PRÉFACE DU TOME DEUXIÈME. VU
'"pèche de craindre aucune méprise involontaire. Toutefois, ses Viles intrigues n'auraient pas suffi sans l'assistance décisive if ù'elles trouvèrent spontanément d'après les ignobles rancunes d'un fomeux marchand de planètes subjectives,auquel notre anarchie procure maintenant un funeste ascendant polytechnique. Dans cette école irrévocablement dégénérée, où les élèves sont eux-mêmes descendus, de cœur comme d'esprit, au niveau des maîtres, il n'y a plus de vraiment estimables que les fonctionnaires pratiques, soit militaires, soit administratifs. Je reçus toujours d'eux, malgré de fréquentes mutations personnelles, tm accueil honorable quoiqu'impuissant, digne image des dispositions constantes du pouvoir qu'ils représentent. Aussitôt après ce dernier coup, leur noble chef actuel m'a spontanément exprimé cette précieuse sympathie par une admirable lettre que je conserverai sans cesse comme un témoignage incomparable. Mais, dans ce malheureux établissement, toutes les autorités pratiques gémissent plus que jamais sous l'oppression pédantocratique, où Ton vient seulement de substituer, à l'étroit mysticisme des algébristes, le grossier empirisme des prétendus ingénieurs.
Après dix-neuf ans d'un service irréprochable, cette entière spoliation compense enfin la grave imprudence que je commis quand je transportai mon existence matérielle sous la dépendance de mes ennemis naturels. Le libre enseignement privé des sciences mathématiques m'avait jusqu'alors procuré des ressources précaires mais suffisantes, essentiellementsoustraites à l'influence académique. Cédant à des conseils trop vulgaires, je quittai, en 1832, cette profession indépendante pour un office public, quoique j'eusse déjà prévu les intimes conflits auxquels il devait m'exposer. Tous ceux dont l'aveugle affection m'inspira cette funeste condescendance ont dû regretter depuis que l'inflexibilité tant reprochée à mon caractère n'ait
YUl SYSTli;M£ DG PÛUTIQUË POSITIVE.
pas alors prévalu. Qaoi qu'il &a soit, cette faute initiale se trouvant aujourd'hui réparée iavoloutairement^ elle doit du moins m'interdira de recheroher ou même d'accepter aucune autre situation officielle, toujours accessible à d'équivalentes animosités envers la discipline spirituelle que ma doctrine vient établir.
Mais les travaux que j'accomplis pendant cette longue phase m'autorisent maintenant à réclamer ouvertement du public occidental une protection matérielle qui me permette d'achever dignement la grande construction, d'abord philosophique puis religieuse, à laquelle j'ai toujours voué ma vie. Depuis ma spo^ liation finale, je me félicite de n'être abrité contre la misère que par la noble souscription annuelle qui fut d'abord instituée comme garantie temporaire.Quoiqu'elle soit encore insuffisante, je ne doute pas que, devenue désormais perpétuelle, elle n'ac«quière bientôt toute l'extension convenable. C'est pourquoi je n'ai point hésité & compléter irrévocablement la gratuité nor<^ maie de tous mes services. Bornée d'abord à mon enseignement populaire, je l'étendis ensuite à mes compositions philosophi* ques, et je vais enfin l'appliquer aux écrits trimestriels que j'an* noncerai ci-dessous. Le fondateur d'un nouveau pouvoir spirituel doit donner, même au risque de quelques embarras passagers, un exemple décisif du seul mode d'existence maté •* rielle qui convienne à la vraie dignité sacerdotale. Jusqu'à ce que le progrès de la religion positive conduise la munificence publique à garantir le sort temporel des prêtres de l'Humanité sans compromettre leur indépendance sociale, ils doivent toujours vivre des cotisations volontaires de leurs adhérents, comme le firent longtemps les prêtres de Dieu. La haine aveugle de mes vils ennemis m'a poussé graduellement vers cette complète régularité, qui, sans une telle impulsion, ne fut peut-être jamais devenue assez décisive pour utiliser entièrement les dij