THÉORIE POSITIVE DE L^LABORATIOH GRECQUE
APPRÉCUTION Gl^ÉRÀLE DU POLÏTHÉISIIC IMTELLECTUEL.
Pour que la nature et la destination de ce chapitre deviennent assez appréciables ^ j'y dois d'abord préciser davantage rexplication générale quL termine le précédent
L'évolution affective constitue nécessairement la résultante continue des réactions morales finalement émanées de l'évo- « lution active et de l'évolution spéculative. D'après ce principe 9
la première peut donc» réciproquement , représenter l'ensemble des deux autres. Or ^ elle-même se résume toujours dans Tessor graduel de la sociabilité , vers lequel concourent spontanément tous nos instincts sympathiques. Ainsi, cet essor fournit naturellement la meilleure mesure de l'ensemble du , développement humain 9 pourvu qu'on ne méconnaisse jamais sa double source. En effets il caractérise directement le progrès continu de notre véritable unité, .jfe point de vue synthétique me permet de rendre à la fois plus précise et plus systématique la théorie historique que je viens d'établir sur le concours nécessaire des deux polythéismes, sacerdotal et militaire 9 à l'évolution normale de l'antiquité.
En posant; dans le volume précédent» la double base morale de Tordre social : Dévouement des forts aux faibles, Féné* ration des foibles pour ks forts, j'ai dû la formuler suivant la disposition qui convient à Tétat final de l'humanité. Mais J'ai dès lors averti que , pendant toute la durée de révolution préparatoire ^ l'arrangement inverse prévalut nécessairement Cette marcbe spontanée se trouve indiquée par l'initiation individuelle ; où la progression sympathique procède toujours du particulier au général. Or, la préparation collective exige davantage un tel arrangement. Car la vénération universelle y devient la base nécessaire du développement décisif des forces politiques. ^
Ainsi , le second terme du dualisme social dut être seul cultivé ^ d'une manière directe et systématique ^ dans la civilisa* tion ancienne. Elle abandonns^ nécessairement le premier à la préparation, indirecte et spontanée, résultée de l'impulsion naturelle qui dispose les dignes chefis à se dévouer librement quand ils se sentent vraiment vénérés. Devant développer, à tout prix, les forces humaines^ elle concentra la cultujre morale sur le sentiment qui leur sert de base , sans entraver leur avènement par une disciplbe autant inopportune qu'impossible. Telle fut la principale destination du théologisme succédant au fétichisme qui n'avait réellement constitué que la famille, hs^ hiérarchie sociale étant ahisi fondée, sa vraie systématisation ne pouvait appartenir qu'au po^tivisme, dont le monothéisme devint seulement le précurseur nécessaire d'après une ébauche prématurée.
Mais cette élaboration morale exigea naturellement deux préparations distinctes, qui, malgré leur concours final, ne durent jamais être simultanées, vu l'opposition spontanée de leurs conditions respectives.' ^n effet, il fallut d'abord systématiser l'essor intérieur de la vénération , et puis développer
sa destination extérieure , seule conforme à son vrai caractère social. C'est ce qu'accompltrent successivement le polythéisme sacerdotal et le polythéisme militaire.
Successeur immédiat de Tordre fétichique , le régime théo* oratique étendit irrévocablement à toutes les relations humaines, même subjectives, les sympathies élaborées au foyer domestique. Pendant sa longue prépondérance , la théocratie disposa les hommes à se traiter en frères , en concevant tous Isurs prédécesseurs comme des pères collectifs et tous leurs successeurs comme des fils communs, suivant l'heureuse expression de neveux, oii la continuité se combine avec la solidarité. Mais, pour constituer solidement la sociabilité subjective , elle dut surtout développer les liens détermhiés que le passé peut seul nous offrir y en réservant à la sociocratie la culture de nos liaisons envers Tavenir» quand une vraie théorie de notre évo* lution totale nous y permettrait une équivalente sympathie. Cet essor décisif de la vénération universelle s'accomplit en transportant à la naissance la suprématie primitivement écliue à Tâge, et rattachant à des souches divines les familles prépondérantes. Il fut directement efficace envers sa principale destination , toujours relative aux sujets , dont la soumission volontaire, première base de toute vraie moralité, tendit indirectement à susciter le dévouement spontané des dignes chefis.
D'après cette intime préparation , le polythéisme militaire compléta notre initiation morale, en développant le caractère pratique d'une vénération qui d'abord fut trop abstraite. Ce complément nécessaire résulta d'une irrévocable constitution de l'existence civique, seule apte à conduire graduellement le oceur humain de l'affection domestique à l'amour universel. Un tel progrès se trouvait réservé naturellement au polythéisme militaire, directeur exclusif de l'unique activité qui soit spontanément collective.
DYNÂiaQDB SOCIALE. — CnAPITAB QUATRIÈME. 255
Quoique la théocratie fût moins iusaffisante que le féticliisme envers la vie publique, elle ne pouvait cependant la faire assez surgir. Car, fondé sur la suprématie sociale de Hntelligence, le régime sacerdotal devait seulement cultiver Tactivité pacifique, h laquelle se rapporte directement le principal exercice de l'esprit. Mais^ tout en ébauchant ainsi Tordre normal y la théocratie entiavait radicalement sa préparation morale , d'après le caractère profondément personnel d*une telle existence pratique, dont la transformation sociale exigeait l'ensemble de l'initiation humaine.
Outre cette insuffisance nécessaire envers l'activité y la constitution théocratique présentait un vice équivalent , aussi grave quoique moins direct , quant à l'intelligence elle-même , dont elle ne put diriger que le premier essor. En procurant à l'esprit une domination contraire à notre vraie nature , elle le dirigea trop exclusivement vers les destinations pratiques, qui finirent par le rendre incapable d'un sufiisant essor abstrait , seule source possible de la synthèse finale. Cotte influence mentale se combina d'ailleurs avec la corruption morale rér sultée d'un vicieux ascendant social , même avant que la révolte nécessaire de l'activité non satisfaite eût dénaturé le régime des castes.
Telle est donc la double insuffisance de la systématisation théocratique succédant à la spontanéité fétichique. Profondément efficace envers le sentiment déjà surgi, jamais elle ne put en histituer assez les deux serviteurs généraux. Directement hostile à l'activité collective, elle devint indirectement contraire à la spéculation abstraite. Néanmoins ^ seul type jusqu'ici d'un ordre complet , ce régime, quoique nullement inflexible ^ ne comportait point les intimes transformations qui seules auraient pu rectifier ses deux vices essentiels. La civilisation sacerdotale laissa surgir, hors de son sein , la double transition
réservée à la sociabilité militaire^ dont elle attend encore Tissue finale ponr se fondre dignement dans Tassociation oniverselle que le positivisme vient systématiser.
Une telle conclusion oblige à concevoir tout le reste de la préparation humaine comme dirigé nécessairement par le polythéisme progressif, qui ne put se développer que chez les populations où la théocratie n'avait jamais prévalu complètement. La seconde moitié de ce volume se trouve donc consacrée à ce nouvel essor, qui s*est réellement prolongé jusqu'à nos jours, aux yeux de quiconque n'en sépare point ses conséquences nécessaires» quelque indirectes qu'elles puissent d'abord sembler. Mais ici commence aussi le caractère révolutionnaire que dut offrir de plus en plus l'immense transition comprise entre la théocratie et la sociocratie.
Il se manifeste d'abord en comparant la durée totale du polythéisme progressif à celles de l'état théocralique et de Tordre fétichique. Si l'on considère ce second théologisme confme spontanément prolongé par la transition monothéique du moyen âge suivie de l'anarchie métaphysique , il aura vraiment duré trente siècles, puisqu'il commence, dans notre série occidentale, aux temps homériques. Mais une telle existence, d'ailleurs assujettie à de fréquentes et profondes modifications, ne constitue qu'une phase épisodique , dont les fétichistes et les théocrates attendent le résultat local, justement fiers de leur incomparable longévité.
Par une appréciation spéciale , on confirme doublement ce Jugement général , en reconnaissant que , depuis la. théocratie Jusqu*à la sociocratie, le théologisme militaire détruisit sans remplacer. 11 altéra profondément la sociabilité sacerdotale , soit quant à la continuité , soit même envers la solidarité , en cultivant spontanément des tendances purement subversives. Quoiqu'elles fussent devenues autant indispensables qu'inévi-
DYNAMIQUE SOCIALE. — GHAPITBE QUATRltlIE. 257
tables^ Je dois ici prévenir toute illusion sur ce caractère né* cessairement révolutionnaire , source iiistorique de l'anarchie actuelle 5 dont la gravité pourra dès lors être mieux appréciée.
Envers la continuité , cette altération primitive n'est aucunement comparable à celle que je devrai reprocher au monothéisme 5 surtout occidental^ d'après sa brutale rupture avec rensemble de ses vrais antécédents. Car la première fut essentiellement involontaire , et due seulement à la nécessité , cidessus expliquée, qui nous forçait alors de changer d'ancêtres. Néanmoins, notre continuité ne reste vraiment complète qu'en demeurant à la fois vitale et sociale , comme dans le passage du fétichisme à la théocratie. Quand l'initiation humaine ne peut se poursuivre qu'en changeant de siège , elle devient nécessairement discontinue 5 parce que la succession n'y saurait être assez sentie, surtout pendant Tenfance. Ainsi surgit, dans Tantiquité , la séparation spontanée qui distinguera toujours les deux âges où prévalurent respectivement le polythéisme sacerdotal et le polythéisme militaire.
Quoique le second dût partout reposer sur le premier, il ne put jamais sentir assez une telle préparation, parce qu'elle avait été trop peu caractérisée, faute d'un suffisant développement. Car, leur succession s'accomplit d'après la prépondérance des guerriers sur les prêtres , qui modifie finalement toutes les théocraties. Mais là cette révolution survint avant que le régime des castes pût être pleinement établi , même au sein du sacerdoce. G*est seulement ainsi que le polythéisme militaire développa sa nature propre, qui ne saurait assez surghr quand les guerriers ne prévalent qu'après un essor décisif des mœurs théocratiques. Or, par cela même, les populations qu'il dirige perdent bientôt le souvenir de leurs antécédents sacerdotaux , sans qu'elles deviennent aucunement hostiles à leurs
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ÎA théocratie disposa toujours à coDceroir le polythéisme comme susceptible de con?eoir également à tons les peuples, d'après une doctrine uniforme , consacrant partout des moeurs paelflqueft. cj*est alors que la religion prorisoire se rapprocha le mieux rrnne téritaiile unirersalité , dont le monothéisme tenu falnement de s'attribuer ensuite le privilège exclusif^ démenti i même aujourd'hui , parTaptitude du polythéisme sacerdotal à rallier les plui vastes populations. Au contraire , le polythéisme militaire acquiert nécessairement un caractère de nationalité , sans lequel 11 ne pourrait point développer assez sa dcHlination sociale » seule source essentielle de sa diversité dogmatique. Cette nécessité même interdit^ il est nai^ de re-
DYNAMIQUE SO€IAL£é — GSAMTBI QUATRIÈME. S59
procber à de telles populations une tendance directement Ué^ à leur but propre» Mais elle ne saurait empêcher de recduna!'tre, en contemplant l'ensemble des rapports humains^ qiie le polythéisme militaire nous éloigna d'abord de l'association utii-> verselle^ quoiqu'il la préparât ensuite en dirigeant l'incorporation politique des peuplades non tbéocratiques.
Dans l'existence civique , sa tendance révolutionnaire devint plus prononcée 5 d'après la profonde altération qu'il fit nécessairement subir à Tinstitution des castes , base générale de l'ordre ancien* Sans que les castes industrielles fussent jamais abolies , la prépondérance graduelle de la vie guerrière finit par les agréger essentiellement à la caste militaire. En même temps , celle-ci s'empara bientôt des principaux sacerdoces , afin d'assurer la discipline indispensable à sa destination , sauf quand les familles pontificales se transformèrent en patriciat temporel , ce qui produisit un résultat équivalent , la subordination des prêtres aux guerriers. Cette double altération du régime fondé sur la naissance se trouva compensée par l'immense développement que reçut alors l'institution de l'esclavage ^ devenu la base nécessaire de l'essor militaire^ tandis qu'elle avait toujours été purement accessoire dans la théocratie. Néanmoins 9 chez les populations oil la vie guerrière put pleinement surgir^ les hommes libres ne conservèrent de disthiction héréditaire^ à la fois spirituelle et temporelle^ qu'entre les officiers et les soldats.
Ahisi réduit) le régime des castes fût souvent Compromis par les profondes hostilités de ces deux classes^ même avant sa dissolution monothéique , dirigée vers l'abolition de l'esclavage. Leurs luttes presque continues firent bientôt subir, en Occident, au principe de la naissance une altération socialement équivalente 5 pour la caste militaire , à celle qu'il reçut, envers la caste saoerdotale , par FaTénement oriental du bouddhisme.
260 SYSTÈME DB K>UTIQUE tH)SITITE.
De part et d'autre, la perturbation fut toujours suscitée au nom du mérite, dont le juste ascendant n'était aucunement possible alors. Aussi, des deux côtés, le résultat devint-il également subversif, quoique sous divers modes, respectivement adaptés «^ la nature de chaque cas. Les examens illusoires des théoriciens correspondirent, chez les praticiens, à l'usage anarchique où l'ensemble des inférieurs usurpa le choix personnel des supérieurs , d^abord dans l'enceinte de la caste à la fois militaire et sacerdotale, puis parmi tous les hommes libres.
Une telle appréciation démontre que le polythéisme ne put devenir vraiment progressif qu'en prenant un caractère essentiellement révolutionnaire , qui le disposa toujours à dissoudre l'ordre antérieur sans y substituer aucun équivalent social. C'est donc là que remonte la fatale incompatibilité , tant développée chez les modernes , entre la conservation et le perfectionnement , que le positivisme peut seul concilier radicalement. Pendant notre première enfance, le fétichisme constitua spontanément , sous les divers aspects essentiels , l'ordre fondamental de l'humanité, mais sans pouvoir autoriser, en aucun genre , le progrès nécessaire. Le polythéisme ne put ensuite instituer celui-ci qu'en suscitant, à tous égards, des tendances directement subversives, qui ne furent assez contenues que par la sagesse sacerdotale appuyée sur l'ensemble des antécédents fétichiques. Il faut donc concevoir le régime théocratique comme le seul vraiment conforme à la nature du dogme théologique ; de manière à ne pouvoir être remplacé que par une suite de transitions, plus ou moins révolutionnaires, jusqu'au véritable avènement de la sociocratie.
Cette conclusion sociale se trouve en pleine harmonie avec la source intellectuelle du théologisme , qui le priva toujours d*une profonde consistance. En devenant indirecte pour se rendre complète , la causalité perdit nécessairemenl la fixité
spoQtaDée qu'elle avait conservée tant qu'elle était restée incomplète mais directe. L'explication du monde d'après son assimilation à l'homme constitue une philosophie toujours intelligible 9 seule adaptée d'abord à nos besoins comme à nos tendances, et d'ailleurs conforme au précepte fondamental de la saine logique , la vériflcabilité des hypothèses quelconques. Mais elle se trouve naturellement bornée à Tordre extérieur^ soit matériel, soit vital; de manière à devenir aussi frivole qu'Irrationnelle quand on s'elTorce de l'étendre jusqu'à l'ordre humain , en substituant les dieux aux fétiches. L'humanité reste nécessairement en dehors de la synthèse des causes , par cela même qu'elle en fournit le type : elle ne peut vraiment rentrer que dans la philosophie des lois^ dont elle constitue à la fois la conclusion objective et la source subjective. C'est seulement pour satisfaire aux exigences sociales que la religion absolue dut s'incorporer, à sa manière, l'étude générale de Tordre humaiïi , en transformant le fétichisme en théologisme. Mais la nécessité de cette transformation ne saurait dissimuler sa tendance spontanément dissolvante, tant morale que mentale, qui se développa, dans tous les sens, dès que le polythéisme militaire eut remplacé le polythéisme sacerdolaL
Néanmoins , une telle conclusion ne détournera personne d'étudier avec soin ce décroissement graduel de la synthèse absolue, quand on aura bien reconnu sa destinée purement provisoire. Après avoir assez expliqué la partie vraiment organique de l'initiation humaine, qui se compose du félichisme et de la théocratie unis par Tastrolûlrie , je dois donc procéder à Tappréciation , également nécessaire, de sa partie essentiellement révolutionnaire, y compris son complément monothéique. Mais il faut d'abord compléter cette introduction en instituant la décomposition générale du polythéisme progressif en intellectuel et social , sans laquelle on ne saurait compren-
Ki ST8TËII£ DB POUTIQU£ POSITIVE.
dre son aptitude spontané à réparer les deux lacunes, mentale et sociale, propres au polythéisme conservateur.
Outre l'impuissance directe de la théocratie envers l'activité collective , j'ai ci-dessus démontré son insuffisance indirecte quant à la spéculation abstraite , d'après la tendance trop pratique résultée de la domination sacerdotale. Je n'ai plus besoin d'expliquer comment le polythéisme militaire corrige naturellement la première imperfection. Mais sa tendance à rectifier aussi la seconde, quoique chez d'autres populations, exige, au contraire , un éclaircissement spécial , qui doit présider à l'ensemble du présent chapitre.
Un double progrès , qui partout caractérisa le début de la civilisation militaire , indiquera d'abord son aptitude générale à compléter ra sociabilité théocratique , tant pour l'essor intellectuel que dans l'ordre moral. Toutes les peuplades où prévaut la vie guerrière sont bientôt poussées à remplacer l'écriture hiéroglyphique par l'écriture alphabétique et la polygamie par la monogamie. L'activité collective inaugure dignement son ascendant civique en déterminant spontanément ces deux transformations décisives de l'intelligence et du sentiment, Tune nécessairement commune aux diverses classes, l'autre essentiellement propre aux chefs, seuls vraiment polygames.
Sous l'aspect moral , Timpulsion militaire devient aisément appréciable en considérant Tincompatibilité naturelle de l'existence guerrière avec les mœurs qu'exige la polygamie , soit que chaque chef laisse ses femmes au foyer domestique , soit qu'il les amène dans son camp. Cette opposition avait longtemps assisté la politique sacerdotale pour détourner davantage des expéditions habituelles qui tendaient à dissoudre le régime théocratique en faisant prévaloir la caste militaire. L'humanité doit donc aux peuples guerriers ce premier perfectionnement de l'institution la plus fondamentale. Il se trouva
DYNiUllQCE SOCiALB. — CHAPITRE QUATRIÈME. 263
telleineDt lié, cheji les anciens, avec Texistence mililaire, qu'il y devint toujours plus stable et plus complet à mesure qu'elle se développa mieux. Quoiqu'il ne fût d'abord déterminé que par les convenances pratiques, il dut bientôt exercer une réac* tion décisive sur le sentiment , eu permettant à 1 homme d'apprécier davantage la femme.
Nous sommes également redevables à notre seconde série d'ancêtres de l'institution de Talphabet, qui seule compléta l'unité du langage humain y en liant irrévocablement ses deux modes naturels, par la traduction visuelle de l'expression phonique, dès lors prépondérante. En consllluant une double langue , l'usage des hiéroglyphes suscit?it des lenteurs et des équivoques incompatibles avec la célérité qu'exigent les communications militaires. Aussi toutes les populations guerrières, même les moins cultivées, se distinguent-elles des nations théocratlques par une écriture alphabétique, qui les dispense de recourir à des castes spéciales pour concerter leurs desseins et conserver leurs documents. On peut constater cette origine militaire jusque dans les cas où l'alphabet semble provenir d'une source industrielle, qui supposerait alors Tinspiration sacerdotale. Car, Ils se rapportent tous à des populations maritimes, chez lesquelles le commerce ne fut qu'un accessohre de la guerre, dont un tel mode, plus collectif qu'aucun autre, pousse davantage à simpliûer les transmissions graphiques.
D'après ces deux réactions spéciales de l'activité militaire , on comprendra mieux sa tendance moins directe à seconder révolution générale de l'intelligence humaine , en suscitant, chez une population exceptionnelle , l'essor décisif de la méditation abstraite.
Il faut; pour cela, concevoir d'abord une distinction essentielle entre les diverses peuplades où la vie guerrière empêche l'établissement irrévocable de la théocratie. Dans le cas nor-
mal^ raclivité militaire y tend vers sa deslinatîoD sociale, en instituant un système de conquêtes , quoiqu'un tel succès ne doive se développer que chez une seule nation , dont l'avénement prévient ou comprime toute rivalité. Cette évolution décisive du polythéisme progressif deviendra l'objet propre du chapitre suivant , où je conduirai Texistence civique jusqu'au préambule direct de Tassociation universelle.
Mais un concours exceptionnel d'influences locales et sociales peut quelquefois empêcher aussi Tessor caractéristique de la vie guerrière chez des peuplades où pourtant elle surgit assez pour les préserver d'abord du régime théocratique. Alors l'activité collective, toujours stimulée sans être jamais satisfaite, détermine indirectement un précieux résultat , en disposant les natures d'élite , privées de leur destination civique , à développer l'existence spéculative , spontanément affranchie ainsi des entraves sacerdotales. En même temps, le public^ n'étant pobt absorbé par la guerre, seconde passivement une telle ardeur en goûtant librement les productions esthétiques et les tentatives philosophiques.
