‹ Système de politique positive (volume 3)Chapitre 37 sur 43 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Un système soeial qui s'éteint^ un nouveau ftystème parTenu k son entière maturité et qui tend à se constituer, tel est le caractère feudamentai assigné à Tépoque actuelle par la marche générale de la ei- Tilisation Conformément à cet état de choses, deux mouvements de nature difierente agitent aujonrd*hni la société : Tun de désorganisation, l'autre de réorganisation. Par le premier, considéré isolément , elle est entraînée vers une profonde anarchie morale et politique qui semble la menacer d'une prochaine et inévitable dissolution. Par le second, elle est conduite vers l'état sucial définitif de l'espèce humaine, le plus convenable à sa nature, celui où tous ses moyens de prospérité doivent recevoir leur plus entier développement et leur application la plus directe. C'est dans la coexistence de ces deux tendances opposées que consiste la grande crise éprouvée par les nations les plus civilisées. C'est sous ce double aspect qu'elle doit être envisagée pour être comprise.

Depuis le moment où celte crise a commencé à se manifester jusqu*à présent, la tendance à la désorganisation de l'ancien système a été dominante, ou plutôt elle est encore la seule qui se soit nettement prononcée. 11 était dans la nature des choses que la crise commençât ainsi , et cela était utile , afin que Tancien système fût assez modifié , pour permettre de procéder directement à la formation du nouveau.

Mais aajoard'hai que cette condition est pleinement satisfait», qne le système féodal et théologiqne est aussi atlénné qn^I pent Tétre jusqu*à ce que le nouveau système commence à s'établir, la prëpon* dérance que conserve ûn^'^''^Jj^^p^'"V|^^^iqr*^ ft?t |p plp* gp*nil obstacle aux progrès de la civilisation, et même k la destruction de l'ancien système. Elle est la cause première des secousses terribles et sans cesse renaissantes dont la crise est accompagnée.

La seule manièjCP de mettre un terme à cette orageuse situation , d'arrêter Panarchie qui envabit de jour en jour la société, en un mot, de réduire la crise k un simple mouvement moral, c'est de déterminer les nations civilisées à qtiitter la direction critique pour prendre la direction organique, à porter tous leiUA^efforts vers la formation du nouveau système social , objet dëBnilif de la crise , et pour lequel tout ce qui s*est fait jusqu'à présent n'est que préparatoire.

Tel est le premier besoin de l'époque actuelle. Tel est anssi en aperçu le but général de mes travaux, et le but spécial de cet écrit qui 91 pour objet de mettre en jeu les forces qui doivent entraîner la société dans la route du nouveau système.

Un examen sommaire des causes qui ont jusqu'A présent empêché la société et qui l'empêchent encore de prendre franchement la direction organique, doit naturellement précéder l'exposition des moyens à employer pour l'y faire entrer.

Les efforts multipliés et continus, faits par les peuples et par les rois, pour réorganiser la société, prouvent que le besoin de cette réorganisation est généralement senti. Mais il ne l'est, de part et d'autre, que d'une manière vague et imparfaite. Ces deux sortes de tentatives, quoique opposées, sont également vicieuses sous des rapports différents. Elles n'ont pas eu jusqu'à présent et ne sauraient jamais avoir aucun résultat vraiment organique. Loin de tendre à terminer la crise, elles ne contribuent qu'à la prolonger. Telle est la véritable cause qui , malgré tant d'efforts , retenant la société dans la direction crili^up.^ Ici laisse eu. pcQUjm^ révolu^ons.

Pour établir cette assertion fondamentale , il suffit de jeter on coup d'œil général sur les essais de réorganisation entrepris par les rois et par les peuples.

L'erreur commise par les rois est la plus facile à saisir. Pour eux, la réorganisation de la société, c'est le rétablissement pur et simple du système féodal et tbéologique danslôule sa pTemlnJe. 11 n'y a pas , à leurs yeux , d'àîlire luuyeu de'ttttre cesser l'anarchie qui résulte de la décadence de ce système.

