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CHAPITRE CINQUIÈME

THÉORIE POSITIVE DE LnNGORPORATIOll ROMAIHE »

APPRÉCUTIOM GémËRALE DB POLYTHÉISME SOCIAL.

L'âge fétichique fonda spontanément l'ensemble de Tordre humain , en instituant^ d'une part^ la prépondérance du sentiment sur l'intelligence et l'activité, de l'autre, la subordination de Thomme envers le monde. Mais cette double base de notre véritable unité manqua nécessairement de largeur, quoique sa profondeur fût suffisante. Le fétichisme ne constitua pleinement que la famille, sans pouvoir établir la cité, dont il posa finalement les fondements spirituels et temporels, par l'institution du sacerdoce et Tavénement de l'existence sédentaire.

Cette insuffisance envers la vie publique subsista réellement dans Fétat théocratique, malgré Tessor décisif qu*y reçut notre sociabilité. Nous devons surtout à ce second régime l'irrévocable développement de la vénération, base nécessaire de toute discipline humaine. En même temps, il perfectionna radicalement le classement universel, en transportant à la naissance la prépondérance que le fétichisme accordait à l'âge. iVlais il ne put organiser suffisamment l'existence civique, faute d'aptitude envers la seule activité spontanément collective , quoi-

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qu'il ébauchât directement la sociabilité finale en développant la vie industrielle , sans pouvoir transformer son caractère. Il fit irrévocablement surgir la classe contemplative, et pourtant Il n'institua point la division normale entre la théorie et la pratique ; parce qu'il dirigea trop l'esprit vers les applications immédiates, de manière à ne pas comporter un suffisant essor de la méditation abstraite.

Malgré cette double lacune , le polythéisme conservateur disposa naturellement les populations théocratiques à l'avénement final de la religion universelle^ mais sans leur permettre de participer à la préparation, spirituelle et temporelle, qui • devait y conduire. Ce complément nécessaire de l'initiation humaine par l'essor décisif du génie abstrait et de l'activité collective ne pouvait émaner que du polythéisme progressif., propre aux nations guerrières. Pour accomplir ce double office , le principe militaire dut produire successivement, et chez des peuples distincts , deux impulsions différentes : l'une , Indirecte , . d'où résulta le polythéisme intellectuel , que je viens d'apprécier i l'autre, directe, condfiisant au polythéisme social^ objet de ce chapitre.

Ainsi décomposée, l'hiitiation complémentaire , dès lors bornée à Focddent, constitue, entre la théocratie et la sodocratie^ * ^^fune transition nécessahrement révolutionnaire , où les bases de ^^îr^ ' l'ordre proviennent du régime sacerdotal, tandis que les conditions do progrès lui sont hostiles. Chaque nouvelle phase du ifiouvement transitoire développe davantage ce conflit, toujours •ifiisulté d'une tendance prématurée à remplacer la naissance par le mérite comme principe du classemeht humain, quoique tout le régime continuât à reposer sur l'hérédité.

Les deux préparations, intellectuelle et sociale, ne pouvant chacune réussir pleinement que dans un seul cas> elles appartiennent respectivement à deux peuples exceptionnels , parmi

tons ceux qui remplissent les conditions convenables. Néan* moinSy la seconde devient nécessairement apte à s'incorporer les principaux résultats de la première, où Télaboration accomplie par les âmes d'élite ne pouvait être destinée à la population correspondante 9 spontanément sacrifiée aux besoins essentiels de rinitiation humaine. Mais, le polylhéisme social ne devant développer cette aptitude intellectuelle qu'après avoir assez accompli son principal office ., ses deux phases constitueront naturellement la division générale du présent chapitre, seul propre à juger Tensemble du polythéisme progressif.

