement adressés à ces tuteurs subjectifs sont autant d'bommages indirects envers la sagesse instinctive de l'Humanité. Systématiquement régénérée, cette gratitude em- Inique se trouvera profondément consacrée par la religion positive , qui doit faire dignement apprécier tous les états du Grand-Être. Quand sa maturité sera complète, on admirera justement sa providence directe et sentie envers ses véritables serviteurs. Cette disposition habituelle devra donc augmenter le respect que méritent ses efforts indirects et spontanés pour développer sa première vie avec des agents toujours aveugles et souvent indociles.

Telle est la théorie fondamentale qui , suffisamment ébauchée au début de ce traité, trouva , dans les tomes suivants, sa confirmation statique et son complément dynamique , de manière à n'exiger ici qu'une systématisation décisive. D'après cette base générale, il faut maintenant caractériser à la fois l'ensemble de la vraie religion et celui de l'existence qu'elle doit régler. Mais ce double tableau ne comporte une pleine efficacité qu'en offrant deux vues successives : la première abstraite, envers chacun des aspects essentiels de la nature humaine ; la seconde concrète , pour les principaux types de leur combinaison réelle.

Avant ces deux appréciations, il faut directement caractériser l'aptitude synthétique de la théorie précédente.

AVBNIB HUMAIN. — GHAPITHË PREMIER. ki

Cette efficacité résulte de ce que le Grand-Être constitue nécessairement le meillear type de l'unité ; puisque sa nature composée exclut toutes les divergences et développe toutes les convergences. Issu du concours universel^ il le provoque et le consolide, en le représentant. Toujours soumis à Tordre fondamental ^ il le résume et le consacre, même en le modifiant. Non moins apte à régler qu'à rallier, son ascendant institue Funité chez ses dignes serviteurs^ en les poussant à s'identifier avec la suprême existence. L'ensemble des tendances personnelles, condensé dans la volonté propre à la vie objective, trouve ainsi le guide le mieux exempt de toute disposilion arbitraire, parce que ses impulsions quelconques suivent spontanément des lois appréciables.

Quoique la vraie providence ne soit pas encore systématisée, nous pouvons déjà concevoir suffisamment sa nature, morale, intellectuelle, et matérielle. On peut d'ailleurs en mesurer l'efficacité d'après l'ensemble des résultats propres à la minorité du Grand -Être. Supérieur, même alors, à toute existence réelle , il parait d'abord placé dans un cercle sans issue , entre le besoin d'un digne guide et l'impossibilité de le trouver au dehors. Mais sa sagesse instinctive surmonta cette immense difficulté par l'institution spontanée des chefs imaginaires qu'elle doua successivement de tous les attributs convenables à leur destination provisoire. Dans cette épreuve décisive, l'être qui doit tout régler sut déjà régulariser sa propre existence, autant que le permettaient son âge et sa situation. Cet admirable empirisme annonce la prochaine efficacité d'une sagesse devenue systématique, quand le Grand -Être suffisamment développé pourra directement conduire ses divers serviteurs, d'après l'ensemble des moyens obtenus pendant sa première vie. Telle est la source fondamentale d'une aptitude religieuse que le reste de ce chapitre doit caractériser

Ii2 SYSTËME DE POLITlQUfi POSITIVE.

en général^ et que la suite de ce volume fera spédalement apprécier.

iMais^ avant de commencer cette exposition , il faut encore déterminer les relations déOnitives de la religion positive avec les deux modes essentiels de la synthèse provisoire. Elles consistent à lier directement le positivisme au fétichisme , même astrolatrique^ en éliminant le théologisme^ surtout monothéique*

D'après les diverses explications propres au volume précédent, le théologisme fut destiné seulement à préparer le positivisme dans révolution spontanée, sans pouvoir finalement s'incorporer à Fétat systématique, vu rincompatibilité des deux synthèses. J'ai même établi que cette intervention cessait désormais de convenir aux cas, individuels ou collectifisj qui pourraient être suffisamment dirigés. Le caractère absolu de la synthèse provisoire ne devient immodifiable que d'après les puissances fictives hatroduites par la seconde causalité. C'est alors que prévaut aussi sa tendance égoïste , quand les dieux viennent séparer rhonune de l'Humanité , pour le placer sous on Joug insurmontable^ toujours nécessairement personnel. Quoique institués afin d'étendre la causalité jusqu'à Tordre humain^ ils interdisent le point de vue collectif, faute de pouvoir représenter la solidarité même , et surtout la continuité. Vouée à la sociabilité, la religion relative ne comporte aucune fusion avec une synthèse purement individuelle, dont l'efficacité sociale fut essentiellement due à la sagesse provisoire du sacerdoce correspondant, d'abord théocratique , puis catholique. Mais les plus lomtains serviteurs du Grand-Être sauront dignement honorer les tuteurs subjectifs qu'exigea sa minorité.

La synthèse finale doit autrement procéder envers la première causalité. J'ai déjà représenté le fétichisme comme comportant une relation directe avec le positivisme, sans aucune

ATENIB HUMAIN. — CHÂPITU FlIBMIBR. 1^

traorition tbéologiqae ; et j'ai même aDDoncé qae lear fosioa deveDait indispensable pour compléter Tunité définitiTe. Yold le moment d'expliquer une telle liarmonie.

Intellectuellement envisagée, cette combinaison finale est d'abord destinée à combler^ autant que possible, les inévitables lacunes de la posilirité , tant empirique que systématique. E»aentiellement propres à la coordination abstraite, nos lois ne peuvent presque jamais représenter assez les cas concrets^ même en suppléant aux déductions théoriques par les induc^ tions pratiques. Nous devons alors recourir aux causes, comme au débuts pour lier provisoirement les faits, en asstetant la po* sitlvité d'après la fétichité. Sans nous faire aucune illusion sur la réalité de ces explications secondaires, nous facilitons ainsi des spéculations indispensables, en suivant dignement une tendance spontanéCi toujours conciliable avec la vraie rationalité. Quand nous pouvons instituer des liens réels, nous écartons aussitôt les secours provisoires que ces volontés fictites fournissaient à nos contemplations, et même à nos méditations.

Une telle assistance est mieux appréciable sous l'aspect esthétique où la positivité ne diffère de la fétichité qu'en adorant les produits au lieu des matériaux. Elles se concilient spontanément d'après notre disposition à vénérer, dans chaque substance ou phénomène, les divers fruits que l'active sagesse du Grand-Être en peut retirer. Le positivisme doit ahisi développer dignement l'aptitude poétique du fétichisme, que notre première enfance put seulement ébaucher.

Enfin, sous le point de vue moral , la combinaison des deux syiUièses devient aussi précieuse que facile ; car, en aimantjet vénérant tout, la fétichité restera toujours propre à seconder beaucoup le principal office de la positivité, développer la tendresse et consolider la soumission.

Voilà comment la religion finale combine dhrectement la

maturité da Grand-Être avec sa première enfance. Ainsi se concilient, autant que possible, les lois réelles et les volontés imaginaires, en se suppléant à tous égards. Borné spontanément à Tordre extérieur, le fétichisme n'aspira jamais, comme le théologisme, à représenter Tordre humain, que le positivisme devait seul concevoir et régler. Il ébaucha notre vraie sagesse , pratique et théorique, en instituant le fatalisme, qu'il ne rendit absolu que faute de connaître des modifications dont Tapprédation était réservée au positivisme. Ca synthèse initiale et la religion définitive admettent le même principe fondamental , d'abord ^ontané, puis systématique ^ en s*accordant à proclamer la prépondérance continue du sentiment sur Tintelli* gence et Tactivité. Ces affinités naturelles entre les deux états extrêmes de l'humanité devaient recevoir une irrévocable consécration en participant à Tinstitntion de son unité normale. Je viens d'expliquer cette fusion complémentaire, sans laquelle la vraie religion ne pourrait assez lier notre avenir quelconque à notre premier passé, toujours reproduit dans l'évolution spontanée de chaque serviteur du Grand-Être.

Cette incorporation du fétichisme au positivisme doit pourtant sembler contradictoire avec Texclusion du tbéologisme , émané de Tun et tendant vers Tautre. Mais la contradiction n'est qu'apparente , puisque les deux religions extrêmes comportent un contact direct , qui bientôt deviendra fréquent, surtout individuellement Le fétichisme ne se trouve finalement accepté qu'en vertu de sa pleine spontanéité, sans pouvoir alors conserver aucune liaison avec le tbéologisme, toujours incapable de se subordonner au positivisme. Dans une telle fusion, la fétichité reste, suivant sa nature, bornée à Tordre extérieur, en cessant de dévier vers Tordre humain. Néanmoins^ son domaine, parement concret jadis, doit aUisi devenir surtout abstrait; car son usage , affectif ou spéculatif, concernera da-

AVENIR HUMAIN. — CHAPITBE PBEMIER. h5

vaotage les phénomènes que les substances^ mais sans jamais séparer les uns des autres.

Avec ce supplément normal, la positivité peut directement instituer l'unité définitive ^ dont je vais apprécier le caractère général, en décrivant à. la fois la religion et l'existence. La simultanéité de ces deux expositions, d'abord abstraites , puis concrètes, indique déjà la plénitude d'une telle synthèse. Car ce commun tableau fut toujours impossible jusqu'ici, faute d'une sufifisante harmonie entre la théorie et la pratique.

Rien ne peut mieux caractériser la positivité que l'accord , à la fois systématique et spontané , qu'elle établit habituellement entre tous les aspects de notre existence individuelle ou collective. Toujours dirigées vers la conservation et le perfectionnement du Grand-Être, nos alTections, nos pensées, et nos actions se trouvent ainsi réglées et ralliées autant que possible.

D'après la nature composée de la suprême existence , elle a pour principe l'amour universel, seule source d'un libre concours. La prépondérance continue du sentiment sur rintelligence et l'activité devient ainsi la loi fondamentale de l'harmonie humaine. Ce principe synthétique avait été spontanément institué par le fétichisme et systématiquement consacré dans la théocratie. Mais, outre TmsufBisante appréciation des instincts bienveillants, cette double ébauche devint incompatible avec le développement ultérieur de nos forces théoriques et pratiques. Quand leur essor décisif eut surmonté la discipline hiitiale, le besoin de les régler fit surgir une admirable tentative pour réorganiser l'ascendant du cœur. Un tel effort n'aboutit cependant qu'à constater l'impuissance croissante de la synthèse fictive envers ce nœud fondamental, dont le vrai dénoûment était réservé nécessairement au principe qui consacra la réalité par l'utilité. Graduellement émanée d'une libre évolution de l'intelligence et de l'activité, la positivité tend naturellement à re-

U6 SYSTÈME 1» POLITIQUE POftlTnrB.

construire la suprématie du sentiment, pour diriger l'essor normal de toutes nos forces.

