THÉORIE POSITIVE DE L'ÉTAT TUÉOCRATIQUB
ou APPRÉCUTION GÉNÉRALE DU POLYTHÉISME CONSERVATEUR.
L'ensemble du chapitre précédent établit la base directe de toute la pliilosophie de rbisloire, en démontrant^ dans le régime spontané de l'humanité, les divers germes essentiels des autres modes préparatoires^ et même Tébaurhe fondamentale de Tordre final. Quoique révolution originale ne puisse jamais passer immédiatement du fétichisme au positivisme^ cependant la possibilité de franchir le théoiogisme, quand la marche devient assez systéraatisable , suffit pour représenter cet élat intermédiaire comme une immense transilion. Mais, puisqu'il fut autant indispensable qu'inévitable , son étude approfondie doit ici consliluer la principale par;ie de rélaboralion historique, pourvu qu'il s'y trouve apprécié toujours d'après sa vraie destination , plus sociale qu'intellectuelle.
Principalement nécessité par l'insuffisance politique du fétichisme y le régime théologique ne put néanmoins remplir sa mission caractéristique sans modifier beaucoup l'évolution spéculative et révolution active ^ dont le concours continu règle l'essor décisif de la sociabilité. Ce système transitoire doit donc
DTNâMIQOB SOClAtfi. ^ CHAPITRB TRCJlSIÈMB. 159
tire ici jugé dans son ensemble, en évitant d^ailieurs toatt illusion sur sa nature et sa durée. Sa moindre consistance ne dispense pas de décomposer son appréciation^ comme celle du féUctiisme, en abstraite et concrète. Je devrai même développer la seconde fort au delà de ce qu'exigeait le régime pri* mitif , afin de pouvoir assez expliquer les diverses phases d*un« telle transition , à laquelle , outre ce chapitre , je consacrerai les trois suivants. Quoique le dernier de ceux-ci concerne le monothéisme, cet extrême complément de l'initiation humaine ne fut réellement qu'une concentration du polythéisme, qui seul constitue, à tous égards, le vrai théologisme.
Un examen décisif des propriétés intellectuelles du régime polythéique oblige de considérer successivement son aptitude philosophique, son efficacité scientifique, et son influence e»» thétlque , sans que l'appréciation concrète doive ensuite suivre toujours celte marche normale.
Sous le premier aspect, le polythéisme fut destiné surtout à compléter le fétichisme, en étendant jusqu'à l'ordre humain la synthèse provisoire, nécessalremt^nt bornée longtemps à Tordre extérieur. Le principal mérite de ce complément décisif se rapporte réellement à la destination sociale qui caractérise essentiellement Tensembie du régime polythéique. Néanmoins, il comporta directement une haute efficacité mentale, en ébauchant l'Institution, jusqu'alors impossible, du grand dualisme théorique.
En effet, la philosophie fétichique n'en pouvait consacrer que l'élément le plus fondamental, qu'elle devait concevoir comme unique. Cette concentration de nos pensées sur l'ordre extérieur tendait à mieux consolider la base générale que le fétichisme fournit spontanément à notre vrai régime Intellectuel, en faisant sentir davantage la subordination de l'homme envers le monde. Mais cet inappréciable service dut ainsi subir
160 SYSTÈME DE POUTIQUE POSITIYE.
une profonde altération ^ à la fois théorique et pratique ; puisque les plus nobles spéculations se trouvaient exclues du domaine dogmatique j dont la restriction , aux phénomènes les moins modifiables , suscitait un fatalisme absolu. Quelque inévitable 9 et même indispensable , que fût d'abord cette double tendance y sa prépondérance trop prolongée eût entravé radicalement l'essor décisif de la raison humaine. Le polythéisme pouvait seul nous dégager irrévocablement de cette première enfance , en reconstruisant la synthèse fictive de manière à lui fahre embrasser Tordre humain et à représenter l'ordre extérieur, même matériel, comme éminemment modifiable. Malgré que le régime absolu se trouvât ainsi devenu trop arbitraire, sous l'un et l'autre aspect, il ne comportait aucune autre issue naturelle pour une telle préparation.
Les deux systèmes propres à la causalité, d'abord directe, puis indirecte, concoururent donc, quoique inégalement, à l'éducation fondamentale de la raison humaine. Sous la longue domination du premier, l'homme apprit à se soumettre au monde, mais sans espoir de le modifier. Pendant la transition qu'institua le second , notre intelligence ébaucha son domaine final, en modifiant la matérialité par l'humanité. Tant que chacun de ces deux grands services reste isolément considéré, l'esprit moderne y remarque surtout les graves dangers dont ils furent accompagnés. Mais , en ayant convenablement égard à leur enchaînement nécessaire, on reconnaît bientôt qu'il neutralisa spontanément leurs inconvénients respectifs. Quand la première synthèse fictive eut assez consacré l'ordre, la seconde vint autoriser le progrès.
Si le théologisme avait pu précéder le fétichisme , son influence théorique serait devenue radicalement subversive, comme tendant à faire prévaloir le mouvement sur l'existence. Malgré rimpossil)ililé d'une telle priorité, je dois ici caracté-
DYNAMIQUE SOi^ALE. — CHAPITRE TROISIÈME. 161
riser cette impulsion , afin de mieux manifester Fimportance des antécédents fétiebiques.
Tant que prévaut la causalité directe^ nos divagations subjectives se trouvent nécessairement limitées d'après les pbénomènes réc^ement accomplis dans les corps où résident les volontés dominantes. Il n*en est plus ainsi quand cbaque substance subit passivement l'empire arbitraire d'un être extérieur, devenu purement idéal. Alors la subjectivité ne comporte d'autre frein décisif que Tensemble des habitudes de fixité linguement contractées sous la discipline fétichique, et maintenues par la rectitude naturelle de notre intelligence , malgré là désuétude du régime correspondant. La positivité naissante n'a point assez,d'énergie^ ni surtout de généralité, pour instituer une suffisante^ résistance aux divagations théologiques.
Malgré ses bases fétiebiques, notre constitution mentale fut
^If^me ébranlée souvent quand la causalité devint indirecte.
Ce désordre se trouva spécialement caractérisé par les graves
altérations que subit le dogme de la fixité des espèces, lorsque
le polythéisme consacra partout d'arbitraires métamorphoses.
On peut apprécier ainsi la garantie générale que la raison humaine puisa dans son éducation fétichique pour se préserver spontanément des divagations propres à la théologie. Malgré la réalité qu'on leur attribuait, les croyances surnaturelles, restant dépourvues de tout fondement extérieur, se trouvaient pleinement livrées aux perturbations émanées de leur source intérieure. Le désordre serait devenu bientôt insurmontable si le sacerdoce , surgi nécessairement , sous l'astrolâtrie , avant que le polythéisme prévalût, n'avait institué partout une discipline continue, d'après l'ensemble des antécédents fétiebiques.
Cette garantie normale reposa principalement sur le dogme du fatalisme, dont j'ai précédemment démontré la véritable origine. Toujours émané du fétichisme , on ne le rapporte au
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polythéismiâ que pur suite du surè^tt d'importance qu'tt y dut acquérir. La seconde synthèse absolue retendit à Tordre hu-^ main, comme l'ensemble de ses dogmes, et déreioppa, par un fréquent exercice^ son aptitude spontanée à contenir léli&va'» gâtions polythéiques. Correctif nécessaire de toute tliéologie) le fatalisme doit même survivre aux diverses religions prépara^*toires ^ en s'incorporant profondément à la religion finale^ après avoir été convenablement régénéré. Sa rénovation radMâle se réduit à devenir )relatif« au lien de rester absi^lu , tsOUs rimj^ulslon universelle du printij^ (lositifi - "' ^
Destiné toujours à caf^ctériser Tordre , le fàtalbMe 3ttt te représenter ttomme immodifiable, tant qtte là modiûcabimé restait inappréciable, et même inopportune. Mais tt* en fait aussi restmriir m modifications secondaire^ depuis qu'elles ont reçu des maniflâêtations décisives, qui Jamais n'offrent rira d'arbitraire. Ce fatalismn relatif se trouve pleinement c.onsiier4^ dans l'ensemble de la religion positive » qui l'étend irrévp|tt||[ement Jusqu'à Tordre humain , tant individuel que coUec^l^ théologisme ne put qu'ébaucher provisoirement une. telle nul-» Versailles paf ce que la fatalité fut autant étrangère à son dogme que propre à celui de la causalité directe. Bon influence poly^ théique resta toujours due à la sages^ sacerdotale , qui Tem<> pruntait au fétichisme pour réfréner les divagations suhjeetlVClk*
Âu contraire, d'après le principe positif) le vrai fatalisme i indépendant de toute discipline artificielle , consUtue naturel* lement le fbnd général de la doctrine finale. Il y caractérise âl'* multanément TImmuabilité radicale de Tordre universel et là pleine régularité de ses variations secondaires. Cette relativité définitive suffit pour préserver ce dogme éternel de tous les dangers qu'offrit longtemps son caractère absolu. Loin de nous disposer à l'inertie , Il se borne à régler notre activité de manière à ia rendre plus vaste en même temps que mleaft iifll-
DYNAlinjbB SOGIAtK. — GHAPITBB TROISIÈME. Wi
cace. Une liberté tagabonde et stérile , lodjoufti soumise d'ailleurs au cours imprévu de nos diverses impttkions , tant Intérieures qu'extérieures, s^y trouve habituellement remplacée par le plein essor d'an digne système de perfectionnement universel. Quoique étranger, et même contraire, au principe théologlqué, le fatalisme, émané du dogme féttchique, dut donc, soTls rimptllsion sacerdotale, acquérir une nouvelle Importance "quand le polythéifttné prévalut, afin de Contenir les tendances subvêMves propres à la seconde causante. La systémaUsation monothéique vint ensuite lui procurer une consécration dogmatique , en instituant Toptimisme providentiel , sauf les vains efforts du catiiolicisme pour éluder une telle conséquence. D'apf èif ces élaborations successivjes, la fatalité se trouve mieux Incorporée au positivisme final qu'au fétichisme initial. Elle y jQjtflItittte directement le fondement nécessaire de toute sagesse humaiifô, tant pratique que théorique. Sans qu'une telle expllcatioili doive ici teeevoir une application complète , J'en devais maintenant indiquer l'ensemble , afin de faciliter le fréquent usage que j'en ferai natnrellement dan^ chaque partie de ma ^Mkntction historique , envefb un dogme inséparable de notre esBor mental»
"^ Ayant assez apprécltt la discipline spontanée que l'âge féttchique fournit d'avance au sacerdoce pour contenir ainsi les divagations théologiques, Je puis pleinement caractériser l'efficacité philosophique du polythéisme.
* En étendant la synthèse absolue Jusqu'à l'ordre humain , il ébauchait, à dà manière, l'institution fondamentale du grand dualisme théorique, qui dès lors tendit à remplacer runlté propre à la causalité directe. L'homme vint aln^l se poser désormais en contfaste avec le monde, dont il s'efforça même de dominer Tordre général , à l'aide des volontés irrésistibles qu'il crut pouvoir s'associer librement. Tant que le fataUsme conte-
nait assez les dangers d*Qn tel régime , la raison humàhie subissait heureusement la seule influence qui pût d'al^t^rd y déyelopper Tinstinct du perfectionnement, après que celui de la conservation avait reçu du fétichisme une consécration trop exclusive, mais nécessaire.
Une telle efficacité n'est vraiment appréciable que par des penseurs pleinement affranchis de toute croyance théologtque ou méthaphysique. Car elle résulta surtout de la nature pure- • ment chimérique des dogmes propres au second régime de la * causalité. J'espère pouvoir faire assez compretiffife cette explication générale par tout lecteur aussi dégagé de Fathéisme que du théisme. ^ ^fÊ^.
Directes et concrètes , les conceptions fétichi^s offlraient une profonde réalité. Leur vice consistait seulement dans Texagération et la confusion inséparables d'une synthèse spontttbée. Elles ne devinrent chimériques que d'après leur systématisation astrolâtrique , fondée sur l'abus des influences* célestes. Méni^ alors elles conservèrent une certaine objectivité. Car les hypothèses n'y cessèrent point d'être vérifiables.
La pure subjectivité ne prévalut que quand la causalitè^iK vint indirecte. Alors on ne se borna plus à douer les corps d'attributs hypothétiques. On imagina des êtres entièremeift' fictifs , dont l'empire presque arbitraire expliqua les phénomènes quelconques. Une telle intervention ne comporta d'autre frein général que la persistance spontanée du fatalisme félichique , convenablement étendu par la sagesse sacerdotale. C'est* en cela que consiste la méthode théologique proprement dite , seule apte à développer complètement le système des causes.
Mais sa prépondérance n'ayant pu survenir que quand la raison humaine avait longuement contracté d'invincibles habitudes de fixité, ses dangers caractéristiques se trouvèrent nécessairement contenus par cette préparation fétichique. Sans pouvoir sur-
DYNAMIQUir SOCIALE. — CHAPITRE TBOISIÈME. 165
monl^. le fatalisme j^rimitif, rinflaence tbéologique raméliora profondément, et pat seule nous disposer à le concevoir comme modifiable. Or cette aptitude décisive fut uniquement due à la nature essentiellement subjective des croyances surnaturelles ^ iQalgré l^Jectivité qu'on leur attribuait.
En effet 5 une telle source permit au théologisme de consacrer indirectement la lutte continue de la volonté contre la nécessité, quand le fétichisme eut assez institué la subordination fondamentale de l'homme envers le monde. Au fond, toutes les tolontés que le polythéisme fit prévaloir étaient nécessairement humaines, quoique à notre insu; tandis que les volontés féticbiques, malgré leur nature 6ctive, se trouvaient indépendantes de nous, d'après leur incorporation aux substances réelles. Tout vrai philosophe doit donc concevoir l'intervention divine comme une institution spontanée de l'humanité pour réagir contre la matérialité qui l'avait jusqu'alors dominée absolument.
Par cela même que les dieux étaient purement chimériques, leur puissance arbitraire servit d'organe à nos meilleures aspirations, qui ne pouvaient d'abord trouver d'autre issue générale. Sans jamais dhriger réellement nos vœux de perfectionnement, les volontés divhies leur procurèrent spontanément une sanction continue , aussi propre à les développer qu'à les consolider. Toujours subordonnées à nos propres inclinations, elles tendirent habituellement à consacrer le bien, comme seul con« venable à l'ensemble de notre existence , même individuelle et surtout collective. Quand elles paraissent pousser au mal , elles ne font que traduire fidèlement l'imperfection morale des âmes correspondantes. Voilà comment l'empire du théologisme , qui d'abord semble devoir être aussi désordonné qu'indéfini , devint à la fois moins efiicacc et plus salutaire que ne le suppose l'aveugle critique émanée de l'anarchie moderne. Au nom des
466 HTBTfeKB DV rpUTfQIlV TOtniTB.
dienx, 11 Ht ihéoriqnement contraster rbomine avec le mond», et pratiquement surgir U uobleue ooutre la force.
P'aprd» la natnre absolue du tbéologiand, ce double office n'y put Aire rempli qu'en luscitant des subverilosa radicalei, à la fols pratiques et ibéoilquE». Uals le développeffient H(^dolal du ratalbme féUcbIque nous préserva de leurs principaux dangen. Sont l'un «t l'autre aspect, le progrèn canUnn d« l'bunanild ue pouvait 9tre autrement inaivuré, Car U religlm Pltmitlve avait pu aculemeut coaaacrer rordrfl- Je reprendni eldesious cette explication envers l'activité : tandis qu'id Je df^ U borner à l'intelligence. •».
Ataul restreinte , elle consiste à reconnaître que , poqr réaU- ■er astei sa destination caractéristique , le tbéologisme dut aspirer à reconstruire subjectivement l'unité, nécessairement objective, que le réiichUme établit envers l'ordre physique, seul domaine de 1^ s^lbëae spontanée. Si les dieu][ avaient pu complètement prévaloir sur le destin , le monde se serait trouvé spécnlatlvement soumis à i'bomme, de mauiÈre k renverw directement l'harmonie mentale. Mais elle était tellement enracinée d'après l'éducation féticblque , que jamais ce danger ne put devenir vraiment redoutable. J'en dois pourtaqt caractériser ta manifestation générale , afin de mieux expliquer l'économie fondamentale du r^ime polythéique.
Cette tendance de tont tbéQl(%isme îi nous subordonner le monde, en r^énérant les explications fétlclilques, se tronve directement bidiquée par le dogme universel des m^umorphoses. Il sera bientôt apprécié sous l'aspect esthétique) et même sclentlfiqne. Uaisje ne dois maintenant jug^t qvi« son ottce pbliosopbique.
l'Dtel ilogmc cnrictérisepartoutlesecondr^UnedescanseH,
i le type liumain, quique désormais indirect, se développe equa aoni la CROHlUé primltiv«, Oq l'ttppUqye alors
DTNAmQdl HMUAU, ^. GflAFlTai THOISIËIIE. 167
^ wm^Wif Iw OfiRtaa» «tbsolaeB , oql pe pouTtlent nous préoccuper tant que prévalurent la fJouteoiplatiQn eonerète et la vitalité directe, jSloua Vippulalon divine , Tbopime devint, par des transforn^ations quelconques , Tunique source de l'activité d'gQ mond^ji matériel et môme vital j supposé dorénavant passif.
>' 4'al d0j^ remarqué la tendance continue 4e telles explications à reqyer^er le dogme félichique de la Qi^té des espèces. Mais la résistapce naturelle du fatalisme primitif nous préserva toujours de cette immense aberration , dopt l'ascendant exceptiopnel ne se réalisa Jjjunais que çbex des esprits trop abstraits. Le conflit penRan0|it de ces deux influences aboutit partout à la transaction spontanée o\\ le fétichisme, organe naturel de la raison pratique, cède au ihéologlsmcj précurseur nécessaire de la rationalité th^riquoi la première origine de cbaque espèce d'après uqe métamorphose bumaine. Çn retour d'un tel hommage , Tinfluence divine se restreint à cette émanation absolue s et la propagation relative, seule importante au fond^ reste livrée aux lois ordinaires de Tbérédilé spéciale , de ma-^ nière à maintenir Tintégrlté des types réels.
Suivaqt cette explication du prmcipal conflit, le lecteur peut asse^ apprécier la conciliatiop générale qui s'établit^ sous le pqiftbéisme , outre la fatalité féticbique et la providence théologique. Celle-ci^ qui ne devint rétrograde que d'après la dégénération mopolt)élquej dirigea longtemps le progrès pendaiit que ce|lç-lii maintenait l'ordre, Quoique le théologisme^ réellement émané dv féticbisme , qe put jamais le supplanter radicar lement , il dut partqut le modlQer assez pour ébaucher, par la seule voie d'abord possible , le dualisme théorique entre l'homme et le monde et la réaction pratique de la volonté sur la nécessité.
Cette suffisante appréciation de la destination philosophique
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propre à la seeonde causalité doit mafnteiÉii êli^ JEsompIétée en caractérisant son influence scientifique. -^l
Pour la bien juger, il faut approfondir da?antagè le concours normal entre les deux sources , générale et spéciale , suivant lesquelles le polythéisme émana spontanément du léticUsme , d'après le chapitre précédent.
J'ai d'abord expliqué comment Textension continue de H contemplation abstraite suscita directement le polythéisme an sein de tout fétichisme. Les impulsions pratiques convergent avec les aspirations théoriques pour développer cetté^ tendance décisive. Car l'action et la prévision 03(^^1^^ également Que l'étude des événements prévaille sur celle dvs «êtres. Une telle disposition peut même introduire quelquefois le système indirect de la causalité sans que le système direct ait d'abord amené l'existence sédentaire et le sacerdoce astrolâmique , quoiqu'eltf ne doive ordinairement devenir suffisante que d'après ce double avènement. On concevrait ainsi , chez certains nomades , un polythéisme exceptionnel , qui ne proviendrait pas des influences dues aux polythéistes normaux.
Cet avènement direct et généra] de la seconde causalité concourt le plus souvent avec son essor indirect et spécial d'après l'astrolâtrie. Le sacerdoce surgi du culte céleste tend toujours à le faire prévaloir sur chaque adoration terrestre, en subordonnant aux astres tous les autres fétiches. De là résulte l'abus des influences sidérales , qui d'ailleurs systématisent la religion primitive d'après une hiérarchie des volontés fictives. Cet état final du fétichisme le rapproche déjà du polythéisme en habituant à faire partout prévaloir des êtres inaccessibles^ quoique visibles.
Quelque pouvoir qu'on attribue aux astres , ils ne sauraient pourtant dispenser toujours des dieux proprement dits, dont Tempire est plus étendu, surtout envers l'ordre humain. Les
^fittatipiies dlTint^ se d^^ent gradQellemeDt de leurs souches célestes 9 à mesure que le progrès combiné de rintelligence et ^e la sociabilité nous pousse à développer la synthèse absolue jusqu'au domaine mental et moral. Une telle extension devant bientôt absorber l'attention sacerdotale et l'instinct public, re8K>r des attributions humaines tend à dissimuler l'origine ma« térielle des dieux, quoiqu'elle reste toujours appréciable.
Malgré leur connexité normale , ces deux sources fétichiques diji polythéisme demeurent constamment distinctes. Elles peuvent même devenir opposées, quand le sacerdoce astrolâtrique a profondément iMTévalu, chez de vastes populMons, dont l'essor inteUectueï et social se trouve ralenti par un milieu trop favorable ou trop contralrCi Sans susciter aucun conflit, cette diversité d'impulsions se manifeste ordinairement d'après la tendance naturelle de chaque source à faire dominer son propre caractère.
