CHAPITRE DEUXIÈME
TilBLEAU GÉNÉRAL DE L^XISTENCP A|F'FECTIVK»
on SYSTlÎMÀTISiTIOM FINALE DU CULTE POSITIF.
La natare et la destination de ce chapitre se trouveront assez caractérisées d'après l'explication préliminaire que son titre provoque 5 en plaçant le culte , non-seulement avant le régime, mais avant le dogme ^ dans l'ensemble de la religion positive. Cet arrangement insolite modifie l'ordre adopté par la théorie fondamentale du tome deuxième. Un tel changement doit donc être ici motivé spécialement. Pour cela^ je puis me borner à l'indication des considérations qui me l'ont suggéré. D'après cette exposition, il paraîtra, j'espère, pleinement normal, et même caractéristique de la vraie religion.
Trop de déférence envers mes prédécesseurs catholiques m'entraîna spontanément à placer d'abord le dogme avant le culte , sans examiner si cette disposition était aussi conforme à la nouvelle synthèse qu'à l'ancienne. Une sollicitude exagérée pour la rationalité me fit ensuite maintenir un tel ordre, afin que le culte reposât sur sa base systématique. Mais l'application de l'arrangement primitif m'a graduellement prouvé qu'il n'est point assez synthétique.
D'abord, il se trouve contraire à la formule fondamentale du positivisme, oii Tamour précède Tordre, comme celui-ci le progrès : ces trois attributs constituent, en effet, les domaines respectifs du culte, du dogme, et du régime. Il est, en second lieu , démenti par la théorie générale de la nature humaine , qui place le sentiment avant l'intelligence et Tactivité, ses deux ministres nécessaires. Enfm, il contredit la marche normale de réducation positive, successivement affective, spéculative, active.
Une telle discordance suffit pour motiver le nouvel arrangement, spontanément annoncé, dans le chapitre précédent, quand j'ai placé Tart avant la science. Tous ceux qui savent apprécier la prépondérance naturelle des questions d'ordre doivent pressentir l'importance d'une telle inversion, où se résume le contraste général entre le théologisme et le positivisme. Mais cette explication exige d'abord l'examen direct des motifs propres à l'arrangement primitif.
n fut surtout prescrit par la nature fictive de la religion provisoire, oii le culte, se rapportant à des êtres imaginaires, devait reposer sur le dogme qui seul les faisait assez connaître. Ce préambule nécessaire, qui resta spontané sous le polythéisme, devint systématique après la concentration monothéique. Néanmoins, un usage universel annonça déjà la prépondérance définitive du culte, d'après lequel fut habituellement désigné Tensemble de la religion.
On doit donc regarder ce premier arrangement comme une altération passagère de l'ordre normal, quoique celui-ci ne pût prévaloir que quand l'adoration concernerait un être spontanément connu. Bien que l'éducation affective ne soit pas aujourd'hui dirigée vers la connaissance de l'Humanité, le chapitre précédent explique assex l'epsembl^ du dogme positif pour permettre d'exposer ici le culte sans aucune irrationalité.
Rien ne peut mieux caractériser l'état pleinement synthétique, où toutes nos connaissances^ théoriques et pratiques, se condensent dans la morale. Destinée surtout à nous apprendre à vivre pour autrui, la religion doit essentiellement consister à régulariser la culture directe des instincts sympathiques. Elle se réduirait même à cela, si nos nécessités matérielles n'exigeaient point le double complément résulté d'abord du dogme puis du régime, afin de rendre artificiellement altruiste la réaction naturellement égoïste de notre activité continue.
Pour achever de motiver cet ordre définitif, il faut préciser davantage Texplication précédente de Tarrangement provisoire, en le représentant comme surgi seulement avec le théologisme proprement dit, sans aucun antécédent fétichique. En effet, dans le fétichisme, l'a religion se réduisait au culte, en vertu de sa pleine spontanéité , qui rendait le dogme purement intuitif, et bornait le régime à l'exercice sympathique, vu Fétat rudimentaire de raclivilé. L'ordre final de la religion positive consiste donc à systématiser l'usage instinctif de notre première enfance , en faisant irrévocablement cesser une anomalie particulière à la seconde , et surtout propre à notre adolescence.
Ce nouveau rapprochement entre deux synthèses extrêmes qui doivent définitivement se combiner résulte de ce que le culte y concerne également des êtres réels et directement appréciables. Quoique le domaine de Tadoration soit primitivement objectif et simple, tandis qu'il devient finalement subjectif et composé, cette différence n'affectera point la commune spontanéité des deux cultes , quand l'éducation positive aura suffisamment prévalu. Le positiviste adorant les produits et le fétichiste adorant les matériaux invoquent pareillement une suprématie protectrice, dont ils se forment seulement des notions distinctes mal5 conciliables.
Ainsi, les deux modes, instinctif et systématique, successive-
ment propres à la religion universelle sont également étrangers à rinverslon qu'exigea provisoirement la synthèse intermédiaire y irrévocablement éliminée dans leur fusion finale. Tous deux offrent une correspondance naturelle entre le culte et l'existence > tandis que le théologisme, même polythéique, ne put jamais les faire assez concorder. L'ordre définitif des trois parties de la religion fournit donc une manifestation décisive de la supériorité synthétique du positivisme^ et confirme la rédaction normale de la loi d'évolution à notre tendance croissante vers l'unité.
Suivant ce préambule nécessaire , je dois ici traiter la religion comme consistant dans le culte, qui suffirait^ en effet, pour nous discipliner, si notre situation pouvait devenir assez favorable. Bien que cette hypothèse ne soit pas pleinement réalisable, l'ensemble du progrès humain nous en rapproche sans cesse^ en diminuant toujours la prépondérance des besoins matériels, d'après l'efficacité croissante des accumulations providentielles.
Toutefois, il faut instituer la suprématie normale du culte en ayant suffisamment égard à ses relations nécessaires avec le dogme et le régime, qui resteront constamment indispensables, quoique de moins en moins , à sa destination morale. Une telle harmonie se trouve assez indiquée par la formule positiviste, quand on considère ses trois termes comme correspondant aux trois parties du temps. Car l'amour, source directe da culte , concerne essentiellement FaVenir, tandis que l'ordre, domaine mental du dogme, procède surtout du passé, le progrès, but pratique du régime , se rapportant davantage au présent. Or, la considération de l'état futur tend toujours à mieux prévaloir, à mesure que l'activité devient plus collective. Pendant notre Initiation, nous avons continuellement travaillé pour noire postérité, d'abord domestique, puis civique. Mais notre ma-
tnrité doit systématiser cet instinct, en le dirigeant toujours vers Tensemble de nos descendants.
L'état normal de i'Iiumanité se trouve dignement caractérisé par cette prépondérance de Tavenir, indiquant une activité réfléctiie, qui suppose une prévision continue. Néanmoins , une telle appréciation , quoique annonçant la suprématie finale du culte 9 semble d'abord confirmer sa subordination intellectuelle envers le dogme , interprèle nécessaire du passé sur lequel repose la conception de l'avenir. Pour dissiper cette apparente contradiction 5 il suffit de distinguer les deux constitutions , analytique et synthétique, que comporte la doctrine universelle.
En effet, le culte repose nécessairement sur la seconde , qu'il développe en Tidéalisant Mais, loin d'exiger la première, U devient indispensable à son digne établissement. La prépondérance actuelle de celle-ci n'est qu'un résultat empirique de l'élaboration objective qui dut préparer la positivîté. Notre maturité rectifiera ces habitudes provisoires, en subordonnant toujours l'analyse à la synthèse, d'après le vœu simultané du sentiment et de la raison. Alors les deux constitutions du dogme seront essentiellement destinées, suivant leur nature, l'une au culte , l'autre au régime. Or, ce partage équivaut au contraste entre l'institution subjective et l'appréciation objective de la doctrine fondamentale. Car, le dogme général de l'Humanité, reste indivisible tant qu'il sert de base directe à la morale; sa décomposition ne convient qu'en le considérant comme le résumé nécessaire de l'ordre universel.
Une telle explication prouve que les seuls motifs plausibles pour maintenir l'ancien arrangement des trois parties de la religion ne reposent que sur une vicieuse confusion entre la doctrine fondamentale et le dogme proprement dit. Celui-ci ne représente qu'une systématisation analytique , indispensable à l'activité, mais nécessairement subordonnée à la constitution
syntbétiqne natorellepoept développée dans le culte, par lequel doit doQC commencer Tétude rationnelle de Tunité positive. Toutefois, cette marche, seule pleinement normale, deviendndt impossible si le chapitre précédent n'avait point établi directement la théorie fondamentale du Grand-Être.
Pour f^ire mieux ressortir rirrationalité des motifs qui maintiendraient la position du culte après le dogme, il faut ajouter que, en les supposant valides, ils conduiraient m6me à le placer 9près le régime , dont il exige aussi la notion générale, sons peine d'avortement. Mais il peut idéaliser les deux autres parties de la religion sans qu'elles aient encore reçu leur développement analytique , pourvu qu'elles soient assex caractérisées par la conception synthétique qui doit diriger leur systématisation finale. Toutejs les notions objectives, d'abord cosmologiques, puis biologiques, enfin et surtout sociologiques, qu'exigeait \^ théorie du Grand-Être ont été suffisamment établies dw» les trois volumes précédents, d'après l'ensemble (le I9 science complétée. J'ai pu dès lors commencer le tome actuel par l'accomplissement direct de cette construction décisive , où les trois parties de la religion se trouvent simultanément instituées, afin que lenrç études respectives deviennent dignepoent séparables.'Le dogme et le régime ne seront assez systématisés que d'après cette élaboration spéciale, quand l'analyso obji^ciive aura complété la synthèse subjective qui pouvait seule la guider. Néanipoins, leiir ébauche générale soâlt pour permettre ici la construction directe de la principale partie de la religion, pu la conception et le sentiment de l'unité se développent le mieux, bientôt le positivisme rectifiera partout les habitudes provisohres résultées de la situation, orgueilleosement rével^tionnaire, qpi pousse )a raison individuelle ^ eofistHûre la iymthès^ iffiiyerseUe (iidiipendafiimi^t 4^ topte pr^P9ffitloD eoUeotlve.
Digiti
D'après l'explication prélimiDaire que je viens d -achever, je suis conduit à caractériser d'abord la destination du culte positif, ensuite sa nature générale, avant d'accomplir son exposition directe et spéciale, qui doit devenir le principal objet de ce chapitre.
Adorant l'Humanité pour la mieux servir en la connaissant davantage, le culte modifie nécessairement toutes les faces d'une existence dont l'ensemble se trouve représenté par la constitution du Grand-Être. Mais sa prépondérance normale sur les deux autres parties de la religion universelle résulte essentiellement de ce que son principal domaine consiste dans l'essor direct et continu des instincts sympathiques , seule source de l'unité positive. C'est après avoir ahisi caractérisé la sociolâtrie qu'on peut convenablement apprécier son influence spéculative, et même active.
Toute l'efficacité du culte positif repose sur la loi fondamentale qui fait résulter d*un sage exercice le perfectionnement continu des facultés humaines. L'adoration du Grand-Être les développe simultanément, en exprimant toujours nos émotions idéalisées. En effet, l'idéalisation des instincts altruistes consiste surtout à les purifier des impulsions égoïstes qui s'y mêlent ordinairement Ainsi devenus pleinement communicables, leur expansion exige le concours continu de l'intelligence avec l'activité. Car elle n'exerce pas seulement la fonction du langage, mais aussi la contemplation, abstraite ou concrète, et même la méditation, tant déductive qu'inductive. Puisque tous les muscles propres à l'action extérieure se trouvent employés pour l'expression complète^ elle exige donc Tensemble de la vie active , considérée à la fois dans ses instruments musculaires et ses organes cérébraux. Même quand la manifestation reste purement phonique, sans aucune participation des gestes ou des attitudes, sa réaction s'étend à toutes les parties de ce système.
AY£Nia HUMA.1N. — CHAPITRE DEUXIÈME. 93
d'après rinUme connexité qui permet à chacune d'elles de remplacer rinfluence cérébrale des antres.
Voilà comment le culte devient ridéalisation synthétique de Texistence qu'il doit perfectionner. Outre qu'il en consacre toutes les parties , par leur concours direct à l'adoration du Grand-Être^ il les coordonne suivant leur dignité normale, en faisant toujours prévaloir le sentiment sur l'intelligence ^ et celle-ci sur Tactivité. Quoique cette aptitude se trouve ébauchée déjà dans la religion provisoire , elle appartient surtout au culte définitif^ tant d'après sa pureté qu'en vertu de sa réalité. Car la synthèse fictive n'ayant jamais consacré les aflfections bienveillantes^ qu'elle dut même nier depuis sa concentration monothéique , l'adoration théologique ne pouvait les cultiver qu'indirectement. Leur essor direct devient, au contraire, le principal objet de la sociolâtrie, vu la nature purement sympatique de l'être adoré; ce qui fait résulter^ de l'ensemble du culte positif, la meilleure source de l'ascendant normal de l'altruisme sur Tégolsme.
Cette appréciation a besoin d'être complétée par une comparaison directe entre l'expression et Taction^ afin de prévenir tout reproche de mysticisme ou de quiétisme. La dégénération alTective qui dispose à négliger les œuvres pour ne cultiver que les inspirations ne pouvait acquérir de gravité que sous le théologisme» où même elle résulta davantage de l'hypocrisie que de l'aberration, puisqu'elle fut bornée au déclin. Si la culture sincère, quoique indirecte, de la sympathie tendit à préserver d'un tel abus , il devient aisément surmontable quand la bienveillance se trouve directement cultivée d'après l'ensemble de l'adoration.
Outre les résultats spéciaux qui constituent sa destination essentielle, l'action influe davantage que l'expression sur Texcltation cérébrale de l'altruisme^ parce qu'elle détermine un
9U SYSTËMB DE POUTIQUfi fOSiTIfE.
eierdce plus inteim. Rido ii« pourra dooc éqaitaloir jatntis à la pratique, même exceptionnelle, et surtout habituelle, das bonnes œuvres pour développer les Instincts sympathiques. Mais l'expression possède sur Faction plusieurs avantages naturels, qui, malgré sa moindre intensité , la rendront toujours indispensable à Tessor affectif.
La première n'étant subordonnée qu'au dedans, tandis que la seconde dépend du dehors, celle-ci reste intermittente, et celle-là peut seule devenir continue, sous les diverses formes qu'elle comporte. Outre que Faction est moins facultative que Tef pression, elle offre souvent une moindre pureté. D'abord elle exige presque toujours des efforts, théoriques ou pratiques, qui doivent altérer son résultat sympathique. Mais elle présente surtout une complication habituelle des motifs intéressés avec les impulsions bienveillantes. Cette double perturbation ne se trouve évitée que quand le cerveau consacre toutes ses forces à perfectionner Tunité d'après l'expansion directe de Tamour, sans poursuivre spécialement aucun but extérieur.
Un tel culte ne peut jamais conduire à dédaigner l'activité qu'il doit discipliner. Car il développe les affections qui nous poussent immédiatement au bien. Si la pratique semblait disposer à l'inertie , cette dégénération mdiquerait nécessairement un défaut de sincérité.
Quand on décompose l'influence morale du culte positif d'après la diversité des trois instincts altruistes, on reconnaît qu'il tend surtout h développer celui qui, par son organe et sa fonction, se lie le mieux aux deux autres. Car l'exercice affectif directement résulté de Tadoration concerne essentiellement la vénération, non-seulement envers le Grand-Être, mais aussi pour ses dignes représentants, comme l'indique l'attitude dominante. Or cet instinct est à la fois le plus usuel, en tant que base normale de la vraie discipline, et le moins prononcé.
AYENIfi HtBiAIN. — CHAPITRE DEUXIÈME. 95
pnisqall re^e presque indépendant des réactions égoïstes. Il ne peut, d'ailleurs, s'exercer sans stimuler aussi rattachement et la bonté, dont 11 constitue Tintermédiaire, staticlue et dynamique. Le langage témoigne spécialement une telle connetité, d'après radmirable expression de pi^ï^, qui, directement propre au respect, s'étend spontanément à l'ensemble des instincts sympathiques. En outre, les deux autres affections altruistes se trouvent Immédiatement excitées par une adoration toujours fondée sur la reconnaissance et l'amour. Quoique la bonté proprement dite suppose un protectorat quelconque, le culte gf»sitif la développe spécialement, surtout envers le Grand-Être, non-seulement par l'imitation du meilleur type, mais aussi d'après la nature de la suprême existence, qui ne peut jamais se passer de ses serviteurs.
Nécessairement affranchie des motifs intéressés qui dominaient l'adoration théologiqne , et même fétichique, la sociolâtrie accorde cependant aux instincts personnels la culture qu'exige leur concours normal à Texistence réelle. D'abord, elle les consacre directement, comme base continue de la conservation individuelle et première source de l'activité collective. En second lieu, leurs relations spéciales avec les penchants sociaux leur procurent, dans le culte positif, une excitation indirecte, qui ne peut jamais devenir abusive, parce qu'elle reste subordonnée à leurs réactions sympathiques. Cette consécration régulatrice s'applique surtout aux meilleurs instincts égoïstes, puisque l'orgueil et la vanité sont plus accessibles aux influences sociales. Mais elle s'étend à tous les autres moteurs personnels, dont chacun, sans excepter l'impulsion destructive, comporte des réactions altruistes.