Les diverses aspirations qui résultèrent successivement de l'initiation humaine se trouvent ainsi réalisées simultanément ^ malgré leur apparente contradiction , due seulement à rinsuffi-» sance de la synthèse provisoire. Toujours fondée sur TensemMe de notre constitution 5 la discipline positive doit également seconder reitenslon et Tbarmonie de nos attributs quelconques; Plus favorable à rintelligence que la civilisation grecque y elle subordonne mieux la vie privée à la vie publique et la spéculation à l'action que la sociabilité romaine , en faisant davantage prévaloir le sentiment que le régime catholico-féodal Complètement réel, profondément sympathique , et constamment actif, le Grand-Être est éminemment propre à tout régler sans rien entraver. Il tend directement à discipliner les volontés, en disposant à Tordre par l'amour en vue du progrès. Sa nature proclame à la fois la source subjective et la base objective de la vraie reiigioa En consacrant la connexité des trois parties de notre constitution, un tel centre fait surtout dépendre leur dé-f veloppement respectif de leurs réactions mutuelles, de manière à fonder la véritable uqité, non moins inaltérable que perfectible.

Pour accomplir l'appréciation abstraite d*un état qui, malgré son prochain avènement, ne comporte pas d'exploiation directe, je doi^ maintenant y considérer séparément le sentiment, l'intelUgence et l'activité.

Sous le premier aspect, l'unité positive repose sur Texistence

naturelle des instincts sympathiques, que la synthèse absolue

ne put jamais représenter. Ils permettent seuls la vraie concep-

«'-•^ du problème humain, subordonner l'égoisme à l'altruisme.

icipale source de la solution, leur dé.veloppement coatiau

les contacts sociaux fournit l'unique mesure que comporte

ATEIIHI linifAm. — GHAMTRB PBBMIER. 47

Penseiiible de nos progrès, looJoQrs iosoiBsaiits sans on tel rësallat. Gfaerdiant sans cesse le vrai pour institaer le bon d'après la conception da beao, lear ascendant devient à la fois le meillenr stimulant et le meilleur régulateur de toutes nos forces. Nullement oppressif envers les penchants égoïstes, il en consacre la satisfaction normale par une noble destination.

On ne peut assez comprendre une telle harmonie qu'en ayant égard à la di? ersilé nécessaire des instincts bienveillants. Rangés, d'après la hiérarchie universelle, suivant leur énergie dé* croissante et leur dignité croissante , le premier lie les égaux et règle le présent, le second concerne les supérieurs et consacre le passé , le troisième tend vers les inférieurs et prépare l'avenir. Quoique chaque relation sociale ]es développe simultanément, les deux extrêmes ont surtout pour domaines respectifs la vie privée et la vie publique, auxquelles l'autre est seul commun. Depuis les liens les plus intimes jusqu'aux rapports les plus vastes, leur ensemble institue donc une complète diselpUne. L'attachement détermine l'essor décfeif de Pamour fondamental, que la bonté dirige vers sa destination universelle; tandis que la vénération établit une subordination indispensable h la stabilité des relations quelconques.

Malgré les entraves, théoriques et pratiques, propres à l'âge préparatoire, une telle discipline tendit toujours à prévaloir spontanément, quoique son avénofnent systéms^tique dût appartenir au siècle actuel. L'état félichique la fit naturellement surgir ^n étendant partout les syippathies humaines; mais sa doctrine, bornée au dehors, ne put la consacrer; et $on régime, purement domestique, la restreignit trop. 8ous l'empire ultérieur du tbéologisme et de la guerre, les instincts bienveillants n^ comportèrent qu'un essor indirect et partiel , k travers upe activité destructive et des croyances égoïstes. Ils s'y développèrent néapmoins, d'après l'extension continue des relations

us SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

humaines par les opinions commanes et les desseins collectif. Quand la concentration mouothéique vint les proclamer étrangers à notre nature, cette exclusion tendit à les consacrer, puisqu'elle résultait de leur excellence, qui les érigeait en domaine spécial de la volonté divine. D'après la compression religieuse des penchants personnels^ les affections sympathiques obtinrent alors plus d'ascendant , quoique leur négation systématique imprimât un caraclère égoïste à l'ensemble de la culture mo* raie. Une célébration décisive leur consacra , sous ces formes provisoires, les trois meilleurs chants du poëme exceptionnel où le catholicisme se résuma.

Tandis que Tanarchie moderne fit prévaloir une métaphysique plus hostile qu'aucune tliéologie à Tessor sympathique ^ il ne cessa point de se développer avec la positivité^ sous une activité personnelle et des spéculations dispersives. L'esprit scientifique tendit à démontrer l'existence naturelle des affections désintéressées 9 et la vie Industrielle prépara l'universalité de leur ascendant normal. Depuis l'explosion de la crise finale , rimpulslon sympathique soutient seule Tordre moral au milieu du désordre intellectuel , et devient la base nécessaire de la réorganisation occidentale.

C'est ainsi que la posillvité , toujours caractérisée par la réalité combinée avec l'utilité , trouve enfin son principal domaine, à la fois théorique et pratique , dans l'étude et la culture des instincts bienveillants. La véritable unités tant individuelle que collective, résulte de leur prépondérance normale, puisqu'ils constituent également la source de l'ordre et le terme du progrès. Toujours disposés à subir dignement l'ensemble des fatalités quelconques, ils fondent le perfectionnement sur une noble résignation, sans jamais cesser de prescrire une sage activité. D'après l'universelle suprématie de la morale, ils procurent à la philosophie la plus saine discipline et la plus auguste destina-

Ûon, en excluant toute spéculation oiseuse » pour concentrer les efforts théoriques vers Tamélioration continue de la nature humaine. Ils ouvrent à la poésie son meilleur domaine^ eu lui permettant d'idéaliser tous les liens ^ actuels, passés » et même futurs. Sous leur ascendant^ la politique développe paisiblement les plus vastes desseins, en appliquant tout essor pratique au perfectionnement direct de la situation humaine, avec le concours des espèces que l'impulsion sympathique associe dignement au (;rand-Être. Un tel aperçu fait assez sentir le caractère général de Télat synthétique institué par lapositivité, d'après l'amour universel assisté de la fol démontrable.

Néanmoins, cette appréciation laisse à désirer un examen direct du principal attribut de l'unité fmale, la coTncidencc nécessaire entre le devoir et le bonheur, qui consistent également à vivre pour autrui. Malgré Tinlime consécration que l'instinct sympathique accorde spontanément à tous les dignes efforts, théoriques et pratiques, il ne les institue que comme des moyens propres à surmonter les difficultés de la situation humaine. La meilleure satisfaction qu'ils puissent procurer résulte de leur destination nécessaire au service continu du Grand-Être. Indé< pefldamment de ces besoins , le sentiment constitue autant la vraie félicité que l'harmonie normale. Une plume féminine a dignement caractérisé ce privilège, par cette admirable sentence ^ principal titre de son immortalité : Il n'y a rien de réel au monde qu^aimer.

Quoique cette maxime de Delphine semble d'abord exagérée, la religion positive doit la consacrer, pour faire mieux sentir que la principale efficacité du sentiment réside en lui seuL Tandis que la spéculation, et même l'action, ne concourent à notre bonheur que d'après leurs résultats, souvent avortés comme dépendant du dehors, l'affection nous procure toujours une satisfaction directe et certaine, qui ne dépend que du

fi

dedans. Ainsi , la félicité réelle ne saurait coosister du» les pensées ni dans les actes, mais uniquement dans les sympathies, dont la meilleure récompense résulte de leur propre existence. Lorsqu'un digne exercice nous a fait apprécier ce souverain bien, les plus grands succès, théoriques ou pratiques, deviennent incapables de nous satisfahre autant Nous reconnaissons alors que le principal mérite de nos opinions et de nos efforts consiste à réagir sur nos sentiments, seules sources di^ rectes du bonheur et du devoir, tant privés que publics.

En réalisant les meUleures aspirations du rêve théologique, le règne affectif du Grand-Être complète la satisfaction inté-* rieure par le concours extérieur. Chacun consacrant aux autres sa principale sollicitude , il acquiert naturellement l'assistance de tons pour ses propres besoins. Une telle réaction, qui d'alK leurs peut avorter, ne saurait pourtant ni déterminer l'altruisme, ni même le récompenser dignement. Les habitudes contractées sous la synthèse égoïste tendent encore à faire trop apprécier cette réciprocité, dont la vicieuse préoccupation compromettrait l'unité sympathique, en stimulant les instincts personnels. A travers Tanarchie moderne, la vraie moralité se trouve spontanément caractérisée par l'admirable voeu du grand Danton : Pérme ma mémoire^ pourvu que lapattie soit sauvée/

Un tel héroïsme laisse pourtant reconnaître que la récompense extérieure d'une digne existence s'étend jusqu'à la pei^ pétuer subjectivement. Quiconque a vraiment vécu pour autrui doit espérer de subsister dans et par autrui. Cette réaction subjective est à la fois plus pure et mieux assurée que le résukaC objectif, puisqu'elle prolonge les services et perfectionne les jugements. Sous l'impulsion, spontanée et systématique, de ht positivité, cette noble rétribution devient accessible à tontes les âmes capables de Tapprécier et de la mériter. La malheureuse illle du vieil ami rappelé ci-dessus me témoignait naïvement,

AVENIR iroilAIN. — CHAPITRE PREMIER. 51

qtttlqw» joQts avant d'etpirer^ combien elle «ratait ce prix^ par ce (oncbant oracle , qui l'associe à baod éternelle patronne^ aJorS fflorte depuis trois ans : Elle est hien heureme, Im voild Certaine de VimimrtalUé !

Je devais spécialement examiner le caractère affectif de la po* sttiviCé, comme directement relatif an principe fondamental de Tonité finale. Mais je ne dois maintenant insister envers l'intelligence ^ et même l'acUvité, que pour fairol s^sex apprécier leor digne subordination au sentiment. L'appréciation mentale de la synthèse altruiste sera d*abord estbétiqile^ puis scientifique.