L'f{rigine astrolâtrique des dieux y laisse dlrectenient prévaloir les attributions matérielles , tandis que leur souche universelle les destine surtout aux départements humains. Quoique ces deux classes de fonctlons.se trouvent toujours mêlées, l'Inégalité d'un tel alliage suffit pour indiquer la source prépondérante. Au milieu de ses sollicitudes humaines , chaque divinité principale fonde ordinairement sa puissance sur ses attributions extérieures, qui toutefois ne sont pas constamment célestes. Malgré que le caractère propre du théologlsme consiste à faire prévaloir l'homme sur le monde, la subordination fondamentale se trouvait tellement établie par le fétichisme, que le polythéisme put seulement la modifier.
On vit même des philosophes , trop exclusivement livrés aux spéculations les plus générales, concevoir les dieux comme entièrement étrangers aux aifaires humaines. Quoiqu'une telle croyance ne pût jamais devenir populaire , son seul avènement
110 ^ ftYlTËI» DB MLmQOB PeBITI¥|U
emfinne partout^ prépiuidértMe Mtiipe)|0 daa deitiiiattaBi QiatérieHM. Leuf aseendaBi te mant^ptie aussi d'après uae remarque inverse, sur la subalternitô des divinités qui n'avaient que des attributions liumaines ^ jus aucun oflBoe extérieur i comme furent l§s muses , ohei un peuple trop enelin pourtant à Isire prévaloir Tesprit. Néanmoins , les destinations terre^ If es modifièreqt tellement les influenees eélestes, que la prést-^ denee divtne se trouva rarement liée à Tastre prépondérant , qwqd Tastrolâtrie n'avait pas d'abord été fortement eonstituée d^iiprès m milieu favorable. En vpyant ope simple planète ea<r ractériser le prioeipal dieu de l'Occident antique , on doit pré-i sumer que le ooqfUt des ||eux impulsions y priva graduellement le soleil de son ascendant naturel jt^a|iak|ue ces révolutions rorc ligieuses w puissent guère laipser de traces historiques.
ia confusion résultée de la systématisï^tten monothéique n*em<> pêche pas de suivre jusqu'à nos Jours cette diversité nécessaire, spuvent poussée Jusqu'au contraste radical, entre les deu^ soncbes fétlchiques du poMhl|toe. On peut môme assurer qu'une telle dissembljmce s'est caractérisée davantage à mesurp que Fesprit podtif a mieux surgi. Gari^^il dut surtout se dévelapp^r sons i'impolsiop astrolâtrique , et, par suite, tendre h l^ïfx^ mw quand U grandit. A travers les équivoques chrétiennes, on distingue les deux acceptions religieuses du mot çi$l et de se^ dérivés , désignant à la fois Tensemble ie% lAilueppes sidérales et la providence du Dieu suprême. Tout te poëme de Dante manifeste clairement une teUe conneiUtéf
Itfais, eonvergentes ou divergentes, leg deux sources féti-
chiqucs du polythéisme secondèrent également , iiqus des aspects divers , son efficacité scientiliquet Çopformémemi à leur nature respective , l'une y facilita Ves9or direct et spécial des counaissaqces réelles , l'autre la préparation indirecte et gêné-
riiiQ de la pQsiiivité rs^ttowieUe* ViwpvMw capcrèt« du \Mo^
DTNAMIQin 1811411. ^ CnANTll HKHSltaU. 171
loglme astrelfttrtqm et la tenAmee abstraite dti polythéime miifenel se eomblDtoent ipoDtanémeiitj même pendaBt leurs conflits religieux ou civils ^ pour procurer à l'esprit positif ses deux principales qualités théoriques , la réalité complétée par la dignité. Quoique la synthèse finale puisse seule unir irrévocablement ees deux attributs ^ leur eofoiliation normale ftit heureuseinent préparée diaprés rinitiation polythéique. dette transition nécessaire développa partout les désirs de prévision , déjà liés aux besoins d'action, et fit aussi surgir les résultats fei0ntifiques qui pouvaient alors être obtenus.
Par sa racine universelle , le polythéisme étant issu de la contemplation abstraite , il dut naturellement (endre à la développer, soit en perfectionnant ses moyens^ soit en agrandissant son domaine. .■•
Sous raspe«|| logique , le polythéisme ftoilita profondément l'ensemble de VélalMiration théoriqi^, en fournissant à toutes lai^intelUgences des images éminemment propres à fixer leur attention habituelle sur les phénomènes généraux «ans ecmst^ dérer les corps particuliers. Gontrairemeint aux opinions dooto«» raies 5 je n'hésitepolnt à regarder la personnification des attrl<> buts comme a;^t longtemps été t>lus nécessaire à la science qu'à l'art; tant il nous est d'abord difficile de nous maintenir au point de vue^ritstrait De telles images oflRrent toujours des caractères accessoires qi* tendent à gêner nos méditations, surtout déductives, envers le principal phénomène. C'est pourquoi le vrai régiine scientifique se rapproche davantage des habitudes létichiques que des coutumes polythéiques } puisque, au lieu d'imaginer des êtres collectili, il emprunte directement ses Images abstraites aux corps observés, en écartant toutes les qualités étrangères à la destination théorique. Mais, quoique la science exige finalement une idéalisation soustractive et non additive , ce mode ne convenait point à nos premières
172 "^i^'-î**- IStstème
Dfi POUTIQUE POSITIVE.
abstractions, où nous devions surtout éviter l'indétermination.
On ne peut bien juger Tefficacité théorique des images polythéiques qu'en sentant toujours la destination^ purement préliminaire, des méditations correspondantes. Sauf en mathématique, aucune élaboration abstraite ne comporta de succès définitif, pendant toute rantiquUé. Ne pouvant encore découvdr les lois, Tesprit humain devait ^ sous la seconde causalité, Ijj^nrer seulement ses études décisives, en se dégageant de Ss, torpeur théorique par un essor universel et continu de nos "diverses spéculations essentielles. Or, les images polythéiques pouvaient 4|bide8 facttlter et propager un td exercice , plus inductif que déductif Le lien provisoire , que les observations devaient alors toouver dans les causes pour préparer les lois , aurait manqué de consistance sans ce secours spontané.
C'est ainsi que notre seconde enfance institua , par le polythéisme , le deuxième élément universel de la logique humaine ,
remploi des images afin d'assister l'éteboration des pe^^ées , qœ notre premier âge avait Irrévocablement foniBte sur la réaction mentale des sentiments. La nature concrète de Tidéalisa- Hion polythéique facilita directement la combinaison décisive de ces deux institutions spontanées. Il appartenait au monothélKne de compléter une telle préparation , en développant la logique des signes pour seconder les méditations, plus déductives qu'inductives , propres à notr^iadolescence. Mais l'inactivité primitive de ce troisième élément consolida le concours habituel des deux autres, tant que le langage ne dut être employé que pour sa destination directe et principale. Les aberrations spécialement résultées de Tabus des signes, chez les populations qui ne subirent pas suffisamment la préparation polythéique , confirment la nécessité de cette phase logique où les images se combinent avec les sentiments pour élaborer les pensées indépendamment des mots.
DYNAMIQUE SOCIALE. — CHAPITRE TBOMllIE. . 178
Une telle efficacité doit faire mieux juger riromense extension qfu'acquit graduellement le polythéisme^ quand le nombre des dieux, quoique très-inférieur à celui des anciens fétiches, 7 ^^nt presque aussi grand que celui des termes du langage usuel. En reconnaissant que chacun d'eux caractérisait un phénomène collectif^ ayant que les relations générales fussent aor cnnement appréciables, on sentira la frivolité des reproches vulgairement adressés à cette fécondité , depuis que Taveuglement monothéique empêcha de compr^^re l'antiquité. La prépondérance ultérieure des entités, sans être davantage accompagnée de notions réelles^ se trouva moins favorable à la consolidation, et surtout à la dissémination, de Texercice théorique.
Directement examina quant à la doctrine, le polythéisme universel ne semble pas comporter autant d'efficacité qu'envers la méthode, puisqu'il ne produisit, sauf en mathématique, aucupo acquisition décisive. Mais sa destination purement prépuî Litoirè explique également son influence théorique sous l'un et l'autre aspect. On lui doit partout Tessor initial de l'ensemble . des spéculations scientifiques , d'après l'homggénéité qu'il établit entre toutes nos pensées, et les liens provisoires qu'il four« nit à nos observations quelconques.
La première causalité , toujours bornée aux êtres, ne pouvait assez convenir à nos désirs généraux de pr^^ion, suscités par nos besoins d'action. Sous la seconde, relative surtout aux événements, on aspire partout à prévoir les volontés dirigeantes d'après l'observation assidue de leurs divers effets. La multiplicité des dieux resta toujours indispensable à cette destination théorïqûe , afin que les différences réelles fussent assez représentées. Si la concentration monothéique avait troptOt prévalu, notre préparation scientifique serait devenue impossible , d'après la confusion inhérente à la vague uniformité des explications divines.
ITA . firSTÈMB M POUtKSijB rOBITITB.
Pour mieux caractériser cette aptitude théorique da polythéisme^ je crois devoir ici la spécifier envers deux classes importantes de recherches générales ^ que la réprobation chré« tienne et mosohnane frappa d'nne avenir désuétude i dont le régime positif peut seul les relever.
Quoique les études météorologiques , en tant que concrètes ^ ne comportent Jamais un vrai succès théorique ^ Je regretterii toujours que les longues Investigations du sacerdoce anttqtte sur cet immense domaine aient entièrement succmnlié sous les divers pr^ugés ultérieurs» Sans pouvoir nous conduire à des prévisions générales ^ ces observations pëlythéiques auraient indirectement pertisctionné nos principales recherches ^hjûfques, et directement amélioré les lois ei^l^iriques que nous pou- VOUS seules découvrir envers de tels phénomènes. La stupidité des compilations modernes doit faire ^ à cel égard , apprécier davantage les conceptions illusohres qui dirigeaient el ioute* iiaient la persévérance sacerdotale» dont les efforts étaient^ th tonûf plus rationnels que ceux de nos prétendus météorologistesi
En second lieu, l'interprétation des songes instituait j sous lé polythéisme, une précieuse étude des phénomènes inteUectueki et moraux. Sans Tespoir chimérique de découvrir aind les volontés divines afin de prévoir les événements humains , on ne pourrait alors concevoir le lèle assidu qu'exigent des observa* tions aussi difficiles, tombées ensuite en désuétude, quand les prétentions ontologiques ont vainement remplacé les aspirations théologiques. La positivité rationnelle doit ranimer de telles spéculations, en y substituant le subjectif à l'objectif > pour étudier l'état intérieur au lieu du spectacle extérieur»
Ainsi transformée, la doctrine des songes comporte une véritable efficacité théorique, accompagnée d'une haute utilité pratique, en faisant mieux connaître les réactions cérébrales, et
DYNAïaQUB'êOGlÂLB. — CHAPITEB TROISIÈME. 17S
flrtme rhar^onie générale entre Fâme et le corps. Quoique te génie antique ne pût tendre directement vers ce double but, sa noUe constance dut souvent inspirer d'heureuses inductions én- ^ll cet éminent domaine ^ dont i'étude systématique était tant prématurée» %m vrais philosophes apprécient aujourd'hui lea aiefe-d>Qeufre mystiques du catholicisme, comme uniques suites d'obseirvitioDB, réelles quoique empiriques > sur l'ensemble de la Mture humahiei Mais» au même titre, on doit regretter da^ vantage les recueils polythéiques> où le but pratiqua '<ït l'in^'
. testigation dirigeait mieux la marche du sacerdoce ^ dont lel^ ^ tibrts furent d'ailleurs plus vastes et plus durablest
Pour les plus nobles phénomènes^ comme envers les plus dmplesi le polythéisme institua donc tine étude continue ^ à laqu|^ toutes les IntelUgebces participèrent activement^ et qui ■e &t Jamais remplacée Jttsquldi L'universalité de son bifluénce n'était pas moins précieuse quant à la doctrine qu'à l'égard do*
Hk Hiétiiode^ puisque les résultats vrabnent populaires i tant ttéoriques que pratiques, peuvent seuls affecter notre évolu» A iÊHk fondamentalei En multipliant partout les felatioij^ et fal« sant toujours prévaloir la destination homkfiie» tés conceptietei quoique/ouvent chimériques, préparèrent nécessairement notre régiflraji|mal , où la réalité finale des prévisions dogmatlquel; éonsoliac9|;développe leur utilité primitive.
Tandis qne le polythéisme, d'après sa source universelle, élaborait aimt l'essor théorique chei toutes les intelligences. Il tUraiti de sa racine astrolâtrique , une influence qui, quoique restreinte aux esprits cultivés, n'importait pas moins à l'en* lemble de l'inlUation humainei Cette impulsion spéciale produisit seule de vrais résultats scientifiques ^ qui , nécessairement bornés aux moindres spéculations » réagirent de plus en plus sur tout le système encyclopédique. Pour les bien apprécier, il faut d'abord préciser davantage le pas initial accompli par le féti-
if»'
176 SYSTÈME DE POUTIQUE POttlITE.
chisme , d'où procède l'esprit Mathématique , y compris son exercice astronomique.
Ce double champ primitif de la positivité rationnelle se borna lldijours au domaine numérique , plus simple et plus universel qu'aucun autre. A l'âge purement fétichique , l'arithmétique ne dépassa jamais la numération^ d'ailleurs connexe avec les opérations élémentaires^ et même avec les propriétés fondamentales des nombres. SI l'on remonte strictement Jusqu'au début de riniclation scientifique, on le voit constamment consister, pour l'espèce comme pour l'individu, dans l'humble théorème auquel don Juan réduit sa croyance. Telle est, en eiTet, la plus simple relation numérique qui ne constitue point une pure équivalence verbale. Malgré la prétendue évidence que nous pro* cure envers elle une intime habitude, notre enfaBCtt, individuelle ou collective , reste longtemps étrangère à cette première «acquisition abstraite, que l'instinct universel érigera toujours en type décisif de la démonstration positive. Sa réaction nécessaire sur l'ensemble de la raison humaine fait déjà senthr spontanément l'ordre fondamental^ tant intérieur qu'extérieur. Cette intime influence de nos moindres acquisitions Bcientifiques est même plus complète et mieux appréciable dans notre premier âge , où l'esprit élabore 4^van^gi| epn début théorique. ' *
Sous le pur fétichisme , le calcul numérique ne s'étend pohit an delà de la multiplication , sans excepter les cas naissants d'arithmétique céleste. On doit appliquer surtout à l'évolution collective la Judicieuse remarque de Condorcet, d'après l'esanr individuel, sur la théorie de la division, qui caractérise, de part et d'autre , un pas difficile et décisif dans notre initiation scientifique. Vu le brusque accroissement de complication qu'éprouve alors le raisonnement mathématique , la plupart des esprits cultivés succombent encore à cette épreuve théorique ; le cal-
DYNAMIQUE SOCIALE. — CHAPITRE TROISIËlfE. 177
cul fétichiqfiie est seul devenu pleioemeot universel jusqu'ici , comme le fut la religion correspondante.
L'institution de la division , nécessairement accompagnée des premières notions sur les fractions ^ appartient toujours à Tastrolâtrie, qui s'y trouve conduite par les cas célestes, tandis que jusqu'alors aucune exigence pratique ne suscitait un tel progrès. Il résulta surtout des opérations où l'on détermine les années propres aux diverses planètes d'après leurs révolutions synodiques, quand l'année terrestre ou solaire est d'abord connue. Mais, cette extension graduelle de l'arithmétique ^ soit purement fétichique ^ soit spécialement astrolâtrlque , ne doit jamais être séparée de l'essor spontané de l'algèbre, dont les premières notions surgissent de l'élaboration totale des questions correspondantes.
D'après cette base numérique , instituée par le fétichisme , l'esprit mathématique s'éleva, sous le polythéisme, à l'état géométrique, où résidera toujours son principal domaine. On ne pourrait pas même concevoir auparavant l'origine pratique de la géométrie, qui suppose d'abord l'appropriation personnelle des terres, résultée de l'existence pleinement sédentaire. Malgré l'importance historique d'une telle impulsion , il faut rapporter à l'astronomie, née de l'astrolâtrie , notre principal essor géométrique , aussi bien dès la première antiquité que chez les modernes.
Cette application théorique était seule propre à susciter une étude décisive des lois abstraites de l'étendue, ainsi liées au système religieux. Dans l'appréciation concrète, je répartirai ce progrès mathématique entre les divers régimes polythéiques. Je me borne maintenant à recommander , en général , d'y rattacher toujours l'essor corres(lbndant de l'algèbre , qui, vicieusement supposé provenir de sa seule souche arithmétique, doit davantage à sa racine géométrique. Sans cette
178 ftYftTÈME m POUTIQUE POSITIVE.
double émanation continue, on ne peut se former une juste idée de la nature, de la marche, et de la destination d'un tel calcul.
Quant an troisième élément essentiel, qui seul complète aujourd'hui le domaine mathématique en instituant ses principales relations encyclopédiques , il fut radicalement étranger à Tantiquité, sauf les germes partiels caractérisés au chapitre suivant Les conceptions fondamentales de la mécanique sont plus liées réellement à Taslronomie que celles de la géométrie elle-même. Elles ne pouvaient donc surgir que quand les théo* ries célestes comporteraient un tel progrès, nécessairement propre aux temps modernes , comme je l'expliquerai dans la suite.
Ainsi restreint, le champ scientifique de l'antiquité dut pourtant exercer , d'après sa position encyclopédique , une puissante réaction philosophique, que j'apprécierai surtout au chapitre suivant. Plus simples et plus générales que toutes les autres, ces conceptions numériques et géométriques, en se mêlant à nos spéculations quelconques , Introduisaient partout un sentiment décisif de l'ordre universel, dont elles dévoilaient les premières lois, à la fois logiques et physiques. Cet essor sul&sait déjii pour caractériser pleinement la méthode objec'» tive, émanée de Tastrolâtrie , d'après le chapitre précé* dent.
Même son concours final avec la méthode subjective, issue du pur fétichisme, se trouvait ébauché par le polythéisme sacerdotal. La sagesse théocratique consacrait également Iqs deux voies, en faisant prévaloir l'une pour consolider l'ordre et la dignité, tandis que l'autre lui fournissait l'instrument du progrès et la garantie d^la réalité. Néanmoins, leur accord Initial ne pouvant être systématique, il fut graduellement rempUoé par leur conflit nécessaire, d'où résulta la principale
<*A««ta
DYNAMIQUE SOCIALE. — UIAPiXaË TaOISIÈME. 179
dissolution du théologisme , et qui devait se prolonger Jusqu'à l'avènement décisif du positivisme.
Sans que la science polythéique comportât , hors du début mathématique» aucune acquisition complète et durable , Timpulsion correspondante produisit^ partout ailleurs ^ des essais persévérants^ plus utiles pourtant à la méthode qu'à la doctrine. On a trop oublié que l'ensemble de ce régime suscitait^ au sein du sacerdoce , une culture continue des diverses branches de la philosophie naturelle. Môme indépendamment des stimulations pratiques ^ la divinisation suffisait seule pour histituer , en tous sens , une suite assidue d'observations ^ ultérieurement utilisées, malgré leur destination chimérique. Les premiers recueils importants de faits physiques et de données anatomiques émanent respectivement de l'art des augures et de celui des aruspices. En contemplant aujourd'hui les observations scientifiques accomplies sous le régime, plus vicieux et moins excusable, des fluides classiques , un vrai philosophe comprend mieux l'efficacité supérieure des inspirations théoriques dues au polythéisme.
Une telle aptitude appartient même aux aberrations radicales vers lesquelles tendit la seconde causalité , quand elle s'efforça de systématiser la synthèse spontanée hdstituée par la première, en imaghiant partout des origines humaines. Quoique profondément erronée, sa conception passive de la matière pouvait seule seconder l'essor initial des lois naturelles , parce qu'elle écartait une activité déréglée, incompatible avec toute prévision rationnelle.
Ainsi se préparait confusément l'institution logique de l'inertie, sans laquelle l'esprit positif ne surmonterait jamais les premières difficultés de la science abstraite , comme on le voit surtout en mécanique, où l'on ne généraliserait pas autrement la moindre règle. Nos artifices théoriques consistent toujours, en
effets à douer successivement une substance , d'abord purement passsive , de toutes les propriétés qui constituent Texis* tence active que nous y voulons étudier, en écartant celles qui caractérisent une complication supérieure. Or, d'après les ten* dances fétichiques, un tel régime logique exigeait d'abord la préparation spontanée que suscitèrent les dispositions poly théiques.
En précisant davantage cette réaction théorique, on découvre même une véritable efficacité scientifique dans le dogme des métamorphoses , par lequel le polythéisme compromettait directement la fixité des espèces. Outre son influence philosophique, ci-dessus expliquée , pour poser l'homme eu contraste avec le monde , ce dogme tendit à perfectionnner la conception générale de l'ordre extérieur. Car le génie, nécessairement concret, du fétichisme fit d'abord attribuer aux substances une telle fixité qu'aucune transformation intime n'y pouvait ôtre conçue.
La variabilité purement arbitraire qu'introduisait le polythéisme était , en elle-même , plus dangereuse que cette absolue immuabilité. Mais, agissant sur le fond fétichique , le dogme polythéique ne pouvait assez prévaloir pour développer ses ravages théoriques. Sans altérer radicalement la fixité fondamentale , ce conflit la modifia seulement de manière à préparer graduellement sa régénération finale , où le relatif remplace rabsolu. Il devint la source historique de l'institution corpusculaire, expliquée, dans le chapitre suivcint, comme indispensable à l'essor décisif de toute la philosophie naturelle.