Ayant assez caractérisé l'influence générale de la sociolâ- Irlc sur l'existence affective , où réside son domaine propre, apprédë dans l'ensemble de ce chapitre , je dois maintenant ex-
96 SYSTËHE D£ POLITIQUE POfitmrE.
pliquer son eMcuiié spéculative , d'abord esthétique, pitfs théorique.
11 sufiit de bien définir Tari et le cnlte poor reoomiattre anssitôt leur connexité nécessaire, empiriqaement sentie par le tbéologisme» mais dont le développement systématique ^partieot au positivisme , qui cependant consacre sa spontanéité (étichique. Des deux parts, le perfectionnement constitue toa* Jours le but direct des efforts quelconques. Mais le culte, pour* suivant surtout le progrès moral, peut seul dégager Fart de sa prédilection naturelle pour la beauté physique, plus facile à représenter comme à sentir. En développant le charme propre aux affections altruistes , la sociolatrie ouvre à la poésie son meilleur domaine, qui ne put être qu'accessoirement abordé sous la synthèse égoïste. Outre cette afOnlté générale, le culte universel consacre spécialement les trois modes ou degrés d*un art quelconque, imitation, idéalisation, expression. Car il imite le meilleur type, et pourtant il Fidéalise toujours, en exprimant les émotions qu'il inspire. Réciproquement, si chaque adoration du Grand-Être, tant indirecte que directe , constitue nécessairement une œuvre poétique, Tart devient, à son tour, le complément essentiel du culte de l'Humanité, qui se l'incorpore irrévocablement.
En faisant cesser l'anarchie dégradante qui résulta de la rupture du joug théocratique, cette incorporation doit autant développer Tart que le discipliner et l'ennoblir. La fusion , spontanée et systématique , des fonctions esthétiques dans l'office sacerdotal préviendra toujours la dégénération à laquelle se trouve exposée toute existence vouée exclusivement à l'expression. Quand la langue de Dante et d'Ariosle sera devenue d'abord sacrée, puis universelle, elle aura graduellement acquis toutes les qualités complémentaires qui lui permettront de fournir un digne organe aux perfectionnements poétiques ré«
AVfiNIR HUMAIN* — CHAPITRE DEUXIËME. 97
serves à la maturité da génie bumain. Oatre ces eflbrts exceptiOBoels^ propres aux meilleurs types du sacerdoce^ elle dirigera y chez tous les admirateurs du Grand-Être ^ l'expression habituelle des émotions privées et publiques. Son aptitude musicale instituera spontanément une transition normale ent^e Tart fondamental et le principal de ses compléments spéciaux^ que l'éducation positive rendra partout familier^ afin de perfectionner l'ensemble du culte. Mais la prépondérance croissante de l'expression phonique ne fera jamais négliger le langage plastique, dont les trois modes 5 quoique moifls sympathiques, sont plus synthétiques , suivant la nature des sens correspondants. Indépendanmient de sa propre destination, chacun d'eux , et surtout la peinture , fournira toujours à l'adoration positive un précieux complément, vulgarisépart'éducation normale.
Cet ensemble d'indications suffit pour caractériser la réaction esthétique de la sociolâtrie, sauf les développements propres an reste de ce chapitre. Mais l'efficacité théorique exige plus d'explications; puisque, si le culte absorbe l'art, la science ne se fond que dans le dogme.
On ne peut bien apprécier une telle influence qu'en la répartissant entre la méthode et la doctrine, trop souvent confondues, même par les philosophes.
Sous l'aspect logique, l'efficacité du culte est supérieure à celle de l'art proprement dit, qui déjà surpasse, à cet égard, la science, presque bornée aux signes jusqu'ici, tandis que la poésie les combine avec les images. Une telle combinaison n'est encore histituéé théoriquement qu'envers le domaine mathématique, où même elle ne surgit que depuis la rénovation cartésienne. Mais, quoique l'art la développe nécessairement, sa source normale réside dans le culte, où les signes san& images ne suIBsent jamais aux expansions. Résultée spontanément du
98 3TaTtM6 W IH>LinQUE KISITIYE.
f4Uiîhisp[ie, et spécialement calUvée par le théologime, eette allianoe appartient surtout au positiyisme» qui dirige la principale adoration vers des êtres pleinement subjectifs. Néanmoins^ la supériorité logique du culte de l'Humanité doit essentiellement consister dans son aptitude exclusive h, compléter la combiuaisop des Mgnes avec les images en la subordonnant aux sentimeuts, Quoique le théologisme, surtout mouothéique^ eût naturellement ébauché ce concours final des moyens généraux de faciliter l'élaboration mentale > il n'y pouvait directement introduire que les affections les moins propres h, seconder la peusée. £p systématisant et dévelpppant la consécratioo spou*tauée que le fétichisme accordait aux instincts sympathiques, le positivisme institue seul la vraie logique i envers laquelle le culte restera supérieur au dogme « puisqu'il coordonne mieux ses trois éléments.
Upe équivalente supériorité pe saurait avoir lieu quant à la doctrine, dont l'essor spécial appartient au dogme proprement dit. Néanmoins, môme ii o^t égard, Teflicacité théorique du culte, surtout positif, doit sembler incontestable à quiconque ne confond pas Tlnstruction avec riqtelllgence. £n effet ,16 culte développe seul la constitution synthétique de la doctrine universelle, dûrectement émanée de la théorie fondamentale du Grand-Être. C'est par la sociolâtrie que la morale transmet à la sociologie cette base générale, dont i'élaboratiou analytique doit ensuite guider la sociocratie, afin de réaliser la religion. Mais, outre cette universelle destination, la réaction théorique du culte s'étend spécialement sur la meilleure partie du domaine dogmatique. L'ébauche des lois morales, et même Intel* lectuelles, ne put réellement émaner jamais que de l'impulsion féminine et de l'inspiration poétique , naturellement combinées dans le culte ; en réservant ii la science la découverte des lois physiques d'après l'initiative pratique. Or, le positivisme, plus
ATEUm PUMAIN. — CHAPITRE DBIIXIÈME. 99
réel et plus Qpr que le (b^p)fl(f|siQe« Hoït mienit dévelon^r vgke telle aptitude , puisque Télabor^itiou i^ociQMtriqiie ^xige ma attention continue aux relatioQs affectires ^t n^entales.
L'efficacité g0nérfi|e du culte positif étant assez appréciée, d'abord envers le sentiment, puis quant à Tipt^lligence, je dois achever de la caractériser en Télendî^nt jusqu'à l'activité.
Quoique cette dernière réaction soit naturellement inférieure aux deux autres , elle doit être spécialement examinée Ici. L'influence du culte ne devient prépoqdéraute que pour l'essor du sentiment; celui de l'intelligence appartient surtout au dogme; au régime est réservé celui de l'activité. Néanmoins , la préps^ration sodpUtriqqe convient à ic^ vie pratique comme k l'existence théorique, afin de mieux développer eu disciplinant davantage.
Primitivement {pspirée par la personallté, l'activité, même collective , exige une épuration continue , que le culte peut seul procurer. L'orgueil pratique empêche moins que la vanité théorique de sentir dignement un tel besoin. Quoique le théologisme ait empiriquement ébauché cet office, sou développement systé* matlque appartient au positivisme, seul fondé sur la vraie connaissance de la nature humaine. Outre que le culte de l'Humanité dirige toutes les qualités pratiques vers la noble destination dont la prépondérance spontanée de Tégolsme tend toujours à les détourner, il stimule spécialement chacune d'elles par un exercice continu. Cette influence devient surtout sensible envers la plus éminente, puisque radqration exige une persévérance sans laquelle son efficacité morale avorte ou disparaît, ne pouvant surgir et durer que d'après une longue application. Mais la réaction du culte s'étend jusqu'au courage, et même à la prudence, vu l'énergie et la circonspection que demandent souvent les efiTusions, tant privées que publiques. Fidèle interprète des relations humaines, le langage a, depuis le moyen âge, con-
staté cette triple réaction en qualifiant de pratique l'exerdce da cQlte y où des efforts plus assldns , quoique moins intenses^ préparent dignement Tactivité réelle.
D'après le concours des trois appréciations que Je viens d'acconiplir^ on reconnaît la compétence spéciale de la sociolâtrle envers chaque partie de Texislence qu'elle doit discipliner en r idéalisant Ainsi, le domaine du culte positif devient pleinement universel , comme celui de la religion qu'il caractérise et développe; tandis que le dogme, et même le régime j malgré leurs réactions générales , ont des attributions plus circonscrites. £n complétant la positivité par la fétichilé , toutes les scènes de la vie, individuelle ou collective^ comportent des effusions ou des consécrations toujours efficaces, puisque Fessor du sentiment dépend davantage de son exercice intérieiir que de ses résultats extérieurs. Cependant, Tinstitution systématique du culte public et privé ne saurait concerner que les modes et degrés essentiels de chaque existence. On ne peut rien préparer envers les incidents secondaires et les événements exceptionnels, où le sacerdoce doit réserver aux vrais croyants l'application spontanée des règles sociolâtriques. Pour ces cas accessoires, la formule fondamentale du positivisme dirige suffisamment l'adoration spéciale , qui pourrait même se borner souvent à renoncer convenablement Mais cette expansion peut être perfectionnée par des signes universels , que je dois maintenant indiquer; ce qui prouvera que, jusque envers un tel complément, le culte positif surpasse l'adoration théologique, d'où pourtant émana cet heureux usage
Afin de mieux développer l'aptitude nécessaire de la formule positiviste à représenter toujours la constitution humaine , il convient ordinairement de l'énoncer en touchant successivement les principaux organes que la théorie cérébrale assigne à ses trois éléments. Les sièges respectifs de l'amour, caractérisé
A^Mia HUMAIN. — CHAPITRE DEUXIÈMH. 10 1
sortotit par la bonté proprement dite, et de l'ordre, qui dépend essenUellement de la méditation dédactive, se trouvent pleine* ment contigus. Celui du progrès, principalement relatif à la fermeté , leur succède dans la ligne médiane , mais après Torgane de la vénération, sans susciter aucune confusion religieuse, vu rmtime connexité de ces divers attributs. De là résulte le signe positiviste, plus normal et plus eflicac.e que ceux des différents monothéistes, comme pouvant mieux dispenser de ré< citer la formule qu'il résume. Il peut lui-même se réduire à renonciation des trois nombres qui marquent les rangs des organes correspondants , puisque la hiérarchie cérébrale représente la destination parla ppsition. Enfin, la formule positiviste comporte numériquement une autre symbolisation , fondée sur les propriétés des trois nombres sacrés, ordinaux ou cardinaux. On voit, en effet, d*après le volume précédent, que le premier, symbole de la synthèse, représente aussi la sympathie; tandis que le second indique Tordre, défini par Tarrangement, toujours binabre : le dernier, propre à toute évolution, exprime naturellement le progrès.
Malgré que la destination du culte de l'Humanité soit assez définie maintenant, je ne dois pas procéder à l'exposition sociolâtrique sans avoir établi la théorie générale de la vie subjective, à laquelle se rapporte surtout l'adoration positive.
Il faut d'abord caractériser une telle existence, en la comparant à celle qui lui sert de base. Leur fusion ne pouvant concerner que les résultats et jamais les facultés , le plus objectif des trois éléments propres à la constitution personnelle ne saurait participer à la perpétuité subjective , tandis que les deux autres en sont pleinement susceptibles. Car l'activité proprement dite étant surtout destinée à modifier le dehors , elle ne peut aucunement appartenir à l'existence indirecte. Alais l'intelligence et le sentiment ne se rapportant qu'au dedans , leurs
402 SYSTÈME DE POLITIQUE POSltlVE.
tésoltats peuvent passer dans un autre cëtveau , de maoiërè à s'y confondre avec ceux qui lui sont propres ^ quand les deux êtres se trouvent assez compatibles. Quelles que soient les réactions^ mentales et morales , de cette combinaison intérieure, le nouveau siège peut seul la manifester; en sorte que Téliminalion subjective de l'activité s'étend même à celle qui fournit les moyens d'expression. Toutefbis , l'efficacité cérébrale de l'incorporation ne se borne point aux régions affective et Spéculative , oti réside àôti domaine direct : elle doit aussi modifier indirectement la i égion active , d'après sa liaison aVéc les deux autres. Une telle combinaison^ quoique nécessairement binaire, peut successivement s'accomplir avec beaucoup d'êtres diffé* rents , dont les subjectivités concourent à diriger l'objectivité de leur commun organe.
VoUà comment plusieurs âmes viennent spontanément siéger dans un même cerveau, quand son pouvoir sympathique est assez assisté pair Tesprit synthétique. Leur convergence peut animer à la fois tous les sièges qui remplissent suffisamment ces deux conditions de l'assimilation subjective. Cette fusion permet cependant de disctsi-ner chacune d'elles d'après sdn ihfluénce caractéristique , quoique la distinction soit assez difficile pour devenir quelquefois équivoque.
Tel bst le dbublé phénomène d'identlficalioh et de consei^Vàlioti qui constitue le meilleur privilège de l'humàhité. Chaque cerveau i'assihiile les conceptions et les sentiments de tous Ses Semblables , mieux qUe chaque corps ne s'associe les divers matériaux alibiles. D'une autre part, l'âme qui laissa de dignes résultats acquiert en autrui l'immortalité subjecUve qui perpétue, et ihême développe, ses services objectif.
L'élimination de l'activité, dans chaque fusion affective et spéculative , éteint nécessairement la volonté chez tous les êtres ihcerpok'és, et la rend exclusivement propre au siégé tiOmmon
ATENIR HUMAIN. — CHAPITRE OEUllÈME. 103
de leiûr existence indirecte. Car l'action immédiate et spéciale exige TuDité de ihésolution > malgré la multiplicité ^ Souvent inextricable 9 des sources de chaque dessein. Pendant la vie objective y tout serviteur de l'Humanité devient l'insUrament de sa providence , sans altérer une individualité toujours résumée par la volonté.
Considérée envers chacun des êtres incorporés ^ TidentificatioB subjective doit écarter toute tendance divergente > pour conserve^ seulement les attributs assimilables. Aidsi , Tâme absorl)ée subit toujours une idéalisation spontanée , qui , peu compatible avec les imperfections piropres à l'état objectif, ne peut ordinairement suffire qu'après la mort. La poésie indiqua cette condition avant la philosophie , dans l'admirable fiction oii i pour se régénérer^ on s'abreuve d'abord au fleuve d'oubli, piës à celui qui rend seulement le souvenir du bien. En se purifiant à l'état subjectif, l'union y devieht aussi plus profonde et plus contintie. Quand l'âme incorporée peut assez améliorer l'un des cerveaux qui la font revivre, elle participe à la perpétuité qu'il obtient. Par cette suite de résui'rections, rimmortalitë subjective 5 sans pouvoir jamais deveÉir absblue, ne comporte d'autres limites générales que celles de la durée assignée au Grand-Être d'après l'ensemble de l'ordre qu'il résume. Malgré la multiplicité croissante, soit des âmes réunies dans chaque cerveau , soit des sièges de chacune d'elles , la perpétuité se partage et se dissémuie sans se déprécier, puisqu'elle suppose l'abnégation personnelle et la consécration spontanée au ser^- Tice contikm de l'Humanité.
Pour compléter cet ensemble d'aperçus sur la nature et la destUiation de l'existence subjective , il faut indiquer les trois modes on degrés qui lui sont propres. Le premier concerne les âmes objectivement connues du cerveau qui les perpétue. Dans le 0eoottd> l'iftcorporation est seulement fondée sur les rësul-
tats^ sans aucune relation personnelle avec leurs auteurs. Enfin» le troisième fait déjà vivre subjectivement des êtres qui n'ont point encore d'existence objective. Tel est l'accroissement normal de subjectivité qu'exigent nos relations simultanées avec le ' présent, le passé , l'avenir, quand la conception et le sentiment de rHumanité s'étendent autant que le demande son digne service. Quoique l'existence indirecte devienne aussi moins intense et moins nette » elle comporte assez de réalité pour se trouver toujours exempte d'arbitraire , de manière à produire les réactions morales et mentales qui conviennent à sa destination.
D'après cette suite d'indications , je dois achever de carac* tériser la vie subjective en déterminant les lois qui lui sont propres.
Elles résultent directement de sa subordination nécessaire envers l'existence objective. L'ordre universel qui domine celleci devient ainsi le régulateur indirect de celle-là. Mais son empire subjectif ne peut être bien apprécié qu'en séparant les lois intérieures des lois extérieures. Car Texistence indirecte se trouve entièrement affrancbie de l'ordre pbysiquc» tant vital que matériel, tandis qu'elle reste pleinement soumise à l'ordre intellectuel et moral , qui dès lors y ressort mieux. Son affranchissement des lois extérieures s'étend jusqu'au domaine mathématique, dont les règles les plus générales , même envers l'espace et le temps, deviendraient spuvent incompatibles avec l'état subjectif. Une telle indépendance se développe quand les représentants de tous les pays et de toutes les époques siègent simultanément dans un seul cerveau. Quoique les lois numériques soient les plus universelles, l'existence subjective s'en affranchit aussi; puisque chaque âme absorbée occupe à la fois plusieurs sièges , dont chacun peut la reproduire sous diverses formes.