Surmontant les préjugés modernes , la religion positive^ en instituant Tordre de dignité, place Fart au-dessus de la science, parce que Fun se rapporte davantage au sentiment et l'autre à Tactivilé. De là résulte une blérarchie synthétique, représentée par la succession normale d^ principales phases de Fédncatlou universelle, d'abord affective, puis esthétique , ensuite théorique, et finalement pratique. Ce elas^sement, conforme au principe encyclopédique , résume les affinités naturelles de nos diverses aptitudes, dont il facilite la comparaison en caractérirlsant leur enchaînement.

L'art correspond mieux que la science à nos besoins les plus intimes. Il est à la fols plus sympathique et plus synthétique. En même temps, il repousse toujours l'état purement spéculatif, et tend directement vers la plus noble action, consistant à perfectiomier nos sentiments d'après leur Idéalisation. Aucune autre existence n'est autant conforme à la formule sacréi? du positivisme : car la sympathie universelle en est la source ; elle aspire au plus éminent progrès, en s* appuyant sur l'ordre suprême. Son essor normal concilie spontanément rindépendance et le concours, en destinant à la plus vaste harmonie les œuvres les plus individuelles.

On exagère ordinairement l'office final de lasclence d'après sa

fonclion préparatoire. Tant qu*il fallut surtout développer nos diverses forces » il importa d'exercer spécialement nos facultés théoriques, les moins énergiques de toutes, et d'où pourtant dépendait la construction d'une base extérieure pour la sagesse humaine. Maintenant qu'il faut directement régler nos moyens quelconques, la religion doit davantage employer l'art que la science, comme mieux rapproché du principe de l'unité. Quoique l'un et l'autre tendent, sous une vicieuse culture, à surexciter l'orgueil et la vanité, l'essor théorique exerce, en outre, une réaction morale plus pernicieuse, qu'il ne peut jamais éviter, en détournant de la vie affective par la concentration qu'il exige. Son influence normale doit donc être convenablement réduite à sa destination nécessaire : connaître assez l'ordre universel pour le subir dignement et le modifier sagement. Ce besoin ne prévaut qu'en vertu des exigences maté* rielles qui nous imposent toujours une activité primitivement égoïste; tandis que, dans une situation suffisamment favorable, où la science deviendrait superflue, l'art conserverait son inthne aptitude à charmer en améliorant Même envers Télaboration objective qu'exige notre sagesse , il participa davantage h l'appréciation de l'ordre le plus important et le plus caché , puisque la poésie devança jusqu'ici la philosophie pour ébaucher les lois intellectuelles et surtout morales.

Dans l'ensemble de l'éducation positive , l'art ne doit pas avoir moins de part que la science. Mais il prévaut pour la vie réelle, où celle-d fournil seulement la base rationnelle d'une activité qui, malgré ce guide, ne peut jamais se dispenser d'un complément empirique. Chez toutes les classes , sans excepter le sacerdoce, l'exercice mental sera, d'ordinaire, plus esthétique que scientifique, afin de mieux concentrer nos efforts vers la connaissance et l'amélioration de notre nature. JLes productions de la science doivent être rarement relues, même par

les théoricieDS, tandis que celles de Tart sont indéfiniment admirées. Il serait ici superflu d'insister davantage sur la tendance esthétique d*nnç synthèse qui fera naturellement prévaloir les dispositions de cœur et d'esprit les plus favorables à la poésie.

Cet avenir normal de la positivité se trouve spontanément confirmé d'après l'ensemble du passé ^ qui , depuis l'extinction de la théocratie , multiplie les chefs-d'œuvre poétiques , à mesure que l'Occident se dégage du théologisme et de la guerre. L'avènement systématique du positivisme constate directement son affinité pour l'art ^ qui déjîi lui doit une philosophie esthétique vainement cherchée par les penseurs métaphysiques.

Afin de mieux caractériser cette aptitude décisive, je dois indiquer ici l'institution générale d'un nouvel ordre de moyens poétiques^ que suscite la fusion normale de la fétichité dans la positivité.

Par une telle incorporation , la maturité de l'art rentre en possession du monde extérieur^ qui ne convint pleinement qu'à son enfance , où pourtant celte idéalisation ne put être qu'ébauchée. En développant ce domaine initial , la poésie positive devra retendre autant aux phénomènes qu*aux substances , d'après l'essor abstrait partout accompli depuis le fétichisme. Or ce nouveau champ exige l'institution préalable des milieux subjectifs, sans laquelle on n'y pourrait ordinairement éviter une dégénération métaphysique essentiellement contraire à l'art, en considérant les événements séparément des êtres quelc(Hiques.

Envisagée sous son véritable aspect , l'espace offre le premier exemple, et jusqu'ici le seul complet, d'un tel artifice logique, dont l'interprétation objective suscita tant de divagations. Car on n'y doit voir qu'un fluide universel, spontanément imaginé^ dans l'enfance du génie humain, pour permettre de

Sh SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

concevoir retendue^ et même le mouvement^ iodépendamment des corps réels. Faute d'un tel milieu, des signes sans images deviendraient notre unique ressource envers Tessor abstrait des spéculations géométriques et mécaniques. Quoiqu'une intime habitude empêche la raison occidentale d'apprécier assez l'efficacité de cette institution primitive, on peut, en la supposant suspendue ^ mesurer la lacune que le défaut d'un tel moyen laisse envers tous les autres phénomènes. La positivité doit donc élaborer systématiquement , pour les propriétés physiques, chimiques , et même vitales , des milieux équivalents à celui que Tespace nous fournit spontanément dans le domaine mathématique.

Tel est le seul mode d'après lequel la maturité de l'art pourra suffisamment idéaliser le spectacle extérieur, eu animant ces sièges factices comme son enfance anima les êtres réels. Alors la philosophie esthétique devient aussi complète que la philosophie scientifique, en instituant, selon son propre génie, leur double empbre commun, le monde et l'homme, dont la première moitié n'est point au niveau poétique de la seconde. D'après une telle plénitude, l'art se trouvera mieux apte que la science à caractériser et développer la logique positive, où les images , que seul il peut assez élaborer, font converger les signes avec les sentiments pour faciliter la pensée.

L'efficacité théorique du positivisme n'a pas autant besoin d'être ici caractérisée que sa puissance esthétique , puisqu'une synthèse directement fondée sur la philosophie naturelle devra perfectionner l'ensemble des spéculations scientifiques. Il suffit maintenant d'indiquer les principaux aspects de cette réaction finale , où la religion rend au delà de ce qu'elle reçut.

Sous la présidence nécessaire de la morale, toutes les théories réelles, dégagées des spéculations vicieuses, deviennent à la fols sacrées etsyntbéUqu^s, d'après leur irrévocable incor-

poratiû9 au dogme positif graduellement issa de leur concours sprataaé. Dao^ celte régénération » la science retrouve , avec plus de plénitude et de stabilité , la majestueuse unité que lui procura la culture théocratique , dignement regrettée par le principal penseur du dernier demi-siècle. La spécialité dispersive qui distingue jusqu'ici les spéculations modernes les rend , en effet, essentiellement empiriques , sauf envers le domaine mathématique, l^éme dans celui-ci, la rationalité n'est sonvent qu'apparente , depuis que la combinaison des signes y tend à remplacer, ou du moins dominer, l'élaboration des pensées. Toutes les parties de la philosophie naturelle sont tellement livrées à l'anarchie rétrograde que la discipline religieuse , à la fols directrice et répressive , peut seule empêcher leur entière dissolution. Or, l'état synthétique exige que chaque théorie positive devienne un affluent normal de la science où l'homme étudie sa nature pour diriger sa conduite. Car le régime ana- Iftlque prévaut jusqu'à ce que les lois de la matérialité , complétées par celles de la vitalité, soient rapportées au domaine direct, d'abord collectif, puis individuel, de Thumanité, seule Murce de l'unité spéculative.

Je ne saurais mieux caractériser une telle convergence qu'en la spécifiant envers le prmcipal problème de la morale, le développement continu des instmcts sympathiques , qui sufi&rait pour consacrer toutes les sames élaborations, tant théoriques que pratiques.

Un tel but se rattache d'abord à l'ensemble de la vie active, 0ii les sentiments se trouvent améliorés d'après les résultats de leur exercice. Mais, en ne l'appréciant ici que sous l'aspect spéculatif, on voit l'essor sympathique dépendre de la culture théorique, même envers l'ordre extérieur, dont l'ascendant nécessaire assiste l'altruiiHne en comprimant Tégolsme. Sans anticiper sur un examen propre au troisième chapitre, il font

ajouter que la contiguïté des organes sympathiques avec rap> pareil mental fournit un moyen général de les modifier. Isolés du dehors, et même des viscères végétatifs , ils ne peuvent être atteints qu'indirectement 9 à travers l'intelligence ou l'activité. Toutefois ; leurs relations spéciales, avec les organes de Fégolsme permettent aussi de leur faire subir, par l'entremise de ceux-ci , les réactions nutritives. Ce problème pratique , où la morale dépend d'abord de la sociologie, se lie donc à l'ensemble de la biologie , et , par suite , à toute la cosmologie. En y distinguant l'un de ses éléments essentiels , on systématise les tendances spontanées de l'antiquité vers l'interprétation, et même la direction , des songes, où les lois physiques, intellectuelles, et morales concourent à fonder une précieuse influence.

Ces indications suffisent pour faire sentir que la discipline positive ne détourne le génie théorique des recherches oiseuses qu'afm de le mieux appliquer aux questions les plus dignes, vu leur importance et leur difficulté, de développer tout son essor. En lui fournissant un meilleur domaine , elle lui procure des moyens nouveaux , non-seulement d'après les ^ecours mutuels résultés de la connexité générale , mais aussi par rinstitution directe de la vraie logique, que la culture analytique put seulement ébaucher.