Toutefois, avant d*examiner séparément ces deux modes successifs de la civilisation militaire , j'en dois apprécier direo tement les caractères essentiels.

lis résultent tons de sa tendance nécessaire à compléter 11nitiation humaine par Tavénement décisif de l'existence civique d'après une activité vraiment collective. Quand le fétichisme eut constitué la famille, la théocratie fonda la société , mais sans pouvoir y permettre un suffisant essor théorique et pratique. Ce double développement de l'intelligence et de l'activité, faute duquel la religion universelle n'eûljamals surgi, dut appartenir à deux peuples guerriers. Lorsque le principe militaire, assez prépondérant pour empêcher le régime théocratique, ne put cependant réaliser sa propre destination, il exerça spontanément une réaction latente d'où résulta Fessor mental. D'après le chapitre précédent, un libre mouvement, d'abord esthétique, puis théorique^ élabora directement les bases Intel* lectuelles de la religion universelle, en poussant l'ocddest vers une synthèse démontrable dirigeant une activité pacilqvè par l'étude complète de l'ordre réel. Quand nos premiers ancêtres spéciaux eurent posé ce fondement spéculatif, les seconds accomplirent la préparation sociale sans laquelle il serait resté tiNijours iUosoire, même mentalement. L'activité guerrière,

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qui naturellement aurait comprimé l'essor intellectuel si celuici ne Tavait point précédée, aboutit à la propager partout, après qu*elle eut assez développé sa propre destination , en instituant graduellement Tincorporation nécessaire de tous les polythéistes progresslCs.

Cette transition sociale est surtout caractérisée par son aptitude spontanée à nous rapprocher directement de la véritable unité, radicalement méconnue dans la transition intellectuelle. Le fétichisme en avait seul posé le principe fondamental, en proclamant l'universelle prépondérance du cœur. Mais cet ordre primitif ne se trouvait point assez conciliable avec le progrès ultérieur, qui ne put rétablir convenablement cette unique base de toute synthèse qu'après une longue suite de préparations spéciales. Quoique la théocratie embrassât empiriquement l'ensemble de notre existence, en respectant la vraie subordination de ses trois éléments, la vicieuse dénomination qu'elle dut accorder à rintelligence y plaçait le régime ofûciel en contradiction avec l'enseignement sacei'dotal. Toutefois, le principe félichique, malgré cette grave altération, ne se trouva directement méconnu que dans l'élaboration grecque, où la ^spéculation fut systématiquement érigée en moteur suprême de la vie bomaine, d'après un insuffisant exercice du sentiment et même de l'activité.

La cirilisation romaine répara spontanément cette immense aberration , en faisant irrévocablement prévaloir l'action sur la contepiplation. Ce pas ne suffisait point pour rétablir directement le principe de l'unité , de manière à le rendre finale-^ ment compatible avec Tcnsemble du mouvement humain. 1^ effet, il restait à placer le sentiment au dessus de l'activité, comme celle-ci venait de l'être envers l'intelligence. Mais, outre que la régénération se trouvait assez instituée par cette seule rectification de l'anomalie primitive, la sociabilité ro-

maine, sans proclamer la prépondérance affective ^ ne la méconnaissait aucunement. Quoique les impulsions pratiques disposent toujours à sacrifier les penchants aux actes, cet inconvénient général y fut diminué le plus possible par la nature profondément civique de l'activité dominante. La recherche conomaune et continue du bien public y développa les principales sympathies, de manière à faire partout sentir combien elles présidaient spontanément à l'ensemble d'une telle existence, où les impulsions personnelles devaient toujours s'y subordonner. Ainsi fut préparée, en restant nécessaire, la troisième transition qui, dans le moyen âge, dut compléter, envers l'affection, le système des préparations occidentales, accomplies déjà par les deux autres mouvements, d'abord pour la spéculation, puis quant à l'action.

