‹ Système de politique positive (volume 3)Chapitre 13 sur 43 · SYSTÉMATISATION FINALE DO DOGME POSITIF · texte numérisé non relu

SYSTÉMATISATION FINALE DO DOGME POSITIF

En considérant l'ensemble du problème humain, subordonner Végolsme à raltruisme , on voit sa solution dépendre surtout du bon emploi de rintelligence. L'activité , toujours indifférente entre le bien et le mai , aspire seulement à s*exercer, et peut ainsi servir, de préférence , la sociabilité, qui lui procure plus d'essor que la personnalité. Moins énergique, rintelligence se borne volontiers à l'exercice commandé par les besoins individuels , et répugne aux efforts supérieurs qu'exige la destination sociale. Toutefois , celle-ci peut seule fournir à l'esprit les satisfactions qu'il désire, en le vouant à l'ordre vers lequel il tend. Cette consécration ne saurait pourtant surmonter la torpeur naturelle de l'intelligence , si le sentiment n'a point développé d'abord le besoin d'unité. Voilà pourquoi l'amour du beau doit autant présider à la recherche du vrai (|u'à Faccomplissement du bon. Quoique l'idéal repose toujours sur le réel, il n'en exige point la connaissance analytique, mais seulement l'appréciation synthétique.

Telle est la situation normale où se trouve Fesprit en abordant rétude du dogme sous Tlmpulsion résultée du culte. L'essor régulier du sentiment a développé le goût et Finstinct de Tordre , en faisant apprécier son aptitude à consolider Tamour par la soumission ^ seule capable de le préserver des fluctuations dues à la multiplicité des inspirations. Cette disposition doiticiprévaloird'aprèsrarrangement que j'ai définitivement établi pour les trois parties de la religion positive. Elle représente la tendance plus prononcée qui résultera du cours naturel de l'éducation universelle ^ où l'instruction théorique ne commencera qu'après la préparation affective , et même esthétique, émanée de l'existence domestique. Outre qu'il aura déjà reçu deux sacrements sociaux et souvent admiré les fêtes publiques^ le jeune adepte se trouvera surtout disposé par l'adoration Intime à subir convenablement l'élaboration abstraite. Sa propre expérience lui fait ainsi reconnaître l'importance de l'ordre qu'il s'est volontairement prescrit, et le conduit ensuite à respecter, et même chérir, les règles indépendantes de lui, tant naturelles qu'artificielles. Préservé des impulsions égoïstes par la satisfaction providentielle de ses besoins personnels, il peut alors apprécier directementles dispositions sympathiques et sentir profondément leur liaison spontanée avec les habitudes synthétiques.

C'est ainsi que, dans l'état normal, l'étude du dogme se trouvera toujours entreprise d'après la situation de cœur, et même d'esprit, la plus favorable à sa pleine efficacité. Tous les efforts qu'exige maintenant restitution du vrai point de vue théorique seront alors évités par son avènement spontané. Les forces cérébrales pourront donc se concentrer directement vers l'élaboration de l'analyse objective qui doit développer et consolider la synthèse subjective résultée du principe fondamental et manifestée dans le culte. Sans craindre aucune divagation ,

on étudiera toujours le dogme suivant sa double desllnation, compléter le culte et préparer Iç régime. Ou sentira que Texistence théorique consiste surtout à perfectionner Tunlté , personnelle ou sociale , en consolidant sa source sympathique par sa base synthétique.

Afin de mieux apprécier la destination normale du dogme, il faut d'^ord supposer la cessation subite de Tordre naturel « autant du moins que nous pouvons la concevoir sans contradiction. Cette hypothèse peut se régulariser d'après la distinction habitaelle ^tre les trois sortes de lois, morales, intellectuelles , et physiques, dont nous acquérons successivement la notion spontanée, tes premières sont tellement nécessaires à l'existence cérébrale que nous ne pourrions aucunement la concevoir sans elles t faute d'y trouver des* tendances fixes, Uais on peut davantage supposer la suspension des lois intellectuelles , vu leur tardive appréciation , restée jusqu'il présent insuffisante , même che2 les meilleurs esprits Néanmoins, c'est surtout envers les lois physiques qu'une telle hypothèse doit être aisément conçue , puisque Tétat subjectif et l'essor poétique s'affrapcbîssent souvent de leur joug.

RestrehAte ainsi ^ cette fiction devient cependant contradictoire quand op a reconnu la subordination de Tordre humain ^ Tordre extérieur. Car les phénomènes les plus particuliers et les plus compliqués ne sauraient être conçus comme réglés, si les plus généraux et les plus simples étaient supposés sans lois. Mais cette contradiction suffirait d^à pour montrer combien l'ordre, môme physique, se lie à Tensemble de notre exis^ tence. D'ailleurs, Thyppthèse indiquée n'a point une desthia« tion scientifique} elle est seulement instituée ici comme artifice logique afin de faire mieux ressortir la participation nécessaire du dogme à la constitution de Tunité fondée par le culte. Pour un tel usage^ il suffit que , malgré leur subordination mutuelle >

les diverses c]m&^ des iQjs soient radiqalemept distinctes ( ainsi que l'indiquent les longs intervalles qni séparent leurs appré* dations respectives.

On peut augmenter Tefficacité de cette fiction en considérant successivement les divers degrés qu'elle comporte suivant la suspension plus ou moins complète de Tordre universel. En le supposant réduit autant que possible, c'est-à-dire borné seule^ louent aux lois morales i l'unité ne saurait jamais surgir et sur** tout durer, quand on attribuerait même une faible énergie aux instUic(s personnels, Car l'instabilité des pensées et des situa*tion^ ne permettrait aux sentiments d'acquérir aucune oonsi$tance ; en sorte que nous flotterions indéfiniment sous Timpulsiou de vagues sympathies. Notre état serait presque le même si Tordre intellectuel complétait Tordre moral, sansqae les lois physiques reprissent leur empire. L'instabilité qui subsisterait bors du cerveau sufiBrait alors pour empêcher encore l'harmonie humaine ; puisque les projets inspirés à Tesprit par le cœur ne comporteraient aucune fixité faute d'issue possible, et Qous feraient mieux sentir notre impuissance. Si la suspension des lois se bornait à Tordre matériel, en sorte que Tordre vital se Joignit à Tordre humain, Tharmonie resterait insuffisante , quoique la fluctuation diminuât. Pour compléter cette dernière fiction , à la fois mieux appréciable et plus décisive que les deux autres, on y peut ajouter la supposition que le milieu nous diqiensât d'activité continue, et Ton sent encore que l'unité demeurerait bnipossible ou précaire.

Sans insister davantage sur de telles considérations , on doit ici reconnaître la nécessité du concours entre l'intelligence et le sentiment dans l'institution et le maintien de Tétat synthétique, quoiqu'il résulte surtout des impulsions sympathiques. Nos meilleures aflbctions seraient incapables d'établir notre hanAonie si qous n'étions pas forcés de subir un ordre indé-

i6& SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

pendant de nous^ mfime envers nos propres phénomènes. Mais la prépondérance du coenr sar l'esprit reste pourtant la source essentielle de l'unité ; parce que nous sommes ainsi poussés à l'accomplissement de ses conditions intellectuelles , et disposés à chérir une nécessité qui nous améliore.

Voilà comment le culte , en développant l'amour, consacre le dogme, indépendamment des exigences de l'activité, comme indispensable à l'harmonie, tant individuelle que collective. Ce n'est pas seulement pour modiûer l'ordre universel que nous devons le connaître : nous l'étndions surtout afin de le subir dignement, suivant la théorie fondamentale de l'unité , résumée par la construction du mot religion , ob le dehors consolide le dedans. Les lois les plus modifiables sont aussi celles qui font le mieux sentir que leur perfectionnement, loin de nous affranchir, consiste à nous lier davantage^ de manière à développer et consolider notre unité. Dans l'état normal, où l'amour conduit à la foi, nous commençons par respecter et chérir ces liens artificiels qui tendent toujours à faire prévaloir nos meilleurs instincts, et nous étendons bientôt la môme appréciation jusqu'aux nécessités insurmontables. Quand la marche devient inverse, comme l'exigent lescasanarchiques, elle est à la fois moins noble et plus difficile ; parce que la soumission prend alors un caractère oppressif, qui nous dispose à la restreindre au lieu de la développer.

Le cœur doit donc régler toujours, quoique l'esprit puisse seul lui dévoiler les relations susceptibles de prévaloir. Mais la domination du sentiment , loUi de pouvoir devenir hostile à Tintelligence, lui procure une consécration que l'essor abstrait n'aurait jamais comportée. £n fondant l'unité sur la subordination de l'égolsme à l'altruisme^ la religion positive sanctifie, au nom du Grand-Être, les pensées comme les actes, qui peuvent, même indirectement, consolider ou développer les instinctssympathiques.

Une telle consécration se trouve constamment accompagnée d'une salutaire discipline y sans laquelle Fesprit ne sortirait de sa torpeur qu'en suivant sa pente naturelle vers les spéculations oiseuses. La préférence qu'il leur accorde^ sous prétexte de dignité^ dérive toujours de sa faiblesse ^ soit qu'il ne puisse continuer ses recherches qu'en oubliant sa destination , soit qu'il redoute la difficulté supérieure des questions essentielles. Cette dégénération ne peut être assez contenue que d'après l'ensemble des influences propres à l'état positif, la liaison constante de la culture théorique avec l'office sacerdotal, le caractère encyclopédique des spéculations habituelles, et l'incessante surveillance du public

Telles sont les considérations normales que des divagations anarchiques m'obligent aujourd'hui de rappeller spécialement, afin que l'étude du dogme soit convenablement instituée et poursuivie 9 malgré la faiblesse qui dispose l'esprit à négliger le but pour les moyens. Notre infirmité ne cessera jamais d'exiger des précautions continues afin d'empêcher l'intelligence de trahir le Grand-Être , en se vouant à l'égolsme au lieu d'assister l'altruisme. Cette tendance , peu redoutable avant le dévelop* pement du génie théorique y suscite le principal embarras de la discipline humaine , depuis que l'esprit se trouve constamment employé , soit pour agir^ soit afin de régler. Mais, si la difficulté devient surtout propre à l'état positif^ 11 offre aussi plus de ressources contre elle que n'en comportait la constitution théologique, otr l'intelligence pouvait aisément sanctifier ses déviations quelconques. Fondée d'abord en posant la morale au sommet de la hiérarchie encyclopédique , la discipline spéculative se trouve maintenant complétée en plaçant le dogme après le culte. Quand on aura pu consacrer ainsi l'esprit au service du cœur, on devra considérer le problème humain comme autant résolu qu'il puisse Tétre. En effet, on n'éprouvera

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dès lors aucun embarras essentiel pour instituer convenablement Taclivité^ dont les déviations sont surtout dues aux trahisons de Tintelligence envers le sebttment.

Quelque normale que soit une telle discipline^ et malgré son urgence actuelle , il faut pourtant reconnaître que son opportutiité commence seulement avec la situation qui la rend possible. Tant que dura notre première vie, destinée à faire surgir nos forces quelconques sans pouvoir suflisamment les régler, l'esprit positif dut s'exercer sur toutes les théories qu^il était capable d'aborder, en préférant les plus faciles aux plus importantes. Outre qu'il ne pouvait alors se vouer à l^élaboration d'une synthèse dont la nature et la source restaient inconnues, cette concentration prématurée l'aurait empêché de développer ses aptitudes abstraites par un exercice plus logique que scientifique. Le génie théorique ne se trouva réglé que d'après la réaction, plus répressive que directrice, de la discipline théologique, toujours incapable de l'atteindre convenablement faute d'homogénéité. Mais l'essor abstrait, quoique emphrique et dispersif, a, sous l'impulsion croissante de l'Humanité, graduellement emi)rassé des questions plus importantes et plus difficiles. Il a dès lors tendu vers une discipline décisive, qu^il peut d'autant moins récuser qu'il en a spontanément fourni la base théorique. Elle a directement surgi quand la positlvtté s'est irrévocablement étendue à son principal domaine par la fondation de la sociologie, bientôt suivie de l'élaboration systématique de la religion universelle.

Pour achever de caractériser la participation du dogme à l'établissement de l'harmonie normale, il faut regarder la discipline fmale comme destinée surtout à régler les volontés afin de diriger les actes. On voit alors qu'un tel but exige le concours continu des trois parties de la vraie religion, d'abord affective, puis spéculative, enfin active. Il demande, avant tout,

que le culte ait directement développé les impulsions syiUpa-* thiqiies, où réside la principale source de l^unité. Mais il suppose ensuite que le dogme à dissipé Tindécision spontanée dé notre conduite en puisant, hors de nous, des motifs entiërer ment exempts d'arbitraire. Quand la discipline inspirée par l'amour se trouve ainsi fondée sur la foi, le régime la complète et la consolide en développant une activité d*où résulte la réaction, à la fois directrice et répressive, de l'ensemble envers les i^âftles. Telles sont lés parts respectives clu sentiment, delà raison, et de l'opinion dans le gouvernement spirituel, auquel le gouvernement temporel fournit un supplément Nécessaire, qui s'applique seulement aux actes, sans pouvoir jamais modifier directement les volontés. Cette dernière Influence étant reconnue indispensable pour contenir l^s priticipales aberrations, on sent combien il importe que la ba^ spéculative des décbions hunialnes concoure toujours avec leur source affective.

tl faut dohc que d'abord le cœur règle Tesprit, afin tjue leur harmonie discipline ensuite l'opinion publique, d'où résulte une force morale destinée à perfectionner les impulsions individuelles. Ce complément général de la spirituaUté positive suppose , avant tout , des sentiments convenai)les, qui prévalent aisément , chez les âmes les plus bnparfaites, envers là conduite d'autrui. filais son nom usuel doit sufiisamment rappeller que cette force exige aussi des pensées conmiunes, d'après lesqueUes on puisse juger chaque cas. Quand cette seconde condition se trouvé mal remplie, par discordance ou déviation, les meilleurs sentiments deviennent insuffisants pour diriger convenablement la conduite, individuelle et collective. Or ce concert d'opinions reste incomplet et précaire tant que les préjugés pubUcs résultent d'inspirations essentiellement subjectives, avant de pouvoir repotier sur l'appréciation objective de Tordre universel.

Ainsi coi^çue, la science acquiert uiie sainteté Jusqu'alors

• impossible > en consolidant à la fois la liberté véritable et la vraie moralilé. Toutes deux relatives à la prépondérance habituelle des bonnes impulsions^ elles reposent d'abord sur Famour. Mai9 il ne suffirait pas pour les maintenir contre les perturbations journalières sans la soumission qu'il nous inspire envers Tordre indépendant de nous^ et dont les principales lois peuvent seules faire prévaloir raltruisme en comprimant Tégolsme. Quoique le dogme positif semble nous enchaîner par les fatalités extérieures, il nous procure réellement l'unique liberté qui soit possible et désirable, en faisant cesser un arbitrahre toujours favorable aux mauvaises impulsions. Le théologisme, surtout monothéique, fit prévaloir un type vicieux, en superposant au monde eiTectif des volontés nécessairement capricieuses. Il faut que le positivisme rectifie ces habitudes anarchiques , en complétant et systématisant les inspirations spontanées du fétichisme envers le fatalisme universel, qui, supposé d'abord absolu , devient finalement relatit Soumis à des lois modifiables, nous sommes vraiment libres et moraux, parce que leur empire nous aide toujours à faire prévalohr nos meilleures inclinations.

Bornée même à l'appréciation de Tordre matériel, qui constitua son domaine primitif, la science produit déjà cette sainte réacQon , surgie d'abord des études relatives aux phénomènes que nous ne pouvons aucunement modifier. La soumission forcée qu'ils déterminent comprime nos impulsions égoïstes, sources naturelles de toute révolte, et développe celui des trois instincts altruistes qui se trouve à la fois le plus usuel et le moins accessible. Spontanée sous le fétichisme, surtout astrolâtrique, cette réaction morale devient systématique dans Tétat positif, où nous n'avons plus besoin d'animer les corps célestes pour respecter un ordre sur lequel repose l'existence du Grand- Être. Mais notre résignation, d'abord passive, s'ennoblit bien-

A\EmR HUMAIN. — CHAPITRE TROISIÈME. 169

tôt d'après Tactivité que nous inspire une régularité toujours * proportionnée à la simplicité. Nous transformons cet assujettissement en une source de perfectionnement continu pour l'ensemble de notre existence^ physique, intellectuelle, et même morale, en la subordonnant à ce type immuable, auquel nous adaptons surtout Finstitution du temps.

Cependant, la puissance théorique doit, autant que le pouvoir pratique, trouver son principal domaine dans les phénomènes les plus modifiables, qui sont aussi les plus importants et ceux où Tordre naturel présente le plus d'imperfections. Depuis que nous commençons à connaître assez leurs lois pour y former des prévisions rationnelles, nous sentons combien leur étude positive peut perfectionner la discipline humame, en réglant directement les sources intérieures de l'unité. L'amélioration continue de l'ordre le plus imparfait et le plus important fournit à l'intelligence le meilleur champ théorique et pratique, vu la difficulté transcendante des spéculations et Textenslon supérieure des modifications. Mais une telle consécration doit aussi discipliner l'esprit positif, en le détournant de développer les études inférieures au delà de ce qu'exige leur desthiation normale. Voilà comm^K la raison, directement appelée à tout juger sauf elle-même, se trouve indirectement réglée en se vouant surtout à consolider et développer le sentiment, sans cesser de suivre sa mSlrche constante vers les spéculations les plus complexes. Ainsi se dissipe la principale difficulté propre au problème de l'unité positive, qui, fondée sur la prépondérance du cœur, semble exiger la compression de l'esprit, quoique son concours lui devienne indispensable. On voit, au contraire, que la maturité tlu Grand-Être ouvre à l'intelligence humaine le domaine réservé jusqu'alors à la suprématie divine, sans négliger les préparations, logiques et scientifiques, qui conviennent à cette culture.

D'ât^fès ce préambule nécessaUre^ la systémalisalion finale du dogme positif se trouve assez instituée pour être aisément préservée des dlvagatiotîs analytiques que dut susciter rinltiation théorique. Ëilés tendraient toujours à se produire si la discipilUe religieuse ne nous en détournait continuellement Vu TtnsuflSsance^et même l'impossil)iltté^ de toute syntlièse partielle, quelque vaste (|u'on la àuppb^^ je devais d'abord insister sur la liaison gènéirale du dogme avec les deux parties de la religiofa entre lesquelles il est irrévocablement compris. Quoique Sci reiatloti aU tégime doive se développer dans le chapitre sui- Vaut, elle est assez indiquée ici pour qu'on n'oublie jamais une destination aussi prononcée^ qui n'exige plus d'explication spéciale. Le besoin dé connaître I^ordre adn de le modifier étant àUlBsartiUiënt cotistaté , je devais surtout apprécier l'importance, lUolbâ ^énttë j que UoUs ôBre son étude quand nous aspirons sëUlemeut à lé tnleux shbbr. Ce double but doit toujours régler l'éitelision Uormale des diverses théories^ qui deviennent néces- ^alfemefat oiseuses aussitôt qu'elles dépassent les contemplalion^ pirojlres à guider notre soumission oU notre activité. Mais ces deux iuotifs concourent spontanément envers le principal dôiUaliié de noii*é Intelligence^ suivant l^beureuse confusion qui lui restera propre entre la spéculation et l'appUcation.

L'institution systématique du dogme positif exige que l'on détermine d'abord sa nature générale, puis ses principes uni- Vei^els, enfin sa constitution normale.