Une telle exception dépend d'abord des conditions locales qui, par l'excessive division du territoire , entravent autant l'essor continu de la domination militaire qu'elles contrarient l'extension primitive du lien théocratique. De petites lies, nombreuses et rapprochées, voisines d'un continent coupé d'isthmes profonds ou de vastes golfes et sillonné de chaînes fréquentes, expliquent suflSsamment l'impossibilité locale des conquêtes vraiment graduelles, seules socialement décisives. Ces mêmes influences entretiennent assez les hostilités mutuelles pour prévenir cependant la torpeur militaire qui disposerait au retour des mœurs théocratiques.
A ces conditions physiques, il faut maintenant joindre, les impulsions sociales qui durent compléter l'institution du cas ex-
ceptionnel où la réaction latente du principe militaire rendit essentiellement intellectuel le polythéisme progressif, naturellement dirigé vers l'essor civique. Or, cette appréciation complémentaire résulte aisément du jugement fondamental, d'après l'uniformité de mœurs et de langage spontanément propre aux diverses peuplades fixées sur un tel territoire. Quoique la théocratie^ indigène ou coloniale, n'eût jamais pu les rallier assez, elle dut pourtant y développer une similitude incompatible avec la prépondérance militaire d'aucune d'entre elles.
Telle est l'explication générale de cette grande anomalie politique^ d'où dépendirent alors nos destinées intellectuelles. On reconnaît ainsi qu'elle ne fut pas, au fond, plus fortuite que le cas normal, puisque sa double condition se trouva souvent réalisée. Mais le succès décisif dut, des deux parts, se restreindre également à l'une des populations susceptibles d'y prétendre Car, le polythéisme militaire, en devenant intellectuel, ne comporta qu'un progrès limité, soit pour la science, soit même pour l'art. L'accomplissement d'un tel essor au sein d'une nation quelconque dut donc interdire à toute autre une pareille gloire, non moins exclusive alors que l'ascendant guerrier.
En achevant de comparer, dans leur ensemble, les deux modes , intellectuel et social, propres au polythéisme militaire, on reconnaît facilement qu'ils exigèrent des populations différentes, et que le premier précéda nécessairement le second. Cette double conviction résulte des mêmes motifs, spécialisés davantage , qui ci-dessus expliquèrent comment le polythéisme progressif dut succéder au polythéisme conservateur, mais en siégeant ailleurs. L'essor militaire et le succès intellectuel supposaient des habitudes tellement incompatibles que celui-ci n'aurait pu surgir chez une population d'abord livrée à celui- ^^Quoique la domination guerrière ait finalement secondé la
t06 SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
propagation du mouvement mental, lequel l'eût, au contraire, interdite.
Cette décomposition nécessaire du polythéisme progressif en intellectuel et social caractérise mieux la nature essentiellement révolutionnaire de la transition spéciale qu'il devait instituer entre la théocratie et la sociocratie. Deux systèmes vraiment complets, dont chacun embrasse, à sa manière, Tensemble de l'existence humaine , se trouvent ainsi séparés par deux régimes radicalement incomplets, exclusivement consacrés à développer Fun riDtelligence, l'autre l'activité. En môme temps que partielles, ces deux transitions successives se présentent aussi comme locales, de manière à contraster davantage avec runiversalité propre aux deux états extrêmes. Quoique le fétichisme et la théocratie remplissent la très-majeure partie de rinitiation humaine , j'ai pu consacrer, à ce passé pleinement normal , la première moitié de ce volume , sans avoir jamais besoin d'y nommer un seul peuple, puisque le mouvement demeurait commun à tous. Mais, dans tout le reste de la philosophie de l'histoire , cette exposition abstraite deviendrait une affectation déplacée à l'égard d'évolutions autant locales que partielles , dont chacune , après avoir été directement caractérisé, doit garder le nom de son siège essentiel.
De ces deux transitions successives envers l'intelligence et l'activité , la seconde , quand elle fut assez développée , tendit à s'hacorporer les principaux fruits de la première. Alors le concours de l'évolution active avec révolution spéculative dut bientôt produire une résultante affective , qui semblait propre à rétablir le caractère synthétique de la sociabilité fétichique et théocratique. C'est ainsi que surgit , au moyen âge , sous Vin^ sphration monothéique, une tendance directe à systématiser de nouveau toute l'existence humaine. Mais l'impuissance de la doctrine et l'Insuffisance de la situation firent nécessalremeitt
DYNÂIUQUB 80QULB. — CHAPITBB QUATRIfcMB. 261
avorter cette tentative, prématurée quoique naturelle, nullement comparable à la systématisation accomplie par la théo* eratie. Elle se borna réellement à constituer, envers le sentiment, une transition non moins partielle et locale que ses deux composantes spéculative et active, en aggravant même leur caractère révolutionnaire , qui finit par prévaloir dans la préparation moderne. Tout le passé compris entre la tbéocratie et la sociocratie offre donc la succession nécessaire de trois transit tions organiques, exclusivement consacrées, d'abord à Tintelligence, puis à Taclivité, enfin au sentiment, et suivies de la transition critique qui s' achève maintenant. Cette suite de phases décroissantes propre aux trente siècles occidentaux résume le profond contraste entre la seconde série de nos ancêtres sociaux et la première , quand les préparations spéciales durent succéder à rinitiation générale.
En comparant les deux transitions décisives que le polythéisme militaire dut successivement diriger envers rintelligence et l'activité , leur commune tendance négative se manifeste davantage dans la plus ancienne. Quand Timpulsion guerrière suffit pour briser le joug théocratique , mais sans pouvoir développer une activité graduelle et systématique, elle pousse nécessairement vers une véritable anarchie sociale. 11 n'en est pas de même lorsqu'elle peut dignement réaliser sa destination normale , dont la prépondérance habituelle institue spontanément une discipline continue , du moins envers l'existence pratique. Toutefois, le premier cas convient, autant que le second , à la transition correspondante , puisque le dérèglement de Fun dut alors seconder l'essor mental, comme la ré* gularité de l'autre devint ensuite indispensable à l'évolution active. Cette diversité néeessaire se résume politiquement d'après la destination historique entre la démocratie et l'aristocratie, égalemeiit nées de l'usurpation militaire envers la théocratie ,
2M WmtME K rOUTlQOE posrriYE.
él pareillemeiil aiHes à préparer la sociocralie , en dé? do^ paot «accefêiremeDl TiolelligeDce et ractirité.
Mais ce» deoi formes Daturellement propres an deox iBodes successifs do polyiliéisme progressif dorent être précédées, de part et d*aotre , d'ooe coorte phase commune , toojoors canetérisée par la monarchie. La prépondérance finale des goerriers sor les prêtres ne peot Jamais émaner ni do sénat ni do pea|de proprement dits. Elle est dae partout à des rois, seuls capables de consommer une telle usurpation , quand elle devient oppor* tone. Dans les théocraties assez caractérisées , leur monocratie se consolide, mais en modifiant son principe militaire sous rimpulsfon sacerdotale 9 qui ne cesse pas de prévaloir moralement quoique comprimée politiquement. Quand Tessor guerrier précède et prévient l'établissement décisif des mœurs théocratiqucsy la monarchie disparaît bientôt comme radicalement impropre à diriger le développement continu de ractivité collective. Après avoir seule brisé le joug sacerdotal , elle ne put préparer que Tavénement de la démocratie ou de l'aristocratie, suivant la destination, intellectuelle ou sociale, du polythéisme militaire. On doit ici noter que ces trois formes classiques offrent nécessairement un caractère également révolutionnaire, quand on les compare historiquement, soit à la théocratie initiale, soit à la sociocratie finale, seuls types complets de Tordre humain.
La destination propre et la décomposition générale du polythéisme progressif étant assez expliquées, je dois maintenant consacrer directement ce chapitre à Tappréciation spéciale de son mode intellectuel.
Un tel examen ne doit pas suivre le même plan que dans les deux chapitres précédents, puisqu'il concerne un cas essentiellement partiel et local , où la distinction normale entre le jugement abstrait et le jugement concret deviendrait inopportune.
Mais , en caractérisaDt directement les résultats de chaque évolution ^ j'en ferai précéder l'étude par Texplication spéciale des propriété correspondantes , quand elles n'auront pas été suffisamment indiquées dans mon appréciation abstraite du polythéisme conservateur. Le rang d'examen se trouve d'ailleurs déterminé par le concours naturel de la destination spontanée avec la succession historique.
Appliquée directement au polythéisme intellectuel, cette règle me conduit à décomposer Télaboration grecque en esthétique, philosophique, et scientifique, malgré la simultanéité nécessaire de ces trois évolutions, puisque chacune dut successivement prévaloir ainsi. Mais, avant de les juger spécialement, je dois apprécier les caractères et les résultats sociaux du régime correspondant. Quoique sa destination propre ne concernât point la sociabilité, celle-ci ne put s'adapter à l'essor intellectuel qu'en subissant des modifications , dynamiques et même statiques, qu'il importe de bien déterminer.
£n considérant, surtout au début, l'ensemble d'un tel régime, sa souche théocratique se manifeste plus profondément que dans le polythéisme romain. Malgré sa régularité supérieure, le second dut s'éloigner davantage du type sacerdotal , en développant l'activité collective. Au contraire, le premier, où rimpubion militaire ne put profiter qu'à l'essor mental, resta mieux conforme au principe essentiel de la théocratie. Pendant toute sa durée, il offrit une tendance croissante à dégénérer en pédantocratie, d'après le concours involontaire des dispositions du public avec les aberrations propres aux penseurs. Une telle dégénération , que prévint seule l'absorption romaine , ne menaça jamais le polythéisme social , où l'action avait irrévocablement acquis sa prépondérance normale sur la spéculation.
Cette affinité , mieux caractérisée et plus prolongée du ré-
370 SYSTÈME DE POLITIQUE POSlTIirE.
gime grec envers la constitntion théocratiqae , se trouva nettement marquée par Tautorité sapérienre qu'y conservôrent les oracles proprement dits > dont rinstitotion peut le caractériser historiquement Pour y Uen apprécier ces degrés insufltoants da vrai mode sacerdotal , il faut y voir, tantôt des germes avortés de la théocratie indigène ^ tantôt des débris incomplets du sacerdoce colonial. On pourra toujours distinguer ces deux cas, non-seulement d'après leur antiquité relative , mats aussi par leur propre nature , suivant que les oracles émanent du po^ lythéisme fétichique ou du polythéisme astrolâtrique. Dodone et Delphes peuvent ici servir respectivement de types dédsib. Quoi qu'il en soit^ on doit principalement noter combien ces rudiments ou fragments théocratiques furent importants et multipliés au début de l'élaboration grecque , dans les temps chantés par Homère.
Malgré leur isolement naturel^ ces oracles exercent dignement leur intervention sociale , soit pour régler les nouveaux cas d'inceste que suscitait la monogamie y soit en prot^eant l'existence industrielle au milieu du dérèglement militaire. Après avoir énergiquement flétri la fatale conduite d'CEdipe, ils attribuent l'ensemble des malheurs d'Ulysse à la violation des troupeaux que le sacerdoce institua^ sous l'invocation du Soleil , comme seuls habitants d'une lie marécageuse. Quoique souvent taxés de faiblesse ou de servilité , ces types grecs de la vraie théocratie se montrèrent , pendant leur longue durée^ toujours dignes du caractère sacerdotal , et l'on ne put Jamais leur reprocher qu'un faux oracle bientôt démasqué.
Toutefois, ces vénérables institutions ne purent, en aucun cas, surmonter les tendances subversives nécessairement propres à des populations où l'irrévocable rupture du lien Ihéocratlque ne se trouva point compensée par un véritable essor de la discipline militaire. L'ensemble de l'histoire grecque pré-
DYNAIIIQCB SOCIALE. — GHAPITRI QUATRIÈME. 271
aiDte le doaloureux spectacle d'une nation sacrifiée au déve-* loppement décisif du génie spéculatif chez quelques organes privilégiée Car, en plaçant l'intelligence au-dessus de tout, ce peuple subit une dégradation sans exemple, qui q'est point réparée jusqu'ici ; parce que le défaut d'ordre n'y fut compensé que par un progrès auquel sa masse ne put jamais participer que passivement Dans cette triple évolution mentale ^ Tessor esthétique resta seul susceptible de succès à la fois décisifs et populaires : les tentatives philosophiques n'aboutirent qu'à soulever des questions et signaler des méthodes; les efforts scientifiques ne comportèrent que des résultats partiels. Or la prépondérance ainsi procurée aux facultés d'expressioUi dut interdire, à l'ensemble d'une telle population, toute digne existence , même intellectuelle , en y conduisant à tout subordonner au talent de bien dire. Les vices essentiels du principe théocratique tendirent à s'y développer complètement, sans que la vaine domination de l'esprit pût s'y trouver jamais compensée par l'admirable discipline résultée du régime sacerdotal. Si la conquête romaine n'y fût venue terminer les divagations anarchiques, chaque peuplade grecque aurait finalement subi le plus honteux de tous les jougs , en devenant la proie de quelque tyran lettré.
Cette appréciation générale d'une telle sociabilité n'est que trop confirmée par l'examen spécial de ses principaux éléments , tous profondément altérés d'après l'absence simultanée de la discipline sacerdotale et de l'impulsion militaire , seuls régulateurs de l'ordre ancien.
Le progrès de Teûstence domestique par la substitution de la monogamie à la polygamie reste alors peu sensible , et devient presque douteux. Au fond, la femme se trouvait moins t privée de la digne société de l'homme dans les harems de l'Asie que dans les gynécées de la Grèce. La vie publique n'ayant pu
réellement surgir , faute d'une activité commune et continue, le dérèglement privé résulté de l'indiscipline morale se manifeste surtout par le peu d^estime qu'accordait au sexe affectif une populathin essenliellement livrée aux jouissances de Tesprit. Tous les hommes d*élite, et même la plupart des philosophes, y vécurent habituellement au milieu des courtisanes, seules susceptibles de goûter assez de telles satisfactions. Une fatale dénomination rappellera toujours la tendance spéciale de ce peuple vers la dégénération sexuelle que suscite naturellement la vicieuse prépondérance de Tintelligence sur le sentiment. Dans leurs libres utopies, les grands poëtes devinrent seuls les dignes appréciateurs de la femme, en construisant, pour les déesses, d'admirables types. Mais, quand ils se bornaient à peindre fidèlement les mœurs dominantes, ils caractérisaient profondément l'oppression féminine, surtout indiquée par l'étrange justification d'après laquelle Oreste repousse, avec l'approbation de Minerve , les reproches des Euménides.
Envers la vie publique , il serait ici superflu d'insister sur les vicieuses tendances d'une situation qui dut la troubler direc* tement en la privant de tout frein habituel. La continuité s'y montre gravement altérée, d'après le notable décroissement qu'éprouve alors le culte des ancêtres , même domestiques , quand on compare les mœurs grecques avec celles que le fétichisme institua spontanément, et que la théocratie systématisa dignement. Mais sa perturbation fut surtout caractérisée par le dédain croissant qu'inspira bientôt cette double série de prédécesseurs, qui semblaient incapables de goûter, avec une suffisante délicatesse, les seules jouissances alors recherchées. Dans Texistence civique , la profonde atteinte que subit le ^ «ifégime des castes , sans aucune compensation résultée d'une ** vraie destination collective , commença , pour la propriété , surtout territoriale , la décomposition morale et souvent ma-
térielle, qui ne s'y suspendit jamais , sauf passagèrement En conseirant rhérédité des matériaux^ après avoir supprimé celle des fonctions , on priva la richesse du caractère social consacré par la théocratie , et sa constitution 9 désormais personnelle^ resta livrée aux impulsions envieuses on sofNlistlques. Quoique cette inconséquence devint alors Inévitable, faute de pouvoir distinguer entre les 4)rovislous et les instruments, elle dut susciter et maintenir des tendances subversives ; puisque rancién principe de la transmission matérielle s'y trouvait ébranlé sans être remplacé. La plupart des législateurs grecs, non-seulement utopistes , mais même officiels, se crurent autorisés à disposer arbitrairement des richesses quelconques. Ce caractère auarchique fut aussitôt apprécié sainement par les dignes théocrates qui contemplaient de loin cette suite de divagations, comme ensuite par les nobles organes de sa terminaison romaine.
Quant à la discipline politique , les vices radicaux de la situation grecque deviennent plus prononcés que sous aucun antre aspect. Une turbulence effrénée, toujours résultée du fatal ^ défaut de destination sociale 9 y fait habituellement prévaloir les médiocrités démagogiques » sauf pendant les crises suscitées par d'imminents dangers, qui placent le pouvoir dans son vrai siège. Mais le cas exceptionnel permet lui-même d'apprécier directement le désordre ordinaire , d'après l'ingratitude décisive de ces anarchiques peuplades envers leurs meilleurs serviteurs. L'esprit , dont la vaine domination subit toujours les plus vicieuses impulsions du cœur, consacrait alors ses artifices à dispenser le public de toute reconnaissance j sous prétexte d'éviter l'oppression. Il suffirait de l'ostracisme pour caractériser à la fois 1 immoralité radicale et la profonde irratio* nalité d'une telle population , dont le vrai type sera mieux saisi d'après son contraste avec ses prédécesseurs théocratiques et
27/i SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
ses successeurs militaires. Cette appréciation doit 'augmente . notre vénération envers les admirables chefs qui se vouèrent librement au périlleux service de ces multitudes ingrates et séditieuses , à travers lesquelles ils pressentaient l'essor décisif de rhomiy té. Si Texistence des instincts sympathiques exigeait des preuves historiques , elles ressortlraient assez de ces nombreuses abnégations , qui furent presque toujours autant indépendantes, des récompenses divines que des applaudissements humains.
Considérant enfin les plus vastes relations , on fait aisément contraster la puérile suffisance qui caractérisa la nationalité grecque, soit avec la sage universalité des aspirations théocratiques , soit avec le noble prosélytisme de la sociabilité romaine. Hors de leur sein , ces populations anomales furent moins soucieuses çncore de la vraie solidarité qu*au.dedans, et jamais elles n'y purent étendre réellement la continoilé. Tout ce qui n'émanait point d'elles y fut toujours qualifié de barbare. Leur aveugle orgueil , ou plutôt leur incoaqparable vanité , ne put d'ailleurs les pousser aucunement à mériter la préférence qu'elles s'attribuaient sur des nations quelconques, sans excepter les plus sages, ni même les plus puissantes^ Mais cet égolsme collectif dirigeait aussi, dans un moindre cercle, les rapports mutuels de ces arrogantes peuplades. Quelle qu'y fût la communauté de langage, de culte, et même de mœurs, les plus graves dangers extérieurs purent seuls y suspendre les dissentions habituelles, qu'y suscitait partout une tendance militaire incapable de suivre son cours normal. Leur résistance col* leclive se trouva souvent compromise parleurs animosités réciproques, dont l'impulsion s*y manifeste jusque chez les meilleurs chefs, trop disposés à venger leur peuplade en risquant de per^ dre la Grèce.
Je puis utilement résumer l'ensemble d'un tel jugement en
rattachant ces diverses perturbations sociales à TaDarchic que dut produire un effort prématuré pour abolir le principe de la naissance sans pouvoir y substituer celui du mérite. Car c'est au nom de la supériorité personnelle que furent déjà poursuivies toutes les tentatives subversives, dont nous subissons aujourd'hui l'extrême prolongement. Le classement humain ne peut vraiment changer de règle qu'en remplaçant la théocratie par la. sociocratie , dont l'avènement ^ quoique nécessaire et prochain ^ reste autant méconnu chez les partisans du progrès que parmi ceux de l'ordre. Quand le propre mérite prévaudra dans la comparaison abstraite des individus ^ toujours subordonnée à la hiérarchie concrète des oiQces ^ on relèvera d'ailleurs la naissance^ et même l'âge, de l'aveugle flétrissure inspirée par les préjugés modernes. En superposant le principe soclocratique aux principes théocratique et félichique, la systématisation finale consacrera profondément la valeur éternelle de ces antiques régulateurs du classement humain. On doit ainsi sentir combien furent nécessairement anarchiques des dispositions suscitées 9 trente siècles avant nous , envers la plus difficile et la plus tardive des rénovations sociales, à peine mûre aujourd'hui. Mais cette anomalie devint autant indispensable à l'élaboration grecque que l'avait longtemps été^ pour Tessor décisif de la vie spéculative, la domination ^ non moins vicieuse , que la théocratie diït accorder à l'intelligence.
D'après cette première conclusion , je dois compléter le jugement de la sociabilité grecque en caractérisant réteiiiellc gloire qu'elle mérita pour avoir dignement garanti la destination propre au polythéisme intellectuel. Une incomparable résistance, complétée par une admirable expédition , dut empêcher ce foyer mental de subir l'oppression d'une théocratie dégénérée. Ainsi surgirent deux phases exceptionnelles, écartées d'un siècle et demi ^ qui suspendirent noblement ^ pendant quel-
ques années-, une stérile continuité de luttes intérieures, sous les héroïques impulsions de Thémistocle et d'Alexandre. Mais la première mérite seule autant de reconnaissance que d'admiration j par son irrécusable nécessité, son succès décisif ^ et sa pleine dignité. La seconde fut moins due au besoin réel de réagir qu'au désir de suspendre les anlmosités mutuelles d'après une intervention collective.