II serait peu philosophique do regarder cette opinion coqime

principalement dictée par l'intérêt particulier des gouvemants. Quelque chimérique qu^elle soit, elle a dû se présenter naturellement aux esprits qui cherchent de bonne foi un remède à la crise actuelle, et qui sentent, dans toûifë son étendue, le besoin d*une réorganisation, mais qui n^ont pas considéré la marche générale dp la civilisation, et qui , n^envisageant Pétat présent des choses que sous une seule face , n'aperçoivent pas la tendance de la société vers rétablissement d*un nouveau système, plus parfait et non moins consistant que l'ancien. En un mot, il est naturel que cetle manière de voir soit proprement celle des gouvernants; car, du point de vue où ils sont p^^ffiff, ^fl■^•■^■■fcA^ll4i*pftfi«^^<»nnpn^ apercevofr avec plus d'évidence l'état anarchique de la 8ocîét^ret,'par suite, éprouver avec plus de force le besoin d'y remédier.

Ce n'est point ici le lieu d'insister sur Tabsurdité manifeste d'une telle opinion. Elle est aujourd'hui universellement reconnue par la masse des hommes éclairés. Sans doute les rois , en cherchant à reconstruire l'ancien système, ne comprennent point la nature de la crise actuelle, et sont loin d'avoir mesuré toute l'étendue de leur entreprise.

La chute du système féodal et théologique ne tient point , comme ils le croient, à des causes récentes, isolées, et en quelque sorte accidentelles. An lieu d'être TefTet de la crise, elle en est au contraire le principe. La décadence de ce système s*est effectuée d'une manière continue pendant les siècles précédents, par une suite de modifications, indépendantes de toute volonté humaine, auxquelles toutes les classes de la société ont concouru , et dont les rois eux-mêmes ont souvent été les premiers agents ou les plus ardenls promoteurs. Elle a été, en un mol^ la conséquence nécessaire de la marche de la civilisation.

11 ne suffirait donc pas, pour rétablir l'ancien système, de faire rétrograder la société jusqu'à Tépoque où la crise actuelle a commencé à se prononcer. Car, en admettant qu'on y parvînt, ce qui est absolument impossible, on aurait seulement replacé le corps sodal dans la situation qui a nécessité la crise. 11 faudrait donc , en remontant les siècles, réparer successivement toutes les pertes que l'ancien système a faites depuis six cents ans , et auprès desquelles ce que lui ont enlevé les trente dernières années, n'est d'aucune importance.

Pour y parvenir, il n'y aurait d'antre moyen que d'anéantir un a un tous les développements de civilisation qui ont déterminé ces pertes.

Ainsi, par exemple, ce serait vainement qu'on supposerait détraite la philosophie da dix-huitième siècle, cause directe de la chute

SO STSTÈME OE POLITIQUE POSITITB.^

de l'aDcien Bystème , sous le rapport spirituel , si on ne supposait aqssi rabolition de la réforme du seiziènie, dont la philosophie du siècle dernier n'est que la conséquence et le déreloppement. Mais comme la réforme de Luther n'est, à son tour, que le résultat né-* cessaire du progrès des sciences d^observations introduiles en Europe par les Arabes , on n'aurait encore rien fait pour assurer le rétablis* sèment de Tancien système, si on ne réussissait aussi à étouffer les sciences positives.

De même, sous le rapport temporel , on serait conduit, de proche en proche , jusqu^à remettre les classes industrielles en état de servage , puisqu'en dernière analyse Taffranchisseoient des communes est la cause première et générale de la décadence du système féodal. Enfin, pour achever de caractériser une telle entreprise, après avoir vaincu tant de difficultés, dont la moindre, considérée isolément, est au-dessus de tout pouvoir humain , on n'aurait encore obtena rien autre chose que d'ajourner la chute définitive de Pancien sy9^ tème, en obligeant la société à en recommencer la destruction , parce qu'on n^aurait pas éteint le principe de civilisation progressive , inhérent à la nature de l'espèce humaine.