Radicalement conforme à notre nature et spontanément homogène , la sociabilité romaine accomplit le pas le plus décisif vers l'établissement final de la religion universelle, en élaborant, autant que possible, le sentiment, et même la conception, de THumanité. £lle tendit directement à régénérer le principe fétichique, en y conciliant irrévocablement l'ordre et le progrès. Mais, en outre, elle dut surtout développer et consolider cette seule base de l'unité réelle, en lui procurant toute l'extension qu'elle comportait alors, par un essor décisif de la vie publique, incompatible avec le fétichisme. Quoique les fie;^ ^lations domestiques fassent naturellement surgir l'instinct et la notion de l'existence composée , ce premier essor reste trop restreint, et même trop mêlé d'égolsme, pour susciter convena- 4>lement des aspirations directes vers le Grand-Être. Entre la Famille et FHumanité, la Patrie peut seule instituer une transition décisive, d'où doit résulter l'unité religieuse. Or, ce lien nécessaire , à l'esprit comme au cœur, confus dans l'âge fétichique , insuffisant sous la théocratie , et stérile pendant i'éla*

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boration grecque^ fat irrévocablement fondé par l'ensemble do mouvement romain. L'incorporation graduelle des populations vraiment assimilables lui procura successivement assez d'extension pour pousser enfin les âmes d'élite vers Tavénement direct de la véritable universalité.

D'après cet aperçu général ^ on conçoit déjà la supériorité nécessaire du polythéisme social sur le polythéisme intellectuel. Mals^ avant d'apprécier abstraitement ses propriétés essentielles, je dois dissiper^ par une considération préliminaire, les scrupules qu'un sentiment respectable inspira souvent contre un tel examen 5 sous l'aveugle impulsion des animosités chrétiennes.

Quoique les bons esprits commencent à reconnaître la salutaire influence de l'incorporation romaine 5 les déclamations contre la guerre empêchent encore de juger sainement le système de conquête. Il diminua pourtant les ravages de l'instinct militaire, en même temps qu'il utilisa son exercice. Car, il tendit toujours à réduire les luttes aux efforts nécessaires pour obtenir la domhdation, en préférant d'ailleurs les voies pacifiques quand elles pouvaient suffire. Un contraste décisif confirme cette appréciation, en montrant que la conquête romaine coûta moins de sang et d'oppression que l'ensemble des guerres grecques 5 aussi stériles et plus meurtrières que les conflits fëtichiques. La même conclusion ressortirait de sa comparaison avec les déplorables luttes qui déchirèrent FOccldent depuis la fin du moyen âge jusqu'à ^os jours. En tenant compte à la domination romaine des (ferres qu'elle prévint > on sent que ses bienfaits furent, sous. cet aspect, d'autant plus grands, qu'elle dat.iKurtoat embrasser des populations militaires, comme- je l'expliquerai ci-dessous. Ainsi^ la fatalité naturelle qui, pendant toute notf e initiation , subordonne le mouvement humain aux impulsions de l'instinct destructeur, manifesta la puissance de

Dotre sociabilité pour transformer noblement on tel mobile , d'après une éminentc destination.

En développant dignement la seule activité qui pût d'abord être collective^ la civilisation romaine dut irrévocablement placer Tavant-garde de notre espèce sur la voie normale de la véritable unité. La partie pleinement organique de TiDitiatlon bumaine appartint surtout à TOrient théocratique , voué naturellement à la conserver^ afin de rallier directement i^état final à Tordre préliminaire, d'après leur affinité nécessaire. Dès lors , roccident militaire dut accomplir la suite de transitions, partielles et révolutionnaires, qui pouvaient seules compléter notre préparation et caractériser sa tendance définitive. Le mouvement intellectuel ayant dû précéder les deux autres^ ses grands résultats^ esthétiques et théoriques , ne purent s'obtenir sans l'intime dégradation de la population correspondante > ainsi conduite à placer la spéculation au-dessus de touL Ce fut donc l'impulsion romaine qui seule institua la marche occidentale^ en réparant cette aberration primitive^ d*après une irrévocable prépondérance de l'action sur la contemplation, de manière à préparer assez la transition affective.