Ce double conflit résulta naturellement des contacts habituels entre la Grèce et la Perse ^ en vertu des nombreuses colonies que les Grecs fondèrent en Asie Mineure dès les temps homériques. La théocratie persane, plus altérée qu'aucune autre par la prépondérance finale des guerriers sur les prêtres, s'étendit, sous l'impulsion militaire, jusqu'à ce dangereux voisinage , dont elle sentit bientôt la tendance dissolvante. Malgré la vaine affinité de l'esprit grec avec le principe théocratlque, ces relations développèrent nécessairement une antipathie radicale. Tendant toujours à faire prévaloir l'intelligence, sans pouvoir jamais lui procurer l'empire, l'un n'y déterminait qu*uii exercice ordinairement vague et souvent subversif. L'autre 9 au contraire, en garantissant sa domination, la poussait exclodvement aux destinations pratiques , de manière à la disdpUner profondément. Entre ces dispositions opposées, tous les contacts prolongés devaient, môme indépendamment d'un frivole prosélytisme, ébranler Tobéissance persane, au lieu de surmonter la turbulence grecque. Après avoir usurpé T^iutorité théocratlque, les rois durent d'autant plus redouter un tel danger que leur empire exceptionnel exigeait une aveugle servilité, toujours inutile aux chefs sacerdotaux.
Il faut donc regarder Tagression persane comme destinée surtout à repousser une séditieuse propagande. Mais, quelle que fût sa légitimité spéciale, elle devint directement contraire aux intérêts généraux de l'humanité, représentés alors par le
foyer occidental des libres penseurs. La théocratie persane pouvait entièrement disparaître , comme venait de le faire la théocratie chaldéenne « et comme le fit même la théocratie égyptienne 9 sans que la marche fondamentale de notre espèce sobtt aacane atteinte décisive. Car, le type théocratique , qui doit persister jusqu'à Tétat sociocratique 5 résidait surtout dans les vastes sociétés de llnde et de la Chine 5 où sa conservation essentielle surmonta spontanément toutes les révolutions, tant intérieures qu'extérieures. Au contraire 9 suivant l'admirable remarque de Condorcet , nos destinées intellectuelles auraient été gravement compromises si la journée de Salamine fût devenue fatale au noyau grec, qui ne comportait alors aucun équivalent réel
La vraie nature d'une telle lutte se trouve profondément confirmée d'après son mode général d'accomplissement. Car, le Buccès dépendit surtout de la population spécialement vouée à l'élaboration mentale, sans que la peuplade exclusivement militaire y participât essentiellement, sauf par le sublime dévouement qui dut inaugurer la résistance collective. Un législa* teur, plus respectable qu'éminent; avait tenté de fonder une aristocratie guerrière sur des bases trop factices, faute d'avoir assez senti l'incompatibilité de la situation grecque avec aucun système de conquêtes. Mais ces Romains avortés devaient pourtant sembler propres à fournir le principal noyau de la commune milice. Or, au contraire, cette orgueilleuse peuplade, non moins oppressive au dehors qu'au dedans, compromit souvent, ou même trahit quelquefois, la cause générale, et le grand nom de Léonidas la lie seul à l'héroïque lutte. Tous les triomphes décisifs, tant terrestres que maritimes, furent essentiellement dus aux Athéniens, admirablement dirigés par Mlltiade et Thémistocle. L'ensemble de Thisloire mililaire ne présente rien de comparable aux efforts systématiques de ce dernier chef
pour préparer looguement sa nation an succès naval qui pouvait seul compléter la garantie grecque.
Quoique Ténergie développée par une telle résistance aboutit bientôt à reprendre plus dangereusement le cours ^ ainsi suspendu, des anciennes animosités, il en résulta longtemps une amélioration notable dans la dignité morale de toute . la population. Chaque peuplade s'y sentit toujours honorée du noble souvenir de sa libre participation à l'activité commune , et la glorieuse défense y disposa davantage à repousser les tendances tbéocratiques, de manière à mieux caractériser le génie grec* Malgré d'admirables fondations , lu même réactfon ne put résulter de rexpédition complémentaire qui, transportant en Asie les armes grecques au nom d'une garantie presque superflue, augmenta la dégénération des mœurs occidentales d'après les contacts orientaux. La lutte séculaire finit ainsi par altérer également les deux civilisations opposées , mais après avoir d^è réalisé les principaux fruits que comportait l'élaboration meihtale réservée à la Grèce. Pour retrouver ensuite quelque dignité collective chez cette population exceptionnelle, il faut descendre jusqu'au voisinage de son incorporation romabie, en reconnaissant toujours que l'efficacité politique émana surtout des chefs.
Avant de procéder à l'examen direct de l'élaboration mentale, qui constitue le principal objet de ce chapitre, je dois compléter ce jugement social de la Grèce en appréciant son évolution pratique proprement dite. Mais l'avortement y devient plus facile à caractériser envers la vie industrielle qu'à regard de l'activité militaire, d'après une autre influence des mêmes dispositions. Car la turbulence grecque était autant contraire aux succès techniques qu'aux efforts guerriers, tandis que les goûts belliqueux repoussaient des travaux servUes, dont l'habitude répugne longtemps à notre nature. Notre essor in-
dostriel constitae le résultat le plus général, et même le plus précieux, du régime théocratique, qui seul jusqu'ici sut, à sa manière 5 honorer convenablement et diriger dignement l'acti- Tité pacifique. On ne peut citer aucun art important dont la première ébauche ni le principal perfectionnement émanent réellement des Grecs 5 quoique leur ingrate frivolité les disposât souvent à méconnaître la source extérieure des inventions qu'ils pratiquaient. Même leurs succès maritimes furent trop passagers ou trop accessoires pour y susciter aucune amélioration décisive de la navigation. Ce grand art dut 5 en Occident, s'écarter peu du type argonautique, jusqu'à ce que, lié profondément à l'ensemble de la politique romaine , il y devint l'objet continu d'une culture supérieure à son institution théocratique.
En abordant l'examen direct de l'élaboration grecque , je dois signaler historiquement, comme je l'ai déjà fait dogmatiquement, l'aberration qui prévaut encore envers l'évolution esthétique. Isolé du tronc sacerdotal , l'art occidental fut tellement dominé par une orgueilleuse irrationalité qu'il méconnut bientôt la double préparation résultée pour lui de la spontanéité fétichique suivie de la systématisation théocratique» Oubliant ses propres antécédents, sa priorité nécessaire envers le reste du mouvement grec le conduisit à s'attribuer la fondation intellectuelle^ et même sociale , de la civUlsation d'où il émanait. Ainsi surgit le délire chronique qui s'efforcera de faire prévaloir l'idéalité sur la réalité , jusqu'à ce que la disci^ pline sociocratique ait remplacé la subordination théocrati"* que. Pendant ce long interrègne, la classe exceptionnelle qui se vouait à la culture exclusive des facultés d'expression dut partout offrur le contraste habituel des prétentions les plus déréglées avec la situation la plus dégradante.
On ne peut bien juger la constitution esthétique de la Grèce
280 SYSTÈME D£ POUTIQUE POSITIVE.
sans ravoir d'abord comparée à ses deux antécédents nécessaires, pour y caractériser convenablement les influences respectives de la doctrine et du milieu.
La seconde causalité semble plus poétique que la première > d'après une conltision vicieuse entre les résultats et les tendances, conduisant à transporter essentiellement au dogme po* lytbéique une aptitude résultée surtout de la situation correspondante. Si le fétichisme avait pu développer la vie publique» sa puissance estbétique aurait laissé des monuments irrécusables. Car rassimilation directe de tous les êtres au type bumain est, en elle-même, plus poétique que Texplicatlon indirecte de leurs phénomènes par des volontés surnaturelles. Envers le monde extérieur, cette supériorité sera toujours sensible dans un genre de composition qui certainement émane du fétichisme, quoique les fables proprement dites n'aient été formulées que sous la théocratie. Le génie relatif du positivisme devant incorporer l'instinct primitif à la rationalité finale , il ranimera profondément ces touchantes fictions, comme l'indiqua spontanément mon étemelle collègue par l'admirable type de poésie fétichiquc qui complète la dédicace de ce traité.
Quant à Tordre bumain, où la causalité directe ne pouvait s'étendre , les succès poétiques du polythéisme ne furent vraiment dus qu'au développement de la sociabilité. D'après l'aptitude des fétichistes à retracer dignement les émotions domestiques, ils eussent également réussi dans les tableaux civiques, s'ils avaient pu goûter assez l'existence correspondante. La peinture directe et réelle des affections hum<iines fut toujours plus e£Bcnce et plus difficile que les fictions arbitraires où l'homme devient le jouet passif des caprices divins. Cette supériorité naturelle se trouvera pleinement irrécusable quand la régénération finale développera la vraie puissance de l'art , qui dut jusqu'ici rester ébauchée. Alors on sentira s'il convient
Dï^AMIQUE SOCIALE. — CHAPITRE QUATRIÈME. 281
à ridéalité que la réalité soit méconnue ou défigurée. Tout régime essentiellement fictif doit être, au fond, antipoétique » en ce qu'il dispense du sentiment par Fimaginaiion , de manière à favoriser surtout les médiocrités esthétiques, d'après la facUe culture d'un domaine conventionnel. Depuis Homère jusqu'à l^alter Scott , l'art occidental n'a jamais cessé de puiser ses principaux effets dans une fidèle représentation de la nature liumaine , indépendamment des influences divines.
Soustrait au joug théocratique par la situation grecque, son émancipation lui servit surtout à se mieux rapprocher de ce domaine fondamental. Notre nature ne pouvait alors être assez connue, et même elle restait trop peu développée, pour devenir pleinement idéallsable. Mais le génie grec utilisa dignement sa liberté spéciale en réparant, autant que possible, cette double lacune, d'après un heureux emploi des types divins. Tant que l'art adhérait au culte, ils ne devaient lui permettre que des développements secondaires , destinés à préciser suffisamment les conceptions dogmatiques. Sous l'anarchie grecque. Fart osa bientôt modifier directement ces croyances peu déterminées, de manière à sanctionner spontanément les nobles aspirations ou pressentiments dont les vrais poëtes furent toujours les meilleurs organes. On concevrait mal une t^Ue aptitude, en l'attribuant, suivant le prétendu préambule de riliade, à des dispositions sceptiques, radicalement incompatibles avec toute profondeur spéculative, surtout poétique. Cette indépendance exceptionnelle résulta de la souplesse du polythéisme intellectuel , d'après son défaut de destination sociale, tandis que rinflexibilité sacerdotale du polythéisme conservateur interdisait de semblables licences, plus repoussées ensuite par la rigueur di^^matique du monothéisme.
Mais l'art ainsi forcé de s'ouvrir un domaine factice manifestait spontanément l'inaptitude esthétique d'une situation qui
383 STSTÈlfB DE POUTIQUS PoftTIYB. ^
ne lui procurait habituellement aucune impulsion éminente. Sous la théocratiey sa discipline nécessaire ne l'empêchait point de se sentir lié profopdément à l'ensemble d'un culte imposant ^ comme Iq témoignera tot^ours l'incomparable majesté des chants hébraïques, qui , malgré leur caractère monothéique , restent le seul type réel de cette phase poétique. La Atuation grecque n'ayant jamais pu remplacer l'office reUgieui de l'art par une vraie destination sociale , elle ne lui procura qu'une liberté vague et stérile, exclusivement profitable à ses meilleurs organes, quoiqu'elle tendit surtout à multiplier les productions médiocres. ^
En même temps, la condition collective de cette classe transitoire y produisit bientôt une dégradation personnelle dont nous subissons, après trente siècles, les dernières conséquences» Après avoir hrrévocablement perdu la dignité sociale que leur conférait le régime sacerdotal, ses membres tombèrent sous le joug arbitraire des grands et des riches , d'où dépendirent è *la fois leur subsistance corporelle et leur initiative mentale , comme l'indique encore une dénomination trop expressive^ Les vains regrets prodigués à la déplorable existence d'Homère n'empêchèrent point ses successeurs de subir habituellement une^ oppression plus ignoble quoique moins pénible. On s'afflige de vohr Pindare consumer son génie en pompeuses déclamations pour les athlètes qui le nourrissaient Les grandes compositions poétiques échappèrent nécessairement aux pressons temporelles. Mais cette servilité pesa sur toutes les poésies secondaires ; et les arts spéciaux , surtout ceux de la forme, ne purent jamais l'éluder. Phidias, Apelies, Ictinus, furent autant commandés que leurs représentants les plus mo^ demes , quoiqu'ils rencontr^ent de meilleurs patronsi Ainai s'accompUt l'inflexible fatalité qui devait interdire à l'art» affranchi du régime tbéocratique» de retrouver une vraie di|;nit^
• DYNAMIQUE SOÎÉ^E. — CHÂPITBfi QUATRIÈHB. 383
sociale avec nne jaste indépendance personnelle, jusqu'au lointain avènement de rétat sociocratique.
Un tel concours d'influences, théoriques et pratiques, peut seul expliquer l'extrême rareté des grands poëtes dans l'ensemble de l'élaboration grecque. Pendant ses treize siècles, elle ne suscita réellement que deux génies du premier ordre , l'un épique , l'autre dramatique , séparés par un long intervalle , où pullulèrent les médiacrités. Sous une véritable impulsion publique, exceptionnelle au sein dé cette civilisation confuse, l'incomparablç Homère et le grand Eschyle vinrent, aux temps marqués, fournir à l'humanité les types étemels du double essor de la llBre poésie. Il convient ici de spéciGer l'explication précédente, en appréciant les condiWBs essentielles de ces deux mouvements décisifs, à chacun desquels concoururent toutes les hifluences antérieures et contemporaines, suivant la vraie nature des événements humains. Une exception concrète aussi méritée me permettra seule d'éclaircir assez la théorie que je viens d'établir abstraitement, et qui tend d'ailleurs à faire profondément ressorth: la supériorité personnelle des dignes poëtes qui purent surgir dans un milieu radicalement défavorable à Fart principal.
Cette explication spéciale résulte essentiellement de la liaison spontanée de ces deux types poétiques avec la grande lutte que j'ai ci-dessus appréciée comme ayant seule honoré la sociabilité grecque.
L'antériorité des chants d'Homère semble d'abord repousser nne telle connexité. Car, ils célébrèrent un conflit presque accidentel, entre deux peuples intimement liés par la communauté d'origine , de langage , de culte , et même de mœurs. Quoique l'installation asiatique de l'un eût déjà modifié son caractère hellénique ,« elle n'avait pu lui communiquer une tendance ihéocratique qui le rapprochât du type oriental.
28a SYSTÈME DE POLITIQUE I^ITIVE.
Mais ce grand événement, malgré sa source domestique, dut inspirer de dignes chants , en fournissant le seul exemple décisif d'une activité vraiment collective des diverses peuplades grecques 9 récemment dégagées du régime sacerdotal. L'intervalle de quelques siècles qui sépara son accomplissement et sa célébration suffit pour développer les colonisations d'où devait résulter la lutte caractérisée ci-dessus, vivant lui-même au milieu d'elles , le poëte pouvait déjà pressentir confusément ce grave conflit, dont le siège le rattachait naturellement à la mémorable expédition. Cette relation fut généralement appréciée quand la crise commença*^ de manière à représenter bientôt l'antique destruction d'une colonie grecque, en punition de Thospitalité violée/comme le glorieux début de iimmense lutte qui préoccupait les populations helléniques. La pleine popularité des chants homériques ne remonte point, en effet, au delà de cette époque , dès laquelle le développement collectif de cette nationalité fit de plus en plus apprécier son inauguration poétique.
Ainsi surgit et prévalut la double composition où le génie humain commença librement une digne peinture de la vie publique et de Texistence privée. On y peut juger comment la rupture du frein théocratique permit aux vrais poëtes de mieux tendre vers la destination fondamentale de l'art. Livré direcment à ses propres inspirations, et s'adressant à des peuples exempts du joug sacerdotal, le chantre d'Achille et d'Ulysse devint spontanément l'oracle universel d une société dépourvue de toute instruction régulière. Dans l'ensemble de ses deux poëmes , il sentit toujours la dignité de sa mission exceptionnelle , en fournissant au présent les plus sages conseils et formulant les meilleurs pressentiments de l'avenir. En idéalisant la guerre , il ne dissimula jamais sa prédilection personnelle pour raclivilé pacifique , et proclama noblement la fraternité générale, même à travers l'esclavage, dont sa grande âme dut mieux
DYNAIOQUE SOGULE. — CHAPITRE QUATRIÈME. 285
sentir le vice, d*après une civilisation où cette institution manquait son but principal. Quoique son génie poétique ait été déjà surpassé 9 son intluence sociale ne saurait être jamais égalée, faute de pouvoir reproduire une équivalente situation. Une stupide érudition méconnut vainement Tadmirabie unité. de sa composition totale , et nos derniers neveux concourront avec nos premiers ancêtres pour vénérer Torgane occid^tal dont la personnalité fut niée par d'anarchiques pédants, incapables de rien sentir.
De cette source épique, durent naturellement émaner de grandes compositions dramatiques, destinées à mieux développer ses principaux tableaux. Mais, quoique très-cultivées, elles ne comportèrent qu'un seul organe vraiment éminent, sur lequel se concentra nécessairement l'unique impulsion propre à leur imprimer un grand caractère poétique d'après une haute destination sociale. Cette connexité devient plus directe et moins contestable envers le second mode essentiel de l'art fondamental qu*à l'égard du premier- La participation personnelle d'Escbyle à la gloire de Mal thon suffirait pour démontrer combien son génie fut inspiré par l'héroïque résistance de la Grèce, quand même l'un des drames qui nous sont exceptionnellement restés ne se trouverait pas consacré spécialement à la peindre. Mais sa principale composition , qui suscita tant de vains commentaires, me semble porter, plus profondément, Tempreinte des sentiments antiihéocratiques que dut partout développer la lutte contre la Perse. En idéalisant Prométhée, Eschyle voulut flétrir l'oppression sacerdotale envers le sage qui se dévoua pour communiquer à la population grecque les principales notions , théoriques et pratiques , dont sa théocratie coloniale s'était réservé la possession mystérieuse. Un tel cas avait dû souvent surgir pendant la lutte continue de cette théocratie contre la théocratie indigène,
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a^ant leur commune aI)3orption par la puissance royale ^ au voisinage des temps bomérlques. Parmi toutes les traditions qui s'y rapportaient, le poëie clioisit spontanément la mieux caractérisée 1 plus propre à satisfaire ^ contre le régime des castes, les dispositions populaires dont ses tendances personnelles le rendirent l'immortel représentant. En protestant avec éner§^e contre Favfltssement tiiéocraOfQe, son génie personnifia dignement le vrai pouvoir spirituel, d'après l'admirable type qui di- . vulgua généreusement les secrets du sacerdoce initiateur, malgré l'implacable persécution suscitée par la corporation à laquelle Prométhée renonçait. Tous les autres tableaux d'Eschyle se rapportent indirectement à la même activité collective , soit qu'ils décrivent les suites immédiates de son début homérique , soit en remontant jusqu'à la coalition partielle qui le prépara.
Apr^ ces deux efforts décisifs , la poésie grecque n'aurait comporté de destination sociale que par suite de l'expédition ^raiplémentaire ci-dessus jugée. Mais, malgré sa forme colleclective , ce dernier acte fut à la fois trop personnel et trop factice pour susciter de grandes inspirations esthétiques , quand même l'art hellénique n'aurait pas épuisé déjà sa verve réelle. Quoique le caractère poétique persiste encore chez le faible continuateur d'Eschyle , son successeur commence la longue suite des purs écrivains, dont les vers ou la prose ne comportèrent dès lors d'autre efficacité que de propager spontanément l'émancipation mentale, et trop souvent l'anarchie morale.
La servilité qu'offrirent toujours les arts spéciaux, depuis qu'ils échappèrent à la théocratie, interdit d'insister ici sur un essor qui , dépourvu de destination sociale et de dignité personnelle, pe put jamais aboutir qu'à des perfectionnements techniques , propres seulenient à préparer le véritable avènement esthétique. Envers l'art des sons, le plus rapproché de la
DTNAMIQUfi 8QGIAUS. — CHAPITBE QUATRIÈME. 287
souche poétique et le mieux adhérent à Texistence aflècUve, on ne peut même saisir aucun progrès matériel^ instrumental ou vocal ^ qui dépasse réellement les.procédés introduits par la mélodie fétichique et l'harmonie théocratique! Quant au triple art de la forme, déjà scindé vicieusement d'après une culture ex* cessive » on a beaucoup exagéré ses améliorations grecques.