Mais, au milieu de toutes ces altérations , Tordre proprement
AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE DEUXIÈME. i05
dit 7 c'est-à-dire rarrangement^ demeure toujours immuable. Jamais on ne place avant ce qui vient après» ou réciproquement , ni dans l'espace , ni même dans le temps. Tous les changements subjectifs , sans excepter les cas maladifs , se réduisent donc^ comme les variations objectives^ à de simples diiTérences de degré » suivant la loi générale de la modilicabilité , complément nécessaire du dogme positif.
Afin de mieux apprécier l'indépendance naturelle de Tétat subjectif envers les lois physiques » il faut la considérer spécialement à regard de la vitalité ^ qui^ plus rapprochée de l'humanité que la matérialité , semble devoir persister davantage. Quoique l'être absorbé se trouve affranchi des influences corporelles qui lui furent propres y sa résidence dans un autre cerveau parait l'assujettir à celles que celui-ci subit. Pour dissiper cette contradiction apparente , il suffit de rappeler que ridentification et la conservation ne concernent point les fonctions, mais seulement leurs produits communiqués. Dès lors, quelques modifications, même maladives, que les réactions corporelles puissent exercer sur les opérations cérébrales, les résultats de cette transmission n*en sont pas plus altérés que ceux des impressions extérieures. Sans une telle indépendance, on ne saurait concevoir le phénomène fondamental de la continuité cérébrale , supérieure aux perturbations quelconques, y compris le délire , passager ou durable , du sommeil ou de la foHe.
On. peut ainsi reconnaître la prééminence de Fétat subjectif, ou se réalise , avec plus de plénitude et de pureté , le rêve théologique des âmes dépourvues de corps. La dignité de l'ordre humain y devient irrécusable, puisque les plus nobles fonctions y persistent indépendamment de Tordre extérieur, auquel leur nouveau siège est seul soumis. Hdmère, Aristote, Dante, Oescartes, etc., ne cesseront jamais de revivre ainsi dans chaque
100 SYSTÈME Dt POLITIQUE t^OSlTlVE;
cerveau capable de les absorber, pour y produire des résuUab souvent supérieurs à ceux de leur vie objective.
Tel est le mode fondamental suivant lequel les morts gouvernent de plus en plus les vivants , en introduisant leur fixité caractéristique au-dessus de la vei*satilité propre à l'existence directe* L'ordre et le progrès exigeant également cette fusion croissante ^ il importe de reconnaître qu'elle dépebd surtout du sentiment . même quand elle semble bornée à l'intelligebce. Car les instibcts sympathiques contribuent davantage à la produire que les facultés synthétiques; comme le montre Tinitiation individuelle , où la confiance suffit pour transmettre la plupart des résultats essentiels 5 sans autte exercice mental que celui du langage. Une telle communication ne peut, sans doute* fructifier que d'après les efforts intellectuels du cerveau qui la subit. Mais l'efficacité dés notions transmises devient tellement indépendante de leur source quelconque , que celles dont les preuves sont ignorées inspirent souvent une confiance supérieure à la foi résultée de la démonstration. Il suffit de citer la doctrine du double mouvement de notre planète pour constater que les principales réactions d'une opinion ne s'opèrent pas ches ses fondateurs , ni même dans les cerveaux qui là reçurent par conviclion sans persuasion. Quoique indispensable envers l'intelligence, cet éclaircissement serait superflu quant au sentiment^ qui doit naturellement prévaloir pour la fusion affective, souvent poussée jusqu'à déterminer un actif dévouement , même collectif, au type incorporé
L'explication précédente vérifie spontanément la supériorité synthétique du culte , où le dogme fondamental étant toujours conçu dans son ensemble, son étude la mieux approfondie se trouve suscitée par l'adoration systématique.
Sans un dernier éclairctiteement , cette théorie pourrait exposer à de vicieuses exag^ations sur Tindépendance de la vte
AV£NIR HUdAlN. — GâAPlTRE bfiUXIÈME. l07
tibjeetive envers le§ lois t)hysit)iiës. Qdând l*âme absorbée s'affrancblt de rôrdk-ë éJttéHeut*^ il edotlnue d'afieciér rimage dé lêtrë incorporé. Màlgt-é que cette teprésëntatibb ne devienne jamais indispensable à Tefflcacité mentale , ou même idoralé» dé tha(iiië fUsIbhj elle augmente toujours Fintensité des réactions cérébrales, Qdi se trdbveraient âuttèiliéht fëduites à ne ^rbfcéder que d'après les signes, i'âdoraltbn doit surtout être cobcrète, afin de tésléb mieux synthétique. Il importe donc d'y èdnstltner le^ itbages en respectant toutes les cbndl* tions physiques qui peuvébt les rendte plus nettes ël pluà vive^. On peut excuser la poésie , suriDilt àncienbe , dé témbi^tier sOti indépendance en violant, sans aucun besdin, les Ibiè matérielles , et iiiême vitales. En réservant celte faculté pout les tas convenables^ Tétat normal exigea edVers Fordlre eitéHeur> t)lus dé respect subjectif qtle pendant une initiatiod restée essen-* tielieibent étrangère à là eonbalssance de l'écoubmie naturelle.
Ce cotti^lémenl d'eiplicatiob tôbduit à caractériser l'idéal!- ^tioh qdi ré^dmé l'état stabjeciif. Elle doit surtout s'accomplir éb écÀridttt le§ Itnpertections^ sans introduire des qualités. L'Ordre artificiel devient aibsi^ suivant là règle pbsitlve^ une heureuse extension de Tordre naturel. Dahs ridéalisation sponlânéé^ le lyt^e ihéorpoi'é ^e trbdve àShmcM des lois extérieures 4td lâbthiklal«iil Bft tié bbjective. Oh doit dodb le perfectionner ëb le dépobillabt àbssi dès divers défauts , moraux , inteliecttiels> et ifaêibe physiilbéè ^ qUi Itoubiëbt seë t^rincipabx caractères; ifiais il fàiit i'éspecter toutes les conditions de sa réalité subjective. HéâBWëins , cette idëûllsàtion ^àr soustractioii reste compatible avec une rare adjonction de quelques attributs, surtout elLtériétirs, pôbrtb qu'ils sbiefat tdtljotlr* secoildàlf^ et vraisemblable; tJne sage éÔliiMiiàiisoil dCâ deUt mddes tierinet d'IbsUMëf dëè IrftdSpesiUons oil le tMt et i'ësprït peuvent
108 SYSTÈME DE POUTIQUE IH)SiTIVE.
miin apprécier l'être incorporé , selon des éventualités qni ne s'étaient point réalisées ^ quoique pleinement normales.
D'après cette construction de la théorie propre à l'existence subjective , Je dois maintenant aborder l'exposition directe qui constitue le principal objet de ce chapitre. Mais» en commençant l'explication normale du culte positif, j'éprouve un besoin 9pécidl de glorifier l'angélique inspiration qui dirigea sa fondation graduelle. Neuf ans d'une adoration continue , qui devint purement subjective après une seule année de chaste initiation, m'ont spontanément procuré les notions que je vais systématiser; de manière à prouver déjà l'efficacité, mentale et morale, d'une digne identification.
U faut d'abord décomposer le culte en public et privé, suivant qu'il concerne directement le Grand-Être ou seulement sa ^mdlleure personnification, quel que soit d'ailleurs le mode, individuel ou collectif, du pieux exercice. En second lieu ,^ le culte privé se partage naturellement en personnel et dômes* tique, comme l'existence correspondante. De là résulte une progression sociolâtrique où chaque âme se lie successivement à la Famille , à la Patrie , à l'Humanité , pour régulariser la culture des dispositions qui font davantage sentir et comprendre le Grand-Être afin de le mieux servir. Une telle préparation permet seule de charmer, et même de sanctifier, tous les actes humains, en retrouvant partout la suprême existence, quand la posilivité se trouve, assez complétée par la fétichité. Mais cette extension spontanée, tant habituelle qu'exceptionnelle , qui dépassera celle de tous les cultes provisohres , ne comporte point d'institutions spéciales , sauf envers les cas suffisamment liés au cours normal de la vie humaine.
Base dfarecte du système sociolâtrique, le culte personnel consiste surtout dans l'intime adoration du sexe affectif, d'après Taptltude naturelle de chaque digne fenune à représenter l'Hu-
AVENIR HUMAIN. — CHAPITBB DEUXIÈME. i09
manlté. La suprême existence ne peut, en tant qae composée^ devenir assez appréciable qu'en se personnifiant. Tous les vrais serviteurs du Grand-Être sont plus ou moins susceptibles de le représenter, cliacon suivant son principal attribut Mais la femme, où prévaut la sympathie, source essentielle de TunHé , doit fournir la meilleure personnification ,d'un ensemble fondé sur l'amour. Image spontanée de la famille, elle peut seule représeijter dignement toute existence composée : l'in* stinct universel l'érigeait en emblème de la Patrie, avant que le sexe affectif fût assez apprécié pour personnifier l'Humanité.
Voilà donc la source privée où chaque serviteur du Grand* Être doit habituellement* retremper son dme afin de se mieux adapter à sa destination sociale. Les préoccupations Journalières de la vie réelle, théorique ou pratique, exigent un fréquent recours à l'existence idéale qui résulte de cette adoration concrète de THumanité, pour ne point altérer la meilleure base du devoir et du bonheur. D'après la nature d'un tel besoin, il ne peut être convenablement satisfait que par un type domestique, sauf les cas exceptionnels où l'insuffisance de la familie oblige à chercher ailleurs une digne image du Grand- Être. Or, 1 ordre normal dispense spontanément d'un choix aussi difficile, en ralliant toutes les affections de chacun autour de celle qui lui fournit nécessairement la première personnification de l'Humanité. Malgré les efforts du théologisme, surtout monothéique , pour altérer le cours naturel de l'initiation humaine, la fétichité propre à notre enfance ne cessa Jamais de diriger l'adoration primitive vers la mère. Consacrant et développant cette disposition spontanée, le positivisme y trouve la première base du culte systématique de l'Humanité. Tel est le mode naturel suivant lequel notre mère doit ordinairement devenir notre meilleure patronne^ en prolongeant son double
110 SY6TkVE W WllTlQVE POSITIVE.
Office 4^ protectrice ^t modifie , indiqua p^r Tb^prewe mW gulté de cette quaUQpatipa,
Mais cette image prépondérante de THuroanité ne saurait habituellement suffire à la personnification du Grand- Être. Car, elle n'excite directement que la vénération, et ne résume que les relations avec le passé. Pour représenter aussi le pré* sent et Tavenir, Tadoration fondamentale exige un double complément , également fourni par la famille , dans réponse et la fille 9 afin de cultiver spécialement rattachement et la bonté. Le culte intime résume et consacre ainsi la constitution naturelle de Taltruisme , Téconomie domestique , et TensemUe des relations sociales, envers nos supérieurs , nos égaux ^ et nos inférieurs. Néanmoins , cette triple représentation du Grand- Être manquerait de consistance et de netteté sans la présidence continue de Timage maternelle. Sa prépondérance nécessaire étend à l'union subjective , même envers son mode le plus simple et le plus parfait, le besoin normal d'une hiérarchie dans toute association. Un tel complément permet au patronage fondamental de convenir également aux dcax sexes, pourvu que 'chacun d'eux emprunte à Tautre les deux types supplémentaires; afin de mieux cultiver la tendresse ou Ténergie, suivant l'insuffisance propre à chaque cas.
La marche naturelle de cette constitution conduit h caracté^ rlser Tétat normal des trois types quand le culte se trouve pleinement développé; ce qui, d'après les indications précédentes, ne doit ordinairement se réaliser qu'à Tâge de la maturité complète. Alors , le premier type est communément de-i venu subjectif, tandis que le dernier reste objectif, le second pouvant également offrir les deux modes. Or ce mélange naturel développe, loin de Faltércr, l'efficacité cérébrale du culte intime, que la subjectivité rend plus pur et Tobjectivité plus vif.
ATENIB BiniAIN* -^ CHAPITRE DfiUll^ME. 444
Eavera le$ cas exeqiilioniiels , réoeqomie demdstkpie fournit d'iibord Qoe compensation spontanée à l'insuffisance spéciale de Tun quelconque des trois types généraux. Car cette constitution normale du culte personnel n'utilise point la sœur, dont le caractère n'offre pas habituellement assez de netteté ni de flxité pour que son adoration prévale sur aucun des patronages naturels. Mais une telle ambiguïté permet ordinairement au moins prononcé des types féminins de s'adjoindre, suivant les cas ; ^ chacun des trois autres, pour fortifier Tinfluence sans diviser raffection. Son assistance est donc susceptible de suppléer à rinsnffisance exceptionnelle de la mère, de Tépouse, ou de la fille, que la sœur peut également remplacer. Une telle substitution ne saurait pourtant suffire toujours aux anomalies , même quand Tanarchie occidentale aura pleinement cessé. Dans ces cas extrêmes, rien ne dispensera jamais de chercher quelquefois hors de la maison tous les types essentiels de l'adoration intime, pour Fâme capable de se construire dignement une famille subjective. On pourra trouver chacun d'eux parmi les protecteurs, compagnons, ou clients, spirituels et temporels, qui forment habituellement les cortèges respectif des trois patrons normaux, ainsi liés graduellement à l'ensemble de l'économie sociale.
Ce système d'adoration intime exige uq complément subjectif, surtout quant au passé, puis même envers l'avenir, qui n'y sont pas représentés autant que le comporte la nuture du culte, et que le demande sa destination. La première extension conaiste à développer, en la systématisant > l'heureuse institution du catholicisme pour les prénoms , qu'il sut utiliser dignement en les consacrant ^ l invocation spéciale des meilleurs types qu'il p4t fournir. Un tel patronage, quoique ébauché par le sacerdoce du moyen âge, ne convient pleinement qu'a la sociolâtrie, qui seule permet d'y comprendre tous nos ancêtres.
Dans le sexe actif et spécalatif ^ chacan des vrais croyants se trouve ainsi pourvu^ dès sa naissance , de deux types éminents^ Tun théorique, l'autre pratique , que lui-même coordonne par un choix complémentaire, quand sa propre vocation devient assez appréciable. Mais la sainte uniformité du sexe affectif permet de s*y borner toujours à la patronne que la mère choisit sous la sanction du sacerdoce.
Quant à l'avenir , le culte personnel exige moins d'extension, et ne semble pas pouvoir dépasser la première génération sans se fondre dans le cul(e public, qui seul parait susceptible d'embrasser tous nos successeurs. Mais le système sociolâtrique laisserait une grave lacune si l'adoration la plus intime restait dépourvue d'un lien convenable avec la seconde partie de la population subjective. Ce dernier complément doit spontanément résulter d*une pleine efficacité du patronage fondamental.
Si rintime adoration nous améliore assez pour que nous servions dignement le Grand- Être, l'immortalité que nous mériterons s'étendra nécessairement aux saints types qui nous Tauront'procurée. Ils se trouveront donc incorporés au plus noble élément de la population future, dont les meilleurs membres leur adresseront des hommages habituels. Or, une telle perspective nous permet déjà de sympathiser personnellement avec l'ensemble de nos successeurs, ainsi destinés à perpétuer notre culte intime. Mieux nous éprouvons Tefficacité de cette adoration, plus nous devons désirer qu'elle nous survive, et chérir . ceux qui la prolongeront Cet espoir normal doit nous encourager spécialement à servir une postérité de laquelle nous attendons une récompense d'autant plus pure qu'elle ne se rapporte pas directement à nous-mêmes mais aux êtres qui nous la font mériter.
. Un tel résultat semble aujourd'hui convenir exclusivement
aux services exceptionnels, parce que la religion positive pourra senle développer convenablement la gratitude sociale en la systématisant. Mais, quand les mœurs sociolâtriques auront assez surmonté les habitudes émanées d'un culte égoïste , tous les vrais serviteurs de FHumanité devront aspirer à cette réaction normale , où la reconnaissance remonte aux principales sources de chaque gloriûcation. Le moindre citoyen sentira qu'il peut procurer à ses intimes patrons le degré d'immortalité que mériteront ses propres services, et qui sera queiquefois résumé par la fusion des noms.
Pour achever d'apprécier ce complément nécessaire du culte personnel , il faut avoir égard à la nature féminhie du patronage fondamental. Goûtant mieux les charmes du dévouement, le sexe aimant a moins besoin que nous de l'immortalité subjective , dont U semble essentiellement privé d'après son éloignement normal de la vie publique , prhicipale source des glorifications directes. Mais, quand même les femmes seraient entièrement insensibles à l'attrait personnel d'une noble éternité, l'instinct sympathique devrait leur faire souhaiter de prolonger leur providence morale au delà de ceux qui la subissent immédiatement. Chacune complétera la récompense directe de son saint office par l'espoir de lui procurer un essor indéfini. Tel est le mode normal suivant lequel le sexe affectif participe indirectement à l'immortalité due aux services, théoriques et pratiques, qui lui sont interdits. Le Grand-Être confie spécialement aux femmes la plus importante et la plus difficile de ses fonctions , celle de former ses serviteurs quelconques. Ainsi chacune d'elles sera finalement jugée d'après son ouvrage, et partagera l'immortalité qu'il obtiendra d'une postérité capable d'apprécier le mérite de la culture à travers les imperfections du produit.