Un projet aussi monstrueux, par son étendue comme par son absurdité, n^a pu évidemment être conçu dans son ensemble par aucune tête. Malgré soi , on est de son siècle. Les esprits qui croient lutter le plus contre la marche de la civilisation obéissent , à leur insu, à son irrésistible influence, et concourent d'eux-mêmes à la Seconder.

Aussi , les rois, en même temps qu'ils projettent de reconstruire le qwtème féodal et théologique, tombent-ils dans des contradictions perpétuelles, en contribuant par leurs propres actes, soit à rendre plus entière la désorganisation de ce système, soit à accélérer U formation de celui qui doit le remplacer, ies faits de ce genre s'offrent ep foule à l'observateur.

Pour n'indiquer ici que les plus remarquables, on voit les rois t^ir à honneur d'encourager Te perfectionnement et la propagation des sciences et des beaux-ar(s, et d'exciter le développement de Tin- 4ustne ; on les voit créer à cet effet de nombreux et utiles étahliasenents, quoique ce soit, en dernière analyse, aux progrès des sciences, des beaux-arts et de l'industrie, que doive être rapportée ta décadence de l'ancien système.

C'est encore ainsi que, par le traité de la sainte- alliance, les rois ont dégradé autant qu'il était en eux le pouvoir théologique, base principale de l'ancien système , en formant un conseil européen suprême , dans lequel ce pouvoir n'a pas n^m9 uns voix consultstivci.

APPEllDIGB GÉNÉRAL. — TR0I8IÈIIS PARTIE. 51

%nfy^ , la naaière do»t se partagent aujoard^h^i |^ opinions au snjet de la lutte entreprise par les Grecs , offre nn exemple encore plos sensible de cet esprit d^incopsequenpe. On ▼oit, dans cette occasion (1), les homipes qui prétendent rendra aux idées théotogiques leur antique influence, constater inrolontajrement eux-mêmes la décadence de ces idées dans leur propre esprit , en ne craignant pas de prono|icer en faveur du mahométisme un vœu qui eût attiré sur eux Paccusation ()e sacrilège dans les temps de splendeur de l'ancien système.

En suivant la série d'observatiops qui vient d'être indiqfiée , chacun peut aisément y ajoute^ de nouveaux faits qui se muHi plient journellement. Les rois ne font, pour ainsi dire, pas un seul acte, une seule démarche, tendant ai; rélabljss^pient de Tancien système , qu^ PC soit aussitôt ^uivi (^^un acte dirigé dans le sens contraire ; et souvent la même ordonnance les contient l'un et Tautre.

Cette incohérence radicale est ce quMl y a de plus prqprç à mettre dfins tout son jour Tabsurdi té d'un plan qpe ^e comprennent point ceux-mémes qui en suivent Texécii^tion avec le plus d'ardeur. Elle montre clairement combjen est cqfuptète ^t irrévocable la ruine de Pancien système. Il est inutile d'entrer ici daq§ de plus grands détails à ce sujet.

I^a manière do»D( Içs peuples ont conçu jusqq'ii présent la réorganisation de la société n'est pas moins vicieuse, quoiqu'à d'autres égards, que celle des rois. Seulement leur erreur est plus excusable , puisqu'ils s égarent dans la recherche du iiouveau système vers lequel la marche de la civilisation les entraîne , mais dopt la nature n'a pas enQor6 été assez çl^if emeqt déterminée , tapdis que les rois poursuilent une entreprise dont une étude un peu attentive du passé démontre, avec une pleine évidence, l'absurdité totale. En uq mot^ les rqis sopt en contradiction avec le^ faits, et les peuples le sont âYec les principes , qu'il est toujours bien plus difficile de ne p^ perdre de vue. Mais l'erreur des peuples est beaucoup plus importante à déraciner que celle des rois, parce qu'elle seule fqrme un obstacle essentiel à la marche de ja civilisation , et que d'aillefirs la piremiére donue seul^ quelque consistance à \^ seconde.