Sous le premier aspect, il faut reconnaître que nos spéculations réelles ne sauraient atteindre leur destination essentielle sâUs offrir toujours un caractère abstrait, consistant à coordonner le§ événements , indépendamment des êtres. Pour diriger notre obéissance ou notre intervention , les lois naturelles doivent présenter une entière généralité, seule base d'une prévision rationnelle, jamais possible envers les cas concrets. Notre

AVENIB HUHIaIN. — CËAPlthE îtlOISlÈME. 171

conduite l*éste flottante , tant ^ë tious fi^avons point institué des règles sâiis exception ; ce qui stippose que Vélude dés êtres se trouve reniplacée paf èelle des événements. Les pliénoâiènes lie peuvent se mabife^ter que dans leu^s sièges; et les sdbstâbbés ne devlenkiënt appréciables que d'après leurs prôtifletës. Malgré tetië double conneidté, le génie abstrait )^eut instituer Utiè §ét)alrâtlbn habliiielië ëtitTe les éVétiements et léâ êtres, en cotisidérànt tantôt l*dttrtbut Coninitlh à plusieurs corps et tantôt l'ensëtbble des qualités i|td côinposeUt chaque existence. C'est d'une telle décomposition que résulte l'essor théorique, i^ilând, Vef s là 6ii dé hôlre première enfance, individuelle ott eôUëciive, là contemplation abstraite conunehce à prévaloir §tir la contéinplàilon concrète. Jusqu^alors la raison restait Incapable d^àssistef le sentiment, faute de comporter des notibtis fixes d'où surgissent des prévisions propres à guider notre iébnduiië, active oii passive, en dissipant Indécision spontanée de nos résolutions Quelconques.

On doit regarder ce pas fondamental comme instituant à la Tots là division normale et la véritable harmonie entre la théo- He et ia prati4tië. Cai^ la généralité de l^une et la spéélalité de l'autre résultent dé leurs caractères respectivement abstrait et concret, puisque là spéculation concerne les événements et l'action s^applique aux êtres. Mais ce contraste n^ëmpèche pobit le concours, vu que nous n^agissons sur les corps qu^afin dé modifier les phénomènes, qui seuls intéressent à la fois nos pensées et nos desseins. Les lois abstraites constituent donc le domaine commun de la science et de l^art, qui les destinent respectivement à discipliner notre intelligence et régler notre activité. Notre ignorance des lois concrètes n'offre point de graves ibconvénlents, puisqu'elle n'empêche pas notre existence, tant pratique que théorique , d'acquérir une suffisante rationalité diaprés les indications générales que les règles amples four-

Dissent envers les cas composés. Quoique l'activité semble exiger une connaissance plus complète que celle qui suffit à la soumission , les notions essentielles sont nécessairement communes aux deux modes, notre conduite étant toujours fondée sur rimmuabilité de Tordre universel. En eiTet^ les modifications qu'il comporte ne pouvant concerner que Tintensité des phénomènes, leur accomplissement se trouve assez dirigé d'après un examen empirique des limites de variation propres à chacun des résultats pratiques, sans demander une science concrète qui nous est interdite.

Quels que soient donc les dangers de l'abstraction, pour le cœur et même Tesprit, elle doit être irrévocablement consacrée comme indispensable au service systématique de l'Humanité. L'absorption desséchante qu'elle détermine toujours et les Jugements chimériques qu'elle suscite souvent doivent seulement nous faire mieux sentir combien il importe de réduire la culture théorique à ses limites normales, au lieu d'y voir l'idéal de notre perfectionnement. Ses inconvénients généraux se trouvent d'ailleurs diminués autant que possible d'après l'institution encyclopédique des spéculations positives, toujours liées aux fonctions sacerdotales. Car , l'abstraction décroît avec l'indépendance et la simplicité , de manière à rapprocher la théorie de la pratique, à mesure que nos conceptions deviennent moins générales objectivement et plus générales subjectivement. Une fois parvenue à la phase où convergent tous les aspects scientifiques, l'abstraction cesse nécessairement, pour développer des efforts théoriques immédiatement liés aux destinations pratiques. Pendant sa domination provisoire, elle tend à susciter d'orgueilleuses prétentions, en permettant l'essor de la puissance déductive. Mais cette disposition, dangereuse tant que la culture resta partielle, disparaît sous le régime encyclopédique, qui représente une telle perfection

comme dae snrtont à la simplicité du domaine inférieur, sans que la force cesse d'augmenter quand le cbamp s'ennoblit

Notre état normal reste si mal ébauché jusqu'ici que l'abstraction positive, malgré son évidente nécessité pour la philosophie naturelle, ne se trouve encore instituée qu'envers les spéculations mathématiques. Partout ailleurs, des signes sans images deviennent habituellement les seules ressources de la méditation théorique. Mais l'institution des milieux subjectifs, indiquée au premier chapitré de ce volume , est destinée , en se développant, à fournir des moyens normaux pour nous représenter les événements quelconques indépendamment des êtres correspondants. Quoique le théologismeait surgi de la contemplation abstraite, les moyens qu'il lui fournit restèrent toujours bornés à la recherche des causes, sans pouvoir directement seconder l'étude des lois, même en joignant les entités aux divinités. La spéculation positive ne se trouvera régulièrement assistée que quand les milieux subjectifs auront partout Institué la combinaison des images avec les signes, pour permettre l'interventioi^abituelle des sentiments.

Après avohr assez caractérisé la nature abstraite du dogme positif, je dois déterminer les principes universels sur lesquels il repose, avant d'apprécier la biérarchie qui le constitue.

Ces principes, confusément entrevus, ou plutôt désirés, par Bacon, sous le nom vague de philosophie première, consistent en trois groupes de lois générales : l'un autant objectif que subjectif; les deux autres essentiellement subjectifs ou surtout objectifs.

J'institue le premier en combinant deux lois scientifiques, naturellement connexes, avec une loi logique qui doit les précéder, quoiqu'elle semble en dépendre.

Elle consiste dans le principe, vraiment fondamental^ qui partout prescrit de former l'hypothèse la plus shnple que com-

174 SYSTÈME DP pqwtique; pqsjtiy^.

porte Teosemble des documents & représenter* Cette unique base de la vraie rationalité peut être également appréciée comme objective on subjective 5 puisqu'elle règle directement la subordination du subjectif ii Tolûectif} eu satisfais^^it à la (ois nos penchants et nos devoirs. Hais ce précepte doit toujours s'appliquer avec le complément affectif que le volume précédent a définitivement introduit dans U consUtutton, purement spéculative^ qu'on lui suppose encore* La complication étant aussi vicieuse 4 pour Tesprit et le çœur^ quand elle émane dea sentiments que lorsqu'elle provient des pensées^ nos hypothèses doivent être autant purgées de malveillance que de surcharge. Si la seconde épuration facilite directement l'élaboration mentale^ la première l'assiste indirectement, eu y perfectionnant le concours nécessaire des impulsions morales , plus perturbatrices 1 quoique plus ipten^^ dès que Tégolsme y préside au lieu de l'altruisme. Un tel complément n'importe pas moins ^ la destination extérieure des efforts intellectuels qu'à leur accomplissement intérieur; puisque l'excès de subjectivité trouble autant la représentation lorsquHl provient du cœur qu'en émanant de l'esprit. Ainsi conçu, ce précepte systématise à la fois la constitution et le développement de la logique positive, en instituant la combinaison des sentiments avec les images et les signes pour assister, et même régler, TinteUigence.

Le second principe, ordinairement regardé comme supérieur au premier, consiste daus l'immuabilité des lois quelconques, qui régissent les êtres d'après les événements, quoique l'ordre abstrait permette seul de les apprécier. Malgré le caractère ex* cluslvement objectif qu'on attribue à ce dogme, je n'alplos besoin de démontrer sa sulûectivité, moins contestable au fond que l'objectivité. Car, celle-ci résultera toujours d'une induction purement empirique, quoique defenue, depuis longteiups, irrésistible^ du moins envers le spectacle inférieuri taudis que

celle-là repose Datorellemept sur des motifis rationnels. Nous pouvons démontrer la nécessité d'instituer des lois pour diriger notre conduite; mais Tei^périence nous apprend seule qu'elles représentent l'ordre universel^ autant que nous avons besoin de le connaître. Au fond, cette dernière conviction n'est directe et spontanée qu'enyers le spectacle humain , et nous ne Téten^ dons au-dessous qu'après une longue exploration, suscitée surtout par les exigences pratiques. Une telle certitude, qui ne peut jamais devenir pleinement satisfaisante, reste pourtant indispensable à l'institution du dogme positif, autrement réduit ii contenter le dedans sans refléter le dehors. Voilà pourquoi le second principe de la positivité normale est autant inférieur av premier en dignité qu'en utilité, la méthode fuyant, ^ tQUS égards, plus de prix que la doetripe, comme les volontés comparées aux ^ctes.

Il faut destiner le troisième principe à compléter le second, puisque les modUications qqelconques de l'ordre universel s'y trouvent bornées à l'intensité des phénomènes, dont l'arrangement demeure inaltérable, D'après les explications du yolume précédent, cette loi de la modificabiUtédoit se séparer de celle de l'immuabilité , qui pourrait se restreindre à maintenir la nature des événements pendant que leur succession changerait* Gomme le second principe perdrait alors sa principale efficacité, cette appréciation fait asse« ressortir à la fois l'indépiendance et l'utilité du troisième, ia réaction théorique de celui-ci tend à réduire toutes les question^ réelles aux spéculations de quantité, quoique cette transformation ne puisse assez s'accomplir qu'envers les phénomènes inférieurs. Son influence pratique institue la subordination rationnelle de l'action à la contempla^ tion, en restreignant notre interveution, même çul^ectlve, à changer le degré sans troubler l'arr^fifement*

Tel est )e premier groupe des lois upiverseUesi nm motui

relatives à la constitution intérieure de nos spéculations qu'à leur destination extérieure. Elles se trouvent, dès ce début, assez multipliées pour interdire tout espoir de construire une synthèse absolue, objective ou subjective; puisque, malgré leur concours, elles restent pleinement distinctes. Le second groupe, directement relatif à l'entendement, se décompose en deux, formés chacun de trois lois, suivant que l'on considère la nature statique ou l'essor dynamique de Tintelligence. Quoique le domaine de ces six nouvelles lois semble plus restreint que celui des trois précédentes, elles ne sont pas moins universelles. Car, en réglant l'existence et le mouvement de la raison, elles régissent aussi les objets quelconques de son exercice, sans lequel ils resteraient inconnus.

Dans l'ordre statique , la loi fondamentale, établie par Aristote, développée par Leibnitz, et complétée par Kant, consiste à subordonner les constructions subjectives aux matériaux objectifs. Mais ce principe ne suflSt pas pour caractériser la raison, puisqu'il convient également à la folie, passagère ou permanente. C'est pourquoi la consUtution statique de l'entendement exige une seconde loi , qui représente les images intérieures comme moins vives et moins nettes que les impressions extérieures. Sans une telle infériorité, que l'aliénation fait cesser, le dehors ne pourrait jamais régler le dedans , quoiqu'il conthiuât à l'alimenter et même à le stimuler. Toutefois, ce complément resterait insuffisant pour instituer Tétat normal de l'entendement, si toutes les images co-existantes offraient, comme dans les prodromes de la folie, une égale intensité, d'ailleurs inférieure à celle des impressions correspondantes. Une troisième loi doit donc prescrire la prépondérance de l'image normale sur celles que l'agitation cérébrale tait simultanément surgbr. Ainsi complétée , la théorie statique de l'entendement n*exigera jamais de nouvelles règles; puisque le

dedans cesse alors de pouvoir troubler l'empire du dehors.

Quant à sa théorie dynamique y je l'ai suffisamment instituée^ dans le volume précédent, en établissant les trois lois fondamentales de révolution humaine, tant individuelle que collective. Elles règlent respectivement les mouvements simultanés de rintelligence^ de l'activité, du sentiment. La première consiste dans la succession des trois états^ fictif, abstrait^ et positif , que présente chaque entendement envers des conceptions quelconques, mais avec une vitesse proportionnée à la généralité des phénomènes correspondants. Parla seconde ^ on reconnaît une progression analogue pour l'activité^ d'abord conquérante^ puis défensive^ enfin industrielle. Dans la troisième, on étend la même marche à la sociabilité, d'abord domestique, puis civique , enfin universelle, suivant la nature propre à chacun des trois instincts sympathiques. Sans que les deux dernières lois concernent directement l'intelligence, elles sont réellement indispensables pour caractériser son mouvement. Car, elles règlent la relation nécessaire et continue des conceptions théoriques, soit aux opérations pratiques, soit aux impulsions morales , qui constituent respectivement leur destination et leur source.

Suivant cette triple progression, le second groupe des lois universelles offre une complète harmonie. En effet, sa première moitié fait consister l'ordre dans l'établissement de l'unité, tandis que la seconde réduit le progrès an développement d'un tel'état. Devenant à la fois plus synthétique, plus synergique, et plus sympathique, la nature humaine tend ainsi vers la systématisation résultée de l'ascendant croissant de l'altruisme sur l'égolsme.

Je dois maintenant compléter Tensemble des lois universelles en considérant leur troisième groupe , où domine l'objectivité. Pareillement composé de six lois, il se divise, comme le pré-

cèdent, en deux séries égales^ suivant une distinction conforme à la nature de ces règles, et surtout marquée dans leur avènement Car les unes^ plus objectives» ne furent d'abord appréciées qu'envers les phénomènes mathématiques 5 sans attendre la systématisation positive , qu'elles concoururent à préparer, et qui leur procura seule une véritable universalité. Les autres, au contraire, sont trop mêlées de subjectivité pour avoir pu surgir avant que la positlvité s'étendit Jusqu'à son principal domaine, quoique l'évolution préparatoire dût en oflrhr des germes insuffisants. Malgré quune telle distinction tende à s'effacer dans l'état normal, elle y conservera toujours quelque importance, d'après l'analogie nécessaire entre l'initiation individuelle et la préparation collective.

Primitivement aperçue par les géomètres, quand l'esprit scientifique avait d^à perdu son ancien caractère philosophique sans avoir encore acquis le nouveau, la première série des lois objectives reste essentiellement méconnue jusqu'ici. Car, elle provient d'une généralisation systématique des trois lois que Ton croit bornées au mouvement matériel, et dont la notion positive demeure profondément altérée par l'alliage métaphysique résulté de l'anarchie académique. La première, aussi conforme au dogme de l'immuabilité qu'à notre besoin de fixité, consiste en ce que tout état, statique ou dynamique, tend à persister spontanément, sans aucune altération, en résistant aux perturbations extérieures. Dans la seconde, le mouvement se coocilie avec l'existence, d'après l'aptitude d'un système quelconque à maintenir sa constitutloft , active ou passive , quand ses éléments éprouvent des mutations simultanées, pourvu qu'elles leur soient exactement communes. Enfin, la troisième régit les influences mutuelles, en proclamant partout une équivalence nécessaire entre la réaction et l'action, si leur intensité se trouve mesurée conformément à la nature de

chaque conflit. U est aisé de reconnaître que les lois spéciales respectivement instituées, par Kepler 5 Galilée 5 et Newton ou plutôt Huyghens, pour fonder la mécanique rationnelle^ constituent les germes scientifiques de ces théorèmes philosophiques, applicables à des phénomènes quelconques. Mais on voit aussi que cette systématisation, surgie dans mon traité fondamental, exigeait que la positivité se fût graduellement élevée jusqu'à la généralité qui convient à sa destination.

La seconde série des lois objectives se lie à la première d'après une loi pareillement émanée d'un germe mathématique, quoique cette origine y devienne moins appréciable. Elle consiste à subordonner partout la théorie du mouvement à celle de l'existence, en concevant tout progrès comme le développement de l'ordre correspondant, dont les conditions quelconques régissent les mutations qui constituent l'évolution. Bornée, chez les géomètres, ii réduire les questions de mouvement aux problèmes d'équilibre, cette loi ne pouvait être généralisée que par le positivisme , quand je la saisis dans les phénomènes sociaux, d'où résulte sa principale destination. Mais son berceau mathématique mérite un souvenir durable, en permettant, outre l'appréciation historique, un rapprochement dogmatique avec la dernière loi de la première série, comme l'indique leur confusion initiale. Cette analogie, qui lie mieux les deux moitiés du troisième groupe, se trouvera toujours rappelée par les termes consacrés à la présente loi, dont l'objectivité doit ainsi ressortir davantage.

En appréciant ia loi suivante, on voit surgir une intime liaison entre ce groupe et le précédent, puisque leurs jsecondes moitiés semblept inséparables. Car, elle consiste dans la règle fondamentale du classement positif, d'après la généralité croissante ou décrc^ssante, tapt subjective qu'objective. Or, ce principe se confond avec la loi des trois états, dont il devient le

complément nécessaire, quand on le destine à ranger les conceptions sans penser aux existences. La simultanéité de leur avènement dans mon opuscule fondamental suffirait pour constater leur connexité, que Tessor du positivisme a rendue familière aux penseurs occidentaux. Mais, ainsi conçue, l'avant-demière loi du troisième groupe appartiendrait essentiellement au second, dont elle doit pourtant rester distincte. Sa principale appréciation consiste donc à la regarder comme objective , en la destinant surtout aux phénomènes, ettnême aux êtres, ou du moins aux existences. Alors elle soumet la noblesse à la Torce, en faisant partout dépendre les plus émlnenls phénomènes des attributs les plus grossiers , sans rendre jamais oppressive une domination nécessaire, où la régularité compense la dignité.

Je complète le dernier groupe des lois universelles par celle qui subordonne tout intermédiaire aux deux extrêmes dont il opère la liaison. Le fréquent usage que j'en ai fait dans les divers volumes de ce traité me dispense ici d'insister envers elle. Quoique le grand Buffon me semble Tavoir entrevue , je crois finalement devoir me Tattribuer autant que la plupart des quatorze précédentes, toutes plus ou moins soupçonnées par mes différents précurseurs, et pourtant propres à ma systématisation. Son apparence subjective, due surtout à son aptitude plus logique que scientifique, ne doit pas faire méconnaître son objectivité. Car, cette loi proclame autant la dépendance des états que l'enchaînement de leurs études.

Voilà comment la systématisation finale du dogme positif doit reposer sur le concours de quinze lois universelles , naturellement réparties entre trois groupes, dont les deux derniers, doubles chacun du premier, se décomposent respectivement en deux séries égales. Les divers rapprochements ci -dessus indiqués suffisent pour faire ici sentir la connexité normale d'un tel ensemble, quoique son usage ultérieur doive les multiplier beau-

coup. Sans insister maintenant à cet égard, il faut seulement remarquer la coordination décisive que présentent spontanément ces quinze lois , dont aucune ne pourrait être rationnellement transposée. Quant à leur plénitude , elle résulte de ce que leur ensemble permet déjà de régler suffisamment toutes les saines spéculations. On peut maintenant regarder comme accompli le noble vœu de Bacon sur la construction d'une philosophie première. suscepUble de guider partout la méditation théorique, et môme d'assister la raison pratique.

Son aptitude, systématique va directement ressortir en instituant la hiérarchie positive des phénomènes et des conceptions, d'après l'appréciation relative de l'ordre universel.

Cette hiérarchie, principal résultat de l'élaboration objective qui prépara la synthèse finale, est normalement destinée à compléter ia constitution synthétique et diriger la constitution analytique du dogme positif.

Directement émanée de la théorie fondamentale du Grand- Être, et pleinement idéalisée par le culte, la première condense toutes les doctrines dans la morale, où nous étudions notre nature afin de régler notre existence. Nos spéculations réelles , même les plus abstraites et les plus simples , convergent nécessairement vers ce domaine, puisqu'elles nous font indirectement connaître l'homme sous ses aspects les plus grossiers, auxquels sont subordonnés les plus nobles. Il ne peut, en effet, exister aucun phénomène appréciable qui ne soit vraiment humain , non-seulement d'après son examen subjectif, mais aussi dans sa nature objective; car l'homme résume en lui toutes les lois du monde, comme les anciens l'avaient dignement senti. Chaque classe d'attributs doit pourtant s'étudier d'après les cas les plus simples, chez des êtres qui nous l'offrent, sinon isolée, du rmoins dégagée de toute complication avec les qualités supérieures, dont nous faisons provisoirement abstraction afin de

mieux connaître leurs fondements. Partant ainsi des moindres phénomènes 9 et compliquant graduellement le domaine spéculatif par Flntroduction successi?e de propriétés plus élevées , nous Instituons une préparation^ de moins en moins abstraite ^ qui nous conduit à Tétat normal de la raison théorique. Alors commence le régime pleinement synthétique, où Thomme, directement envisagé dans son indirlslble existence, devient Tob- Jet continu des théories destinées à le mieux adapter au service du Grand-Être. L'abstraction perd ainsi sa prépondérance scientifique, et conserve seulement son office logique : tous les efforts se concentrent habituellement sur les principaux problèmes ^ en ne revenant aux spéculations inférieures que pour les besoins spéciaux du domaine supérieur.