Voilà comment la sociolâtrie fonde le culte intime sur l'ado-
lift SYSTÈME DE POUTIQUE K)SinyE.
ration normale des patrons personnels^ qnl penvént être également nommés anges gardiens et dieux domestiques» suivant les précurseurs qu'on leur compare. Quoique la plus récente comparaison doive aujourd'hui prévaloir» la plus ancienne deviendra finalement prépondérante» étant mieux adaptée à la nature de rinstitution positive. Car les anges gardiens du catholicisme remplacèrent faiblement les dieux domestiques fournis* au polythéisme par le fétichisme ; le patronage de ceux-ci » plus direct et plus spécial» comportait une influence plus énergique» et même plus touchante. Toutefois, le passage de l'objectif vol subjectif institua» pendant la transition affective» une préparation spontanée de Tétat final du culte personnel, liais l'islamisme lui fournit un précédent plus décisif en introduisant rhomogénéilé convenable entre l'adorateur et l'adoré. Sans que Mahomet ait rien prescrit à cet égard » l'auguste exemple personnellement émané de l'un des meilleurs organes du Grand- Être facilitera partout la propagation du culte positif La nature féminine de tous les types» leur choix domestique» et le mélange du subjectif à l'objectif» rendent cette noble exception aussi conforme à la systématisation finale de l'adoration intime que les cas normalement résultés de la chevalerie*
Je dois maintenant compléter l'exposition du culte personnel en expliquant l'ensemble de pratiques journalières qui peut seul lui procurer une suffisante efficacité. Toutes doivent être qualifiées de prières » en réduisant ce terme nécessaire au noble sens que les âmes tendres saisirent de plus en plus à travers l'égolsme théologique. Alors il désigne toujours une commémoration suivie d'efl'usion.
Dans le culte intime» ces deux parties essentielles de la prière positive prennent» presque également» une destination concrète» dirigée surtout vers le principal patronage, afin de mieux coboentrer les émotions. Quoique la phase active doive directement
AVENIB HUMAIN. — ŒAPITRB l>BI7XIÈM£. lia
àeveuïr plu$ décisive que la phase passive, celle-ci sert babitaellement de base à celle-là^ qui ne pourrait autrement comporter assez de profondeur. C'est pourquoi, dans la principale prière quotidienne 5 Teffasion dure moitié moins que la commémoration. Mais celle-ci doit alors se décomposer en deux phases égales : la première propre k chaque jour de la seraaUie , d'après les souvenirs qui s'y rapportent ; la seconde commune k tons les jours j pour 7 rappeler sans cesse l'ensemble des relations^ contemplées suivant leur vraie succession. Le champ plus étendu de la dernière ne doit pas la faire durer davantage, parce que les signes y dominent^ tandis que l'autre emploie surtout les images. Ainsi préparée par la contemplation la plus complète succédant à la plus intense, reffusion, toujours synthétique, tend directement vers la destination générale dm culte intime. Telle est la décomposition normale de la prière personnelle en trois phases de même durée, dont l'ensemble constitue une progression cérébrale, où la prépondérance successive des images, des signes , et des sentiments, doit aboutir à révocation subjective qui caractérise l'efficacité de l'adoration.
Ce résultat décisif du culte Ultime ne peut jamais acquérir la netteté ni l'intensité des impressions objectives. Mais, cette limite idéale de la subjectivité se trouvant atteinte, et quelquefois dépassée, dans l'exaltation maladive, l'état normal permet d'en approcher de plus en plus, à mesure que l'assiduité des adorations journalières développe leur efficacité cérébrale. Les dignes âmes peuvent obtenir ainsi des satisfactions inconnues aux coeurs sans culture, et même à ceux qui dirigent leurs hommages vers des êtres hétérogènes.
Afin d'augmenter l'énergie de ces pratiques habituelles, il importe d'y faire sagement concourir le sens le plus sympathique avec le plus synthétique, en joignant les sons aux formes.
il6 SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
Quoique la prière orale semble réservée aux célébrations collectives^ on a toujours reconnu qu'elle peut aussi perfectionner Tadoration solitaire , souvent qualifiée d'invocation. Toutefois, elle convient plus à Teffusion qu'à la commémoration , dont la première phase doit surtout l'employer peu.
L'ensemble de ces indications suffît pour représenter la prière quotidienne des positivistes comme une œuvre d'art, dont la composition appartient à chaque adorateur, qui peut seul y faire dignement concourir les sons et les formes, afin de mieux exprimer ses sentiments. Cette combinaison spontanée des deux modes esthétiques acquiert plus d'efficacité quand on complète la positivité par la fétichité, sans que de vains scrupules doivent jamais détourner d'animer naïvement tous les objets suffisamment liés à l'adoration. Quoique rien n'y puisse dispenser de l'originalité des compositions, elles peuvent être améliorées par d'heureux emprunts au trésor poétique de Thumanité. Pourvu que ses formules générales soient assez conformes à nos émotions spéciales, leur assistance modérée doit augmenter la puissance des émotions, actives ou passives, en leur procurant, outre la sanction d'un éminent organe , le concours idéal de toutes les âmes qu'il toucha. Mais la plénitude esthétique de l'éducation positive permettra de compléter ce secours en subordonnant à l'art fondamental ses deux auxiliaires spéciaux, quand le chant et le dessin se trouveront devenus aussi familiers que la parole et l'écriture. lis y seront surtout destinés à compenser l'uniformité nécessaire de chaque prière, dont le fond, une fois institué, ne doit recevoir que de rares améliorations, d'après des besoins longtemps éprouvés, afin que l'habitude facilite l'expansion. Toute la variété devant se borner au développement, phonique ou mimique, des formules consacrées, les deux arts spéciaux le rendront plus complet et plus énergique si leur assistance n'exige point d'efforts actuels.
Quant à la pluralité des prières quotidiennes, 11 faut d'abord reconnaître la prépondérance normale de Tadoration qui consacre la première heure de chaque journée à placer son ensemble sous le patronage des meilleures personnifications de THumanité. C'est là que tous les moyens secondaires doivent davantage concourir à compléter chacune des trois phases du culte personnel. Mais, à l'approche du sommeil, une prière convenable, de durée moitié moindre, protégera Tharmonie cérébrale contre les perturbations nocturnes. Enfin , vers le milieu du Jour, la plus courte des adorations quotidiennes suspendra les occupations , théoriques ou pratiques , pour nous rappeler aflectivement la destination fondamentale qu'elles tendent à négliger. Telles sont les trois prières quotidiennes du vrai positiviste, qui doit savoir y proportionner convenablement la commémoration et Teffusion , comme y graduer sagement Tusagc des moyens accessoires , sans qu'il faille ici spécifier ces faciles explications.
Mais ces pratiques journalières , qui doivent se concentrer vers la principale patronne, exigent un complément hebdomadaire, où sa présidence continue, assistée des deux autres types essentiels, permet le digne essor des hommages personnellement dus à toutes les adjonctions. Les propriétés numériques qui dirigèrent spontanément rinstitution subjective de cette période, doivent Tintroduire dans le culte intime, quoiqu'elle convienne mieux aux célébrations publiques. En développant davantage quelques-unes de ces solennités hebdomadaires, chacun se construira des fêtes annuelles, qui compléteront l'adoration personnelle d'après sa relation normale avec le second élément objectif de la coordination des temps. 11 serait ordhnairemént superflu d'instituer des célébrations mensuelles, quand l'usage universel du calendrier positiviste , expliqué cidessous, fera concorder les dates propres aux deux périodes
lis SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
artiflcfelles. Chacun des deux cultes extrêmes doit seulement offrir trois degrés normaux : quotidien, hebdomadaire, annuel envers Tadoralion personnelle ; hebdomadaire , mensuel, annuel, dans les solennités publiques.
Pour maintenir la continuité sociolâtrique, la principale prière quotidienne exige une précaution habituelle destinée à prévenir la divergence résultée de ce que son début varie suivant les jours de la semaine. La connexité s'établit d'après un préambule uniforme, consistant en une courte invocation, où préside l'une des images secondaires qui se rapportent à la veille. Si ce jour n'avait objectivement laissé qu'un seul souvenir, on puiserait bientôt les autres dans les impressions subjectives que produira spontanément l'habitude du culte, dont les principales influences deviendront des éyénements pei^onnels.
En second lieu , la faculté de suspendre volontairement la vision nous permet de procurer aux images intérieures un surcroît d'intensité que ne comportent pas les résultats de l'audition. Néanmoins, il ne convient pas de soustraire l'oeil au spectacle extérieur afin de mieux voir en soi, quand l'obscurité se trouve spontanément suffisante. Car l'effort nécessaire pour s'Lsoler ainsi détourne une partie de la puissance cérébrale^ tandis que celui qu'exige la contemplation objective concourt à révocation intérieure^ en rapprochant notre situation de celle qui nous affecta primitivement
Il faut aussi noter, envers tous les modes propres à l'adoration intime , une précaution suscitée par sa nature concrète, d'après l'état subjectif que présente ordinairement l'image prépondérante, et même la plupart des autres. Pour chacun de ces êtres objectivement éteints^ nous ne devons pas craindre de contempler habituellement la catastrophe qui nous en priva. Le tableau de ses derniers moments doit dignement figurer dans ebaque adoration, afin d^ mieux caractériser rinaoguratkm
AVENIR mJMAINt — CHAPITRE DEUXIÈME. 110
naturelle de Féternlté subjective que nous voulons, sous son assistance, mériter comme lui.
Ces indications sqbsidiaires complètent Texplication du culte personnel 9 sur lequel repose la principale efficacité des deux autres éléments de la sociolâtrie. Une telle exposiUon permet de mieux apprécier l'aptitude générale ci-dessus reconnue à Tadoration positive envers le perfectionnement continu de notre triple nature.
Vu dans son ensemble , le culte intime nous familiarise avec ridéalisation de Fexistence humaine , en nous offrant le spectacle journalier de notre état normal , Tintelligence et Factivité librement subordonnées au sentiment Quoiqu'il ne se rapporte pas directement au Grand-Être, il nous le rappelle sans cesse, puisque chacun des patrons invoqués n'y mérite nos hommages que d'après son aptitude à représenter l'Humanité.
La principale efficacité de ce culte concerne le perfectionnement moral, soit quant à l'essor spécial de chacun des insUncts sympathiques, soit enyers les résultats généraux de leur combinaison normale. Inspiré par rattachement, il développe la bonté, puisque nous y devenons les protecteurs ol^ectifs de nos patrons subjectifis. Mais leur adoration cultive surtout la vénération, le plus important des trois penchants sociaux, et le plus difficile à stimuler, faute de connexions égoïstes, sauf sa liaison indirecte avec les deux instincts du perfectionnement personnel ^ par destruction ou construction. C'est ainsi que nous pouvons le niieux sentir le prix d'une libre soumission, alors devenue la source habituelle de nos meilleures satisfactions. En
subordonnant de plus en plus le subjectif à l'objectif afin de faciliter l'évocation chérie , le culte personnel nous dispose à reconnaître que le progrès artificiel consiste toujours à développer l'ordre naturel.
Sop indnenee mentale est irrécusable quant à l'art, puisque
chaque adoration y nécessite une idéalisation spontanée y aboutissant à des formules poétiques , assistées par les sons et les formes. La source affective des aptitudes esthétiques y devient évidente y d'après la douce réciprocité qui s'y développe entre le perfectionnement des tableaux et l'essor des sentiments. Mais la réaction théorique du culte intime, quoique moins appréciable aujourd'hui, comporte des résultats équivalents, surtout logiques, et même scientifiques. Il fait profondément sentir le concours nécessaire de l'affection aux opérations spéculatives, tant méditatives que contemplatives, d'après la combinaison qu'elle y dirige entre les images et les signes. En même temps, il manifeste les principales lois du sentiment et de la pensée , dont il montre aussi la subordination continue à l'existence corporelle, qui souvent y trouble ou seconde le pieux exercice^ d'après lequel nous pouvons mesurer notre santé.
Relativement à l'activité , le culte personnel tend à la diriger vers les phénomènes les plus importants et les plus modifiables, sans dissimuler leur dépendance nécessaire envers les plus grossiers. Outre l'exercice qu'il procure aux trois qualités pratiques pour sa propre destination , il développe leur essor général d'après les réactions normales de la prière. Nous ne pouvons pas souhaiter solennellement de devenir plus courageux , plus prudents, ou plus fermes, sans nous y disposer par cela même, ne fût-ce qu'en reconnaissant nos imperfections actuelles. Quoique Tadoration solitaire ne comporte pas les énergiques impulsons résultées de l'effusion collective , elle est mieux apte à faire sentir combien il importe de consacrer les qualités pratiques au service de l'altruisme. Elle tend à nous représenter la vraie morale comme plu^ active que passive, disciplinant davantage les penchants égoïstes d'après l'essor des instincts sympathiques que par leur propre compression.
Ayant assez expliqué le culte fondamental^ je dois maintenant
AVENIB HDHAIN. •— CHAPITRE DEUXIÈME. 121
caractériser le second élément de la sociolâtrie. H semble d'abord ne se distinguer des deux autres que par le complément ou l'ébauche domestiques de l'adoration concrète ou de l'effu* sion abstraite qui leur sont respectivement propres. Quoique cette double différence ne comporte point d'institutions spéciales, elle exige de nouvelles prières^ adaptées au premier degré d'association. Devenue ainsi collective^ l'adoration concrète s'étend davantage y surtout envers le passé , quand le chef de la famille invoque^ comme dieux domestiques, ses principaux ancêtres, dont l'évocation subjective, assistée des moyens esthétiques, doit ranimer les sentiments communs. Le sacerdoce spontané de la mère dans son sanctuaire normal prépare le culte public du Grand-Être, qu'elle y personnifie par des prières abstraites dont ma préface générale signale déjà l'heureux essai.
Mais, outre ces deux célébrations habituelles, l'élément intermédiaire de la sociolâtrie comporte une constitution vraiment distincte^ d'après la consécration systématique des diverses phases de la vie domestique. Dans le culte personnel, chaque âme se place sous le patronage de la Famille , tant subjective qu'objective. Il faut ensuite que l'ensemble de l'existence domestique reçoive du sacerdoce la protection religieuse de la Patrie. Enfin, dans le culte public, la cité vient elle-même invoquer la suprématie de l'Humanité. Tel est la progression normale où le Grand-Être sanctifie successivement les trois degrés nécessaires de son service continu, d'abord personnel, puis domestique , et finalement civique , en plaçant chacun d'eux sous la protection du suivant.
On a toujours senti le besoin de consacrer et de régler la vie privée d'après la réaction naturelle de la vie publique , qui peut seule y modérer l'arbitraire et garantir la fixité. Mais, la société domestique étant la base de toute autre association , la Famille doit ainsi subir l'influence simultanée de l'Église et de
in flYSTÈME DE POUTIQUE POSITIVE.
laGIté» respectivemefit représentées parle sacerdoce et le patridat. Avant la séparation des deux pouvoirs^ cette double relation ne suscitait aucun conflit^ soit que Fascendant social appartint aux prêtres ou bien aux patriciens. Toutefois, ceux-ci n'exercèrent un tel office qu'en vertu de leur caractère sacerdotal, comme Tlndlque surtout la célébration des mariages, vu rorigine théocratique de toute autorité publique. D'après cette double suite d'antécédents, le sacerdoce présida seul aux réactions normales de la société sur la famille, quand le mônotbéisme occidental sépara les deux puissances. Pendant le déclin du catholicisme, ce privilège fut de plus en plus regardé comme une usurpation envers l'autorité civique, qui, finalement, domina partout rinfluence ecclésiastique, pour les trois phases principales de la vie privée, la naissance, le mariage, et la mort Néanmoins, cet ascendant semble encore provisoire, parce qu'il se lie à l'absorption révolutionnaire des attributions spirituelles dans le pouvoir temporel.
U n'appartient qu'au positivisme d'instituer, à cet égards l'état normal, en systématisant la division finale des deux pub* sauces qui doivent, chacune à sa manière , également régler les relations domestiques. Chaque phase essentielle de la vie privée réagissant directement sur Tordre civique, le patriciat doit d'abord y prescrire les conditions légales qu'exige l'harmonie pratique« Mais, pour développer la liaison de la famille à l'église, le sacerdoce doit ensuite y faire convenablement prévaloir les prescripUons morales que demande la consécration religieuse des rapports domestiques. À la fols plus difficiles et moins Indispensables, ces conditions supérieures restent dans le domaine de la conscience , consolidée par l'opinion , sans corn* porter aucun commandement. Plus nécessaires et moins délicates, les obligations civiques ne sauraient, au contraire , devenir Jamais facultatives. Toutes les phases domestiques exigent
AV£N1B HUMAIN. — CHAPITfiE DEUXIÈME. 123
donc deux disciplines, dont la seconde suppose la première : l'une dyile, seule légalement indispensable, à laquelle on peut se borner, en bravant Topinion; l'autre religieuse, toujours fondée sur un libre assentiment Outre que la dernière devient nécessaire à la pleine moralité des rapports , c'est uniquement ainsi que les décisions d'un pouvoir purement local comportent une influence universelle ^ sans laquelle le lien resterait insuffisant.