Quoique l'art doive, à cet égard, devancer la science, et même la surpasser toujours, celle-ci peut cependant utiliser beaucoup cette systématisation finale de la méthode positive. Jusqu'ici les méditations théoriques ne se trouvèrent secondées que par les signes , et l'office des images y resta purement accessoire, sauf en mathématique sous l'impulsion cartésienne. L*état synthétique étendra cette puissante assistance à toutes les spéculations abstraites, surtout en développant l'institution des milieux subjectifs, non moins convenable à la science qu'à

A\EmR HUMAIN. — CHAPITRE PREMIER, 57

Tart. Mab la réaction logique de la discipline religieuse doit principalement consister à systématiser Tinfluence mentale du sentiment^ fondée ^ comme l'efficacité sympathique de rintelligence, sur la contiguïté cérébrale. En niant la participation continue des moteurs affectifs aux opérations théoriques, Tanarchie moderne la subit aveuglément envers les instincts ^olstes, dont Ténergie supérieure compense leur éloignement spécial de la région spéculative. Cette influence permet de comprendre Taptitude, plus pure et plus directe , des penchants altruistes, qui doivent mieux faciliter et stimuler la pensée que les impulsions végétatives tant recommandées par le matérialisme. Puisque la vénération est déjà reconnue indispensable aux succès didactiques, elle convient nécessairement aux méditations originales, ce qui fera bientôt sentir, mieux qu'au moyen âge, la puissance mentale des trois instincts sympathiques.

Ayant assez apprécié l'aptitude intellectuelle de la religion positive, il faut compléter la description abstraite de Télat synthétique en caractérisant son influence générale sur la vie active. Gettç indication finale doit concerner d'abord l'ordre, ensuite le progrès , d'après l'examen respectif du concours et de Tindépendance, dont la conciliation normale appartient à la synthèse altruiste.

Toute la régénération pratique peut se réduire à systématiser dignement les tendances spontanées de l'industrie moderne vers le caractère collectif. La sociocratie doit, à cet égard, compléter la théocratie, en faisant sagement cesser une séparation provisoire, non moins irrationnelle qu'immorale, entre les fonctions privées et les offices publics. Une existence où chacun travaille habituellement pour autrui devient mieux accessible au sentiment social que l'activité militaire à laquelle seule il convient d'abord. Outre que la vie industrielle le puri-

56 systèiIe de ï»olitiqub positive.

fie et le coBSoUde, elle doit exclusivement loi procurer une entière expansion , en l'étendant des relations civiques aux rapports universels. Rien ne peut mieux caractériser la religion positive que son aptitude envers l'activité, dont la sanction théologique fut essentiellement due au sacerdoce, devenu même insuffisant quand la concentration monothéique eut aggravé les entraves surnaturelles.

Malgré les obstacles propres à la systématisation industrielle, elle est, au fond, plus facile que la régénération intellectuelle qui doit la diriger. La puissance matérielle comportant moins d'illusions que la supériorité spirituelle , l'orgueil, et même la cupidité, sont plus disciplinables que la vanité. Quoique la régénération pratique doive fournir la principale destination de la sagesse sacerdotale, la formation d*un digne sacerdoce constitue le résultat le plus difficile et le plus décisif de la religion positive. Sans être aussi complètes que les perturbations de l'activité, celles de Tintelligence offrent aujourd'hui plus de gravité, comme affectant l'agent nécessaire de la reconstruction émanée du sentiment. C'est pourquoi l'efficacité mentale de la synthèse altruiste devient à la fois la garantie et la base de son aptitude pratique. Jamais le concours humain, actuel ou même successif, qe fut autant méconnu par l'orgueil temporel que par la vanité spirituelle. Ainsi , quand la religion de l'Humanité sera suffisamment instituée, elle pourra bientôt régler le milieu le plus favorable à l'adoption décisive de sa formule fondamentale.

En écartant des parasites de plus en plus exceptionnels, tons les praticiens devtennent, dans l'état positif, des serviteurs directs du Grand-Être envers le trésor matériel que sa providence transmet à chaque génération pour la suivante. Ce résultat général des travaux antérieurs se trouvant altéré d'après sa propre destination , un tel service consiste surtout à le con-

AY£NIB HUHAIN. — GHAPITAe PR£MIER. 59

server en le reproduisant; ce qui demande une activité continu^9 inutile aux richesses intellectuelles. Mais le progrès devient là, mieux qu'ailleurs, le complément nécessaire de l'ordre, puisque le Grand-Être n'aurait jamais pu se développer si cette repro(duption n^était pas accom|)agQée d'une augmfsnt^tiun quelconque. Néanmoins , les habitudes contractées envers les Inaltérables productions de rintelligence, où la principale sollicitude doit poncerner Textension, font exagérer Timportance de Taccroissement industriel et méconnaître celle de la conservation. Si la reproduction, qui seule conserve des matériaux périssables, ne les augmentait pas, ib se trouveraient bientôt diminués. Toutefois , Vaccroissement nécessaire du capital humain étant une fraction toujours décroissante de sa valeur totale, la religion positive doit surtout consacrer la conservation industrielle, même dans les cas exceptionnels où l'extension n'en résulte pas. Après cet office fondamental , envers lequel les exigences pratiques diffèrent radicalement des besoins théoriques, )a principale difficulté concerne la fonption complémentaire , qui transmet le trésor collectif en réglant les prélèvements individuels.

Pour cette double systématisation de Tactivité , la synthèse altruiste consacre deux services simultanés, la direction et l'exécution , dont l'intime connexité ne doit jamais altérer la séparation normale, puisqu'ils exigent des aptitudes et des préparations distinctes. Ainsi se trouve sanctionnée, au nom fie ^^umanité, la division spontanée que l'industrie occidentale institua graduellement, depuis le milieu du moyen âge, entre les entrepreneurs et les travailleurs. La coordination d'un tel dualisme, complété par la hiérarchie patricienne, constitue maintenant la principale difficulté de la régénération pratique.

Dans cette application décisive , la religion positive développera son aptitude sociale en réglant à la fois le commandement

et Tobéissance, d*après leur égale consécration au service du Grand-Être , dont les plus nobles fonctions reposent sur une telle activilé. Les chefs pratiques représentent rHumanité, comme ministres nécessaires de sa providence matérielle, qui ne peut s'exercer dignement qu'en se condensant chez eux. Ils ne perdent point ce saint caractère quand ils abusent personnellement des matériaux confiés à leur activité, pourvu que cette dégénération ne compromette pas la conservation du capital humain. Mais les opérateurs s'honorent d'un service plus direct et plus certain , quoique moins général et moins durable. C'est chez eux que réside essentiellement l'habileté technique , tandis que leurs chefs développent surtout Taptitude administrative. On doit même regarder les travailleurs proprement dits comme les organes normaux des relations spéciales entre la science et l'industrie , d'après Félaboration concrète des doctrines abstraites. Toutes leurs réclamations légitimes, où la vénération invoque le dévouement, se font naturellement au nom du Grand-Être, qui confie à ses représentants généraux la tutelle continue de ses serviteurs particuliers.

Chez les deux classes, le sentiment habituel d'une utilité pleinement appréciable ennoblit et discipline l'existence pratique en la rapportant toujours à l'Humanité. La vie privée se trouve agrandie et consolidée d'après ce développement universel de la vie publique , quand chacun se borne au degré de sollicitude générale que comporte sa destination spéciale.

Quant au progrès, la régénération pratique consiste surtout h concilier le concours et l'indépendance, en respectant ton- Jours la spontanéité des fonctions, d'après la gratuité nécessaire du travail humain , où le salaire se borne à remplacer les matériaux. La religion positive dispose les chefs et les sujets à sinterdire la violence dans leurs antagonismes quelconques, constamment réductibles, de part et d^autre, au refus de coopé-

AVENIR HOUiaN. — CHAPITRE PtEMlER. 61

RiUon y compatible avec la continuité da service collectif. Dans tontes les classes, la principale félicité résulte de Tessor continu des instincts sympathiques , d'après une libre participation à l'activité sociale. Mais cette source commune du bonheur humain se modifie suivant les aptitudes et les situations, sous une sage application de l'éducation universelle. Car rattachement et la bonté prévalent respectivement chez les inférieurs et les supérieurs, dont les destinations développent surtout la vie privée ou la vie publique, tandis que la vénération devient mutuelle entre la richesse et le nombre. Toutes les relations reposent sur la confiance et comportent la responsabilité, même pour la rétribution matérielle des services spéciaux , toujours subordonnée à la libre initiative des agents respectifs. Une semblable disposition maintient la continuité sociale en réglant la transmission des oflîces avec les matériaux qu'ils exigent, chaque fonctionnaire étant librement choisi par son prédécesseur, sous la sanction du supérieur immédiat.

Ainsi constitué , l'essor acti5 comporte toute son extension naturelle sans jamais altérer le principe moral ni la base mentale de l'unité positive. L'existence pratique devient même la meilleure garantie de consistance et d'extension pour le sentiment et l'intelligence, d'après la connexité spontanée de nos divers progrès , dont le plus ^mple et le moins éminent doit toi^oors être le plus facile et le moins douteux. Voilà comment le Grand-Être, dans sa pleine maturité, prendra possession de son domaine planétaire, en y développant toutes les améliorations compatibles «vec l'ordre universel, d'après la subordination continue de l'activité spéciale à l'unité générale.

L'appréciation abstraite de la synthèse finale étant maintenant accomplie , le reste de ce chapitre doit achever de décrire l'ensemble de la régénération humaine en exposant le tableau concret de l'état positif. Cette exposition consiste à

62 SYSTÈME DE ï*OUTÏQUB l>08lTiyK.

daerminer d'abord la constltation générale de la sdclocratte, ensuite le caractère propre à chacun de set éléments.

Ils peuvent être classés, soit d'après le principe affeclif de la religion positive, soit d'après sa base spéculative. Le concours spontané de ces deux modes y l'un synthétique, l'autre analytique, procure à la hiérarchie sociocratique une consistance inébranlable. En outre , la conformité nécessaire entre la constitution collective et la nature individuelle fournit une vérification générale de ce double classement.

Moralement envisagée , la société positive constitue une représentation objective du Grand-Être. Ses éléments doivent donc se ranger suivant leur aptitude à représenter l'Humanité, c'est-à-dire d'après leur nature plus ou moins sympathique. Intellectuellement appréciée, la hiérarchie humaine devient un prolongement final de la série ascendante que forme renseroble des existences réelles. Ainsi, les éléments sociaux doivent être classés, comme tous les degrés de cette échelle , suivant leur caractère plus ou moins général , qui mesure le progrès universel vers Tunité. Leur coordination peut donc s'accomplir eif les comparant comme sympathiques ou comme synthétiques. Or ces deux modes sont nécessairement équivalents , puisque la sympathie est la source de la vraie synthèse. Cette concordance fondamentale se trouve annoncée par le langage , qitf partout représente la généralité comme liée à la générosité, d'après leur commune fécondité.