L opinion dominante dana l'esprit des peuples sur la m«piière dont la société doit être réorganisée , i^ pour trait caractéristique une profonde ignorance d?a conditions fondamentales que doit remplir nn

(1) Poar senMr touto U portée de c^ fait, il fifpt sa rappeler que le Papç laimême s'est prononcé danft ce sens en refusant formellement aui Jeones gens de la naliiaise rôaâiaa la permission d'aller sa seaoan des Graes.

GoQgle

système social quelconque pour avoir une consistance Téritable. Elle se réduit à présenter, comme principes organiques, les principes critiques qui ont servi à détruire le système féodal et théologique, ou , en d'autres termes , à prendre de simples modifications de ce système pour les bases de celui qu*il faut établir.

Qu^on examine , en effet , avec attention , les doctrines accréditées aujourd'hui parmi les peuples , dans les discours de leurs partisans les plus capables , et dans les écrits^qui en offrent Texposition la pins méthodique; qu^après les avoir considérées en elles-mêmes, on observe historiquement leur formation successive, on les trouvera conçues dans un esprit purement critique , qui ne saurait servir de base à une réorganisation.

Le gouvernement qui , dans tout état de choses régulier, est la tête delà société, le guide et l'agent de Taction générale, est systématiquement dépouillé, par ces doctrines , de tojU principe d'Aetivité^ Privé de toute participation importante à la vie d^ensemble du corps social , il est réduit à un rôle absolument négatif. On regarde même toute l'action du corps social sur ses membres comme devant être strictement bornée au maintien de la tranquillité publique, ce qaî n'a jamais pu être , dans aucune société active , qu'un objet subalterne , dont le développement de la civilisation a même sin^lièrement atténué Timporlance, en rendant l'ordre très facile à maintenir.

Le gouvernement n'est plus conçu comme le chef de la société , destiné à unir en faisceau et à diriger vers un but commun toutes les activités individuelles. 11 est représenté comme un ennemi naturel, campé au milieu du système social , contre lequel la société doit se fortifier par les garanties qu'elles a conquises, en se tenant ▼is-à-vis de lui dans un état permanent de défiance et d'hostilité défensive prête à éclater au premier symptôme d'attaque.

Si, de l'ensemble, on passe aux détails, le même esprit se présente plus clairement encore. Il suffira ici de le montrer pour les points principaux au spirituel et au temporel.

Le principe de cette doctrine, sous le rapport spirituel, est le dogme de la liberté illimitée de conscience. Examiné dans le même sens qu'il a été primitivement conçu , c'est-à-dire , comme ayant une destination critique, ce dogme n'est autre chose que la traduction d'un grand fait général , la décadence des croyances théologiques.

Résultat de cette décadence, il a, par une réaction nécessaire, puissamment contribué à l'accélérer et à la progager ; mais c'est à cela que, par la nature des choses , son influence a été limitée. 11 est dans la ligne des progrès de l'esprit humain , tant qu'on se borne à l'envisager comme moyen de lutte contre ^le système théologique. Il

Digîtized by

en sort et il perd toute sa valeur aussitôt qu*on veut y voir uue des bases de la grande réorganisation sociale réservée à Tépoque actuelle; il devient même alors aussi nuisible qu^il a été utile, car il devient un obstacle à cette réorganisation.

Son essence est, en effet, d'empécber l'établissement uniforme d*un système quelconque d'idées générales, sans lequel néanmoins il n*y a pas de société , en proclamant la souveraineté de chaque raison individuelle. Car, à quelque degré d'instruction que parvienne jamais la masse des hommes . il est évident que la plupart des idées générales destinées à devenir usuelles ne pourront être admises par eux que de confiance, et non d après des démonstrations. Ainsi, un tel dogme n^est applicable, par sa nature, qu'aux idées qui doivent disparaître , parce qu'alors elles deviennent indifférentes; et de fait il n^a jamais été appliqué qu^à elles, au moment où elles coiùmençaient à déchoir, et pour hâter leur chute.

L'appliquer au nouveau système comme à l'ancien , et , à plus forte raison , y voir un principe organique , c'est tomber dans la plus étrange contradiction ; et si .une telle erreur pouvait être durable , la réorganisation de la société serait à tout jamais impossible.