Telles sont les diverses propriétés scientifiques d'après lesquelles l'ensemble du polythéisme compléta, plus ou moins directement , sa principale destination intellectuelle , comme inaugurateur général du progrès théorique et pratique. Sa conciliation avec Tordre fondé sur le fétichisme ne put longtemps résulter que de la sagesse sacerdotale , comprimant sans cesse
des tendances subversives sous un culte continu du passé. Car le positivisme peut seul systématiser le concours permanent des deux Instincts , toujours opposés jusqu'ici , quoique également nécessaires, que le fétichisme et le théologisme durent consacrer successivement. Je ne pouvais donc apprécier assez le long office que remplit le sacerdoce polythéique envers une telle combinaison si je n'avais d'abord caractérisé suffisamment les principales influences dogmatiques , tant contraires que favorables. Voilà pourquoi j'ai dû surtout approfondir ici cette partie purement théorique d'une appréciation abstraite qui concerne pourtant un régime dont la destination fut essentiellement sociale.
Mais il faut maintenant insister beaucoup moins sur l'aptitude esthétique et l'efficacité pratique du polythéisme, qui me restent à caractériser sommairement avant d'aborder son examen moral et politique. Car elles deviendront respectivement, dans les deux chapitres suivants, l'objet naturel d'un jugement spécial, qui devra précéder alors l'appréciation concrète des régimes correspondants. Je dois Ici me borner, à leur égard , aux caractères généraux qu*elles présentent sous tous les modes polythéiques, et que l'état théocratique manifeste mieux qu'aucun autre , en tant que plus conforme à Tharmonle fondamentale de notre seconde enfance.
Ce double examen doit même être réduit maintenant à ce qu'exige le plein jugement des propriétés sociales du polythéisme.
D'abord, quant à son aptitude esthétique, le chapitre précédent'a déjà fait pressentir qu'on l'exagère beaucoup , en confondant les résultats avec les tendances. En lui-même, le fétichisme surpassait, à cet égard, le polythéisme, quoiqu'il ne
comportât point des productions aussi décisives, faute d'un suffisant essor social. La seconde causalité ne devint réellement
plus favorable à l'art qa*en développant davantage la vie publique , seule propice aux grandes inspirations esthétiques.
Âu fond y le dogme fétichique seconda mieux qu'aucun autre Fessor universel et continu du sentiment, source essentielle de tous les beaux>arts. Notre état final devra seul surpasser, sous cet aspect, notre premier âge, en systématisant la prépondérance du cœur, et transportant aux productions humaines l'admiration qu'inspirèrent d'abord les matériaux naturels. Quant à l'imagination proprement dite, qui concerne les moyens de Tari et non son principe, la prééminence du polythéisme sur le fétichisme fut plus apparente que réelle.
En effet, ses images purement fictives comportèrent moins de puissance esthétique que celles qui d'abord représentaient des êtres appréciables. Sous ce rapport encore, notre maturité se rapprochera davantage de notre première enfance que de la seconde. L'extension sociale manqua donc seule au fétichisme pour manifester assez son admirable aptitude poétique. On devra toujours déplorer que les grands états astrolâtriques du Mexique et du Pérou aient succombé sous la barbarie chrétienne avant d'avoir pu se développer, comme la brutalité musulmane avait déjà détruit ceux de la Malaisie, surtout à Bornéo. Sans cette double perte, les vrais philosophes et le véritable public auraient aujourd'hui de tout autres opinions sur la comparaison esthétique entre le fétichisme et le polythéisme.
Quoi qu'il en soit , il faut , à cet égard, reconnaître au dogme polylhélque une aptitude spéciale envers les images collectives. A la vérité , j'ai déjà prouvé que cette propriété convient davantage à la science qu'à l'art. Néanmoins , un tel privilège , spontanément résulté de la source abstraite du polythéisme , dut beaucoup seconder son essor esthétique , en permettant la personnification directe des êtres composés. Dans tous les cas de ce genre , l'art moderne se trouva toujours réduit à la vaine
DYNAMIQUE ftOCULB. -— GHAPITBB TROISIÈME. 183
imitation de Tantiquité , malerré la cbate des croyances d'où provenait la principale eflicacilé d'un pareil moyen. La synthèse finale comportera seule une digne reconstruction de ce puissant artlflce , lié profondément à l'ensemble du culte positif , en disposant à concentrer sur des types réels la meilleure représentation des existences collectives.
En appréciant Tlnflueûce esthétique qui fut vraiment propre au polythéisme, on reconnaît qu'elle consista surtout dans le développement unanime et familier de la vie subjective. C'est ainsi que l'ensemble de rinitiation humaine sera toujours redevable à notre seconde enfance d'une préparation sans laquelle notre maturité ne pourrait assez instituer son culte fondamental. Devant surtout vivre avec ceux qui n'existent plus ou qui n'existent pas encore^ Thomme avait besoin de s'y disposer par son intime association aux êtres invisibles.
Il dirigeait ainsi V apprentissage nécessaire des habitudes de reconnaissance et d'amour qu'il transportera désormais à l'ensemble de ses ancêtres et de ses descendants. Quoique la nature purement chimérique de ces êtres préliminaires dût beaucoup altérer l'efficacité morale de leur culte, la réalité qu'on leuf attribuait suffisait pour qu'une telle éducation n'avortât point On peut confirmer directement le besoin de ce préambule esthétique en observant les populations exceptionnelles que le polythéisme n'a point assez élaborées , d'après un trop prompt avènement du monothéisme^ beaucoup moins apte à diriger cette préparation.
Tel est le jugement général auquel je dois ici me borner envers l'aptitude esthétique du polythéisme. L'appréciation concrète caractérisera mieux la véritable influence exercée sur l'art par le culte et le régime propres à notre seconde enfance.
Quant à l'évolution active , il me suffira maintenant de juger
ISA &im:&M£ DE POLITIQCE POSITITB.
abstraitement l'impulsion décisive que dut lui procurer le système indirect de causalité.
En considérant d*abord l'activité paciOque, dont Tessor, alors subalterne y mais toujours nécessaire , prépara sa prépondérance finale , on reconnaît aisément combien le polythéisme lui fut favorable. Car il instituait autant ramélioration pratique que le perfectionnement théorique^ en appelant directement l'homme à modifier le monde, que le fétichisme respectait trop. Quoique cette action restât toujours subordonnée à la puissance des dieux , leur intervention normale ne comportait point alors les dangers d'apathie qu'elle suscita depuis , surtout sous l'optimisme monothéique. Leurs volontés constituaient d'ailleurs l'unique garantie religieuse de Tordre fondamental, que le fétichisme avait seul consacré directement, mais sans lui laisser ensuite d'autre appui qu'un insuffisant fatalisme. Conduits , dès lors, à traiter la matière comme passive, nous aurions exercé sur elle une activité destructive, si nous l'avions d* abord jugée modifiable autrement que sous l'impulsion divine.
Tout en réglant ainsi notre énergie , cette suprême dominalion, loin de nous disposer à l'inertie, nous inspirait habituellement les plus nobles efforts. L'inconstance et la multiplicité des dieux nous préservaient assez de la torpeur que pouvait susciter une confiance exagérée dans leurs secours. Sans leur irrésistible assistance, l'ignorance des lois matérielles aurait trop entravé notre intervention naissante. Ave&un tel appui, l'homme conçut l'espoir d'exercer sur le monde un empire illimité , dans le temps même où sa puissance réelle était le plus restreinte. Quoique pouvant devenir finalement dangereuses , ces illusions furent longtemps nécessaires à notre éducation industrielle, essentiellement due au polythéisme.
Le fétichisme l'avait dignement préparée, en déblayant le théâtre humain, disciplinant les animaux associables, et fai-
DYNAMIQUE SOCIALE. — - CHAPITBE TI0I9ltaiE. 1S5
sant préyaloir rexistence sédentaire. Sar ce triple fondement, le polythéisme éleva directement l'admirable construction pratique qui, jamais interrompue ensuite, est graduellement devenue, d*après un concours universel, la garantie générale de notre sécurité matérielle , et môme de notre dignité morale. Alors commencèrent , pour grandir sans cesse , les précieuses accumulations par lesquelles chaque génération humaine se subordonne à la précédente et prépare la suivante» comme je l'expliquerai davantage dans l'appréciation concrète.
Telle fut la destination capitale du polythéisme envers cette activité qui , malgré son invariable nécessité , repousse longtemps tout vrai caractère collectif, sauf les efforts, admirables mais insuffisants, de la sagesse théocratique, afin de l'ennoblir autant que possible. Quant à celle qui , par sa nature, devient immédiatement sociale , il suffit ici de juger Taptitude générale de notre seconde enfance à cette préparation décisive , spécialement appréciée dans l'un des chapitres suivants.
Sous ce rapport, comme sous l'autre aspect, le préambule fétichlque devait seul permettre le développement polythéique, mais sans pouvoir en dispenser. Résumé par sa terminaison sédentaire , il inaugura, sous Tastrolâtrie , Tessor militaire qui devint le principal résultat du polythéisme. Alors des luttes stériles aboutirent graduellement au système de conquêtes qu'exigeait l'ensemble de rinitiation humaine , et qui ne pouvait autrement surgir.
Une existence habituellement sédentaire est , en effet , indispensable à toute efficacité guerrière , autant chez le vainqueur qu'envers le vaincu. Car l'incorporation successive des populations humaines autour d'un noyau convenable resterait illusoire, ou même deviendrait impossible, sans l'adjonction correspondante de leurs territoires à la cité centrale. Les tribus non domiciliées ne sont pas plus susceptibles de conquérir que
186 STftTÈMB DB POLITIQUE POSITIVE.
d'6tre conquises. Mâlgfré leurs hostilités habitaelles, la gfuerre n'7 trouve jamais sa vraie destination sociale. Ainsi la préparation fétichiquc n'importa pas moins à l'essor militaire qa'au développement industriel.
i,.. Mais, d'après cette base nécessaire, le polythéisme convenait
seul au système de conquêles''qu'll dirigea partout. Car, aucun autre anode de la religion absolue ne s'adaptait assez à l'incorporation militaire. Le fétichisme s'y refusait comme trop dispersif, sauf sous Tastrolâtrie finale. D'une autre part, le monothéisme l'aurait repoussée par une excessive concentration. C'est uniquement dans le polythéisme que se trouvent admirablement conciliées l'énergique nationalité du culte conquérant et le digne accueil des cultes conquis. Entre rexter* mination fétichique et la dégradation monothéique , l'adJonC" ' tion polythéique institua donc la seule issue qui pût permettre
un essor décisif aux vastes incorporations qu'exigea d'abord l'ensemble de rinltiation humaine.
Cette aptitude fondamentale du polythéisme se trouva complétée par sa tendance à consacrer la grande institution privée sans laquelle notre vie publique ne pouvait suflQsam'ment surgir.
Quoique l'esclavage antique ait été commun aux populations Industrielles et aux nations guerrières, on doit surtout Tapprécier envers celles-ci. Outre que sa source fut essentielle* ment militaire , telle dut être principalement sa double destination sociale. Chez les anciens, comme parmi les modernes, il tendit toujours à dégrader également le maître et le sujet, quand il s'appliquait aux cités pacifiques, en déterminant rinertie de l'un et l'oppression de Taulre.
Mais, à titre d'institution militaire, il devient, au contraire, profondément salutaire à tous deux, en permettant seul leur essor respectif. Sans cette base privée, les guerriers ne pou-
DYNAMIQUE SOaàLE. — CHAPITBK TBOISIÈIIE. 1S7
valent assez développer leur activité collective , ifocompatlble avecles préoccupations industrielles. D'une autre part, le travailleur peut ainsi cultiver^, sous un patronage jamais hostile» Tunique activité qui lui soit propre y et d'où surgira sa libération finale 9 comme Jadis il y trouva sa garantie personnelle. Ces deux tendances générales de l'esclavage antique durent toujours coexister, quoique leur essor décisif ne put être simultané.
Le fétichisme avait spontanément préparé cette institution nécessaire , davantage même que la conquête correspondante , depuis que les vainqueurs pouvaient enfin utiliser les vaincus au lieu de les détruire, d'après un suffisant essor industriel. Sa prédilection caractéristique envers l'existence privée y permit à l'esclavage de manifester déjà sa touchante tendance fi compléter la constitution domestique en la liant à l'état civique, suivant une digne extension de la famille.
Mais le polythéisme devait seul développer la double destination sociale d'une telle institution, pour permettre la domination des guerriers et l'éducation des travailleurs. Son privilège à cet égard résulte des mêmes motifs essentiels qu'envers la conquête , en y rendant itttiividuelle leur application d'abord collective. Le dogme polythéique était exclusivement propre à consacrer dignement l'autorité du maître et la soumission du sujets en leur permettant habituellement un rapprochement hiérarchique. Incompatible avec l'inflexibilité monothéique, qui ne comporte que l'oppression ou l'alTranchisseroent.
Ayant ainsi terminé l'appréciation , d'abord et surtout théorique, puis esthétique, enfin pratique, de l'ensemble du polythéisme, je dois compléter son examen abstrait en jugeant directement ses propriétés afTeclives ou sociales, principale source de sa destination historique.
Sous ce rapport, plus qu'à tout autre égard, il faut préala-
blement déterminer jasqu'où le fétichisme, malgré son insuffisance politique, avait déjà conduit l'initiation humaine. Or, pour le mieux caractériser, je crois devoir d'abord définir davantage Tensemble de notre évolution sociale. C'est Tunique moyen de bien apprécier la transition nécessaire que le polythéisme put seul diriger dans l'éducation fondamentale des sentiments humains.
Une telle préparation , individuelle ou collective , doit offrir successivement trois phases distinctes , respectivement destinées à Tessor décisif de dos trois instincts sympathiques , d'abord rattachement , puis la vénération , enfin la bonté , graduellement relatifs à des liens de plus en plus vastes. Il est irai que nous développons simultanément ces trois affections, d'après nos rapports continus avec nos égaux, nos supérieurs, et nos inférieurs. Mais l*exercice de chacune d'elles ne peut devenir décisif qu'autant qu'elle prévaut sur les deux autres.
Or, cette prépondérance normale suit naturellement le cours des âges, personnels ou sociaux, à mesure que surgissent l'intelligence et l'activité. Notre première enfance constitue l'attachement, aussi conforme à notre dépendance qu'à la restriction et à rintimité de nos relations. Dans la seconde, la vénération domine, parce que nous apprécions mieux les liens, tandis que notre pouvoir reste insuffisant pour nous affranchir. Enfin , notre adolescence fait prévaloir la bonté , d'après le sentiment simultané de notre indépendance et de la protection que nous pouvons exercer. Telle est nécessairement notre marche morale , qui , pour l'espèce , comme envers l'individu , ne comporte que des altérations exceptionnelles, toujours plus apparentes que réelles.
Nettement indiquée par la théorie positive de la nature humaine, cette succession normale se trouve pleinement confirmée dans le cours général de l'évolution sociale. Les trois
DYNAMIQUE SOGULK. — GHAPITBB TROISIËMB. 189
âges propres à rinitiation collective concordent exactement , sous ce rapport^ avec ceux de la préparation individuelle. Ainsi, le félichisme dut surtout développer rattachement, le poly« théisme cultiver la vénération, et le monothéisme ébaucher la bonté. D'après cette triple base, le positivisme institue maintenant le concours final des trois sympathies successivement élaborées par un essor décisif. La nécessité d'une telle marche devient plus prononcée envers l'espèce que pour l'individu , parce qu'on y saisit mieux l'çnchalnement des diverses phases et Vextension des liens correspondants. «
Le chapitre précédent explique assez l'aptitude caractéristique du fétichisme à fonder notre existence morale, en constituant spontanément la famille humaine. Quoique les deux autres âges préliminaires aient dû perfectionner cette vie privée , ils n'ont pu l'affecter qu'indirectement , d'après les réactions , théoriques ou pratiques, exercées sur elle par la vie publique, dont le développement leur était réservé. Jusqu'à l'avènement de notre état normal, le premier régime humain fut le seul propre à consacrer pleinement l'existence domestique , en faisant directement prévaloir les sentiments sur les pensées, et même sur les actes. Voilà pourquoi les dignes âmes ne regretteront jamais qu'un tel préambule ait plus duré qu'aucun autre, comme le prouve sa persistance actuelle. Sans cette longue préparation, le fondement nécessaire de toute notre sociabilité ne pouvait pas être assez établi pour résister aux secousses de l'anarchie moderne.
D'après le volume précédent , l'existence domestique cultive simultanément nos trois instincts sympathiques, du moins quand elle est complète. Toutefois, elle tend davantage à développer l'attachement, surtout lorsqu'elle se réduit au lien fondamental. Malgré l'inégalité des âges, les relations s'y trouvent trop intimes et trop restreintes pour comporter un essor décisif de la
vénération et de la bonté. Ce double complément de notre apprentissage moral exige des liens pins étendus et moins in* tenses , où l'exercice de ces sentiments devienne volontaire. La vie civique, admirablement développée par le polythéisme, pouvait seule instituer envers la vénération une préparation équivalente i^ celle de rattachement sous le fétichisme. Enfin, le monothéisme devait, k son tour, quoique moins profondé* ment, achever cette Initiation affective, en nous disposant spécialement à la bonté , d'après ses aspirations caractéristiques k l'universalité , réservée pourtant au positivisme.
Suivant une telle théorie , à la fois statique et dynamique , la mission sociale du polythéisme se trouve assez déterminée pour qu'on puisse le juger dignement, sans lui demander aveuglément des aptitudes qu'il ne comportait pas. Il fut destiné surtout à développer en nous l'activité , quand le fétichisme eut assex exercé le sentiment, afin que le monothéisme fit mieux surgir l'intelligence. Cet âge dut donc avoir essentiellement en vue la cité , comme le précédent la famille , et le suivant l'église. Ainsi Texigeait la constitution graduelle de notre véritable unité , tant collective qu'individuelle , consistant toujours à vivre pour autrui.
Cette tendance fondamentale de l'humanité ne peut être assex caractérisée qu'en se rapportant surtout à nos successeurs quelconques. Nous devons aimer et seconder nos contemporains comme des collaborateurs plus directs et mieux appréciables dans Tœuvre universelle et continue qui rattache l'ensemble de l'avenir à celui du passé. Mais chaque grande âme travaille toujours pour la postérité, sans se trop préoccuper da présent.
Une telie disposition n'est pas moins sage que noble, puisqu'elle nous place devant les seuls juges vraiment compétents, tandis qu'elle purifie nos sympathies en les dirigeant vers des
DYNAMIQUE 30CIALJS. -^ CBAPITAS TBOISIÊIIE. 191
êtres qui n'existent pas encore. Elle institue aussi l'uniqne ga*rantie des bommes et des peuples coutre les aberrations pro^ près au genre d'égolsme le plus éminent et le moins discipU^ nable. Car, la vanitéi le mieux nommé de tous nos pencbants, comme seul manquant son but par cela même qu'il y tend trop, n'exercerait jamais des séductions vraiment dangereuses, si nous avions surtout en vue un jugement qui ne peut davantage être corrompu qu'éludé. Sans dédaigner Testime actuelle de ceux qui nous en inspirent , nous devons donc appliquer toujours k la postérité le principal exercice de TaUruisme.
La saine unité morale ne fut jamais comprise autrement, quoiqu'elle ne puisse être systématique qu'aujourd'hui. En eU% jTet, toute noble existence se rapporta spontanément ^ la pos* térité. Mais une (elle destination ne peut se développer qu« graduellement, en suivant l'extension naturelle de notre conU-^ nuité, d'abord purement domestique, puis essentiellement civique, enfin pleUiement universelle, aux trois Ages correspondants de Vinitiation humaine.
Un féticblste travaille surtout pour sa propre postérité, ce qui dirige suffisamment la seule existence morale qui puisse alors surgir. En devenant polylbéistes, nous avons principalement en vue notre postérité civique, d'après une activité col*' lecUve dont les résultats ne sont réalisables qu'envers l'en-* semble de nos successeurs nationaux, Mais 1q monothéisme, précurseur immédiat du positivisme , fit assex pressentir TunU versalité finale pour consacrer déjà chaque grande élaboration , même purement spontanée , à la postérité générale , vers laquelle seule tout peut réellement converger.
D'après cette triple préparation, le principe de Taltruisme ob" tient, dans la systématisation normale, l'extension compatible avec l'ensemble de nos fatalités , en rapportant toujours au vrai Grand^Être une existence quelconque, tant collective
192 STSTÈMB DB POLITIQUE POSITITE.
qu'individuelle. La nature constamineDt relative de la religiou finale préserve nos sympathies de Faltération qu'y susciterait leur caractère absolu. Un sentiment continu des profondes imperfections de Tordre universel nous empêche de trop déplorer que nos affections bienveillantes se trouvent, hors de notre espèce, activement restreintes aux races que nous pouvons discipliner.
Pour achever de caractériser cette marche générale de notre sociabilité, je dois ici noter comment chaque phase y dérive de la précédente ou tend vers la suivante. £n effet» la domesticité ' fëtichique dispose au civisme polythéique , non-seulement d'àl^rès une préparation nécessaire de nos affections, mais aussi "* sous Timpulsion directe du genre de personnalité qui souille le premier degré d'altruisme. Car, la pleine constitution de la famille y suscite un égolsme collectif qui , dans l'âge suivant , entraîne chacun à faire graduellement prévaloir les siens.