Malgré le caractère organique résulté de sa destination continue, une telle civilisation manifesta profondément la tendance révolutionnaire commune à toutes les phases de Timmense mouvement qui devait conduire Thumanité de la théocratie k la sociocralie. Quoique l'ordre romain reposât essentiellement sur des bases théocratiques, il devint plus hostile que l'anarchie grecque au régime sacerdotal , en développant rantipalbie propre à son activité dominante. Si les Romains s'approchèrent mieux que les Grecs de la sociocratie^ ils s'éloignèrent davantage de la théocratie, malgré les emprunts qu'ils lui firent L'altération qu'ils apportèrent à Tautorité de la naissance fut plus radicale quoique moins séditieuse , parce que leur vie ac-

tive poussait spécialement à faire prévaloir le mérite personnel. Ils forent ainsi conduits bientôt à la pratique croissante du mode électif, dont la tendance toujours subversive décomposa rapidement on régime où le principe théocralique se trouvait profondément ébranlé sans pouvoir être aucunement remplacé. Tout le système de l'existence romaine dépendit spontanément de l'activité qu'il devait seconder; en sorte que, malgré de graves atteintes, il dut essentiellement persister tant qu'elle ne fut point assez développée. Mais, une telle destination étant nécessairement passagère , ce régime ne put tarder à se dissoudre quand elle ne domina plus , et la seconde transition de l'Occident dura moins que la première.

Après ces diverses indications générales, dont l'ensemble est ici destiné surtout à mieux déterminer le point de vue propre au cbapitre actuel, JQ dois directement procéder à l'appréciition abstraite ci-dessus annoncée. Elle ne peut être bien accomplie qu'en restant toujours rapportée, d'abord à la destination temporaire qui caractérisa la transition romaine , puis aux réactions durables que son développement dut exercer. Ce double examen doit d'ailleurs continuer à comprendre successivement les trois parties de l'existence humaine, suivant l'ordre adopté pour le fétichisme et la théocratie.

Une telle règle, plaçant au début l'appréciation intellectuelle, môme théorique, elle semble ici ne pouvoir aboutir qu'à confirmer le dédain inspiré par nos préjugés, littéraires et scientifiques, envers un régime où Tactivité parait absorber toute l'existence. Mais ce jugement pédantesque devient aisément rectifiable d'après la théorie positive de la nature hu- «laine, spécialement appliquée à la vraie constitution de notre entendement.

Faute de distinguer systématiquement entre les facultés et les produits, l'examen logique, toujours dirigé par des théoriciens ,

reste, d'ordinaire, même chez les meilleurs organes, radicalement injuste envers les praticiens. Mais j'ai démontré que toutes les fonctions mentales sont nécessairement identiques dans ces deux classes d'esprits , qui ne diffèrent jamais que d'après l'intensité relative de la méditation comparée à la contemplation, ou de la déduction opposée à l'induction. Leur contraste extérieur est dû surtout à la diversité des habitudes , déterminée par la différence des destinations, qui ne peuvent se développer respectivement sans manifester bientôt leur incompatibilité mutuelle, vicieusement attribuée aux inégalités personnelles. Outre cette rectification intellectuelle, il faut socialement considérer que l'office théorique doit toujours rester exceptionnel, quoique tous les esprits exigent et comportent un certain degré de culture spéculative. Si donc l'ensemble d'une situation collective ne suscite et ne permet, pendant longtemps, aucun essor caractéristique du génie abstrait , chez un peuple habituellement préoccupé d'une noble activité , nul philosophe n'en conclura l'inertie des facultés qui changèrent de destination. J'ai tellement établi l'aptitude et l'efficacité de l'esprit féticMque que personne ne sera surpris de me voir ici relever les penseurs romains d'une aveugle flétrissure, transmise à nos pédants par les lettrés grecs. La similitude fondamentale entre la raison théorique et la raison pratique ne saurait jamais devenir aussi décisive qu'envers une activité qui détermine habituellement la plus forte concentration des inductions et déductions de tous genres. .. Il importe d'autant plus de bien juger la constitution intelr^r lectuelle des Romains que , sauf les diversités dues à la nature des croyances et des occupations, elle fournit spontanément un type anticipé de notre état normal. On facilite son appréciartion en la comparant d'abord aux situations antérieures de la raison humaine, qui n*offrit jamais un pareil spectacle, faute d'une équivalente impulsion. Pendant l'âge fétichique^ le dé-