Il n'y a point de liberté de conscience eu astronomie , en physique, en chimie, en physiologie, dans ce sens que chacun trouverait absurde de ne pas croire de confiance aux principes établis dans ces sciences par les hommes compétents. S'il en est autrement en politique, c'est parce que les anciens principes étant tombés, et les nouveaux n'étant pas encore formés, il n'y a point, à proprement parler, dans cet intervalle, de principes établis. Mais convertir ce fait passager en dogme absolu et éternel , en faire une maxime fondamentale ^ c'est évidemment proclamer que la société doit toujours rester sans doctrines générales. On doit convenir qu'un tel dogme mérite, en effet, les reproches d'anarchie qui lui sont adressés pM* les meilleurs défenseurs du système théologique.

Le dogme de la souveraineté du peuple est celui qui correspond , sous le rapport temporel, au dogme qui vient d'être examiné, 'et dont il n'est que l'application politique. Il a été créé pour combattre le principe du droit divin , base politique générale de l'ancien système , peu de temps après que le dogme de la liberté de conscience eut été formé pour détruire les idées théologiques sur lesquelles ce principe était fondé.

Ce qui a été dit pour l'un est donc applicable à l'autre. Le dogme anti-féodal , comme le dogme anti-théologiqne , a accompli sa destination critique, terme naturel de sa carrière. Le premier ne peut pas plus être la base politique de la réorganisation sociale , que le second

5| nSTfeMB DE B0UTIQU9 PO&ITIVB.

n'en p0iit ftre la baie morale, fiés tous deux potur détruire, ils foiil ëgalemept impropras à fonder.

Si Tun , lorsqu'on Tent j voir un principe organique , ne présenta autre chose que rinfaillihilité individuelle substituée à rinfaillibilité papale , l'atttrf^ ne fait d^ même que remplacer Tarbitraire des rois par l'arbitraire des peuples, ou plutôt par celui des individus. Il tend au démembrement général du corps politique, en conduisant à placer le pouvoir dans les classes les moins civilisées, comme le premier tend à rentier isolement des esprits, en investissant les hommes les moins éclairés d'un droit de contrôle absolu sur le système d'idées génért^les arrêté par les esprits sHpérieurs poi|r servir de guide à la société.

Il est aisé de tramiportef i chacune des idée plus particulières dont se compose la dpçtrin^ des peuples l'examen qui vient d'être esquissé pour les deux dogmes fondamentaux. On trouvera toujours un résultat semblable. Ou ?^ra que toutes, comme les deux principales , ne sont autre chose que Ténoucé dogmatique d'un fait historique correspondant, relatif à la décadence du système féodal et théologique. On reconnaîtra de même que toutes ont une destination purement critique, qui fait seule leur valeur et qui les rend absolument inapplicables % la réorganisation de U société.

Ainsi, Texamen approfondi de la doctrine des peuples confirme ce que le coup d'œil philosophique devait faire prévoir, que des macbip^S de guerre ne si^praient , par une étrange n^étamorpbose , devenir subitement des instruments de fondation. Cette doctrine, purement critique dans son ensemble et dans ses détails, a en la plus grande importance pour seconder la marche naturelle ^^ Is civfUsalion, tant qqe l'action principale a dû être la lutte contre l'ancien système. Mais conçue comme devant présider à U réorganisation sociale, elle est d'une insuffisance absolue. Elle place forcément la société dans un état d'anarchie constituée, au temporel et au spirituel.

Sans doute il était conforme à la faiblesse humaine que les peuples commençassent par adopter comme organiques les principes critiques avec lesquels Tapplication continuelle les avait familiarisés. Mais la prolongation . d'une telle erreur n'en est pas moins le plus grand obstacle à la réorganisation de la société*

Après avoir considéré séparément les deux manières différenles dont les peuples et les rois conçoivent cette réorganisation , in on les compare l'une à Tautre, on voit que chacune d'elles, par des vices qui lui sont propres , est également impuissante à placer la société dans une direction Vraiment organique, et à prévenif ainsi pour revenir le retour d9» orsges ^oot la gean4e crif^ ^ cai^Mtérise

l^poqae actnelle a été jasqa^ici constamment accompagnée. Toutes deux sont anarchiques'au même degré , Tune par sa nature intime « l'autre par ses conséquences nécessaires.