Ce partage normal entre Tobligation et la liberté permet seul au culte de F Humanité de développer entièrement son aptitude domestique, en faisant dignement prévaloir des conditions qui deviendraient oppressives si leur acceptation ne restait pas volontaire. Afin de mieux assurer ce caractère facultatif, le sacerdoce sollicitera du patridat les institutions qu'exige toujours la double disdpline bornée maintenant au mariage, outre la ndssance et la mort. Tel est le préambule général sans lequel on ne pourrait convenablement apprécier la consécration religieuse, que je dois seule expliquer ici, pour toutes les phases domestiques.
L'ensemble de notre vie se présente alors comme une suite de préparations finalement destinée à nous incorporer au Grand- Être quand nous l'aurons dignement servi. De là résulte Tinstltutlon systématique des neuf sacrements sociaux, où la religion positive sanctifie toutes les phases générales de^la vie privée en les liant spédalement à la vie publique. Ce sont, suivanî leur soe* cession naturelle : !<> la priêenUUiem ; T Vini/MUMi; Z"" Vadmii" non; &<' la destination; 5* te mariage; o^ la maturité; V la retraite; 8" la transformation; 9^ enfin, r^iioorpara/îon, d'après le jugement.
Mais rnnUbrmité de l'office Kmlnln et sa persistance dispensent, envers le sexe aflTectif, du sacrement qui précède le mariage et des deux tpA le suivent.
12/i SYSTEME DE POUTIQUE POSITIVE.
Avant d'expliquer chacune de ces consécrations « je dois avertir qne les principales ont été déjà pratiquées dans le milieu , jusqu'ici très-restreint, où le positivisme a suffisamment surmonté les habitudes rétrogrades et les dispositions anarchiques.
Quelque limitée que soit une telle expérience ^ elle confirme l'opportunité de la reconstruction religieuse, surtout en considérant que ces résultats furent d'abord obtenus d'après une exposition purement orale. Un triste événement a même permis de constater la digne réalisation du veuvage étemel qui caractérise le mariage positiviste, dont le premier exemple conduit maintenant une jeune mère à rester , suivant sa noble expression , la fille de l'Humanité.
Dans le sacrement Initial ^ la famille présente solennellement au sacerdoce le rejeton qu'elle voue au service continu du Grand- Être. Consacrant l'heureux complément introduit par le catholicisme^ la religion positive ne permet point d'accepter le futur serviteur sans qu'un couple artificiel achève de garantir sa digne préparation, physique, intellectuelle, et morale. Le concours des deux protections se trouve alors annoncé d'après leur participation respective au choix des deux patrons subjectifs, théorique et pratique, adoptés, sous la sanction sacerdotale , paimi les représentants publics de l'Humanité.
Tant que prévalut l'activité guerrière, les nouveaux- nés furent souvent rejetés, comme incapables d'une suffisante coopération. Mais, la civilisittoç moderne permettant d'utiliser toutes les organisations, la pi^entation ne sera jamais refusée, sauf des cas tellement exceptionnels qu'on ne doit pas les régler. Ce premier sacrement deviendrait seulement susceptible d*ajournement, si les parents, artificiels et naturels, n'offiraient point les garanties convenables.
Une telle inauguration consacre directement le principe socio-
cratique ; puisque la double famille y reçoit, de Tinterprète du Grand-Être, l'investiture d'un auguste office envers le nouvel enfant de THumanité. La célébration consiste surtout à développer les instructions qu'exige Tensemble de cette fonction, oùlespa* rents reconnaissent librement la subordination normale de la vie privée à la vie publique. Afin de compléter la garantie so* dale , le prêtre présente l'enfant aux témoins , et reçoit leur engagement signé de suppléer à Tinsuffisance éventuelle de ses protecteurs spéciaux.
Par le second sacrement, l'enfant, à quatorze ans, commence son initiation à la vie publique en passant de l'éducation maternelle à l'instruction sacerdotale. Alors il reçoit directement les avis de la religion sur l'ensemble du noviciat théorique, afin d'éviter le principal danger de ces sept années, où l'esprit tend à s'insurger contre le cœur. Si l'éducation aflective n'avait pas réussi suffisamment, l'initiation serait ajournée, quoiqu'on ne doive la refuser que dans les cas, extrêmement rares, d'inaptitude radicale à l'essor spéculatif.
En recevant, àvingtetun ans, le troisième sacrement, l'enfant de l'Humanité, s'il a convenablement subi l'initiation théorique, obtient du sacerdoce l'autorisation de servir librement le Grand- Être, dont jusqu'alors il reçut tout sans rendre rien. Depuis la chute du polythéisme, cette installation sociale se trouva dépourvue de consécration religieuse , vu Thisuffisance spéciale du monothéisme, surtout occidental, envers la vie publique. Le positivisme y complétera les prescriptions civiques sur i'é-* mancipation par les conditions, morales et mentales, qui, sans devoir être légalement imposées, sont indispensables pour mériter la confiance qu'exige une libre participation à léconomie universelle.
Sept ans après cette admission générale, qui suffit à la femme, l'homme reçoit, dans le quatrième sacrement, l'investiture reli-
IM SYSTfcifB DE POLITIQUE POSmVB.
gieute de son office spécial. C'est seulement alors que Ton peut constater la réalité d'une vocation tiiéoriqae, sor laquelle w se méprend ordinairement à Tissue des études abstraites. Quoique les carrières pratiques comportent moins d'illusions ^ celle qui prévaut di£[ère souvent du choix paternel d'après le* quel se dirigea l'apprentissage pendant l'initiation encyclopédique. L'éducation universelle i tout eu détournant des changements arbitraires ; facilitera ceux qui seraient convenables^ en permettant aux prolétaires, et même aux patriciensi d'embrasser plus aisément une nouvelle industrie. Il faut donc que de libres essais fixent spécialement la résolution du jeune serviteur de l'Humanité, pendant les sept années qui suivent sa préparation générale. Malgré ce préambule normal, l'ordre positif devra quelquefois présenter des changements de carrière, surtout parmi les prolétaires. Ainsi, le sacrement de la destination est seul susceptible d'un renouvellement exceptionnel, quoique sa célébration tende h préserver d'un vicieux déclassement
Cette consécration fut ébauchée par le théologisme, et même le fétichisme astrolâtrique. Mais, hors delà théocratie, elle resta bornée , surtout sous le catholicisme, aux plus hautes fonctioBS publiques, dans l'ordination des prêtres et le sacre des rois. La sociocratie devant compléter tous les antécédents théocratiques en les systématisant, la sanction religieuse s'y trouve étendue à Fensemble des professions, dont chacune acquiert ainsi le caractère social qui réglera moralement son exercice » quel que soit son mode de rétribution.
Un tel sacrement permet an sacerdoce de terminer l'éduca* tion spéciale, par une solennelle appréciation des devoirs propres à chaque carrière. Le serviteur de l'Humanité devient ainsi capable de participer pleinement à l'existence sociale, en fondant une nouvelle famille.
Tel est Fobjet du cinquième et principal sacrement, dont
AYENIB KUIfAIII. -^ GHAPITEE MUXIÈUE. 127
Tige ne comporte point une détermination préciBê^ mais seulement une limite inférieure ^ vingt-bnit ans pour l'homme tt vingt etun pour la femme. Néanmoins, le sacerdoce ne devra pas, sans de graves motib> permettre le mariage au delà de trente^ cinq anschei l'un et vingt-huit diex Tautre:
Le lecteur connaît déjà la théorie positive de ce lien fondamental, d'après mon discours préliminaire et les explications propres an tome deuxième, qui se trouveront complétées dans le reste du présent volimie. On sait que la religion de THumanité considère l'établissement de la monogamie comme le prin^ dpal résultat de la transition occidentale entre la théocratie et la sociocratie. Après avoir, pendant ces trente siècles, graduel^ lement approché de sa plénitude normale, cette institution dé* cisive y parvient dans la régénération positiviste, qui fait librement prévaloir le veuvage étemel , sans lequel la polygamit persiste subjectivement.
Résumé naturel de la vraie théorie du mariage, ce complément nécessaire devient le goide général de la cinquième consécration. Pour mieux assurer la maturité d'un tel engagement, Texpérience de la nouvelle église a déjà prouvé qu'il ne doit être reçu que trois mois après la célébration civique qui permet au nouveau couple une entière intimité. Un mois avant la cérémonie municipale, les fiancés promettent solennellement de conserver une parfaite chasteté pendant ce préambule trimes^ triel de la consécration religieuse. Sans une telle épreuve, chacun d'eux ne pourrait suffisamment garantir sa propre résolution , ni compter assez sur celle de l'autre. Le lien conjugal se trouve dignement inauguré par ce noviciat décisif, qui , malgré la liberté légale, montre les deux époux se préparant au mariage subjectif en goûtant, dans toute sa pureté, la fusion des âmes.
Àind disposés à regarder le perfectionnement mutuel comme
428 SYSTÈME DE POUTIQUE POSinVE.
la vraie destination d'une association où la procréation n'est qu'accessoire, ils sont admis, au nom du Grand -Être, à signer^ avec tous les témoins, l'engagement sacré d'une éternelle union. Quoique ces garanties doivent ordinairement rendre irrévocable cette libre obligation , elle comporte cependant des dispenses exceptionnelles, dont la concession appartient seulement au Grand-Prétre de l'Humanité, d'après une enquête spéciale. Celte décision pontificale olTre d'autant plus de gravité qu'elle flétrit naturellement une mémoire, à moins que le survivant ne se trouve spontanément dégagé de son vœu par un entraînement constaté, que de telles précautions rendent presque impossible. Dans le cas normal, la promesse du veuvage étemel sera solennellement renouvelée six mois après l'année du deuil, sans pouvoir désormais comporter aucune dispense. Mais l'engagement doit, même alors, rester purement religieux, afin que sa dignité ne soit jamais altérée par des prescriptions légales, quelles que deviennent les exigences de l'opinion universelle, auxquelles le patriciat saura toujours résister d'après les instances du sacerdoce.
Quand l'existence conjugale a suffisamment complété la préparation civique, le sixième sacrement caractérise, à quarantedeux ans, la pleine maturité, personnelle et sociale, du serviteur de l'Humanité. Le principal office de la femme n'exige aucun préambule : il commence avec la vie et se développe sans cesse pendant tout son cours, en devenant même plus efficace dans l'état subjectif. Mais le sexe actif et spéculatif a besoin d'une préparation longue et compliquée pour s'adapter entièrement à sa destination normale. Son essor décisif dure ordinairement moitié moins que sa vie préliminaire. 11 se trouve solennement inauguré par ce nouveau sacrement, plus susceptible qu'aucun autre d'ajournement, et même de refus, tandis qu'il comporte rarement une notable anticipation.
Dans cette célébration 9 propre au positivisme^ le sacerdoce avertit le digne serviteur de F Humanité que ses fautes , jusqu'à* lors réparables^ deviennent désormais décisives envers son incorporation finale au Grand-Être. Le citoyen y voit proclamer son aptitude à tous les grades de l'office quelconque dont il exerçait auparavant les attributions secondaires. Malgré l'uniformité de la carrière sacerdotale , elle exige une telle préparation que sa plénitude doit autant tarder que celle des fonctions politiques.
Ce sacrement conduit au septième , od le serviteur actif de rflumanité commence , à soixante-trois ans^ une sage retraite y mais en conservant une influence consultative, qui Férige spécialement en auxiliaire normal d'un sacerdoce surgi Jadis chez les vieillards. 11 termine sa carrière pratique en proclamant, devant le Grand-Être , son choix définitif du digne successeur qu'il avait, sept ans avants soumis au contrôle universel. Quoique l'office du prêtre ne soit pas» comme celui de la femme, dispensé de préparation , il comporte presque autant la perpé« tuité; ce qui rend une telle consécration particulière aux praticiens, les théoriciens sachant d'ailleurs se borner aux fonctions qu'ils peuvent continuer de bien remplir.
Par le huitième sacrement, le positivisme remplace la solennité monstrueuse où le catholicisme , oubliant sa destination pour rester fidèle à sa doctrine, érigeait la rupture de tous les liens humains en condition nécessaire d'une éternité non moins égoïste que chimérique. Mêlant les regrets civiques aux larmes domestiques , le sacerdoce de l'Humanité représente l'existence prête à s'ouvrir comme le perfectionnement subjectif des services objectifs qui l'auront méritée. Quoiqu'il ne doive jamais anticiper sur le jugement final, il fera, sauf les cas exceptionnels, espérer une heureuse issue, moyennant un repentir sfaicère et les réparations possibles.
1S6 STSTftn DE NMiniQUE POStTttE.
Siepi ans apr& la cotisécratioii extrCmei le ââtsreflieiit «nbiêdif complète la série des préparations objectives > en prodamaût, devant le digne cercueil^ une solennelle incoiporatlon an Grand- Être. Un tel intervalle concilie la maturité du Jugement sacerdotal et la conservation des divers renseignements qu'il eiigè. Pour 7 mieux admettre le contrôle public, une décision provisoire > susceptible de rectification > doit, petidantlactuatHème année ^ préparer Tirréyocable arrêt
Telle est Finstitution finale où la sociocratie , se rattachant à la théocratie > complète la consécration des phases propres à la vie temporaire en l'incorporant à Tetistence éternelle. La célébration du jugement suprême consiste surtout dans le transport solennel des nobles restes au bois sacré qui doit ehtouref chaque temple de rUumanité. Par là commence un culie décisif , à la fois personnel et social, devant la sainte tombé, ornée d*uhe simple inscription, d'un buste, ou d'une statue, suivant le degré de chaque glorification. Dans la plupart des autres cas, la condamnation, essentiellement négative, se borne à rendre irrévocable là sépulture municipale , toujours indépendante dO sacerdoce. Mais la complète flétrissure consiste à transportéf convenablement le fardeau funeste au désert des réprouvés, parmi les suppliciés, les suicides et les duellistes, quoiqui! ne doive point subir, comme eux, Texploration anatomique.
L'ensemble de Texposition précédente, où l'oii ne peut expliquer le culte sans anticiper sur le régime , constate l'aptitude normale de la sociolatrie envers l'existence domestlqtie^ dont toutes les phases se trouvent dignement réglées par les neuf sacrements. Afin de compléter cette consécration , il fam l'étendre aux modifications qui , sans être universelles, devien*nent assez fréquentes pour mériter la sanction sacerdotale. Telle sera surtout Tadoption , à laquelle Tétat positif doit provurtor un vaste essor, et dont la célébration reMgievse se ratlscbera^
AVENU BOmiM. — GIAPITBE BtUUÉllE. 191
suif aol IM cas I au sacrement de IM présentaflon , oo MI& à een de la desUaation et de la retraite.
En appréciant TefficacUé de ced diverses solennités^ on reconnaît qu'elle repose toujours sur Thabitude ^ antérieure ou simul^ tanée , du culte personnel , sans lequel le sacerdoce ne pourrait ain^ susciter que des émotions passagères. Mais les âmes journellement disposées^ d'après l'adoration intime^ à sentir et comprendre le Grand-Être se trouveront profondément saisies par ces neuf consécrations , dont Tensemble sanctifie chaque existence en la liant graduellement à l'Humanité. Leur enchaînement mutuel doit faciliter leur influence respective , puisque chacune résume les précédentes, et même annonce les suivantes, au point de constituer une adhésion décisive à la vraie religion.
Fondé sur le culte personnel, le culte domestique prépare le culte public , en ébauchant l'abstraction et la publicité propres à celui-ci. L'ensemble de la sociolâtrie devant idéaliser la sociologie et surtout la sociocratie , cette aptitude se manifeste en comparant ses trois modes ou degcés généraux. Car le premier, purement statique, repr^ente l'ordre, et le second, essentiellement dynamique » le progrès; tandis que le dernier, à la fois statique et dynamique, exprime la conciliation entre l'ordre et le progrès.
Avant d'instituer le culte public, où l'Humanité se trouve directement adorée, je dois expliquer le calendrier qu'il exige. Ce préambule systématise une construction qui, fondée sous le fétichisme, resta nécessairement empirique jusqu'à l'avènement du positivisme.
Une date consiste à distinguer chaque jour par le rang qu'il occupe dans l'ensemble des temps écoulés depuis l'ère adoptée. Mais, si cette indication devenait directe et simple, elle exigerait des nombres trop grands, même envers la durée de la vie
personnelle , et sartout pour l'existence sociale. La désignation doit donc, comme dans la numération abstraite^ être i ndirecte et composée, en groupant les jours ^ sans pourtant ofiDrir plus de trois termes simultanés , sous peine de confusion.