Elles se bornèrent essentiellement à la sculpture , où l'exécution atteignit une perfecUoi^ exceptionnelle , due surtout h des moeurs qui procuraient souvent le spectacle public de la nudité f dont Vefficacité technique se trouvait même augmentée par d'infâmes amours. Cette double source suffirait pour expliquer comment la beauté ne fut profondément sentie alors que dans son moindre degré. Les meilleures statues présentent toujours ridéaUsation corporelle éloignée de toute véritable élévation morale, ou même intellectuelle, au point d'offrir des têtes Incapables de penser et d'aimer , vu leur exiguïté caractéristique. Malgré leur imperfection matérielle , les types thébcratiques restent ordinairement supérieurs en puissance esthétique , surtout envers les divinités , que des artistes déjà sceptiques, sculptèrent en Grèce , au nom de magistrats incrédules , pour un public indifférent. La mesquine régularité des temples grecs ne fera Jamais oublier les imposantes ébauches de Tart sacerdotal, et rappellera toujours un culte réduit à des processions extérieures, sans aucune instruction collective exigeant de vastes sanctuaires. Enfin, quant à la peinture grecque, rien n'hidiqne , Tamélioration technique, des effets esthétiques vraiment comparables à ceux qae l'art théocratique obtint souvent de ses procédés, même monochromes, d'après Thaspiralion religieuse et la destination sociale de ses grandes compositions. Ainsi, sous tous les aspects principaux, on vérifie, contre des préjugés intéressés, que la perfection esthétique , réservée à l'état normal de l'humanité, ne se développa Jamais au milieu de la corrup-
288 SYSTÈME DE POUTIQUE POSITITE.
tion morale , qui déjà provoquait nnsurreclion occidentale de l'esprit contre le cœur.
Malgré la sévérité nécessaire d'un tel jugement , je dois pourtant conclure cette appréciation esthétique de la civilisation grecque en rappelant la nature transitoire et la destination révolutioifbaire qui caractérisent Tensemble de ce régime exceptionnel. Quoique Tart, surtout spécial , après quelques productions immortelles^ destinées à manifester notre aptitude esthétique librement cultivée , devint bientôt aussi frivole qu'immoral , il concourut à préparer de meilleurs temps , en propageant une émancipation non moins Indispensable qu*inévitable. J'ai même signalé déjà sa tendance org.inique envers le développement de la vie subjective y suivant l'influence générale des croyances polythéiques , qui n'aurait pu devenir assez universelle, ni même suQisamment décisive , sans Tasslstance spontanée des divers beaux-arts. Si celte heureuse préparation mentale fut accompagnée d'une vicieuse réaction morale, en suscitant partout un essor exorbitant de ridéalité, nous devons l'attribuer davantage au défaut radical de destination sociale qu'à la tendance esthétique. Toutefois, cette efficacité positive 9 qui ne peut se réaliser qu'aujourd'liui , disparaît alors devant la puissance négative de l'art grec pour seconder l'impulsion philosophique de l'humanité vers une synthèse vraiment nouvelle. Le goût universel des compositions esthétiques dut même faciliter ensuite la vulgarisation des constructions scientifiques, en développant partout un premier degré d'abstraction habituelle. Ainsi , le génie relatif du positivisme peut seul juger sainement l'ensemble de l'art grec, en évitant à la fois les deux aberrations opposées qu'y suscite Tesprlt absolu , soit qu'on le flétrisse au nom de l'ordre ou qu'on l'exalte au nom du progrès.
Ce n'est pas seulement comme moins systématique et plus
DYNAlilQUB SOCIALE. — CHAPITRK QUATRIÈME. 280
populaire que Tart dut se détacher du tronc théocratique avant la philosophie et la science. Sa précocité d'émancipation résulta surtout de sa destination prépondérante pour la représentation idéale de notre nature , principalement collective. En effet , un tel but lui faisait mieux sentir Timpuissance radicale de la doctrine théologique envers Tordre humain , de manière à lui rendre plus oppressive la discipline sacerdotale ^ qui gênait moins la science, et même la philosophie , alors préoccupées du monde extérieur. Aiusl, lart dut le premier utiliser Taffranchissement intellectuel propre à la situation grecque , où le principe militaire empêchait la théocratie sans pouvoir devenir prépondérant La liberté poétique prépara naturellement la liberté philosophique , en suscitant, sur Thomme et la société 9 des inspirations d'autant plus décisives qu'elles étaient dispensées de toute systématisation. Envers le principal domaine spéculatif, le génie esthétique aspira dès lors à la positivité rationnelle, seule capable de mettre ses conceptions en harmonie avec ses tendances. Spontanément dégagée des préoccupations militaires dans un régime sans consistance , où la guerre manquait son but social , la poésie grecque ébaucha dignement le sentiment de l'ensemble de l'humanité, très*prononcé déjà chez Homère , et dominant même le noble patriotisme d'Eschyle.
Je me trouve ainsi conduit à juger directement révolution philosophique et scieutiOque qui dut constituer le principal objet de l'élaboration mentale réservée à la Grèce , où Fart ne pouvait produire qu'une préparation générale. Quoique la science et la philosophie s'y soient finalement séparées, elles y furent tellement unies d*abord qu'on ne saurait comprendre leur essor respectif sans, leur intime conuexité. C'est pourquoi je réduirai mon examen ultérieur de l'évolution scientifique proprement dite à l'appréciation des progrès théoriques accom-
plis après cette séparation y en faisant ici rentrer ceux qui la précédèrent dans l'évolution philosophique dont ils devinrent le principal fondement.
Pour caractériser cette marche décisive, source intellectuelle des destinées occidentales, il faut d'abord considérer sa constitution générale, ensuite ses résultats nécessaires.
Sous le premier aspect, Je dois surtout expliquer comment l'ensemble de la situation grecque, en développant la spéculation abstraite, prépara directement le vrai pouvoir spirituel, dont Tavénenient graduel devient désormais la principale base de la sociocratle finale. Une telle élaboration exigea le concours spontané de deux sortes de conditions permanentes , les unes intellectuelles, les autres sociales, que Je vais successivement déterminer.
Borné longtemps à Tétude de Tordre matériel, cet essor abstrait fut d*abord dirigé par Finfluence théorique du polythéisme. La causalité directe ne put Jamais s'appliquer à Tordre humain, envers lequel, puisqu'elle en tirait son type universel, toute explication félichique aurait nécessairement offert un vice logique senti par les moindres intelligences. Ce suprême domaine fournit donc le principal titre intellectuel de la seconde causalité.
Toutefois , le théologisme fut toujours incapable de combler une telle lacune , qui dut réellement subsister jusqu'à Tavénement du positivisme. Sans l'efficacité sociale que la théocratie sut puiser dans ces explications puériles, leur inanité théorique aurait bientôt disposé les vrais penseurs à reconnaître l'impuissance mentale du régime des causes. Car toute doctrine théologique envers nos pensées et nos affections consiste à les attribuer aux volontés surnaturelles , non moins inexplicables à leur tour, ce qui ne fait que reculer une insurmontable difflculté.
DYNAMIQUE SOCIALE. — • GHAt>ITRB QUATRIÈME. 291
Le polythéisme grec dut la sentir davantage , d'après la tendance plas abstraite et la liberté plus étendue résultées de son défaut de consistance sociale. Conduit à pénétrer les motifs des résolutions divines , il ne put trouver d'autre issue que de renverser sa marcbe ordinaire^ en faisant, au contraire, dépendre le monde moral de Tordre physique. Pour dissiper sa propre hésitation entre les Grecs et les Troyens, Jupiter recourt à la loi de la pesanteur, en y subordonnant leurs destinées respectives. Une foule d'autres cas polythéiques montrent combien on sent déjà que la satisfaction spéculative consiste surtout à rattacher les événements les plus compliqués aux plus simples, même par des liaisons purement chimériques. Le génie abstrait dut donc reconnaître bientôt Tinanité nécessaire du théologisme, comme llncompétence spontanée du fétichisme, envers l'ordre humain, de manière à comprendre que la synthèse universelle à laquelle il aspirait pouvait seulement surgir du régime des lois.
Mais cette issue théorique, quoique déjà caractérisée par Fessor décisif des rudiments mathématiques, était trop éloignée de son principal domaine , pour que la pensée ne restât pas concentrée longtemps sur Tordre matériel , dans un milieu qui la dispensait d'application sociale. Or, le dogme poiythéique , sans être destiné surtout au monde extérieur, y convenait davantage qu'à Téconomie humaine , puisque ses explications , quelque illusoires qu'elles y fussent , n'y constituaient pas, du moins, un cercle directement vicieux. Elles y devaient provisoirement combler les lacunes naturelles du fétichisme envers les événements, auxquels la seconde causalité transportait une doctrine équivalente à celle de la première pour les êtres. Comme la conception des lois ne pouvait reposer que sur la contemplation abstraite, la restriction nécessaire du dogme fétichique à la contemplation concrète doit nous indiquer com-
292 SYSTÈME DE POUriQUE POSITIVE.
bien le polythéisme fut d'abord indispensable à notre essor théorique. Tant que l*étude systématique de la matérialité dut se préparer à la loi par la cause, les divinités y restèrent douées â*une efficacité mentale supérieure à celle des entités » dont la préférence ultérieure résulta de leur moindre consistance , qui facilita leur élimination.
Néanmoins , si Tinfluence polythéique avait seule agi , nos spéculations quelconques seraient demeurées dans une éternelle enfance. Mais, conjointement avec elle 9 on trouve toujours l'impulsion croissante de Tesprit positif, dont la spécialité primitive était compensée par la généralité spontanée de la doctrine des causes, qui, d'un tel concours, recevait le caractère de réalité propre à Tétude des lois. Cet accord continu des deux principes opposés avait naturellement commencé sons le fétichisme, autant adapté, comme je Tai fait voir^ à la loi qu'à la cause. Leur concordance se prolongea sans effort quand le polythéisme prévalut , parce qu il émana surtout de Tastrolatrie , qui , née des premières réactions générales de la positivité spéciale, consacra profondément le principe scientifique, tant que dura la vraie théocratie. C'est seulement le monothéisme qui manifesta ropposilion radicale des deux méthodes, en systématisant une philosophie absolue déjà devenue incompatible avec Tensemble des notions positives, pendant la décadence polythéique^ où les entités succédèrent aux divinités. Dans les premiers siècles de Télaboration grecque, le polythéisme accueillit pleinement le principe scientifique, alors représenté par Tébauche des conceptions numériques et géométriques, poussée jusqu'à leur application astronomique Tel fut le régime initial du génie abstrait, quand Tensemble de la situation grecque l'eut spontanément affranchi de toute destination pratique.
Cet affranchissement me reste donc seul à caractériser pour
avoir assez expliqué la constitution (générale de ce mouvement spéculatif. Or, il résulte nécessairement d'une civilisation qui dut; au fond, être toujours aussi peu militaire que sacerdotale, de manière à demeurer privée de tout caractère déterminé. Sous Taristocratie romaine , comme sous la théocratie orientale y le génie abstrait se serait naturellement tourné vers le gouvernement pratique ; le dédain public ou la discipline sacerdotale comprimant sa vocation spéculative. Mais la démocratie grecque, en vertu même de sa tendance anarchique, détournait , au contraire , les vrais penseurs d'une activité collective habituellement dépourvue de toute grandeur, et poussant , sauf pendant les crises exceptionnelles, à- la prépondérance politique des médiocrités intrigantes. Les meilleurs hommes d*État y prirent toujours un profond intérêt à l'évolution spéculative, ne pouvant Jamais se sentir vraiment absorbés par une destination sociale purement intermittente. Ces dispositions agissant aussi sur le public , même à son insu , l'attention générale fut assurée aux efforts philosophiques, quoiqu'elle préférât souvent les rhéteurs aux penseurs. Toute la résistance à Tessor théorique se trouvait ainsi concentrée ordinairement chez un sacerdoce déjà subaltemisé,^ue les magistrats contenaient aisément.
En même temps , la sociabilité grecque était éminemment propre à stimuler le génie abstrait , en lui préparant directement la plus noble mission, Tavénemcnt social du vrai pouvoir spirituel. La décompositionr politique y fournissait, h cet égard, une impulsion nouvelle, par le spectacle habituel d'une association intellectuelle et morale entre des États indépendants. Aucune restriction territoriale de cette église spontanée , qui déjà se trouvait aussi caractérisée que les cités correspondantes, ne pouvait l'empécbcr de susciter des aspirations décisives à la communion universelle , chez des âmes disposées ,
%ih SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIYB.
de cœur et d'esprit , aux généralisations sociales. D'une antre part 9 quoique cette unité grecque reposât sur le polythéisme^ le génie théorique, devancé par le génie esthétique^ dut bientôt sentir que la véritable universalité n'appartiendrait qu'à l'esprit positif guidant l'activité paciflque. L'ordre naturel était, assez appréciable déjà, même d'après les seules notions numériques, pour que des intelligences plehaement synthétiques pressentissent dès lors la possibilité d'étendre partout le dogme des lois bnmua* blés. Construire cette unique base d'une foi vraiment universelle, devint donc , chez les dignes penseurs, le principal objet de l'élaboration grecque. Ils durent en saisir profondément la liaison directe, avec la régénération sociale fondée sur l'avénement du mérite , qui déjà formait le mobile habituel de la tur-. bulence démocratique.
Le vrai pouvoir spirituel , ou la réaction normale de l'intelligence sur la force, eut d'abord pour organes les vieillards, quand leur institution surgit des premiers résultats du régime fétichique. Sous la théocratie, même astrolatrlque, il fut attaché surtout à la naissance, qui fournit une meilleure garantie de l'aptitude sociale, tant acquise qu'héréditaire. Mais, dans la sociocratie ilnale , le mérite doit se substituer à la naissance , d'après les mêmes motifs qui déterminèrent la prépondérance de celle-ci sur l'âge. Le régime grec suscita nécessairement un pressentiment trop prématuré de cet ordre définitif, en brisant la règle théocratique , sans la remplacer par l'impulsion militaire, qui pourtant semblait y fournir une base suffisante à' l'appréciation personnelle. Quoique cette vague aspiration fût habituellement anarchlque, elle disposa les philosophes à se regarder comme les futurs successeurs des prêtres proprement
dits , de même que ceux-ci remplacèrent Jadis les vieillards. Ils durent aussi sentir la condition intellectuelle de ce diffiolle avènement , exigeant surtout une doctrine démontrable , qui
DTNAMIQDB SOCIALE. — CHAPITRB QUATRIÈME. 295
pût guider le poblic et ses organes dans la plus délicate de toutes les foocUons humaines i le jugement abstrait du vrai mérite. Mais la situation grecque ne leur permettait point d'apercevoir assez la condition sociale d'une telle transfor^mation» qui suppose aussi la prépondérance continue dune activité collective nettement caractérisée ^ à laquelle puisse toujours se rapporter l'appréciation des individus.
Néanmoins, je dois compléter cet examen sommaire en notant que cette lointaine destination modifia noblement les mœurs personnelles de ses dignes Organes, aux yeux des juges qui savent assez distinguer les vrais philosophes grecs d'avec les purs écrivains encore décorés de ce grand titre. Geux-d présentèrent ordinairement le puéril spectacle de la vanité pé*" dantocratique s'eiTorçant stérilement de succéder socialement i l'orgueil théocratique, en systématisant les utopies les plus subversives. Les véritables penseurs n'aspirèrent, au contraire, qu'à dominer librement l'intelligence et la volonté, sentant digne^ ment rincompatibilité de leur vocation avec les préoccupations politiques, tandis que les préjugés de leur miliea les détour* ' naient spontanément des travaux industriels.
Telles sont les bases essentielles'de cette constitution philo-* sûphique, dont je dois maintenant apprécier les résultats gé^ nérauxt II faut d'abord caractériser les premiers, progrès scientifiques dus à l'avènement décisif de la culture abstraite^ Car leur réaction encyclopédique devint le vrai fondement de la philosophie grecque, quoique la spécialité d'un telle impulsion en idt jusqu'ici dissimulé l'efficacité.
Envers les spéculations numériques , cette élaboration resta longtemps sans dépasser notablement les acquisitions fétiehiques et théocratiques. Mais elle développa bientôt leur réaction philosophique, qui fournit au génie abstrait l'une des prtaicipalet sources de ses ins|rîralions synthétiques. L'ordre
296 SYSTÈME D£ POUTIQUC POSITIVE.
réel ne pouvant consister qae dans un arrangement invariable, la simple série des nombres, toujours destinée d'abord à classer plus qu'à mesurer, en constitue naturellement le meilleur type, à la fois objectif et subjectif.
Avant même que l'extension du calcul aux lois géométriques commençât à caractériser directement la relation mathématique entre l'abstrait et le concret , la synthèse grecque fonda ses aspirations universelles sur les seules conceptions numériques. Dans les subtiles généralisations ainsi suggérées, il Taut distinguer deux tendances opposées. Tune métaphysique, essentiellement rétrograde, l'autre positive, éminemment progressive. Leur contraste devient sensible envers les propriétés philosophiques des nombres, principalement émanées des trois premiers, que j'ai qualifiés de sacrés y et qui méritent aussi les titres de spontanés, en tant qu'indépendants des fljgnes, et d'universels, comme seuls communs à tous les animaux supérieurs. Ces propriétés avaient toujours été sainement appréciées, d'abord quand l'instinct félicbique les dévoila, puis lorsque la sagesse théocratique les développa. Mais la subtilité grecque altéra souvent leur caractère théorique, en s'eflTorçant d'y subordonner les lois aux causes, ce qui constituait une vraie rétrogradation , la cause n'étant jamais destinée qu'à préparer. la loi. Néanmoins, les principaux penseurs se servirent surtout de ces relations numériques pour mieux concevoir l'harmonie universelle, d'après les rapprochements qu'elles leur inspirèrent envers des phénomène<( quelconques. Outre que ces vues synthétiques furent plus réelles que ne le supposent' nos préjugés analytiques, elles disposèrent à procurer au dogme positif toute la précision nécessaire, en poussant rimmuabillté des lois jusqu'à la quantité , quoique ce complément devienne rarement appréciable.
^lais , quel que soit le prix philosophique de ces inspiratiom
aritbmétiqoes, la science grecque fut surtout caractérisée par Tessor décisif de la géométrie abstraite ^ trop comprimée, dans la culture sacerdotale , d'après sa destination pratique. Toutes les notions géométriques concernaient jusqu*alors la mesure des aires et celle des volumes 9 sans que Tétude des lignes eût vraiment surgi. Elle devait pourtant émaner des deux autres à titre de complément naturel y avantde fonder, comme on le voit aujourd'hui, leur constitution rationneile. Car, la théorie des aires et des volumes ramenant toujours leurs comparaisons à celles des lignes, elle devenait souvent insuffisante, et même inapplicable, tant qu'on ignorait les relations linéaires, dont Tétude exigeait d*abord celle des figures rectiiignes , spontanément réductibles aux triangles. Un tel progrès dut constituer le premier résultat du génie grec , d*après la double découverte du grand Tbalès, type éternel de ce premier degré d*abstraction géométrique. On doit regarder comme connexes ses deux lois sur la constance de la somme des angles d*un triangle rectiligne et sur la proportionnalité des côtés entre les triangles équiani;les; d*oii résulta la théorie des polygones, et même Tébauche de celle du cercle, d*après les mesures angulaires. Quoique la seconde loi pût dlreclement émaner de la comparaison des aires, comme l'indiqua bientôt sa démonstration classique, elle fut d'abord une conséquence de la première , qui dut aussitôt expliquer les propriétés des parallèles, jusqu'alors purement Uiductives.
L'importance de ce pas fondamental me détermine à spécifler ici sa filiation probable envers l'ensemble des notions antérieures, en montrant .que la méthode des aires, exceptionnellement employée , suffit pour conduire sans effort au principal théorème de Thaïes. Il consiste, au fond , eu ce que tout angle équivaut à la somme de ceux que forment l'un de ses côtés et
le prolongement de l'autre avec nne tranversale quelconque. Or^ cette relation devient évidente , en mesurant chaque angle d'après Taire indéflnie qu'il embrasse , si l'on remplace le premier par son .opposé , tandis qu*on apprécie le second en négligeant Taire triangulaire. Cette dernière considération 'offre» logiquement , Tavantage d'introduire , dès le début de la géométrie abstraite , le principe essentiel de la m'éthode inflnitésimale» la faculté de substitution mutuelle entre des grandeurs quelconques dont la difTérence est inflniment petite envers elles. Quoique celte iiiiation doive rester conjecturale^ faute de documents objectife, il importait à la philosophie de l'histoire de concevoir nettement la liaison spéciale entre les spéculations grecques et leurs fondements théocratiques.
Ainsi surgit enfin la principale partie de la géométrie 5 celle qui prévaudra toujours sur les deux autres , par ses propriétés logiques et ses relations scientifiques. Sa culture continue suscita dès lors le développement systématique de Tinstitution spontanée de Tespace^ qui^ destinée à nous permettre de considérer Tétendue abstraite isolément des cas concrets y était jusque-là restée confuse , faute d'un usage décisif; qu'exigea Tétude des lignes. Mais l'importance de cette impulsion géométrique se manifesta principalement d'après la régénération que Thaïes en déduisit pour l'ensemble de l'astronomie, qui lui devra toujours sa seconde constitution mathématique.