Mais cette existence théorique exigera toujours une préparation individuelle, essentiellement analogue à rinitlation collective , où l'analyse objective fournit la base nécessaire de la synthèse subjective normalement destinée à prévaloir. Secondement, la culture directe du domahie supérieur suscitera souvent de nouvelles recherches, logiques ou scientifiques, envers les diverses sciences Inférieures. Or, cette préparation et ces élaborations doivent être également dirigées par la hiérarchie positive qui résulte du triple système de lois universelles faistitué ci-dessus. Elle réalise le vœu confus de Bacon sur la construction d'une échelle de l'entendement , destUiée, dans ses deux sens, à nous permettre de passer sans discontinuité d'une classe quelconque de spéculations à toutes les autres. Instituée par mon ouvrage fondamental, et familièrement Incorporée au présent traité, cette échelle encyclopédique n'exige ici d'autre explication que celle de sa connexité directe avec la synthèse subjective.

Pour concevoir, ainsi la hiérarchie théorique, il fout d'abord reconnaître que l'étude systématique de l'homme se trouve , logiquement et scientifiquement, subordonnée à celle de l'Hu-

manité , qui peut seule dévoiler les lois réelles de riutelligence et de Tactivité. Quelque prépondérance que doive finalement obtenir la théorie directe du sentiment , elle ne comporterait aucune consistance sans un tel préambule. Âpres avoir objectivement subordonné la morale à la sociologie, il est aisé d'instituer semblablement la subordination objective de la sociologie à la biologie, puisque l'existence cérébrale repose évidemment sur la vie corporelle. Ce double pas conduit à concevoir la cblmle comme la base normale de la biologie , en reconnaissant que la vitalité dépend des lois générales de la combinaison matérielle. Mais, à son tour, la chimie se subordonne objectivement à la physique , d'après l'influence que les attributs universels de la matérialité doivent toujours exercer sur les qualités spécifiques des diverses substances. De la même manière , on institue la subordination de la physique à Tastro^ nomie, en reconnaissant que l'existence du mUleu terrestre s'accomplit sous la domination continue de la constitution céleste de notre planète. Enfin, on subordonne l'astronomie k la mathématique, d'après la dépendance évidente des phénomènes géométriques et mécaniques du ciel envers les lois universelles du nombre, de l'étendue, et du mouvement.

Arrivée à ce terme, rinstitution subjective de la hiérarchie objective devient complète , en aboutissant à la seule étude qui, ne reposant sur aucune autre, peut être directement entreprise , d'après des biductions spontanées , indépendantes de toute déduction. Quoique l'enchaînement encyclopédique ne se trouve ici motivé que par la relation scientifique , celle-ci concourt toujours, comme au début « avec l'appréciation logique. Car, malgré l'uniformité nécessaire de la méthode positive, les plus shnples études peuvent seules développer convenablement sa puissance déductive. Ses attributs inductife doivent ensuite surgir à mesure que la complication des phénomènes institue

graduellement robservation astronomicnie ^ l'expérimentation physico- chimique^ la comparaison biologique ^ et la flliation sociologique. L'induction ayant ainsi complété la déduction^ la science finale élabore directement leur combinaison normale^ en construisant la méthode subjective^ essentiellement propre à la morale.

Tel est le double enchaînement d'après lequel cette suprême étude institue successivement toutes les théories positives^ dont la culture sera désormais dominée par leurs relations nécessaires avec la connaissance de Thomme. Ce terme synthétique de rélaboration scientifique est aussi supérieur à ses divers préambules en rationalité qu'en utilité, puisque les phénomènes qui lui sont propres affectent nécessairement l'examen de tous les autres. Quoiqu'ils doivent eu être d'abord écartés, la spéculation ne devient pleinement réelle que par la cessation de cette abstraction provisoire^ qu'il faut donc prolonger le moins possible.

On ne peut complètement apprécier la hiérarchie précédente qu'en reconnaissant son aptitude à diriger autant la décomposition spéciale de chaque science que la coordination universelle des aspects théoriques. Le même principe de dépendance et de simplification des études, d'après la généralité des phénomènes, fournira toujours la distribution intérieure qui convient à chacune des sept sciences fondamentales, pourvu que le classement devienne assez précis. Vu Thomogénéilé nécessaire de ces divers partages , leur ensemble perfectionne la principale propriété de l'échelle théorique, en y développant la continuité. C*est ainsi que la pensée peut habituellement passer des moindres spéculations mathématiques aux plus sublimes conceptions morales, ou réciproquement, par une suite d'intermédiaires assez rapprochés pour n'exiger aucun effort chez les esprits bien dressés. Quelque spéciale que puisse devenir la spéculation , Vuuité de la science humaine ne s'y trouve jamais altérée;

puisque chacun saisit toujours les deux ou trois degrés de dé- ' composition successive qui rattachent chaque relation particulière à la hiérarchie générale.

Il faut compléter l'appréciation, logique et scientifique, de l'échelle positive , en la concevant comme aussi propre à représenter la subordination des êtres ou des existences que celle des phénomènes et des spéculations. Sous l'aspect concret, son ensemble constitue une succession d'états, où la dignité croit avec la complication , et dont chacun repose sur le précédent. De là résulte la conception relative de Tordre universel , décomposé nécessairement en sept catégories, tellement superposées que chacune modifie la précédente et domine la suivante. Cette suite de dominations modifiées aboutit à représenter l'homme comme le résumé normal et le régulateur spontané du niilieu, social, vital, et matériel, sous lequel il se développe. Mais, destinée à perfectionner la fatalité par la volonté , son action individuelle ne devient efficace et digne qu'en se vouant librement au service continu du Grand-Être dont il constitue l'élément indivisible et le produit nécessaire. Ainsi tournée vers sa destination normale, Taclivité de l'homme améliore continuellement Tordre quil subit, en y développant la réaction de la vitalité sur la matérialité , d* après le concours croissant de tous les efforts volontaires. Voilà comment Tappréciation relative de Téconomie universelle, par Tusage, théorique et pratique, de la hiérarchie positive, peut également systématiser la dignité personnelle et le dévouement social.

Je dois étendre à l'interprétation concrète de Téchelle encyclopédique la remarque ci-dessus expliquée envers son institution abstraite, afin d'y développer la continuité. Le classement d'après la complication croissante et la généralité décroissante peut autant décomposer la hiérarchie des êtres que celle des attributs , de manière à rapprocher suffisamment les intermé-

diaires quelconques. Cette aptitude convient surtout au domaine supérieur^ d'abord envers la vitalité, puis quant à la soclalité ; tandis que le domaine inférieur comporte davantage la décomposition abstraite. Ainsi surgit, avec autant de développement que nos spéculations puissent en eiiger, l'échelle générale des existences simultanées , complétée par celle des états successifs que présente le seul être susceptible d'un essor continu. Dès lors, la hiérarchie positive devient le résumé de l'ensemble des théories réelles et la base de toutes les conceptions pratiques > en faisant coïncider le classement des arts avec celui des sciences.

Cette conclusion achève de caractériser la systématisation du dogme, dont la constitution synthétique se trouve maintenant complète. Mais avant d'expliquer sa constitution analytique, il importe de faire mieux ressortir le triple préambule que Je viens de terminer, en lui consacrant une dénomination propre à rappeler son ensemble. On peut utiliser, à cet égard, la qualification de philosophie première , que j'ai ci-dessus appliquée seulement au système des quinze lois universelles, en précisant la vague intention de Bacon après avoir réalisé son vœu. Puisqu'un tel système constitue la partie moyenne et principale du préambule fondamental qui convient à la coordination finale du dogme positif, la dénomination, actuellement disponible, que je lui réservai d'abord peut s'appliquer à cet ensemble. Il suffit de le regarder comme Inséparable de rinstltuUon abstraite sur laquelle II repose et de la constitution hiérarchique dont il fournit la base. Ainsi conçue , la philosophie première forme un tout nettement caractérisé, qui, systématisant la synthèse subjective. Idéalisée par le culte, doit guider l'analyse objective pour développer le dogme positif autant que l'exige sa destination J'en ferai mieux sentir l'Importance , dans le chapitre suivant, en lui consacrant une étude distincte, au début

de l'éducation encyclopédique, qu'elle peut seule préserver directement des dégénérations académiques.

La constitution synthétique du dogme positif est nécessairement unique ; puisqu'elle consiste à traiter les différentes sciences comme des branches de la morale^ sans spécifier d'avance aucune division^ afin d'introduire toutes les répartitions convenables. Mals^ au contraire ^ sa constitution analytique comporte plmieurs modes distincts^ suivant le degré de rapprochement entre les différents termes de la hiérarchie encyclopédique. On ne saurait objectivement fixer le nombre des sciences , puisque la généralisation des pensées convient autant à la théorie que la séparation des actes à la pratique. Au fond, le nom consacré pour chaque science désigne seulement le groupe de spéculations dont l'unité se trouve suffisamment reconnue ; ce qui doit varier suivant les temps et les esprits. Subjectivement appréciée, la division des sciences ne comporte pas plus de fixité, vu qu'elle indique alors les différentes stations de l'intelligence dans une course encyclopédique qui peut toujours être continue quel qu'y soit le nombre des phases.

PCéanmoIns, les sept degrés résultés de l'évolution préparatoire ne sauraient exiger des décompositions habituelles quand la pensée deviendra plus synthétique, sauf les subdivisions scolastiques. En même temps , ce nombre de phases conviendra toujours à l'institution d'une suffisante continuité. Mais leur combinaison hiérarchique pour rapprocher l'analyse objective de la synthèse subjective comporte beaucoup de modes différents. Parmi tous ceux qui sont abstraitement possibles. Je dois caractériser ici les seuls susceptibles d'une utilité normale, à la fois théorique et pratique. De là résultent les sept constitutions analytiques du dogme positif ^ que Je vais successivement définir dans l'ordre suivant lequel elles émanent de sa constitution synthétique cl- dessus appréciée.

Une seule décomposition de celle-ci fournit deux modes binaires, l'un plus objectif et plus dogmatique, l'autre plus subjectif et plus historique. Le premier consacre la division la mieux tranciiée que comporte Fensembie des spéculations réelles en y distinguant le domaine inorganique et le système organique, ou l'étude de la terre et celle de l'homme , la cosmologie et la sociologie. Dans le second , l'économie universelle se décompose en séparant l'ordre extérieur ou physique et l'ordre humain ou moral ; d'où résulte la division de la philosophie générale en naturelle et morale. Ainsi, les deux constitutions binaires du dogme positif ne diffèrent qu'envers la biologie , suivant qu'elle devient le préambule de la sociologie ou le complément de la cosmologie. Cette dernière appréciation représente mieux la marche spontanée de l'initiation théorique, et l'autre convient davantage aux spéculations finales, en faisant ressortir l'impossibilité d'une synthèse objective. Sous l'aspect pratique, ces deux modes offrent des propriétés dis*tinctes mais équivalentes. En effet, la constitution historique dirige spécialement l'attention vers le principal progrès, en séparant les phénomènes les plus modifiables, où l'immuabilité fut tardivement reconnue. Mais la constitution dogmatique caractérise la systématisation de l'activité du Grand-Être , instituant la réaction totale de la vitalité sur la matérialité.

Quoique ce dualisme semble aussi précieux que l'autre, c'est pourlant celui-ci, comme plus décomposable, qui doit fournir les modes ternaires, d'où résulteront pareillement les suivants. Selon qu'on décompose l'ordre extérieur ou l'ordre humain, on obtient deux constitutions ternaires , douées chacune de propriétés essentielles. La première, qui satisfait mieux au besoin de continuité, conçoit l'économie* universelle d'après la progression normale enire Tordre matériel, l'ordre vital, et l'ordre humain. Dans la seconde , plus favorable à la dignité des spé-

cQlations et des efforts, la hiérarchie positive résulte de la subordination entre les lois physiques, les lois intellectuelles, et les lois morales. Ce dernier mode représente la théorie cérébrale et réconomie socîocratique, tandis que Taulre systématise révolution abstraite et la progression concrète.

Vu leur égale importance , on devra souvent les combiner, en instituant une constitution quaternaire , d'après la décomposition de Tordre humain ou des lois physiques. Ce mode, introduit au second volume de ce traité, fait consister la philosophie positive dans la hiérarchie normale entre la cosmologie, la biologie, la sociologie, et la morale. Il permet de caractériser la principale progression des études préparatoires sans dissimuler leur destination finale.

On peut former une autre constitution quaternaire, en fondant chaque terme de Téchelle encyclopédique dans le suivant, pour s'élever à la morale d'après une progression de trois couples, inférieur, moyen, et supérieur. Ce mode, introduit par mon Discours sur V esprit positifs représente la principale connexité des domaines théoriques; puisque chacune des sciences préliminaires se rapproche davantage de la précédente que de la suivante, comme le confirme leur évolution.

Il ne faut admettre qu'une constitution quinquénaire, résultée de la première constitution quaternaire en y décomposant le terme initial, d'après la distinction entre la mathématique et Tensemble de la physique. Quoique ce mode, à la fois historique et dogmatique , convienne moins aux spéculations finales qu'à l'éducation systématique, il offre l'avantage de commencer la série encyclopédique par les théories immédiatement accessibles. Mais, parvenue à ce degré, l'analyse objective aspire directement h se compléter, en revenant, d'après la double décomposition de la physique, à l'échelle fondamentale, seule susceptible d'une suffisante continuité*

Telles soDt> parmi les conslitutions analytiques du dogme positifi les sept intermédiaires qu'il convient d'instituer entre le développement complet de la série encyclopédique et l'unité systématique qu'elle doit assister ou préparer. Leur application comparative fera mieux apprécier la synthèse subjective qui seule réunit les attributs propres aux divers degrés de l'analyse objective. En même temps, cet exercice manifestera les principaux avantages de l'échelle positive, qui» plus ou moins développée, s|^t à tous nos besoins spéculatifs.

Pour compléter la systématisation du dogme, il faut consacrer tout le reste de ce chapitre à des conâdérations moins générales, en élaborant la hiérarchie fondamentale de manière à caractériser suffisamment l'ordre universel Chacune des sept sciences qu'elle institue devra toujours occuper distinctement la raison humaine, à la fois théorique et pratique, d'abord pendant l'éducation, puis môme dans le cours entier de Texistence normale. Sans une telle séparation, l'analyse objective ne procurerait point à la synthèse subjective assez de netteté ni de consistance. Mais, ces études spéciales tendant toujours à détourner de l'unité générale , il importe de les réduire autant que possible, d'après la règle établie au premier volume de ce traité. Je dois seulement expliquer ici l'accord nécessaire de cette loi de restriction avec tous les motifs propres à l'élimination continue des spéculations oiseuses.

Étudiant l'ordre universel afin de le subir dignement et de le modifier sagement , nous devons apprécier séparément cba-* cun des degrés essentiels dont la succession normale constitue sa conception relative, en écartant sa notion absolue. Outre que cette séparation devient indispensable à nos besoins continus de spéculation et d'action, elle peut seule nous faire assex sen tir le principe fondamental de Timmuabilité. Car il ne comportera jamais une démoustration déductive^ puisqu'il (buroit

naturellement la base commune de toutes les déductions positives. Il reposera toujours sur des convictions essentiellement indnctives^ qui doivent donc surgir distinctement pour les diverses classes de phénomènes irréductibles. Quelle que soit la puissance de l'analogie philosophique^ Tensemble de l'initiation théorique a prouvé que la raison humaine persiste à méconnaître rentière généralité du principe positif 5 jusqu'à ce qu'il ait spécialement embrassé toutes les catégories naturelies. Malgré les préjugés scientiOques^ on peut, sans inconséquence, regarder la plupart des phénomènes comme assujettis à des lois immuables, tandis qu'une classe exceptionnelie reste seule soumise à des volontés arbitraires. Un tel état ne cesse point en vertu de la connexité réelle des diverses lois, qui ne devient jugeable que d'après leur essor respectif; mais uniquement par l'extension dhrecte et spéciale du principe positif à chaque partie du domauie abstrait.

L'appréciation concrète est la seule qui comporte une démonstration vraiment déductive de l'immuabilité^ que nous ne pourrions môme y concevoir autrement , puisque nous ignorerons toujours la plupart des lois propres aux événements composés. Mais leur dépendance nécessaire envers les phénomènes simples nous autorise pleinement à les regarder comme autant soumis au principe positif, quoique la difficulté des inductions et des déductions nous empêche de l'y développer spécialement. Alors le mot hasard cesse d'indiquer l'empire du caprice, et désigne seulement l'ensemble des lois inconnues; tandis que le desUn résume celui des lois connues. Une telle distinction exige des noms convenables, puisque Tignorance des relations équivaut à leur non-existence, en nous interdisant autant de prévoir pour agir. Néanmoins, sous l'a^ect philosophique, cette situation mentale, qui ne pourra jamais cesser, n'empêche point la généralisation décisive du principe positif, quand il

est enfin vérifié spécialement envers toutes les classes de phénomènes irréductibles.

Rien ne saurait donc dispenser jamais la raison individuelle de sinilier successivement^ comme dans l'évolution collective , à chacun des sept degrés généraux que présente la conception relative de l'ordre universel. Sans cette suite de phases, le principe fondamental de Timmuabilité ne pourrait acquérir la consistance et la précision qu'exigent sa destination intellectuelle et sa réaction morale. Une telle marche expose pourtant à rétrécir Fesprit et dessécher le cœur, en détournant du but synthétique par des préoccupations analytiques. Ce double danger s'aggrave d'autant plus que la philosophie naturelle doit absorber la majeure partie du noviciat septennal, dont les deux dernières années sont seules consacrées à Tordre humain. Mais l'état normal institue, à cet égard, des garanties suffisantes, à la fois spontanées et systématiques, d'abord pendant la durée de l'éducation , ensuite pour tout le cours de l'existence réelle.

Une telle initiation succède à l'essor afiectif dirigé par la providence maternelle et mêlé de culture esthétique. Son début consiste dans Tétude, ci-dessus caractérisée, de la philosophie première, qui fait systématiquement prévaloir l'esprit synthétique et la destination sociale. Pendant tout le cours de l'élaboration abstraite, l'influence du culte, public et privé, tend à prévenir ou réparer la dégénération dogmatique. Cette triple garantie doit suffire envers l'âge préparatoire , où la domination spontanée du sentiment n'est point troublée par des préoccupations habituellesc Quant à l'existence complète, le remède résulte, même chez les théoriciens, de la prépondérance continue d'une destination sociale. Jugée exclusivement propre à l'enfance, individuelle ou collective, l'absorption spéculative sera traitée comme indigne de la maturité de la raison humaine.

La sollicitude sacerdotale et la surveillance publique préserveront les esprits subalternes unis à des cœurs vulgaires d'une déviation devenue impossible aux âmes supérieures.