Parmi ces périodes, à la fois artiûcielles et naturelles, la moindre est seule devenue pleinement unanime jusqu'ici, d'après les propriétés subjectives du nombre sept, indiquées dans le volume précédent. Le positivisme, en expliquant les attributs de la semaine, systématise cette institution spontanée, qui remonte au fétichisme , même nomade. Mais quoiqu'il y rapporte l'ensemble du culte public, il consacre, en le régularisant, Tusage simultané de périodes supérieures, sans lesquelles la date exigerait encore de trop grands nombres. Il les rattache, autant que possible , à la semaine , afin de faciliter les comparaisons numériques , et surtout de perfectionner Thannonie des célébrations. Celte double condition se trouve remplie en combinant sagement les deux périodes usitées, suivant leur vraie nature , subjective d'une part , objective de Vautre.
On doit regarder toutes les divergences relatives au calendrier comme résultées surtout^'une insuffisante appréciation de cette diversité nécessaire. Faute de l'avoir sentie , nos ancêtres fétichiques instituèrent la coordination des temps en puisant au dehors les deux périodes supérieures , d'après les mouvements apparents de la lune et du soleil. Le premier prévalut spontanément dans l'état nomade , et le second sous l'astrolâtrie proprement dite, où le sacerdoce ébaucha son évaluation. Mais leur discordance numérique se manifesta bientôt, et força de renoncer à leur combinaison objective pour instituer une liaison subjective. Elle comportait deux modes incompatibles, suivant celle des deux périodes qui devenait artificielle, quoique la première ne l'ait jamais été suffisamment De là résultèrent les deux institutions du calendrier, lunaire et solaire, où tantôt
l'année se subordonne au mois^ et tantôt le mois à Vannée. Quel que fût le mode adopté^ la liaison se trouva toujours déterminée essentieliement diaprés le culte ^ où la période hebdomadaire était incorporée depuis Faslrolâtrie.
C'est aussi par là que le positivisme établit la coordination finale , en consacrant d'abord la préférence unanime des Occidentaux envers le calendrier solaire , qui combine directement les deux mouvements simultanés de la planète humaine. La théocratie fonda leur harmonie générale en instituant le temps moyen ; et la transition occidentale la compléta d'après Tintercalation bissextile^ d'abord julienne^ puis grégorienne. En adoptant entièrement Theureuse concordance ainsi résultée d'une légère altération des deux périodes naturelles , la religion positive la consacre à manifester la subordination fondamentale du subjectif à l'objectif, base universelle du dogme final. D'après cette constitution occidentale de l'année solaire^ l'ensemble des fêtes du Grand-Être se reproduit avec les principaux phénomènes, d'abord cosmologiques y puis biologiques, propres au milieu planétaire qu'il améliore en. le respectant. Nos divers ancêtres ayant ainsi coordonné les deux périodes naturelles, il faut compléter l'institution du calendrier en établissant une suffisante harmonie entre leurs deux liens artificiels.
Toute relation à la lune étant éliminée, et le mois devenant aussi subjectif que la semaine, on reconnaît bientôt la nécessité de le composer toujours de quatre semaines, ce qui conduit à partager Tannée en treize mois. Le jour complémentaire qui se trouve ainsi terminer chaque année ne doit porter aucun indice, hebdomadaire ou mensuel, non plus que le jour additionnel qu'il précède dans les années bissextiles. En les désignant seulement d'après les fêtes qui s'y rapportent , on obtient la perpétuité du calendrier positiviste, où tous les mois, commençant
iVi SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
^lU'purs par un landi , finis3eDt par un dimanche. Il conserve d'ailleurs Vorigine actqelle de Tannée occidentale , placée de manière à représenter un renouvellement , puisque les jours y commencent à croître dans le principal hémisphère de notre plapèfe. Mats, quels que soient les avantages pratiques de cette modification finale^ elle doit surtout prévaloir en vertu des ))e8oins du cultç.
L'adoration iptime suffirait pour la motiver^ afin d'éviter la douloureuse fluctuation que nos affectueui souvenirs éprouvent souvent d'après la discordance actuelle des deux dat^ artifipielles. Quoique moins nécessaire au culte domestique ^ leur cpncordance y convient aussi, pomme permettant seule de rappeler assez ses neuf solennités, toujours fixéps au jeudi. Mais c'est surtout l'ensemble des fêtes publiques qui rend irrécusable la nécessité de la principale innovation , le partage de Tannée en treize mois.
En effet, ce nombre peut seul satisfaire aux divers besoins du culte abstrait, qui doit d'abord célébrer la nature fondamentale du Grand- Être , puis $a préparation nécessaire, enfin son existence norn^^e. Soqs le premier aspect , il faut consacrer le mois initial à Tadoration synthétique de T Humanité, d'après ^ne digne subordination de ses divers noyaux à son éternel ensemble. Mais cette célébration directe du lien public doit ^tre complétée par la consécration spéciale de chacun des rapports privés sur lesquels il repose. Or ils sont au nombre de cinq : le mariage, la paternité, la filiation, la fraternité, la domesticité ; rangés suivant l'intimité décroissante et la généralité croissante , ils conviennent respectivement aux cinq mois placés après le premier. Le culte statique étant ainsi complet, Tensemble des célébrations dynamiques exige trois autres mois, spécialement consacrés ^ux trois phases essentielles de la pré- 9m^W bun^aine , d'abord féttcbi«De, puis polytbéiauf^ , eMio
AYEKia HUHAIN. — GH&PITRS PBUXIÈME. 135
iPQnothéique. D'après cette double base , les quatre derniers mois développent diguciment Tadoratloo directe de la vraie providence, morale i intellectuelle, matérielle et générale^ respectivement confiée à la femme, au sacerdoce ^ an patriciat, au prolétariat. C'est ainsi que les treize mois de Tannée positiviste deviennent indispensables à la sociolfttrie pour idéaliser suffisamment la sociologie et la sociocratie.
Vt^ cette constitution finale du calendrier universel , deux questions secondaires doivent aujourd'hui rester Indécises. La première concerne Tère positive, qui ne peut aucunement consacrer l'origine introduite par la transition monothéique, islamique ou catholique, fille doit naturellement se rapporter à l'avènement décisif de la vraie religion , qui ne saurait encore être ^ssef, Que. Secondement , I^ systématisation finale ne peut davantage maintenir la nomenclature hétérogène des mois actuels, outre la confusion ainsi résultée de la diversité des calendriers. Mais on ne saurait aujoprd'l^ni décider si les noms nouveaux seront tirés de la consépration ou du rang, vu Theureuse concordance de ces deux spqrc^^.
Apn de compléter cette théorie f|i| p^^ndfier positiviste, je dois indiquer Tidéalisation finale fj^s ^^rents jours de chaque semaine. Elle éipane d'abord de leufç noms actuels, qu'il faut soignepsement conserver, puisqu'ils rappellent l'ensemble de l'initiation hqmaine, d'après leur institution féchitique, leur consécration polythéique, et leur adoption monothéique. Cette aptitpde a d'aptant plus dp prix qp'elle résulte de ce que leur succession repriisente les différents astres réellement liés à la planète humaine , essentiellement indépendante de tous les autres.
Ma|s cette concordance, historique et dogmatique, profopdépiept confprme à l'in^t||otipn subjeçUve de la sppaine, reste trop 9)»Ufate 9m J^ n^ f^^lser an pomplémept concret, qui
doit émaner de la transition occidentale entre la théocratie et la sociocratie. Il consiste, sans changer ces précieux noms, à consacrer les sept jours au souvenir respectif des sept organes principaux d'un tel mouvement, Homère, Aristole, César, Saint-Paul, Charlemagne, Dante, et Descartes. Leur succession représente suffisamment Tensemble de cette évolution décisive, qui, quoique particulière à l'Occident, méritera toujours d'être familièrement célébrée partout , comme ayant seule permis la régénération finale. On compense ainsi les lacunes nécessaires du culte abstrait envers la commémoration concrète, qui ne peut assez s'y placer pendant les trois mois réservés au passé. Cet usage s'introduira d'autant mieux qu'il consiste à transporter définitivement aux jours les meilleurs types mensuels du calendrier provisoire que j'expliquerai dans le chapitre propre à la transition extrême.
La semaine comporte, en outre, une consécration abstraite, en dédiant ses sept jours aux sept sciences fondamentales, mathématique, astronomie, physique, chimie, biologie, sociologie, et morale. Ce second mode , compatible avec le précédent , et conforme à l'esprit du culte public, rendra plus familières la hiérarchie encyclopédique et la conception relative de l'ordre universel. D'après le concours des deux consécrations, la fête qui termine chaque semaine se trouve à la fois caractérisée par la science prépondérante et le précurseur direct de la religion finale.
Voilà comment le calendrier universel institua deux périodes artificielles, subordonnées l'une à l'autre, entre deux périodes naturelles convenablement coordonnées, afin que la série des temps représente l'ensemble des rapports humains. Envers les groupes d'années, il suffit de rappeler la systéma tisation , indiquée au chapitre précédent , de l'antique relation du siècle à la génération. Quand la durée du Grand-Être exi-
AVENIR HUMAIN. — * GflAPITRB DEUXIÈME. 137
géra des unités sapérieores, le sacerdoce les institnera facilement.
Cette théorie prélimiDaire permet maintenant l'appréciation directe du culte public^ qui consiste à développer le système d^adoration abstraite résulté de Tensemble du calendrier positiviste. Si Ton ne devait pas craindre de trop multiplier les fêtes, on pourrait pousser la décomposition sociolâtrique jusqu'aux célébrations quotidiennes^ sans jamais altérer Thomogénéité du tableau. Mais en respectant les restrictions qu'exige l'existence pratique 9 il faut ici considérer surtout les quatre fêtes de cha-que mois, toujours fixées au dimanche.
Nos descendants ouvriront Tannée par la plus auguste des solennités, en adorant directement le Grand-Être , dont ils se reconnaîtront les enfants et les serviteurs. Sa nature composée et subjective , son existence fondée sur l'amour, et sa soumission à l'ordre qui! améliore, se trouveront esthétiquement caractérisées dans cette fête initiale, où toutes les âmes renouvelleront dignement leur active consécration au perfectionnement universel. Ce début synthétique, qui ne négligera point d'ho* norer convenablement les espèces auxiliaires , se développera par la célébration spéciale des divers modes ou degrés propres à l'union humaine, pendant les quatre dimanches du mois initial. Le premier glorifiera l'association universelle, fondée sur la foi démontrable, seule pleinement religieuse, mais issue d'une préparation à laquelle concoururent toutes les croyances fictives. On célèbre ensuite la plus vaste des unions partielles, celle qui, devenue essentieliement subjective, reste objectivement caractérisée par une langue commune entre des populations jadis soumises au même gouvernement. Dans le troisième dimanche , la fête de la Patrie glorifie la plénitude du lien politique, afin de mieux cultiver l'affection civique, alors profondément sentie chez des nations suffisamment restreintes. Enfin, le
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dernier jour du mpis de rBpm^nité hoQpre r^oclatipp élémentaire des familles par la commune proprement dite , dont ri^^ureuçe dénomination exprimera réellement le degré le plus inUm de Fui^ion active.
Pendit le second mpl?» p(i se concentrera le cinquième sacrement > le liep conjugal sera célébré dans tous ses modes. Le premier dimancbe honorera le mariage complet , en faisant apprécier combien Tbarmonie des époux se trouve consolidée et développée p^r leur digne concours à la sainte fonction qui leur est çopfiée envers Tenfant de T Humanité. Mais la fête suivante caractérisera mieu^ la vraie nature de l'union conjugale^ en glorifiant la perfection sppérleure d^ chaste lien où la pure identiûcation des 4mes réservera solennellement la procréation humaine aux couples les mieux aptes h Taccomplir. Ce cas, que la poésie pressentit dans le dernier phef-d'œuvre di^sfrand Corneille, cessera d'0tre anomal quand Téducatlpp univetselle aura suffisamment rjégénéré les deux sexes « avant même que la propagatipp devienne purement féminine, suivant l'hy*pptbèse ^tt chapitre précédent. On consacrera )e troisième dimancl^Q ^ rpnion, vraiment exceptionnelle, qui pe comporte qfl'qne {(uparfaite l^armonie , en vertu d'une insuffisante conformité, 4^s lors plus relative à Tâge qu*au rang, et jamais à la richesse, vu )a spppression de toute dot. En terininapt le mois fia mariage par la çélébratipn spéciale du lien ^ul^ectif résulté de la loi du yeuvage , pn appréciera coin))ien pette perpé^nité devient indispensable à l'adoration sincère du Gran()-Ê(re, essentiellement composa de morts. Quiconque serait Incapable de vivre idéalement avec le meilleur objet de sa tendresse se trouverait dès )prs impropre ^ sentir, et même à comprendre^ l'ensemble des prédécesseurs et des successeurs.
Une e^pUcation commune peut ici suffire envers les trois mois ^iilvants, vu la conformité nî^relle de« relations, paternelles.
AJENIB BUHAIN. — CHAP|TR£ DEUXIÈME. 139
filiales, et frat^roelles^ auxquelles ils sont respectivement coasacrés. Je me borpe dope à spécifier la décomposition du premier cas^ le plus {apportant et le mieqi caractérisé, mais en invitant le lecteur k transporter convenablement aux quatrième pi cipqffième niojs les ^u})djirisions dn troisième, ^a célébration initiale copcemp la pa(prpité cofpplètq p\. patprelle, sei^lq entièrement normale, on raffec^on vopée au fils repose d'abord sur la tendresse ponr )a mère, vu Tinsufl^sance d'un tel instinct cbez le sexe actif. l,p second dimïfpche glorifie le )ien volontaire, ^t pourtant complet, résulté d'pQ^ dignç adoption, même envers un adulte, totalement étranger à la famille. Quoique éipanée d^ fétichisme 9 cet^ institution ne pouvait convenir entièrement qu'au positivisme, après la transformation des théppratiques : la spcippratie la fera profondément goûter, sans / attendre qiie la procréation bumaipe devienpie indépendante du j père. Pans le \X9'^}^^^ ^imapcbe, pn célèbre la paternité, volontaire mais incomplet^, qui résplte des liens spirituels, dont l'essor dèpisif appartient au régime où chacun se trpuyera, pendant sept aps,ipitié par un même prêtre de l'Humanité. Malgré la moindre plénitude du patronage temporel , sa digne glorificaf|on terminera c^ niois, ep fai^nt apprécier, sops ses deux faces , upe relation que I4 spciocratie doit étendre et consolider d'apr^§ une liberté toujours IpcompaUhle avec la tbépcratie.
En pqn^crant ^ la dpipcsticjté l'ensemble du sixième mois, le culte fie THumanlt^ fera convenablement ressortir une insfitptipq qui 9 d^^UP^^ k compléter la fap)ille ep la liant ^ la spdét^, ne pouvaft acqp^rif son vrai paractère tant que la servitude pe^lsta. Deppis la libération personnelle» l'anarchie occidentale n'a jamais permis une digpe appréci^tipn de ce lien pécessaire, également méconpq par ^'prgueil dçp ^ands et l'ip^u))oçdination de^ pefits- V^ Y^^S^^^ d'ung existence où
tous ?*îw)>?ïprgpi d? 9çmr <ioit f^rç cp?p«pfsr \^ i^wiuq g«| ,
pour mieux concourir à conserver et perfectionner le Grand- Être» se vouent librement à seconder personnellement ses interprètes ou ses ministres. Le premier dimanche du sixième mois glorifiera le service permanent et complet, destiné surtout aux patriciens» mais toujours compatible avec les affections conjugales et maternelles, quand Tamélioration des mœurs et des situations empêchera d'être servi sans ravoir mérité. Cette fusion volontaire de deux familles doit souvent devenir telle que le sacerdoce» en proclamant la glorification finale de Tune» fera partager à l'autre sa tombe sacrée, afin que leurs descendants respectifs, et même tous leurs concitoyens, les adorent à la fois. Quoique le service spécial du commis suscite un moindre dé* vouement» Indiqué par la séparation des domiciles» sa permanence sera fêtée dans le second dimanche de ce mois» dont les autres semaines distingueront semblablement les services passagers des pages et des apprentis. Par ce dernier complément» la sociolâtrie manifestera l'universalité d'une situation liée, dès le moyen âge» à l'initiation personnelle» même chez les patriciens» et toujours propre à développer» des deux côtés, les trois sentiments sociaux.
Après avoir, dans le premier semestre» idéalisé la nature fondamentale du Grand-Être» envisagée sous tous les aspects essentiels» le culte public de l'Humanité consacre le trimestre suivant à célébrer les principales phases de sa préparation nécessaire. Mais» quoique les fêtes» auparavant statiques» deviennent Ici dynamiques, elles doivent conserverie caractère abstrait, sans lequel, outre que l'harmonie totale se trouverait altérée » une période aussi courte ne permettrait point une suffisante glorification d'un tel passé. Néanmoins, afin de mieux remplir cette condition» il convient alors de préparer la célébration abstraite du dimanche» par une solennité concrète du jeudi, vouée au meilleur type de la phase correspondante.