Là seule différence qui existe entre elles à cet égard , c'est que , dans l'opinion des rois, le gouvernement se constitue à dessein en opposition directe et continue arec la société ; tandis que, dajM l'opinion des peuples , c'est la société qui s^établit systématiquement dam un état permanent d'hostilité contre le gouvernement.

Ces deux opinirms opposées et également vicieuses tendent , par la nature des choses, à se fortifier mutuellement, et, en conséquence , à alimenter indéfiniment la source des révolutions.

D'un côté, les tentatives des rois pour reconstruire le système féodal et tbéologiqne provoquent nécessairement , de la part des penples y l'explosion des principes de la doctrine critique dans toute leur redoutable énergie. 11 est même évident que, sans^ces tentatives, cette doctrine aurait déjà perdu sa plus grande activité, comme n'ayant plus d'objet, depuis que l'adhésion solennelle des rois à son principa fondamental (le dogme de la liberté de conscience) et à ses principales conséquences, a, par le fait, hautement constaté la ruine irré- Tocable deJ'ancien système. Mais les efforts pour ressusciter le droit divin réveillent la sonreraifieté du peuple et lui rendent de la fraîcheur.

D'un antre côté , par cela même que l'ancien système est plus que snflSssmment modifié pour permettre de travailler directement à la formation du nouveau , la prépondérance accordée encore par les peuples aux principes critiques pousse naturellement les rois à tenter d'étouffer, par le rétablissement de l'ancien système , une crise qui , telle qu'elle se présente, semble n'offrir d'autre issue que la dissolution de l'ordre social. Cette prolongation du règne de la doctrine critique, à une époque où il faut à la société une doctrine organique, est même ce qui seul donne quelque force a l'opinion des rois. Car, •i cette opinion n^est pas, à leffet, plus réellement organique que c^Ue des peuples , à cause de l'impossibilité absolue de se réaliser, e)le Test du moins ei^ théorie , ce qui lui donne un rapport incomplet avec les beaoins de )a société, k laquelle il faut absolument un système qi|4|lconque.

Qu'on ajoute à ce tableau exact Pinflnence des diverse factions, aux projets desquelles un tel état de choses présente un champ si vaste et si fisvorable: qu'on examine lenrs efforts, pour empêcher la question de s'éclaircir, pour détourner les rois et les penples de s'enleadre et de reconnaître leurs erreura mutuelles , on aura une juste

idée de la triste situation dans laquelle se trouve aujourd'hui la société.

Toiî^es les considérations précédemment exposées prouvent que le moyen de sortir enfin de ce déplorable cercle vicieux , source inépuisable de révolutions , ne consiste pas dans le triomphe de Topinion des rois, ni dans celui de Topinion des peuples, telles qu'elles sont aujourd'hui. Il n*y en a pas d'autre que la formation et l'adoption générale, par les peuples et par les rois, de la doctrine organique qui peut seule faire quitter aux rois la direction rétrograde, et aux peuples'la direction critique.

Cette doctrine peut seule termiuer la crise , en entraînant la société tout entière dans la route du nouveau système, dont la marche de la civilisation, depuis son origine, a préparé l'établissement, et qu'elle appelle aujourd'hui à remplacer le système féodal et théologique.

Par l'adoption unanime de cette doctrine, ce que les opinions actuelles des peuples et des rois ofFrent de raisonnable se trouvera satisfait; ce qu'elles renferment de vicieux et de discordant sera élagué. Les justes alarmes des rois sur la dissolution de la société étant dissipées, aucun motif légitime ne les portera plus à s'opposer . 4 l'essor de Tesprit humain. Les peuples, tournant tou^ leurs vœux vers la formation du nouveau système, ne s'irriteront plus contre le système féodal et théologique , et le laisseront s*éteindre paisiblement suivant le cours naturel des choses.