Cet ensemble de garanties permet seul de développer convenablement ^ chez tous les serviteurs du Grand-Être, la préparation théorique qu'exige Tétat positif. Tant que dura l'initiation humaine^ les croyances absolues pourvurent spontanément au besoin continu de subordonner notre existence à quelque pouvoir indépendant et supérieur. Mais la synthèse relative ne peut remplir cette condition qu'en faisant profondément sentir l'ordre universel, dont l'appréciation, radicalement empirique, ne devient décisive que d'après une suffisante station envers chacun de ses degrés essentiels. En effet, le dogme fondamental de l'Humanité, même après avoir été développé par le culte, ne caractérise pleinement que les lois morales, sans pouvoir assez manifester les lois intellectuelles , et surtout les lois physiques. Il faut donc que celles-ci deviennent le principal objet de l'initiation abstraite, qui conduira graduellement à concevoir le Grand-Être comme le résumé nécessaire de Tordre dont il constitue le meilleur élément

Mais, quelque nécessaire que soit une telle préparation, et malgré les précautions propres à nous préserver de ses abus, la faiblesse de notre intelligence nous exposera toujours à négliger le but en élaborant les moyens, faute de pouvoir assez combiner les deux considérations. Ce danger est d'autant plus imminent que la pensée abstraite , quoiqu'elle devienne plus facile que la méditation concrète d'après une suffisante habitude, répugne davantage à notre nature, et nous demande plus d'efforts, en exigeant plus d'isolement Rien ne peut donc dispenser de restreindre, autant que possible, la prépondérance normale de l'absorption théorique pendant l'âge préparatoire, et de réduire ensuite les travaux analytiques aux épisodes sus-

cités par l'état synthétique. Loin que le sacerdoce dolre> à cet égard , obtenir une indulgence eiceptionnelie , c'est surtout à lui, comme seul préoccupé toujours de l'ensemble des besoiûft humains, qu'il appartient de faire partout prévaloir, et d'abord dans son sein , la discipline religieuse. Il y parvient en bornant la culture directe et spéciale de chaque science préliminaire , sans excepter la sociologie > k ce qu'exige Télaboration systématique de la science suivante , afin de monter ou de revenir, aussitôt que possible, à la science finale.

Suivant cette règle , la conception relative de l'ordre «niversel se trouve graduellement développée autant que le pres^ crit sa destination normale. Car, si chaque catégorie est asseï étudiée pour permettre d'aborder systématiquement la suivante, la partie correspondante de l'économie naturelle devient, par cela même, suffisamment connue. Dans cette suite de préparations, nous devons seulement aspirer à concevoir tellement l'ensemble des fatalités qui nous dominent que nous puissions toujours apprécier la liaison, générale et spéciale, de notre existence avec l'ordre universel dont le Grand- Être nous confie l'amélioration continue. Or, une telle condition se trouve remplie quand le dogme de l'Humanité , que le sentiment et le culte représentent d'abord comme isolé, devient le résumé systématique de l'économie naturelle ^ d'après une ascension graduelle des plus grossiers phénomènies vers les plus nobles. Au delà de cette mesure ^ la culture théorique serait nécessairement oiseuse, et comporterait des divagations indéfinies , où l'analyse objective s'insurgerait contre la synthèse subjective qu'elle doit assister. Mais l'état spéculatif ne mériterait un tel blâme qu'en devenant habituel , coltame sous le régime di$persif«de la transition occidentale. La discipline religieuse consacrera toujours les recherches incidentes qui se trouveraient spécialement amenées par les besoins con-

AVEIIIB atJMAIlf. — G&APltRB TROISIÈME. 195

Udub du perfectionnement universel, moral, intellectuel, ou physique^

Bn Instituant un tel système de culture théoritiue, la religion piysitlve se borne réellement à régulariser les tendances que la raison humaine ne cessa Jamais de suivre spontanément , avant que rinitiation mentale fût achevée. Pendant Télaboration des sciences Inférieures, les dignes théoriciens sentirent toujours la prépondérance normale du domaine moral , quoique son étude systématique restât prématurée. Un instinct confus mais énergique destina les spéculations éloignées de Thomme ^ préparer les doctrines et les méthodes qu'exige la connaissance suprême qui suscita souvent d'admirables avortements. Voilà pourquoi les principales conceptions ne surgirent, même pour le couple inférieur, que quand les besoins généraux demandèrent leur élaboration décisive, comme je Ta! directement prouvé, dans le volume précédent, envers le mouvement terrestre. Telle est aussi Texpiication du décroissement continu qu'éprouvent les phases encyclopédiques à mesure qu'elles s'approchent du terme humain, quoique le domaine spéculatif devienne alors plus vaste et plus difficile. Ainsi la restriction de chacune d'elles à ce qu'exige l'avénemeut de la suivante se trouve aussi conforme à l'expérience qu'à la raison inspirée par le sentiment La prépondérance passagère des divagations académiques ré^ sulta seuleuient àé l'anarchie moderne, qui transféra la culture fhféneure aux esprits incapables d'élaborer les spéculations supérieures.

Ainsi, la discipUne théorique instituée par le positivisme se réduit à systématiser l'instinct dont tous les vrais penseurs ftlrent de plus en plus animés pendant les trente siècles de la transition occfdelntale. Mais cette systématisation offre une telle difficulté qu'elle semble d'abord former un cercle sans issue. Car, la règle qui restreint le développement propre de chaque

science à ce qu'exige l*éiaboration rationnelle de la suivante ne saurait devenir efficace que quand, la course encyclopédique se trouvant achevée, on peut construire la science finale, d'où doit émaner toute discipline. Or, d'un autre côté, ce complément décisif n'appartient point aux esprits dominés par les habitudes dispersives que suscite Tessor spécial des sciences préliminaires. Un tel conflit ne comporta d'autre i&sue que la réaction synthétique résultée de l'ébranlement social d'où surgit le positivisme. La nouvelle philosophie et la religion de l'Humanité devaient donc naître chez le peuple centrai où l'ensemble du passé plaça le foyer de la crise finale. Faute de sentir une telle connexité , la plupart de ceux qui maiutenant apprécient les bienfaits Intellectuels du positivisme commettent une grave inconséquence en me reprochant de le lier à sa destination sociale , seule source de son avènement.

Nécessaire pour inaugurer la discipline théorique , cette relation normale ne cessera jamais de la consolider et de la développer. Sans pouvoir contester la rationalité d'une telle règle, la médiocrité mentale, qui prévaudra toujours, même parmi les théoriciens, tendra spontanément à spécialiser la science afin d'éviter les efforts qu'exige la méditation synthétique. Cette disposition sera d'autant plus dangereuse qu'elle se trouvera conforme aux habitudes partout résultées de l'existence pratique. En devenant Industrielle, Tactlvité perd naturellement le caractère synthétique qu'elle offrit pendant Tâge militaire. Alors la vie pratique réduit les vues d'ensemble à des opérations très-circonscrites , et les conceptions vraiment générales se trouvent réservées au sacerdoce ; ce qui d'ailleurs fournit la meilleure garantie de la division normale des deux pouvoirs. Mais la propagation universelle de l'éducation encyclopédique empêchera que la spécialisation pratique favorise les inclinations dispersives des théoriciens vulgaires. La géné-

ralité des pensées est partout goûtée, comme la générosité des sentiments ; même chez les âmes qui s'en reconnaissent incapables.

On pourra donc faire toujours prévaloir la discipline synthétique sur les tendances analytiques en Tinstituant, au nom du Grand-Être, d'après les motifs, moraux et sociaux, qui la firent d'abord surgir. Mais, quoique son principe semble uoiquement concerner le dogme, l'ensemble de l'état positif devra concourir à la développer et consolider. Le culte y disposera par l'essor sympathique , et le régime la fortifiera d'après le système de précautions que j'expliquerai dans le chapitre suivant.

L'inauguration d'une telle discipline exige des travaux encyclopédiques qui d'ailleurs comportent une utilité permanente pour 1 éducation universelle. Ils doivent consister à fournir des types de Fétat théoriques, en construisant, pour les diverses spéculations réelles, des traités philosophiques, où chaque science se trouve réduite à son extension normale et dignement incorporée à la religion de l'Humanité. Quelque vaste et difficile que paraisse une telle élaboration , elle peut se condenser en sept volumes , qui deviendront les livres usuels du sacerdoce et du public.

Ma carrière est trop avancée pour me permettre d'exécuter, entièrement cette systématisation décisive du dogme positif, et je dois ici me borner à la caractériser. Les deux volumes précédents l'ont suffisamment accomplie envers la dernière science préliminaire, puisqu'ils systématisent la sociologie, fondée par mon premier traité. Parmi les trois ouvrages qui succéderont à celui que j'achève, deux seront destinés à des constructions équivalentes pour les deux termes extrêmes de l'échelle positive , en systématisant respectivement la mathématique et la morale. Quant aux sciences intermédiahres, leur rénovation synthétique se trouve assez indiquée dans le premier

volume de ce iraité, surtout envers la biologie. Il me suffit donc d'ébaucher maintenant les aperçus ou résumés qui concernent cette systématisation complète du domaine spéculatif, en y sui< vaut Tordre encyclopédique.

C'est surtout en cosmologie qu'il importe d'inaugurer la synthèse subjective , parce que l'analyse objective y trouve plus de consistance, et même de dignité, que partout ailleurs. En abordant Tétude de la vitalité, llindivisibilité normale des spéoolations réelles se fait tellement sentir que, malgré Tanarchie moderne , les moindres penseurs s'y montrent toujours accessibles aux inspirations systématiques. Alors on est trop rapproché du terme humain pour méconnaître où dédaigner la vraie destination des théories positives, et chaque problème tend bientôt à manifester Tirrationalité des conceptions où ce but est écarté. Mais le domaine de la matérialité comporte mie étude tellement séparée que les saines spéculations purent y surgir et prévaloir, pendant que les croyances fictives conservaient, partout ailleurs, un empire incontesté. Quoique rhomme soit nécessairement soumis aux lois quelconques de l'existence universelle , ce n'est point à lui que se rapporte directement leur recherche, toujours bornée au milieu correspondant. Outre le besoin de connaître celui-ci, le suecès des spéculations oosmologiques exige qu'on les poursuive envers les cas les plus simples, même quand les résultats seraient «ealement destinés aux plus complexes. L'étude de la matérialité ^pose d*ailieurs à la division, parce qu'elle coneerne nne ai^istenoe sans unité, dans un milieu dont l'ensemble est insaisissable.

Voilà commebt le régime analytique a tant persisté pour ce demalne, même cfaes d'éminents penseurs, qui n'auraient pu s^y soumettre envers d'autres spéculations. Cette culture reproduirait ëe semblables diqMsitioDS , si Jamais elle redevenait

AYENIl HUMAIN. — CHAPITRE TROISIÈME. 199

fxclusive, faute d'une suffisante sollicitude du sacerdoce et du public. Des événements où Tbomme ne figure directement que comme spectateur» comporteront toujours les divagations des tbéoriciens effrayés des efforts continus qu'exige l'universelle prépondérance de la méthode subjective. Mais l'inanité des synthèses objectives est assez sentie maintenant pour que les vrais penseurs puissent accepter^ en cosmologie^ l'irrévocable présidence du point de vue humain , seul apte à tout lier. La dispersion propre à ce domain^ se trouve tellement développée depuis que l'anarchie académique prévalut sur Tancienne disdpUne, que le besoin de coordonner, et même d'épurer, y devient irrécusable. Quand le sacerdoce positif invoquera dignement les motifs moraux et sociaux, il aura peu de peine à faire partout respecter et chérir un régime sans lequel les faibles moyens de notre intelligence se consument en recherches puériles. Il faut seulement que la rationalité, comme la dignité, d^ spéculations abstraites se trouvent toujours garanties, d'après la fusion finale de la science dans la religion.

Telle doit être la principale destination des divers traités cidessus indiqués, et dont Tachèvement appartient surtout à mes successeurs. En me réservant le plus décisif, j'espère bientôt prouver combien la science mathématique , devenue k peine saisissable dans son ensemble , acquiert de consistance et de dignité sous la discipline synthétique instituée par la religion positive. Je dois ici me borner à quelques indications envers €^ résultat caractéristique , en expliquant le plan et l'esprit de cette propfaaine composition.

Un seul volume suffira pour ce travail qui me sembla d'abiord exiger deux tomes, l'un abstrait, l'autre concret, quand je le promis, en ISU , à la fin de mon livre fondamental , et mime lorsque je confirmai cette annonce , en 1851, dans la pcéCace générale du pr^ni trai^^ Cetjte condensaaon décisive

ctooDera peu ceux qui sauront apprécier la résoluUoD synthétique^ indiquée au début de la construction que j'achève, pour incorporer le calcul moderne à la géométrie générale. En réalisant ce projet, le nouveau volume, que j'espère publier avant la fin de 1856, systématisera définitivement la philosophie mathématique. Précédés d'une introduction religieuse et suivis d'une conclusion synthétique, sept chapitres institueront le calcul arithmétique , le calcul algébrique , la géométrie préliminaire, la géométrie algébrique, la géométrie différentielle, la géométrie intégrale, et la mécanique générale. Le titre de ce prochain ouvrage. Système de logique positive , ou Traité de philosophie mathématique, suffit déjà pour caractériser sa principale destination, que je vais sommairement expliquer.

Elle résulte d'un concours naturel entre deux aphorismes hicontestables : l'étude des méthodes est inséparable de celle des doctrines; les remarques importantes doivent s'accomplir envers les cas simples. La combinaison de ces* deux principes conduit, en effet, à reconnaître que les lois générales du raisonnement se manifestent surtout dans l'appréciation abstraite de Texistence universelle réduite à ses moindres attributs, nombre, étendue, et mouvement. Quoique cette circonscription systématique du domaine mathématique soit uniquement due au positivisme , la confusion représentée par le nom multiple de la science initiale n'a jamais empêché de sentir qu'elle seule offre assez de simplicité pour une telle manifestation.

Néanmoins, celte suprême simplificalion des spéculations positives semble interdire de pouvoir y trouver des types décisifs de tous les procédés logiques, dont plusieurs paraissent exclusivement réservés aux études supérieures. On peut craindre que le champ mathématique ne doive jamais suffire qu'envers la déduction et la coordination, qui s'y développent spontanément, avec une perfection jugée impossible partout ailleurs. L'induc-

AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE TROISIÈME. 2Ul

tioD el la géDéralisation ne semblent pouvoir être suffisamment appréciées que dans les domaines qui firent successivement surgir leurs divers modes. Mais, en instituant Tétat normal, il ne faut pas se borner à reproduire aveuglément la marche suivie pendant la vie préparatoire. Ceux que le Grand-Être charge de transmettre à Tensemble de ses serviteurs les résultats généraux du développement intellectuel doivent de plus en plus s'affranchir des obligations propres à l'essor original. Il s'«établit une différence croissante entre Texposilion dogmatique et réJaboralion historique, à mesure que la pensée devient plus synthétique, comme l'indique, depuis longtemps, l'enseignement mathématique, malgré son extrême imperfection. Quoiqu'on doive toujours respecter la concordance naturelle entre l'éducation individuelle et l'évolution collective, l'uniformité nécessaire de la méthode positive permet d'introduire ses principaux artifices dans des sciences plus simples que celles qui les firent surgir.

Mon traité spécial de géométrie analytique a déjà prouvé la ' possibilité d'enseigner, en mathématique , la partie de la logique inductive qui semble le plus appartenir à la biologie, c'est-à-dire la méthode comparative et la théorie taxonomique. Ses deux modes essentiels, la formation des groupes naturels, et même l'institution des séries hiérarchiques, conviennent pleinement à la classification normale des surfaces d'après leur génération. Quoique la simplicité de ce cas dût le rendre d'abord impropre à caractériser spontanément ces procédés généraux ^ elle fournit un puissant motif d'y placer, de préférence, leur étude systématique. L'aptitude du domaine mathématique est d'ailleurs reconnue envers les modes moins éminents de la logique inductive, l'observation, et même l'expérkoentation, qui s'y développent beaucoup , malgré la tendance des géomètres à croire leur science purement déductive. Enfin , les plus

sublimes procédés, la filiation historique et la méthode subjective, peuvent élre, en vertu de leur évidente universalité, dignement transportés dans la science mathématique, où leur application devient décisive.

De tels attributs doivent pourtant sembler insuflisants pour constater la plénitude logique de ce domaine , quand on les compare à ma systématisation de la logique positive, indiquée au premier volume du préseqt traité. €ar, en ne se bornant pas aui procédés spéciaux d'induction ou de déduction , et pénétrant jusqu'aux moyens généraux de contempler et méditer, le plus spqntané , le plus ancien , et le plus puissant, parait inapplicable aux spéculations mathématiques. Elles développent, mieux que toutes les autres, l'aptitude logique des signes, auxquels les préjugés pédantesques réduisent la principale ressource du raisonnement Simultanémept avec ce moyen, l'emploi des Images s'y manifeste spontanément , dès le début Après avoir isolément prévalu longtemps, l'une pour le calcul, Tautre en géométrie, ces deux ressources se trouvèrent irrévocablement combinées par la rénovation décisive que Descartes in-* sUtna. Le domaine mathématique reste jusqu'ici le seul où cette liis(on soU établie. Mais elle ne saurait suffire pour caractériser le véritable ensemble de la logique positive, tant que Tinflaence des sentiments ne complète pas le concours des images avec les signes.

L} révolution accomplie, en mathématique, par mon prindpa) précurseur m'oblige donc à fonder la régénération théorique sur l'efficacité mentale de l'affection. Cette combinaison entre les signes, les images, et les sentiments ne peut devenir décisive qu'en se développant envers le domaine le plus simple et le plus éloigné de l'homme. On ne saurait autrement élever la raifpfi théorique au niveau de la raison pratique , qui toujours sut spMtaiéittit utiliser une telle alUance dans les spécu-

AVENIR HUMAIN. — CHAPITRE TROISifeMB. 203

lations coBcrètes. Alors l'abstraction ^ perdant son principal danger, pourra librement développer son privilège naturel pour permettre de généraliser et de coordonner, sans compromettre Talliance normale entre la synthèse et la sympathie. Une telle régénération doit à la fois devenir la conséquence et la condition de la fusion définitive de la science dans la religion.

Il faut attendre mon prochain traité pour juger une rénovation aussi contraire aux dispositions actuelles des théoriciens et môme du public. Mais les âmes convenablement disposées en pourront ici pressentir la possibilité, d'après le concours des indications propres aux divers volumes de l'ouvrage que j'achève, fille doit surtout ressortir d'une sage combinaison entre l'absorption finale du fétichisme par le positivisme et la réaction morale des études mathématiques.

Quelque sécheresse qu'on s'eflR)rce de maintenir dans ce début Bé^essaire de la positivité rationnelle , on ne saurait empéchef les âmes saines d'y puiser de profondes et salutaires émotions, e^ subissant rtuËuence aiSective de l'ordre démontré. ]ie9cae(té de ces irrésistibles convictions pour ennoblir et puriier nos indinatioas doit devenir incontestable , même sans éprevve personnelle, à quiconque sent combien nous avons besoin de nous ^bordonner aux fatalités extérieures. Parmi les trois sortes de lois naturelles , physiques , intellectuelles , et morales , les secondes conviennent tellement au domaine mathématique qu'on le regarde comme ne pouvant en compqirter 4'aatres. €ette Urationnelle exagération se dissipe en voyant ûfBM part surgir là les lois physiques, surtout en mécanique, on même en géométrie , et , d'une autre part , les lois intellectnelles se dévoiler secrlement dans les spéculations sociologiques. Néanmoins, après avoir rectifié ce préjugé théorique, on reste frappé de l'aptitude spontanée du domaine mathématique à vériier et caraetériser l'orire mental. Bès lors , on sent

qu'il peut aussi manifester^ et même développer, les lois morales, d'après leur connexité natarelle avec les lois intellectuelles. On doit ainsi concevoir la destination normale de l'éducation mathématique , fournissant une base complète à la systématisation positive, tant pour la doctrine qu'envers la méthode.