Malgré leur impureté naturelle, ces affections concourront toujours, quoique de moins en moins, au développement de l'existence civique , dont la consolidation initiale leur fut essentiellement due. J'expliquerai ci - dessous comment elles s*ennoblissent chez les familles qui dominent assez leur cité pour aspirer à la faire collectivement prévaloir. C'est ainsi que l'affection domestique se transforme spontanément en un véritable patriotisme , auquel les liens privés peuvent toujours se subordonner dignement.
Une dernière extension de la sociabilité préparatoire s'accomplit, à son tour, de la même manière , quand la domination civique s'agrandit assez pour faire habituellement entrevoir l'universalité finale des relations humaines. Quoiqu'un tel empire résulte d'abord d'affections collectives profondément hostiles aux autres nationalités, il développe ensuite notre vraie philanthropie Jusqu'alors engourdie par des rapports trop cir-
conscrits. La sagesse tbéocratique et rinstinct guerrier convergent spontanément vers ce nobie terme de la préparation affective , que toute grande âme pressentit dès notre début , en aspirant toujours à l'harmonie morale, incompatible avec l'essor initial de Taltruisme sous Tégolsme.
Jusqu'à ce que notre état normal ait assoc combiné les trois aspects essentiels de notre nature, les trois phases correspondantes de notre éducation se trouveront personnifiées par les trois variétés propres à notre espèce. En effet, la race noire, la race jaune, et la race blanche, sont surtout caractérisées d'après leurs prééminences respectives envers le sentiment, l'activité, et rintelllgence. Cette diversité concorde chez elles avec une prédilection plus prononcée et plus durable pour le fétichisme^ le polythéisme, ou le monothéisme, qui successivement y développent davantage l'union domestique , le concours civique , ou l'harmonie religieuse. Résulté d'abord du contraste statique de nos trois races , ce contraste dynamique tendit ensuite à le consolider. Mais l'universel ascendant de la religion positive dissipera finalement cette double source de différences provisoires, d'après une fusion, à la fois spontanée et systématique, qui perfectionnera l'ensemble de notre constitution cérébrale.
La théorie sociologique que je viens de compléter sera fréquemment appliquée dans tout le reste de ce traité. C'est pourquoi je devais ici saisir une occasion normale d'en eiposer l'ensemble, qui ne pouvait être mieux apprécié que d'après un cas aussi décisif! Il faut maintenant l'utiliser spécialement pour juger l'office social qui caractérise le polythéisme.
Dans leur participation successive à notre éducation morale, nos trois âges préliminaires ne présentent point une égalité d'aptitude envers leurs missions respectives. Le monothéisme, qui dédaigna les deux modes antérieurs, et proclama
sa propre supériorité , fut ^ à tons égards y le plus défectueux des trois pour raccomplissement de sa destination y comme le prouvera son examen spécial. Mais le polytiiéisme^ qui sut toujours respecter ses antécédents feticiiiques, conduisit dignement la partie correspondante de Tinitiation humaine > quoique l'âge précédent eût mieux rempli sa vocation fondamentale.
Suivant la théorie que je viens d*établir , la seconde phase préparatoire devait surtout instituer la cité par le développement de la seule activité collective qui pût d'abord surgir. En se liant à la première qui constitua la famille, elle permit à la troisième de fonder l'église. Cette destination essentiellement civique du polythéisme exigeait spécialement une culture universelle et continue de la vénération, principale base de toute vraie discipline.
Telle est la part échue à cet âge dans l'ensemble de notre éducation morale. Ainsi jugé, le polythéisme paraîtra très-satisfaisant. Il perfectionne réellement la famille, mais seulement d'après la réaction exercée sur elle par la cité. De même , il ébaucha souvent Téglise » en suscitant une harmonie religieuse entre des peuples politiquement isolés. Mais ces deux influences accessoires ne peuvent être convenablement examinées que dans l'appréciation concrète des cas correspondants.
En concentrant ainsi le jugement abstrait de la sociabilité polylhéiquc sur son office caractéristique , sans aucune condition superflue ou prématurée, on la trouve admirablement propre â développer la vie publique ,* à laquelle le fétichisme ne s'adapta que dans sa terminaison astrolâtrique. Cette vocation spontanée de la seconde causalité résulte surtout de sa double tendance à faire simultanément surgir une suffisante communauté de croyances et de véritables autorités spirituelles. Quoique l'astrolâtrie eut directement ébauché ces deux progrès
DTKAMIQUE SOCIALE. •— GHAPITEE TROISIÈME. 495
connexes, Ils ne purent s'accomplir assez que d'après l'extension de la religion absolue jusqu'à l'ordre humain, ce qui constitue le principal caractère du polythéisme.
La préférence habituelle que Tantique sacerdoce accordait à Tétudede l'homme sur celle du monde ne doit pas être essentiellement attribuée à son instinct dominateur. En appliquant surtout à ce noble objet la seule doctrine qui fût alors possible, il satisfit à la fois nos tendances théoriques et nos impul slons pratiques. Pour diriger la vie civique , il fallait bien que le dogme tendu principalement vers les phénomènes humains.
Quand le progrès matériel eut conduit l'âge fétichique jusqu'à l'institution des vieillards, ces précurseurs spontanés des prêtres purent longtemps exercer ^ d'après le seul empirisme, les attributions spirituelles qui leur échurent graduellement Car, elles ne dépassaient point le gouvernement domestique, exclusivement développable alors , et pour lequel les femmes avaient déjà recueilli d'utiles préceptes. Mais la direction des cités exigeait habituellement une étude dogmatique^ à la fois populaire et sacerdotale, que le polythéisme put seul fonder.
Aucune théorie réelle ne pouvait surgir envers de tels phénomènes, en un temps où la posltlvîté rationnelle se bornait nécessairement aux premiers rudiments mathématiques et astronomiques. Il fallait donc que la spontanéité théologique suppléât alors à Tinsuffisance scientifique pour un domaine dont l'esprit positif se trouvait séparé par les longs et difficiles préambules qu'exigeaient l'ordre matériel et l'ordre vital. Sans cette issue mentale, l'essor social devenait impossible, et la .prépondérance spontanée du sentiment eût indéfiniment prolongé l'état fétichique.
Pour mieux caractériser une telle connexité, je dois ici noter que l'initiative théologique fut plus nécessaire aux études sociales qu'à toutes les autres, non-seulement vu leur complica-
tien supérieure et leur dépendance normale envers Tensemble des précédentes 5 mais aussi d*après un motif qui leur est propre. Il consiste en ce que l'observation n'y peut longtemps trouver un champ suflOsant ^ en sorte que la théorie demeurerait impossible y quand même l'esprit y serait assez disposé; tandis que, partout ailleurs, les phénomènes existent toujours, et n'attendent que de dignes contemplateurs. En appréciant la portée générale d*une telle condition spéculative , on reconnaît 5 pour la sociabilité , comme je Tindiquai précédemment quant à rintelligence , que Taccomplissement total de rinitiation humaine pouvait seul fournir un spectacle décisif à nos méditations supérieures. Cette conviction spéciale doit faire davantage respecter la persévérance du sacerdoce antique à développer sociologiqucment le dogme polythéique. Elle manifeste aussi l'ingratitude et la frivolité des accusations d'hypocrisie systématique inspirées à la critique moderne, qui pourtant admet la sincérité des explications théologiques envers des phénomènes moins compliqués.
La philosophie absolue pouvait ébaucher cette extension décisive sans instituer le polythéisme proprement dit Car la dernière phase fétichique y parvint en étendant jusqu'à l'ordre humain l'ensemble des influences célestes. Mais cette voie astrolâtrique n'était pas moins arbitraire que la marche polythéique, d'ailleurs plus directe et plus large, en même temps que plus spontanée et plus populaire. Toutefois, la préférence que mérita celie-ci ne fit jamais abandonnée celle-là, soit chez le public, soit surtout au sein du sacerdoce. En effet, la sociologie astrolâtrique se liait mieux au passé comme à l'avenir ^^ en consacrant le fatalisme fétichique et favorisant l'essor positif. Réciproquement, la sociologie polythéique convenait davantage pour diriger le présent, surtout en développant la vénération civique. Quand la destination pratique tressa de
OYMAMiQU£ SOCIALE. — CHAPITRE TROISIÈME. 197
contenir leur rivalité» la première survécut seule» en se prolongeant sous le monothéisme , jusqu'à l'approche du positivisme.
Malgré cette durée supérieure du mode le plus ancien , les motifs indiqués ci-dessus prescrivent de rattacher surtout au polythéisme proprement dit l'extension de la causalité jusqu'à Tordre humain» finalement devenu son principal domaine. La concentration monothéique ne pouvait d'ailleurs convenir autant à la destination sociale d'une telle synthèse. Carie cœur et l'esprit devaient mieux accueillir une noble hiérarchie de divinités indépendantes que l'arbitraire domination d'un seul dieu.
Quoique la cité divine ne pût que refléter l'association humaine, elle en consacrait la constitution spontanée, et disposait à la systématiser. La conciliation fondamentale entre Tindépendance et le concours se trouvait admirablement sanctifiée par Texemple continu des dieux eux-mêmes; Cette salutaire pluralité neutralisa longtemps le caractère égoïste inhérent à la source purement icdividuelle de toute philosophie absolue. Il ne se développa pleinement que d'après la systématisation monothéique» qui dut pousser chaque croyant à ne s'associer directement qu'avec son dieu. Le monothéisme fut ainsi conduit à nier dogmatiquement Texistence naturelle des instincts sympathiques» tandis que le polythéisme les embrassa, du moins implicitement» dans son uniforme consécration de nos penchants quelconques.
Ces inductions suffisent ici pour caractériser abstraitement une aptitude que Tensemble de l'appréciation concrète fera profondément ressortir. Je dois d'ailleurs m'abstenir maintenant d'explications spéciales envers les deux propriétés sociales qui seules furent assez senties jusqu'ici dans la religion de notre seconde enfance.
On ne saurait contester sa tendance générale à consacrer
108 SYSTÈME DS POUTIQUE POSHIYB.
spontanément les autorités hamaines , qui ne peuvent désonnais remplacer sa sanction Ihéocratique , irrévocablement épuisée , qu'en recevant du positivisme l'investiture sociocratique. Mais on méconnaît aujourd'hui la supériorité normale du polythéisme sur le monothéisme envers une telle consécration, qu'il permit seul de rattacher habituellement à la filiation divine des chefs humains; Quoique cette intensité de sanction dût souvent inspirer à ceux-ci des prétentions tyranniques, elle fut profondément salutaire à Tensemble des sujets , qui ne pouvaient d'abord cultiver autrement Tinstinct de la vénération^ en surmontant assez l'énergique prépondérance de la personnalité primitive.
L'aptitude du polythéisme à seconder la discipline humaine par de puissants moyens de récompense et de punition exige id peu d'éclaircissements. J'y dois pourtant noter aussi sa supériorité 5 plus prononcée encore ^ sur le monothéisme 5 qui , restreint à la vie future , se trouva conduit aux plus dangereuses exagérations. Le polythéisme 9 au contraire , quoiqu'il retendit davantage 9 se rapportait surtout à l'existence réelle, dont l'état fictif ne constituait que le développement, du moins dans les croyances populaires , seules importantes à cet égard. Mais sa prééminence devient plus sensible en considérant sa discipline comme aussi propre à récompenser qu'à punir. Tandis que le monothéisme n'agit essentiellement que par la terreur, le polythéisme attira les hommes au service de l'Humanité, d'après la noble perspective de leur propre apothéose , dignement appliquée tant que la prudence théocratique prévalut sur la brutalité guerrière.
Voilà les aperçus secondaires qui complètent mes indications principales envers les propriétés sociales du polythéisme. Son appréciation abstraite se trouvant ainsi terminée, je dois consacrer la seconde moitié de ce chapitre et l'ensemble des deu 8ot?aiits à l'examen concret des di?ers régimes qu'il corn-
porta. Gela m^oblige à motiver d'abord lear distinclion générale en deux classes essentielles , où le polythéisme tend toujours vers sa destination historique, soit qu'il reste conservateur sous la domination sacerdotale^ soit qull devienne progressif par la prépondérance militaire.
Une telle différence ne peut être bien appréciée qu'après avoir assez caractérisé la nécessité générale qui détermina, dans tout régime polytbéique , la confusion normale de Tauto*rite spirituelle avec le pouvoir matériel » malgré la constante diversité de leurs sources spontanées.
Respectivement issues de Tintelligence et de l'activité , ces deux puissances ne peuvent jamais coïncider pleinement, quoique leur séparation doive toujours se manifester davantage à mesure que la civilisation se développe. Le simple gouvernement domestique les distingue déjà, du moins depuis Tinstitu- Uon des vieillards. Même avant ce pas décisif, Fintervcntion féminine, malgré sa nature essentiellement affective, indique les premiers germes de riniluence spéculative destinée à modérer la domination active.
Ces deux puissances concourent à fonder les cités, en réunissant les familles, l'une par un même culte et des fêtes communes , l'autre d'après une activité collective , à la fois offensive et défensive. Mais cette institution , essentiellement due au polythéisme, quoique née sous l'astrolâtrie, manifeste déjà la rivalité naturelle entre l'autorité théorique et le pouvoir pratique^ qui se disputent toujours la prééminence sociale. Leur caractère également absolu doit même rendre alors leurs luttes plus profondes qu'elles ne pourront le devenir sous le régime relatif.
Voilà pourquoi, dans toute l'antiquilé, Tharmonie civique ne peut s'établir et subsister que d'après l'entière subordination de Tune de ces puissances à l'autre, quoiqu'elles ne pussent jamais se trouver vraiment réunies chez des che£s identiques.
Leur pleiae indépendance ne convient réellement qu'à l'ordre tnoderae, où meine elle devient autant Inévitable qu'Indispensable. Mais la doctrine tbéologique et l'activité militaire y replient pareillement, en inspirant toujours une égale tendance à la domlnatloD totale.
Organe reconnu des êtres surnaturels, le sacerdoce antique dut constamment aspirer ii commander, sans pouvoir jamais se borner à conseiller. Sa nature absolue ne lui permit d'accepter l'office consultatif, qui pourtant convient seul aux théoriciens > que quand l'empire lui Tut Interdit. Loin de se soumettre volontairement à la domination militaire, il tendit spontanément à la ruiner, en faisant prévaloir une activité pacifique.
En même temps, les guerriers ne devaient pas moins aspirer à leur pleine suprématie sociale , sans laquelle aucun système de conquêtes ne pouvait se développer. Confiants dans l'indépendance naturelle dn pouvoir pratique , ils s'honoraient alors de diriger la seule activité qui comportât un caractère coliectit Leur soumission aux prêtres dut toujours leur sembler asses dégradante pour qu'ils ne pussent jamais l'accepter qae d'après une situation Insurmontable.
Malgré ces conQits conllnus, patents on latents, l'eilstence civique détermina, dans l'un ou l'autre sens, une snbordlnatlon nécessaire !i son harmonie.
Les théoriciens devaient reconnaître qu'une application permanente au gouvernement pratique pouvait seule préserver le tbëologisme des divagations arbitraires inhérentes à sa nature absolue et fictive. Quoique fiers de leur supériorité mentale, ils sentaient confusément qiie riutelligcnce ne peut suffire pour associer bnl>l(UL'llciiieiit les familles, quand une activité commune ne nmiiilient pas l'union civique. Ils devaient donc apprécier l'essor guerrier comme seul propre k propager asses l'iiolorité sacerdotale.
DYI^AMIQUE SOCIALK. -^ CHAPITRE TROISIÈME. 201
D'une antre part^ les praticiens les moins disposés à goûter les conseils théoriques ne peuvent jamais dédaigner une consécration spirituelle. La guerre exige toujours une étroite discipline, d'autant plus intense que les expéditions deviennent plus fréquentes et plus lointaines. Or^ sans renoncer aux influences matérielles , les chefs militaires reconnaissent bientôt que leurs meilleurs titres personnels ne sauraient les dispenser ^e la sanction religieuse pour déterminer une obéissance qui ne peut suffire et durer qu'en restant honorable et devenant sacrée.
Telles sont les impulsions respectives qui finissent par instituer une longue alliance entre deux pouvoirs hétérogènes et même antipathiques. Malgré Taflinité mutuelle des commandements indiscutables et des croyances indémontrables^ la guerre et le théologisme parviennent tardivement à cette coalition civique. Leur harmonie ne peut s'établir que d'après une situation tellement caractérisée, en un sens quelconque 5 qu'elle subordonne profondément l'une des puissances à l'autre , en développant et comprimant convenablement.
Ainsi surgirent les deux régimes opposés que dut comporter le polythéisme pour réaliser assez sa destination sociale. Tandis que leur incompatibilité naturelle les empêchait d'être simultanés, leur commune fin exigeait qu'ils se succédassent 9 quoique chez des peuples distincts. Leur contraste correspond essentiellement à celui des deux racines normales du dogme polythéique. Car le polythéisme astrolâtrlque convient à la domination sacerdotale 9 soit en la systématisant davantage 9 soit en lui permettant une propagation moins dépendante de l'essor conquérant Au contraire , le polythéisme universel favorise la prépondérance militaire , d'abord en tant que plus spontané , puis en procurant aux guerriers, d'après leur filiation divine, une consécration mieux dispensée du concours des prêtres.
De là résultent naturellement deux régimes polytbéiques :
Tun, simple prolongemenl de Tétat fétichique» convenant es-sentiellement à rordre; Taulre , développant davantage la réaction de la volonté sur la nécessité, et tendant mieux au pro* grès Mais, d'après ces aptitudes respectives, celui-ci ne put devenir efficace qu'en succédant à celui-là, dont la préexistence pouvait seule fournir une base suffisante à Tensemble du mouvement humain. Néanmoins, celte succession sociale exigeait aussi des populations différentes, vu la profonde diversité des mœurs propres à chaque régime. Ce concours indispensable ne devint donc inévitable que sous Timpulsion des circonstances, surtout extérieures , qui firent respectivement prévaloir l'un ou Tautre mode suivant les situations convenables. La plupart des peuples restèrent spontanément dépourvus d'une telle prépondérance; en sorte que leurs sympathies simultanées pour le polythéisme sacerdotal et le polythéisme militaire firent dépendre leur destinée sociale de rinffuence due aux populations assez caractérisées.
C'est ici que se manifeste le mieux la réaction politique des milieux matériels, qui suscita, surtout chez les modernes , tant d'irrationnelles conceptions. Elle doit toujours décroître , à mesure que la civilisation permet à l'homme de modifier davantage le monde. Mais, quoique celui-ci semble d'abord nous maîtriser absolument , son empire ne peut jamais altérer l'indépendance naturelle des lois sociologiques ^ qui comportent seulement des variétés de degré , comme rétablit spécialement le dernier chapitre du volume précédent
Suivant sa marche normale , linfluence du milieu sur Tbomme se trouva nécessairement à son maximum dans les temps qui précèdent toutes les données historiques, même les plus indirectes. Car elle dut déterminer, pendant le premier âge féti* chique, la division provisoire de notre espèce en trois races distinctes, qui devint ensuite la principale source des diver-
DYNAMIQUE SOCIALE. -^ CHAPITRE tROISIÈME. 203
sites concrètes du développement bumain. Après cette action initiale 5 le milieu matériel n'a jamais pu modifier autant Tessor social qu'en y suscitant la prépondérance décisive du polythéisme conservateur ou du polythéisme progressif.
Un tel choix doit partout dépendre de Timpulsion continue que l'ensemble des influences locales nous imprime de préfé« rence vers la culture intellectuelle ou l'activité militaire.
Quand les exigences matérielles sont peu prononcées ^ et per* mettent bientôt les accumulations convenables, Fattrait universel de Texistence domestique fait naturellement prévaloir nos inclinations pacifiques. Un tel milieu favorisant l'essor spéculatif en même temps que la fraternité sociale^ les vieillards se transforment aisément en prêtres, d'après la précocité de l'état sédentaire et de l'astrolâlrie correspondante. Alors se développe le régime sacerdotal, si la situation qui détourne d'attaquer dispense aussi de se défendre, en entourant la population théocratique de barrières propres à faciliter ses travaux industriels; comme la vallée d'un grand fleuve, une enceinte de déserts ou de montagnes, etc.
Il est plus facile de comprendre la réaction sociale des circonstances matérielles qui font, au contraire, surgir fortement l'activité militaire avant que l'essor intellectuel ait permis au sacerdoce un suffisant ascendant Un milieu rigoureux ou stérile retarde d'abord rinstitution des vieillards, et les dispose ensuite à devenir plutôt les précurseurs d'un sénat guerrier que ceux des véritables prêtres, suivant la double étymologle qui rappellera toujours leurs diverses tendances civiques. Il entrave aussi Tavénement du domicile, qui même n'y prévaut surtout qu'à titre de foyer militaire , à la fois offensif et défensif.
Pour compléter cette double appréciation, je dois ici noter que la première suffirait seule à motiver la seconde, vu leur connexité nécessaire. Car les peuplades militaires ne sauraient
20i!l STSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
assez surgir sans la préexistence naturelle des populations in> dustrielles, dont les mœurs pacifiques leur offrent une proie aussi facile qu'attrayante. Mais, quand l'état théocratique se trouve déjà caractérisé suflisamment ^ il survit dignement aux attaques, soit d'après une heureuse résistance , soit même en transformant les conquérants en propagateurs.
