‹ Système de politique positive (volume 4)Chapitre 10 sur 26 · PREFACE DU TOME DEUXIEME. XXXI · texte numérisé non relu

PREFACE DU TOME DEUXIEME. XXXI

soutiennent seuls là société actuelle; ils ne sont essentiellement troublés que d'après la perturbation des idées. Ainsi^ la maladie étant d'abord et surtout intellectuelle, je devais commencer par construire^ avec les bases scientifiques résultées de la préparation moderne, une philosophie capable de ramener l'Occident à des convictions systématiques, en faisant enfin prévaloir dignement^ dans l'ordre positif, l'esprit d'ensemble sur l'esprit de détail. Tel fut, comme vous le savez, le but propre, et j'ose ajouter le résultat effectif, de l'ouvrage fondamental que j'achevai il y a dix ans, et dont tous les principes essentiels sont maintenant adoptés des vrais penseurs occidentaux, fort au delà même de mes premières espérances.

Mais, quoique la plus grande difficulté se trouvât ainsi surmontée, cet effort restait purement préliminaire envers la destination sociale que j'avais toujours en vue. Il fallait ensuite constater que la nouvelle philosophie, qui réorganisait directement les idées modernes, pouvait compléter son office normal en conduisant à fonder la seule religion capable de réorganiser aussi les sentiments correspondants, moteurs suprêmes de l'existence réelle* En un mot, à la carrière d'Aristote devait alors succéder celle de saint Paul, sous peine d'avortement final de l'incomparable mission que j'avais d'abord osé m'attrlbuer.

Il est vrai que ma construction de la science sociale érigeait une forte discipline intellectuelle, en démontrant les conditions, logiques et scientifiques, qu'exige toute saine élaboration sociologique, dès lors rationnellement interdite, pour incompétence prouvée, à la plupart de ceux qui s'en occupent aujourd'hui. Les impulsions pratiques se trouvaient aussi réglées, en représentant les phénomènes sociaux, quoique les plus modifiables de tous, comme naturellement assujettis à des lois immuables, sur lesquelles repose toujours l'ordre artificiel; puisque l'avenir que nous voulons préparer résulte essentiellement d'un passé que nous ne pouvons jamais changer. Néanmoins, ce double résultat organique ne pouvait être activement réalisé si la supériorité morale du positivisme n'était pas enfin mise au niveau de sa supériorité mentale. Car les conceptions rétrogrades et anarchiques restaient encore en possession apparente du domaine de la moralité, où leur théologie métaphysique semblait défier indéfiniment une science qui, surgie des plus simples idées, parut longtemps incapable de jamais aborder les plus nobles sentiments.

Rien ne pouvait donc me dispenser de consacrer ma seconde carrière à ériger le positivisme en doctrine vraiment complète, autant religieuse que philosophique, aussi propre à toucher les cœurs qu'à diriger les esprits. Cette opération décisive fut pleinement caractérisée par mon cours de 1847, où j'acceptai directement tout le programme catholique du moyen âge, en prouvant que la base positive y satisfaisait mieux qu'aucune base théologique. Mais tous ceux qui connaissent le premier volume, publié en juillet 1851, de mou Système de politique positive, savent^ aujourd'hui que ce cours fondamental résulta lui-même de la dédicace exceptionnelle que j'écrivis secrètement en 1846, d'après une incomparable affection privée.

C'est seulement dans ce dernier état que le positivisme, devenu surtout

XXXU SYSTEME DE POUTIQUE PâSHITE.

moral et religieux^ pouvait directement poursuivre sa destination sociale, en sortant cnûn de l'enceinte philosophique pour pénétrer chez les prolétaires et les femmes. Il institua dès lors une concurrence croissante envers le catholicisme quant à la reconstruction de Tordre occidental. Voilà ce qui procure une importance vraiment capitale à la libre exposition orale que vous avez si noblement protégée jusqu'ici.

Mais ce même but m'impose en ce moment un nouveau soin pour p^*éserver de toute atteinte temporelle Tindépendanoe spirituelle que j*ai dignement acquise. D'après les garanties décisives que j'ai de plus en plus données à la tranquillité publique, il m'appartient de décider seul ce que je dois dire et ce que je dois taire, aiyourd'hui comme auparavant* Car le gouvernement, en facilitant des prédications qu'il juge inoffsnsives pour l'ordre matériel et favorables au retour de Tordre moral, se trouve d'ailleurs exempt de toute responsabilité spéciale envers mes opinions quelconques. Si la dernière crise l'entraînait à restreindre une exposition dont il est incapable d'apprécier l'économie philosophique et religieuse, je devrais garder provisoirement un silence complet, plutôt que d'accepter une demiliberté, qui nuirait davantage à mon pouvoir spirituel qu'elle ne pourrait seconder ma propagande actuelle. Mais l'heureuse expérience des trois années antérieures doit me préserver aujourd'hui de toute semblable inquiétude, quoique je dusse ici m'en expliquer spécialement, pour éviter toute méprise.

Loin de craindre que ce quatrième cours soit plus entravé que les précédents, il tendra, j'espère, en attirant Tatteutiou sérieuse des vrais conservateurs, k faire dignement cesser les restrictions générales que la dictature aotuelle a orii devoir, dans l'intérêt de Tordre, apporta temporairement à la liberté ordinaire d'exposition ou du moins de discussion. En effet, cette mesure repose sur le danger spécial qu'offrent aiyourdliui les diverses utopies anarchiques, dont les sophismes, quoique vaguement rq[K>us8és par Tinstinct public, ne peuvent encore être réfutés d'après aucune doctrine ofQoielle. Mais cette impuissance de toute philosophie théolo^que ou métaphysique trouve enfin une pleine compensation dans T^titude organique de la philosophie positiTe. Eu facilitant Faction de cette doctrine réparatrice, les hommes d'État peuvent donc laisser librement circuler des abt'rratlons qui ne sont vraiment rectifiables que d'après une discussion décisive.

Pour aohovt^r de caractériser Tindépendanœ systématique qn*exige ma mission» je doi«« Monsieur, vous indiquer enfin Tattitude personnelle qui oonvicut iM»t\niti\Tuieut à mou office spirituel, afin de donner, an gonvern^moni (Huume au public, une suffisante garantie de ma consécration exelo- 9\\^ au ■aiH'rtUHH^ do T Humanité.

Dau» uolr<^ doruière entrevue» votre généreuse soDicitude daigna •HnfVtrmor (nmimout olle pourmit concourir à réparer dignement la conpabli^ «poUaUon quo U^ ootoriee polytechniques venaient de compléter OHV^ra wwis ^* dois ai^imrdliui vous i^^ndie solenneUemeiat que le ««tul mo^'^H) coA»Wt« 1^ p^>pagvr «xwvenableiueQt parmi les oonaervateurs

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