En complétant la positivité par la fétichité, la maturité de la raison humaine rendra ces spéculations familièrement accès* sibles à l'influence morale, que dut repousser leur essor initial, afin d'éviter des illusions alors imminentes et funestes. Par cela même que le positivisme empêche radicalement toute méprise objective envers les causes, il permet de développer sans scrupule la vitalité subjective que nous attribuons spontanément à des êtres quelconques. Loin de comprimer cette disposition, U la consacre et la systématise, comme pouvant beaucoup assister, non-seulement le langage et l'art, mais aussi la pensée , surtout abstraite, en fortifiant l'image par le sentiment Affranchis des préjugés théoriques, les positivistes développeront la fétichité plus que ne purent le faire les fétichistes , puisqu'ils étendront aux phénomènes la tendance que ceux-ci bornèrent aux corps. Il suffit que les émotions idéales aient toujours un siège réel , d'ailleurs abstrait ou concret , sans qu'on doive jamais les attribuer à des êtres imaginaires. Sous cette seule condition, la raison positive se trouve préservée de toute rechute thé^logique, et peut, dès lors, suivre librement une disposition aussi favorable à l'esprit qu*au cœur. Un tel régime convient surtout au domaine mathématique, où surgit l'institution correspondante des milieux subjectifs , d'après laquelle nous pourrons perfectionner l'abstraction, en animant les courbes, et même les équations.

Cet état final des spéculations les plus anciennes et les mieux cultivées se trouve annoncé par la tendance croissante de leurs

principaux organes à les faire coexister avec les méditations supérieures. Malgré lanarcbie moderne^ Descartes et Leibnitz poursuivirent à la fois le perfectionnement mathématique et la rénovation philosophique. Leur digne successeur, Lagrange, aurait prolongé ce noble spectacle^ toujours développé depuis Tbalès jusqu'à Pascal» si sa puissance systématique ne s'était pas restreinte à Tenceinte mathématique , au milieu d'une démolition indigne de lui. Quoique cette coexistence ne puisse tenir lieu d'une combinaison, elle l'annonce et même la prépare^ en montrant les meilleurs esprits^ constamment disposés à l'unité théorique, cultivant à la fois les deux extrémités du domaine spéculatif. Une telle tendance ne pouvant cesser au temps marqué pour sa systématisation , je dois espérer que ma synthèse mathématique sera seulement repoussée par les géomètres, ou plutôt les algébristes, incapables de se dégager du régime académique.

Sans m'arrêter à leur vaine opposition , j'en dissiperai d'avance le seul prétexte plausible, en écartant radicalement leurs prétentions perturbatrices à la présidence théorique. Depuis qu'ils ont prévalu sur les médecins, ils placent ce funeste empire sous l'invocation vicieuse du principe incontestable de la généralité. Jusqu'à l'avènement du positivisme , on ne pouvait résoudre les sopbismes académiques, faute de savoir distinguer entre les deux modes, objectif et subjectif, que comporte une telle régie , et qui la font aboutir à des disciplines opposes. Mais, depuis le second volume de ce traité, j'ai trop développé cette distinction décisive pour y redouter des méprises involontaires. Les propriétés communes à beaucoup d'êtres ne présentent point, à ce titre, des difficultés abstraites; puisqu'un tel attribut doit, au contraire, rendre leur étude plus facile, en caractérisant leur simplicité. C'est seulement quand l'abstraction s'applique à des notions très-complexes, comme dans les

206 SÏBTËMB Dfi POLITIQUE POSITIVE.

sciences sapérieures, qu'elle augmente néceastirenitiit rembarras et le mérite des inductions et surtout des déductions, quoique leur domaine olijectif soit alors plus restreint. Ainsi ^ la présidence théorique appartient à la généralité subjectire ^ qui peut construire, en morale, en sociologie, et même en biologie, des systématisations , à la fois plus utiles, plus difBciiei, et même plus parfaites > qu*en mathématique.

Mais Tincorporation de la science à la religion , en Msaat toujours prévaloir la culture encyclopédique > dissipe radicalt>ment des conflits qui ne pouvaient avoir de gravité que d'après le régime dispersif. C'est uniquement en vertu de sa implicite supérieure que le domaine mathématique devient le mieux apte à développer la systématisation finale de la logique positive^ Ainsi cultivé, jamais il ne pourra ranimer Tirrationnelle usurpation de la présidence théorique par une science nécessairement bornée au spectacle le plus grossier.

Réduite à sa vraie destination ^ plus logique que scientifique, cette étude fondamentale acquiert une dignité que ne comportait pas sa vaine domination. Son aptitude à systématiser la véritable logique doit se confirmer en faisant émaner de cette source le perfectionnement général de Tart de pei^ser. Ce résultat décisif du traité que je caractérise se trouvera spécialement développé dans sa conclusioâ synthétique, sur laquelle fd ne saurais anticiper ici, sauf pour indiquer la nature d'un tel progrès.

Il consiste à fonder une sorte d'algèbre universelle , propre à faciliter autant la pensée envers un domaine quelconque que le permet l'algèbre actuelle quant aux méditations sur la quattlilé. Sans devoir maintenant définir ce nouvel algorithme, j'annonce seulement qu'il condensera l'écriture alphabétique ct)inni<e rancien condensa l'écriture hiéroglyphique. L'écriture de la sociocratie doit ainsi recevoir un perfectionnement équivalent à cetai

AYENIft HaiAIll. — dlAHTBB TROISIÈME. 207

que la théocratie accomplit envers la sienne. Une telle ilifttitalien permettra seule à la positivité systématique d'offHri en devé- Mnt universelle, des ressources aussi parfaites que lorsqu'elle se IxKuait aux plus simples spéculations. C'est uniquement alotB que la constitution du langage humain obtiendra sa plénitude normale ^ puisque les signes les mieux adaptés à la communiacation auront acquis autant de puissance envers l'élaboratiOB.

Voilà comment la logique maCbémaUque, devenue synthé^ Uque par Tintroduction du sentiment , réagira sur le t>erfec^ tionnement général de la raison théorique. Scientifiquement envisagée, la systématisation finale du premier degré de Tencyclopédie abstraite comporte une efficacité non m<^ns décisive, en ébauchant l'appréciation générale de l'ordre universel, à la fois moral > intellectuel, et physique^ Ce triple ensemble de lois sera dès lors senti > non-seulement envers l'étude du mouvement, mais aussi pour celle de l'étendue > et même du nombre, d'après la relation nécessaire entre l'objet et le sujet, mieux sai^ssable dans la plus simple abstraction. Le début de rinitiation théorique fera déjà surgir du dogme une réaction morale tendant à compléter celle qui résulte du culte « surtout personnel. En elTet , celui-ci développe l'instinct fondamental de la vénération, en habituant à chérir Tordre» d'abord volontaire, puisartifidel, enfin fatal. Or, la synthèse mathématique doit exercer une influence équivalente^ mais en suivant une progression inverse. Quoique cette marche soit moins pure et moins digne, elle consolide» par d'irrésistibles convictions, la discipline émanée du culte » en faisant profondém^t apprécier la triple soumission, dès lors aussi prédeuse à la raison qu'au sentiment.

La prochaine exécution du nouveau traité que je viens de caractériser ne me dispensait point d'indiquer ici la nature et la destination du premier des sept volumes propres à VEncy-

clopédie abitraite qui condensera la systématisation finale du dogme positif. Quand j'aurai dignement établi ce fondement, on ne pourra plus contester la possibilité de réduire l'exposition normale de la vraie science à ces sept tomes , respectivement consacrés aux sept degrés de la biérarchie encyclopédique , et composés chacun de sept chapitres. En comparant le volume mathématique à la phase correspondante de Téducation universelle , suivant le plan indiqué dans le discours préliminaire du traité que j'achève , on doit craindre qu'un livre aussi court ne puisse suflBre envers une telle étude. Car chaque chapitre de la synthèse mathématique offre, moyennement , une condensation triple du taux universel. Mais, outre que celte science, vu sa implicite supérieure, comporte un traité plus concentré, quoique son enseignement oral doive être plus développé , deux autres motifs concourent pour expliquer cette condensation exceptionnelle. Plus faciles, plus anciennes, et plus indépendantes, les spéculations mathématiques ont dû se trouver plus exposées aux divagations oiseuses, de manière à demander une plus vaste épuration. Destinées à développer davantage la méthode que la doctrine , leur étude exige plus de temps , et même d'efforts, qu'aucune autre, sans que leur systématisation écrite doive être plus étendue.

Toutefois, les penseurs synthétiques convenablement cultivés, qui sont infiniment rares aujourd'hui, concevront seuls la possibilité d'une telle condensation avant que je l'aie réalisée. Mais , d'après l'accomplissement de ce premier pas , on ne pourra plus contester la concentration théorique qu'exigent la prépondérance du sentiment et l'essor de l'activité. C'est pourquoi je devais attacher une importance spéciale à cette explicatidn , qui peut seule faire sentir combien l'admirable vœu de Diderot devient, au bout d'un siècle, dignement réalisable, au delà roénie des espérances primitives.

Je dois maintenant présenter des indications moins étendues envers le reste de la cosmologie. Quoique mon premier volume ait spécialement préparé la systématisation finale de la biologie , elle exige autant d'explications que Tensemble de la matérialité. Mais le principal développement doit ici concerner la morale, après que j'aurai signalé la constitution définitive de la sociologie par la condensation du présent traité.

Parmi les sept sciences fondamentales, Fastronomie est actuellement la plus rapprochée de son état final, de manière à n'exiger qu'une coordination et des éliminations déjà préparées dans mon premier volume. Mon traité spécial de 18/i4, résulté d'un enseignement philosophique et populaire prolongé pendant dix-sept ans, achève de me dispenser ici d'insister sur le second degré de Tencyclopédie abstraite. Cette double préparation doit suffire au lecteur pour comprendre le plan du tome deuxième de la dogmatisation positive. Ses sept chapitres institueront l'astronomie préliminaire, la partie statique de la géométrie céleste , les lois qui résument sa partie dynamique, leur application aux prévisions normales, la loi fondamentale de la mécanique céleste, sa réaction statique, et son essor dynamique. Je dois seulement ajouter ici quelques aperçus destinés à compléter mon appréciation antérieure de la constitution , relative et subjective , qui convient à l'étude^ géométrique et mécanique, de la planète humaine.

Ces indications complémentaires ne sauraient concerner les sept chapitres du tome astronomique, assez caractérisés déjà d'après le travail ci-dessus rappelé , quoiqu'il ne puisse dispenser de leur exécution. Mais le second volume de l'encyclopédie abstraite doit, comme le précédent et les suivants, commencer par une introduction religieuse et se résumer dans une conclusion synthétique. L'une est destinée à caractériser la constitution générale de la science correspondante et sa relation normale avec

aïO ftTSTÈME DE POLITIQUE POSHIYB.

la précédente. Dans l'autre > on apprécie ses prlDctpau résultats et son aptitude à préparer la pliase suivante de l'élaboration encyclopédique. Or c'est seulement envers ce préambule et ce résumé, diversement relatifs à Tensemble correspondant, que le tome astronomique de la pliilosophie seconde peut ici comporter des aperçus complémentaires.

Bornée au sens le plus intellectuel, Teiploration céleste institue le meilleur type de robservalion, trop simple en mathématique, et trop compliquée partout ailleurs, pour que sa systématisation y puisse devenir aussi satisfaisante que dans la deuxième phase encyclopédique. Cette même nécessité destine également Tastronomie à fournir le modèle spontané de rétablissement des hypothèses vraiment positives , c'est-à-dire toujours vériflables. Aucune science ne saurait d'ailleurs régler autant l'extension qui convient à la précédente, puisque leur liaison s'y trouve plus complète que dans tout autre cas. Mais ces divers privilèges logiques ne sauraient Id susciter de nouvelles appréciations. Inversement au précédent, le second degré de l'encyclopédie abstraite offre une destination plus scientifique que logique : en sorte que c'est surtout envers la doctrine que Je dois maintenant compléter son examen.

Quoique Texislence universelle s'y trouve, comme en mathématique , réduite à ses moindres attributs, leurs lois y font surgir un sentiment plus décisif de l'ordre fondamental. Leur étude antérieure, autant relative au toucher qu'à la vision, manifestait mieux leur universalité, mais en obligeant d'écarter les propriétés qui coexistent avec eux dans les corps pleinement accessibles. Or celte abstraction ne permettait point d'apprécier assez l'ordre numérique, géométrique, et mécanique , comme base nécessaire de l'économie supérieure. Il faut que Texistence mathématique se trouve réalisée dans des corps qui ne peuvent nous en offrhr aucune autre pour que ses lois

AVENIR HUMAm. — CHAPITRE TROISIËHE. 211

deriennent le fondement direct de tonte la philosoptiie seeende. Tel est le privilège synthétique de rastronomte^ qni présente les avantages do point de vue concret en étudiant les prindpatix types de la matérialité , sans perdre le caractère abstrait qu'exige la généralité théorique , puisque nous ne connaissons ces êtres que sous cet aspect. Alors l'existence numérique, géométrique, et mécanique, ne se borne plus au milieu subjectif qui fot spontanément institué pour en faciliter spécialement rappréciation universelle. Directement étudiée envers les masses prépondérantes, elle y manifeste un ordre d'autant plus dédsif qu'il s'y trouve entièrement inaccessible k Tintervention humaine.

Nous sommes ainsi conduits à reconnaître que l'existence mathématique constitue le fondement normal de toute autre économie, puisque nous restons dominés par les corps qui nous l'offrent seule, et chez lesquels elle annonce des attributs que nous ne saurons jamais apprécier. Le caractère toujours relatif des spéculations réelles ne peut ailleurs devenir aussi prononcé que dans une étude qui nous échapperait si nous perdions l'unique ^ens propre à la fonder, ou si les corps et le milieu manquaient des qualités qu'elle exige. Depuis Tadmis- ^on du mouvement terrestre, aucune autre science ne fait autant sentir combien l'unité subjective est la seule que nous puissions jamais obtenir, puisque nos vraies connaissances s'y bornent au domahie planétaire du Grand-Être. Faute d'un tel centre, les études célestes deviendraient autant incohérentes qu'oiseuses, en tendant vers l'absolu, quoiqu'il s'y montre spécialement inaccessible. Spontanément hidéfinle, cette science ne peut être circonscrite qu'en la destinant à connaître la planète humaine et les astres correspondants; restriction qui suppose le mouvement terrestre. Mais, d'après une telle connexité, ce mouvement importe tellement à la philosophie relative que,

212 SYSTËME DE POUTIQDE POSITIVE.

dans la maturité de la raison homaine , son existence n'exige aucune démonstration. C'est ainsi que ce principe a réellement prévalu^ puisque son admission, précédant ses preuves décisives, s'accomplit quand l'avènement de l'état positif rendit opportune la transformation préparée dès le début de l'essor théorique.

Mais , en étudiant le ciel afin de connaître la terre , Il faut accorder à cette science tout le champ qu'exige l'apprédation relative de l'ordre fondamental. On y doit écarter tous les astres extérieurs 9 et borner l'examen des astres intérieurs à ceux qui peuvent réellement affecter la planète humaine. Ceux qui , visibles à l'œil nu, furent toujours aperçus , doivent donc constituer son domaine essentiel > puisque les autres, trop petits ou trop lointains , nous sont nécessairement étrangers. Un tel champ suffit d'ailleurs aux besoins pratiques , qui pourraient même se satisfaire avec les deux corps liés directement à la terre , l'un comme centre 9 l'autre à titre d'annexé. Néanmoins , la destination philosophique exige la considération habituelle des planètes anciennes, dont l'étude se trouve consacrée dans l'institution de la semaine, incorporée au culte positit Sans leur ensemble, nous ne pourrions obtenir une suffisante pluralité de mondes appréciables, comme Fontenelle le fit admirablement sentir. Faute d'une telle extension , la notion de l'ordrje fatal ne saurait devenir assez relative.

En prolongeant ce motif philosophique , on se trouve conduit à consacrer aussi l'étude finale des satellites , et même des comètes, quoique les besoins théoriques et pratiques permissent l'entière élimination de ce double appendice. Pourvu qu'il se subordonne toujours à la constitution subjective, sa culture modérée rendra plus complète l'appréciation, logique et scientifique, de l'ordre céleste, d'après une comparaison systématique des trois cas généraux qu'il comporte. Leur examen com-

AVENIR HUMAIN. -— GHAPITBE TfiOISlÈMË. 213

paratif peat seul condoire à bien sentir que la régularité du principal spectacle est seulement due à sa simplicité ; quand les influences se compliquent^ l'économie céleste tend à devenir moins régulière que les institutions de la providence humaine.

Après avoir étendu jusqu'au domaine mathématique la fusion définitive de la fétichité dans la positivité , pour pemoettre la combinaison logique des sentiments avec Tes images et les signes^ la transformation synthétique s'accomplit sans effort en astronomie. C'est par le spectacle céleste que le fétichisme se perpétua réellement 9 à travers le théologisme , jusqu'à son incorporation au positivisme. L'antique verset, dont l'appréciation finale me suscita tant de rancuftes, ne pouvait émaner que d'un esprit étranger à l'astronomie. En effet, l'admiration réellement inspirée par la contemplation du ciel s'adresse directement aux corps dont nous étudions les mouvements réguliers. Une disposition ^ autant ingrate qu'aveugle , émanée de croyances factices et passagères ; peut seule nous détourner de cette tendance naturelle 5 en nous représentant ces êtres immenses comme purement passifs sous des volontés extérieures toujours impénétrables. Mais la systématisation finale rétablit envers eux l'état normal, interrompu pendant la transition occidentale, ou plutôt dans sa dernière phase. Si le ciel doit surtout rappeler aux positivistes le Grand-Être qui dévoila ses lois et sut y conformer sa providence, il peut aussi leur inspirer, mieux qu'aux fétichistes, la reconnaissance involontaire que comporte l'appréciation, essentiellement empirique, de l'ordre universel

Le dogme ne saurait jamais contredire, à cet égard, la disposition consacrée dans le culte, et que le régime doit confirmer, en faisant toujours apprécier combien il importe de seconder, même artificiellement, l'essor sympathique. En écartant les préjugés théoriques, on reconnaît l'impossibilité de démontrer la non-existence des volontés directes oà l'astrolâtrie pla-

31/i SYSTÈME DE POUTIQUE POSITITE.

çait la source continae de Tordre céleste. Depuis que nous avons éliminé la cause , leur usage scientiflque teadrait à troubler notre 0(udede la loi, qu'il prépara jadis. Mais rien n'interdit de maintenir notre disposition spontanée 9 h titre de moyen logique » pour faciliter nos spéculations astronomiques^ en y faisant convenablepoent intervenir le sentiment. Ainsi ^ l'esprit concourt avec le cœur à motiver la sanction finale de Tidolâtrie par la soçiolâtrie, malgré Tempirisme théologique ^ métaphysique, et même scientifique. Si nous devons, jusqu'en mathématique , auimer l'espace afin de mieux penser en aimant davantage , à nlus forte raison cette disposition convient-elle envers l'astronomie , où l'on avait tant recoivmandé des émotions perturba* trices. Alors, en effet, le régime synthétique et sympathique devient tellement spontané qu'il n'exige plus un milieu subjectif, les sentiments pouvant directement s'y rapporter aux olyets de la contemplation.

Dsins la constitution subjective de Tastronomie, il faut epfin caractériser la destination normale de la mécanique céleste. En écartant l^îs irrationnelles espérances que sa loi fondamentale inspira d'abord à l'orgueil mathématique, on reconnaît que L9 (lomaine astronomique ne cessera jamais d'être surtout géométrique ; nous n'avons pas plus le pouvoir que le besoin d'y tout systématiser. Les lois de Kepler y suffiraient toujours pour les prévisions raisonnables , $i les six éléments de chaque nmuvement elliptique s'y trouvaient assez renouvelés. Quoique la théorie de leqrs p^rturbatiPQs doive faciliter leqr détermina* tion pério41que, elle ne saurait jamais dispenser de l'accomplir directement Ainsi , la mécanique céleste conservera surtout sa destination philosophique , soit afin de perfectionneT la synthèse astronomique , soit pour la mieux lier h celles dont elle est précédée ou suivie, en rendait plus simple et plus décisive la notion de Tordre fatal.