Telles sont les influences naturelles qui déterminent la décomposition nécessaire du monde polythéique en nations théocratiques et peuples guerriers. Après que le polythéisme conservateur eut assez élaboré Tordre fondamental de rbumanlté, le polythéisme progressif put ainsi diriger^ d'un foyer convenable 5 l'essor décisif de Tactivité collective ^ principale fin de notre seconde enfance.
Il faut maintenant consacrer tout le reste de ce chapitre à Tappréciation concrète de l'état théocratique 5 d'où durent émaner jusqu'ici nos diverses institutions essentielles, tant sociales qu'intellectuelles. Ce jugement se trouve, au fond, très-avancé déjà d'après l'examen abstrait des propriétés générales du polythéisme. En effet ^ elles doivent se rapporter surtout au régime le plus normal et le plus durable , envers lequel je n'ai plus qu'à bien caractériser ses principaux résultats, d'abord philosophiques et scientifiques, puis esthétiques et techniques, enfin politiques et moraux.
Toutefois , leur détermination doit être ici précédée d*une digne explication de la constitution théocratique , qull faut enfin relever d'une réprobation non moins frivole qu'ingrate. Le fondateur de la religion de l'Humanité regardera toujours comme une obligation sacrée la juste glorification de l'ensemble de ses précurseurs. Ce devoir concerne surtout mes plus lointains ancêtres, dont le concours fut à la fois plus méritoire et plus décisif, tandis que leur abnégation personnelle ne me permet envers eux qu'une gratitude collective.
DYNAMIQUE SOCIALE. — CHAPITRE TROjSiÈlfE. 205
Aussi simple qne stable ^ la constitutioD théocratique repose toqjoors sur la combinaison nécessaire de deux institulions essentielles , spontanément connexes y mais pleinement séparables. L'une consiste dans l'hérédité des professions quelconques; l'autre dans la commune subordination de toutes les castes ainsi formées envers la caste sacerdotale. On peut aisément reconnaître la nécessité comme la spontanéité d'un tel régime civique , directement émané du gouvernement domestique fondé par le fétichisme.
La transmission héréditaire de tout o£Qce social fournit d'abord le seul moyen de consolider la division générale du travail humain^ et de conserver nos acquisitions quelconques, tant procédés que résultats. Aucune théorie réelle n'étant alors possible^ rien ne peut s*apprendre que par imitation ^ et jamais d'après un véritable enseignement. Cette tradition ne comporte d'efficacité qu'en dérivant d'un exercice continu , commencé de très- bonne heure > et spontanément accompli dans la famille.
Jusqu'à ce que les castes fussent assez établies , les principales découvertes industrielles , et même scientifiques, avaient dû se perdre fréquemment , de manière à faire généralement sentir le besoin d'une telle conservation. Mais, outre les procédés et les résultats 5 ce régime tend également à perpétuer et développer les aptitudes, d'après la loi de l'hérédité vitale, dont la réalité générale n'est pas douteuse , quoique ses règles spéciales restent encore inconnues. L'éducation qui ^ chez les modernes y en contrarie souvent l'influence , tendait alors à la seconder toujours^ du moins envers les dispositions essentielles.
Un tel régime devenait d'autant plus nécessaire qu'il concernait un office plus éminent et plus difficile. C'est pourquoi la caste sacerdotale se présente partout comme plus ancienne que toutes les autres , qui lui durent leur systématisation. Rien ne put ensuite marquer mieux l'irrévocable extinction de ce ré-
206 ' STSTÈIIB DE POUTIQUE POSITITB.
gime primitif que Fabolition de Ttiérédité pontificale au moyen âge en Occident , où le seul vestige essentiel de Tétat théocratiqae se borna dès lors à la royauté jusqu'à sa dissolution en France.
Ce premier mode de transmission tend à disparaître » comme inutile et même oppressif ^ à mesure que la coordination croissanté de nos conceptions permet davantage d'apprécier et de développer les aptitudes indépendamment de la tradition domestique. Toutefois, quand les castes se transforment en classes^ le seul ciiangement normal consiste à laisser chaque fonction- Baire choisir librement son successeur, en dehors de sa propre famille 5 à laquelle il l'agrège par adoption. Inversement au mode théocratique , ce mode sociocratique, où l'hérédité des matériaux complète aussi celle des offices , prévaut d*abord envers les moindres fonctions , d*où maintenant il se propage aux plus éminentes, d'après la systématisation positive.
Non moins nécessaire que spontanée , l'institution des castes resta longtemps le seul garant de la solidarité comme de la continuité. C'est par elle que la cité se constitua, quand chaque famille se trouva naturellement investie d*un vrai caractère social, d'après sa consécration héréditaire à des fonctions exclusives. En même temps, elle ennoblit et consolida le gouvernement domestique 5 en le liant directement à la constitution civique.
Toutefois, ce régime ne pouvait suffire pour instituer pleinement la cité , parce qu'il laissait les castes essentiellement indépendantes les unes des autres, malgré le sentiment continu de leur assistance mutuelle , d'après la restriction de leurs offices respectifs. L'essor graduel de l'instinct social y présente une phase trop méconnue, où la sympathie, s'étendant hors de la famille, embrasse tous ceux qui cultivent une même profes3ion. Quoique cette extension ne s'élève pas jusqu'au véritable ci-
visme, elle constituera toujours un sentiment essentiel^ qui suscite 5 entre les diverses cités , des rapprochements partiels, surtout envers les principaux oflices.
Les lacunes naturelles d*une telle sociabilité font profondément ressortir le besoin générai de la domination spontanée que la caste sacerdotale exerce sur toutes les autres , dont elle devient le seul lien systématique. Sans cette seconde base , Tétat tbéocratique se dissoudrait bientôt en tribus incohérentes, ei souvent opposées , que ne rallierait aucun sentiment habituel de Tensemble des rapports humains. Faute de la véritable union civique» qui ne peut résulter que d'une activité commune et continue^ cette liaison sacerdotale constitue alors la seule source de l'unité politique.
Pour en concevoir Teflicaclté , les fonctions religieuses de la caste prépondérante ne doivent pas être exclusivement considérées. Il faut surtout avoir égard à l'admirable universalité qui caractérise le sacerdoce tbéocratique. Unique dépositaire de tontes les notions acquises^ tant pratiques que théoriques 5 U entretenait avec uiie caste quelconque des relations spéciales et continues. Son caractère synthétique n'excluait que Texécution matérielle^ afin de mieux embrasser l'ensemble des fonctions consultatives. La caste dominante ne comportait ainsi d'autre spécialité que la direction exclusive du gouvernement général , profondément liée à son office religieux.
Depuis que l'anarchie moderne fait provisoirement prévaloir une analyse dispersive, cette synthèse tbéocratique se trouve radicalement méconnue. On s'efforce de représenter comme une monstruosité sociale le concours d'attributions qui fournit Jusqu'ici le meilleur type du régime humain. Aucun temps ultérieur ne put offrir une plénitude de vues et d'efforts comparable à celles des antiques théocrates, à la fois législateurs, Juges, médecins, astronomes, philosophes, et poêles, en même
208 '^TklIIE DE POLITIQUE- POSITIVE.
temps que ponittfes. Loia d'être nullement anomale , cette concentration de tous les toffices théoriques se trouva spontanément conforme à la vraie nature de l'ordre humain. D'après l'ensemble du volume précédent» elle devra caractériser davantage le sacerdoce final , qui sentira mieux Tindivlsibillté nécessaire de la théorie.
Ce sentiment fondamental fut ébauché par la théocratie autant qu'il pouvait Têtre avant l'essor décisif des conceptions abstraites » alors réduites à leurs germes mathématiques. L'unique vice essentiel d'un tel régime consista dans une intime confusion entre le conseil et le commandement. Mais cette grave imperfection y qui devait graduellement ruiner une constitution admirable, resta longtemps autant indispensable qu'inévitable. Inhérente à la nature absolue de la religion primitive,
elle fournit d'ailleurs le seul moyen de fonder l'indépendance nécessaire de la classe contemplative» sans laquelle aucun grand progrès, intellectuel ou social» n'aurait pu s'accomplir. Dans ces temps grossiers» où la force matérielle prévalait spontanément» les théoriciens ne pouvaient s'affranchir de la dégradation pratique qu'en devenant par le culte des chefs universels.
Toutefois » ils ne purent jamais s'emparer» comme on le suppose » du gouvernement proprement dit » qui resta toujours distinct du sacerdoce , même dans les cas privés. Ni le commandement des armées» ni la direction des entreprises industrielles, n'appartinrent nulle part aux prêtres» aux yeux desquels tout office pratique constituait une vraie dégradation. Les méprises qui circulent à cet égard résultent d'une confusion empirique de la vraie théocratie avec sa dégénération temporelle, où les guerriers prévalurent sous des formes sacerdotales.
La division fondamentale entre la théorie et la pratique se trouva donc constituée » dès l'origine , aussi normalement que
possible. Son seul vice, d'ailleurs nécessaire, condsta dam Tabus de l'influence morale , d'après une doctrine absolue, qui ne comportait point le simple conseil Mais cette tendance croissante suffit pour corrompre et discréditer le sacerdoce dominant, quand l'activité dut enfin secouer le joug exceptionnel de rintelligence. ^
U est maintenant facile de compléter cette appréciation générale en caractérisant l'aptitude spontanée du polythéisme envers une telle constitution.
En effet , la seconde causalité consacra naturellement la fondation des diverses castes en plaçant chacune d'elles sous la direction spéciale d'uiie divinité primitivement issue de la digne apothéose d'un type correspondant. Dune autre part, elle sanctionna leur hiérarchie générale et leur commune subordination au sacerdoce héréditaire, d'après le classement normal des différents dieux , dont les principaux devinrent nécessairement les ancêtres de la race pontificale. Cette double concordance, vainement attribuée à des calculs non moins absurdes qu'immoraux , dut résulter, sans aucune hypocrisie ni servilité, de la subjectivité propre au dogme poly théique , qui le rendit toujours, à notre insu, le fidèle organe de nos tendances et de nos besoins.
La constitution théocratique ayant été directement caractérisée, elle ne doit être définitivement jugée que d*après sa des- Unation historique. Or, cette appréciation décisive fait également ressortir l'admirable nature d'un tel régime et sa profonde InsuflGisance. Car il ébaucha réellement Tordre normal autant que le permettait la situation correspondante , et pourtant il ne put assez diriger révolution propre à notre seconde enfance.
Son principal danger résulUi de sa noble tendance à systématiser l'existence humaine, avant que nos diverses forces fus-
MO STSTfellB DE POLITIQUB POSmVB.
•eiit soffisamment développées ; en sorte qn'il finit par entrefer ndicalement leur essor caractéristique , qui dut s'accomplir sons Tautre mode polylliéique, moins synthétique ^ mais plus
flexible.
Toujours placée au vrai point de me d'ensemble ^ la sagesse théocralique appliqua diredement Tinteiligence k sa mission continue , la conservation et le perfectionnement de l'Humanité. Eile sentit dignement Tlmportance fondamentale de la vie publique, trop restreinte sous le régime précédent, quoiqu'elle ne la séparât Jamais de la vie privée qu'il avait pleinement instituée. L'existence civique lui parut essentiellement destinée à consolider et développer l'existence domestique, oti réside iortout le bonheur humain.
A ce but pratique , la théocratie subordonna tous les moyens théoriques, dont elle n'encouragea Jamais l'essor purement spéculatif. Quand Je complète sa principale prescription en la rédigeant ainsi : Cbnnaû-loj, pour tamiliortr^ le second terme de la formule se home à mieux développer le précepte général , tel que le génie sacerdotal le conçut sans cesse , en évitant les divagations ultérieures de l'esprit philosophique. La morale, à la fois théorique et pratique y Ait donc proclamée dès lors la science par excellence , unique fin de tous nos efforts intellectuels, conformément à la vraie constitution de l'échelle encyclopédique, dignement ébauchée déjà dans son terme fondamental. Nullement fortuite , une telle sagesse résulta partout de la destUiation sociale du sacerdoce , placé constamment à la tête du gouvernement humain. Cette active suprémaUe lui permit même de contenir asseï les aberrations propres à sa doctrine théologique , dont 11 sut pleinement utiliser la flexibilité spontanée. En rapportant toujours la théorie à la pratique, ce noble sacerdoce s'eiTorça d'instituer directement notre véritable unité, tant collective qu'individuelle. U tenta déjà de faire irrévoca-
DTKAinQim SOeiAUL — CHAYITftB TROISIÈME. Hi
btemeBt prévaloir la seule activité iffA pelisse devenir vrdtttil Qblverselle, en développant surtout Texistence indnstrIeMOi profondément liée à la vie domestique , d'après l'institution des castes. La prédiiection qiontanée du sacerdoce pour les arts et les mœurs pacifiques se trouvait pleinement conforme à la domination théocratlque^ toujours menacée par la rivalité mlli« taire. Mais cette préférence habituelle ne lui fit jamais méconnaître le caractère esseuttellement égoïste resté longtemps propre à l'instinct industriel , et qui souille encore son essor actuel. Tout vrai philosophe doit profondément admirer les efforts continus des antiques théocrates pour ennoblir^ autant que possible^ une telle existence en développant la tendance sociale que lui procurait rinstilution des castes.
L'intelligence et l'activité furent donc conçues et cultivées par la théocratie initiale d'après le type qui convient à la sodocratle finale. Ainsi y ce régime , aveuglément taxé de rétrogradation, accomplit, autant que le permit la situation, le plus important et le plus difficile de tous les progrès , en ébauchant, sous la tutelle des dieux , la constitution normale de l'humanité. Tandis qu'il rég\jilt le présent pour préparer l'avenir, il le subordonnait dignement à l'ensemble du passé, de manière à développer autant la continuité que la solidarité. Né partout de l'astrolfltrie , le régime théocratique s'incorpora spontanément tous les restes du fétichisme, dont le culte propre fut souvent consacré pour les castes inférieures , quoique le polythéisme prévalût chex les castes supérieures. La vénération spontanée envers l'ensemble des ancêtres, privés ou publics, y devint un devoir universel, dont le sacerdoce apprécia Tiraportance systématique, d'après un sentiment continu de l'efficacité fondaimentale des antécédents fétichlques, restés les meilleurs garants de l'ordre humain.
Malgré sa profonde supériorité sur tous les régimes ulté^-
rieurs, la théocratie ne pot assez réaliser la destination générale qu'elle poursuivait prématurément , et dut même avorter essentiellement quant à l'évolution partielle de notre seconde enfance. Tous les efforts admirables du sacerdoce pour subor^ donner toujours Tintelllgence à l'activité devaient radicalement échouer contre la domination vicieuse qu'une telle constitution accordait nécessairement à llnfluence mentale ^ faute de pouvoir séparer le conseil et le commandement. Sa noble persévérance fut également incapable de régénérer l'existence industrielle, dont le caractère égoïste entrave profondément la sociabilité moderne, qui ne pourra le surmonter que d'après la systématisation positive.
Ainsi, la théocratie ne pouvait accomplir ce que l'ensemble des fatalités humaines réservait à la sociocralie. Néanmoins, sa tentative fondamentale fut autant indispensable quinévilable , en fournissant à toutes les autres phases de notre préparation un type général et des bases spéciales. L'humanité put dès lors poursuivre son initiation sans oublier jamais Tunilé fmale^ dont les principaux caractères se trouvaient simultanément ébauchés dans la synthèse théocratique, qui n'avorta que d'après la situation , théorique et pratique, nécessairement propre à notre seconde enfance.
On peut résumer avec précision ce jugement déflnitif de la théocratie en appliquant convenablement les notions statiques du volume précédent sur les trois modes ou degrés de l'association humaine, d'abord domestique, puis civique, enfin religieuse. Partant de la famille, que le fétichisme avait pleinement instituée, le polythéisme théocratique tenta directement de fonder l'église, en franchissant la cité. Celte appréciation , directement conforme à notre marcl)c naturelle envers tous les cas intermédiaires, explique à la fois l'avortement et l'efiicacité d'un tel régime. Impropre h fonder la cité , qui suppose une
DYNAMIQUE SOaALE. — GHAPJTBB TROISIÈME. 21S
activité collective, il ne pot, par cela même, instilaer l'église , toujom^ destinée à rallier des cités indépendantes , tandis qo'U se bcimait à combiner des castes. Mais, outre les moyens d'ordre et de progrès qu'il fournissait aux préparations ultérieures, il ébauchait directement Tétat final en plaçant l'ensemble de Texistence humaine sous le seul pouvoir apte à la systématiser, sauf la corruption alors inhérente au dogme absolu.
Quoique le sacerdoce théocratique luttât toujours contre les vices simultanés de sa doctrine et de sa situation , ses admirables efforts ne nous dispensèrent Jamais de poursuivre autrement la double évolution échue h. notre seconde enfance. Un essor, décisif quoique partiel , d'abord de l'intelligence , puis de l'acUvIté, pouvait seul faire assez surghr des forces que la théocratie tenta de régler avant qu'elles fussent caractérisées. Telle devint la destination nécessaire des deux modes propres au polythéisme progressif résulté de la prépondérance militaire, et qui seront respectivement appréciés par les deux chapitres suivants.
Ce jugement général du régime théocratique rend maintenant facile la saine détermination de ses résultats spéciaux, en les examinant dans l'ordre ci-dessus indiqué. Sans cette base commune, on ne pourrait assez caractériser les divers effets de la constitution la plus synthétique qui jamais ait dirigé l'humanité. Leur examen doit donc être toujours guidé par sa nature et sa destination » suffisamment expliquées ici.
Une telle combinaison entre le caractère synthétique et la tendance pratique distingue profondément la philosophie théocratique, justement qualifiée de sagesse, d'après sa consécration de rUiteliigence an service continu de l'humanité. Quoiqu'elle ne pût apprécier assez les conceptions abstraites^ elle dut flétrir les qiéculations incompatibles avec ce but universel. Toi^ours préoccupé du gouvernement, le sacerdoce primitif fut ainsi con*
su SfSTÈMB DE POUTIQUB POftITITB*
doit à préserver, autant que possible, ses médlUtkms baU^ taelles da vagae et de l'arbitraire propres aux dogmes absolus d*iiDe synibèse Active. Sa direction ne semble trop pratique qno fiinte de la rapporter à des temps où le véritable essor tbéoriqae restait encore insnfflsant Cette tendance, nnllement contraire alors aux vrais progrès de l'esprit bumain , honore un régime où la suprématie sociale de Tlntelligence disposai! davantage aux spéculations oiseuses, toujours préférées aux problèmes réels par les penseurs médiocres, qui dtaslmulenl llnpttlssance soil9 la dignité.
Là sagesse théocratique instituait ainsi le type normal do l'existence contemplative , affranchie des soins matériete afin de mieux méditer sur le bien public. En faisant surtout con^ sister la science dans la morale, où la théorie s'unit à la pratique , elle fonda la hiérarchie encyclopédique > capabM d'embrasser toutes les saines spéculations à mesure que res* sortirait leur relation nécessaire avec cette commune destina-^ tion. Déjà rastrolâtrie avait séparé Tordre vital de l'ordre
matériel « dont le pur fétichisme fit d'abord sentir asseï la prépondérance universelle. Mais on ne pouvait alors lier convena* btement l'ordre vital à Tordre moral proprement dit, faute ûm terme Intermédiaire que la sociologie devait seule ériger4 Cette science décisive, d*où dépend toute la constitution encydopé^ dique, resta longtemps Incompatible, soit avec le caractère hidividnel des conceptions tbéologiques i soit avec TinsuflSsanI essor de ses propres phénomènes.
Néanmoins > la situation théocratique tendit pareillement à rectifier les inspirations d'une synthèse qui , plaçant chacun sous la direction continue des dieux, empêchait de reconnaître la dépendance nécessaire de Thomme envers Thumanité. Car^ uÉe telle suboMination devait être émpiriquenient sentie pu'* vÊ BUeeiddeé M{|oiirs préoccupé do point de nm sodaL Qoet*^^
OTNAIOQUE SOCIALE. — CHAPITRE TROISIÈME. Hi
4ne le déYéloppement bnmain fût trop restreint pour que propres lois devinsseDt appréciables^ leur existence était confi»sèment indiquée par les impulsions pratiques^ qui , dans Tordre le plds modifiable, matiifestaient souvent des relations décisives entre Taction et la prévision.
Tandis que le sacerdoce rectifiait spontanément sa doctrine , il tendait aussi y sous la même influence ^ à la modifier directement , en utilisant Tindétermination du dogme pour le mieut adapter au régime.
Cette disposition est surtout sensible envers les croyances relatives à^la perpétuité d*existence^ qui, pouvant naturellement inspirer des divagations indéfinies , furent ainsi dirigées ai tificiellement , quoique sans calcul y vers la consolidation et ramélioralion de Tordre humain. Devenu la principale occupation des dieux comme des prêtres ^ il se trouvait immédiatement régi par des puissances individuelles, passagèrement pnles ànos cbrps, mais douées d'une éternité propre, attribut oommun des divinités quelconques. Resiée longtemps arbitraire, la transmigration perpétuelle de ces âmes ou génies fournit ensuite à la sagesse théocratfque un salutaire complé* ment des sanctions morales. Quoique la vie présente y dominât toujours tant que le polythéisme prévalut, ce dogme la rattacha directement à la vie future j et môme à la vie passée. La sup^ pression de celle-ci constitua, sous le monothéisme, une grave inconséquence, d'après le décroissement du Ihéologlsme sous Timpulsion positive.