La première fut essentiellement caractérisée , suivant le chapitre précédent , par Temploi des machines* propres à repro* duire le spectacle fondamental du cleL Quelque grossière que dût rester une telle méthode , méconnue maintenant , die était vraiment scientifique, puisqu'elle résultait de coficeptions systématiques et produisait des prévisions rationnelles y quoique les unes et les autres manquassent de précision. Dans Télaborà^ tlon grecque» cette constitution 4héocraUque de T astronomie se
DYNAMIQUE SOCIALE. — GHAPITRB QUATftlÈMB. 2M
trouva d'abord régénérée en substituant les constructions planes aux constructions en relief, lés figures remplaçant désormais les appareils ; qui pourtant ne furent Jamais abandonnés entièrement Mais une telle substitution ne devint possible que d'après rétude décisive des systèmes linéaires , poussée même Jusqu'à rébauche des relations , angulaires ou sphériques » entrt trois droites formant divers plans autour d'un point. C'est ainsi que Thaïes et son école constituèrent déjà l'astronomie grecque, toujours fondée sur les méthodes graphiques; tandis que l'emploi des calculs^ dernier état de la constitution astronomique , ne put domhder que chez les modernes , quoique institué par
Hipparque.
Dans cette seconde phase logique, la science céleste continua de n'être vraiment satisfaisante qu'envers le mouvement diurne, et toutes les autres études y restèrent empiriques ou confuses. Mais ce spectacle fondamental fut mieux apprécié , quand la substitution des figures aux appareils rendit les déterminations à la fois plus précises et plus commodes. Les variations locales, du moins en latitude > purent dès lors se manifester nettement, d'après les déplacements assez étendus qu'embrassa l'exploration grecque. Leur comparaison générale suffit à l'esprit géo<^ métrique pour découvrir déjà la double loi qui proclama la sphéricité de la terre et la convergence des verticales. Quoique ce pas décisif seit attribué communément à l'École d'Alexandrie, je n'hésite point à le faire remonter Jusqu'à Thaïes. Sa réaction générale dut susciter, chez ce père de la philosophie, le premier essor de la relativité systématique, ainsi constatée irrévocablement envers des phénomènes tmiversellement connus. Toutefois, rinfluence, surtout positive, ou même négative, d'une telle transformation, né put, en effet, devenir décisive qtie diaprés son complément alexandrin, apprécié ci-dessous, envers le mouvement annuel.
Poor achever de caractériser ce premier essor de la science abstraite, j'y dois distinctement noter l'extension capitale de l'algèbre. J'ai déjà fait sentir, dans le chapitre précédent, combien sa racine géométrique dut longtemps surpasser sa souche arithmétique , malgré la prépondérance fmale que mérita cellecL La logique algébrique manifesta d'abord son vrai caractère d'après les relations précises que la théocratie découvrit entre les aires rectilignes. Mais il dut se développer surtout quand la géométrie abstraite fit prévaloir l'étude des lignes, dès le début des spéculations grecques. Des deux conditions propres aux grandeurs algébriques, Tindétermination de valeur importe davantage que Tabstraction d'espèce , pour constituer leur vraie généralité. Or, celte indétermination est spontanée en géométrie, où les nombres nlnterviennent qu'artificiellement, afin de mesurer les résultats. Il faut, au contraire, de longs efforts pour généraliser assez les grandeurs arithmétiques, qui semblent alors dépourvues de tout soutien , quoique cette abstraction supérieure convienne mieux à Tessor final de la logique mathématique, en y simplifiant les déductions.
Les deux lois, angulaire et lipéaire, découvertes par le fondateur de la science grecque, concoururent spontanément à développer, d'une manière décisive . la source géométrique de l'algèbre. Car, le premier théorème de Thaïes établit directement une équation proprement dite, tandis que le second institue une proportion. Il est vrai que la loi théocratique des trois carrés fournissait déjà le type géométrique des équations. Mais, en découvrant, entre des.angles, une relation analogue, et d'une simplicité supérieure, non moins efiicace et plus usuelle, l'esprit humain dut mieux généraliser une telle logique, dès lors susceptible d'être conçue envers des grandeurs quelconques. Toutefois, malgré sa supériorité normale, ce premier mode de déduction abstraite ne put trouver, en géométrie, un
exercice assez décisif que quand le tliéorème d'Hipparque eut foDdé la trigonométrie. C'est donc surtout du second , quoique moins simple et plus restreint, que dut dépendre Tessor logique de la géométrie ancienne. Elle sut, en effet, développer la théorie des proportions de manière à seconder ses déductions tliéorlques au delà de ce que nous concevons aujourd hui.
Tel fut le premier essor de la science abstraite d'après l'élaboration grecque , essentiellement instituée par Thaïes et son école. Je suis forcé d'en écarter Pythagore et. ses disciples, malgré ma profonde vénération pour cet éminent philosophe , dont j'apprécierai bientôt la véritable influence, en jugeant directement la réaction générale de la culture scientiflque sur la synthèse universelle. Mais un tel examen sera mieux placé quand j'y pourrai considérer l'ensemble de cette culture, en y joignant Vimpuision d'Archimède et d'Hipparque à celle de Thaïes. Quoique Pythagore ait pu découvrir personnellement la loi des trois carrés, elle émana, longtemps avant lui, du génie théocratiqu'e, procédant par la comparaison directe des aires.
Le seul mérite qu'aurait dû lui procurer ce philosophe consistait à la retrouver déductivement, comme relation de lignes, d'après le second théorème de Thaïes. Or, rien n'indique qu'il ait accompli cette déduction , qui pourtant n'excédait point sa puissance logique. Quant à la supposition que les brames auraient reçu de lui cette grande loi, son absurdité dogmatique équivaut à son inexactitude historique. Vainement l'appuie-t-on sur l'analogie tirée de la communication que fit Thaïes aux théocrates égyptiens, qui ne savaient point, avant sa visite, déterminer la hauteur de leurs pyramides d'après la longueur des ombres correspondantes. Cette similitude est purement superficielle, puisqu'elle écarte la distinction entre la géométrie des aires, seule cultivée par le sacerdoce antique, et celle des lignes, qui fut réservée au génie grec.
S03 STSTÈMB ra POLITIQUB POSITITI.
J*ai dû spécifier une telle explication historiqoe pour la l^ire intellectuelle, et même rhonneor moral, des nobles castes qni , vouées , sans fluctuation théorique , à leur destination sociale , ne purent assez développer l'aptitude spéculative que comportait leur génie synthétique. Devenu maintenant leur unique juge, je dois scrupuleusement veiller à l'intégrité de leur domaine scientifique, injustement restreint an profit d'un philosophe qui repousserait une telle spoliation. Le silence de tous les anciens envers la démonstration linéaire de la loi des trois carrés suffirait , au besoin , pour confirmer rorigine théocratique d'un théorème où nous retrouvons en«core l'esprit qui dirigea sa première découverte.
Ayant ainsi caractérisé l'essor initial de la science grecque en mathématique et en astronomie , je dois maintenant apprécier sa réaction encyclopédique sur les diverses spéculations supérieures, alors inaccessibles à la positivité rationnelle. Gomme elle accompagna toujours les vains elTorts relatife à la construction d'une synthèse objective, U faut d'abord expliquer la double impulsion générale qui détermina ces tentatives avortées.
La science abstraite se trouvait assez développée pour que les esprits vraiment philosophiques sentissent déjà son incompatibilité radicale avec toute théologie. Ce conflit devenait surtout prononcé sous l'aspect logique , d'après le contraste décisif entre la plénitude des convictions géométriques et l'incertitude des opinions théologiques. Quoique l'opposition fût moins sensible envers la doctnne que quant à la méthode, l'essor de la prévision rationnelle en astronomie ne permettait plus aux libres penseurs de concilier suffisamment les lois naturelles et les volontés divines.
Celte influence négative du premier mouvement scientifique entraîna bientôt les philosophes vers le monothéisme, qui, depuis
longtemps , avait secrètement prévalu chez les castes sacerdotales , mais par des motifs plas sociaux qu'intellectuels. Ainsi réduit et concentré, le théologisroe pouvait s'adapter davantage au développement des connaissances réelles. Néanmoins, quelques penseurs , sans renoncer au problème absolu , tentèrent d'y remplacer toutes les causes intelligentes par des causes aveugles , en s'efTorçant d'instituer une synthèse purement objective.
Or, la même impulsion scientifique qui suscitait cette troisième causalité semblait lui fournir une base suffisante, d'après une entière généralisation des conceptions déjà surgies envers les nombres et les figures. Mais cet effort prématuré pour sortir du théologisme ne<^ouvait aboutir qu'à substituer provisoirement des entités aux divinités , en douant les unes des principaux attributs qu'on refusait aux autres. Au fond, l'esprit humain ne saurait éviter la cause que par la loi , dont l'avénement synthétique restait alors lointain. Quoique la causalité théologique fût dogmatiquement inférieure à la causalité fétichlque, elle demeurait pourtant conforme à l'esprit fondamental de la philosophie absolue , en expliquant toujours le monde d'après le type humain. La causalité métaphysique ne mérite aucune comparaison avec ses deux souches vu son inconséquence radicale , qui poursuit le problème des origines et des destinations en rejetant l'unique solution qu1l comporte, sans comprendre que toute cause aveugle implique une contradiction directe.
En caractérisant ces vaines tentatives de l'orgueil philosophique, Je dois d'abord me tenir au point de vue grec, toujours restreint à la coordination théorique. Mais quand, après avoir apprécié l'évolution scientifique, je conclurai ce chapitre par le jugement général de l'élaboration grecque, on sentira spécialement Tavortement nécessaire de toute synthèse pure-
iOà STSTfeUE DE POLITIQUE MSITtTX.
■DOit partielle , où l'on méconaalt l'indivLsibilité do problème humain. Pour compléter le) l'eiamen spécalailf d'une telle entreprise, je dois eafin prourer qae, mfime en la supposant possible el convenable, sa base scientifique était profondémeDl !□• suffisante.
Quelque aptitude synlbélique qn'on attribult alors aux lois malbématiques d'après lesquelles on s'efforçait de lool expliquer, on aurait pu sentir que ce domaine restait encore trop Inculte. Ses deux classes de conceptions demeurèrent nssen- UeUementlncobérentes, jusqu'à ce que l'avénemenl de la géométrie générale les eût in-évocablemenl liées. Or, ce loiut^ progrès exigeait l'essor distinct de l'algèbre , qui n'était point alors détacbée de ses deux soucbes spontanées. EuIjd, la science mathématique manquait entièrement de son élément final, faute d'aucune conception abstraite envers te mouvement et même l'éqniilbre. Celle troisième lacune devenait d'autant plus déci- ■ire contre l'éiaboratlon directe d'une synthèse objective que la mécanique rationnelle constitue nécessairement le lien principal du domaine mathématique avec l'ensemble de la pliiloso- . phie naturelle.
Tous ces motifs , spéciaux et généraux , expliquent assez l'inanité radicale des tentatives grecques pour m'interdire de m'arrèter aucunement à leur examen. Impuissantes envers le monde extérieur, elles durent échouer davantage en étudiant l'ordre humain , dont l'appréciation théorique , étrangère <i tonte philosophie absolue, restait nécessairement réservée & la philosophie relative. Biais ces vains elTorls de l'esprit métaphysique procurèrent à l'esprit positif une généralité dont il était encore incapable , et qui , quoique purement iransiloire, permit ii sa réalité de susciter partout d'heureuses inspirations, propres £t guider les travaux ultérieurs. L'IusuIBsaace des bases ^jgdacUves et dédoctlves u'empëcha point les vrais penseurs
DYNAMIQUE SOaALE. — CHAPITRE QUATRIÈME. 305
d'utiliser leur puissance synttiétique pour instituer des aperçus décisi&y qui 5 malgré leur incoliérence naturelle, comportèrent une précieuse efficacité, surtout logique, et même scientifique. Je dois maintenant apprécier ces uniques fruits d'une série d'entreprises radicalement vicieuses, où le principal avortement fut pourtant accompagné de résultats accessoires y qui feront toujours sentir combien la généralité la plus imparfaite surpasse tiiéoriquement la pure spécialité.
La première inspiration philosophique due à la réaction encyclopédique de la science grecque consiste dans l'institution décisive de l'hypothèse corpusculaire. Cette lumineuse conception doit être jugée , en écartant toute discussion objective , comme essentiellement subjective, à titre d'artifice logique propre à diriger nos spéculations générales sur la matérialité, suivant les explications directes du premier volume de ce traité. Émanée surtout de Démocrite , sous l'impulsion primitive de Thaïes, elle posa, longtemps d'avance, le fondement philosophique de la physique proprement dite, qui, pour étudier les propriétés universelles de la matière , doit remplacer chaque substance continue par un système discontinu de particules semblables.
En second lieu , le principe d'Aristote sur la pluralité des éléments fournit à la chimie une base générale , que n'altéreront jamais les variations spéciales du nombre des corps jugés simples. Les éléments primitifs se sont trouvés assez heureusement choisis pour bien diriger l'ensemble de nos travaux chimiques jusqu'au siècle dernier. Mais^ en outre, le principe de la pluralité suffisait seul à Tavénement de la chimie, incompatible avec les opinions antérieures sur l'unité matérielle. On attache d'ailleurs une vicieuse importance aux aberrations métaphysiques envers les nombres quand on leur attribue la quatemité chimique, dont les motifs directs et rationnels sont assez
sensibles pour dispenser de celte frivole explication. En cherchant » dans les habitudes déjà contractées par l'esprit humain ^ ane prédisposition générale à cette conception décisive^ il faut remonter jusqu'à la tendance universelle résultée de la doctrine poiythéique sur la transformation mutuelle des substances quelconques. Cette racine théocratique de Tinstitution grecque peut seule expliquer Fadoption immédiate et unanime de ce principe nécessaire , à la fois objectif et subjectif. Subordonné spontanément à Thypothèse corpusculaire , leur liaison dut aussi faciliter l'avènement et la propagation de celle-ci.
C'est ainsi que le génie grec , d'après le premier essor abstrait de la mathématique et de Tastronomie , institua la double base philosophique qu'exigeait la culture ultérieure du couple supérieur de la cosmologie. Par là se trouva complétée la séparation que la théocratie astrolâtrique établit jadis entre Tétude du monde matériel et celle de Tordre vital ^ toujours confondues sous le fétichisme. Quoique la physique et la chimie fussent encore loin de pouvoir réellement surgir, ce fondement général y procura quelque consistance à l'emploi des entités , destinées à soutenir provisoirement l'attention théorique envers ces deux classes de spéculations essentielles.
Mais le fétichisme avait , à sa manière ^ embrassé l'ensemble de la philosophie naturelle proprement dite, dont la partie supérieure dut donc susciter aussi des efforts décisifs dans l'élaboration grecque » malgré sa complication plus grande et sa moindre préparation. Car, ii fallait que le génie abstrait saisit systématiquement tout ce que Tinslinct concret avait spontanément ébauché , sans se laisser dominer par les divisions ul-* térieures , destinées à faciliter nos progrès et non à scinder leurs résultats. L'incompétence nécessaire de la philosophie absolue envers Tordre humain ne pouvait aucunement s'éten-
DYNAMIQUE 90GIALB. — GHAPITEB QUATRIÈME. 307
dre à Tordre vital, puisqu'il s'y trouva longtemps joint à Tordre matériel.
Je dois donc expliquer, en troisième lieu, comment Tincomparable Aristole compléta la constitution provisoire de la philosophie naturelle, en instituant, autant que possible, Tétude systématique de la vitalité. On ne peut bien caractériser cette difficile élaboration qu'en la restreignant toujours à la biologie statique. Aucune science physico-chimique n'étant alors possible, et même la mécanique rationnelle manquant totalement, il serait absurde d'espérer, en physiologie, d'autres pas abstraits que des aperçus judicieux mais isolés, dont le génie d'Hippocrale avait déjà fourni le type. Quoique Aristote ait ébauché la conception générale des deux vies , cette division primitive entre la relation et la nutrition dut rester presque stérile jusqu'à Bichat, faute du préambule objectif qui pouvait seul Tériger en principe fondamental de la biologie dynamique. Mais , en anatomie , les conceptions essentielles sont naturellement indépendantes d'une telle préparation, sauf logiquement , et peuvent être directement saisies par le génie inductif , qui , chez Aristote, forma toujours une admirable harmonie avec le génie déduclit
Toute la biologie statique repose principalement sur deux institutions connexes, à la fois logiques et scientifiques, la comparaison organique et l'échelle vitale. Or, Aristote ébaucha suffisamment Tune et Tautre, par des conceptions décisives, auxquelles se rattachera toujours l'ensemble des spéculations anatomiques.
Il ne compara les organes que sous l'aspect géométrique, en rapprochant seulement ceux dont les différences concernent uniquement la position , la forme , ou même la grandeur. Mais ce premier type, où les rapports devenaient incontestables, suffisait pour susciter ensuite des comparaisons plus pro-
fondes et plus générales» qui n'auraient pu d'abord être assez nettes et précises. Aristote institua donc cette admirable suite de relations anatomiques qui » sagement graduées , tendent , depuis Bichat , à lier toutes les parties d'un organisme quelconque.
De ces comparaisons analytiques, il s'éleva naturellement aux rapprochements synthétiques entre les structures totales des différents organismes. Il y fournit déjà le type décisif de la logique comparative , tant pour la coordination des groupes qu'envers leur construction. Ainsi surgit l'immense classement qui, graduellement systématisé depuis Aristote jusqu'à BlainviUe, tenta de réunir tous les êtres vivants dans une même hiérarchie , à laquelle il ne manque qu'une concentration subjective, écartant les termes oiseux ou discontinus.
Voilà comment le génie abstrait introduisit Irrévocablement une culture systématique dans tout le domaine primitif de la spéculation concrète , toujours bornée à l'ordre extérieur, tant vital que matériel , par la nature du fétichisme fondamental. Mais le polythéisme avait , à sa manière , complété ce champ théorique de la raison spontanée, en y comprenant aussi l'ordre humain. Quoique sa doctrine n'y ait jamais pu devenir autant satisfaisante que celle du fétichisme envers son propre domaine , elle suffit pour ébaucher les spéculations universelles sur les plus nobles phénomènes , que la vie réelle faisait naturellement ressortir partout. Néanmoins, une telle explication de l'ordre humain ne pouvait , outre son caractère illusoire , convenir qu'à l'individu , sans embrasser la société qui le domine. Car^ l'esprit théologique est , en lui-même , nécessairement personnel, et ne peut concevoir les phénomènes collectifs que d'après les impulsions individuelles. Sa nature le rend incapable de représenter théoriquement les résultats graduels de k réaction des individus, et moins encore des générations.
DYNAMIQUE SOaALE. — CHAPITRE QUATRIEME. 309
Quoique la destiDation pratique de la théocratie Fait bientôt poussée à former quelques inductions rationnelles envers le sentiment et l'intelligence , elle n'a jamais pu lui suggérer que des vues purement empiriques quant à l'activité sociale.
La situation grecque , en dégageant spontanément le génie abstrait de toute obligation concrète , devait lui permettre d'atteindre jusqu'à ce dernier champ de la spéculation réelle , auquel.se trouvait nécessairement subordonnée l'étude entière de Tordre humain. Non moins affranchi du régime militaire que de la discipline sacerdotale, son libre essor n'y pouvait être retenu par le théologisme , dont il tendait à sortir complètement ^ d'après le concours continu des autres influences scientifiques. Mais il y restait sons l'oppression de son propre principe philosophique , la doctrine des entités étant aussi personnelle 5 dans sa source, et même pour son application, que celle des divinités. La loi peut seule , en vertu de sa pleine réalité , coordonner, comme tous les autres , les phénomènes collectifs , où la cause ne convint jamais. Il appartenait exclusivement au précurseur le plus systématique du positivisme de pousser la liberté grecque.jusqu'à s'emparer irrévocablement de ce dernier domaine abstrait
Cependant, Tappréciation dynamique de la socialité restait interdite au génie d'Aristote plus profondément que celle de la vitalité, qui d'ailleurs aurait dû la préparer. Outre que le concours successif des générations est toujours moins saisissable , quoique plus décisif, que la coopération simultanée des individus , il demeurait alors trop insuffisant pour comporter des méditations caractéristiques. Quand l'esprit grec aurait volontiers étendu ses contemplations sociales au delà de sa nationalité , fût-il même sorti du polythéisme militaire , l'apparente immobilité du fétichisme et de la théocratie ne lui permettait point assez de champ dynamique.
Ainsi restreint nécessairement à la sociologie statique , Aristote en devint le vrai fondateur, comme je l'ai prouvé dans le volume précédent. Cette partie de son immense élaboration me semble plus merveilleuse qu'aucune autre , parce qu'elle fut à la fois moins préparée et plus décisive. Nulle impulsion négative n'était aussi propre à dégager Tesprit humain de toute théologie que cette construction positive oii le génie scientifique saisit à jamais le seul domaine interdit au principe théologique. Directement liée à l'ébauche rationnelle des études mentales , et même morales, une telle création achève de caractériser une puissance synthétique qui peut-être ne sera jamais surpassée. Quoique la noble simplicité d'Aristote envers Tinstruction mathématique fasse mieux ressottir la puérile affectation de son prétendu maître, tous ses écrits témoignent combien ce génie encyclopédique avait préparé sa carrière par une telle toltiation. Outre l'heureux usage qu'il y fait souvent des conceptions numériques et géométriques, il fut assez frappé de l'immense lacune relative au mouvement pour tenter de la combler, en instituant une loi mathématique sur la chute des corps. L'irrationalité de son hypothèse , où la vitesse devient proportionnelle à l'espace, n'est vraiment appréciable que depuis deux siècles, et n'empêchera personne de reconnaître iMncompnrable plénitude de ce penseur, non moins savant que philosophe.