Telles sont les Indications ^ logiques et scientifiques, par lesquelles je devais ici compléter mon appréciation antérieure du second degré de Tencyclopédie abstraite Le couple fondamental de la cosmologie étant suffisamment institué, je ne dois pas m'arrôter à celui qui détermine la transition du spectacle inférieur au domaine supérieur. Car le volume initial de ce traité caractérise la systématisation de la physique et de la chimie autant que le permet Tétat présent de la reconstruction positive, en signalent assez les conditions qui restent h remplir. Suivant la quinzième loi de la philosophie première , le couple intermédiaire est le moins rapproché de sa régénéraUon , qui doit s'accpmplir sous le concours des deux autres. Je dois donc réserver à mes successeurs Télaboration décisive des tomes troisième et quatrième de la philosophie seconde^ en me bornant à noter ici les sept chapitres qui composeront chacun de ces traités.

Pour la physique, Tintroduction religieuse caractérisera Tunité purement subjective que comporte une science dont les branches resteront objectivement indépendantes, malgré leur commune destination envers Tétude terrestre de la matérialité générale. L'ordre et le domakie des sept chapitres y seront ensuite déterminés d'après les sens respectifs^ rangés selon leur spécialité croissante > qui correspond à la transition gradueUe entre Tas- Ironomie et la chimie. Après la barologie , il faudra donc placer Tétude abstraite des saveurs^ quand elle sera fondée; puis on fera succéder à la thermologie la théorie des odeurs,* l'optique, l'acoustique, et l'électrologie.

Quant à la chimie , sa coordination peut devenir plus satisfaisante; puisque cette science, dont le domaine est moins vaste, comporte une déûnition pleinement synthétique, établie déj^ par mon livre fondamental. Après l'introduction qui caractérisera son ensemble, sa systématisation finale pourra

216 SUSTÈMJi DE 1»0UT1QUE POSITIVE.

s^accompiir dans les sept chapitres du volame correspondant, dès qu'elle sera suffisamment préparée par Télaboration indiquée au tome initial du présent ouvrage. Ils institueront l'étude des éléments y l'appréciation cbimique du milieu terrestre , la théorie des moindres composés, celle du second et principal degré de composition, les lois générales de la combinaison, l'examen du troisième degré, puis le complément relatif aux substances instables.

C'est envers le couple intermédiaire que l'institution générale des milieux subjectifs, systématisée par le positivisme d'après l'ébauche mathématique , doit le plus développer son efficacité théorique , quoiqu'elle puisse aussi s'étendre au domaine vital. Elle convient tellement à la géométrie, et même à la mécanique, que le mode correspondant y surgit spontanément, sans que Tinitiation théorique, bidividuelle ou collective, permette d'apprécier Tavénement cérébral de l'espace. Son principal essor appartient cependant an domahie physicochimique, vu la variété supérieure des phénomènes qui s'y manifestent , et dont chaque classe exige un milieu convenable à son étude abstraite, imparfaitement indiquée par le type iniUal.

Ayant assez caractérisé la systématisation finale de l'existence universelle, d'abord mathématique, puis physique, enfin chimique, il faut maintenant aborder le champ spécial de l'unité, d'après sa préparation biologique.

Mdh premier volume a plus élaboré l'étude systématique de la vitalité qu'aucune autre partie de la philosophie naturelle. Il en a poussé rinstitution jusqu'à spécifier chacune des quarante leçons que le plan général de l'éducation universelle consacre à la biologie. Néanmoins, le tome cinquième de l'encydopédie abstraite doit ici comporter plus d'explications qu'aucun des précédents , pour achever de caractériser une

sysiémaUsatiOD aussi difficile qu'urgente , en faisant surtout ressortir sa liaison nécessaire avec la religion de rHumanité. Le peu d'attention obtenu , depuis trois ans, par mes conceptions décisives sur la régénération directe de la biologie^ confirme Timpossibilité de systématiser aucune science en Tisolant de la doctrine universelle. Jamais la théorie de la vie ne se dégagerait du régime analytique qui la dissout, si Timpulsion sociale n'y faisait convenablement prévaloir la discipline synthétique.

Envers l'élaboration accomplie dans mon premier volume, je dois d'abord signaler une épuration finale qui permettra de la mieux apprécier. La systématisation biologique s'y trouva placée entre deux expositions essentiellement* étrangères à la cinquième phase encyclopédique , mais que je ne pouvais alors introduire ailleurs, et dont j'avais pourtant besoin, afin d'Uistituer la sociologie. Toutes deux concernent réellement la science finale , l'une pour la théorie de Tunité, l'autre quant à la synthèse cérébrale.

Si l'on conçoit ce double épisode transporté dans son domaine normal, on reconnaît que Tintroduction fondamentale de ce traité n'accorde pobit à la biologie une extension disproportionnée à celle de la cosmologie. Dès lors, quelques aperçus systématiques peuvent ici suffire pour compléter ce travail, en caractérisant davantage la subordination subjective de l'ordre vital envers l'ordre humain. Le meilleur mode d'un tel complément consiste à motiver l'objet et l'enchaînement des sept chapitres qui doivent composer le cinquième volume de la philosophie seconde.

Dans son introduction religieuse, on fera d'abord sentir combien l'esprit théorique s'élève en passant de Tordre matériel à Tordre vital L'existence universelle est tellement dépourvue de connexité que Tinstitution corpusculaire peut seule déterminer le champ direct de l'abstraction cosmologique, toujours re-

218 STSTËMB De politique POSITIVE.

lative aux molécules 5 même en étudiant les masses. Mais la biologie ouvre le domaine de Tunité , d*abord nutritive , puis active et sensitive^ envers des êtres caractérisés par un consensus continu^ qui n'admet l'analyse qpe pour préparer la synthèse. Une loi^ non moins incontestable qu'inexplicable^ lie toqjours ce contraste entre Tindépendance et le concours à l'opposition entre la composition fixe et la rénovation matérielle. Ainsi s'établit le dualisme fondamental de la philosophie relative 5 préparé par celui qu'institua la philosophie absolue, en séparant , dès le fétichisme^ l'ordre extérieur et l'ordre humain. Cette division spontanée, qui ne distinguait pomt la vitalité dç la matérialité, devait, sous le théologisme, voué surtout à l'humanité, conduire graduellement l'esprit positif^ de son début mathématique à son terme moral. En lui livrant l'ordre vitale elle le poussait vers l'ordre humain^ qui ne peut s'en séparer que par la succession des divers degrés d'unités.

L'introduction religieuse du tome biologique fait ainsi sentir sa destination purement préparatoire, mieux appréciable en s'approchant du but théorique y qui seul permet une vraie synthèse, toujours impossible partiellement. On tend dès lors à restreindre l'étude propre de la vie au préambule qu'exige l'appréciation systématique de l'humanité. Tous les grands problèmes sur l'unité ne peuvent être qu'ébauchés en biologie , puisque leur solution dépend surtout des fonctions cérébrales, sources essentielles du consensus, qui reste imparfaitement saisissable hors du domaine final.

On est ainsi conduit à condenser la biologie en sept chapitres^ dont les deux premiers instituent sa base statique , d'abord anatomique, puis taxonomique, tandis que les autres sont tous consacrés à son étude dynamique. Le chapitre biotomique systématise la succession des trois degrés normaux de l'analyse statiquei en cacietlvisant les éléments, les tissus, et les organes,

d'après le complémeot qu-exigea la pensée fondamentale de Bichat. En réservant le régime moléculaire à 1^ cosmologie > la biologie doit pourtant étudjcr d'abord les éléments > afin de concevoir Tbarmonie e^tre les solides et les fluides, puisque ceui-ci ne peuvent coiitenir que les rudiments de ceux-là.

Par le second chapitre , ob institue la hiérarchie vitale, pour lier )a végétaiité proprement dite à l'humanité, . d'après la série de degréç que comporte Tanimalité. Scientifiquement e^visogée, cette échelle indique à la fois la succession des barrières indépendantes qui uons séparent du monde matériel , et U suite d'intermédiaires à travers lesquels il nous domine. Logiquement , elle éclairç l'analyse vital0 en fixant tous se^ modes chez des êtres qui les isolent des degrés supérieurs, et permet à la synthèse biologique de suivre partout les modifications de Tunité caractérisée d'abord dans son suprême type. Cette floubte ()estiii;atiou comporte, et même exige, une iiistltuUpp spbjecMve, oli Top sparte systématiquement les cas défavorables, en introduisant le« pppstitutiQps fiotives qui peuvent perfectionner les tr^sitions et les pomp^raisons, pès lors, la ^i^ vl^le, devenpq iuébranlablei 3p ra^ache autant h la progression matérielle qu') révpluUPH humaipe, en constituant la continuité de la philosophie seconde d'apr^ la loi 4e classemeut due à la philosophie première.

4b^l pr^p^r^e, la hiplpgl^ dynamique se condense en cinq chapitres^ où Tanimalité se distjpgue de la végét^Ut^, suivant le mode d'alimentation , quand les matériaux on| besoin d'être élaborés (|^ps les organismes Inférieurs avant de convenir aux dll^res. Ui cinquième volume de l'epcyclopédi^ abstraire doit 4onc consacrer son troisième chapitre aux trois lois ibnda- Ypeptales d^ la vie v^éta^ve, en étudiant d*abord la rénovafiOi), ppis le développement, enfin la reproduction. 0^ lors^ le suivant accomplit une âmiv;)len|e appréciation envers Tani-

maliCë^ parrexamen successif des lois de l'exercice, de Thabitade, et da perfectionnement

Il faut compléter ces deux groupes des lois vitales d'après leur liaison, propre au cinquième chapitre, où la septième loi, spécialement relative à l'hérédité, combine les fonctions continues de nutrition avec les fonctions intermittentes d'activité. Ce complément permet au sixième chapitre d'apprécier directement les relations nécessaires entre l'organisme et le milieu, sources continues de leurs modifications respectives. D'après cela, cet ensemble préparatoire aboutit, dans le septième chapitre, à l'étude générale de la modificabiiité vitale , fondée sur la troisième loi de la philosophie première, qui rattache à l'état normal les variations quelconques, même maladives.

Cette construclion de la théorie abstraite de la vie se condense dans la conclusion synthétique, qui caractérise les résultats essentiels du traité biologique et forme le préambule direct du tome sociologique. Logiquement appréciée, la partie supérieure de la philosophie naturelle complète la relativité , surgie de sa partie inférieure, et développée par sa partie moyenne, pour fonder la philosophie morale. Résumée dans le mouvement terrestre et la gravitation planétaire, la synthèse astronomique prépare le caractère relatif de notre existence en dévoilant celui du milieu qui nous domine. Mais la systématisation biologique étend la même appréciation à la constitution corporelle sur laquelle repose notre vie cérébrale. Dès lors , la doctrine sociologique peut accomplir la révolution décisive de l'entendement en établissant directement la relativité de nos opinions quelconques, d'après les lois de leur mouvement. Néanmoins, cette étude finale permet seule de comprendre le tardif avènement d'une telle transformation , qui n'a dû s'opérer qu'à la fin de notre initiation , quoique les bases s'en trouvassent

posées dès le débat de Tessor théorique. Si, d*Qne part, le mouTement terrestre fut bientôt conçu; d'une autre part, la comparaison spontanée des divers degrés d'animalité suffit toujours pour constater la relativité vitale aussitôt que son admission deviendrait mûre.

Envisagé scientifiquement, le traité de la vie développe et consolide la notion fondamentale de l'ordre universel, en liant Tordre intellectuel et moral à Tordre matériel , par des lois dont Tempire est directement sentL Leur étude prépare la conception systématique de la fatalité modifiable, qui constitue le principal caractère du dogme positif. Car la complication des phénomènes devient alors telle que la possibUité de modifier Tordre naturel ressort autant que Timpossibilité de s'y soustraire. Son imperfection , mieux appréciable, et son instabilité plus prononcée, tendent à faire davantage sentir la di* gnité de notre nature et la vraie destination de notre existence. Déjà la cosmologie exclut une absolue sécurité par la perspective continue des catastrophes matérielles, tant célestes que terrestres, contre lesquelles nous ne pouvons instituer aucune garantie. Mais la biologie étend et complète cette conviction en faisant toujours sentir combien est précaire Texistence individuelle sur laquelle repose Tensemble de Téconomie sociale, f^ous sommes ainsi poussés à nous mieux lier au Grand-Être, dont le service développe les sentiments qui nous procurent une noblesse, et même une consistance , supérieures à toutes les fatalités matérielles et vitales.

Quant à la préparation, logique et scientifique, du traité sociologique, la conclusion synthétique du tome biologique Taccomplit directement en ébauchant, d'après les animaux, Tétude cérébrale et la théorie de Tunité. Mais ce double préambule devient plu3 négatif que positif lorsqu'on y supprime les notions émanées du domaine supérieur, quoique leur

222 8TSTËI1B DE POUTIQUE KlSirlYB.

introdacUon biologique poisse conserver ses propriétéè didactiques, en se subordonnant à la phase suivante de rinitiâtiOU abstraite. On doit y faire surtout sentir rimpuissance nécessaire du traité de la vie envers de telles spéculations, dont le type fondamental appartient à la science sacrée, d'après la préparation résultée de la science profane. £n repl*éselitânt ciiaque espèce comme un Grand-Être avorté, par un empêcbeliiefit plus extérieur qu'intérieur, la biologie établit la loi qui résetve à la race prépondérante Fessor de Texislence collective , seule source de Tunité réelle. Historiquement émanée de la science sacrée , cette notion peut être dogmatiquement tf adsportée au sommet de la science profane, afin que la préparation de Tune se termine en manifestant Tinsuffisance de l'autre.

Je dois maintenant compléter ces nouveaux aperçus sur la systématisation finale de la biologie en indiquant ceux que chaque partie de la révision précédente tn'a forcé d'écarter pour ne pas interrompre la succession générale.

Dans le premier chapitre, il faut d'abord ajouter TappUcâtion de la loi ternaire à la progression analomique , et même à la coordination des éléments organiques. L'institution subjective de la biologie peut seule dissiper la fluctuation qui résulte^ envers les degrés généraux de l'analyse statique, de distinctions ou rapprochements également arbitraires. En recOndàidsant la destination , essentiellement logique ^ d'une telle sucées^ sion, on détermine son développement d'après les besoins théoriques qu'elle doit satisfaire. Alors on maintient seulement degrés ci-dessus mentionnés, et dont la conception est réellement due à Bichat; puisqu'il institua le mode l'après lequel les deux autres ^ toujours sentis spon- , deviennent enfin systématiques. Il faut pareillement éléments anatomiques, en les concevant destinés à re- ' l'harmonie nécessaire entre les solides et les fluides,

AYENIB HUMAIN. — GHAPltftÉ TROISIÈME. 223

pourra qu'on les ait «l'abord séparés des produits, avec lesqneb ils furent souvent confondus. Une telle destination oblige à regarder le sang comme renfermant tous les rudiments dés tissds et^ par suite, des organes. Or, ils sont nécessairement triples, afin de permettre la vie nutritive, l'activité musculaire, et Texcitabillté nerveuse , d'après la structure, celluleuse , fibreuse, ou tubuleuse, qui convient aux attributs correspondants.

Relativement au second chapitre , je dois seulement explicluer la pos^bilité d'y condenser une étude à laquelle l'empirisme académique consacre plusieurs volumes. Cette condensation resterait impossible, ou deviendrait insuffisante, si le début de la philosophie seconde n'avait déjà formé la théorie générale des classifications positives^ d'après le principe établi dans la philosophie première. Mais de tels précédente permettent de réduire essentiellement le chapitre taxonomique du traité de la vie à la construction^ plus subjective qu'objective, de l'échelle organique, contractée pour sa desthsation normale.

Le troisième chapitre est propre à caractériser la vraie nature de la systématisation biologique , d'après la manière dont il institue la théorie de la végétalité. Si l'on voulait objectivement systématiser la biologie, on devrait la réduire à ce pfemiër domaine, seul susceptible d'une exacte séparation envers la science supérieure, dont il constitue le lien avec la cosmologie. Puisque la végétalité n'est abstraitement étudiée qu'en vue de l'animalité, cet usage unanime annonce la prépondérance définitive de la synthèse subjective , qui ne peut émaner que du type fondamental de l'unité.

Mais cette appréciation, à la fois logique et scientifique, devient décisive au quatrième xhapitre^ où l'étude directe de la vie de relation fait toujours sentir combien la pensée biologique reste irrationnelle quand elle s'isole du but humain. Elle s'eUbrce vainement d'établir l'harmonie entre les fonctions

moscnlaires et les foDctions nerveuses^ tant qu'elle mécoimatt les fonctions cérébrales^ qai senles les combinent. Or, Fétade des phénomènes supérieurs, quoique susceptible d'ébauche envers les animaux , ne peut réellement s'accomplir que sur l'homme, inséparable du Grand-Être.

Une pareille remarque convient au cinquième chapitre, puisqu'il institue la seule liaison biologiquement possible entre les deux précédents. Mais, en manifestant l'insuffisance de ce lien direct, il en caractérise l'importance et la réalité. Quoique la septième loi de la vitalité puisse logiquement résulter des autres, tandis que celles-ci sont irréductibles, il convient de l'en séparer, soit pour les unir, soit surtout en vue de sa propre destination, à la fois théorique et pratique.

Envers le sixième chapitre, je ne dois rien ajouter ici, sauf la recommandation spéciale d'instituer subjectivement la théorie des milieux organiques, d'où dépendent les principaux problèmes de la vie, et qui caractérisera l'efficacité du système synthétique.

Il en est d'abord de même pour le septième chapitre, puis* que la théorie de la modificabllité vitale n'existe jusqu'ici que dans son principe général, dhrectement émané de la philosophie première. Mais je dois ici le compléter en indiquant la loi qui convient aux modificateurs quelconques, pourvu qu'on les distingue des corps étrangers. Elle consiste à restreindre l'aptitude modificatrice aux substances susceptibles d'assimilation, en regardant chacune comme devenant irritante ou calmante quand sa dose s'élève au-dessus ou reste au-dessous du degré qui la rend alimentaire. Cette loi complète la théorie de la modificabilité, qui ne doit pas seulement concerner l'organisme modifié, mais aussi le milieu modifiant. Son usage théorique institue, entre la thérapeutique et l'hygiène, une subordination correspondante à celle que le principe de Broussais établit

entre la pathologie et la physiologie. Je n'ai point à faire ici ressortir son aptitude pratique^ qui doit à la fois éliminer les spécifiques et les remplacer abondamment. Quant à sa source systématique, elle résulte de la connexilé dynamique de la nutrition avec l'activité, statiquement représentée par la liaison des vaisseaux aux nerfs.

Outre ces additions spéciales envers les différents chapitres du traité de la vie, je dois ici mentionner une dernière remarque, qui convient à l'ensemble de la biologie. Elle concerne la discipline instituée , dans ma théorie du Grand-Être , pour les observations anatomiques sur Thomme. Réservées à des fonctionnaires investis d'un terrible office, elles ne souilleront jamais la dignité sacerdotale, maigre les séductions théoriques, toujours contenues par les antipathies publiques, outre les répugnances personnelles. Indépendamment de ses motifs moraux, cette restriction, loin d*entraver la pensée biologique, en stimule l'essor systématique; puisqu'elle tend à faire mieux prévaloir la méthode subjective, principale source des hautes spéculations. Une exploration qui dégraderait le sacerdoce s'accomplit dignement chez des fonctionnaires disposés à relever ainsi leurs loisirs officiels, sans pouvoir jamais abuser d'un privilège dont l'extension reste indépendante de leur volonté. Le raisonnement peut tellement remplacer l'observation que la plupart des lois anatomiques peuvent autant émaner des notions physiologiques que la duplicité des organes cérébraux , indiquée dans celle des images isolées et par notre instinct de la symétrie* Non moins salutaire à l'esprit qu'au cœur, la disci-* pline synthétique détournera de substituer abusivement les animaux aux hommes, le sacerdoce sociocratique devant être plus disposé que le sacerdoce théocratique à faire toujours req[>ecter nos auxiliaires.