Il importe de ne pas confondre cette croyance provisoire k Téternité fictive, soit avec Texistence objective que le fétichisme attribuait aux morts en vertu de sa vie universelle , soit avec Texistence subjective que leur reconnaît le positivisme envers nos fonctions caractéristiques Cependant , le dogme théologique émana du dogme fétichique en expliquant les corps
216 SYSTÈMB OB POUTIQUB POSITIYE.
par les âmes , et prépara le dogme positif en liant ravenir an passé.
Envers les divinités supérieures, la réaction continue du r^me théocratiqne sur la doctrine polytbéique tendit àperfectionner la conception générale de Tordre humain. Quoique la hiérarchie des dieux ne pût d'abord offrir qu*un reflet involontaire de celle des hommes , elle était éminemment propre à Pidéaliser, en consacrant les vceux prématurés par lesqueb nos sentiments devancent souvent notre conduite y surtout sociale. Rien ne caractérise mieux une telle aptitude que le contraste général entre l'imparfaite condition des femmes chez les anciens et radmirabie influence qu'ils attribuaient aux déesses, types anticipés du sexe affectif.
Malgré la prépondérance nécessaire des impulsions pratiques la théocratie sut aussi modifier le polythéisme de manière à préparer l'essor ultérieur du génie théorique. Cette influence devient surtout appréciable envers le dogme des métamorphoses, d'où la raison sacerdotale tira de meilleures notions sur la matérialité, longtemps avant qu* l'esprit poétique y puisât d'heureuses fictions. On attribue vicieusement aux philosophes successeurs des prêtres la conception générale qui , distinguant la forme et la substance, toujours confondues par rinstinct fétichlque , se trouve empiriquement inséparable des élaborations chimiques, déjà familières à toutes les castes pontificales.
Conjointement avec ces diverses applications et modifications de la philosophie polyihéiqne, la sagesse théocraUque pressentit dignement Tascendant final de la philosophie positive, et tendit toujours à le préparer d'après la seule culture qu'il comportât alors. Appriéciant déjà l'inanité théorique de l'ontologie et ses dangers pratiques, elle aspirait à prolonger le théologLsme jusqu'à l'avènement du positivisme , ce qui nous eût
DYNAMIQUE SOaALE. — CaAPlTBB TBOIttÈME. 217
préservés de l'anarchie métaphysique^ si de teb tœox ayaient été réalisables. Mais elle ébaucha directement la conception générale des lois réelles, tant logiques que phjrsiques, en partant des seuls types de posltivité rationnelle qui pussent guider ses méditations synthétiques. Le génie fétichique avait déjà créé la science abstraite, par Tessor spontané des spéculation! numériques. Or, la sagesse théocratique développa convenablement la réaction philosophique de ces premières concept|pns mathématiques, dont nous lui devons la systématisation , alors exempte de la mysticité qu'y mêla plus tard la subtilité métaphysique, surtout envers les nombres sacrés.
Je me trouve ahisi conduit à compléter l'appréciation théorique de la théocratie en déterminant son influence scientifique.
D'abord , elle perfectionna beaucoup les institutions arithmétiques qu'elle reçut du fétichisme antérieur à l'astrolâtrie. Envers leur fondement général , nous lui devons la notation spéciale qui , complétant la numération , facilitera toujours l'ensemble de nos calculs élémentaires. L'esprit synthétique qui caractérise la théocratie se trouve profondément marqué dans la conception philosophique sur laquelle repose cet artifice scientifique. Car notre tendance à désigner la valeur des diverses unités numériques par le rang de leurs chiffres, résulte de la relation naturelle entre F un et l'autre. Or, pour remarquer, dans la nomenclature des nombres, cette liaison constante qui sert de base à l'admirable simplification de leur écriture , il faut avoir reconnu la loi logique qui nous dispose à procéder toujours du général au particulier en appliquant une classification quelconque. Une telle institution ne put donc surgir que chez des penseurs encyclopédiques, dont le caractère pratique poussait à saisir partout la marche spontanée de notre faiteliigence. L'heureux usage qui fit irrévocablement prévaloir
lis ffarÈin ob politiqub positive.
isfers les nombres récriture hiéroglyphique , propre à la d« vIllsaUoD théocratiqoe , Indiquera ioujours que cette prédensé notation ne pot aucunement proyenir des populations ihlll^ taires, auxquelles appartient naturellement l'écriture alphâ^ MUqoe.
Oqjtre cette Institution capitale, l'arithmétique des fétichistes dot aux castes sacerdotales» d*abord une amélioration secon-» daire , et surtout ensuite une extension décisive. La première eonceme la table de multiplication , fort antérieure au philo«^ sopbe dont elle porte le nom en Occident. Une remarque^ aussi facile qu'usuelle » sur la réduction nécessaire de tous les pro^ dults à ceux des neuf premiers nombres, devait émaner des corporations souvent conduites à de pénibles calculs , surtout en astronomie. Quant à l'extension de l'arithmélique, J'ai d^l montré comment les applications oélestes poussèrent le sacerdoce Jusqu'à la division , toujours inconnue aux calculateurs (éUchiques. En complétant l'ensemble des opérations fonda<>> nentales sur les nombres entiers , ce pas décisif ouvrit d*ail^ leurs un vaste champ aux spéculations numériques en suscitant la théorie générale des fractions , dont toutes les notions essen^ tlelles remontent à l'âge théocratique.
- Tandis qu'il perfectionnait et développait l'arithmétique , et même Taigèbre adhérente , le sacerdoce polythéique créait U géométrie , impossible , faute d'une, suffisante impulsion pfii« tique, tant que l'existence sédentaire, voisine de Tastrolâtrie^ n'avait pas approprié les terres. D'après cette origine naturelle, que le langage rappellera toujours , le caractère concret des spéculations théocratiques se manifeste nettement dans l'en^ semble des premières études géométriques. Car elles concet*^ nent partout la théorie des aires , en ébauchant celle des vo* hmes, mais sans aborder celle des lignes, que nos asagofe dogmatiques placent au début rationnel.
DYNAlUqim SCMUALB. — > GBAPITBB TBOIIIËME. SIV
Une telle loversion dut beaucoup entraver le déyeloppemeat de la géométrie sacerdotale y ainsi circonscrite , par sa destina* tion pratique , dans un domaine trop restreint et mal préparé. Mais il était très-propre à faire déjà sentir profondément le caractère général des études géométriques, dont L'objet flnil consiste toujours à décomposer toutes les comparaisons d'é^ tendue en de simples rapports rectilignes. Par cela mémêi il dorait ultérieurement susciter Tessor des théories linéaires^ doYenues le complément nécessaire d'une telle géométrie.
Dans cette enceinte primitive , que des penseurs plus al»* trails devaient seuls franchir, le génie sacerdotal pénétra plua avant que ne semble l'indiquer sa tendance trop concrète. Après avoir établi toutes les notions fondamentales sur les aires rectilignes^ il les poussa même jusqu'à déduire ^ des polygones réguliers , la quadrature du cercle y mais sans pouvoir la compléter par la rectification. Quant aux volumes, il ne dépassa pobit la mesure des corps prismatiques, et par suite cylindriques, seulement entiers et droits. Mais il Institua les relations théoriques propres aux plus simples transforma* tions des aires rectilignes. Je n'hésite point à regarder comme théocratique la loi des trois quarrés du triangle rectangle, quoi* qu'elle ait aussi pu surgir ailleurs.
Suivant un tel esprit, la géométrie sacerdotale accompagna ce théorème capital des trois relations d'aires propres, d'abord à la somme de deux droites , puis à leur différence , et même enfin à là combinaison de l'une avec l'autre. L'ensemble de ces quatre lois élémentaires présentera toujours un grand Intérdt historique , comme ayant formé la vraie souche géométrique de l'algèbre, que nous voyons encore bornée essentiellement à leurs diverses transformations et combinaisons chez les théocraties actuelles. On y doit rattacher l'extension de l arithmétique à Textraction des racines quarrées , motivée par les beaobis pra-
320 nvTfcm DB pouTiQCB posixnrB*
tiques, qui peut-être aussi poossëreot déjà Jusqu'aux racines cubiques, d'après une relation analogue, quoique moins évi« dente , envers les volumes.
Quant à Tasironomie , le sacerdoce théocratique fut toujours caractérisé par la Juste prépondérance qu*il accordait à cette partie supérieure de son domaine sdentifique, directement liée an régime né de Fastrolâtrie. Mais l'imperfection de la géométrie abstraite interdisait encore tout essor décisif des principales tbéories célestes. Les prévisions théocratiqnes qui siMItèrent de graves méprises ches les érudits modernes résultèrent, sans institution géométrique, des calculs numériques fondés sur les périodes empiriques que le temps dévoile aux observateurs assidus des événements composés du ciel , surtout envers les éclipses.
Néanmoins, l'astronomie sacerdotale, après avoir institué la doctrine fondamentale du mouvement diurne, ébaucha la théorie du soleil et de la terre, et même celle de la lune, outre qu'elle prépara l'élude spéciale de chaque planète. Toutes les notions essentielles qu'exige la construction locale des éphémérides usuelles, tant luoaires que solaires, remontent nécessairement Jusqu'à ce régime, qui liait habituellement ces prévisions à l'ensemble du culte principal Ces premières déterminations furent vraiment rationnelles, puisqu'elles résultaient d'une conception gc^nérale du spectacle céleste. Elles durent pourtant s'accomplir surtout par des procédés purement mécaniques, sans aucun usage décisif des feprésentalions graphiques, et moins encore des déductions algébriques. U ne faut point exagérer la supériorité normale de ces deux modes indirects jusqu'à méconnaître l'aptitude du mode dhrect , en un temps oii l'investigation astronomique , soit angQlahre, soit horaire, n'exigeait pas plus de précision qu'il n'en comporte.
DTNAIOQIJE SOCIALE. -^ CHANTRE TROISlfcHE. 221
Malgré TimperfectioD de ses moyens , Fastronomie théocra« tiqae fol nécessairement conduite, sons Timpulsion sociale qni la caractérise, à perfectionner, au delà de ce qu'on suppose aujourd'hui, l'élude des deux mouvements principaux. Surtout envers le soleil ou la terre , elle sut remplacer la prédsiqu des mesures par le prolongement des observations, afin de découvrir les inégalités essentielles qui troublaient l'ensemble d*un culte dont toutes les périodes étaient déjà rapportées sagement à F astre prépondérant Nous lui devons ainsi rinsUtution décisive du temps moyen, qui, quoique inutile à rastronomie purement spéculative, devient nécessaire à l'exacte correspondance de ses prévisions quelconques avec nos contemplations usuelles. En instituant le calendrier, la sagesse sacerdoUle sentit convenablement le caractère essentiellement subjectif de la période mensuelle, à laquelle les populations militaires s'efforcèrent aveuglément de procurer une constitution objective, qui dénatura la véritable année. M is, en reconnaissant que les deux termes extrêmes étaient seuls définis objectivement « la théocratie aurait pu mieux utiliser la construction artiiicielie des deux modes intermédiaires, de manière à faire déjà concorder assez les mois et les semabies.
Pour compléter ce Jugement de l'astronomie théocratique , Je dois faire directement remonter jusqu'à l'ébauche décisive de la géométfie céleste une doctrine scientifique destinée à sii^ter, en temps opportun, une immense réaction philosophique. La conception du double mouvement de la terre dut naturellement s'offrir aux méditations sacerdotales comme une hypothèse propre à simplifier beaucoup l'ensemble des notions astronomiques, si jamais elle devenait assez conciliable avec les phénomènes physiques. Mais, outre cet ajournement spécial, la théocratie ne pouvait l'admettre, tant que devrait
lis mTÈn M fOLlTIQOB ^Otllî?!.
préralolr la tfntliAse absolve ^ à laquelle ne peat flf adapter «ne sopposltion qui raine tonte astrol&trie et provoque le régbne relatif» en détroisant l'onité cosmique.
Tels sont les divers résultats essentiels de la science sacer- A»tale envers la seule partie du domaine encyclopédique qui eompartât alors une culture décisive. Quoique tout le reste dé la philosophie naturelle ne permit que des études purement préparatoires , dont l'efficacité durable se bornerait à Tacqui- Ution des matériaux théoriques , le caractère synthétique de la théocratie s'y soutient dignement La perte presque entière des livres émanés de ces antiques corporations^ qui d'ailleurs écrivaient peu, parce qu'elles agissaient beaucoup, nous empêche d'apprécier exactement les notions chimiques et biologiques qui leur sont réellement dues. Mais oi^ ne peut douter qjue leur tendance pratique et leur destination sociale n'y déterminassent une suite assidae, quoique empirique, d'observations abstraites nécessairement liées à leurs occupations concrètes. On en trouve les principales traces envers ia biologie, d'après les précieux aperçus, surtout statiques, et même dynamiques , qu'y suscitèrent le culte et la médecine.
Issu de la contemplation abstraite, le polythéisme encouragea partout et toujours cette unique source des théories positives. Mais son ascendant ne pouvait autant seconder l'essor décisif des méditations correspondantes. Car leur évolution devait être successive , en coordonnant les inductions propres k chaque classe d'événements, d'après les déductions émanées Q'nn domaine plus général et plus simple. Je viens d'expliquer eomment la théocratie, née de Tastrolâtrie, dirigea dignement cette partie , fondamentale mais spéciale, de son office théorique. Envers l'ensemble des phénomènes plus compliqués > J'ose assurer qu'elle guida mieux une exploration nécessairement empirique que ne le fait la prétendue rationalité de
DYNAMIQUE SOGIALB. — CRAPITU TBOBIÈME. tit
BOtre régime aeadémiqae, dont Tinflaence dispersive ne té irooTe compensée par aucune aspiration syntliétique. La ten^ dance encyclopédique de la théocratie et son caractère pratique etB?enaient davantage , Tune aux contractions opportunes^ Tautre aux préparations anlicipées, que l'aveugle spécialisa*^ tion résultée de Tanarchie moderne. C'est ainsi que l'antique sacerdoce utilisa doublement la seule unité subjective qui pût provisoirement prévaloir pour diriger sagement les médita-* tiens spéciales et les contemplations générales qu'exigeait l'immense élaboration objective destinée à fonder la synthèse définitive.
Les mêmes attributs dislincUfs se manifestent profondément dans l'influence esthétique de la théocratie , que je dois main* tenant juger.
Son premier office consista , sous ce rapport , à compléter et systématiser la langue humaine , suffisamment ébauchée par le Mtichisme. D*après l'ensemble des études philologiques, on reconnaît aujourd'hui que les langages réguliers remontent partout Jusqu'à l'âge théocratique , au delà duquel on trouve seulement leurs éléments essentiels. Une telle aptitude résulta nécessairement^ chez le sacerdoce polylhéique^ de son esprit toujours synthétique et de sa domination continue. Formant seul le lien social de castes radicalement hétérogènes, U devint naturellement l'unique régulateur de leurs Idiomes spontanés^ dont la combinaison systématique le conduisit à constituer graduellement une langue complète et durable. Les fonctions religieuses et les consultations pratiques concouraient à lui fournir des moyens journaliers , à la fols publics et privés, de faire convenablement prévaloir les formules qu'il avait coustniites«
Aucune autorité , spirituelle ou temporelle , ne put ensuite acquérir un tel ascendant, qui d'ailleurs ne trouvait plus une
suffisante destination. C'est poarquoi tontes les variations ultérieures du (^angage humain se bornèrent à modifier spontanément le type fondamental ébauché par l'instinct fétichique et réglé par la sagesse théocratique. Les phases les plus antiques et les plus prolongées de Tinitiation humaine devaient seules accomplir une élaboration naturellement propre à notre double enfance, où l'expression prépare la conception, dans l'espèce comme chez Tindividu. Quand la religion universelle aura suffisamment prévalu , le sacerdoce final dirigera partout une dernière systématisation du langage, d'après l'ensemble des modifications spontanément émanées de la civilisation moderne. Hais, en étendant à l'expression la régénération subie par la conception, le positivisme y maintiendra la continuité nécessaire, en s'assimilant le fond fétichique et la forme tbéocratique , vu son afiicité naturelle avec cette double préparation.
Quant au complément graphique du langage usuel, le sacerdoce antique se borna réellement à fixer et régulariser l'écriture hiéroglyphique instituée spontanément par le fétichisme. Malgré ses graves inconvénients, on ne doit jamais oublier qu'elle fut jusqu'ici la seule vraiment universelle, d'après sa conformité directe avec le langage le plus naturel. On ne la croit propre au sacerdoce que parce qu'il dut l'étendre et la régler pour en faciliter l'application continue, dont il devint le conservateur exclusif, comme des mœurs théocratiques , quand les conquérants firent prévaloir l'écriture alphabétique.
Envers l'art proprement dit , la théocratie se trouve difficilement appréciable d'après la tendance profondément synthétique qui la conduisit à subordonner toujours au culte l'ensemble des moyens esthétiques. Ils n'y peuvent être vraiment jugés que conformément aux mœurs, trop méconnues aujourd'hui, qu'ils devaient consolider et développer. Mais le caractère pleinement relatif du positivisme disposera bientôt à mieux
apprécier une telle constitution estliétique^ comme le type anticipé de Tétat normal des beaux-arts.
Une systématisation aussi précoce devait^ sans doute y entraver beaucoup les développements spéciaux » encore plus pour Fart que pour la science. Mais Téclat esthétique du régime suivant n'empêchera Jamais les vrais philosophes de sentir profondément la dignité supérieure du mode théocralique. Sous le polythéisme sacerdotal, le culte constitua, selon sa nature, ridéalisation simultanée du dogme et du régime 5 davantage que pendant les phases ultérieures de la religion provisoire. Or^ Tart théocratique devint l'instrument universel du culte dont il resta toujours inséparable. La religion finale pourra seule mieux sincorporer Tensemble des fonctions esthétiques, en instituant une meilleure correspondance du culte positif avec le dogme et le régime qu'il doit idéaliser.
D'après la nature du polythéisme théocratique , l'éducation publique y consista surtout en un double système de fêtes collectives, les unes pleinement universelles, les autres propres à certaines castes. L'instruction scientifique y resta toujours bornée au sacerdoce. Or, Fart y constitua l'âme continue de ces célébrations populaires , destinées à développer, par de vives représentations , les dogmes et les préceptes les plus usuels. Cet ofiice sacré dut profondément ennoblir et consolider son caractère synthétique , en exigeant sans cessç l'intime concours de tous nos moyens d'expression; Mais cette admirable connexité ne permet guère à ceux qu'elle ne domine plus d'apprépier assez le propre mérite de chaque élément esthétique.
Conjointement avec une telle destination sociale , la théocratie fournit à tous les beaux-arts, même spéciaux, de puissants moyens et de dignes organes. La plénitude et la variété des types polylhéiques exigeait et permettait une féconde assistance esthétique, afin de propager davantage, et même de mieux dé-
terminer^ les conceptions et les prescriptions religieuses , que le génie dogmatique ne pouvait d'abord préciser assez. Quoique la raison sacerdotale pût seule instituer les caractères essentiels de chaque divinité y son élaboration avait toujours besoin d'être complétée par un travail d'imagination , pour procurer au dieu le costume et l'histoire indispensables à sa popularité. Mais ce complément ne comportait une pleine efficacité qu'en émanant de la même source que la conception principale. C'est ainsi que , sous la théocratie , toutes les fonctions esthétiques appartinrent toi^ours au sacerdoce , sans susciter jamais une classe vraiment distincte.
L'existence ultérieure des artistes proprement ditsT constitua réellement une longue anomalie , que le positivisme vient terminer eu rendant au génie de l'expression la discipline et la dignité qu'il perdit hors du tronc théocratique. Dans toute société vraiment normale» l'homme se dégrade en vouant sa vie entière à l'exercice exclusif des facultés purement secondaires qui doivent toigours assister nos fonctions essentielles^ mentales ou morales. Ainsi détournée de se subordonner à la réalité , l'idéalité nous pousse directement vers la folie, en développant un excès habituel de subjectivité. L'ascendant d'une vanité sans limites se trouve alors accompagné d'un défaut radical de dignité > parce que la vénalité résulte d'une spécialisation qui réduit l'artiste à devenir l'organe passif des inspirations d'an-* trui. En se dégageant des entraves théocratiques, l'art tomba sous le joug 5 moms noble et plus inflexible , des nécessités matérielles et d'une monstrueuse cupidité, qui ne pouvaient prévaloir quand ses travaux restaient annexés à l'ensemble du sacerdoce."
Malgré l'admirable unité de sa constitution esthétique, la théocratie comporte une appréciation propre, non-seulemeni de l'art général, mais aussi de ses deux compléments spéciaux^
pourvu qu'on n'oublie jamais la destination commune. La poésie sacerdotale , surtout dans les monuments hébraïques , manifeste à la fois la sublimité de ses fonctions et la dignité de ses organes. Quoique nous puissions moins juger l'art des sons et le triple art de la forme 5 leurs productions tbéocratiques se distingueront toujours par une imposante grandeur, que n'éclipsa jamais l'exécution plus parfaite de leurs compositions ultérieures.
Suivant ce sommaire jugement, on ne méconnaîtra plus les principaux résultats esthétiques d'un régime qui, constituant des mœurs prononcées et persistantes , première condition de l'art, lui procure le concours continu d'une noble destination, mentale et morale , avec d'émineuts organes.