Il fut tellement jsupérieur à toute l'antiquité que ses principales conceptions, quoique toujours senties immédiatement, ne purent jamais être jugées que tardivement, à mesure que l'esprit positif approchait de leur domaine théorique. Ou n'apprécia son dogme chimique que dans la troisième phase du moyen âge, oîi l'attention spéculative dut se diriger irrévocablement vers les transformations matérielles, sous l'impulsion décisive d'une libre industrie. De mênie, sa double institution
anatomiqae ne devint pleinement efficace qu'an siècle dernier, quand la philosophie biologique put définitivement surgir. En* fin f c'est seulement aujourd'hui que Ton commence à bien juger sa fondation de la statique sociale, d'après une relation nécessaire avec Tensemble de la sociologie positive^ destinée à systématiser la régénération occidentale. Tous les penseurs doivent se sentir profondément encouragés en reconnaissant que leur père commun n'est devenu véritablement appréciable qu'après vingt-deux siècles, qui, dans la vie du Grand-Être, formeront le simple préambule de son éternelle apothéose.
Mon second volume a caractérisé la portée et la réalité du principe de la coopération, sur lequel Âristote fonda la statîque sociale, en m'y réservant seulement l'obligation de le compléter et de le systématiser, pour la combiner avec la sociologie dynamique. Quant à Tétude positive de l'entendement humain, elle fut irrévocablement ébauchée lorsque ce prince des philosophes proclama la subordination nécessaire de nos constructions subjectives à leurs matériaux objectifs. Entravé, davantage que le précédent, faute de complément et de systématisation , ce principe reçoit du positivisme une destination décisive, qui fera de plus en plus apprécier la profondeur et la difficulté d'un aperçu surgi dans un milieu sophistique.
Quoique l'esprit grec, malgré sa culture alTectée de la morale, y fût radicalement impropre, d'après un insuffisant essor du sentiment, et même de Tactivité, la supériorité d'Aristote s'étendit jusqu'à cette suprême science.. L'institution positive des théories qui jugent nos affections pour régler itotre conduite , dut émaner de son lumineux aperçu sur .1^ nature de chaque vertu, comme toujours intermédiaire entre deux vices opposés, l'un par excès, l'autre par défaut. Car,.un tel principe implique h la fois la pluralité de nos penchants et leur concours nécessaire, double base de toute la science affective, bans qu'Aris-
tote ait jamais formulé distinctement ces deux conditions , il dut certainement les sous-entendre autant que l'addition restrictive de Leibnitz à son aphorisme intellectuel. Or, cette acquisition théorique , qui n'est vraiment jugeable qu'aujourd'hui , constitue alors la seule conquête réelle du génie abstrait dans notre principal domaine > envers lequel les vues sacerdotales restèrent trop empiriques, d'après leur caractère pratique.
Pour avoir pleinement abordé notre véritable champ spéculatif, l'esprit grec ne manquait donc que d'une première ébau> che des conceptions directement relatives au mouvement humain, tant social que mental. Mais j'ai suffisamment expliqué la commune impuissance de Tontologisme et du théologisme envers une telle création, nécessairement réservée au positivisme, dont elle constitua le nœud décisif.
Il serait ainsi superflu d'insister ici sur l'inaptitude radicale des Grecs aux méditations historiques, où les Romains devaient les surpasser, comme mieux préparés par leur régime quand leur destinée fut assez prononcée, sans cependant y pouvoir instituer aucune inspiration vraiment théorique. Toute l'antiquité dut donc s'y borner à procurer aux penseurs modernes des matériaux indispensables, quoique malheureusement restreints à nos ancêtres occidentaux. Or, les Grecs commencèrent dignement cette longue préparation, plus littéraire que scientifique, surtout lorsque Hérodote décrivit librement leur principale résistance collective , et même quand Thucydide caractérisa le déplorable conflit qui la suivit. Quoique ces deux nobles types ne puissent point offrir le vrai caractère théorique, je n'hésiterai jamais à les mêler, avec leurs successeors ^ romains, parmi les philosophes qui méritent notre étemelle gratitude. Car^ sans aucune affectation systématique, leurs aperçus spontanés prouvent , malgré Tincohérence et la restriction . qu*ils méditèrent davantage sur les phénomènes sociaux
que la plupart de ceux qui , chez les anciens ou les modernes , furent spécialement qualifiés de penseurs. Il faut regarder l'institution de cette importante préparation comœ" propre à Tesprit grec, en vertu de son indépendance caractéristique, résultée de l'ensemble de la situation correspondante, qui permit, et même suscita, l'examen historique, impossible sous la théocratie. En effet, la domination sacerdotale conduisait à formuler, pour un public spécial , des jugements personnels sur les chefs politiques, mais sans comporter aucune exposition populaire de la suite des événements sociaux.
Telle est enfin l'appréciation de la principale évolution grecque, où les théoriciens, à la fois savants et philosophes, s'efforcèrent toujours d'allier la réalité des vues à la généralité des conceptions. Mais le succès même de leur élaboration , dignement instituée par Thaïes et finalement personnifiée dans Âristote, dut susciter, entre leurs disciple» apparents, une profonde scission, qui me reste à caractériser, en complétant et rectifiant Condorcet. La philosophie propre à la Grèce finit réellement avec Aristote, que suivirent seulement de purs discoureurs ou de simples conmientateurs, en écartant même les nombreux jongleurs émanés dés diverses sectes qui surghrent du fond primitif sans y rien ajouter- Âu contraire , la science grecque semble commencer alors , aux yeux de ceux qu'une étroite spécialisation empêche aujourd'hui d'apprécier les produits antérieurs du génie scientifique. Malgré cette vicieuse exagération, il faut reconnaître que les découvertes d'Archimède, d'Apollonius, et d'Hipparque furent non-seulement plus brill^UBEtes et plus mnlUpliées que celles de leur commun père Thaïes, mais aussi plus décisives pour l'ensemble de nos desthiées.
L'examen spécial de la réaction encyclopédique due à l'essor caractéristique du génie abstrait, vient de prouver que son influence philosophique se trouva nécessairement épuisée quand
Tesprit grec eut ébaaché toutes les parties abordables de la hiérarchie théorique. Il né resta dès lors à Tontologle d'autre domalDC propre que les rêveries spéculatives et les utopies sociales de plus en plus suscitées par un vicieux élan vers le monothéisme, caractérisé ci>dessous comme ne comportant, jusqu'à l'impulsion romaine, que de simples écrivains. Mais la science, sans pouvoir encore s'élever au-dessus du domaine astronomico-mathématique, agrandit admirablement ce chanip trop circonscrit, sous l'inspiration résultée des relations, décisives quoique partielles, qui l'unissaient irrévocablement à tout le système abstrait. L'élaboration continue de ces liens encyclopédiques avait partout manifesté combien ils eussent été plus complets si leur base scientifique avait eu plus de profondeur envers ces études fondamentales, non moins indispen-
sables à la doctrine qu'à la méthode. Tout poussait donc à la culture spéciale d'un tel domaine, dont la triple imperfection, ci-dessus Indiquée, ressortait spontanément de la même appréciation.
Ainsi surgirent, après les vrais philosophes, des théoriciens encore plus abstraits, qui, sous le simple titre de savants, si Justement discréditémaintenant, durent directement élaborer la base objective de la saine philosophie, interdite à l'anthiuilé. Mais leur consécration, de plus en plus exclusive, à cette construction spéciale n'empêcha jamais ses dignes organes de sentir la destination générale de toutes leurs recherches essentielles, pour préparer la. régénération mentale, et même sociale. Les nobles aspirations synthétiques qui soutinrent spontanément leur zèle analytique n'ont vraiment cessé que dans, le siècle actirel, sous l'anarchie académique, au temps assigné, par l'ensemble des destinées humaines, à leur réalisation systématique.
Dès lors réduit à sa propre inanité , l'esprit métaphysique
perdit, comme aujourd'hui, toute consistance théorique, en se %éparnnt^ paille concours de rantipathfe avec Timpuissance , des éludes scientifiques qui jadis constituèrent son unique appui. Mais alors il lui restait une destination sociale dont Téquivalent ne peut plus se reproduire depuis que Tontologisme est devenu purement subversif. Toutefois-, ce dernier office organique poussa la métaphysique grecque à prendre un caractère intellectuellement rétrograde, en se ralliant à la théologie, pour instituer la transition monothéique. La science, au contraire, poursuivit spontanément son progrès continu, d'après une indépendance essentiellement garantie par sa spécialité Décessaire ; en restant longtemps exempte de toute tendance négative, au moins directe et volontaire. Telle est l'évolution scientifique proprement dite, que je dois maintenant juger pour avoir assez caractérisé l'ensemble de l'élaboration grecque, quoique sa réaction philosophique ne put réellement servir qu'à la synthèse moderne.
Avant d'examiner directement cet essor intellectuel , il faut apprécier l'institution sociale qui fut spécialement destinée à le seconder, par la fondation du célèbre Musée d'Alexandrie. C'est à la science^ en effet, bien plus qu'à la littérature, que le meilleur successeur d'Alexandre consacra ce noble établissement, dont le seul avènement suffit pour indiquer combien le mouvement scientifique antérieur avait intéressé la population grecque. La Qiathématique etl'astronomie étaient spécialement appréciées déjà comme nécessairement liées à l'ensemble des progrès industriels, et même au perfectionnement, devenu trèsidif, des procédés militaires.
Mais , malgré la constante prépondérance de sa destinationsdenlifiqne, aux yeux du public et du gouvernement, le musée alexandrin fut bientôt envahi, de plus en plus, par les grammairiens, les rhéteurs, et les sophistes, sans jamais assister beau-
$lé sTSTtsu H roLmQcc rasnm.
les nais samts. Pani eaa-d mèmtj Q InviciB
lataMfaiKeardiBJiredctebéUMhyfK Artfci»è<iegtAp<iil6ites wttM ffnÊtUsnùL aananBOt y et les priBâpasi tntiHx iTBfpparqoe s^accnBpfireal aOleais; es sorte q«e celle iattitUfM deflot esseatieileaeBt imOe an trois gnades â^ feontioBS de la sdeace grecqoe. Mais die iacffîti lear oiferselle propagatiODy soit d'après m coBifm , soit es cosserf ast les résollats obcesas. Os lit dsl Bêae le dérehqipeBeiit de qoèlqoes safasis reoDimusdabies, 4plfiie d'un géoie secondaire, surtout Ératosthèoe et Plolénée.
L'utilité réelle de ce raosée a donc été fort exagérée, sovs riBpolsioD métaphysique dont U finit par dereoir le priDdpii foyer, ^'éanmoios, sa foodatioo séparera toojours les deux éfolaUoDs sdentifiqoes de la Grèce , c^mmie résultat de la première et auxiliaire de la seconde.
Celle-ci cammença poartaDt, arec tons ses caractères propres, pendant la génération antérieure à cette ère, diex un sa- Tant trop méconnn, qui fournit une transition normale entre ces deux grandes phases théoriques , composées chacmie d'environ trob siècles. Quoique nullement philosophe , Endoxe de Cnide fut le dernier théoricien embrassant, avec un égal succès, toutes les spéculations accessibles à l'esprit mathématique, n servit pareillement la géométrie et rastronomie, tandis que, bientôt après lui, la spécialisation devint déjà telle que ces deux sciences ne purent plus être notablement perfectionnées par les mêmes organes. Dans la première, Eudoxe, découvrit la cubature de la pyramide, conduisant à celle des polyèdres quelconques, et qui lui permit aussi de mesurer, outre les cônes, la sphère, du moins eu supposant sa quadrature, réservée au génie d'Archîmède. En astronomie , on lui dut surtout
ik
la détermination rigoureuse de l'obliquité de récliptique^ donnée fondamentale de toute la théorie solaire.
Je dois maintenant apprécier la double série d'efforts plus spéciaux qui , séparant les deux éléments du premier couple encyclopédique^ développa suffisamment leur vrai caractère. Sans affecter aucune tendance philosophique , tous ces travaux subirent spontanément rimpulsion systématique d'Arlstote, qui résumait Fensemble du mouvement antérieur. Archimède, et même Hipparque, émanèrent philosophiquement d'Aristote, comme Leibnitz , et même Newton , de Descartes. Les autres écoles , sans excepter les plus retentissantes , ne participèrent jamais aux grandes découvertes scientifiques, dont la réaction logique leur devint radicalement antipathique. Malgré sa fastueuse inscription, la nature anti-géométrique du talent de Platon ne fut pas moins prononcée que le caractère mathématique du génie d'Aristote, et ce contraste personnel se développa de plus en plus entre les deux voies spéculatives.
Au début du second essor abstrait, figurera toujours un théoricien qui, sans être original, présente quelque imporiance historique, comme type spontané d'une telle positivité. Le seul avènement d'un traité didactique , digne fruit initial de l'institution alexandrine , prouverait as»ez la consistance décisive et l'estime universeUe acquises déjà par la géométrie. Mais la composition d'Ëuclide indique aussi la difficile existence des vrais penseurs, alors forcés d'élaborer la science dans un milieu profondément sophistique. C'est pour garantir la pureté du raisonnement géométrique contre les subtilités des dialecticiens que cet estimable professeur employa des précautions trop minutieuses, dont l'empirique imitation devint bientôt inexcusable. Toutefois, s'il eût été plus émhient, U aurait pu déjà remptir Une telle condition sans altérer le véritable esprit des
^$ gfcTÈXB DB POUTIQUB POSITITB.
décooTertes, dont renchalnemeot devait alors être pins bcUe à manifester qu'à dissimuler.
La seconde évolation de la géométrie grecque te compose essentiellement des deux grandes élaborations d'Archimède et d'Apollonius, l'une plus conforme à l'ancienne nature des recherches géométriques, Fautre ouvrant davantage un nouvel ordre de spéculations.
Dans son premier essor, le génie théorique s'était surtout efforcé de poursuivre et de compléter les travaux exclusi£s de la sagesse théocratique sur la mesure de retendue, qui constitue, en effet , Tobjet final de toute la géométrie. Mais , parmi les formes abstraites, il n'avait considéré que celles qui dérivent, et même avec une suffisante simplicité, des deux éléments spontanément émanés du spectacle concret, la ligne droite et te cercle. Toutefois, Tinlersection des surfaces ainsi conçues introduisit, vers la fin de cette première phase, en se bornant aux cas plans, trois courbes vraiment nouvelles, dont la commune origine ne pouvait empêcher leur profonde diversité. Elles ouvrirent ce champ inépuisable d'éléments géométriques, où rinslitulion subjective précède longtemps la contemplation objective, qui même, le plus souvent, ne doit jamais s'y réaliser. Leur première réaction théorique étendit notablement les anciennes recherches géométriques, en posant aussitôt de nouvelles questions de rectification , de quadrature , et de cubature , dont plusieurs resteront toujours insolubles.
C'est dans les mesures ainsi suscitées pour les cinq lignes les plus simples que le génie d'Archimède dut admirablement développer la destination fondamentale de la géométrie. On ne saurait oublier qu'il agrandit aussi son domaine, en instituant la théorie de la spirale, et même en sortant des courbes planes par l'introduction de l'hélice. Néanmoins, ses travaux caractéristiques consistent surtout dans la mesure des figures dont les
DYNAMIQUE SOCIALE. — CflApITBB QUATBIÈME. 319
éléments résultent des diverses sections da cône ordinaire par un plan. En rectifiant le cercle et quarrant la sphère , il surmonta les difficultés qu*y suscitaient alors , d*une part la déduction abstraite, de l'autre rinstitution concrète. La seconde question fournit le type décisif des transformations propres à la méthode infinitésimale pour éviter l'indétermination sponta-. née des limites finales. Dans sa cubature des plus simples corps ronds provenus de la parabole et de Tellipse, il offrit des preuves surSbondantes de son génie déductif , mais sans ouvrir à la logique géométrique aucune voie vraiment nouvelle. On doit juger tout autrement sa théorie des centres de gravité, par laquelle il Institua des relations directes entre la géométrie et la mécanique.
Néanmoins^ il ne faut pas méconnaître la vraie nature d'une telle notion, qui, malgré sa source statique, devient essentiellement géométrique , quand on la dépouille de tous les attributs étrangers qu'y mêlent encore ses applications à l'étude du mouvement et de l'équilibre. Elle suscite, envers une forme quelconque , des problèmes nécessairement analogues à ceux qui résultent des diverses mesures correspondantes. L'ensemble des travaux d'Archimède rend déjà sensible une telle similitude, d'où l'on conclut que cette conception agrandit le domaine général de la géométrie, d'après une intime transformation, sans aucune extension directe, mais avec beaucoup d'efficacité logique.
Par là je suis conduit à juger aussi les efforts d'Archimède pour commencer à combler la principale lacune du système mathématique, en fondant la théorie abstraite de l'équilibre. Mais, faute de toute rationalité positive envers le mouvement, un tel travail restait dépourvu de sa source philosophique ; en sorte qu'il ne comportait que des succès inductib , od rincomparable géomètre manifesta , sous un nouvel
330 STSTÈME K poutique posrnTE.
aipecl , sa plénitnde mentale. Son principe àa lerier ne ponnlt soffire qa'à des cas partieb, et son induction h;drastatiqDe B'abootit qn'à sosdter nn nonvd ordre de qaestioos gtemétriqœs, en¥ers la sitnaUon d'équilibre d'an corps flottant. Néanaïoins, une telle teotatire salBsait seule pour faire contlnuellemeDt ressortir la lacnne déji reconnue da système Bathématiqne , de manière à mieux signaler les relations directes de ce complément nécessaire arec l'ensemble de U ptailosopbie natarelte. Comme cet eflbrt prém'aturé n'arait point entièremeDt avorté , les tliéoridens y pouvaient tonjouis ranimer leur espoir d'iostituer enfin ce lien encyciopédiqDe , dont l'essor de l'astronomie manifestait de plus eu plus l'importaDce dédsire.
Quoique Arcbimède ue se soit pas occupé profondément d'arithmétique, Je dois compléter ce sommaire Jogenent en caractérisant sa théorie des progressious par quotient. Jointe à celle des snites éqoidiflérentes, instituée déjà sous la lliéocratie, même astrolâtrique» et peut-être dès le pur féticbisme, eUe coDstittu le premier et principal type d'an immense domaine numérique, qui restera toujours non moins inculte qa'oiseui. On doit surtout y remarquer le début caractéristique de la sommation des séries indéfinies, dont les exemples nltérienrs ne purent jamais olTrir autant d'importance , id logique, ni scientifique.
C'est ainsi que le plus grand des purs géomètres, tant modernes qu'anciens, accepta dignement le programme gêné- . rai résulté de la phase antérieure. 11 tenu de réparer, autant quepossible, la triple imperfection alo^ ^gnalée dans le système mathématique, en liant davantage ses diverses parties, développant mieux cbacone d'elles, et même s'efforçant I d'y joindre son dernier élément. Sans pouvoir pleinement ^Ttosidr daos aucane .de ces entreprises, 11 les poursuivit assez
DYNAMIQUE SOaALE. — GHAPITBE QUATRIÈME. 321
pour manifester irrévocablement leur vraie nature , trop peu caractérisée par la géométrie philosophique.
Je ne dois pas autant m'étendre ici sur l'appréciation d'Apollonius, le second des géomètres propres à l'ensemble de rinitiation humaine. Malgré son éminent génie, le digne successeur d'Archimède ne put exercer, môme dans sa science, une influence aussi profonde. Néanmoins, ses deux lois elliptiques, et par suite hyperboliques, caractériseront toujours sa puissance déduclive, surtout quand on estime les difficultés résultées alors de l'imperfection de l'algèbre , bornée encore à la théorie des proportions , coordonnée par Euclide. On doit principalement reconnaître combien cette étude décisive des trois courbes subjectives tendit à constituer la destination, sinon la plus importante, du mohns la plus féconde, de l'esprit géométrique , trop peu marquée jusqu'alors. La juste prépondérance des questions directement relatives à la mesure de l'étendue voilait auparavant la classe inépuisable de recherches que suscite une forme quelconque, quand on détermine seulement les diverses générations qui lui sont propres. Apollonius ouvrit ainsi de nouvelles v.oies , tant inductives que déductives, à l'esprit géométrique, et même ses spéculations oiseuses firent sentir spontanément llmportance de discipliner le génie spécial, qui déjà tendait à se consumer en efforts frivoles. Mais la nature du mal scientifique manifestait aussi celle du remède philosophique, en dévoilant l'uniformité de chaque recherche envers les diverses figures, d'où devait résulter Timpubion qui conduisit Descartes à fonder la géométrie générale.
