‹ Système de politique positive (volume 4)Chapitre 3 sur 26 · PRÉFACE DU TOME DEUXIÈME. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU TOME DEUXIÈME. IX

années de pleine vigueur cérébrale que je puis encore consacrer au vrai Grand*Être.

Cette situation finale se trouve tellement conforme à ma na* ture et à mon office que, quoique très-récente, elle m'est déjà profondément familière, d'après son heureuse efficacité journalière. Le présent volume, malgré les hautes difficultés qui lui sont propres^ vient d'être écrit, sans précipitation ni fatigue, pendant le premier tiers de Tannée actuelle, sauf le chapitre initial, composé en janvier 1851 et lu, le mois suivant, à la Société Positiviste. Je me sens ainsi capable maintenant d'écrire un volume chaque année, dans Tintervalle qui sépare deux de mes cours hebdomadaires ; depuis que ma situation me procure enfin, à cinquante-quatre ans, une entière disponibilité de temps et d'efforts, qui jusqu'alors me manqua toujours. Si donc, comme j'en ai l'intime confiance, l'Occident ne me laisse pas succomber, j'ose de nouveau garantir la digne exécution des quatre ouvrages que je promis en terminant, il y a dix ans, mon livre fondamental, malgré les intermittences normales qui doivent les séparer. Je compte même, avant d'écrire le troisième volume du présent traité, achever Tannée actuelle en publiant, sous le titre de Catéchisme Positiviste^ une composition exceptionnelle, destinée à faciliter la propagation systématique de la religion de l'Humanité. Ce travail accessoire ne devait d'abord s'accomplir qu'après la terminaison du tome final. Mais, en écrivant le volume actuel, j'ai senti que, quand il serait achevé, je pourrais déjà réaliser cet épisode, tant réclamé par Turgente gravité de la situation occidentale. Cette heureuse accélération résulte surtout de la maturité décisive qu'acquiert ici la religion positive, au delà même des espérances que suscitait mon élaboration orale.

Pour compléter ma juste sécurité, il fallait encore assurer la publication immédiate de tous mes écrits. Or, depuis que j'ai

renoncé dignement à la prétendue propriété littéraire, cette dernière garantie est devenue la suite naturelle des dispositions .qu'inspirait autour de moi ma consécration exclusive et gratuite à mon office fondamental. Ma précédente préface annonça la généreuse résolution par laquelle un noble disciple (M. Lonchampt) venait ainsi de dissiper les entraves matérielles qui retardèrent, pendant une année entière, la publication du tome premier* Je dois ici compléter cette indication en proclamant la scrupuleuse exécution de ce loyal engagement, au delà même de toute attente naturelle ; en sorte que les frais typographiques du volume initial sont entièrement acquittés aujourd'hui, quoique la vente en ait à peine fourni le tiers jusqu'ici. En un temps où les dignes praticiens sont à la fois si précieux et si rares, le public occidental se félicitera que ce noble jeune homme, surmontant déjà, par une modestie exceptionnelle, les séductions théoriques d'un heureux début, adopte sagement une carrière industrielle, d*où pourra surgir un éminent patronage positiviste.

Quoique son intervention décisive semblàtbornée au volume précédent, elle a déterminé bientôt, au delà de mes propres espérances, une équivalente sécurité pour les trois autres, et, par suite, sans doute, envers tous mes ouvrages futurs. A peine cet exemple fut-il connu, que le tome deuxième devint l'objet d'une pareille offre chez les nobles adhérents auxquels je dus, en i848, l'impression initiale de mon discours préliminaire. Une autre proposition généreuse me fut faite récemment envers le même volume. Mais je le publie aujourd'hui sans avoir eu besoin d'invoquer aucun de ces deux appuis, qui pourront ainsi se réserver pour des embarras ultérieurs. Car, l'honorable imprimeur (M. Thunot}, quoique connaissant bien ma pauvreté personnelle, m'a spontanément offert sa précieuse coopération, sans exiger d'autre garantie que ma scrupuleuse résolution de

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tiônfiacrér tous les produits de la vente au seul payement. des frais. Son atelier typographique, dignement dirigé par un guerrier civiquement transformé, vient d'accomplir ce travail avec une promptitude et une perfection sans exemple, qui méritent ici mes remerciments spéciaux.

D'après eette double explication personnelle, à laquelle correspondent les deux premières parties de l'appendice suivant, ^ puis donc espérer que les luttes réservées à ma situation finale n'entraveront jamais mon édifice fondamental. En même temps, les nouveaux progrès du positivisme assurent de plus en plus l'efficacité de tous mes efforts.

Parmi ces pas postérieurs au volume précédent, je dois d'abord signaler avec reconnaissance un précieux résultat, obtenu surtout en comparant son ensemble actuel avec la dédicace décisive qui, cinq ans auparavant, en constitua le germe secret. Tous les esprits synthétiques sentent aujourd'hui comme tous lès cœurs sympathiques, que cette expansion exceptionnelle renfermait déjà les diverses bases essentielles du vaste développement moral et religieux qu'acquit ensuite le positivisme, dont il devient le principal caractère. Cette manifestation caractéristique commence même à me procurer une incomparable satisfaction, en déterminant, chez les deux sexes, des sympathies d'élite envers ma sainte patronne, dont les titres personnels à la vénération publique seront bientôt jugés supérieurs à ceux de la suave Béatrice.