L'ensemble de cette commémoration paraît essentiellemeot convenir au début de notre maturité^ pour y ranimer une continuité de plus en plus altérée^ surtout en Occident^ depuis l'avénement du monothéisme. Mais le plus lointain avenir ne cessera nulle part de célébrer une initiation nécessaire, quoique sa dernière partie dût se borner aux populations chargées d'élaborer Téconomie universelle. Outre que l'évolution individuelle reproduira toujours la principale préparation, Tespritet le cœur s'accorderont à glorifier la première vie du Grand-Être,, dont la nature perfectible rappellera constamment un début qui l'honore.
Quoique le culte doive se rapporter à l'ensemble de la durée humaine, sa partie historique ne recevra jamais d'accroissement notable, ce qui permet aujourd'hui de l'instituer définitivement. Car, l'existence normale étant pleinement établie^ son essor, continu mais graduel, se trouvera nécessairement préservé des changements prononcés que devait offrir la vie préparatoire. Plus ce trimestre dynamique tend à stimuler Tinstinct du perfectionnement, plus il doit aussi le régler en faisant toujours sentir que le progrès, anarchique pendant Tinitiation, se réduit, dans Tétat normal, à développer Tordre de manière à le consolider.
D'après cette immuable circonscription du champ historique propre à la sociolâtrie , je dois maintenant caractériser spécialement ses trois éléments.
Malgré la fusion définitive de la fétichité dans la positivilé , la première enfance du Grand-Être exige une célébration dynamique. En effets cette absorption , bornée au principe, ne saurait s'étendre aux institutions , à jamais éteintes avec la situation correspondante. Considérant le fétichisme comme le début spontané du positivisme, le culte systématique de l'Humanité lui consacre donc l'ensemble du septième mois.
Sans oublier que Fexbtence nomade dura plus longtemps
142 SYàTl!*IÉ bÉ ^UTIQUB l«OSltlVÈ.
qti'aticQiie autre et prfsâ lé^ pritiMj^les baâës dte tbtitS fUHtta- Uon, on ne lu célèbre spéfeiàletnedt que pendant la première' semaine 9 vu l'Insuffisance naturelle des documenta qui la concernent. La solennité dU Dimanche fera dlguement sentir lès bienfaits , passagers ou permanents , d'un début qui ne cessera jamais d'exciter nos sympathies en rappelant notre tendance spontanée vers la vie errante des chasseurs et des pasteurs. Mais cette glorification serait iUstuffisante sans la fête préparatoire du Jeudi, consacrée à notre alliance décisive avec leâ animaux sociables , en honorant surtout les adjonctions successives du chien 5 du cheval^ et du bœuf^ auxquels on peut rattacher les autres types.
Pendant la seconde semaine, on célèbre l'irrévocable avènement de l'état sédentaire , fondement nécessaire de tous les progrès ultérieurs, tant intellectuels, et même moraut, que matériels. La solennité du Jeudi glorifie spécialement l'InsUtution du feu , première condition de Ce triple essor; le langage perpétue son souvenir en y puisant les caractères usuels de l'existence et de la religion par les mots de foyer et fêie: Alors le Dimanche idéaUse l'essor de là vie agricole , base communal de l'industrie et de la conquête, mais en faisant surtout sentir le charme, esthétique et moral, de son début spontané dans les -milieux assez favorables pour prolonger l'état fétichique.
Il faut consacrer la seconde moitié de ce mois au fétichisme systématique , caractérisé surtout par l'astrolâtrie, et résulté de l'existence sédentaire ; qui fit surgir le sacerdoce d'après l'in** stitulion des vieillards. Quoique cet état dut moins durer que le prédédent, sa commémoration mérite autant d'extension, puisqu'il devint la source nécessaire du théologlsme , tant militaire que sacerdotal. £n glorifiant ses résultats , la soclolfttrto développera les éternels regrets que mérite l'extinction violente des grandes associations qu'il ébaucha dans la Malaisie et
AVENIB HOMAIN. — CHAPITRE OUJXIÈIIE. 14S
rAméilqiie. Le troisième Jeudi do mois félicbique prépâtera sa célébration, en fêtant le cnlte do Soleil; de manière à faire sentir» par le cœur, la rationalité, profonde quoique instinctive, d'une telle adoration. Dès lors, le Dimanche accomplira la glorification abstraite de l'état astrolâtriqne, qui, source normale de la théocratie polythéique , s'est prolongé même à travers le monothéisme. Jusqu'à la doctrine du mouvement terrestre, base directe du positivisme. Ce premier mois historique finit en célébrant Fastrolâtrie militaire, qui, dans les milieux convenables, prépara le système de conquête propre an polythéisme. Sa glorification est spécialement précédée, lé Jeudi , pat la f&te consacrée à rinstitution du fer, qui , déve* loppée d'abord pour sa destination militaire, devait finalement présider à l'essor industriel.
Ainsi préparée sous tons les aspects essentiels , la célébration de notre seconde enfance, polythéique et guerrière, s'accomplit, pendant le huitième mois, eh consacrant d'abord le premier Dimanche à vénérer la théocratie, principale source de l'initiation décisive. Le Jeudi précédent fête spécialement Fin^ stitution des castes, fondement général de ce système, et destinée à former, malgré ses modifications croissantes , la garantlti estentielle de l'ordre , jusqu'à l'avènement de la soclocratie finale. Nos plus lointains successeurs sauront dignement sympathiser avec un tel régime, en développant les affinités résultées de la profession, quoiqu'elles n'aient plus besoin de se trouver consolidées par la naissance.
Le polythéisme conservateur étant ainsi glorifié ^ la seconde semaine commence, le Jeudis la célébration du polythéisme intellectuel , en fêtant ses trois meilleurs organes esthétiques, Homère, Eschyle, et Phidias. Un tel préambule conduit, le Dimanche ) à glorifier abstraitement l'ensemble de l'essor poétique i qai> brisant le joug théocratique devenu rétrograde.
\kU SYSTÈME DE POUTIQUE POSITIVE.
ouvrit dignemeDt la transition occiilentale en faisant déjà pressentir la sociocratie. Pour préparer la célébration du mouvement théorique, le Jeudi suivant fête ses sept principaux types : d'abord philosophiques. Thaïes, Pythagore, Aristote; puis scientifiques, Hippocrate, Archimède, Apollonius, Hipparque. Alors le Dimanche suffît à Tidéaiisation abstraite de cette construction vraiment décisive , quoique provisoire ou préliminaire , où le génie occidental inaugura Télaboration systématique du préambule propre à la religion universelle. Mais, le lendemain, une fête exceptionnelle, consacrée à la bataille de Salamine, personnifiée dans Thémistocle complété par Alexandre, achève d'honorer le polythéisme intellectuel en célébrant sa lutte nécessaire, et prépare la glorification du polythéisme social. Celle-ci commence, le Jeudi suivant, en fêtant les trois types essentiels de la sociabilité militaire, Scipion, César, et Trajan , dignes précurseurs de la sociocratie , d'après leur noble appréciation delà vie pacifique. Dès lors, le dernier Dimanche suffit à la célébration abstraite du système d'incorporation par lequel nos meilleurs ancêtres préparèrent directement l'ordre normal, en subordonnant la spéculation à l'action, et la vie privée à la vie publique.
Consacré spécialement à glorifier l'adolescence du Grand- Être, le neuvième mois doit pourtant honorer d*abord le monothéisme exceptionnel émané de la vraie théocratie, puisqu'il se lia profondément , tant en Orient qu'en Occident, au monothéisme normal. Son idéalisation est préparée, le premier Jeudi, par la fête de ses meilleurs types, Abraham, Moïse, et Salomon, seuls représentants concrets de l'état théocratique à travers les altérations monothéiques, vu la noble abnégation des purs théocrates. Le dimanche suivant fera toujours sympathiser les adorateurs du Grand-Être avec les divers services d'une race sacrifiée, que sa dispersion dispose spontanément à
AVENIR HCIIAIM. — CHAPITRE DEUXIÈME. l/i5
la religion nDiverselle, seule capable de Thonorer et de la relever, en réparant d'ingrates flétrissures.
On ne peut assez idéaliser le monothéisme défensif qu'en lui consacrant toute la seconde semaine, dont les six jours con* crets fêteront ses meilleurs organes^ Saint-Paul, Gharlemagne, Alflred^ Hildebrand , Godefroi , finalement Saint-Bernard , son type le plus complet. Cette dernière célébration conduit, le lendemain , à personnifier exceptionnellement la glorification systématique du moyen âge, sans altérer son caractère abstrait, en la concentrant sur la suave adoration qui résuma le catliolicisme et la chevalerie. Habitués^ d'après l'ensemble de l'éducation positive^ à vénérer la Vierge comme Temblème spontané • de r Humanité , les serviteurs quelconques du Grand-Être pour- 1 ront ainsi sentir davantage la phase aflTective de la transition | occidentale.
Mais, pour que l'élaboration nécessaire de la religion universelle se trouve suflSsamment glorifiée , il faut consacrer la semaine suivante à célébrer dignement le monothéisme islamique, qui pouvait seul préparer le positivisme en Orient. C'est pourquoi le jeudi fête personnellement son incomparable fondateur, qui, mieux qu'aucun autre rénovateur, pressentit la nature provisoire et Textension restreinte de la construction par laquelle il adapta de nobles peuples à l'état final. Le dimanche accomplit l'idéalisation abstraite de l'islamisme, en représentant les avantages , intellectuels et moraux, propres h la confusion monothéique des deux puissances, malgré le retard passager qu'elle imposa d'abord aux orientaux. Pour compléter le tableau de la filiation , une fête exceptionnelle célèbre, le lendemain^ la bataille de Lépante, dernière gloire de l'instinct guerrier, et digne complément de Salamine. Quand la religion positive aura rallié les descendants respectifs des musubnans et des catholiques, les premiers sentiront mieux que
les seconds le prix d'une journée qui , marquant la fin de leur essor militaire, inaugura leur vie industrielle.
Enfin, la dernière semaine du trimestre historique doit célébrer l'ensemble de la révolution occidentale , où Fanarchie politique concourut à la préparation, spirituelle et temporelle, des éléments directs de Tordre final. Pour que le dimanche y puisse assez accomplir l'idéalisation abstraite du mouvement organique et critique , il faut d'abord que le jeudi fête dignement son représentant le plus complet, l'incomparable Frédéric. Mais cette célébration décisive , où s'annonce la grande crise , doit être précédée par la glorification successive des deux types intellectuels du mouvement moderne , Dante et Descartes.
Voilà comment la sociolâtrie idéalise annuellement l'ensemble de l'initiation humaine, en mêlant vingt et une fêtes concrètes aux douze célébrations abstraites du trimestre historique. Cet immense tableau, qui résume esthétiquement le troisième volume de ce traité, sera toujours compris suffisamment par quiconque aura dignement reçu Tinstruction encyclopédique, où la philosophie de l'histoire se trouvera convenablement expliquée. L'inégalité nécessaire de la répartition des trente-trois fêtes dynamiques entre les différentes phases du passé fondamental ne constitue aucune discordance dans un spectacle où l'étendue doit se régler, non par la durée, mais d'après le mouvement. Quoique la glorification de l'âge théocratique soit ainsi réduite à deux solennités, cette condensation devient un nouvel hommage à la profonde stabilité du seul ordre complet que comportât l'ensemble de notre première vie. De même, en bornant à deux fêtes l'idéalisation romaine, on fait mieux ressortir l'admirable homogénéité qui caractérise la plus décisive des trois phases propres à la transition occidentale. Avant que le culte positif et l'éducation correspondante aient partout prévalu, ce
système de célébrations pourra suffire pour préparer à la religion umverselle des spectateurs quelconques, aussi bien que les jeunes fils des vrais croyants. Une telle aptitude devra même se manifester aussitôt que la sociolâtrie se développera dans la métropole humaine , où les âmes avides de culture viendront, de toutes parts ^ susciter ainsi l'essor systématique de riostinct de continuité.
D'après ce tableau, la combinaison déOnitive entre le fétichisme et le positivisme se trouve solennellement consacrée* Car^ notre première enfance y présente autant de fêtes que l'ensemble de la seconde, sans avoir pu cependant laisser aucun nom. Ses célébrations concrètes olTrent un caractère, non moins dogmatique qu'historique, propre à faire sentir combien Fadoration primitive du monde extérieur était spontanément conforme aux tendances finales de l'humanité.
Je dois mahitenant expliquer comment le culte public y après avoir célébré la nature fondamentale du Grand-Être et glorifié son initiation nécessaire, idéalise sa providence normale pendant le dernier tiers de l'année positiviste. Toutes les solennités, même accessohres, y redeviennent essentiellement statiques^ comme dans la première moitié ; le trunestre intermédiaire devant seul offrhr un caractère dynamique. Mais le sentiment historique se mêle partout à l'idéalisation dogmatique , pour y faire toujours sentir la série de préparations qu'exigeait chaque lien et le peifectionnement continu de chaque fonction.
Le dixième mois glorifie la providence morale du Grand-Être, spontanément confiée au sexe aimant Toutes les notions résultées de l'éducation sur l'universelle prépondérance du sentiment s'y trouvent dignement idéalisées. En même temps, le culte public y sanctionne directement l'ensemble du culte privé qui lui fournit une base nécessaire. Car, chacun des vrais croyants y peut spécialement appliquer à ses déesses domes-
tiques la célébration abstraite et générale de la femme^ successivement glorifiée comme mère, épouse, fille, et sœur, dans les quatre Dimanclies de ce mois. Sans aucune fête accessoire, une adoration aussi normale suffit pour ranimer profondément, chez toutes les âmes, le sentiment des bienfaits croissants du sexe affectif et des devoirs continus que cette appréciation impose au sexe actif. Vu Theureuse uniformité de l'office féminin , chaque digne femme se trouvera suffisamment honorée par cette glorification collective, en laissant aux hommes les célébrations personnelles qu*exige leur imperfeclion morale. Néanmoins, quand l'état normal sera pleinement développé, le clergé pourra consacrer les Jeudis de ce mois à des types convenablement appréciables, non-seulement locaux, mais même universels, sans recourir aux exceptions émanées de la vie publique.
Réservé spécialement à la providence intellectuelle, le mois suivant commence sa glorification croissante en honorant son essor incomplet, où le savant et Tartiste, trop peu doués de tendresse ou d'énergie , restent impropres au sacerdoce. Quoique ce cas, longtemps habituel, doive redevenir, dans la sociocratie, autant, et même plus, exceptionnel que sous la théocratie, Usera toujours assez fréquent pour mériter une consécration distincte, qui toutefois fera convenablement sentir son imperfection. Après cet hommage initial envers les pensionnaires du sacerdoce, la reconnaissance publique honorera, le second dimanche, le degré préparatoire , oh le théoricien reconnu susceptible de vocation sacerdotale aspire à s'incorporer au clergé positif.
Quant à ces deux modes préliminaires, il convient, pour compenser le discrédit résulté de leur imperfection, d'instituer, les deux premiers Jeudis de ce mois , deux fêtes accessoires en l'honneur d'abord de l'art, puis de la science.
La troisième semaine commence la célébration définiti^re en
glorifiant le grade secondaire , où ie clerc participe aux fonctions intellectuelles par renseignement et la prédication , sans pouvoir encore exercer l'office social de consécration ou consultation. Malgré leur irrévocable incorporation au sacerdoce y ces vicaires ne comportent point un caractère assez prononcé pour motiver aucune fête additionnelle ^ sauf les célébrations personnelles que fera peut-être surgir le développement de la religion universelle. Ainsi préparée , la glorification directe du sacerdoce complet s'accomplit, le dernier Dimanche de ce mois, sans exiger^ même envers le suprême pontificat, aucune distinction dans un office nécessairement homogène. Une telle solennité doit seulement être précédée, le Jeudi, par une fête spécialement consacrée aux vieillards, qui, précurseurs naturels des prêtres, deviennent finalement leurs auxiliaires normaux.
Pendant le douzième mois , la sociolâtrie honore successivement les quatre modes généraux de la providence matérielle confiée au patriciat. L'ensemble de ces solennités doit esthétiquement développer les sentiments respectifs de vénération et de dévouement excités, chez les inférieurs et les supérieurs, par l'éducation et l'activité. Rangeant les éléments du pouvoir pratique suivant la généralité décroissante et l'indépendance croissante, le culte fera sentir la dignité supérieure de celui qui, principal condensateur de la richesse , est à la fois moins appréciable et plus envié. Sauf ce suprême patriciat, où se recrute le triumvirat civique, chacune des classes essentielles comporte, d'après la diversité des offices, des distinctions qui semblent motiver des fêtes accessoires, assez multipliées pour occuper tous les jours de chaque semaine. Mais, outre les inconvénients matériels d'une telle extension , elle ofiTrirait des dangers moraux, en développant, chez les supérieurs, des rivalités toujours imminentes, et suscitant, parmi les inférieurs, des luttes con-
traites à rhomogénéité du prolétariat. Toutes les fêtes additionnelles que parait exiger la glorification du commerce^ de la fabrication^ et surtout de Tagriculture ^ peuvent être assez remplacées par les processions solennelles qui compléteront les célébrations hebdomadaires. Quand Télat normal aura suffisamment duré^ les Jeudis pourront se consacrer à la commémoration publique des types qui mériteraient une glorification concrète, le plus souvent nationale, mais quelquefois universelle. Néanmoins, l'ensemble du mois patricien exige une fête distincte en Thonneur du protectorat volontaire auquel se voueront spécialement les meilleurs chefe, soit au début de leur carrière pratique , soit après ravoir accomplie. Destinés , comme leurs précurseurs militaires, à prévenir ou réparer Foppression qui menacera toujours la faiblesse matérielle, parmi les femmes, les prêtres, et les prolétaires, ces chevaliers industriels méritent une glorification collective , indépendante de leurs offices respectifs. Fixée au premier Jeudi , leur fête indique le dévouement général des forts aux faibles, et la tendance spéciale du suprême patriciat vers cette destination normale de la puissance temporelle , dont la concentration doit ainsi devenir mieux appréciable.
n faut achever d'idéaliser la constitution générale de la sociocratie, en célébrant, pendant le mois final de Tannée positiviste, l'ensemble du prolétariat, où réside nécessairement l'uniforme complément de la providence humaine. La tendance naturelle au contrôle continu des pouvoirs spéciaux sera tellement développée par l'éducation universelle que l'activité particulière, toujours accessoire sans être jamais négligée, n'y pourra susciter aucune décomposition. Les quatre célébrations de ce mois ne se distinguent point d'après la nature des occupations, mais suivant le mode on degré du caractère commun.