Tels sont les divers compléments qu'exigeaient les explica-

UoDS de mon premier volame envers la systématisition finale de la biologie. En combinant ce double travail avec le tome troisième de mon ouvrage fondamental » on pourra directement construire le traité de la vie^ quand ses lacunes essentielles seront suffisamment remplies. Le cinquième volume de la phi^ losophie seconde devant appartenir à Tun de mes successeurs^ son institution exigeait maintenant des indications définitives 5 qui me dispenseront toujours d'y revenir.

Avant de poursuivre rinstitution synthétique des sept traitas destinés à fixer la constitution analytique du dogme positif^ je dois ici caractériser la séparation spéciale qui, dans leur en*chainement général, se fera toujours sentir entre les cinq premiers et les deux derniers. La division historique de la philosophie seconde en philosophie naturelle et philosophie morale ne convient pas seulement à Thiitiation abstraite, individuelle ou collective. En prolongeant les motifs qui la firent spontanément surgir, on reconnaît qu'elle doit finalement devenir, autant chez les théoriciens que parmi les praticiens, la plus usuelle des constitutions binaires que comporte le dogme positif. Celle que j'ai fait précédemment contraster avec elle est plus rationnelle objectivement , étant fondée sur des distinctions plus prononcées et des rapprochements plus intimes ; mais elle offre moins de rationalité subjective, de manière à moins seconder les méditations synthétiques. Il faut donc regarder le principal dualisme de l'entendement comme défi^ nitivement résulté de la distUiction, d'abord spontanée, puis systématique , entre Tordre humain et l'ordre extérieur, dont les études doive^^t se comparer sous les noms expressifs de science sacrée et science profane. Sans négliger le contraste nécessaire de l'organisme envers le milieu, l'état normal le destinera surtout à faire mieux ressortir la relativité de toutes nos conceptions et l'inanité des synthèses objectives.

Mais, quand ce double foodement sera partout devenu familier, le dualisme historique prévaudra sur le dualisme dogmatique.

Leur comparaison logique représente le premier comme plus propre que le second à subordonner l'analyse objective à la synthèse subjective. Car, celui-ci semble assigner au régime analytique un domaine où sa prépondérance doit subsister envers des existences sans connexité ; tandis que celui-là termine la dispersion par Fébauche de Tunité. Quoique la discontinuité de Téchelle vitale tende à consacrer le règne de l'analyse, cette dégénération se trouve normalement prévenue ou réparée d'après la destination subjective des études correspondantes, toujours instituées pour un problème indivisible. On ne devrait préférer le dualisme dogmatique que si la constitution générale de la philosophie seconde devait rester analytique. Mais, puisque la constitution synthétique doit finalement y prévaloir, le dualisme historique, qui la prépare mieux > devient thôori*quement préférable. Sous Taspect pratique, sa supériorité n'est pas douteuse, d'après son aptitude à représenter le meilleur contraste entre les deux pouvoirs sociaux* Pour diriger la réaction totale de la vitalité sur la matérialité , l'homme doit ranger ses auxiliaires parmi les êtres à modifier ; en sorte que l'ordre extérieur et l'ordre humahi constituent les domaines respectifs du patriciat et du sacerdoce.

Cette comparaison définitive des deux dualismes normaux que comporte le dogme positif peut se résumer en appréciant l'extension complète de l'institution des milieux subjectifr» théoriquement destinée à faciliter les abstractions. Quoiqu'elle convienne davantage à la cosmologie qu'à la biologie, où la spéculation devient moins abstraite, elle doit cependant perfectionner l'étude générale de la vitalité, d'après une meilleure détermination des types organiques. Puisqu'elle sert à l'astro^

ii% SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

Domie pour coDceroir les mouveroents sans les corps ^ elle peut^ à plus forte raison , seconder les comparaisons biologiques, le plus sourent partielles^ et dès lors réduites, faute d'images, à la seule assistance des signes. Mais, envers les spéculations sociales et morales, cette institution perd à la fois son aptitude et sa destination , comme l'analyse qu'elle développe; car l'abstraction tend dès lors à cesser, d'après la coïncidence entre l'objet et le sujet. Ainsi, l'efficacité théorique des milieux subjectifs, autant que leur puissance esthétique , s'étend jusqu'au sommet du domaine profane, sans que ni Tune ni l'autre puisse jamais convenir au domaine sacré.

Je dois maintenant compléter l'institution de la philosophie seconde en caractérisant ses deux dernières parties, dont rirrévocable séparation résume la principale supériorité du présent traité sur mon ouvrage fondamental. Quoique cette appréciation doive surtout concerner la morale, il faut d'abord l'indiquer envers la sociologie, à laquelle sera consacré le tome sixième de l'encyclopédie abstraite. Mais, d'après l'élaboration accomplie dans le traité que j'achève , cette systématisation finale se réduit essentiellement à combiner en un seul les deux volumes où j'ai respectivement constitué les deux parties de la science sociale.

Une telle condensation , qui ne peut maintenant offrir que des difficultés secondaires, construira le tome sociologique de la philosophie seconde en coordonnant sept chapitres, compris, comme en tout autre cas, entre l'introduction religieuse et la conclusion synthétique. L'une caractérisera la constitution générale de la sixième phase encyclopédique et sa subordination envers la précédente, l'autre ses résultats essentiels et sa destination pour la suivante. Ces deux appréciations y deviennent plus urgentes et plus difficiles que dans les cas antérieurs, puisque l'approche du but dispose à firanchbr les degrés. Quand

on eut ébauché la biologie ^ on tenta de fonder la morale sans avoir institué la sociologie ; et Tinitiation individuelle tendra toujours à reproduire cet entraînement spontané de l'évolution collective. Ma carrière n'est devenue décisive que par la construction de la science sociale , dont il importera constamment de motiver rinterposition nécessaire^ quoique cette eiplication n'exige plus les efforts et les développements qu'elle me demanda. Après avoir étudié d'abord le milieu, puis le corps, U faut commencer Fétude systématique de l'âme, en dévoilant les lois, statiques ou dynamiques, de l'intelligence et de l'activité, d'après l'existence collective , directement relative au Grand- Être. Son appréciation conduit à compléter la science sacrée en étudiant la véritable unité, pour développer et consolider la vraie Providence, en réglant les sentiments, les pensées, et les actes de ses serviteurs volontaires.

Dans ses sept chapitres, le tome sociologique établit les théories statiques de la propriété, de la famille, du langage, et de la société; puis les théoiies dynamiques du fétichisme, de la théocratie, et de la triple transition qui compléta l'initiation en développant les forces. On voit que ce plan consiste à con-* denser la double élaboration propre au traité que j'achève, sans exiger aucune conception vraiment nouvelle, après avohr séparé la morale, dont l'avènement, surgi de mon travail, ne put y prévaloir assez. Quant à l'étude directe de l'état normal, elle appartient à la science finale , envers laquelle la sociologie constitue une dernière préparation. Mais la nécessité d'une teUe répartition ne doit faire jamais méconnaître l'affinité plus prononcée que présentent les deux moitiés de la science sacrée , comparativement aux diverses parties de la science profane. Pour la mieux manifester, on peut instituer une troisième constitution quaternaire du dogme positif, en séparant ce couple supérieur des couples inférieur et moyen par Tinter-

position de la biologie ^ où le domaine profane se Ue au domaine sacré.

Tout le reste du présent chapitre doit concerner la science finale, aboutissant normal des théories quelconques ^ et source commune des conceptions pratiques. Jusqu'alors la spéculation restait, même en sociologie ^ abstraite et préparatoire ^ d'après la séparation décroissante entre le sujet et Tobjet Mais ici leur pleine coïncidence institue Tétat définitif de la raison humaine; puisque le développement de l'analyse objective y complète rétablissement de la synthèse subjective. En un mot, le dogme s'y réunit au culte ^ afin de systématiser le régime. C'est là que s'opère la transition générale entre l'existence théorique et la vie active. Néanmoins, le tome septième de la philosophie seconde doit conserver le caractère spéculatif d'un tel ensemble^ afin de mieui marquer sa terminaison synthétique. Les explications que Je vais indiquer doivent donc avoir seulement en vue la morale théorique^ c'est-à-dire l'étude directe de l'homme^ en réservant au chapitre suivant leur application à la morale pratique, destinée à régler la vie humaine.

Mais le traité spécial que J'ai ci-dessus promis sur la science suprême bornera cette division à distinguer les deux volumes qui le composeront^ conformément à son double titre. Système de morale positive, ou Traité de V éducation universelle. C'est sous ce second titre que Je dus l'annoncer, en 1842, à la fin de mon ouvrage fondamental , où Je n'avais pas encore séparé la morale de la sociologie. Depuis que cette séparation décisive se trouve irrévocablement établie, J'ai de plus en plus senti que l'étude directe de l'art humain devait être spécialement précédée par la construction de la science humaine, qui jusqu'alors n'avait pu distinctement surgir. Voilà comment, au lieu d'un seul volume que J'avais d'abord promis, cet ouvrage aura deux tomes, où seront respectivement traitées la morale théorique et la mo-

raie pratique, snivant l'heurense ambiguïté da nom morale 9 qui représente la synthèse universelle. Je dois ici borner mes indications an tome premier, qui formera le septième et dernier volume de la philosophie seconde , en instituant la science synthétique f d'après les bases fournies par la hiérarchie des sciences analytiques.

L'introduction religieuse de ce traité final devra , comme dans les autres cas, caractériser sa constitution générale et sa subordination normale envers la phase précédente de la construction encyclopédique. Mais cette double appréciation acquiert alors pins d'importance et présente plus de difficulté, vu l'affinité plus intime qu'offrent les deux élépients du domaine sacré, malgré la nécessité de leur séparation systématique. On devra donc insister sur une telle division , non moins indispensable à la théorie qu'à la pratique , puisque seule elle permet la termi» naison synthétique de l'élaboration analytique, en ralliant le dogme au culte pour instituer le régime.

Il faudra directement caractériser la supériorité, logique et scientifique, de la science morale, envers laquelle toutes les autres ne constituent que des préparations nécessaires. C'est uniquement ainsi qu'on saisit l'ensemble de la méthode positive , après avoir apprécié la déduction en mathématique, l'observation en astronomie, l'eipérimentaiion en physique» la nomenclature en chimie , la comparaison en biologie , et la filiation en sociologie. £n effet, la méthode subjective, propre à la* morale, constitue un septième degré, seul apte à régler tous les autres , d'après une entière coïncidence entre Tobjet et le sillet, toigours séparés jusque-là, quoique de moins en moins.

Cette coïncidence devient aussi la source de la supériorité de la science finale quant à la doctrine, qui ne saurait ailleurs comporter une pleine rationalité. Le point de vue humain se

trouvant mêlé subjectivemeDt à toas les aspects théoriques , l'étude préalable de ceux-ci ne peut jamais procurer que des notions incomplètes ^ qui toujours attendent une systématisation émanée seulement de la connaissance de Thomme. Malgré cette nécessité , l'ensemble de ce préambule demeure objectivement Indispensable à l'élaboration normale, d*après la loi fondamentale qui partout subordonne les plus nobles phénomènes aux plus grossiers.

Quoique cette double relation existe toujours entre deux degrés consécutifs de l'échelle encyclopédique, elle convient surtout aux deux derniers. Le but s'y trouvant plus prochain , on y doit mieux sentir Tinsuffisante rationalité des doctrines préparatoires, malgré la difficulté supérieure qu'y présente la séparation normale. Après que la science profane a convenablement ébauché la connaissance du milieu complétée par celle du corps, la science sacrée aborde Tétude systématique de l'âme, en appréciant l'existence collective, d'abord statique, puis dynamique. Mais cet examen nécessaire constitue seulement une dernière préparation , dont le caractère incomplet reste irrécusable. On y sent que, l'étude spéciale de l'intelligence et de l'activité s'y trouvant séparée de celle du sentiment, elle n'y permet d'apprécier que des résultats, dont la source et la desthaation appartiennent à la science suivante. Si cette fausse position de Tesprit ne se manifeste point dans le traité que j'achève, cela tient uniquement à ce que l'élaboration de la morale s'y V mêle spontanément à la construction de la sociologie. C'est ainsi que mon ouvrage fondamental dut provisoirement éluder l'obligation d'instituer la sociologie statique avant d'aborder la dynamique sociale ^ en étudiant Incidemment l'existence à mesure que le mouvement l'exigeait.

Sans me faire aucune illusion sur la nature et la destination de la double carrière que m'assigna l'ensemble de l'évolution

humaiDe, j'ai toajonrs senti que le développement de la systématisation finale appartiendrait à mes snccesseurs. Il m'était seulement réservé d'en poser les bases directes ^ et d'en caractériser l'esprit après en avoir conçu le plan. En un mot , je devais instituer la religion positive, mais sans pouvoir la constituer. Malgré la supériorité systématique de ma construction religieuse sur ma fondation philosophique , le traité que j'achève ne saurait comporter la rationalité complète à laquelle j'aspirai toujours. Car la séparation noripale entre la sociologie et la* morale, seule syntbétiquement décisive, surgit pendant que j'exécutais une élaboration qu'elle aurait dû dominer. L'attitude qu'eiige une dogmatlsation directe ne pouvait irrévocablement prévaloir que dans ce volume final, d'après l'ensemble des préparations successives qui, j'ose le dire, ne convenaient pas moins au public qu'à moi-même. Je dois donc achever ici de caractériser une systématisation décisive, ob le reste de ma carrière me réserve seulement l'exécution normale des deux termes extrêmes de la philosophie seconde , entre lesquels mes successeurs intercaleront cinq degrés nécessaires.

Après avoir assez considéré l'introduction propre au dernier volume de l'encyclopédie abstraite , il faut apprécier, plus spécialement que pour les autres traités, les sept chapitres dont il sera composé.

Je consacrerai les trois premiers à l'établissement systématique des doctrines générales sur lesquelles repose directement l'ensemble de la science morale. Le chapitre initial instituera la théorie positive de la nature humaine , d'après ma conception subjective de l'harmonie cérébrale. Sur cette bise, le second chapitre construira la théorie du Grand-Être, qui seul présente le développement décisif d'une telle existence. Alors le troisième chapitre pourra directement établir la théorie définitive de la véritable unité, dont la nature et la source se trouveront

23/i SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

ainsi déterminées. Voilà comment le traité qae j'achève con* tient tous les principes fondamentaux de celui que j'annonce, mais sans pouvoir dispenser de leur élaboration synthétique.

Hausses quatre autres chapitres, le tome final de la philosophie seconde doit directement instituer la science indivisible de l'homme, en établissant les lois réelles de notre existence normale, d'après l'ensemble des fatalités qui nous dominent Le quatrième chapitre concernera le corps, dont l'étude ne put être que préparatoire en biologie, même envers les animaux, faute des notions cérébrales qui seules permettent d'en concevoir l'harmonie. Alors les trois derniers chapitres seront directement voués à l'étude spéciale de l'âme , en établissant les lois générales de l'existence synthétique, d'abord affective, puis spéculative, enfin active.

Envers un tel traité , qui seul fera pleinement apprécier l'ensemble de la philosophie seconde, je dois particulièrement expliquer la nature et la destination du chapitre moyen, où s'accomplit irrévocablement la fusion normale du domaine profane dans le domaine sacré. Nulle autre appréciation ne pourrait autant caractériser l'unité finale du dogme positif, dont tous les éléments vont ainsi concourir à Télaboration directe du principal problème de la science de l'homme. Ce chapitre décisif est destiné surtout à caractériser Tharmonie nécessaire entre l'existence corporelle et la vie cérébrale, afin de pouvoh: perfectionner l'une et l'autre d'après leur influence réciproque.

Un tel travail doit principalement consister à compléter et systématiser ma théorie subjective du cerveau, d'après les bases logiques et scientifiques établies dans le tome premier du traité que j'achève. Pour cela, je dois d'abord considérer les fonctions extérieures de l'appareil central , surtout son office sensitif, envers lequel mes indications initiales ont laissé trop

d'incertitude. Il fant^ comme je l'ai fait qnant aux organes de Tâme^ déterminer^ par la méthode subjective ^ le nombre et la position des ganglions cérébraux qui président aux relations passlYes de l'être avec le milieu*

Cette recherche exige l'énumération préalable des sens proprement dits. Or^ je crois devoir finalement en reconnaître huit vraiment distincts ^ un général, le tact, et sept spéciaux: la musculation, la gustation, la caloritîon, l'olfaction , l'audition , la vision, et Télectrition. Je range ceux-ci, d'après Gall et Blainville, suivant leur spécialité croissante, conforme à celle des phénomènes correspondants, et mesurée par l'avènement successif dans l'échelle animale. Les deux extrêmes exigent seuls un éclaircissement particulier. Envers le premier, j'adopte essentiellement l'opinion de Blainville, qui le sépara du sens général de pression , en lui réservant l'appréciation directe des e£fbrts musculaires et de la fatigue qu'ils suscitent. Quant au dernier, son peu de développement habituel chez l'homme ne doit pas empêcher de lui reconnaître une existence distincte, très-prononcée dans certains animaux , et plus ou moins commune à tous les vertébrés. Pour chacun des huit sens , il faut admettre des nerfs propres, moins appréciables, mais autant indépendants, que ceux de la vue et de l'ouïe; sans quoi les attributs correspondants resteraient aussi confondus que d'après les organismes inférieurs.

Le même motif conduit à reconnaître, envers chaque sens, l'existence nécessaire d'un ganglion cérébral, où se termine l'appareil nerveux, soit quand son siège se trouve circonscrit, soit lorsqu'il s'étend à l'ensemble de l'enveloppe , tant intérieure qu'extérieure. Puisque la contemplation s'accomplit également d'après les différents sens, son organe doit être toujours distinct des leurs. Néanmoins, ceux-ci doivent se rapprocher davantage de la région spéculative du cerveau que des

deax autres 5 avec lesquelles ils n'ont aucune relation directe. Autant étrangers à Tappareil méditatif, ils siègent nécessaire* ment sous l'appareil contemplatif^ afln de ne pas troubler les opérations intellectuelles en traversant leurs organes. Mais, les sens faisant davantage connaître les phénomènes que les êtres ^ leur caractère analytique exige une résidence adjacente à celle de la contemplation abstraite. Cette détermination se trouve confirmée par Tobligation de leur assigner des sièges médians , pour que les impressions symétriques puissent assez concorder. Quant au site propre à chacun des huit ganglions sensitlfs^ je dois Ici me borner à caractériser^ d'après les cas les mieux appréciables, un complément qui ne convient qu'au traité promis.

Vu l'importance prépondérante et l'extension supérieure du tact, toujours commun aux deux surfaces animales, son ganglion doit être le plus rapproché de l'organe contemplatif, mieux informé par là de l'état général de l'enveloppe, muqueuse ou dermique. Le ganglion de la musculation confine à la région active , afin que ses impressions puissent également affecter les trois parties de l'appareil qui règle les mouvements, excités, retenus, ou maintenus. En comparant les sens de la vue et de l'ouïe , l'un plus intellectuel, l'autre pins social, on reconnaît que leurs ganglions respectifs doivent siéger, le premier plus près de l'aptitude synthétique, le second plus près de rinstlnct sympathique.

Quant à l'autre ordre de fonctions extérieures du cerveau , des indications moins développées peuvent ici suffire. Pour éviter toute exagération à cet égard , il faut concevohr l'innervation comme destinée à stimuler des contractions que la ûbre musculaire peut spontanément accomplir, et qui subsistent chez les animaux dépourvus de nerfs. L'intime solidarité qui caractérise l'appareil moteur, dont les diverses parties peuvent mutuellement se suppléer, n'exige, ni même ne permet, aucun

gaDglion spécial; et demande une relation directe avec la région active du cerveaa. Cette connexité devient la principale destination du prolongement rachldien ^ qni d* ailleurs rallie aussi les impressions tactiles. Elle ne se trouve gravement modifiée que d'après les distinctions relatives à la volonté , qui résume Tensemble de l'existence cérébrale. Mais la division des mouvements en involontaires et volontaires se réduit à remplacer la continuité par Tintermittence. Dès lorsj^ en écartant les contractions spontanées ^ on reconnaît que la source de rinnervation est toujours volontaire, quoique ses résultats puissent devenir involontaires quand ils sont assez habituels.