faut de vie publique n'avait pas permis une telle concentration des pensées vers le but continu de la communauté. Dans Tétat théocratique^ la même lacune s'était essentiellement prolongée, puisque chaque activité restait propre à la caste corresponpondante ; en sorte que le culte y ralliait seul les esprits , d'après la domination sacerdotale. Sous le polythéisme intellectuel, incompatible avec toute discipline^ Tabsence habituelle de destination sociale dut susciter une agitation mentale, aussi stérile que vague^ chez une population qui ne participait que passivement à l'élaboration accomplie dans son sein par des esprits d'élite. «

Ce dernier cas^ plus voisin et moins dissemblable^ comme également relatif aux peuples que la guerre préserva de la théocratie, présente le meilleur contraste. En voyant les Grecs préoccupés de subtilités philosophiques et de puérilités esthétiques, on sent combien est vain ^ ou plutôt funeste ^ l'exercice de l'esprit^ quand un noble but ne le domine point. Rien ne peut mieux faire apprécier la rectitude et la dignité de la pensée romaine^ toujours dirigée, chez les moindres citoyens^ vers l'activité collective.

L'état final de la raison humaine ne différera de ce premier type que d'après un but plus durable et plus universel, en rapport avec une doctrine plus vraie et plus complète. Quoique l'unité doive émaner du sentiment et non de l'activité^ l'imperfection de Tesprit romain fut^ à cet égard ^ plus apparente que réelle. Car^ une vie éminemment civique dut alors déterminer partout une stimulation décisive de l'instinct social, qui devint le principe implicite de la conduite habituelle, comme si la prépondérance normale de l'affection eût été reconnue explicitement. Quand l'impulsion catholique vint, à sa manière, proclamer enfin cette règle suprême, sou influence pratique tendit à nous écarter de la véritable unité, dont la synthèse romaine

s*était approchée autant que le comportait notre initiation. Car la doctrine qui faisait provisoirement prévaloir une tellr, loi U neutralisait radicalement, en détournant i'homme de la vie publique, seule source de stimulation directe pour Tamour universel ; en sorte que^ sans les antécédents romains et les mœurs féodales, TOccident aurait rétrogradé.

Depuis que le fétichisme posa tous les fondements de notre constitution intellectuelle , la raison humaine n'avait donc fait aucun pas aussi décisif que celui qui résulta de la civilisation romaine , introduisant enfin une activité collective propre k développer et consolider Tharmonie mentale. Malgré son tardif avènement, ce progrès put se lier au point de départ d*une manière presque immédiate, puisque s'accomplit chez on peuple qui, peu dominé par la théocratie, et préservé du polythéisme intellectuel, dut surtout obéir aux antécédents !£• tichiques. Ainsi commença la marche directe de rOccident vers la véritable unilé, d'après l'irrévocable prépondérance de Faction sur la spéculation. Une telle subordination de l'e&sor théorique à la deslination pratique reposait, il est vrai, sur uae aclivilé qui ne pouvait pas plus rester durable qup4<»Vônir universelle. Mais cette imperfection nécessaire se trouvait alors compensée par le caractère pleinement social de la vie Mive , ainsi soumise implicitement à Texistence ailective, doqtla prépondérance ûnale ne deviendra possible qu'après la régénération du travail.