Suivant ce double principe , la dlsthiction des sexes devient la première base de la constitution sociocrîrtique. Car les représentants de l'Humanité sont à la fois plus sympathiques et plus synthétiques que ses serviteurs. Ils les surpassent donc en dignité, tandis que l'ordre de puissance est nécessairement fft* verse. La femme se trouve ainsi placée au premier rang de la sociocratie, comme offrant la meilleure personnification da

Grand'Être. Qvoiqae ses titres inteUectuels soienl moliif appré<dés jnsqn^cl que ses pririléges œoraoi^ la religion positif e les fera dignement sentir, en dissipant une confusion empirique entre l'aptitude et la culture. Puisque la tendance vers l'unité fournit la meilleure mesure de Tintelligence, la suprématie féminine devient évidente quand on considère la disposition spontanée du sexe aimant à faire toujours prévaloir la morale , seul aboutissant de toutes nos conceptions. Mais cette prééminence naturelle ne comporte point , d'ordinaire , un essor systématique^ faute d'une destination collective , qui ne couYlent qu'au sexe actif.

En effets on doit regarder cette première division delà sociocralie comme correspondant à la distinction entre la vie privée et la vie publique. A proprement parler, les femmes ne constituent point une classe > puisqu'elles ne doivent jamais être envisagées collectivement Chacune d'elles, âme de sa famille^ sans participer au service immédiat du Grand-Être y le représente spontanément auprès de ses serviteurs directs, pour leur inspirer toujours les dispositions les plus convenables à leur destination publique. Tandis que l'essor théorique ou pratique résulte d'une culture collective, le sentiment, source de l'unité, ne comporte qu'une évolution individuelle. La valent mentale, et surtout morale , de la femme exige sa concentration dans la vie privée, tandis que Vhomme ne se développe dignement qu'en aspirant à la vie publique. Ainsi , la suprématie sociocratIqM du sexe aimant ne saurait devenir abusive, puisque^ sauf d'heureuses anomalies, il perd nécessairement ses titres aussitôt qu'il sort du sanctuaire domestique. Il doit se borner à diriger la vie privée comme base normale de la vie publique, seule vouée, chez l'autre sexe> au service direct.

Outre celte division fondamentale , la constitution sociocratkpie exige que les serviteurs de l'Humanité soient partagés en

théoriques et pratiqaes, tandis que ses représentants ne comportent aucune distinction. Quoique la classe spéculative ne doive former qu'une minime fraction de la masse active, les deux tomes précédents ont assez démontré que sa digne séparation constitue le principal caractère de la maturité du Grand- Être Faute d'un tel élément^ l'association humaine se bornerait au degré civique^ sans pouvoir admettre une véritable universalité. La supériorité^ sympathique ou synthétique, des serviteurs théoriques envers les serviteurs pratiques est autant incontestable que leur commune infériorité par rapport au sexe aimant. Ils constituent normalement les interprètes nécessaires du Grand-Être, dont ils peuvent seuls connaître suffisamment la nature et les destinées

D'après ces deux divisions, la constitution collective devient un développement décisif de l'harmonie Individuelle entre le sentiment^ Fintelligence ^ et l'activité. La population objective se trouve ainsi liée aux deux populations subjectives, puisque la femme nous pousse vers l'avenir^ tandis que le sacerdoce nous subordonne au passé , la masse active ayant pour domaine le présent. Cette relation statique reçoit une confirmation dynamique dans le cours normal de l'éducatioû universelle, d'abord affective, puis théorique, enfin pratique.

Mais une telle constitution exige un complément général, résulté du partage naturel de l'action entre la direction et lexécution. Cette division finale est spontanément conforme aux deux autres , puisque la loi de sympathie et de généralité place les ministres des desseins du Grand-Être au dessus des agents de sa puissance. En considérant l'ensemble sociocratique comme le siège objectif de la vraie providence, elle appartient spécialement au patriciat pour l'ordre matériel, de même qu'au sacerdoce envers l'ordre intellectuel , et d'abord à la femme dans l'ordre moral. Aimer et savoir constituent les

AVENIB HUMAIN. -^ CHAPITRE PREMIEB. 65

destinations respectives des deux éléments supérieurs, tandis que la fonction de ponrxolr ne saurait dignement s'accomplir que d'après sa décomposition normale en vouloir et pouvoir. Le patriciat devient le siège essentiel de la volonté » dans laquelle se condense l'ensemble de la vie objective , tant collective qu'individuelle. Voilà pourquoi le capital humain doit se concentrer chez cette classe directrice , chargée d'approvisionner les au* ires, suivant le mode qui convient à chacune d'elles. Quant aux abus spontanés d'une telle prépondérance, la religion positive tend à les contenir^ d'après le type universel résulté du Grand-Être, dont la composition et la subjectivité repoussent toute volonté, pour faire toujours prévaloir des lois démontrables.

Cette destination spéciale du patriciat motive l'attribution complémentaire qui convient au prolétariat ^ comme agent direct de la puissance humaine. Un tel service, qui comporte seulement une responsabilité d'exécution, laisse l'esprit et le cœur assez libres pour appliquer la doctrine universelle an contrôle continu des abus propres aux préoccupations théoriques ou pratiques. La surveillance générale de l'existence collective par ceux qui souffrent le plus de ses perturbations s'étend même jusqu'aux déviations passagères où l'exagération du sentiment entraînerait la vie privée.

Telle est donc la constitution normale de la soclocratle : sous la présidence domestique des représentants de sa nature, l'Humanité range d'abord les interprètes de ses lois, puis les ministres de ses desseins, enfin les agents de sa puissance. Aimer, savoir, vouloir, pouvoir, deviennent les attributs respectifs de ces quatre services nécessaires, dont la séparation et la coordination caractérisent la maturité du Grand-Être. Mais, pour compléter cet aperçu fondamental , il faut joindre à la population humaine les libres auxiliaires, moraux, intellectuels, et

66 lYSTÊMK DE POUTIQUE POSITtTE.

matériels^ qae lui fournissent les autres races sociables, destinées à diriger le service involontaire des forces purement phjsiques.

Une telle appréciation conduit à terminer ce chapitre en examinant le caractère propre à chacun des éléments sociocratiques^ dont le moins éminent est le plus indépendant, suivaiit la loi de toute hiérarchie objective. Afin de Simplifier letir comparaison y on peut les réduire à trois, en considérant l'office féminin comme la base individuelle de tout service collettif. Sous cet ascendant privé » la vie publique tend surtout à traniiformer assez le caractère égoïste de Tactlvité prépondérante pour qu'elle consolide et développe la synthèse altruiste. Leis trois forces sociocratiques concourent spontanément à ce résultat général , chacune suivant sa propre constitution. Mais une telle transformation dépend surtout du patriciat, seul capable de rendre collective Tactivité personnelle , d*après le trésor qu'il administre. Néanmoins, sa suprématie nécessaire resterait empirique et deviendrait abusive sans le pouvoir modérateur du sacerdoce qui , dépositaire spécial des richesses intellectuelles, systématise la vie objective en la rattachant à Texistence subjective. Enfin , la masse attive , diversement liée à ces deux classes, constitue le régulateur spontané des conflits qui surgissent naturellement entre l'ascendant pratique et Tinfluence théorique.

Avant de caractériser chacun des trois éléments nécessaires de l'existence collective , il faut examiner l'impulsion morale que tous les serviteurs de l'Humanité reçoivent constamment de sa personnification domestique.

Quoique le sexe affectif ait- toujours exercé plus ou moins cette sainte mission, il ne peut assez la développer que d'après une digne indépendance , graduellement préparée par l'ensemble de rinlliation humaine, mais réservée à la maturité du

AVEinR HTOAIIf. — CBAl^miB l>llBlttBR. 67

6raBd-Ètre. CtCte condition défient tellement nétesiUre que son accomplissement résultera spontanément d'une saine appréciation de la natare et de la destination des femmes, comme êtres intermédiaires entre les hommes et THumanité. Mais on tel changement n'exige pas sealement que leur office moral préraille sur leur fonction physique, grosMèremeht dominante jusqu'à présent II suppose aussi la rectification préalable des opinions actuelles envers cette attribution matérielle ifui fht d'abord jugée essentiellement masculine. On peut, h cet égard, apprécier la tendance continue de Térolution humaine; d'après la théorie par laquelle TÂpollon d'Eschyle justifie Oreste devant Minerve, comparée à la doctrine qu'Harvey fortbull

Malgré cette disposition croissahte & regarder l'homme comme émané surtout de la femme, i'opinion générale n'a poUit, sous te rapport, atteint encore l'état normal. Néantnoins, le mouvement antérieur indique une prochaine conviction de la prépondérance féminine envers la reproduction de notre espèce. A travers le^ notions confuses de la biologie, on reconnaît déjà que la participation masculine est très-inlériëure à ce qd'annonce l'activité de son appareil. Je ferai cesser une telle discordance , dans le 'troisième chapitre, en attribuant à cet organe une autre destination principale. En second lieu, la remarque décisive de Franklin sur la communauté nécessaire des ancêtres un peu lointains représente naturellement lés hommes tîomme étant, même physiquement, issus davantage dé rttumanité que de leurs* familles respectives. Outre tette conimutie Origine, la fbrmatiOn actuelle et spéciale doit aussi prendre un caractère collectif, d'après une àage reconstruction des notions, judicieuses quoique confuses , "ktue Tànarchie moderhë avait aveuglément rejetéës envers rihfluence ilérveuse. Si, comme on n'en saurait douter, l'état cérébral de la mère modifie li constitution dii tetus, l'ensemble du milieu, matériel et social,

M SYSTÈME Dli; POLITIQUE POSITIVE.

OÙ la gestation s'accomplit, doit concourir, plus que chex les races moins éminentes, à produire chaque enfant de l'Humanité.

1/office physique de la femme devient donc une fonction collective , tant dans son origine et son exercice que d'après son résultat. Cette appréciation, déjà démontrable , tend à consolider la dignité domestique du sexe affectif. Mais, afin de mieux caractériser l'indépendance féminine , je crois devoir introduire une hypothèse hardie, que le progrès humain réalisera peut-être, quoique je ne doive examiner ni quand ni même comment.

Si l'appareil masculin ne contribue à notre génération que d'après une simple excitation , dérivée de sa destination organique, on conçoit la possibilité de remplacer ce stimulant par un ou plusieurs autres, dont la femme disposerait librement L'absence d'une telle faculté chez les espèces voisines ne saurait suflSre pour ilnterdire à la race la plus éminente et la plus modifiable. Ce privilège s'y trouverait en harmonie avec d'autres particularités relatives à la même fonction , où la menstruation constitue surtout une amélioration décisive, ébauchée chez les principaux animaux, mais développée par notre civilisation.