De ce double jugement géométrique, il faut maintenant passer à l'appréciation de l'essor propre à Tastronomie grecque, qui s'accomplit sous l'ascendant spontané de l'ensemble des élaborations que je viens de caractériser. Quoique leur réaction astronomique dut être surtout logique, elle manifesta spécia-
129 ftTftTËHt M tounôQB pMih^
lement des contacts scieDlIfiqaes. Parmi ces Maitons dfrèfetfet entre les deux éléments da premier coopte encydopédlt^ , B faut principalement distinguer rinstitntioil des épicydes par Apollonius , qui déjà s'en senit pour expliquer les rétrograda* fions et stations apparentes des mouvements planétaires. Hais il importe darantage de remarquer, en sens ikivèrsë, comblai Tastronomie augmenta la codsfstande et la dignité de la géô^ méUie, en lui fournissant une destibalion générale, 4ui là hi directement à Tensemble de la philosophie naturelle. On |)dl dès lors sentir que la mathématique étudie inexistence abstraite induite aux ^enls phénomènes nécessairement miiversels, lé nombre, rétendue et le mouvement, dont l'astronomie appréde la réalisation concrète dans les corps qui ne noiis manifestent t>as d'autres attributs.
Historiquement considérée, cette constitution décisive de là sdence céleste fut entièrement due au grand Hipparquè , doiit la gloire resta longtemps éclipsée sous le sticcès excépUonnel d'un habile usUrpàleut*. Mais la réparation , accomplie seatèment au début du siècle actUel, devint d'autant plus efficace que Tinjustice avait duré davantage.- Le génie d'Hipparque est aussi vénéré maintenant, par Tensemble du public occidental, que si jamais on ne Teût méconnu. CClle éclatante rectification dune erreur prolongée pendant quinze siècles doit inspirer une pleine iconfiance dans la sagesse du Grand-Êtfé, veillant toujours à la saine appréciation de ses dignes serviteurs, finalement assurés de leur vraie glorificalloû, malgré les coupables artifices qui peuvent la rélanler. En rapprochant ce cas de celui d'Aristote, on senl que rien ne peut ertipécher rhumanllé de bien classer ses organes sul)jecllfs, même avant que ses jugements résultent dune synthèse complète, dont l'application précise empêchera toutes es anomalies ou les réparera promptement.
âVMl 4è earactériser directement là ^i-Aisde élaboration d'flipparqnë, je dois sommairement apprécier lé dohble préambule qui la prépara dignement. Son précurseur imtnédiat» Ëratostbèné^ avait Utilement complété Tastronomle intérieure, nurtoiit en instituant la me^re générale de la terre, dont il perfectionna la idescriplioU spéciale d'après le tbéorème d'Apollonius sur les mappemondes. Mais lui-même ht précédé d'un théoHcien plus é minent, Aristarque de Samos, ^ni déjà caractérisa la nouvelle astronomie , en construisant le type logique ies comparaisons exactes entre les distances plaiiétaires, quoiqu'il s'y bornât au cas le plus favorable. Cet ensemble dé travaut acheva de constituer la théorie fondamen* taie des variations locales du spectacle célesle , en complétant l'influence de la latitude par celle de la longitude, dont Tapjpréciation moins prononcée deVait être plus tardive. L'atteinte que porta jadis la science au système absolu , quant à la direction de là pesanteur, se trouva dès lors décisive ; puisque la diversité des saisons , le contraste du jour avec la nuit , et la distinction des heures, devinrent des notions relatives, sans aucune tendance arbitraire.
Pour juger sainement l'élaboration totale d'Hipparque, on y doit distinguer deux fondations principales, nécessairement connexes, Tune logique, Tautre scientifique : Tébauche décisive de la trigonométrie, et la loi de la précession équinoxiale.
Le travail d'Arrhimède sur la rectification du cercle avait spontanément préparé la première construction, en commençant une table des cordes, qd*on pouvait aisément étendre, quoiqu'elle dût longtemps rester insuflisante. Mais la difficulté Consistait surtout à découvrir la loi suivant laquelle les cordes de deux arcs quelconques se lient à celle de leur somme ou de leur dilTérence. Ce nœud de la trigonométrie se trouve résolu d'après le théorème d'Hipparque sur la relation entl'e les
diagonales et les côtés de tout quadrilatère inscriptible au cercle.
Directement résultée de la seconde loi de Thaïes, une telle équation absorbe spontanément la loi des trois quarrés, quand les angles deviennent droits. Mais la dogmatisation finale doit , au contraire 9 la rattacher au système des liaisons émanées de cette loi théocratique, entre toutes les distances mutuelles d'un nombre quelconque de points arbitrairement disposés. Ces relations, qui se multiplient quand les points deviennent plus nombreux , ne cessent que lorsqu'ils se réduisent à quatre. Si cependant ils se trouvent alors compris dans le même plan , leurs six distances conservent encore une dépendance réciproque , spécialement indiquée par la décomposition du quadrilatère en deux triangles. Il suflBt de la simplifier^ quand les angles opposés sont supplémentaires ^ pour en déduire le théorème d'Hipparque, ainsi devenu l'un des corollaires de la loi qu'il embrassait d'abord , suivant l'admirable circulation des vérités abstraites, nécessairement plus sensible en géométrie.
Cette fondation grecque de la trigonométrie, quoique resiée longtemps imparfaite , procura dès lors à Tastronomie sa dernière constitution générale, où les calculs remplacèrent les figures y comme celles-ci s'étaient jadis substituées aux appareils , envers les déterminations usuelles. Outre le perfection* nement direct de la science céleste, dont les opérations habituelles devinrent à la fois plus exactes et plus commodes, une telle institution réagit heureusement sur l'ensemble de la mathématique. Non-seulement celle-ci fut ainsi liée davantage à sa destination la plus complète, mais ses deux éléments, abstrait et concret , se trouvèrent mieux combinés , d'après leur actif concours à ce but commun, qui poussa surtout à développer l'algèbre.
Envers l'astronomie , le principal fruit de cette rénovation logique consista dans la découverte de la précession des équi-
noxes, qu'Hipparque n'aurait pu trouver saus avoir d'abord fondé la trigonométrie. Car, les variations, déjà décisives , que lui prf^sentèrent , après deux siècles, les coordonnées 5 angulaires ou sphériques , des étoiles seraient toujours demeurées irrégulières en persistant à les rapporter à Téquateur, comme l'exigent pourtant les observations. Leur loi ne devient saisis- * sable qu'envers l'écliptique , où l'on voit aussitôt l'invariabilité des latitudes quelconques et l'égal accroissement de tontes les longitudes. Ainsi , la difficulté d'une telle découverte se réduit essentiellement à transformer les coordonnées naturelles en coordonnées artificielles ; ce qui constitue un simple problème de tfigonométrie , dont les données générales existaient depuis Eudoxe. Quand il est résolu , ses formules permettent aussi de transporter aux éléments observables la loi de variation reconnue d'après les éléments calculables ; suivant des relations devenues communes à toutes les études célestes , dès qu'Hipparque en eut institué le type.
A cette double construction , se rattache spontanément la fondation préalable de l'incomparable astronome envers la détermination rigoureuse des positions , angulaires pour le ciel , sphériques sur la terre. Il put ainsi compléter Tinstitation , ébauchée sous Thaïes , des relations générales entre les études célestes et leurs applications géographiques ou nau* tiques. Ces liens élémentaires n'étaient encore établis qu'à l'égard des latitudes ., déterminées seulement par les plus simples procédés. £n les étendant aux longitudes, Hipparque y saisit déjà la distinction décisive des deux cas essentiels , terrestre et maritime. L'appréciation de celui-ci le conduisit jusqu'à signaler assez la réaction fondamentale du perfectionnement quelconque des prévisions astronomiques sur l'amélioration nécessaire de la navigation. Ayant, d'une autre part, indissolublement lié l'astronomie à la géométrie, Hipparque
836 SYSTÈME DE POUTIQU» FOSITIfl.
insUlua doBC, poar le seul cas alors accessible, la rdatton tutoi le concret et Tabstralt , qui reste maintenant k systématlio encyclopédiquement. C'est ainsi que Tastronomie reçut ,Me si seconde élaboration grecque, sa constitution rationnelle, qui, sous tous h» aspects essentiels, n'eut ensuite qu'à se coBSûlUflt et se perfectionner d'après son développement graduel.
Il serait ici superflu d'apprécier spécialement les divers tPt? ' vaux d'Hipparque sur les principaux mouvements planétaires» dont l'étude , ébauchée pendant les phases théocratique et pUv losophique de Taslronomie , ne put trouver une base suffisante jusqu'à la phase scientifique. Elle y dévoila , même envers k soleil ou la terre , et surtout à l'égard de la lune , des anor malles assci complexes pour faire déjà sentir rimpuissanœ finale de l'hypothèse circulaire , qu'on ne put dès lors cor-s server qu'en combinant, avec l'expédient de l'excentricité ^ l'artifice des épicycles. Malgré ces embarras, qui devaieni longtemps croître, l'astronomie mathématique put dès lors subir dignement son épreuve la plus décisive , d'après une prévision rationnelle des événements composés, tels que les éclipses, jusqu'alors susceptibles seulement de prévisions empiriques.
Quoique essentiellement instituée par Hipparque, cette étude spéciale et minutieuse ne put assez surgir que sous l'indigne successeur qui tenta d usurper sa gloire. Le principal mérite de Ptolémée se réduisit , en effet , à débrouiller et régulariser la plupart de ces anomalies , surtout lunaires. Sans cela , l'inflexible postérité ne verrait en lui qu'un laborieux rédacteur, qui fut autant au-dessous d'Euclide en rationnante qu'en probité.
L'ensemble des travaux d'Hipparque suscite maintenant, pour la philosophie de l'histoire, une question caractéristique, déjà posée dans le volume précédent Elle consiste à bien ei-
DTNÂiagpB SGtÇIlL^^ -~ GBAPITBE QUATRIÈME. 327
pUyiq: l-intery^Ue dp q^m^^ siècles qui çépars^ cette gfs^nde ^a)H^'ft(}»Q fie }a r^oov^Hpq (jpale due à Seplpr.
y^eme))t arguërait-on c|e Timp^ffection radicalp 4es m^i^ leqr^ (ill^seryatlQii^ ^^cienne^ , qù toutes |es réfractioos , et I4 plMP^t des ]^F4lL|)^eS} restaient négligée^. Même eu joigo^ (^ 6^t(e lacune V§tr;mge grqss|ère(é ^es iDstrqments grecs , Qg D^eipligueralt ^ucu^ement ri^npossibilté d'pbteoir dès lors lef lospir^tîQoisf d^lsfv^s ^e 1^ sciepf^ ypod^fpp. Car la précisioii babiluelle ^e^ élémepts emplpyés par K^ep)er surpassa peu celle de^ dçjppée^ 4 ^iRP^rque ; et tpps les perfectioDûemeut^ propres ^ }a Yi^Q arlifici^ie s^ivi^ent , stp lieu de précéder, la régéoéralion de la géométrie céleste. Ou ppqt recourir ep:; core moim k la diversité des çoucepUpfis et de« ipélbqd^i m^tliéqiatjqp^, qui^ malgré \§ l^Qt fssspr i}e 1^ trigopoipétrip, foFeqt edsenti^Uefnent'CQpioiuiies ^n deu^ cas, fpéme enypç^ la théorie de l'ellipse. Quoiqu'une différence plus prqfpndft semble résulter 4e ce qpe fl^ppler fonda (^ dyn^pûqpe ep institoaDt la pFft^ère iQi du piqqvement , c^tt^ déGQqveFt^ ne pqt aucunement affepter sa rénqvatiop astroppgiique, quelle sup^ posait mém^ }p4|rec^rpep(. fias distinctiqns relati> es au génis proprp ne sapfaiept^avapt^ige expliquer jadiyersit^ d^ suceiç, pni^q^e U sopériqri(6 d^duptiyp d'H|pparque eon^pepsciit cerr Uiipemeqt )j| préémip^i^ indpptive de l^ppler. Ainsi , ni h» si^ations bl«tpnqpes, ^\ les i»iir}tes persqnpel^ , ne peuvent m^z Fi^pr^^ppier |^ flilTérepce 4ps ré^ultat^ pbtepus p^r pe^i i9n gran^ ibéoricipuç , iont le prpmipr prplqpgp^ sa parïU^fB 4e faço^ ^ popv.oir entrpprppdre digpe^ent la seconde élaboraâpn.
lin tel prpUème ^It irester inspluble tapt que l'évolution 9Pientifiqoe depiepre 0todiée isolément de tout notre essor mental , et même de {'epsemble di| développement indivisible dfi k'imwiit^ iljrift J'fi^e dire gp'op te r^qt jOsénent du point
de vue synthétique qui caractérise le positivisme, surtout dans ce traité. Car la réaction philosophique de l'élaboration totale d'Bipparque dut loi faire profondément sentir rincompatibilité radicale de Tessor scientifique avec Tascendant théologique 5 quoique déjà réduit par la corrosion métaphysique. L'astronomie y qui d'abord suscita le passage théorique du fétichisme au théologisme, poussait alors, et même depuis, plusieurs siècles, à sortir de toute causalité pour concentrer nos méditations sur les lois, devenues contradictoires aux volontés. Ce conflit nécessaire surgit déjà pendant la phase philosophique , de manière à reproduire Thypothèse théocratique qui , dès le début de la science céleste, en prépara la régénération, d'après le double mouvement de la terre. Mais la phase scientifique dut le développer radicalement, comme l'indique , à son origine , la tentative d'Aristarque , étranger, sous tout autre aspect , aux dogmes pythagoriciens.
En appréciant la situation d'Hipparque, on reconnaît ainsi que les influences sociales, intellectuellement rétrogrades, qui poussaient alors l'esprit grec à préparer la transition monothéique, empêchèrent seules la régénération réservée à Kepler. Car un tel obstacle, déjà très-prononcé, devait ensuite grandir jusqu'à la fin du moyen âge, où, les besoins théoriques reprenant leur essor spontané , les précurseurs du positivisme tendirent de plus en plus à prévaloir sur les défenseurs du monothéisme, n existe, en eff'et, une intime connexité, non moins sociale qu'intellectuelle, entre la doctrine du mouvement terrestre et la rénovation iceplérienne de la géométrie céleste, inséparable même d'un essor décisif de la dynamique abstraite. L'attention théorique étant déjà fixée sur les rétrogradations planétaires , Hipparque , après avoir découvert la précession équinoxiale, put construire le dualisme astronomique qui constitua la principale argumenta-
tion de Gopeniic. Celui-ci restant non moins étranger, d'ailleurs , à la troisième science mattiématique , le contraste de son succès avec la lacune laissée par un génie très-supérieur au sien prouve seulement la différence d'opportunité des deux cas. Elle résulte donc de ce que l'un précéda la transition monotliéique, exigée alors par nos besoins moraux; tandis que rautre survint après l'entier épuisement de l'efficacité sociale propre à cette doctrine exceptionnelle , qui dès lors devint , à tous égards, rétrograde. Sans développer cette explication , je la crois assez établie pour assurer que l'étrange silence propre au plus grand des penseurs astronomiques fut systématiquement déterminé par l'incompatibilité de la science avec la théologie qui devait encore prévaloir.
Yoilà comment l'indivisibilité de l'évolution occidentale obUge à recourir surtout aux influences sociales pour résoudt# une anomalie intellectuelle qui resterait autrement insurmontable. Envers'ia synthèse partielle de l'esprit mathématique , une corrélation analogue, moins profonde mais plus distincte , peut seule expliquer aussi le retard exceptionnel qu'éprouva l'essor de l'algèbre, malgré le concours décisif de ses deux racines, arithmétique et géométrique. Institué sous la pha^ philosophique« leur dualisme se développa pendant la phase scientifique ; et pourtant ce fut seulement à la fin de celle-ci que l'esprit mathématique caractérisa son principal instrument déductif, d'après l'élaboration isolée de Diophante. Mais l'explication essentielle, outre qu'elle engendre philosophiquement ce complément accessoire , s'y trouve aussi liée scientifiquement Car les entraves générales qui comprimèrent alors l'essor astronomique devaient retarder l'avènement distinct de l'algèbre , que l'histitution de la trigonométrie y rattachait directement.
La question sociologique ainsi posée et résolue me replace
spentanéwent au point de vu^ pleiaeiHeiit synthétique qu'exiM la conclusion historique (]e ç^p chapitre, où j-ai maintenant accompli toutes les appréciations spéciales.
Quand la science grecque se sépara de la philosophie, elte aspirait à mieux développer leur commune tendance vers une ^n^^se 4én)ontrable , en instituant )es lois les plus siiqples et les plus gépérales, sur lesquelles devaient reposer toutertes autres, 4'^près la subordination déjà manifestée Son essor propre fut, en effet, poussé jusqu'à devenir directement Inoompatlble avec Tensemble du théologispie , de manière à ne plus comporter aucun progrès essentiel jusqu -à TaTénement dé? (^if de la vraie rationalité, liais, toute synthèse partielle était contradictoire , cette rénovation intellectuelle se liait nécessal; rement à la régénération sociale , que la poésie avait pressentie dès le début de Télaboration grecque , en proclamant rasceor dant final de l-activité pacifique. Qr, ce terme nécessaire de rinitiation humaine exigeait encore une préparation fondamentale, destinée à faire distinctement surgir les deux principaux éléments dp Tordre pprmal , d'après 1 émancipatipo domestique du sexe affectif et la libération civique des travailleurs. Une telle tmnsltion ne pouvait aucunement être 4irigée par la fini positive, alors bornée aux conceptions les plus éloignées de rhpmme. Vu Timpuissance organique de toute ontologie , plie suscitait donc une dernière intervention de la théologie , doet l'aptitude sociale n'était pas entièrement épuisée. Toutefois, cet office âi)al ne pouvait alors convenir qu*au monothéisme , puisque le polythéisme se trouvait, depuis longtemps, discrédité radicalement, d'après l'ensemble de 1- exercice intellectuel, tant esthétique que théorique.
Dès son début, la phUosophie grecque sentit le peu de coii« statance du théologisme , dans un milieu qui, le privant de toute Épillliiitioii soelale, dévoHatt soi insuMsaeee mentale, dissimu-
DYNAMIQUE SOaALE. -r- cqAB|TH|ï ÇPÂTRIÈMB. 3S(
lée ailleurs par la sagesse théocratiqpe oa FacUvité milUair«p C^ez les m{s penseurs, celte coqvictloQ sRPPtanée éteodK Ueptôt gfi paoDotbéiso^e Texclusiop bornée d^abord aa po}f- . théisme. TpiitefoiS] méœe dans lc3 meilleurs temps de réla)HH ratioD grecqqp, le défaut babil uel de discipline spéculative inlro()pistt 9 parmi (es philosophes^ une multitude de purs dl9coiireurs^ incapables de rien créer. Qr, peux- là ^'attachèrent forteo^ent aii monothéisme , doqt la vague synthèse convenait à leur dél)ilité mentale. Ils firent consist(ïr la foi finale dans une croyance transitoire , simple concentration du polythéisme, dès lors devenu Tobjet d'une aveugle critique» qqi devait un jour s'étendre h des doctrines moins susceptibles d*y résister. Mais leurs convictions monothelques furent rarement e^^emptes d- in^r pulsions personnelles, fondées sur rimmens(s carrière qu*an« telle vue de Vavenir humain ouvrait naturellement h teur ambition, toujours temporelle et spirituelle à la fois. Leur impuissancp, mentale et morale, à pressentir la sociocratie, les poussa donc à rêver sans cesse le remplacement de la théocratie par une inqualifiable pédantocratie.
▲près avoir été longtemps nuisib)es en développant une até? rile agitation, ces faux philosophes trouvèrent une destinatios utile , quapd Télaboration directe de la transition monothéiqus devint enfin opportune. Je devrai donc terminer ce chapitre ea appréciant spécialement leur commune tendance , qui ne sera d'ailleurs pleinement jugée que dans le chapitre suivant , oii les exigences sociales motiveront seules cette ipstitutiou passagère. Mais il faut d'abord résumer et conclure mon examen total da la vraie philosophie grecque, celle qui ne se sépara jamais dt la science , dont le développement analytique résulta , comme je viens de l'expliquer, de son impulsion synthétique.
Toujours dominés par une telle connexité, ces initiateurs théwiques 4e roceideut doivent être finalement jugés comme
les premiers précurseurs systématiques du positivisme, déjà pressenti spontanément chez leurs dignes prédécesseurs poétiques. Car ils eurent constamment en vue la construction finale '^. d'une synthèse à la fois réelle et complète , où rinstilution subfective reposât sur une base objective. Ils s'attachèrent donc à développer graduellement celle-ci ^ mais sans méconnaître ja^ mais le besoin de celle-là , qu'ils conçurent même comme devant être sociale et non personnelle, afin de substituer le relatif à l'absolu. Ne pouvant l'élaborer directement, faute de préambule scientifique , ils la représentèrent provisoirement pjvr Tuniverselle prépondérance du point de vue mental. Leur attention systématique fat ainsi partagée inégalement entre la science spéciale, qu'ils s'efforçaient principalement d'étendre , et la logique générale , où leur instinct entrevit confusément l'annonce de la sociologie , qui seule pouvait dévoiler les vraies lois de notre intelligence. Sans se faire jamais illusion sur la valeur réelle des conceptions métaphysiques, ils durent les appliquer à cette constitution provisoire d'une doctrine subjective, nécessairement dépourvue alors de son fondement objectif. Néanmoins , ils en réduisirent toujours l'usage essentiel à cette fonction , indispensable quoique passagère , destinée à lier les diverses théories scientifiques , dans Téfaboration desquelles ils faisaient surtout consister l'essor philosophique.