Tout en constatant l'aptitude, jusqu'alors contestée, du positivisme pour sa destination la plus décisive, ce premier volume a pareillement dissipé les reproches superficiels que suscita d'abord la publication partielle du discours préliminaire, quant à mon prétendu délaissement du progrès intellectuel. D'éclatantes acquisitions théoriques, surtout en biologie, ont ainsi démontré que l'essor sympathique du positivisme réagit heureu-

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semeat sur son perfectionneoient synthétique, conformément à la saine doctrine cérébrale. Les nouveaux pas encyclopédiques accomplis dans le volume actuel, achèveront de concentrer cette frivole imputation chez les juges incapables ou malveillants dont je ne m'occuperai jamais.

En même temps, le développement naturel de la situation occidentale a fait surgir des manifestations plus complètes de l'aptitude caractéristique de la religion positive à satisfaire également aux exigences, toujours opposées jusqu'ici, de l'ordre et du progrès. Dès l'été dernier, je connus l'existence, pleinement appréciée ensuite, du précieux foyer positiviste qui s'est formé spontanément chez d'éminehts conservateursaraéricains, surtout à Philadelphie et à New- York. Une situation exceptionnelle interdit là tout recours politique aux diverses répressions matérielles, et même aux influences théologiques, dontles principaux organes y dirigent nécessairement l'agitation métaphysique. Ainsi préservés de la double illusion qui vicie notre routine officielle, nos frères d'Amérique ont dû mieux apprécier le caractère fondamental de l'anarchie occidentale, plus grave là que partout ailleurs, malgré les apparences contraires. On y a donc senti plus tôt Timpossibilité de surmonter les tendances cx)mmunistes spontanément émanées de toutes nos impulsions sociales, autrement que d'après le libre ascendant du positivisme, seul capable de procurer partout une sage satisfaction aux divers instincts de régénération. Cette unique issue de notre périlleuse transition est déjà conçue dignement par les nobles citoyens américains, qui de plus en plus invoquent la religion positive au nom de l'ordre profondément menacé, mais en acceptant d'avance la juste discipline morale qu'elle vient imposer aux riches.

On peut spécialement vérifier combien ce vaste appendice occidental tend aujourd'hui vers le positivisme, en remarquant

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le loyal accueil que la foi nouvelle y reçoit mâme de sed ad^ versaires déclarés. L*une des principales revues trimestrielles vient d'y publier, en janvier jet avril dernier, une mémorable appréciation de mon ouvrage fondamental par un digne antagoniste. Son noble langage, sans dissimuler aucune dissidence, forme un heureux contraste avec celui de nos psycologues ou idéologues, et même avec la froideur personnelle de mes adhérents trop abstraits. Un tel procédé m'inspira bientôt une démarche exceptionnelle, pour faire ouvertement concourir de pareils adversaires au libre subside qui jusqu'ici ne garantit pas suffisamment moh existence matérielle. Je me félicite d'autant plus de cette lettre ci-jointe, qu'elle m*a procuré récemment une admirable réponse, directement émanée de mon noble critique, qui, malgré sa pauvreté personnelle, s'associe dignement à ce patronage volontaire, qu'il érige en devoir social.

Mais les pas simultanés du positivisme sont non moins décisifs dans l'autre camp occidental. Ils doivent être surtout mesurés d'après nos récents succès parmi les prolétaires lyonnais. Spécialement abritée contre les aberrations antidomestiques par les propres imperfections de sa constitution industrielle, cette noble et malheureuse population tirait spontanément de sa vie de famille une puissante impulsion vers le positivisme. L'ébranlement communiste n^avait abouti qu'à la mieux préparer anx questions sociales dont la religion universelle vient lui fournir la seule solution réelle* Aussi quelques émînents apôtres ont-ils suffi pour y développer, en moins d'une année, sous la juste protection des autorités temporelles, un foyer positiviste d'autant plus précieux qu'il deviendra bientôt le centre normal d'une vaste propagation méridionale.

Ce double essor récent de la religion destinée à concilier enfin l'ordre et le progrès, se trouve profondément consolidé d'après le pas irrévocable qué vient de franchir notre situation

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républicaine. De son vain début parlementaire, uniquement propre à k transition anglaise, notre république passe spontanément à la phase dictatoriale, seule vraiment française, quoiqu'elle convienne également aux autres populations catholiques, coinmerindiqnedéjàrAmériqueespagnole.La prochaine reprise de mes prédications annuelles m'a donné lieu d'apprécier spécialement cette heureuse modification et le nouvel ascendant qu'elle procure au positivisme. J'ai déjà traité ce double sujet dans une lettre décisive, pleinement approuvée de mon civique patron, et qui forme la troisième partie de l'appendice ci-joint. Elle me dispenserait ici de toute explication à cet égard, sans les graves inquiétudes que fit ensuite surgir un déplorable aveuglement personnel.

Notre état profondément négatif permet un certain essor à tonte iniative hardie, d'ailleurs anarchique ou rétrograde, émanée d'une position convenable. Mais les perturbations quelconques qui semblent possibles, et mêmes imminentes, ne comportent jamais une suffisante réalisation, du moins dans les cas essentiels. Quoique les vivants méconnaissent aujourd'hui le joug des morts, ils ne cessent point de le subir, et il nous préserve des principaux dangers, sans pouvoir cependant dissiper assez les craintes correspondantes. Un avenir aussi vaguement conçu ne peut inspirer une suffisante sécurité qu'aux âmes systématiques qui ont pu lui procurer un caractère mieux déterminé d'après une saine appréciation de l'ensemble du passé, surtout moderne. Dès le premier avènement de notre république, j'annonçai qu'il était irrévocable, sauf de fréquentes modifications politiques, et que pourtant il semblerait longtemps précaire, jusqu'à ce qu'une doctrine commune consolidât assez notre marche. Cette sécurité peut être comparée à celle qui concerne la paix occidentale, qui, malgré sa durée sans exemple, ne préserve jamais notre confiance empirique des in-

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