Il serait superflu d'insister davantage sur une telle hypothèse, destinée seulement à faire ici pressentir combien la femme peut devenir indépendante de l'homme, jusque dans son office physique. En statique sociale, une supposition moins admissible m'a permis, sans aucune contestation, de mieux établir la vraie théorie de la propriété. C'est pourquoi j'espère que l'indication précédente surmontera bientôt d'empiriques répugnances, pour fortifier une doctrine également importante. Si Tindépendance féminine peut jamais atteindre cette limite, d'après l'ensemble du progrès moral , intellectuel , et même matériel, la fonction

sociale da sexe affectif se trouvera notablement perfectionnée. Alors cesserait tonte fluctuation entre la brutale appréciation qui prévaut encore et la noble doctrine systématisée par le positivisme. La production la plus essentielle deviendrait indépendante des caprices d'un instinct perturbateur, dont la répression normale constitue Jusqu'Ici le principal écuell de la discipline humaine. Une telle attribution se trouverait dignement transférée , avec une responsabilité complète , à ses meilleurs organes, seuls capables de s'y préserver d'un vicieux entraînement , afin d'y réaliser toutes les améliorations qu'elle comporte.

On doit cependant reconnaître que l'institution sociocratique de la femme n'exige point ce perfectionnement hypothétique. Mais je suis ici dispensé d'une explication spéciale^ que les trois volumes précédents ont assez accomplie^ surtout dans mon discours préliminaire. En la résumant, il faut concevoir la juste indépendance du sexe affectif comme fondée sur deux conditions connexes, son affranchissement universel du travail extérieur, et sa libre renonciation à toute richesse. Car les préoccupations ambitieuses nuisent davantage aux femmes que les sollicitudes matérielles. Prétresses domestiques de l'Humanité, nées pour modifier, par l'affection, le règne nécessaire de la force, elles doivent fuir, comme radicalement dégradante, toute participation au commandement.

Cette conviction fondamentale se trouvera naturellement consolidée et développée d'après l'éducation universelle, à laquelle les femmes présideront, quand elles l'auront assez appréciée et même reçue. Une telle préparation les mettra surtout en garde contre les séductions de la vanité , plus irrésistibles chez elles, quoique moins dangereuses, que celles de l'orgueil. En jugeant de près l'ensemble des connaissances réelles, elles sentiront mieux le prix de l'affection, et sa prépondérance nor-

maie sur la spéculation 5 qui n'est vraiment destinée qu'à systématiser Taction. Leur aptitude synthétique, purement spontanée Jusqu'ici, doit ainsi recevoir un digne développement. Mais il ne troublera point la destination féminine ^ et tendra seulement k mieux consolider la supériorité sympathique.

En faisant partout prév«iloir le sentiment, la femme se trouve naturellement exposée à des déviations qui pourraient beaucoup troubler Tessor de Tintelligencc et de l'activité, si son influence augmentait sans que son éducation fût d'abord améliorée. Mieux synthétique que l'homme, en tant que plus sympathique, elle est pourtant moins systématique , soit d'après sa constitution mentale, soit surtout en vertu de ses préoccupations affectives, toujours dirigées vers la réalisation immédiate et spéciale. Or réducation encyclopédique peut seule corriger assez une telle imperfection pour qu'elle n'altère point l'efiQcacité sociale de la femme dans l'état positif. Une saine appréciation de l'ordre universel fera comprendre au sexe affectif combien la soumission importe à la dignité. Quoique sagement restreinte à la vie privée , la femme doit assez concevoir la vie publique pour diriger l'ascendant du cœur vers la noble destination qu'il comporte. L'éducation positive, en prévenant l'excès du sentiment, est également propre à corriger les imperfections féminines qui concernent le caractère. Car, comme celles de l'intelligence , elles tiennent moins à la nature qu'au régime , et peuvent être assez réparées pour ne point entraver une existence aussi peu vouée à l'action qu'à la spéculation.

Telles sont les indications qui suflQsent ici quant à la régénération sociocratique du sexe affectif. En consolidant, et même développant, sa spontanéité, la religion positive lui permettra d'acquérir une cohérence qui lui manque encore. Cette rénovation, dont l'ensemble réalisera les meilleures aspirations du moyen ftge, trouvera peu d'obstacles chez les femmes quand

AVElfIfi HITMAIN. — CHAPITRE PREBUER. 71

elles raaroDt asseï comprise , malgré les conditions intellectnelles et morales qu'elle leur impose. Les imperfections propres au sentiment ont^ en effet, ce privilège sur celles de rintelligence et de Tactivité, qu'il tend spontanément aies corriger aussitôt qu'il les a reconnues» parce qu'elles nuisent toujours à son but nécessaire. Quand la reUgion positive aura surmonté la principale difficulté de son avènement en instituant le sacer- 4oce de Fflumanité , la régénération féminine lui demandera moins d'efforts que celle du patriciat, et même du prolétariat.

D'après une telle appréciation, il faut maintenant caractériser la constitution sociocralique du pouvoir spirituel, intermédiaire normal des deux sexes.

Réservée au positivisme, quoique ébauchée par le catholicisme , la séparation décisive entre l'autorité théoiique et la puissance pratique n'exige point ici de nouvelles explications. Je dois d'autant moin^ revenir, à cet égard, sur les notions propres au tome deuxième et complétées dans le suivant , que les deux conditions de l'indépendance du sacerdoce sont semblables à celles, ci-dessus rappelées, envers la femme. Ces éléments connexes du pouvoir modérateur ne diffèrent, sous ce rapport, que par le mode d'entretien, qui, domestique pour l'impulsion spontanée^ devient civique, ou plutôt universeK quant à l'influence systématique , même lorsqu'il émane librement des sources privées. Mais la participation nécessaire du sacerdoce à la vie publique exige en lui plus de précautions que chez la femme envers la condition intérieure de l'indépendance nonnale, afin de surmonter assez les tendances de l'orgueil, pins nuisibles à son office que celles de la vanité. Sa renonciation à la richesse doit être complétée par l'entière gratuité de ses actes quelconques, qui, n'entraînant jamais des consommations ^[>éciales, ne sauraient comporter un salaire, destiné toujours à remplacer les matériaux du travail.

Le caractère propre au sacerdoce ressort naturellement de sa comparaison générale avec celui qui convient à la femme. Plus sympathiques et plus synthétiques que le milieu pratique qu'ils doivent discipliner, les deux éléments de la spiritualité ne diffèrent entre eux que par la proportion de ces deux qualités ^ dont la première est plus féminine et la seconde plus sacerdotale. Cette diversité correspond: intellectuellement, à l'essor respectif de Tinduclion ou de la déduction, modifiant une commune aptitude à l'expression; moralement, à la prépondérance de rattachement ou de la bonté, sous une tendance, équivalente mais distincte, vers la vénération. On peut même compléter ce parallèle en y combinant, avec le cœur et Fesprit, le caractère proprement dit, puisque le courage et la fermeté doivent prévaloir dans le sacerdoce et la prudence chez la femme. Un tel contraste, de nature et de situation, représente le perfectionnement de chaque élément modérateur comme consistant Surtout à mieux cultiver les attributs de l'autre, d'après un digne accomplissement de leurs offices respectifs. De là résulte l'affinité spontanée qui se développe de plus en plus entre le sacerdoce et le sexe affectif. Elle se trouve enfin consacrée dans le positivisme, qui, faisant cesser la fatale anomalie du catholicisme, impose le mariage aux prêtres de l'Humanité, pour constituer le meilleur type de notre nature, en combinant dignement la vie privée et la vie publique.

Ainsi préparée, l'existence sacerdotale développera pleinement l'aptitude systématique, de manière à réagir sur l'essor sympathique , comme, en sens inverse, la sympathie dispose la femme à la synthèse. Le principal office du prêtre de l'Humanité consiste dans l'éducation encyclopédique qui doit compléter l'initiation domestique, afin de permettre une digne institution de l'opinion publique , destinée à consolider l'influence consultative du sacerdoce sur l'ensemble de notre vie. Or cette attri-

batiOD fondamentale, où le pouvoir spiritael ne comporte au* cune concurrence, exige et cultive la prépondance systématique deFesprit synthétique, qui, chez la femme, reste purement spontané. Rien ne peut fahre mieux apprécier la vraie valeur des diverses théories, qui sont nécessairement oiseuses quand elles demeurent étrangères à cette destination. Pour rectifier les habitudes résultées de la longue élaboration du préambule objectif qu'exigeait la religion positive, il suffira de réduire la culture scientifique à connaître Tordre universel autant que le demande notre sage activité. Cette concentration résultera naturellement de la plénitude théorique qui caractérise Téducation publique , où toute spécialité doit être écartée , sauf les développements ultérieurement propres aux besoins pratiques. Succédant à rinltiation affective, la préparation intellectuelle, toujours soumise d'ailleurs à la surveillance féminine, ne suscitera jamais la révolte xle Fesprit contre le cœur, ordinairement due à des spéculations trop particulières.

Habitués à F universalité d'après leur principal office, les prêtres de l'Humanité transporteront la même disposition dans les travaux théoriques qu'il pourra susciter. Leurs fonctions complémentaires envers la vie active achèveront d*y prévenir ou réparer les divagations abstraites. Toutefois, leur intervention sociale exigeant que l'aptitude intellectuelle se trouve combinée avec de rares qualités du cœur et du caractère , 11 faut pourvoir aux cas exceptionnels où Finsuffisante réalisation de cette alliance ne doit pas empêcher Fessor théorique. Dans ces anomalies, moins fréquentes qu'on ne le croit aujourd'hui, la sociocratie relègue parmi les pensionnaires du sacerdoce les natures incomplètes qui, faute d'énergie ou de tendresse, ne sont aptes qu'à la science. Quant aux spéculations spéciales qui pourraient passagèrement absorber les véritables prêtres, des dispenses convenables y pourvoiront suffisamment, sans altérer

là 8TSTËMB DS POLITIQUE POSITIVE.

Jamais la prépondérance normale des dispositions synlliétiques et sympathiques, toujours propre aux régulateurs de l^nité relative.