Il faut maintenant poursuivre l'appréciation concrète du polythéisme sacerdotal en déterminant son influence pratique. Elle doit être examinée ici comme essentiellement industrielle. Sans doute, la Uiéocratie concourut au développement de Tactivité militaire, en lui fournissant les bases d'une discipline régulière, et même en perfectionnant ses principaux procédés, oiïensifs ou défensifs. Mais cette double réaction fut toujours contraire au génie éminemment pacifique du sacerdoce, qui repoussait la guerre comme tendant à dissoudre sa domination en faisant prévaloir les chefs temporels. Les grandes expéditions émanées des sociétés tbéocratiques offrirent un moyen général de neutraliser au dedans l'ambition des guerriers en lui procurant une destination extérieure, toujours dirigée vers des colonisations irrévocables. Même quand la caste militaire eut prévalu sur la caste sacerdotale, les mœurs antérieures conservèrent presque toujours assez d'ascendant pour empêcher l'essor continu d'un véritable système de conquêtes. L'influence pratique du polythéisme conservateur doit donc être
jugée indépendamment des résultats militaires, comme j'écar-
terai les effets industriels en examinant le polythéisme progressif.
En considérant ainsi la théocratie y on reconnaît aisément que nous lui devons Tessor décisif de Tindustrie humaine , encore plus que celui de la science ou de Tart Surgie de l'existence sédentaire, elle rattacha, par Tinstitution des castes, l'ensemble du développement pratique à cette base nécessaire de toute activité normale , tant paciGque que guerrière. Elle consolida tous les arts créés sous le fétichisme , en assurant la transmission des procédés et la conservation des résultats. Quoique la seconde causalité fût moins apte que la première à protéger spontanément nos matériaux quelconques , le sacerdoce utilisa sagem nt les moyens de consécration que comportait sa doctrine pour prévenir ou réparer la destruction et Vincnrie. Nos communes richesses, animales, végétales, ou minérales, se trouvèrent ainsi placées systématiquement sous le patronage continu de divinités spéciales, qui souvent dispensaient des agents humains.
La caste sacerdotale fut toujours d'autant plus attentive à régler et développer notre activité pacifique, qu'elle y vit sa principale garantie contre l'ascendant des guerriers. Sa sagesse synthétique ébaucha réellement la conception finale de la politique humaine, comme destinée à perfectionner l'ordre universel en dirigeant la réaction continue de la vitalité sur la matérialité. La systématisation positive pourra seule instituer une doctrine plus complète et plus normale envers l'ensemble de notre existence pratique, dont les principales lois ne pouvaient être assez connues de nos initiateurs théocratiques.
Notre constitution industrielle remonte partout jusqu'à cette synthèse sacerdotale , où les castes coordonnèrent les professions développées par la vie sédentaire. La culture rurale devint alors la base générale des élaborations matérielles con-
centrées dans les villes. Quoique les mœurs théocratiques entravassent le commerce extérieur afln de mieux assurer la stabilité nationale, elles secondèrent beaucoup les transactions intérieures , dont l'importance industrielle est toujours prépon*dérante. C'est ainsi que fut consolidée et développée rinstitution des monnaies ^ dont Fébauche fétichique restait insuffisante, d'après la trop faible extension des sociétés primitives On doit aussi rapporter au sacerdoce, même dès Tastrolâtrie, Fessor décisif de la navigation maritime , déjà liée à Fastronomie naissante. *
Toutes les professions utiles se trouvèrent babituellement honorées en prenant le caractère de fonctions publiques , et chacune put se glorifier d'une fondation divine^ d'après Fapotbéose primitive des principaux inventeurs. Cette constitution industrielle resta d'ailleurs indépendante de l'esclavage, qui, dans Fantiquité, fut essentiellement propre aux populations guerrières, sans jamais influer beaucoup sur les états théocratiques, malgré l'oppression collective qu'y subirent souvent les castes inférieures.
Mais, quelque propice que fût un tel régime à l'essor des arts et des mœurs pacifiques, j'ai déjà caractérisé son impuissance nécessaire à les systématiser dignement, faute de pouvoir Y développer une activité vraiment collective , longtemps bornée à l'instinct militaire. On doit môme reconnaître que Flnstitution des castes empêchait une suffisante extension des entreprises industrielles, en concentrant les travaux au sein des familles. Un tel mode était éminemment propre à consolider partout Fexistence domestique, trop entravée chez les travailleurs modernes. Mais il interdisait Favénement de véritables entrepreneurs, et dès lors Fagrandissement des opérations pratiques, sans lequel le caractère collectif n'y peut jamais prévaloir sur la tendance individuelle. Quoique d'immenses trésors
280 SYSTfeME DE POLITIQUE POSITIVE.
s'accumulassent chez les prêtres et les guerriers , \h y devenaieut industriellement stériles^ d'après la répugnance des castes supérieures à diriger les travaux propres aux castes inférieures^ cil chacun exploitait seulement son chétif capital.
Ainsi ^ malgré l'aptitude du régime théocratique à consacrer les professions utiles , et même h perfectionner leur exercice individuel^ il ne pouvait accomplir envers elles une régénération qui devait résulter de l'ensemble de Tinitialion humaine. Pour s'élever de Tégolsme primitif à l'altruisme final, notre constitution industrielle exigeait la suite de modifications qu'elle subit en Occident depuis l'abolition du servage. La théocratie ne pouvait donc aborder avec succès une transformation à peine mûre aujourd'hui , quoiqu'elle Tait dignement pressentie, et même sagement préparée 5 autant que le permettait la situation correspondante.
D'après l'ensemble de son appréciation pratique , le polythéisme sacerdotal dut seulement ébaucher assez notre constitution industrielle pour faire partout concevoir l'activité pacifique comme seule destinée à prévaloir finalement. IVIais, le temps n'étant pas venu de la rendre vraiment collective , c'est au polythéisme militaire que se trouva réservé l'essor décisif de l'existence civique , principal but du théologisme. La théocratie ne devint pleinement efficace qu'envers notre éducation morale, qui lui devra toujours l'irrévocable développement de la vénération ^ seule base normale de la discipline humahie, partout surgie du sacerdoce polythéique.
Je me trouve ainsi conduit à compléter Tappréclation concrète du régime théocratique^ en jugeant directement son influence sociale 9 principal titre du polythéisme à notre étemelle gratitude.
En devenant indirecte, la causalité fut surtout destinée à pousser notre seconde enfance vers la considération prépondé-
rante de Tordre humain , après que la première eut Irrévocablement institué notre subordination fondamentale envers le monde extérieur. Mais cette destination essentielle du polythéisme dut être plus sociale qu'intellectuelle^ comme je Tai précédemment expliqué. Quoique sa doctrine ne pût aucunement ébaucher une étude aussi prématurée^ manquant alors de matériaux objectifs autant que de préparation subjective, elle y suscitait une culture universelle et continue , où Tempirisme tendait à corriger le dogmatisme.
Néanmoins , c'est surtout à la sagesse sacerdotale qu'on doit toujours rapporter refficaciié pratique d'une impulsion théoriquement vicieuse. L'esprit synthétique du sacerdoce théocratique et sa domination sociale concouraient h lui faire profondément sentir les dangers intellectuels d'une telle foi ^ dont 11 sut développer dignement l'admirable puissance.de consécration, sans cesser d'y contenir les divagations spontanées. Aucun théologisme, même polylhéique, ne pouvait systématiser que l'existence purement personnelle , en plaçant chacun sous l'ascendant direct et complet des dieux, naturellement incompatible avec toute dogmatisation vraiment sociale. Mais l'instinct sacerdotal sut réduire la seule doctrine alors possible à consacrer des inspirations essentiellement empiriques, d'après la confusion nécessaire qui régna d'abord entre le commandement et le conseil, dont la séparation prématurée eût interdit une telle sagesse. En utilisant ainsi la seconde causalité , le génie théocratique sentit que ces spéculations supérieures étaient exclusivement réservées à l'étude des lois naturelles, qu'il ébauchait dignement envers le domaine inférieur, jusqu'à ce que l'humanité devint directement appréciable.
Toute notre existence morale , tant privée que publique, fut assez consolidée et développée par la théocratie pour résister ensuite aux tendances subversives résultées d'un essor dispersif
232 STSTtUIE DE POLITIQUE POSITIVE.
aboulissant à l'anarchie croissante qni devait terminer notre initiation. La qiontanâtté fétichique avait admirablement institué la vie de famille, mais sans pouvoir ébaucher les relations sociales, ni régler les mœors personnelles. D'après une telle base, le sacerdoce polythéique embrassa pleinement l'ensemble de la morale humaine, qui, malgré ses progrès ultérieurs, ne put jamais être autant systématisée jusqu'à Tavénement du po* sitivisme. Nécessairement empirique , faute d'une saine théorie de notre nature, cette coordination initiale reçut du théologismc un caractère essentiellement égoïste, et ne considéra que les actes, sans s'élever aux sentiments qui les inspirent, vu la tendance trop pratique de la théocratie. Mais ces vices inévitables, corrigés par l'instinct universel et la sagesse sacerdotale, n'ont jamais empêché la principale efficacité de la morale théocratique, qui, successivement modifiée, continua toujours de régler la vie humaine jusqu'à ce que la morale sociocratique se trouvât assez préparée.
L'existence personnelle y subit une admirable discipline , qui ne fut ensuite remplacée que par la sanction spontanée de la raison publique envers les habitudes ainsi contractées. Quoique la nature du théologisme obligeât de fonder ces prescriptions sur des motifs purement individuels, ils dominèrent seulement la consécration des règles, sans présider jamais à leur institution, toujours dirigée, par le sacerdoce, vers une destination sociale. En considérant combien notre grossièreté primitive repousse un tel régime , on sentira d'ailleurs qu'il ne put s'établir que d'après un concours continu des influences les plus énergiques, auxquelles survécurent ensuite ses principales pratiques, quand elles devinrent assez appréciables à tous les yeux.
Cette discipline théocratique embrassa toutes les parties essentielles de noire vie physique, trop abandonnée ensuite au jugement individuel. Développant l'institution des vêtements.
preniijère garantie de la pureté sexuelle , elle y rattacha les principales pratiques destinées à réfréner le plus perturbateur de tous nos instincts. Quoique la plupart des habitudes hygiéniques ^ publiques ou privées , soient depuis longtemps rapportées àdes motifs directement humains^ elles furent partout dues primiUvement au sacerdoce ^ qui ne put les faire prévaloir que d'après Finyocation surnaturelle. Au reste ^ quelle que soit la nature du dogme y de tels préceptes ne comportent jamais une suffisante efficacité que d'après leur liaison directe à l*ensemble de la religion. Depuis que les moindres prescriptions physiques ont perdu leur consécration théocratique saos avoir encore reçu riostitution sociocratique , elles ne peuvent surmonter assez nos plus grossières impulsions, même chez les médecins qui les recommandent.
La principale application de cette discipline personnelle con* cerna Vinstinct nutritif^ qui ne put jamais être réglé suffisamment dans aucun des régimes suivants. Outre leur destination privée 3 ces prescriptions furent souvent inspirées par d'éminentes considératiooMOciaies ^ surtout quand la théocratie réduisit Talimentation animale aUn de rendre Thomme plus disciplinable , en y diminuant une énergie perturbatrice. Indépendamment de leur efficacité spéciale, ces institutions indiquent > en général , combien on peut faire dignement accepter^ par dUmmenses populations 5 des restrictions difficiles et continues, lorsqu'on les rattache à des convictions fixes et communes.
Envers la constitution domestique^ émanée du fétichisme, la théocratie réalisa partout des perfectionnements essentiels, toujours relatifs à sa destination sociale. Son principal service y dut consister à régler les incestes , qui , par des séductions trop naturelles et difficilement appréciables, empêchèrent longtemps le mélange des familles. Malgré l'imperfection de ces premiers pas, leur mérite peut maintenant être senti d'après la
dangereuse résistance de l'Occident moderne aux salutaires prescriptions émanées du'moyen âge.
Quoiqu'il maintint la polygamie 5 le sacerdoce théocratique la restreignit et la régla , par les devoirs qu*il imposait au sexe actif envers le sexe affectif. On doit même regarder sa tolérance à cet égard comme fondée sur une considération sociale plus urgente que le perfectionnement monogame^ encore inopportun. Car il fallait d'abord établir Tunivcrselle obligation qui prescrit à Thomme de nourrir la femme. Or, l'extrême accumulation des richesses chez ies castes supérieures n'aurait pas permis alors de remplir assez cette condition fondamentale sans l'usage de la polygamie parmi les chefs. En le consacrant , la sagesse théocratique reconnut d'ailleurs son aptitude à développer l'existence sédentaire^ à détourner davantage de la guerre , et même à mieux lier les diverses classes.
Dans les relations paternelles et filiales , cemme envers le lien conjugal, la théocratie dut ébaucher un perfectionnement décisif^ en faisant pénétrer au sein des familles TinHuence de la société , dont le sacerdoce constitue naturellement le meilleur organe. Le temps n'était pas encore venu de restreindre directement 3 d'après une destination sociale, l'omnipotence primitive des pères sur les enfants. IVIais l'intervention continue du sacerdoce théocratique prépara dignement un progrès qui ne pouvait commencer qu'au moyen âge.
L'institution des vieillards avait partout été très-antérieure à l'avènement des prêtres. Cependant ceux-ci n'oublièrent jamais leurs précurseurs nécessaires , dont ils s'efforcèrent toujours de fortifier l'influence domestique , quoiqu'elle pût rivaliser quelquefois avec celle de la caste sacerdotale. Pour consolider et développer le sentiment de la continuité , la théocratie dut consacrer le culte des ancêtres privés , sur lequel repose celui des prédécesseurs publics. Or, une telle pratique disposait
davantage à respecter les vivantes personnifications da passée civique ou domestique. Les vieillards restaient d'ailleurs ^ au sein des familles , les organes spéciaux de celte partie du culte universel , comme envers toutes ies institutions émanées du pur fétichisme. •
Je suis ainsi conduit à caractériser directement Tinfluence nécessaire de la théocratie sur l'existence sociale proprement dite^ considérée d'abord moralement^ puis politiquement.
Sous le premier aspect ^ l'humanité sera toujours redevable à sa seconde enfance d'un essor décisif de la vénération , principal but affectif d'un tel âge. Quoique le polythéisme militaire ait beaucoup développé cette disposition fondamentale , il ne put que lui procurer une destination plus active. Mais l'eificacité de celle-ci devenait illusoire si le polythéisme sacerdotal n'avait pas d'abord cultivé suffisamment un tel sentiment , même chez les populations où le régime théocratique ne devait point s'^enraciner irrévocablement
Ce noble instinct avait dignement surgi sous le fétichisme , avec les deux autres affections sympathiques. Néanmoins, notre première enfance ne put vraiment suffire à notre initiation morale qu'envers rattachement proprement dit , auquel des relations bornées conviennent davantage. La vénération, destinée à des liens quelconques , n'était point assez cultivée dans la famille f où le fétichisme la restreignait essentiellement. A son égard , rien ne pouvait dispenser le cœur humain de l'éducation théocratique, seule capable de procurer, d'après la préparation domestique , une suffisante extension du sentiment sur leciuel repose toute vraie discipline. Prolongée à travers tous les régimes ultérieurs, la consécration théocratique constitue encore l'unique garantie de notre respect envers des autorités quelconques , quoique son irrévocable épuisement fasse aujourd'hui sentir profondément l'urgence de la consécration sociocratique.
La seconde causalité , plus fictive et plus absolue que la première^ ne put diriger cette initiation morale qu'en rnccompagnant de deux vices radicaux , ia fragilité de la doctrine , et rinflexibilité de l'institution.* Quoique naturellement inévitables, ils doivent être appréciés^ tti, cmnme formant ^ par leur concours^ la source historique du caractère révolutionnaire que durent plus ou moins offrir tous les régimes postérieurs à la théocratie.
Instituée d'après des croyances périssables 5 la vénération théocratique ne pouvait comporter une suffisante stabilité. Toujours appliquée surtout à la naissance, elle dut Inspirer aux chefs un orgueil souvent abusif. Mais cette double imperfection ne l'empêcha Jamais de réaliser assez sa destination provisoire, essentiellement relative aux sujets.
Notre tendance à l'indiscipline est tellement prononcée d'abord , qu'elle ne peut alors être vraiment surmontée que par des motifs surnaturels. On doit aussi reconnaître , à cet égard , que les croyances monothéiques, si primitivement elles avaient pu surgir, n'auraient pas été susceptibles d'une suffisante efficacité. Car^ la vénération théocratique^ que les émotions théologiques se bornaient à fortiOer^ reposait principalement sur l'origine divine des chefs , là même où le régime des castes ne prévalut pas. Or^ le monothéisme , qui ne comportait point un tel caractère , ne pouvait y suppléer qu'en procurant aux pouvoirs humains une sanction surnaturelle. Mais cette garantie indirecte^ trop dépendante du sacerdoce, et même du public 5 n'était aucunement comparable à la vénération directe et personnelle qu'inspiraient les chefs issus des dieux, et souvent susceptible d'une apotliéose propre.
En Jugeant ce régime, on méconnaît l'existence naturelle des instincts sympathiques qu'il tendait profondément à cultiver partout. L'orgueil qu'il développait chez les chefs ne s'y trou-
DYIiAMIQUE SOCIALE — CHAPITRE TROISIÈME. 237
vait point iDcompatible avec l'essor habitael d'une bonté d'autant plus pure qu'elle y restait indépendante de tout devoir. n fallait alors fonder des autorités puissantes , en réservant à d'autres temps le soin de les régler, afin de ne pas entraver leur avènement par une sollicitude insuffisante et prématurée. Mais c'est surtout envers les sujets qu'on doit apprécier le régime théocratique, dont l'efficacité mérite ainsi l'admiration des vrais philosophes. Il pouvait seul enraciner des habitudes de subordination capables de résister à Tessor croissant des tendances subversives pendant les cinq siècles de la révolution moderne. Malgré la servilité qu'on lui reproche 5 il inspirait partout une obéissance volontaire qui contraste noblement avec la soumission forcée que subissent les occidentaux révoltés contre Tensemble du passé.
Principalement appliquée à la naissance ^ la vénération théocraUque ne tendait point, comme on le suppose 5 à dispenser du mérite 5 puisqu'il ne pouvait alors se développer que parmi des chefs héréditaires , tant spirituels que temporels. Là seulement l'honneur domestique concourait avec l'éducation de famille pour cuitiver les dispositions de cœur et d'esprit qu'exigeait une autorité qui ne comportait pas une meilleure préparation. Car, le temps n'était pas encore venu de fonder directement la prépondérance spirituelle sur le mérite personnel ^ mental ou moral, dont les prétentions sociales furent jusqu'ici plus perturbatrices que rénovatrices.
Dans les modernes déclamations contre l'hérédité théocratique, on n'aperçoit point le pas décisif qu'accomplit le régime humain quand la naissance vînt y remplacer l'âge , unique titre à l'ascendant spirituel qui surgit, au sein des familles fétichiques, après l'institution des vieillards. Ce premier progrès pouvait seul préparer le digne avènement social du mérite , qui , supposant une éducation publique supérieure à la culture
domestique, ne convient réellement qa*à Tétat positif. En effet, la préférence civique accordée à la naissance sur l'âge dépendait essentiellement d'une meilleure aptitude, attribuée aux origines divines, mais due à l'ensemble des influences héréditaires. Un tel pas devient surtout manifeste, dès le début de la théocratie, quand les femmes se trouvent appelées à la royauté , même à certains sacerdoces, en vertu d une hérédité qui surmonte alors^ outre la véritable infériorité de leur sexe , les profondes répugnances qu'inspirait leur suprématie. Dans Tamélioration continue du régime humain, l'âge, la naissance, et le mérite con« stituent une progression naturelle, dont le dernier terme devait être préparé par la succession des deux autres, plus spontanés et mieux appréciables.
On peut ainsi concevoir la grandeur sociale de ces faces sacerdotales, qui, d'après leur origine supposée et leur antiquité réelle, se sentent, même aujourd'hui, supérieures à toutes les dynasties temporelles. Leur ascendant héréditaire pouvait seul permettre dès lors une digne ébauche de la plus éroinente des fonctions spirituelles , en instituant le jugement solennel des morts. Envers cette suprême attribution , le sacerdoce sociocratique se bornera naturellement à ranimer et compléter, par une systématisation décisive , et d'.nprès une extension universelle, l'office théocralique , toujours suspendu depuis, même an moyen âge , sous l'usurpation temporelle.
Avant de terminer le jugement moral du polythéisme conservateur, je ne dois pas négliger l'examen du reproche qu'adresse à son ensemble l'aveugle ingratitude des monothéistes, quand Us l'accusent d'immoralité, d'après sa prétendue tendance à diviniser tous les vices humains. Cette absurde supposition , qui rendrait contradictoire l'existence antique, ne résulte que de Texplication polythéique de chaque passion par un dieu spédilf auquel la théorie monotbéique substitue un démon équl-
valent Le polythéisme 9 surtout conservateur, régla toujours la vie humaine autant qu'elle pouvait l'être alors, et davantage qu'elle ne le fut ensuite. Quoique sa discipline ne pût directement suifire qu'envers les sujets, elle atteignait indirectement les chefs, même spirituels, en y développant, à défaut du devoir, rinsUnct social, fortifié par la sollicitude continue des dieux et des hommes. Mais, suivant l'immuabilité de notre na-r ture, le polythéisme ne consacra jamais, dans aucune classe, une seule opinion vraiment immorale, et souvent il fournit des exemples décisifs de chaque vertu dont les monothéistes s'attribuèrent ensuite le privilège exclusif.