Après ce double préambule, le chapitre que je caractérise doit surtout étudier les relations corporelles de la principale région du cerveau. Leur ensemble constituera la doctrine ^ si dignement ébauchée par Cabanis^ sur les rapports généraux du physique au moral de Thomme. Mais cette constitution exige d'abord une distinction fondamentale entre les deux influences simultanées que le cerveau subit toujoui-s du corps ^ d'après les vaisseaux ou les nerfs, qui lient doublement l'existence nutritive à la vie de relation. Commune à toutes les régions cérébrales y l'action nécessaire du sang, oppressif ou stimulant suivant le mode et le degré , ne concerne davantage l'appareil affectif qu*en vertu de sa propre prépondérance et de ses liaisons avec les autres. Outre cette influence générale 9 le centre cérébral se rattache particulièrement au corps par les nerfs spéciaux de la nutrition. Ils remplissent envers elle, avec moins d'énergie, un office de perfectionnement analogue à celui des nerfs moteurs pour les fonctions musculaires. Plus nécessaire à mesure que l'organisme s'élève, la relation , active ou passive, mais toujours insensible, entre les viscères végétatifs et le cerveau se concentre par une triple série de communications gan-

glionnaires» qui d'ailleurs augmcutent la solidarité motrice et môme tactile.

Telles sont les deux sources, générale et spéciale , des rapports mutuels du physique et du moral. Elles se trouvent directement combinées d'après l'intime connexité , propre aux organismes supérieurs ^ entre les vaisseaux et les nerfs, qui partout s'assistent réciproquement, pour la nutrition et l'excitation. Mais la doctrine de l'harmonie vitale ne peut acquérir assez de précision qu'en spécifiant davantage la relation mutuelle entre la vie végétative et l'existence cérébrale.

Dans le premier volume du présent traité^ j'ai d^à borné cette liaison à l'appareil affectif^ puisque les deux autres ne comportent directement que des liens extérieurs ^ actifs ou passifs. En prolongeant le môme principe, on la restremt aux instincts personnels, qui seuls concernent le dedans; en sorte que les organes sympathiques ne se rattachent à la vie de nutrition que d'après leurs rapports spéciaux avec les penchants égoïstes. Mais une semblable exclusion doit s'étendre aux plus nobles inclinations de la personalité , puisque l'orgueil et la vanité s'appliquent autant au dehors que les affections sociales, quoique dans une autre intention. Une dernière extension de ce principe écarte aussi^ d'une telle correspondance , les deux instincts du perfectionnement, destructif ou constructif, non moins relatifs au milieu que la région active qu'ils dominent. L'enchaînement de ces réductions nouvelles conduit à restreindre finalement aux trois instincts conservateurs les relations spéciales entre le corps et le cerveau.

Mais ces trois cas doivent encore être profondément disUagués d'après la nature et la destination des organes respeciUs. Chez tous les animaux supérieurs , les deux insthoictâ relatifs à la conservation de l'espèce comportent l'exclusion précédente presque autant que ceux qui concernent directement des rap-

ports extérieurs. Ils ne sont Immédiatement liés qu'à leurs appareils organiques, Tun envers les germes, l'autre pour les petits. Les deux sexes diffèrent à cet égard , surtout dans notre espèce , puisque la sexualité se trouve plus développée chez Thomme et la maternité chez la femme. Pour faire convenablement apprécier cette diversité, je dois annoncer que les appareils végétatifs qui correspondent à ces deux instincts, outre leur action directe et spéciale sur le cerveau , raffectent indirectement par le sang qu'il reçoit. £n effet, les fluides qu'ils sécrètent sont toujours susceptibles de résorption intérieure , quand ils ne se trouvent point consommés au dehors. Une telle réaction, de plus en plus normale à mesure que l'organisme s'élève, consiste à stimuler ou calmer, selon qu'elle émane du liquide fé^ condateur ou du liquide alimentaire.

Il faut donc réduire les relations spéciales entre l'existence corporelle et la vie cérébrale à la connexlté de l'appareil nutritif avec l'instinct de la conservation individuelle, respectivement liés à l'ensemble de l'économie correspondante. Mais ce rapport prépondérant et continu ne doit jamais dissimuler ceux qui résultent de la fécondation ou de l'allaitement. Enfin, pour systématiser l'harmonie vitale , il faut toujours combiner ces liens spéciaux avec le lien général émané du sang.

Une telle combinaison caractérise la nature et la difBculté de la doctrine que le quatrième chapitre du tome septième de la philosophie seconde doit directement instituer sur les rapports quelconques entre le physique et le moral de l'homme. Les trois influences que je viens d'indiquer suffisent pour expliquer tontes les réactions normales , et même celles que suscitent les maladies, tant mentales que corporelles, de manière à faire systématiquement rentrer la médecine dans la science sacrée. Afin de mieux signaler cette aptitude décisive, il convient ici de la spécifier envers les rêves, oii les appréciations respec-^

240 SYSl^E DE POUTIQUE POSITIVE.

tlves du trouble et de rharmoDie se trouvent spontanément combinées.

En construisant la dynamique sociale^ j'ai déploré la désuétude que le monothéisme fit subir aux spéculations du polythéisme sur ce grand phénomène y et prévu leur réhabilitation systématique dans Tétat final de la raison humahie. On peut maintenant en concevoir la source positive » que développera le traité promis. La triple Influence ci-dessus indiquée permet d'apprécier les altérations directes, et même indirectes, que la suspension des rapports extérieurs doit introduire dans la vie intérieure, tant corporelle que cérébrale. Mais cela suppose que, réalisant le vœu de Cabanis, on s'est d'abord formé du sommeil des notions supérieures à celles qui prévalent encore. Suivant ma théorie cérébrale , cet état ne présente jamais un caractère purement passif, puisque la vie affective y persiste autant que Texistence végétative. Directement imperceptibles l'une et l'autre, elles produisent des résultats appréciables en modifiant l'intelligence, et même l'activité, plus profondément que quand leur influence se complique avec celle du milieu. Tel est le principe d'après leriuel la science sacrée pourra systématiser l'interprétation subjective des rêves, de manière à régler leur cours par des impressions convenables, cérébrales ou corporelles.

Pour achever de caractériser la doctrine de l'harmonie vitale, je dois indiquer sa liaison normale avec Thypothèse hardie que je présentai, dans le premier chapitre de ce volume, envers l'institution purement féminine de la procréation humaine.

Les rapports mutuels entre le physique et le moral doivent se développer davanUge à mesure que Torganisme s'éiève, en faisant mieux prévaloir les relations des trois ordres de nerfis avec les vaisseaux sur les fonctions exclusivement végétatives. Or, à cet égard , la femme surpasse l'homme , d'après un déve-

AYENIR HUMAIN. — OHAPITBE TROISIÈME. 2^1

loppement plus complet des deux systèmes nerveux et vasculaire. Elle se trouve naturellement destinée à fournir le meilleur type de l'influence réciproque entre la vie cérébrale et l'existence corporelle. Cette disposition organique fut déjà secondée de plus en plus parJa situation sociale du sexe aimant^ qui^ le dégageant graduellement des exigences actives, le rend mieux accessible aux influences affectives, surtout sympathiques. Quand la réorganisation positive des opinions et des mœurs aura dignement placé les femmes à la tète de la sociocratie, leur action fétale se développera profondément, d'après leur aptitude croissante à subir l'ensemble des impulsions continues.

Dès lors, l'utopie de la Vierge-Mère deviendra, pour les plus pures et les plus éminentes, une limite idéale , directement propre à résumer le perfectionnement humain, ainsi poussé jusqu'à systématiser la procréation en l'ennoblissant. Cette aptitude restera toujours indépendante de la solution réelle d'un tel problème, pourvu qu'il soit regardé comme accessible, d'après l'empire, à peine ébauché jusqu'ici, que l'espèce la plus modifiable doit exercer sur sa propre constitution, même physique. Le succès devant surtout dépendre du développement général des relations entre l'âme et le corps, sa recherche permanente instituera dignement Tétude systématique de l'harmonie vitale , en lui procurant à la fois le plus noble but et les meilleurs organes.

Quelque sommaires que doivent être les indications précédentes, elles me paraissent suffire pour déterminer la nature et la destination du chapitre le plus décisif que comporte l'élaboration de la science finale. Envers le traité que je destine à compléter et systématiser la philosophie seconde , il me reste seulement à caractériser sa conclusion synthétique, qui deviendra le résumé général de l'encyclopédie abstraite et la source directe de l'encyclopédie concrète.

262 STSTfcMB DE POUTIQUfi POSITIVE.

PfatvreUemeBt correspondante à rintrodoction d-dessos ap*" préciée> cette terminaison fera surtout ressortir la rénovatiott décisive qu'éprouve la science profane en s'incorporant à la science sacrée. Sous l'aspect logique, l'application continue de la méthode subjective aura dès lors manifesté sa supériorité normale sur tous les modes propres à la méthode objectivei Tandis que la suprême doctrine institue l'unique lien ded sit sciences préliminaires ^ sa méthode peut seule systématiser lli déduction et les cinq degrés d'induction qui leur correft'^ pondent. Faute de ce double office, l'analyse n'aurait pu Ja^* mais aboutir à la synthèse , où le dogme s'unit au culte en Vue du régime. C'est alors seulement que l'on peut pleinement apprécier l'efficacité mentale du sentiment, source nécessaire de toute systématisation. Le principe d'une telle aptitude se trouvait bidiqué d'après le privilège de l'affection envers la continuité de la vie cérébrale^ que seule elle maintient pendant le sommeil et malgré les maladies. Mais cette influence générale ne peut manifester la vraie logique que quand la science finale fait spécialement ressortir la combinaison des sentiments avec les images et les signes, destinée à régénérer Jusqu'à la science initiale , comme Je l'ai d'abord expliqué.

Ce principal résultat de l'essor théorique se trouve directe** ment caractérisé par l'incorporation systématique du fétichisme au positivisme. Émanée du sentiment , et consacrée pour l'art, cette fusion ne convient pas moins à la science , afin d'y perfectionner les spéculations inférieures en les assimilant aux supérieures. Dans la maturité de la raison humaine, la positivite livre à la fétichité l'ensemble du domaine profane, en se réservant le domaine sacré, Jadis propre au théologlsme irrévocablement éliminé.

Scientifiquement considérée, la suprême étude institue, envers toutes les autres, une irrécusable discipline, aussi direc-

trice que répressive , où l'esprit concourt avec le cœur. Même en suivant la meilleure marche, llntelligence ne pouvait jusqu'alors obtenir qu'une insu£Qsante rationalité, puisque les spéculations, quoique pourvues de base, manquaient de but, faute d'Une prépondérance continue de la synthèse sur l'ana^ lyse. Parvenue à la morale > la raison se félicite d'avoir dlgne-^ ment subi cette suite de préparations, indispensable pour systématiser son état normal d'après les hispirations spontanées du sentiment. Toutes les doctrines, auparavant provisoires et précaires, montrent alors leur vraie nature, comme éléments nécessaires d'une science normalement indivisible, où la théorie confine directement à la pratique. Sans devenir ^jamais arbitraires, les divisions théoriques y sont toujours érigées en artifices destinés à faciliter une étude qui doit longtemps rester abstraite avant d'acquérir le caractère concret, résulté d'une entière coïncidence entre le sujet et l'objet. En repoussant les vaines spéculations, on fait surgir les grands problèmes , jusqu'alors inaperçus par une intelligence qui, devant choisir son vrai domaine dans la multitude des questions accessibles, manquait auparavant de principes pour admettre ou.rejeter. Les dignes théories, afit'anchies des impulsions empiriques, se trouvent systématiquement développées, à mesure que Tétude directe de l'âme exige une meilleure appréciation du Grand-Être qu'elle doit servir, du corps dont elle dépend, ou du milieu qui la domine.

Une telle discipline semble échouer envers la science qui l'institue, et dans laquelle pourtant les spéculations vicieuses pourraient ainsi s'introduire, si la culture devenait trop ab- , straite. Mais le même principe suffit pour la régler, d'après la connexité directe qu'elle seule établit entre la théorie et la pratique. L'étude qui fait directement prévaloir le sentiment ne conduira jamais à méconnaître que ce moteur général de

Texistence humaine se développe mieux d'après Texercice, actif ou du moins esthétique , que par Tappréciation systématique de ses propres lois. Ainsi ^ la règle fondamentale qui subordonne la culture spéciale de chaque science à l'élaboration de la suivante 9 s'étend même à la science finale, où l'encyclopédie abstraite se complète afin d'instituer l'encyclopédie concrète. Pour que l'énoncé de la loi comprenne une telle extension y il suffit que les théoriciens conçoivent le mot idence aussi largement que les praticiens, dont l'instinct synthétique y réunit tous les préceptes de la sagesse humaine, tant active que spéculative.

La conception de l'ordre universel ne devient complète et décisive qu'en morale , où les lois inférieures se trouvent systématiquement liées aux supérieures, d'après l'entière plénitude des méthodes et des doctrines. Condensé dans l'homme, suivant l'admirable pressentiment de l'antiquité, l'ordre réunit enfin la consistance et la dignité. Sa perfection relative envers le spectacle inférieur est alors appréciée comme uniquement due à la simplicité des cas. On sent que ce type aveugle doit et peut se trouver dépassé dans le développement systématique de la vraie Providence. En effet, la régularité de l'existence humaine deviendra même supérieure à celle du régime céleste, où les perturbations prévalent aussitôt que les conflits se compliquent. Mais, en développant une telle supériorité, le Grand- Être ne cessera jamais de vénérer le type qui dut spontanément guider son enfance. D'après la fusion de la fétichiié dans la positivité, l'homme saura toujours manifester sa juste reconnaissance envers Tordre qui le domine.

En se combinant avec les lois morales, seules directement senties, par l'entremise des lois intellectuelles, implicitement indiquées partout, les lois physiques obtiennent une rationaité qui manquait à leur propre essor/ La science finale doit

autant consolider que compléter Tordre surgi dans la science initiale, en développant cette connexité , jusqu'alors inaperçue, qui rend solidaires les diverses démonstrations de Timmuabilité. Néanmoins, L'indépendance mutuelle des lois physiques laissera toujours un caractère empirique au régime qui leur est propre , quoique sa simplicité l'ait érigé d'abord en type de la régularité. Mais, l'absoption du fétichisme par le positivisme permettra de systématiser cette harmonie, en assimilant l'ordre extérieur à l'ordre humain , devenu la source subjective de la synthèse universelle. Conservant à la fétichité son ancien domaine, étendu même à la contemplation abstraite, la positivité lui confie la consécration nécessaire d'une économie où notre gratitude ne pourrait autrement atteindre que des ^res chimériques.

Ayant assez apprécié la conclusion synthétique du tome final de la philosophie seconde, l'encyclopédie théorique se trouve convenablement caractérisée. Je ne pouvais ici définir mieux son ensemble qu'en indiquant spécialement chacun des sept traités dont la succession hiérarchique devra la constituer, quoique l'exécution des deux extrêmes me soit seule réservée. Mais, pour avoir pleinement institué la systématisation finale du dogme positif, je dois terminer ce chapitre en indiquant la filiation normale de l'encyclopédie concrète envers l'encyclopédie abstraite.

On voit surgir ce complément dans le traité dont je viens d'achever le programme. Car, je n'ai jusqu'ici considéré que le premier des deux volumes qui le composeront , suivant la promesse ci-dessus formulée. Je ne devais pomt m'occuper spécialement du second , assez caractérisé dans le discours préliminaire de l'ouvrage que j'achève, et d'après l'ensemble du présent chapitre, outre le début du suivant. Mais ce tome final du traité qui termine l'encyclopédie abstraite la réunit spon-

2A6 SYSTÈME DE POLITIQUE POSXTIYp.

tanéinent à Tencyclopédie concrète , en passant de la morale théorique à la morale pratique. L'éducation constitue, en elTetyle premier des arts, le seul pleinement général, celui qui perfectionne Faction en améliorant Tagent.

D'après cette transition , aussi spontanée que systématique , il faut ici concevoir l'institution directe de l'encyclopédie concrète, envers l'ensemble des arts spéciaux, qi|i ne concernent plus l'ordre humain, mais seulement l'ordre extérieur* Le besoin de les coordonner s'est fait profondément sentir, pendant la dernière phase de la révolution moderne, d'après l'avénement prochain de l'état positif sous l'impulsion cartésienne , développée surtout par Diderot. Mais des tentatives nécessairement empiriques ne pouvaient aboutir qu'à marquer confusément le but , sans comporter d'autres résultats qu'une vaine accumulation de traités techniques. Tout art devant uniquement s'apprendre par un judicieux exercice, ces livres, qui tendent plus à troubler qu'à régler l'essor pratique, n'ont de valeur que sous l'aspect historique , en demandant à l'ensemble des conceptions théoriques un complément méconnu jusqu'alors. Néanmoins, la nécessité d'abstraire pour généraliser, et l'impossibilité de découvrir les lois concrètes, même en combinant le dogmatisme avec Fempirisme, paraissent interdire la systématisation réelle des procédés industriels.

Ils ne comportent, en effet, aucune coordination spéciale, où les préceptes les plus multipliés resteraient toujours au-dessous de la diversité des cas. Mais l'ensemble de l'action de Tbomme sur le monde peut et doit être systématisé d'après celui des spéculations correspondantes. Tel est l'objet propre d'un traité projeté dès l'origine de ma carrière, de nouveau promis en terminant mon ouvrage fondamental, et même au début de celuici. Son exécution constituera ma dernière construction, sous le titre caractéristique de Système d'indmlrie positive^ ou Traité

de Faction totale dt V Humanité sur sa planète. Je dois ici me borner i définir ce complément nécessaire de la synthèse normale, an y procédant comme envers les traités ci-dessus appréciés.

Sitivantle mode nniversel, son introdaotion religieuse caractériser^ la subordinatioa continue de rencyclopédiç concrète à l'encyclopédie abstraite, et la constitution synthétique d'un tel volume , où tous les aspects théoriques doivent toujours concourir, MaiSj le domaine industriel étant restreint à Tordre extérieur, Tordre humain n'y saurait entrer que comme source nécessaire des modifications systématiques. Les deux premiers chapitres devront donc instituer cette relation générale , en expliquant, Tun l'organisation spirituelle, Tautre Téconomie temporeUe de Tindustrie positive. D'après cette double base , les cinq chapitres suivants caractériseront respectivement Taction mathématique, Taction astronomique, Taction physique, Taction chimique, et Taction biologique, tant animale que végétale. Ce traité doit ainsi développer Tidentité nécessaire que la philosophie première établit entre le classement des arts et celui des sciences, sauf que Tun se borne an domaine profane, tandis que Tautre s'étend an domaine sacré. Pour une telle construction, l'institution des milieux subjectifs devra dogmatiquement remplhr un dernier office, afin de rendre plus vives et plus nettes les conceptions pratiques , dont le champ coïncide avec le sien. Alors la conclusion synthétique du volume concret complétera Timpulsion religieuse de son introduction, en caractérisant Tinsuffisance, et même le danger, de l'art extérieur, quand il méconnaît sa subordination à Tart humain.

Voilà comment surgit une philosophie troisième, destinée à compléter la philosophie seconde, émanée de la philosophie première. En consacrant un volume à celle-ci, la systématisation finale du dogme positif peut être condensée en dix tomes.

qui fixeront Tessence du savoir humain, tant pratique que théorique, sauf les développements spéciaux, plus verbaux qu'écrits. L'ensemble de ce chapitre aboutit à concevoir la philosophie positive avec plus de plénitude et d'unité qu'on ne pouvait l'espérer. D'après les trois degrés de généralité qu*eUe combine, son développement constitue la transition graduelle du domaine du sentiment à celui de Factivité, suivant la mission normale de l'intelligence. Un tel résultat confirme la résolution synthéthique qui m'a fait finalement subordonner le dogme au culte, afin de mieux instituer le régime, que je dois maintenant systématiser.

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