C'est pourquoi )e premier Dimanche glorifie le prolétariat
complet, OÙ Tactivité matérielle se concilie spontanément ^ nonseulement avec l'essor moral, tant civique que domestique^ mais avec la culture intellectuelle^ théorique et même esthé- , tique. Pour mieux caractériser cette célébration prépondérante, on doit la préparer, le Jeudi , par la fête générale des Inventeurs, spécifiée envers leurs principaux types: Guttemberg, Colomb, Yaucanson, Watt, et Montgolfier; qui présentent une diversité suffisante. En les puisant tous dans la première vie du Grand- Être, on fait sentir que la seconde ne comporte point de telles glorifications. Destinée surtout à régler les forces que l'autre fit surgir, elle doit développer davantage l'office social des prolétaires que leur fonction industrielle, malgré le perfectionnement continu , mais de plus en plus secondaire , de celle-ci. Toutes leurs aspirations à la gloire personnelle résulteront surtout de la vie publique, d'après leur digne intervention comme auxiliaires nécessaires et contrôleurs normaux des deux pouvoirs spéciaux. Néanmoins, la fête préparatoire fera sentir que les inventeurs y sont toujours célébrés à titre de prolétaires, même quand ils semblent participer au patriciat. Il importe, en effet, que le culte. Idéalisant le régime, caractérise les patriciens d'après l'aptitude administrative, en représentant les découvertes industrielles comme réservées aux plébéiens, quoiqu'elles y deviennent de plus en plus accessoires.
Afin de compléter la célébration publique du prolétariat normal, il faut consacrer le second Dimanche du mois populaire à la glorification spéciale de la femme plébéienne. Dans une constitution sociale où toutes les femmes deviendront essentiellement prolétaires, d'après leur libre renonciation aux héritages quelconques, la sainte uniformité de leur office fondamental n'empêchera point les modifications résultées du rang. Malgré la communauté d'éducation , la situation populaire est tellement propre à développer les principaux attributs du sexe
aimant qu'elle exige cette solennité spéciale, qui pourra comporter ultérieurement des personnifications préparatoires.
Dans le troisième Dimanctie, on commence la célébration du prolétariat incomplet en honorant le digne essor de Texistence plébéienne quand l'activité s'y trouve altérée par des tendances contemplatives qui ne peuvent assez prévaloir. Quoique le sacerdoce doive, plus même que le patriciat, se recruter essentiellement parmi les prolétaires , sa restriction nécessaire ne permettra point de satisfaire la plupart des aspirations que l'éducation fera surgir. Tant qu'elles restent subordonnées aux devoirs pratiques, elles suscitent , au sein du peuple , une classe malheureuse mais honorable, qui peut, outre sa glorification collective, admettre des illustrations personnelles, en perfectionnant l'office social du prolétariat
Un plein développement de ce cas conduit à terminer le treizième mois en célébrant l'existence populaire quand elle est devenue essentiellement passive. Cette transformation peut résulter d'une prépondérance exagérée des aspirations spéculatives, ou d'une situation contraire au développement de Tactivité spéciale. Â l'un et Tautre titre , la mendicité , même permanente, mérite une solennité distincte dans un culte qui, devant idéaliser l'existence réelle, ne saurait négliger un résultat nécessaire de l'ensemble des Imperfections humahies. Dignement 'honorée 5 au moyen Age, quand la sagesse sacerdotale savait consacrer l'instinct universel , elle doit l'être davantage par la sociolâtrie , à la fois plus sympathique et mieux synthétique. Les anarchiques répugnances de l'empirisme métaphysique indiquent, à cet égard, une vicieuse appréciation de la destination sociale du prolétariat. Il suffit d'y distinguer la fonction civique et l'office industriel pour sentir aussitôt que» malgré leur coexistence normale, la première peut mériter d'être honorée quand le second cesse entièrement. On doit
même regarder cette célébration comme ébauchée déjà par l'admirable idéalisalion qui domine l'un des nombreux cbefed'œuvre du principal génie poétique propre au siècle exceptionnel.
Outre cette annonce spontanée, d'autant plus décisive qu'elle surgit à travers l'égolsme industriel et protestant ^ le passé fournit, h. cet égard, un type direct et collectif^ par Féminente institution des ordres mendiants. Son admirable fondateur doit donc être spécialement glorifié le Jeudi qui précède la célébration abstraite du prolétariat passif, dont il deviendra Tétemel patron 9 en caractérisant, sous le mode propre au treizième siècle, l'action sociale d'un tel complément. Historiquement considérée , cette fête permet d'ailleurs d'apprécier dignement la seule tentative pleinement honorable, quoique nécessairement insuffisante, pour empêcher l'irrévocable décadence du catholicisme.
L'année positiviste se termine en consacrant son jour complémentaire à glori^er 'l'ensemble des morts, dominateurs nécessaires des vivants. En rappelant l'initiative catholique , cette fête finale manifeste la supériorité de la systématisation positive, qui pouvait seule instituer l'entière universalité des commémorations. Aflectivement liée à la célébration de la veille, elle prépare spontanément l'incomparable solennité qui doit , le lendemain, renouveler Tannée par l'idéalisation directe de l'amour universel.
Enfin, le système sociolâtriquc comble sa dernière lacune en plaçant, à la fin de chaque année bissextile, la fête collective des femmes personnellement sanctifiées. Quoique le sexe aimant ne comporte ni n'exige d'autres glorifications individuelles que celles qui résultent de son efficacité domestique, cependant Téducation encyclopédique y doit multiplier les dignes exceptions, même actives et surtout spéculatives. Le
i5& STSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
coite irablic de l'HumaDité resterait donc incomplet si la celébration supplémentaire ne rappelait, tons les quatre ans, ses meillears représentants, dont qaelques*uns comporteront une glorification personnelle.
telles sont les huitante-une solennités , accessoires ou principales, qui constituent Fadoration annuelle du Grand-Être par ses serviteurs réunis dans ses temples. Propre à compenser l'abstraction qu'exige le culte direct de l'Humanité, cette publicité doit en augmenter l'efficacité morale en développant les sympathies naturelles des assistants, dont chacun peut alors envisager Tensemble des autres comme représentant la suprême existence. Mais ces célébrations collectives ne comporteraient qu'une Insuffisante réaction , plus esthétique qu'affective , sans les habitudes solitaires d'adoration intime. Outre que le culte personnel fournit la base spontanée des deux autres, il est seul pleinement libre ; ce qui doit beaucoup augmenter son influence normale. Quoique le sacerdoce puisse détourner le patriciat d'imposer aucune participation aux cérémonies religieuses, il ne saurait empêcher Tophiion de flétrir ceux qui s'abstiendraient des sacrements sociaux ou des fêtes publiques. L'éclat de ces solennités ne doit donc faire jamais oublier l'efficacité supérieure des effusions quotidiennes, où chaque croyant, devenu son propre prêtre, travaille librement à son principal perfectionnement, en vénérant secrètement les représentants domestiques du Grand-Être. Il faut cependant reconnaître que, réciproquement, la participation normale aux démonstrations collectives peut seule préserver le culte intime de susciter habituellement des tendances mystiques et même égoïstes, qui dé*tourneraient vers l'élément l'adoration due à l'ensemble.
Pour faire mieux apprécier la coordination générale du culte public. Je rai résumée dans le tableau ci-joint {Foyez le tabkau [A] ei'de$80us)y où chaque indication tracée en italique et
placée entre parenthèses désigne une fête accessoire. La succession de ces solennités , qui célèbrent tous les aspects de l'existence humaine , doit offrir un puissant attrait aux âmes capables d'en saisir Tensemble. Mais leur efficacité morale ne sera profonde que si raccomptissement de chacune d'elles laisse le regret de vofar s'écouler une année avant son retour, au lieu de faire désirer la suivante pour multiplier les émotions esthétiques.
Afin de compléter l'exposition sociolâtrique^ je dois ajouter ici deux explications secondaires, qui n'auraient pu s'y placer sans interrompre son cours. L'une concerne les édifices propres au culte positif, et l'autre les moyens esthétiques qu'il exige.;
Mon discours préliminaire sur l'ensemble du positivisme a déjà caractérisé sulQsamment la symbolisation matérielle de l'Humanité par la sculpture et la peinture. L'expression monumentale ne saurait aujourd'hui comporter une telle détermination, soit en vertu de Tessor plus tardif des conceptions propres à l'architecture, soit d'après le concours plus étendu qu'exige leur exécution. Vu la réalité complète et la pleine opportunité du positivisme , les temples qui lui conviennent surgiront plus promptement que ceux du catholicisme hostile au milieu qu'il venait modifier. Néanmoins , le culte occidental de l'Humanité devra d'abord s'accomplir dansles édifices consacrés àl'adoration publique de son dernier précurseur. Us conviendront davantage à la sociolâtrie que les temples du polythéisme ne purent s'adapter aux besoins du monothéisme. Car l'enseignement et la prédication qu'introduisait celui-ci demandaient d'autres constructions que celles qui suffisaient aux cérémonies , essentiellement extérieures, du calte antérieur. Quoique le positivisme doive donc modifier moins l'architecture religieuse que ne dut le faire le catholicisme, ses fêtes, autant relatives au
dehors qu'au dedans, exigeront pourtant des innovations qui ne sauraient encore être spécifiées*
Je puis toutefois déterminer déjà la situation normale des temples positivistes, et même leur disposition générale, indiquées Tune et l'autre par la nature et la destination du culte de THumanité. Les morts dignes de survivre formant les principaux éléments du Grand-Être , son adoration publique doit s'accomplir au milieu des tombes d'élite, entourées chacune d'un saint bosquet , pour y recevoir les hommages domestiques et civiques. En second lieu, la religion universelle développera l'une des meilleures inspirations de l'islamisme, en dirigeant partout le grand axe du temple et du bois sacré vers la métropole humaine, que Tensemble du passé fixe, pour longtemps, h Paris. Cette touchante convergence, que le kebla musulman étend à toutes les attitudes religieuses, même après la mort> recevra naturellement un semblable complément dans le seul culte susceptible d'une pleine unanimité. Plus récente et plus sociale que la foi de TOccldent, celle de l'Orient dut mieux manifester les aspirations directes à la véritable universalité.
Quant à la distribution intérieure des temples positivistes, elle comporte seulement deux prescriptions immédiates. D'abord, le sanctuaire » où la statue de l'Humanité domine la chaire sacrée, doit pouvoir contenir un septième de Vauditoire, afin que l'inlerprète du Grand-Être s'y trouve entouré des femmes d*élile qui constituent sa meilleure représentation. En second Heu , chacune des sept chapelles de chaque côté renfermera la statue de l'un des treize organes principaux de rinitiation humaine, entouré des bustes de ses quatre meilleurs adjoints, en réservant la quatorzième chapelle au groupe des types féminins.
D*après Texposition précédente, le culte positif ouvre un champ immense à Tessor esthétique, non-seulement envers l'art fondamental, mais aussi pour son double complément.
AYEmR HUMAIN. — CHAPITAB DEUXIÈME. 157
phonique et plastique. Un tel développement semble d*abord exiger une classe spéciale, qui, quoique accessoire, altérerait la dignité du sacerdoce et pourrait compromettre son unité. Mais 9 en surmontant les habitudes occidentales, on reconnaît que tous les besoins sociolâtriques peuvent se satisfaire sans vouer personne à l'exercice exclusif et continu des facultés d'expression, dont la prépondérance est aussi dégradante pour l'individu que funeste à la société. Car, le clergé peut suffire à toutes les compositions, poétiques, phoniques, et même plastiques, qu'exigera le culte, en accordant des dispenses partielles et temporaires aux prêtres aptes à ce service exceptionnel, comme envers les travaux scientifiques. Quant à l'exécution collective des manifestations, mimiques ou musicales ^ propres aux (êtes .publiques, la plénitude esthétique de l'éducation universelle 7 disposera tellement chaque fidèle que le concours de tous les croyants assurera, mieux qu'au moyen âge, l'efficacité des expansions.
L'ensemble de ce chapitre confirme spontanément les prévi* sions systématiques de son préambule envers l'ordre définitif des trois parties de la religion positive. On peut maintenant sentir combien la prépondérance du culte sur le dogme convient à la nature du positivisme et consolide sa destination. Dans l'exposition que je viens d'accomplir, on n'a jamais éprouvé le besoin de la constitution analytique que le chapitre suivant doit développer envers la doctrine fondamentale, dont l'appréciation synthétique suffit à la sociolâtrie.
Si la situation matérielle de l'humanité n'exigeait point un exercice continu de l'intelligence et de l'activité, cette culture directe des instincts altruistes les ferait assez prévaloir sur les penchants égoïstes, malgré la supériorité naturelle de ceux-ci. Mais le culte, qui pouvait suffire avant que notre seconde enfance suscitât l'essor théorique et pratique, a besoin, dans
notre maturité^ d'être assisté du dogme et do régime pour préserver notre moralité des perturbations propres à ce double mouvement. Il faut donc expliquer maintenant comment, d'après l'idéal sociolâtrique^ la spéculation sociologique et l'action sociocratique font finalement concourir à notre perfectionnement moral ces conditions insurmontables^ en rendant collective une évolution d'abord individuelle.
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TABLEAU SOCIOLATRIQUE,
RisuuiBT iH 8i rtns IMUILLIS
Taloradoi uiTenelIe de riUMANITÉ.
(Li tadUe. la HVtk, l'Innlté.)
l«r Mois. I.'HlJIIARITÉ.
LE llAAU«B.
LA PATKBinTé. .
|i«' Jourderannée. . File synthétique du Graïut-Étre. / ndigieuse.
Fêtes hebdomadaires Ihistorioue.
de rUnion sociale, natioiiue.
communale.
! complet, chaste, inégal, subjectif.
complète. . .
incomplète. .
( naturelle.
• » artificielle.
I spirituelle.
' ( temporelle.
Mêmes subdivisions.
Idem.
jpennan^te. .{^^^
\ passagère. . . Même subdivision.
I spontané. . .
I systématique,
I conservateur, intellectuel.
{Salamine.) social. . . .
théocratlqne.
catholique. .
islamique. .
(Lèpanie).
métaphysique.
mère.
épouse.
fifie.
( nomade. (Fête des Animaux.) \ sédentaire. (Fête du Feu.) 4 sacerdotal. (F<?/« du Soleil.) ' \ militaire. {Fêle du Fer.) . {Fête des Castes.) [ esthétique. {Homère^ Eschyle, Phidias.) . } /Thaïes, Pythagore, Aristote;
j théorique. ( Uippocrate, Archimède, \ \ Apollonius^ Hipparque.
. [Scipion, César, Trajan.) . {Abraham, Moise^ SaUmm.) (Saint-Paul.) ICharlemagne.) (Alfred.) iHtldebrand.) (Godefroi.) XSaint'Bemard.)
{Mahomet.)
, (Dante.) I (Descartes.) (Frédéric.)
\l2m« Mois. LB PATBICLàT. ,
PiffUcMi MlérieUe.
(incomplet. . . (Fête de T Art.)
7 préparatoire. . (Fête de la Science.)
I rïpflnifif I secondaire.
joeamiir. . . .(principe, ^pg^^ ^ ViiUlards.)
r banque. (F^/e des Chevaliers.) . I coDunerce.
\ fabrication.
\ agriculture.
(actif. (Fête des Inventeurs : Gutlemberg, Colomb, VaHcanton, Watt,Montgolfter.) affectif, contemplatif, passif. {Saint'François-é: Assise.)
Jour complémentaire Fête universelle des Moets.
Jour bissextile. Fête générale des Saintes Femmes.
Ptfii, le nMd 7 AreUMlQ M (i«' trriUm). Adousib Comte, (10, rne Monsîenr-le-Prince^ {SflUémedspolitùtuo poiitive, tome quatrième, page IW.)
160 SYSTi-ME DE POLITIQUE POSITIVE.