Outre sa principale influence, spontanément commune à tous les hommes libres, la synthèse romaine disposa toujours les citoyens d'élite h goûler aussi les satisfactions purement théoriques, quoiqu'ils ne pussent y consacrer autant de loisirs que les chefs grecs. Si, quand ractivilé dominante fut assez développée , Rome ne vit point surgir des aspirations décisives aux conquêtes scientifiques, cela provint surtout d'une sage ré-

8«rve5 qui i|1n<liqiiait ancune inaplitudQ. En effet , par une c(h Incidence dépourvue de toute fortuite^ pour quiconque a bien compris ma tliéorie historique, cette dispooibiiilé ne survint qn'après le principal accomplissement de l'essor abstrait. Les penseurs romains furent ainsi détournés de remplacer les méditalions sociales par des spéculations tliéoriques, qui ne pouvaient plus offrir asseï d'intérêt aux fortes intelligences. Voués longtemps aux plus nobles exercices , qui leur facilitèrent tou« Jours Tappréciation encyclopédique, ils sentirent bientôt la stérilité nécessaire des nouveaux efforts destinés à développer une science dont ils se bornèrent sagement à goûter et propager les principaux résultats.

Tant que prévalut leur activité caractéristique , elle absorba toute leur puissance synthétique ^ de manière à produire une concentration cérébrale qui ne sera jamais surpassée , puisque nos diverses forces , du cœur, de Tesprit, et du caractère^ y concourent toujours au but social. Alors la réaction théorique de la synthèse romaine dut surtout concerner la constitution générale du polythéisme fondamental , pour le mieux adapter h la destination civique. La hiérarchie des dieux prit enfin un caractère prononcé , remplaçant la vague constitution qui correspondait à Tanarchie grecque, et rindétermination nécessaire qu'exigeait la théocratie pour prévenir Topprcssion mutuelle des principaux sacerdoces. Il faut aussi remarquer le développement graduel des apothéoses, dont les deux régimes précédents avaient borné Tusage aux temps primitifs. Cette institution romaine ne doit jamais être jugée d'après la corruption qu'elle subit sous la décadence d'un tel régime, comme il serait absurde d'apprécier la béatification catholique par sa dégénération finale.

En contemplant l'ensemble du polythéisme romain , on redonnait que le meilleur des deux modes propres à la confusion

primitive des deax pouvoirs humains consiste dans la prépondérance totale de la puissance temporelle^ seule susceptible d'un ascendant direct et complet La supériorité d*nne telle domination sur celie de la force spirituelle n'est pas moins réelle mentalement que socialement. Elle fournit le seul moyen de réparer autant que possible le vice radical du théologisme, en y contenant les divagations théoriques par les eiigences pratiques. Sous ce mode plus synthétique , le défaut de réalité des croyances surnaturelles se trouva mieux compensé , tandis que leur aptitude à généraliser nos pensées devint plus efficace. Le tardif avènement d*une telle constitution, réservée à Tavantdemière des transitions organiques, confirme d'ailleurs la destinée précaire du théologisme, moins consistant que le fétichisme. Malgré l'attrait esthétique du polythéisme grec, i» admirera toujours la supériorité philosophique du polythéisme romain , où les croyances surnaturelles offrirent le caractère le plus rationnel en même temps que la meilleure application. Car, la véritable aptitude du théologisme étant plus sociale qu'intellectuelle, il développe mieux son génie en j^^tirsulvant une destination civique qn'en dirigeant des exercices spéculatifs.

Par ce jugement théorique du polythéisme romain , je suis dispensé d'examiner séparément ses propriétés esthétiques. Des productions souvent recommandables, sans être jamais émincntes, prouvent qu'il n'eût pas été moins apte à l'art qu'à la science, s'il avait pu s'y livrer avant que les grands efforts y fussent devenus inopportuns. Malgré sa disponibilité tardive , le génie romain cultiva dignement ces nobles facultés, de manière à préparer l'incomparable essor qu'elles reçurent chez ses héritiers naturels.

Quant aux propriétés pratiques, il serait superflu de les apprécier distinctement envers une civilisation dont elles durent

constituer le principal caractère. Cette conclusion ne convient pas seulement à Tactlvité militaire , qui se trouvera toujours mêlée intimement au jugement , abstrait ou concret, de Texistencc romaine. Il faut aussi retendre à l'élaboration industrielle, envers laquelle ce noble peuple ne ratifia jamais les dédains puérils de la population grecque.

