PRÉFACE DU TOME QUATRIÈME. XXIU
scepticisme et l'hypocrisie ne pouvant rien inspirer de grand et de durable, toute l'cxlenslun possible de la lulte tendrait directement à partager le monde entre le ibéologisuie consacrant la guerre et le positivisme systématisant la paix. Bientôt les constructeurs prouveraient aux destructeurs combien Texislence industrielle permet de développer la supériorité militaire , quand un besoin exceptionnel exige une telle transformation cîu travail. Mais je ne dois pas examiner davantage une éventualité contraire a toutes les vraisemblances, puisque Tépuiscment des croyances officielles est aussi réel chez les envahisseurs que parmi les protecteurs, en un temps où Tenlhousiasme ne peut surgir que pour la défense du sol natal. Incapable de dépasser le taux vulgaire, cet incident ne pourra bientôt laisser d'autre trace que l'irrévocable extinction du prestige russe , seul motif plausible de la conservation des armées occidentales.
Telles sont les indications sommaires que ma précédente préface me prescrivait de placer ici sur un épisode qui m'aura fourni Voccasion de faire sentir l'aptitude d'une politique systématique envers la saine appréciation des cas les moins prévus. Mon manifeste n'exige d'autre rectification que d'y mieux caractériser le contraste entre les attitudes respectives des chefs orientaux et des gouvernements occidentaux. Si les premiers sont progressifs au dedans, leur tendance à devenir rétrogrades au dehors prouve que leur mérite résulte seulement de ce qu'ils dirigent un milieu préservé jusqu'ici du caractère révolutionnaire. Quand la mémorable secte, qui, depuis un demi-siècle, décompose le byzantisme, aura fait des progrès décisifs, la politique intérieure des tzars sera plus oppressive que leur conduite extérieure, à moins que le positivisme ne les ait assez régénérés. Je dois donc regretter que mon manifeste ait proclamé l'uifériorité des hommes d'État occidentaux , sans tenir un compte suffisant des dispositions anarchiqnes qui forcent leur
scepticisme à devenir rélrograde au dedans tandis qu'il ne Test point au del)oi*s. li faut peu présumer qu'aucun tzar apprécie assez ses avantages pour s'illustrer et se perfectionner en procurant au positivisme une protection équivalente à celle que le grand Frédéric sut accorder à rencyclopédisme. Les sympathies partielles que j'ai souvent inspirées, depuis trente ans, aux hommes d'État occidentaux me font finalement espérer d'y trouver bientôt une suflRsante appréciation , qui n'est devenue possible que d'après le traité que je viens d'achever.
Auguste COMTE , (10, rue Monsteur-U^Prince,)
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