Outre l'impulsion féminine et la destination sociale, le sacerdoce positif se trouvera préservé de la dégénération théorique par une fusion nécessaire entre la philosophie et la poésie. Sans leur intime combinaison , la constitution sociocratique serait toujours exposée à de graves perturbations , d'après une rivalité naturelle entre la science et Tart ^ aspirant au gouvernement spirituel au nom de titres équivalents. Mais le sacerdoce de THuroànité préviendra ces luttes en absorbant les deux aptitudes dans son universalité spontanée et systématique. Leur essor spécial ne pourra susciter que des travaux exceptionnels, ci-dessus prévus , quand la religion positive aura vraiment terminé la transition , de plus en plus révolutionnaire , qui nous sépare de Tétat théocratique, seul normal jusqu'ici. Quant au dogme, rofDce sacerdotal est principalement théorique ; mais il devient surtout poétique envers le culte: le régime développe également les deux aptitudes. Tune dans la prédication et la eonsécration , l'autre pour la consultation et la discipline. Après que l'art eut secoué le joug théocratique , incompatible avec son essor décisif, la science dut aussi s'en affranchir, afin de construire la base objective de la religion finale. Néanmoins, la saine philosophie pressentant la subjectivité de la vraie synthèse, aspira toujours à reconstruire dignement l'universalité sacerdotale, quand cette double élaboration en aurait assez préparé le caractère définitif.

Indifféremment qualifié de philosophique ou de poétique , le sacerdoce positif doit compléter son domaine normal en y joignant toutes les fonctions qui, concernant directement l'homme, ne comportent aucune scission. Tel est surtout l'office médical, dont la séparation provisoire a graduellement produit une

dégénératioD mentale et morale qui rend urgente sa réintégration an sacerdoce. Une vénalité monstrueuse s'y combine avec une irrationnelle spécialité pour faire aveuglément méconnaître rindivisibilité de notre nature , tant individuelle que collective. Mais le sacerdoce positif reprendra , d'après son initiation encyclopédique ^ cette attribution complémentaire , inséparable de son principal office , toujours relatif à l'existence humaine, envisagée sous un aspect quelconque. Néanmoins, un tel complément nécessite deux précautions spéciales , afln que la dignité pontificale ne se trouve jamais altérée par des travaux matériels et barbares. Redevenues subalternes , les fonctions chirurgicales seront transférées à leurs meilleurs organes , en appartenant aux constructeurs de leurs instruments^ quand l'éducation encyclopédique les aura préparés à cultiver l'aptitude résultée de leur profession. La même préparation permettra de réserver les autopsies humaines au terrible fonctionnaire institué par THumanité pour rextirpatlon des meurtriers , dont les corps suffiront aux vrais besoins de la science régénérée.

Cet aperçu de la constitution sacerdotale resterait incomplet si je n'indiquais point la solution spontanée d'une grave difficulté > relative à l'extension nécessaire de la religion positive aux diverses parties de la planète humaine. Une langue commune devient, en effet, la condition naturelle de cette universalité, comme Texplique le quatrième chapitre du tome deuxième. Son institution préoccupa les principaux penseurs , depuis que la révolution occidentale suscita des aspirations décisives à la régénération finale. Mais l'esprit métaphysique fit méconnattre la spontanéité d'une telle construction, qui, nécessairement fondée sur l'élaboration populaire, ne peut résulter que de l'adoption unanime d'une langue existante. Entre les divers idiomes de TOccident, dette universalité doit appartenir à celui que la poésie et la musique ont le mieux cultivé, quand

les modifications convenables l'auront assez systématisé. Résulté du perfectionnement spontané de la langue propre aux meilleurs précurseurs de la sociabilité finale , il est le plus apte à lier dignement l'avenir au passé. Formé par la population la plus pacifique et la plus esthétique, seule pure de toute colonisation, il trouvera moins d'obstacles qu'aucun antre à la libre adoption que le sacerdoce positif devra lui procurer partout , en le consacrant au culte de l'Humanité.

Quoique ces diverses indications ne puissent être assez appréciées sans les développements réservés aux chapitres suivants , elles sufiisent ici pour caractériser Tenseroble de la constitution sacerdotale. Il me reste à présenter des aperçus équivalents envers Texistence pratique , et d'abord quant au patriciat qui doit en diriger l'essor collectif.

Un tel centre d'action et de nutrition constitue la base pédale de la Cité, comme la femme celle de la Famille» et le sacerdoce celle de l'Église. Propre à l'association moyenne, il ne peut être discipliné que d'après la réaction continue qu'exercent sur elle, par l'amour la société la plus intime, et par la foi la société la plus vaste; en sorte que sa régénération doit suivre la leur. Sa responsabilité nécessahre le détourne de l'existence affective, et sa juste préoccupation du présent lui fait négliger la culture spéculative. Il a donc besoin que l'impulsion féminine le ramène sans cesse vers la vraie source de l'unité, tandis que Tlnfluence sacerdotale lui rappelle la subordination de la solidarité qu'il dirige envers la continuité qu'il méconnaît. Mais la réaction normale du pouvoir matériel sur le pouvoir moral et le pouvoir intellectuel n'importe pas moins à l'harmonie sociocratique. L'intelligence et le sentiment ne sauraient autrement éviter les déviations, oiseuses ou mystiques, vers lesquelles tend leur nature respective. Quand l'activité matérielle est devenue collective, sa prépondérance habituelle , loin

d'entraver l'essor moral et mental > peat seule lui procurer la consistance et la plénitude qu'il comporte.

D*après cette réaction assez expliquée , je dois caractériser Ici le privUége par lequel mon appréciation abstraite a déHni le palridat comme siège essentiel de la volonté propre à la vie objective, dont elle constitue Tunique résumé.

Rien ne peut mieux indiquer comment ce pouvoir directeur concourt à la véritable unité , naturellement représentée dans un tel résultat, où convergent d'abord les impulsions affectives, puis les délibérations mentales, enfin les qualités pratiques. Quoique cette convergence soit rarement réalisée, elle ne pourrait surgir et durer sans l'ascendant nécessaire de la force concentrée, qui seul prévient ou surmonte les discordances propres à la complication de la nature liumaine. C'est là que le Grand-Être exige le plus l'assistance de ses dignes serviteurs, pour suppléer à la principale insuffisance de sa constitution composée et subjective , d'où résultent des tendances, et même des desseins , mais jamais des volontés. L'ensemble des morts gouverne directement les pensées et les affections des vivants; tandis que l'Humanité ne nous pousse à vouloir que d'après les lois, artificielles ou naturelles, qu'elle institue graduellement Or elles ne peuvent produire en nous que des impulsions générales, .sans suffire jamais à nous inspirer des résolutions assez fixes et précises pour diriger notre conduite spéciale. Toujours relative à l'action directe, la volonté constitue la principale différence entre la vie objective et l'existence subjective.

Mais, pour vouloir avec énergie, il faut surtout pouvoir. C'est pourquoi les seules volontés babituellement efficaces résident chez les condensateurs nécessaires de la force matérielle, immédiatement destinée à développer l'activité. Leur principal devoir consiste à subordonner leurs résolutions spéciales aux lois générales, toujours exemptes d'arbitraire » que le Grand-Être impose

78 8Y8TËIIB DE POUTIQUE FOSITITK.

à Tensemble de ses serviteurs. Quoique la puissance matérielle dispose à méconuaitre ou dédaiguer ce joug universel ^ il ne cesse jamais de la dominer, de manière à rectifier, tôt ou tard, les aberrations qu'elle suscite, en sorte qu'eiles n'altèrent pas sa destination essentielle. D'abord propre à l'existence collective, la volonté s'étend jusqu'à la vie individuelle, d'après leur connexité nécessaire. En effet, l'irrésolution naturelle de la plupart des bommes ne pourrait babitueliement cesser si les prescriptions du commandement, seules assez déterminées, d'ordinaire , ne venaient spontanément compléter celles de la fatalité. Pourvu que la soumission soit toujours ennoblie par Tamour, ce que le joug humain comporte mieux que l'empire extérieur, elle devient autant favorable au bonbeur privé qu'au bien public.

L'office de volonté qui caractérise le patriciat exige d'abord des conditions matérielles , consistant surtout dans la concentration des richesses. Quoique l'existence industrielle tende naturellement vers cette condensation, la providence humaine peut et doit suppléer doublement aux principales imperfections de cet ordre spontané. Systématisant les dispositions de notre enfance , notre maturité développera sagement l'institution des dons ) publics ou privés, pour créer les patriciens les mieux accessibles à la discipline sociocratique. En second lieu , la loi qui lie l'efficacité des richesses à leur concentration exige que chaque condensateur, ariiûciel ou naturel , étende son activité jusqu'aux limiles de responsabilité que comporte l'ensemble de ses moyens Outre qu'on diminue ainsi les frais de gestion, on augmente surtout les garanties qu'exige, le bon emploi de la puissance matérielle, tant pour répartir que pour produire.

Néanmoins, un tel résultat doit davantage dépendre des conditions intérieures, qui sont aussi les plus modifiables. La principale concerne les impulsions affectives , parmi lesquelles il

ÀVËMIB mJllAIN. — - GBAFltltt PREMIER. 1%

DiQt recbittiattre qae les instiocts égoïstes peuvent seuls produire babituellement des yolontés assez énergiques pour diriger d'abord l'existence collective, puis la vie individuelle. C'est pourquoi, chez les patriciens, la religion positive consacre 5 eu le réglant, un orgueil qui, partout ailleurs abusif ou puéril, devient ainsi la base d'un commandement nécessaire. Un digne sacerdoce écartera d'autant mieux les reproches d'un envieux empirisme, que ces ministres du Grand-Être, en subissant nos fatalités cérébrales, développent ordinairement un égolsme moins ignoble que celui de leurs détracteurs. Abrités contre la cupidité par la richesse , ils ennoblissent le travail d'après un libre choix, émané surtout des meilleurs instincts personnels, les mieux liés aux penchants sympathiques et les plus accessibles aux réactions sociales. Mais ces dispositions naturelles ne sauraient dispenser le pouvoir modérateur de modifier sans cesse, par l'amour et la foi, l'énergique volonté qu'exige la destination du pouvoir directeur, afin de la rattacher, aillant que possible , aux impulsions bienveillahtes. Une telle régénération se trouve directement secondée par la concentration tDatérielie, qui, faisant mieux sentir l'ascendant du Grand- Être, excite la générosité des sentiments d'après la généralité des pensées et des actes.

