PRÉFACE DU TOME DEUXIÂMB. XV
quiétudes dues 9U moiadre ébranlement^ quoique l'événement les démente toujours. Nous verrons pareillement avorter toutes les suspensions dont paraîtra menacée notre situation républicaine. Car, l'ensemble du passé français repousse autant la royauté que la guerre. Désormais, les vrais citoyens ne doivent pas craindre davantage la rétrogradation monarchique que Tanarchie parlementaire* Ces deux modes opposés du régime constitutionnel sont également discrédités aujourd'hui. La situation républicaine est devenue la première condition de Tordre matériel; en comportant seule une dictature énergique.
Quoique je déplore les entraves temporaires de la discussion française, je me sens profondément soulagé du joug anarchique des parleurs arrogants et intrigants qui nous empêchaient de penser. Cette crise inespérée me procure une délivrance équivalente à celle du fardeau royal en 1848, et les deux pressions me paraissent également éteintes. Unepuissante aberration personnelle, à laquelle notre manque de foi sociale semble laisser un libre cours, pourrait seulement provoquer la réalisation plus ou moins prochaine de Téventualité politique signalée au début de mon manifeste. Mais, sans que la prudence civique doive aujourd'hui négliger une telle prévision, il faut éviter de s'en préoccuper assez pour troubler l'heureux essor des méditations décisives que la république dictatoriale inspire partout sur la vraie reconstruction de l'ordre occidental. Le jeu spontané des entraves officielles, intérieures ou extérieures, dissipera peut-être ces folles tendances avant qu'elles suscitent quelque grave conflit. Il est vrai que l'insurrection chronique, déjà commencée, des campagnes contre les villes, caractérisera la dernière phase générale de l'anarchie occidentale, comme je le prévis à la fin de mon traité philosophique. Mais le cas actuel permet d'éviter ce développement spécial d'une destinée
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très'inodifiable, si le prolétariat parisien, directeur spontané du grand mouTem^dt, utilise à temps le précieux enseigne^ ment social que sa raison pourrait déjà tirer de ses propres in*^ ^iétudes politiques. Car, elles tendent à manifester le caractère profondément rétrograde de la métaphysique négative dont U subit encore l'ascendant discrédité. La révolte des vivants contre les morts pousse désormais TOccident à faire partout prévaloir les influences les plus brutales et les plus arriérées, auxquelles nous ne pouvons échapper qu'en nous replaçant dignement sous le joug nécessaire du passé. Ainsi, la condition fondamentale du vrai progrès social consiste aujour^ d*hui en ce que le prolétariat central repousse complètement les dogmes et les hommes révolutionnaires, comme étant désor» mais autant rétrogrades qu'anarchiques. Quand il aura suffisant ment garanti Tordre en passant du négativisme au positivisme^ suivant le noble exemple émané déjà d'éminents prolétaires pu» risiens et lyonnais, il pourra dignement interdire qu'on mette aux voix sa république, devenue, pour l'Occident, la seule base réelle de l'armistice nécessaire entre les pauvres et les riches* Mais alors j'ose assurer, au nom du passé et de l'avenir, dont je suis maintenant Tunique interprète, qu'aucun dictateur ne conservera de tendance monarchique. Car, dans la lumineuse position résultée d'un office très-synthétique, la crainte de Tanarchie peut seule empêcher de reconnaître la situation républicaine comme autant indispensable au pouvoir réel qu'à la véritable gloire. Il y aurait surtout une haute et dangereuse inconséquence chei l'homme d'État qui vient de ûoas délivrer heureusement du régime fariementaire, si, pour Satisfaire une puérile passion personnelle, il tentait de rétablir k oonstitutionnalité royale.
C'etto sommaire indication me conduit naturellement à Tan-^ nonce Uuale qui forme Tobjet spécial de la dernière partie de
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l'appendice ci-joint. En effet, la fondation de làHevue Occidentale me dispensera, j'espère, de saisir les occasions que peuvent m'offrir mes préfaces ou mes séances pour donner au public diverses explications incidentes, qui seraient mieux placées ailleurs.
Sa haute importance, intellectuelle ou sociale, et sa conciliation générale avec ma principale élaboration, me disposèrent, dès 1845, à constituer cette prédication périodique. Mais l'utilité n'en fut pas assez sentie pour me procurer les secours matériels qu'exigeait le libre essai de cinq ans que je jugeais alors indispensable. La situation républicaine m'ayant permis, en 1848, de réduire à trois ans la durée de cette épreuve, j'éprouvai pourtant le même genre d'avortement. Mais la phase dictatoriale faisant prévaloir des dispositions plus sérieuses, et manifestant mieux le besoin de diriger dignement la raison occidentale, je dois entreprendre une nouvelle tentative, en m'y bornant à des publications trimestrielles. Cette dernière transformation, combinée avec ma juste abnégation personnelle, diminue autant que possible les frais matériels d'une telle fondation. Si donc elle échoue encore, je ne m'en occuperai plus, tout en me tenant prêt à diriger cette institution quand ses conditions auront été remplies, et même en persistant à y fournir seul le cinquième ou le quart de chaque livraison.
Quoique j'aie assez expliqué la destination et le caractère des quatre parties de mon appendice, je ne dois pas terminer cette préface sans une heureuse indication personnelle, dont l'importance sera bientôt sentie par tous les positivistes complets, c'est-à-dire religieux.
Mon discours préliminaire et l'ensemble de ce traité manifestent à la fois la tendance profondément esthétique du positivisme et la haute assistance que son avènement doit déjà recevoir des brillantes fonctions qui représentent le mieux l'unité
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humaine. Néanmoins, je n'ai jamais dissimulé que cette sympa, thie nécessaire se développerait plus tard que le précieux appui émané d'abord de Tinstinct populaire et ensuite du sentiment féminin. Toutefois, la raison systématique qui doit guider rOccident acquiert, plus tôt que je ne l'espérais, cette sanction complémentaire, d'après Tadhésion décisive d'un éminent artiste, M. A. Étex, secrètement disposé au positivisme par une nature exceptionnellement synthétique.
Auguste COMTE, ( 10, rue Monsieur^le-Prince. )
Paris, le 11 César 64 (dimanche 2 mal 18S2).
PBÉFAGE DU TOKE DEUXIÈME. XIX