^ Après avoir constaté la nécessité de l'adoption d'une nouvelle doctrine vraiment organique , si l'on vient à examiner l'opportunité de son établissement, les considérations suivantes sudisent pour démon^ trer que le moment est enfin arrivé de commencer immédiatement cette grande opération.

En observant avec précision l'état actuel des nations les plus avancées , il est impossible de n'être point frappé de ce fait singulier et presque contradictoire : quoiqu'il n'existe encore d'autres idées politiques que celles qui se rapportent à la doctrine rétrograde ou à la doctrine critique, aucune des deux, cependant, ne possède plus aujourd'hui , soit chez les rois , soit chez les peuples , une prépondérance véritable ; aucune n'exerce une action assez puissante pour diriger la société. Ces deux doctrines qui , sous le rapport théorique , s'alimentent mutuellement, ainsi que nous l'avons établi ci-dessus, ne sont plus néanmoins réellement employées qu'à se limiter ou plutôt à s'annuler l'une l'autre dans la conduite générale des affaires.

Le grand mouvement politique déterminé depuis trente ans par la

misa en activité des idées critiques, leur a fait perdre leur principale inflaence. D'une part, en portant le dernier coup à Tancien système, il a fermé leur carrière naturelle ; il a détruit presque entièrement le motif général qui leur avait acquis la faveur populaire. D'une autre part , Tapplication des opinions nouvelles à la réorganisation de la société , a mis dans une parfaite évidence leur caractère anarchiqne. Depuis cette expérience décisive, il n*y a plus dans les peuples de véritable passion critique. Par suite , et quelles que soient les apparences, il ne peut plus y avoir de véritable passion rétrograde dans les rois; puisque la décadence du système féodal et théologique et la nécessité d*en sortir sont positivement reconnues par eux.

L'activité réelle, soit dans Tune, soit dans l'autre direction , se trouve maintenant être a la fois en dehors du pouvoir et en dehors de la société. Tous deux se servent, dans la pratique, de l'opinion rétrograde, ou de Topinion critique, d'une manière essentiel leknent passive, c'est à-dire, comme appareil défensif. Chacun d'eux même emploie, tour à tour, l'une et l'autre, et presque au même degré, avec cette seule différence naturelle que, comme moyen de raisonnement, les peuples restent encore attachés à la doctrine critique, parée qu'ils éprouvent plus complètement le besoin d'abandonner l'ancien système ; et les rois à la doctrine rétrograde , parce qu'ils sentent plus profondément la nécessité d'un ordre social quelconque.

Cette observation peut être aisément vérifiée et éclaircie par le seul fait de l'existence et du crédit d une sorte d'opinion bâtarde , qui n'est qu'un mélange des idées rétrogrades et des idées critiques. 11 est évident que cette opinion, sans aucune influence à l'origine de la crise , est devenue aujourd'hui dominante , tant parmi les gouvemés que parmi les gouvernants. Les deux partis actifs reconnaissent son empire de la manière la moins équivoque , par la stricte obligation où ils sont maintenant l'un et l'autre d'adopter son langage.

Le succès d'une telle opinion constate clairement deux faits trèsessentiels à la connaissance exacte de l'époque actuell d'abord, que l'insuffisance de la doctrine critique, pour ( aux grands besoins actuels de la société, est aussi p et aussi universellement sentie que l'incompatibilité théologique et féodal avec l'état présent de la civilisatioi lieu, il garantit que ni l'opinion critique, ni l'opinion ré peuvent plus obtenir d'ascendant réel. Car, lorsque l'ur raît sur le point d'acquérir la prépondérance, la disposil des esprits devient aussitôt favorable à l'autre ; jusqu'à < ci , trompée par cette approbation apparente , ait reprii

5S fttSTËllE DE POLITIQUE POSITIVE.