Alors, comme aujourd'hui , l'ontologie ne devint la principale pâture que des esprits vicieux ou mal préparés, qui, plus aptes à l'exposition qu'à la conception , aspirent à la systématisation universelle en se contentant d'une synthèse illusoire mais facile. La lutte finale du moyen âge. entre le nominalisme et le réalisme ne fit que dévoiler rationnellement la séparation instinctive qui dut toujours exister entre les penseurs consistants et les vagues discoureurs. Des intelligences assez vigoureuses pour sentbr convenablement l'inanité des dieux ne sau-
raient jamais méconnaître le vide des entités, dont Fimpaissance tbéoriqae ne se trouve dissimulée par aucune efficacité pratique.
Quelques penseurs trop abstraits purent cependant accrédi* ter d'abord la synthèse objective, qui, depuis son début astrolâtrique, s'eiTorçait graduellement d'expliquer les phénomènes quelconques d'après les lois déjà surgies envers Texistence mathématique, base nécessaire de toutes les autres. Mais cette systématisation matérialiste devint bientôt, comme chez les modernes, le refuge des esprits incapables d'attendre et de douter. Son insuffisance nécessaire fut ordinairement reconnue par les vrais directeurs du mouvement scientiiîqae et philosophique. Ils sentirent promptement que son extension la plus hypothétique ne pourrait jamais embrasser Tordre humain, et même qu'elle échouerait toujours envers l'ordre vital, en restant limitée au domaine Inorganique, où sa prépondérance persista longtemps, avec une certaine utilité. Sous Timpulsion croissante du premier couple encyclopédique , Us s'efforcèrent de préparer l'avènement ultérieur des autres sciences, en produisant, envers chacune d'elles, quelque conception décisive, comme je l'ai cl- dessus expliqué. Mais ils ne tentèrent point d'instituer, entre ces divers aperçus, une liaison objective dont ils pressentaient la fiîvollté. Cette sagesse devient surtout décisive chez le plus universel de tous les penseurs, qui n'entreprit pas môme d'unir ainsi ses trois principales doctrines, envers le monde , la vie , et la société , liées seulement d'après son système provisoire de logique.
Les vrais philosophes ne peuvent jamais méconnaître radicalement l'hianlté nécessaire de toute synthèse partielle , dût-elle paraître embrasser l'ensemble du domaine spéculatif. Or, la situation grecque ne permettait aucunement d'entreprendre la systématisation totale, vu sa profonde Insuffisance envers le
tentlmetit, èi même ()Qati( à TattlVitê, kirtbtrt bbllèèHté. taiolns , elle feti faisait spofitatiémetai tessorliir le besoin toâtillti, poar surmonter Tintime anarchie d*une société poiythéiqtte qui cessa jadis d*étre théocratiqué satak pouvoit* Jaitiais devenir militaire. Tous les penseurs y furent poussés a sortir compléteiment du Uiéologisinê , tbÀi^ par la seule voie décisive , cOtasft^ tant à préparer le positivisme , dont ils pressentirent le lolntaUi livénement , en regardant la population grecque comme sacrt- 9ée aux destinées générales de l'Humanité. Leur dignité morale 'éBtii une harmonie constante avec leur sagesse intellectuelle , d'après leur abnégation continue envers la grandeur^ et même ia richesse. Ils devinrent ainsi les meilleurs types du vrai pouvoir spiHtiiei, i{uolqu'lls sentissent profondément combien son avènement , intellectuel et social , restait encore éloigné. Respectant^ et quelquefois défendant^ la doctrine polythéique ^ au milieu des attaques mouothéiques, ils aspirèrent toujours à faire finalement prévaloir le classement abstrait fondé sur le mérite 5 ians jamais seconder les tendances subversives de la démago- ^e et de la pédantocratie.
Tous ces caractères, théoriques et pratiques, furent essentiellement communs aux trois écoles de Thaïes, de Pythagore, et d*Arislote, auxquelles il faut irrévocablement réduire la véritable évolution de la philosophie grecque. Suivant le génie propre à leurs fondateurs respectifs, la première resta toujours ia plus abstraite, la seconde la plus sociale, et la troisième la plus systématique. Les deux extrêmes se trouvent ci-dessus jugées spécialement, d'après leur participation décisive h révolution scientifique. Envers Tune, je dois seulement noter ici comment le noble Thaïes fournit déjà le type moral de l'existence contemplative, en dédaignant habituellement la richesse, après avoir passagèrement constaté sou aptitude à l'acquérir dignement. Quant à l'autre , il faut ajouter que le génie ency-
elej^qué d'iriétdte ëinbràM jûsiqa'anx cbnceptiotâ ie$thétk[ttës, et tfSearta hl6ine lés pensées ludastHélleâ que faute dé IMUé sbiëhtiflqtie , en tèAbigfaâtit d'ailtetirs sa valetir aflèctive T^f sèU thcômt^aràble matime sut la fètumé.
Mai§ J'ai précédemttaëilt i^ervë ràpt)réciatfon de l'école ititcnbédialre ^ IMp étrangère au principal espoir intellectuel pout deVôfi^ alors élré ibéléé aux deux extrédaes. En plaçant ibi son Jtigefltent propre, il y formera la transitlbn nâttirelle entre les précttti^éûH du pbsitlTismié et les propagateurs db monothéisme. Car la saj^sse de PV^l^^^ore, tout Ish conservant le polythélstaie , aspira directement à la régénération sociale qui , chez d'ambitieux rêveurs, suscita bientôt Télaboration prématurée de la transitioil monothéique^ cotbme Je dois l'expliquer en- Suite.
Il sérail déplacé de relever ebvers tan tel type ié^ développéihents secondaires que la Science rê)çut dans son école. L'institiibUbn dédbctive des polyèdireis réguliers , l'ébâuchis inductive des loi^ àcotBtitines , et la i-ègle géoibétlriqbe de la réflexion lumineuse^ ne pourraient grandir qu'un nom moins ébiinenL On doit biêmie hbbbréi* Pylhagoihe pour àVblr ^ rédbire essénUellement son bfflce sdfehtiflqbe à propager digriement l'ensemble Ses théories antérieures, par une application continue et systéihatiqûe. Il be dédaigna pas de poursuivre les spéculations fétlthiqbes envers les nombres, surtout sacrés, dont il fit un heureux usage subjectif^ d'âpre leur foodement objectif, afin de mieux régler les pensées, sbivant la liberté que laisse souvent \ notre intelligence la saine institutiob de l'essor abstrait Paireiilement, il devint le principal défenseur de Tûperçu ihéocratique relatif au mouvement de la terre, dont il pressentit âigûement la tendance finale à susciter une irrévocable rénovation, d'abord mentale^ puis sociale, en préparant la socioerâttè dto l'aftiTolâtrie.
336 SYSTÈME DE POUTIQUfi POSITIYE.
Néanmoins, ces attributs secondaires doivent ici s'eCEacer» sauf les liaisons normales, devant le principal caractère de ce sage trop méconnu, qui se voua profondément à Tavénement décisif de la religion universelle. Sentant combien était lointaine une telle destination, son école dut en laisser aux deux autres la préparation intellectuelle, en s'attachant à développer, sous tous les aspects essentiels, sa nature sociale , qu'elles durent , à leur tour, lui réserver. Pythagore accomplit admirablement ce grand dessein en instituant une discipline systématique, à la fois privée et publique , qui, toujours volontaire autant que complète, forma bientôt un contraste décisif avec le dévergondage des aspirations mouothéiques. Ce gouvernement spirituel de Thumanité fut dignement étendu jusqu'à nos relations animales, et même matérielles, en utilisant heureusement les impulsions fétichiques. Ainsi surgit, sur une échelle restreinte mais décisive, la systématisation directe de la vie humaine, physique , intellectuelle, et morale, que la théocratie avait seulement réglée empiriquement, faute d'une attitude assez théorique.
Dans l'application collective d'une telle régénération, on retrouve toujours la sagesse et Tabnégation qui caractérisent son fondateur. Entouré d'influences monothéiqucs , au temps où Bouddha, Confucius, et Zoroastre, s'efiforçaient de réorganiser les trois grandes théocraties, Pythagore résista constamment à la vulgaire ambition de figurer parmi les rénovateurs apparents, qui troublaient l'avenir pour améliorer le présent. Il dédaigna cette facile apothéose, parce qu'il la sentait fondée sur la modification d'une synthèse dont les penseurs grecs avaient déjà prévu la dissolution totale. Quoiqu'il reconnût l'impossibilité d'éviter la transition monothéique, son génie la franchit toujours, et sa sagesse comprit le danger de la préparer avant que la situation sociale en eût amené l'opportunité. Comme le$
DYNÂlOQlIt iOGIALE. -* GHAPITRB QUATRIÈME. 337
Yrais théocrates , il eût souhaité que le polythéisme pût prolonger son ascendant praltique jusqu'à Tavénement du positivisme. Son dernier successeur^ Téminent Apollonius de Tyane, tant calomnié par les chrétiens , témoigna la persistance caractéristique de son école à défendre les dogmes polythéiques contre le monothéisme ^ en y ménageant des améliorations secondaires. Les pythagoriciens réalisèrent activement le type du vrai pouvoir spirituel ^ en constituant librement^ d'après un respect continu de la sociabilité réelle , les cités qui les consultaient spontanément^ sans participer jamais aux magistratures qu'ils établirent.
Suivant une loi logique souvent appliquée dans ce traité , ce Jugement de l'école intermédiaire complète mon appréciation antérieure des deux extrêmes, en caractérisant mieux leur liaison générale. Voulant systématiser la société, Pythagore dut consacrer l'essor abstrait de Thaïes, comme posant la première base de la seule philosophie capable d'embrasser finalement un tel domaine, inaccessible à toute causalité. Ainsi conduit à sanctionner rationnellement la prépondérance que la théocratie attribuait instinctivement à la morale, son influence dot disposer Anstote à pousser ses méditations encyclopédij|ues jusqu'à l'ordre ||imain.
Cette iq[q[)réciation complémentaire de la vraie philosophie propre à la destination grecque prépare, par contraste, mon jugement final envers les faux philosophes qui, même avant Pythagore, et surtout après lui, s'eiTorcèrent, malgré son école, d'élaborer diversement le monothéisme. Incapables de construire une doctrine nouvelle, tous se bornèrent à morceler et modifier la sienne, que sa tendance directement morale rendait plus conforme qu'aucune autre à leur commun dessein. Mais leur influence théorique et pratique ne tarda point à prouver combien ils étaient indignes de se rattacher à cette noblesouche.
338 SYSTÈME DE rOUTTQUB fOBflBfl.
Quelque sévérité que méritent ces dangereux discoureurs, je dois d'abord expliquer le besoin général qui, mal apprécié, leur procura seul un crédit durable. Après avoir motivé la IransitioD moDolliéique, je ferai mieux ressortir combien dut devenir désastrease sa préparatien anticipée. On ne pourrait autrement comprendre comment les vrais penseurs furent remplacés par de simples littérateurs, pendant que révolution parement scientifique absorbait toutes les fortes intelligences.
L'essor humain tendit toujours, ie plus en plus, vers la religion universelle, d'abord spontanément dans Tâge féticbiqae, puis systématiquement d'après Tétat théocratique. Mais la sii^icession de ces deux ébauches montra le but sans pouvoir Tatteindre. Car, les croyances fétichiques , malgré leur similitude naturelle , furent essentiellement restreintes à l'association domestique ; et le polythéisme sacerdotal ne put suffire qu'envers des castes, quoiqu'il préparât les cités. Les nobles aspirations de la théocratie à la pleine universalité n'aboutiréfit qu'à bmnifester combien un tel but excédait la puissance de toute synthèse fictive. £n effet, le passage du fétichisme au polythéisme, chez une notable partie de la population humaine, avait irrévocablement rompu la seule unité que comportât la religion absolue. On ne pouvait pas même espéiy une fusi(Ni réelle e(^ ^arable entre les diverses nations polythéistes, lestes théocratiqnes, les autres guerrières, quoique la diversité des depnes y résultât surtout de celle des régimes. Il suffisait de rapprocher ces trois cas généraux pour reconnaître l'impossibilité de rallier l'ensemble de notre espèce autrement que d'après une synthèse positive; comme le sentirent toujours les vrais philosophes.
Mais cette religion, seule susceptible d'universalité, devait se résumer dans le dogme central de l'Humanité, qui condense la conception totale de TcKrdre réel , tandis qu'il subordonne
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au sentiment l'intelligence et Facthité. Or, ce dogme ne saurait assez surgir, de manière à prévaloir, que quand l'élaboration graduelle du Grand-Être permet de concevoir tous ses éléments comme finalement assimilables. En même temps, une telle similitude ne saurait exister sans une suffisante communauté de croyances. Cette union semble donc susciter un cercle sans issue ^ puisque sa réalUalion paraît devoir préparer la foi destinée à la fonder. Le dénoûment spontané dtine telle difficulté constitue le dernier office propre au tbéologisme, et motive seul la transition monothéique.
Quoique plus circonscrit et moins prolongé, ce service final de la philosophie théologique est analogue à la destination initiale de la synthèse fictive , qui nous dégagea, parle fétichisme, de la torpeur où l'opposition de deux besoins inséparables retenait notre intelligence. On peut aussi le comparer à Tissue que vint fournir la guerre envers le développement de notre activité^ naturellement contenu par un semblable antagonisme. La solution résulta partout de la spontanéité qui caractérise , à tous égards, le régime provisoire, toujours dispensé de Télaboration graduelle qu'exige Tétat définitif.
Dans ce troisième cas, moins essentiel et plus spécial que les deux autres, le dénomment dut appartenir au monothéisme, dernier précurseur du positivisme occidental. Le sentiment avait^ suivant sa qature, devancé la raison envers l'universalité morale et mentale, déjà chantée par le père de la libre poésie. Ittais cette impulsion instinctive ne pouvait aucunement dispenser d'une tendance réfléchie vers une dogmatisation directe qui parût susceptible de prévaloir partout. Or, le polythéisme n'y convenant point puisqull consacrait la nationalité, cet office se trouvait réservé nécessairement au monothéisme , dont la généralité spontanée sembla longtemps devoir y suffire. Un tel espoir fut radktlement démenti par l'événement ; car la commu-
Dion monotbéique n'obtint jamais une étendue équivalente à celle du polythéisme sacerdotal Les philosophes qui dédaignèrent une telle entreprise en ))ouyaient déjà prévoir Tavortement essentiel^ puisque les croyances fétichiques n'avaient pas suffisamment rallié , quoique leur similitude spontanée surpassât le rapprochement artificiel des divers modes propres à la concentration des dieux. Outre cette todqction décisive^ ils sentirent directement l'impossibilité de faire converger tous les hommes d'après d'autres opinions que celles qui sont pleinement démontrables.
Mais, quoique l'universalité monothéique dût rester illusoire, sa recherche assidue devint néanmoins autant indispensable qu'inévitable , quand le moment fut vraiment arrivé de compléter l'initiation occidentale. Car, il n'était point nécessaire que le but se trouvât pleinement réalisé pour que la destination essentielle d'un tel effort s'accompUt suffisamment. Le seul développement de cet espoir dans l'ensemble de la population occidentale tendait directement à remplir la principale condition, consistant à permettre la concej^on de rflumanité, d'après une perspective 5 plausible quoique vaine, de la communion universelle. Pour que cette tendance intellectuelle suffit à sa vraie destination, il fallait, en outre, que la foi monothéique prouvât une telle aptitude en ralliant des populations politiquement indépendantes. Or, ce complément se réalisa, pendant tout le moyen âge , entre les divers peuples occidentaux, quoique leur union précaire confirmât déjà, même dans cette étroite enceinte, l'impuissance nécessaire du théologisme envers la véritable universalité.
Ce n'est point ici le lieu d'apprécier la transition monothéique, dont l'institution et la marche doivent être respectivement jugées dans les deux chapitres suivants. Il fallait seulement en indiquer déjà le principe fondamental, afin d'expliquer
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sa préparation intellectuelle pendant la décadence de la philosophie grecque. Ov, mieux on a saisi Toffice provisoire qui convenait au monothéisme ocddental^ plus on sent le vice radical des efforts consacrés à son installation mentale quatre siècles avant son avènement social Car , une doctrine ., dès longtemps familière aux castes sacerdotales^ et déjà propagée, au sein de la population grecque , par de nombreuses initia* tions , ne risquait nullement de se perdre faute d'une culture antérieure à son application réelle. Outre que son principe pouvait aisément surgir chez la plupart des esprits, il se trouvait spontanément placé sous la garde continue d'un peuple exceptionnel, que les Grecs fréquentaient depuis Alexandre.
Rien ne motivait donc cet essor inopportun des divagations grecques, qui résulta|du concours naturel entre une méprise théorique et une déviation pratique^ Ces discoureurs prirent une simple transition, bornée même à l'Occident, pour la vraie régénération humaine, et méconnurent Tincorporation préalable qui devait réunir , sous une domination commune, les divers peuples susceptibles d'y participer. A cette double erreur de l'esprit, se joignit le vice du cœur, seul capable de procurer, à de telles tendances, assez de persistance et d'homogénéité pour empêcher leur neutralisation mutuelle. Car, Fétat monothéique, ainsi conçu sans aucune impulsion sociale, promettait à ses fondateurs une apothéose incomparable , d'après le besoin de révélation qui caractérise . une telle foi , dont chaque promoteur pouvait espérer de devenir le suprême arbitre. On démêle cette ambition, avec le charlatanisme correspondant, même chez le plus ancien, et le seuk honorable, de ces prétendus philosophes, qui rêvèrent toujours la théocratie universelle, quoiqu'ils ne pussent jamais dépasser la pédantocratie locale.
Les conséquences d'une telle institution furent ordinafarement
conformes à sa double source , tant que rinfluence romaine ne maîtrisa point les divagations grecques, en les utilisant accessoirement, quand le monotiiéisme devint réellement opportun. Après avoir fait dégénérer les Inspirations pythagoriciennes en de vains aperçus, ces littérateurs, vrai type des nôtres, s*emparèreât surtout de la morale, où Tbomme fut traité comme purement intellectuel, en écartant toujours le sentiment , et souvent l'activité. Tentant ainsi de régler une eiistonce dépourvue de principe et de but, ils n'aboutirent jamais qu'à des dissertations, non moins égoïstes qu'absolues, dont la réaction aflective devint bientôt désastreuse , en consacrant partout la prépondérance des instincts personnels. Ceux qui ne peuvent aujourd'hui juger directement leurs tendances générales , doivent les apprécier d'après les résultats habituels, en faisant contraster ces faux docteurs avec leurs prédécesseurs théocratiqucs et leurs successeurs catholiques. Même en t*estreignant les comparaisons aux anciens occfdentaux , on reconnaît aisément combien ces personnages furent inférieurs, en moralité comme en raison, soit aux dignes théoriciens qu'ils prétendaient remplacer, soit aux nobles praticiens que Rome leur substitua. Dans leur vie privée , Il suffit de signaler leur sacrifice du cœur à l'esprit , d'où résulta le dédain des femmes, et trop souvent un monstrueux amour 5 double aberration qui distingua toujours la classe purement littéraire , non moins impropre à Tart qu'à la science. Mais ils troublèrent davantage l'ordre public, en préconisant, dès lors comme aujourd'hui, sans plus d'originalité, les utopies subversives envers la famille et la propriété, faute de comprendre les théories sociologiques ébauchées précédemment.
On conçoit ainsi l'arrêt civique qui finalement consolida l'influence révolutionnaire de Socrate, dont la vieillesse aurait paisiblement fini si les magistrats eussent été plus sages. Mai-
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gré son bon sens et sa probité , cet estimable discoureur participa certaioeineut aux diverses aberrations propres à l'élaboration vicieuse dont Tinstitutlon est surtout duc à son étroit génie , qui repoussait aveuglément l'essor scientifique au nom d'une vague préoccupation de la morale. Toutefois^ la réprobation finale d'une telle phase doit se «oncentrcr sur son brillant successeur^ qui prolongea jusqu'à nos jours sa désastreuse influence^ intellectuelle et sociale, quoique la transition monothéique ait dû lui procurer une glorification provisoire. Néanmoins^ le caractère organique ^ que sa rétrogradation théologique dut mêler à ses divagations ontologiques , rendra son école toujours supérieure à la secte d'orgueilleux égoïstes qui tentèrent, dans leur vain déisme, de dominer à la fois la théologie et la science. Si l'influence romaine n'avait pas ennobli leur sagesse purement restrictive, en lui procurant enfin une impulsion sociale, ces métaphysiciens, les plus absolus de tons, n'auraient jamais produit les types exceptioniels qui iei firent collectivement survivre.
Une élaboration toujours bornée à rintelUgeoce ne saurait comporter aucune conclusion décisive, jusqu'à ce que son concours nécessaire avec l'essor actif vienne permettre d'apprécier
leur résultante finale. Mais j'ai suffisamment caractérisé l'évo-
lution mentale, d'afiM^rd esthétique , puis surtout théorique, à laquelle fut vouée la population grecque , et même l'épisode politique qui s'y trouva naturellement annexé. Ce jugement du polythéisme intellectuel ne peut se compléter que d'après l'examen du polythéisme social, auquel je vais consacrer le chapitre suivant.
ZtiU SYSTÈME DE POUTIQUE POSITIVE.
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