Politiquement envisagé , le régime théocratique ne comporte point un jugement aussi favorable. Avortant envers la cité, par cela même qu'il tenta prématurément de fonder l'église, le polythéisme sacerdotal dut réserver au polythéisme militaire l'établissement décisif de la principale association humaine. Il ne put réellement sortir de la famille qu'en instituant la caste.
Néanmoins, outre la base morale qu'il dut seul fournir à l'existence civique , il la prépara directement en consolidant et développant la propriété territoriale , qui en constitue le fonde^ ment politique. Pour trouver l'origine des grands domaines , il faut partout remonter au delà des conquêtes, dont les modernes s'exagèrent beaucoup l'influence, et pénétrer jusqu'aux donations, privées et publiques, librement oflertes au sacerdoce polythélque, ou même astrolâtrique. Ces immenses possessions, résultat et condition d'une haute efiicacité sociale, ont souvent une source plus pure que les moindres acquisitions d'un travail ordinairement égoïste et fréquemment frauduleux. Tous les peuples sédentaires sentent bientôt que la concentration des richesses . surtout rurales, constitue la principale garantie de leur bon emploi, toujours fondé sur la confiance et la responsabilité. Ils furent ainsi disposés à doter volontairement
le sacerdoce héréditaire d'accumulations matérielles que sa supériorité mentale e( morale lui permettait seul d'utiliser socialement Si la continuité civique avait pu s'établir assez au sein des théocraties pour y conduire l'essor industriel jusqu'à son ascendant moderne 5 les grands capitaux ainsi possédés auraient mieux pris leur direction finale qu'en émanant des chefs militaires. Mais^ quoique l'institution des entrepreneurs fût incompatible avec le régime des castes, elle s'y trouvait préparée par l'universelle prépondérance de la classe la plus susceptible^ de cœur et d'esprit^ de bien apprécier l'ensemble de l'existence pratique.
£n achevant ce jugement politique de la théocratie ^ je dois faire sentir comment elle fournit à la propriété 5 surtout terri-' toriale , la plus puissante consécration et la constitution la plus complète. Soûs le premier aspect^ son efficacité subsiste encore parmi les polythéistes récemment dégagés du fétichisme, principalement en Océanie, où l'institution du tabou, tant privé que public, permet au sacerdoce de protéger l'essor naissant des possessions fixes. On ne peut concevoir aucune autre source pour la sanction primitive d'une appropriation aussi facile à violer, et trop peu respectée, dans les mœurs modernes, d'après l'épuisement des consécrations théocratiques.
^Quanta la constitution politique des propriétés quelconques, la théocratie lui procura seule une plénitude normale , en liant la richesse à la profession, d'après leur commune hérédité dans le régime des castes. Ainsi fut préparée, dès le début, la connexité finale que la sociocratie doit maintenant établir entre les instruments et les fonctions. Le régime initial n'exige, à cet égard , qu'une seule modification générale , substituer le choix à la naissance dans la succession sociale des offices, tant privés que publics, en augmentant l'autorité des prédécesseurs, comme leur responsabilité, loin de diminuer Tune ou l'autre. Idais,
DYNAMIQUE SOaALE. — CHAPITRE TBOISIÈME. 2iii
après la théocratie et jusqu'à la sociocratie^ la propriété se trouve anarchiquement constituée , suivant une vicieuse séparation entre la richesse et le pouvoir. Non moins in*ationneUe qu'immorale^ cette, scission croissante est devenue, chez les modernes , la principale source des dangereuses déclamations relatives à l'abus des capitaux.
Le jugement concret de la théocratie ayant maintenant com piété son appréciation abstraite^ je dois termhier ce chapitre en expliquant directement la liaison historique entre le polythéisme conservateur et le polythéisme progressif. Mais il faut auparavant caractériser sommairement deux cas exceptionnels, où le régime théocratique repose sur le monothéisme ou devient indépendant de l'hérédité sacerdotale. Quoiqu'on ait beaucoup exagéré l'importance du judaïsme, et même celle du bouddhisme , ces deux grandes anomalies exigent ici quelques explications spéciales , tendant d'ailleurs à mieux éclaircir la théorie générale que je viens d'établir.
Toute théocratie normale est nécessairement polythéique, soit que, suivant le mode le plus ordinaire, elle provienne du fétichisme par l'astrolâtrie , soit même quand elle en émane d'après l'essor général de la contemplation abstraite. Le monothéisme n'étant jamais qu'un polythéisme réduit et concentré, son avènement ne peut résulter d'aucune tendance spontanée et populaire, n suppose toujours une longue suite de méditations philosophiques , qui ne saurait surgir que dans une corporation théorique, dont les opinions prévalent par l'enseignement. En même temps, cette antériorité mentale de la théocratie envers le monothéisme présente une haute importance sociale , afin d'éviter l'excesdve concentration du sacerdoce héréditaire. Sous le polythéisme, il se partage naturellement entre diverses familles pontificales , dont les rivalités mutuelles tempèrent l'ascendant commun, quoique leur subordination
2ll2 8T8TÈ1IE DB POUTIQUE POSITIYB.
générale se trouve maintenue d'après la hiérarchie spontanée des dieux correspondants. Cette pondération nécessaire suscite l'admirable abnégation qui nous empêchera toujours de disthiguer aucun nom dans la domination collective des castes sacerdotales^ où ne surgirent jamais les manifestations personnelles > même théoriques. Les abus propres au régime théocratique y résultant surtout d'une autorité trop concentrée , ils deviendraient bientôt intolérables si le monothéisme fortifiait à la fois l'ascendant social et la discipline intérieure du sacerdoce prépondérant.
Néanmoins , soit en vertu même de cette réaction politique , soit d'après une tendance intellectuelle^ les castes sacerdotales manifestèrent promptement leur prédilectiou naturelle pour une concentration théorique qui leur paraissait propre h consolider et développer leur domination pratique. C'est surtout Afin de propager une telle croyance parmi les chefs temporels , avant qu'elle pût devenir populairo 9 que furent institués les principaux mystères de l'antiquité. Mais les motifs mêmes qui poussaient les prêtres vers le monothéisme devaient en détourner les guerriers 9 toujours disposés à préférer le polythéisme comme satisfaisant mieux leur intelligence et leur ambition, quoiqu'ils aspirassent ordinairement à ces initiations accréditées.
D'après ce conilit continu ^ qui souvent suscita de violents orages , les castes théocratiques furent partout conduites à tenter des colonisations monothéiques , pour s'assurer un refuge personnel contre les persécutions militaires chet une population destinée à développer leur utopie sociale. Ainsi surgirent les petites théocraties exceptionnellement fondées sur lé mono^ théisme. La plus importante et la mieux connue fut instituée , entre les deux vallées opposées du Nil et dc^ l'Euphrate, par des colonies égyptiennes et chaldéennes, sous la secrète impulsion des principaux sacerdoces correspondants.
DYNAMIQCJfi 80GIALB. «* CHAPITRI TROISIÈME. 26 S
Quelle que soit leur soarce , ces théocraties exceptionnelles manlflostent , pendant leur durée ^ tous les caractères essentiels du régime expliqué dans ce chapitre. Mais ce cas spécial est éminemment propre à confirmer la loi générale qui rattache au polythéisme la vraie constitution théocratlque. Car la profonde consistance de celle-ci s'y trouve remplacée par une Instabilité radicale^ d'où ressort la nature purement factice de la théocratie monothéique. L'impopularité de la croyance y développe la domhiatlon oppressive d'un sacerdoce trop concentré^ toujours préoccupé du soin de maintenir le monothéisme chez des sujett constamment disposés à retourner au polythéisme. Malgré cett sollicitude continue^ ou plutôt d'après les antipathies qu'elle suscite j les guerriers y prévalent sur les prêtres plus promptement qu'au sein des théocraties normales. On doit regretter l'obligation de puiser^ dans leur courte existence, des types personnels du régime sacerdotal , qui , partout ailleurs excluant l'individualité 9 ne la fait surghr que là. L'admirable nature 5 mentale et morale^ de celui que l'Occident moderne s'est incorporé n'empêchera Jamais de sentir son inaptitude nécessaire à personnifier les vrais théocrates.
A cette exception théocratlque^ où l'altération concerna seulement la doctrine théologique ^ sans affecter gravement la constitution sociale, il faut maintenant opposer celle qui, conservant essentiellement le dogme polythéique , troubla radicalement le régime sacerdotal.
Les abus de celui-ci finirent par susciter, en divers cas, même chez les prêtres, et surtout sous la protection des guerriers, des tentatives de réformation, dont le bouddhisme présente le meilleur type. Mais, à travers d'immenses luttes, elles ne purent jamais régénérer véritablement une constitution qui devait partout subsister Jusqu'à l'universel avènement du positivisme final. Leur tendance purement subversive se manifeste
directement d'après la profonde incohérence qui caractérise leur innovation principale^ où se trouve méconnue la connexité nécessaire des deux institutions fondamentales de la théocratie. Tout en conservant l'hérédité des professions quelconques , on l'abolit seulement envers les fonctions sacerdotales 5 que purent dès lors obtenir^ diaprés certaines épreuves , les types théoriques émanés des diverses castes. Cette inconséquence radicale , qui maintint partout le principe héréditaire en Fécartant pour l'office auquel il convenait le mieux , fut surtout inspirée par une vague tendance à faire déjà prévaloir le mérite personnel 9 dont Tavénement social était alors impossible.
Une telle anomalie n'est ici destinée qu'à confirmer davantage la nécessité de l'institution qu'elle aspirait à réformer. Quelques abus qu'engendrât l'hérédité du sacerdoce théocratique 5 ceux de la protestation bouddhique , consolidée par un fréquent célibat , devinrent bientôt supérieurs; Une prétendue vocation théorique y protégea souvent une coupable tendance à s'affranchir du travail pratique en se procurant ^ après une v-aine préparation^ une existence non moins orgueilleuse qu'oisive. On peut ainsi sentir mieux Taptilude naturelle de l'hérédité théocratique à fortifier Tesprit synthétique et le caractère pratique qui distinguent le sacerdoce polythéique. L'appui que les chefs temporels accordèrent au bouddhisme , comme Ma prédilection ultérieure des rois occidentaux pour l'arianisme , confirme assez la tendance d'une telle hérésie à compromettre la domination sacerdotale sans régénérer le régime correspondant
En comparant les deux exceptions que je viens de juger, on sent que la seconde ne mérite aucunement d'être assimilée à la première , parce qu'elle n'a jamais pu rien fonder, quoiqu'elle ait obtenu beaucoup plus d'adhérents. Malgré sa perfection morale ^ le législateur du bouddhisme témoigna trop d'Insuffi-
sance mentale pour qu'on puisse l'ériger^ comme celui du judaïsme, en type théocratique. Quelque utilité qu*alt pu d'ailleurs susciter indirectement ce protestantisme polythéique, d'après l'ensemble de ses réactions intellectuelles , surtout esthétiques, ses prétentions théoriques aboutirent principalement à développer une subtile ontologie , aussi nuisible que chimérique.
n ne me reste mahitenant qu'à déterminer comment le polythéisme conservateur se lie à la suite de l'initiation humaine, en servant de base au polythéisme militaire > auquel seul remonte la civilisation occidentale.
Cette appréciation constituerait l'une des principales difficultés propres à la philosophie de l'histoire , si l'explication ne ressortait pas naturellement de la théorie établie dans ce chapitre. En effet , J'ai déjà prouvé que la filiation ne put jamais être directe entre les types vraiment caractéristiques du polythéisme sacerdotal et du polythéisme militaire. Quelque profondes modifications que la théocratie ait partout subies depuis longtemps^ malgré sa prétendue immobilité^ les mœurs qu'elle histitue sont à la fois .trop prononcées et trop persistantes pour permettre une telle transformation.
Dans une théocratie quelconque^ les guerriers prévalent finalement sur les prêtres , quand la culture hitellectuelle et l'essor industriel cessent de dissimuler le besoin fondamental d'une activité vraiment collective, qui ne peut alors être que militaire. Le sacerdoce retarde autant que possible cette inévitable altération en s'efforçant de développer universellement les aspirations théoriques et les tendances pratiques. Il suffisait de concevoir la nécessité d'une telle politique pour repousser les aveugles reproches de rétrogradation dirigés contre un régphne où les prêtres ne peuvent prévenir l'ascendau tdes guerriers qu'en stimulant partout et toujours les progrès pacifiques. Mais
leur sollicitude continue ne saurait surmonter la fatale contradiction de l'ensemble de la théocratie avec la constitution fon^ damentaie de la nature humaine , qui prescrit la subordination normale de Tintelligence envers Tactivité. Quoique l'essor théorique de l'humanité n'ait pu devenhr décisif que tfaprfis TàScendant soeial de la classe contemplative^ le besoin dé subordonner la spéculation à l'action laissa toujours sentir que le commandement appartient aux praticiens , éonmie le conseil Mt théoriciens.
Néanmoins j la prépondérance finale des guerriers sttr les prêtres ne parvint jamais à transfôrtder la constltiition théch critique en un vrai régime militaire. Les dispositions populaires permirent seulement la substitution de 1 Wendant pratiqué à l'ascendant théorique., mais sans changer essentiellement la tendance habituelle de la sociabilité correspondAnte 5 caractérisée par rittstlttttlon des castes , qui ne cessa point de doml«ner. Malgré d'immenses expéditions, aucun système de Côtt«qnétes ne pnt s'étsbW th^t des populaOons radicalement antipathiques à la guen^ 9 et qui sentaient , à leur manière , Vétat normal de l'humanité 5 d'après Tinsurmontable éducation qu'elles durent au sacerdoce. ITne telle révolution n'aboutit par«tout qu'à développer les principaux Inconvénients qtle la sagesse théocraUque avait difficilement contenus dans ce régime, dont la critique moderne méconnaît radicalement la vraie dégé^ nération , essentiellement dne aux militaires. Toutes les grandes théocraties subsisteront nécessairement, malgré des efforts quelconques. Jusqu'à ce que la religion unlveirselle vienne y constituer, plus aisément qn'allleurs, on état final dont elles foumhrent toujours le type anticipé.
En comparant ce chapitre avec l'ensemble du volume précédent, le lecteur doit, en effet, sentfar une affinité fondamentale entre le régime théocratlque et le régime soclocratlque. Malgré
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leurs diflërences essentielles^ le passage de Tun à l'autre peut devenir vraiment direct , sinon dans l'évolution spontanée , au moins d'après une impulsion systématique. Le volume suivant appréciera spécialement une telle transition , afin de caractériser Teitension nécessaire du positivisme occidental aux théocraties orientales. Je dois ici me borner, à cet égards aux indications les plus générales , qui^ tout en démontrant cette possibilité, conduiront à mieux reconnaître la nécessité du mode historique suivant lequel l'humanité s'est graduellement élevée de la théocratie à la sociocratie. Mais la transition artificielle ne serait point assez conçue si je n'y distinguais pas la question intellectuelle et la question sociale.
Sous le premier aspect, tout esprit vraiment philosophique peut aisément comprendre aujourd'hui la transformation immédiate du polythéisme en positivisme , sans traverser aucun monothéisme. Le chapitre précédent explique comment la philosophie des lois aurait pu succéder à celle des causes avant que la causalité devint indirecte* Toutefois , quand les dieux ont remplacé les iétiches, lé dogme positif ne peut plus surgir de manière à prévaloir finalement dans l'évolution spontanée^ que d'après une suffisante concentration de la seconde causalité. Néanmoins, cette réduction préalable est plus exigée, même alors, par les besoins sociaux que par les conditions intellectuelles. Quoi qu'il en soit , quand la positivité se trouve enfin systématisée , elle peut mieux prévaloir chez les polythéistes , surtout théocratiques, que parmi les monothéistes, puisque les premiers sont moins absolus.
La vahae unité que présente toute philosophie monothéique dispose profondément à repousser le dogme positif, nécessairement caractérisé par la multiplicité des lois réelles, radicalement irréductibles entre elles, malgré leur subordination mutuelle. Une sage pluralité permet à la philosophie des causes de
3/i8 SYSTÈME DE POUTIQUE POSTriYE.
mieux préparer celle des faits généraux, n suffit d'y trainsformer les dieux en destins , et de les coordonner de manière à représenter la vraie hiérarchie encyclopédique. Les impulsions pratiques accréditant la prévision rationnelle 5 les lois peuvent dès lors se substituer bientôt aux volontés , surtout chez les peuples théocratiques, où le polythéisme émane ordinairement de Tastrolâtrie , qui dispose mieux à la fixité des relations. Si cette initiation positive est convenablement dirigée 5 deux générations me semblent devoir suffire pour l'accomplir irrévocablement.
Cet espoir se trouve fortifié par le concours général des influences sociales avec les tendances intellectuelles. Les mœurs théocratiques doivent aisément accueillir la religion qui proclame la paix universelle et fait enfin prévaloir le travail. En même temps, les castes sacerdotales peuvent dignement apprécier le seul régime propre à les délivrer de Toppression militaire , en relevant la dignité sociale de Fhitelligence. Quoiqu'il leur prescrive la transformation du commandement en conseil^ le peu d'influence effective que leur laisse la domination des guerriers doit les disposer à subir sans répugnance cette condition nécessaire , plus conforme d'ailleurs au véritable ascendant théorique. Depuis longtemps en proie à Tanarchique agitation suscitée au nom du mérite^ les ihéocrates doivent goûter une doctrine qui le fait dignement prévaloir sur la naissance , mais en appréciant la vraie valeur de celle-ci, comme de l'âge.
Quant à la caste militaire^ elle est facilement réductible au patricial industriel , chez des peuples où la guerre devient impossible. Les richesses lui permettent de bien diriger la transformation des castes en classes, d'après une religion qui, consacrant la vie domestique , développe l'autorité paternelle en substituant le choix à la naissance pour la transmission hérédi-
taire des capitaux et des fonctions. Enfin , il serait superfla de signaler les sympathies que doivent inspirer aax femmes la substitution d'une pleine monogamie à la polygamie théocratique et rirrévocable avènement du sexe affectif à sa vraie di* gnlté sociale.
Un tel ensemble de motifs, théoriques et pratiques, rend incontestable l'heureuse possibilité d'une transition dhrecte^ et même rapide > entre la théocratie et la soclocratie , d'après la transformation artificielle du polythéisme en positivisme. Mais cette grande rénovation repose nécessairement sur l'appréciation systématique des deux états , dont l'insufiisante connaissance empêcherait de concevoir^ et surtout de diriger, leur filiation hnmédiate. La démonstration précédente suffirait donc pour annoncer que l'évolution spontanée dut procéder autrement , en instituant le polythéisme* militaire comme le seul lien histo* rique de la théocratie avec la soclocratie.
Toutefois, cette interposition nécessaire n'ayant jamais pu s'accomplir au sein d'une même population, le mouvement humain semble ici devenir discontinu, puisque nous y changeons d'ancêtres. Mais une telle mutation n'altère aucunement la philosophie de l'histoire , quand on reconnaît qu'elle fut toujours indispensable et Jamais fortuite. Or, cette double appréciation ressort spontanément de l'ensemble de ce chapitre, que je vais termbier en la résumant directement.
D'après la théorie qui s'y trouve établie, le principal théologisme fut spécialement destiné, d'une part à poursuivre notre éducation morale en développant l'instinct de la vénération , de l'autre à préparer l'avènement du Grand-Être en faisant surgfr la Patrie. Le fétichisme avait posé la base commune de ces deux progrès généraux, en instituant Irrévocablement la famille et cultivant dignement l'attachement. Mais leur accomplissement décidf exigeait que le polythéisme dirigeât, d'uue part, la sys-
tématisation provisoire de Tordre humain; de l'autre Tessor initial de Tactivité collective. Or, ces deux préambules ne parent aucunement coexister, ni dans le temps , ni dans Tespace, quoique pareillement propres à la seconde causalité. L'évolu- ,^v tion active de rautiquité dut succéder à l'évolution affective qui
lui servait de fondement ^ et pourtant elles exigèrent des peuples distincts, vu Tincompatibilité des mœurs pacifiques de l'une avec les mœurs guerrières de l'autre.
Cette séparation nécessaire s'accomplit spontanément, sans aucune fortuite , d'après les motifs naturels qui répartirent les populations humaines entre le polythéisme sacerdotal et le polythéisme militaire , suivant la manière dont elles sortirent do fétichisme fondamental. Quoique les tendances théocratiques et les inclinations guerrières se fissent simultanément sentir partout , il était impossible que les unes ou les autres devinssent universellement prépondérantes. L'influente continue du milieu matériel dut surtout déterminer chaque population sédentaire à se diriger essentiellement vers la culture pacifique ou vers l'activité sociale. Ces deux cas paraîtront également disséminés , si Ton tient compte de l'inégale extension des peuplades correspondantes. Malgré le concours spontané de Tinfluence sacerdotale avec l'impulsion militaire pour le premier agrandissement de Tassociatiou humaine, l'ascendant théocratlque comporta plus de sujets que le patriciat guerrier, sauf quand celui-ci put pleinement développer son système de conquêtes.
Ahisi , la série initiale de nos ancêtres sociaux tenta directement de fonder l'église sans pouvoir d'abord instituer la cité , mais en établissant partout la base morale de la discipline hu- * maine. D'après cette préparation ^ la série propre à la civilisa-
tion occidentale tendit indhrectement vers l'association universelle en développant assez Texistence civique > suivant la seule
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activité spontanément collective. Tout le reste de l'initiation humaine^ même intellectuelle^ s'accomplit nécessairement chez ces ancêtres militaires^ dont la proximité ne doit pourtant nous faire Jamais oublier nos initiateurs sacerdotaux.
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