Tîté pour donner liea aux mêmes alarmes, et, par stiîtl», éprotlTêr^ à son tour, le même désappointement (I). Ces oseillatidns succeasiVeft s*eflnectaent tantôt dans un sens, tantôt dans Tautre , suivant qtie lâ marche nattnrelle des ëvënements manifeste spécialement, bu Tabsnrdité de Tancien système , ou le danger de l'anarchie. Tel est , en ce moment, le mécanisme de la politique pratique , et tel il sera iné* ▼itablement tant que les idées ne seront pas fixées sur la manière de réorganiser la société; tant qu'il n*aura pas été produit Une opinion capable de remplir k la fois ces deux grandes conditions que prèsbrit notre époque , ei qui , jusqu'à présent ont paru contradictoires ; Fabandon de l'ancien système, et rétablissement d*un ordl-e rëgttliei^ et stable.

Cette annulation réciproque des dent doctrines opposées , sensible même dans les opinions, est surtout incontestable dané les actes& Qu'on examine, en effet , tous les éyénements de quelque importance qui se sont dévelofipés depuis dix ans, soit avec la tendante critique, soit avec la tendance rétrograde, on trouvera que jamais ils n'ont (kit fkire aucun progrès réel au système correspondant, et que le ràultat en a toujours été uniquement d'empêcher la prépondérance du système opposé.

Ainsi , en résumé , non-seulement ni Topinion des rois, ni Vôpînion des peuples ne peuvent aucunement satisfaire le besoin fondamental de réorganisation qui caractérise Tépoque actuelle : ce qui établit la nécessité d'une nouvelle doctrine générale ; mais le triomphe de

(1) Le mériie-de Topinion intermédiaire, ou plat6t contradietoire , eonsisie précisément à servir d'organe à celte disposition. H est, du reste, évident aue, par

sa nature, elle est frappée de nullité organique, puisqu'elle n'a rien qui lui soit propre, et qu'elle ne se compose que de maximes opposées, qui s'anntillent réciproquement. Elle ne peut aboutir, comme l'expérience l'a déjà suffisamment confirmé, qu'à faire osciller la marche des affaires entre la tendance critique et la tendance rétrograde, sans lui imprimer Jamais aucun caractère déterminé. Cette conduite indécise est certainement indispensable dans la situation politique actuelle, eljusqu'à l'établissement d'une doctrine vraifuent organique, pour prévenir les violents désordres auxquels la société serait exposée par la prépondérance du parti rétrograde ou du parti critique. En ce sens, tous les hommes sensés doivent s'empresser de la seconder. Mais, si une telle politique rend moins orageuse l'époque révolutionnaire, il n'est pas moins incontestable qu'elle tend directement à tn prolonger la durée. Car, une opinion qui érige l'inconséquence en système, et qui conduit à empêcher soigneusement l'extinction totale des deux doctrines extrêmes, afln de pouvoir toujours les opposer l'une à l'autie, met nécessairement obstacle à ce que le corps social parvienne Jamais à un état fixe. En un mot, cette politique est raisonnable et utile aujourd'hui, en tant que simplement provisoire; mais elle devient absurde et dangereuse si on veut la regarder comme définitive.

Tels sont les motifs ^our lesquels Je n'ai fait ci-dessus aucune mention de cette manière de voir dans l'examen des opinions existantes sur la réorganisation sociale.

- APPENMGE «toÉRAIa — TftOISlÈME PASTIK. S*

Pane et de l'autre opinion est aujourd'hui également impossible ; et même ni Tune ni Tautre ne peuvent plus avoir de véritable actirité : d'bù il résiilte qiie les esprits sont sufiisamment préparés pour rece* Toir la doctrine organique.

La destination de la société parvenue à sa maturité, n*est point d*habiter à tout jamais la rieille et chétive masure qu^elle bâtit dans son enfance, comme le pensent les rois; ni de vivre éternellement sans abri après Tavoir quittée, comme le pensent les peuples; mais, à Taide de l'expérience qu'elle a acquise , de se construire , avec tons les matériaux qu'elle a amassés, Tédifice le mieux approprié à ses besoins et à ses jouissances. Telle *est la grande et noble entreprise réservée à la génération actuelle.

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