Ainsi se régularise l'admirable phénomène qui reproduit sans cesse, avec une augmentation nécessaire > les éléments périssables du capital humain. Mais, pour que ce résultat général de la providence matérielle soit assez apprécié, je dois inalntenant expliquer comment y concourent les divers ordres de la hiérarchie propre au patriciat.

Chaque élément du pouvoir modérateur est naturellement indivisible, vu Tuniformité dé Timpulsion féminine, et la concentration propre à l'iofluence sacerdotale , que toute scission énerve , en détournant de la synthèse. Au contraire , le po.uvoir

directeur doit toujours être multiple j d'après la spécialité de sa destination. L'autorité tliéoriqne commence nécessairement dans un seul cerveau^ d'où procède graduellement son irradiation quelconque, la pluralité des interprètes n'y résultant que de l'extension d'un service constamment homogène. Mais la puissance pratique ne comporte qu'une concentration tellement limitée que cliaque office industriel exige , dans son en^ semble , beaucoup de chefis indépendants les uns des autres , et dont chacun pourvoit une faible population. Sans considérer cette décomposition secondaire, due à l'insuffisance individuelle, il faut apprécier ici la principale division du patriciat, d'après Id diversité pratique.

Elle consiste à distinguer trois classes essentielles, suivant que 1 action industrielle, de plus en plus concentrée; produit ^ élabore , ou transporte les matériaux convenables aux besoins humains. De là résulte la hiérarchie patricienne, naturellement conforme au principe universel du classement positif, d'après la généralité croissante et l'indépendance décroissante. L'impossibilité de la concentrer chez un seul chef devient alors évidente , non-seulement envers l'ensemble de notre planète, mais même pour chaque cité complète^ où nul ne pourrait convenablement diriger à la fois l'agriculture, la fabrication, et le commerce. Néanmoins, l'organisation industrielle resterait impossible si le développement de l'office le plus concentré n'avait pas fait surgir une industrie encore plus condensée, qui se rattache à toutes les autres par la circulation des valeurs et l'essor du crédit Ce suprême degré de l'abstraction pratique institue un patriciat destiné naturellement à la prépondérance civique, et même à constituer l'harmonie active des cités quelconques.

Toutefois , cette supériorité normale de la banque envers le commerce, la fabrication, et l'agriculture, pourrait encore

moins snûve pour rallier les diverses populations que pour discipliner chacune d*elles. Mais, sans dispenser aucunement de rintervention continue du double pouvoir modérateur, un tel ascendant facilite son influence sur le pouvoir directeur, en la concentrant vers le suprême patriciat. En effet, celui-ci se trouvera , d'après Téducation encyclopédique , babituellement rapproché du sacerdoce par la généralité de ses opérations^ de manière à devenir Tinaugurateur civique des principaux rapports entre la science et l'industrie.

Une telle appréciation permet de compléter le tableau concret de la sociocratie en caractérisant le dernier de ses éléments nécessaires. Quoiqu'il soit le plus collectif, il se rapproche directement du premier, qui pourtant est le plus individuel ; car les prolétaires ne forment pas davantage que les femmes une classe proprement dite. Il faut considérer le prolétariat comme le milieu général d'où surgissent les deux pouvoirs spéciaux, et qui doit contrôler leur exercice, parce qu'il en détermine la destination objective.

Rien n'est plus propre à caractériser l'existence populaire que son homogénéité spontanée , sous les influences contUiues qui tendent à la diversifier. Malgré la subordination croissante des travailleurs aux entrepreneurs, depuis la fin du moyen âge , le prolétariat ne participe point à la hiérarchie graduellement surgie dans le patriciat. La diversité des travaux, et même les différences nationales, y disparaissent devant la communauté de situation et de destinée. Cette similitude devient mieux appréciable d'après le contraste habituellement résulté des rivalités propres aux chefs pratiques. Elle n'est altérée maintenant que par la division qui subsiste entre les ouvriers agricoles et ceux des villes. Or, cette séparation tient moins à la diversité des offices qu'à l'infériorité morale et mentale de la population rurale. Quand l'éducation universelle effacera les

82 fnTÈMK 0B FOLITIQUK POSITETB.

résultats passagers de Tinégalité d'évolation , tous* les proie* taires^ nrbalDs et ruraux^ sentiront lenr conformité spontanée, "directement liée an légitime snccès de leurs communes aspirations.

On peut ainsi reconnaître que la masse populaire se trouve réellement dépourvue de tout caractère spécial , et développe seulement les traits généraux de Thumanité ^ dissimulés chez ses divers chefs, par leurs destinations respectives. C'est là que l'office propre laisse le mieux sargir la commune sollicitude envers Tharmonie civique, et même universelle , quand un digne ioisir vient artificiellement compléter la disponibiUté naturelle du cœur et de l'esprit D'après la simplicité de leurs fonctions spéciales, les prolétaires constituent l'élément le moins synthétique de la sociocratie , tandis que l'insuffisance matérielle les empêche d'être aussi sympathiques que peuvent le devenir leurs chefs. YoUà pourquoi le prolétariat sera toujours enclin à protester contre ce classement officiel, afin de faire prévaloir le classement personnel, fondé sur le propre mérite, indépendamment de la situation sociale. Telle est la principale source des attributs et de^ dangers qui caractérisent l'influence populaire, également apte à régler ou troubler l'harmonie humaine, suivant la direction qu'elle prend.

La constitution sociocratique doit surtout systématiser la puissance du nombre , souvent perturbatrice dans son exercice passager, mais destioée à compléter, par son intervention continue, l'ordre normalement fondé sur la richesse et la sagesse. Une teUe transformation dépend davantage des dispositions intérieures que des impulsions extérieures. Elle exige d'abord que le peuple renonce spontanément à tout emploi de la violence , en réduisant sa légitime résistance aux abus quelconques de l'autorité, temporelle ou spirituelle , au refus de concours ou d'assentiment, seule base de l'antagoiUsme sociocratique.

AYIIflâ BinUlH. — CiâMTlIfi PHËlilElL 83

U Mt 5 «I mobnû \m, «e âéfàgénilsez de régoume i^dllectif fwr ne p$» né regarder eomitié le but nécessaire de réeonomle sodale. La religion positire loi fera sentir que . sauf d*iodignèâ parasites > tons les hommes sont réellement coilaboratenrs dans une œuvre continue , qui ne concerne jamais un groupe quelconque, mais toujours l'ensemble de notre espèce. Au fond, la popalation objectife travailie pour la partie future de la population Subjective, dont la partie passée travailla pour elle. Quand le sacerdoce fera systématiquement prévaloir la continuité sur la solidarité, le prolétariat le secondera spontanément, d'après la tendance abstraite et désintéressée de âon activité, principalement relative à l'avenir collectif.

Pour compléter les conditions intérieures de leur régénération, les prolétaires devront mieux contenir leurs instincts personnels , et développer davantage leurs penchants sociaux. Sods le premier aspect , leurs principaux effbrts concerneront la cupidité , toujours excitée par leur situation , qui tend d'ailleurs à les préserver de l'orgueil et de la vanité , propres à leurs cbefis pratiques et théoriques. Quand on sera partout garanti des nécessités oppressives , on sentira combien sont contradictoires les réclamations contre Tégolsme et l'oisiveté des riches, tant que les pauvres érigent cette ignoble existence en but final de leurs propres travaux. Le sacerdoce disposera les prolétaires à flétrir toute tendance au déclassement, comme contraire à la dignité de l'office populaire, et funeste aux justes aspirations du peuple, toujours trahi par ses déserteurs. tSn second lieu, les plébéiens, mieux apoelés au bonheur domestique que les patriciens et les prêtres ^ compléteront la culture de l'attachement par celle de la vénération envers tous leurs chefs, même pendant les conflits civils ou religieux. Bien que leur infériorité semble interdire Tessor d'une bonté toujours ftlative à la protection, leur office en comporte spécialement

Sk SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

un exercice décisif ^ puisqu'ils dirigent nos relations nécessaires avec les animaux. Ce double développement de Texistence sympathique se trouvera là placé , mieux qu'aiUeurs, sous Tintervention continue du sexe affectif > dont le prolétariat fournira le meilleur type.

Qaand ces conditions intérieures seront assez remplies^ la constitution prolétaire se complétera d'après un digne accomplissement des conditions extérieures qui dépendent du sacerdoce et du patriciat. £lles concernent d*abord l'éducation, ensuite le travail, suivant les indications de mon discours préliminaire, complétées dans Tensemble du présent volume. Destinée surtout aux prolétaires, l'instruction encyclopédique leur permettra de mieux développer à la fois leur activité spéciale, d'après les liens particuliers de Tindustrie avec la science , et leur contrôle général, au nom de la doctrine universelle. Le tome deuxième a suffisamment caractérisé les conditions normales envers le travail , sauf les explications propres au quatrième chapitre du volume actuel. Je dois seulement ajouter ici que ces garanties ne concernent pas uniquement la sécurité matérielle, mais surtout la dignité morale et mentale, afin de permettre Tessor universel de la vie domestique, au nom de l'ordre comme du progrès. Ces diverses conditions se trouveront assez remplies quand, l'activité sédentaire ayant prévalu librement, le calme des cités industrielles ne sera plus troublé par un travail vagabond , qui manifeste à la fois l'incurie des supérieurs et la dégradation des inférieurs. Mais, suivant les indications précédentes, la constitution sociocratlque du prolétariat ne peut atteindre cette plénitude qu'après l'avènement d'un vrai patriciat, quoique la régénération des plébéiens doive devancer, et môme préparer, celle des patriciens.

Cet ensemble d'aperçus complète assez le tableau concret de la sociocralie pour confirmer l'aptitude abstraite de la religion

positive à régler dignement toutes les parties de l'existence humaine par la théorie fondamentale du Grand-Être. La constitution sociocratique oiTre ainsi le développement continu de la formule sacrée du positivisme , qui dès lors identifie la vie privée et la vie publique. Sous l'impulsion spontanée du sexe aimant, le patriciat et le prolétariat deviennent les organes respectif de Tordre et du progrès, dont la conciliation est systématisée par le sacerdoce.

D'après cette base générale, je vais, suivant le plan d'abord indiqué, consacrer le second chapitre à l'explication spéciale do culte qui doit régler l'existence affective en instituant le lien normal entre la vie objective et la vie subjective.

M ^YST^E DE POUTIQUE POBITIVp.

Page 1