Cultivée au milieu de ses triomphes , même les plus anciens, elle tendit finalement à les remplacer. Tous les modes de la vie pratique sont tellement connexes qu'ils peuvent aisément se combiner ou se succéder^ surtout en partant de celui qui se lie le mieux à Tensemble des autres, d'après sa complication et sa généralité supérieures. L'Occident guerrier put offrir ainsi des constructions matérielles pleinement comparables à celles de rorient théocratique , et qui souvent les surpassent, en difficulté comme en utilité.

Tel est le triple jugement, théorique, esthétique, et pratique, qu'exigeait ici la constitution intellectuelle de la civilisation romaine, dont je dois maintenant examiner, d'après le même principe^ la constitution sociale, en appréciant son aptitude affective, î 11 faut d'abord considérer l'heureuse influence que le développement continu de l'activité collective exerça sur l'ensemble de l'existence domestique. Ce perfectionnement devient surtout sensible envers le lien fondamental.

Émanée du principe militaire, l'institution de la monogamie devait s'améliorer et se consolider à mesure qu'il prévaudrait mieux. On ne peut, en effet, contester, sous aucun gspect, la supériorité générale du mariage romain sur le mariage grec. Sans jamais cesser de respecter les convenances féminines, souvent méconnues à Sparte, la matrone romaine, toujours concentrée au sanctuaire domestique , s'intéresse profondément à l'existence civique dont elle sent l'heureuse réaction sur la vie

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privée. Quo!(iii'cl1e ne soit pas encore devenue la traie coiû* pagne d'un époux fréquemment éloigné d'elle, il l'apprécié déjà comme la meilleure source des soulagements et des coD'solations qu'exigent les travaux et les émotions de la vie pa* blique. Il lui confie la pleine surintendance de réduçàtion des enfants, même mâles, dont Tinstructlon spéciale est attribuée à des subalternes, ordinairement esclaves. Cette seconde constitut'on de la monogamie se rapproche de Fétat normal autant que le comporte alors la nature de Tactivité civique. Les rêi^ trlctions habituelles à la liberté domestique des femmes et là répudiation arbitraire qu'elles subissaient ne pouvaient cesser sans danger avant que l'existence pacifique rapprochât joùN nellement les deux sexes.

Quant aux liens de continuité, la réaction pritée de la fie publique n'est pas moins prononcée qu'envers la solidarité. Développant, à tous égards, les sentiments de Vénération , l'activité romaine devait augmenter le respect des vieillards^ sans exiger les vaines prescriptions que suscita l'anarcbfiâp grecque. Ce progrès devient d'autant plus méritoire çw'fl coïncide avec Taccroissement que l'ensemble des nécessités politiques procura naturellement à Taulorlté de la naissance. Quoique ces deux principes de l'ancien classement des personnes se conciliassent spontanément au sein de chaque famille, ils se trouvaient souvent contraires dans les contacts extérieurs, où cependant la vieillesse conservait son juste ascendant. En opposant les coutumes grecques aux mœurs romaines 5 on reconmiît aisément qu'une telle amélioration résulta de l'activité collective. Car la plénitude de la vie publique dut faire mieux sentir le double titre de l'âge à notre vénération, soit au nom des services rendus , soit d'après l'expérience acquise. L'impulsion résulte alors des mêmes motifs qui la firent sufgtr sous le fétichisme, avec le surcroît d'énergie que lui procuré

leur déttloppement civique y nécessairement supérieur à leur essor domestique. Quand la systématisation finale aura dissipé la confusion moderne entre rinlelligence et l'instruction, Tlnfluence pratique fera renaître , envers la vieillesse, les dispositions féticbiques et théocratiqucs, comme elle le fit à Rome après Tanarchie grecque.

La continuité romaine 5 toujours jugée par contraste avec là Grèce, ne présente pas moins d'amélioration pour l'avenir qu'à regard du passé. Sans doute , l'autorité domestique , paternelle ou conjugale, ne comportait point encore des restrictions, qui toe peuvent devenir compatibles avec Tordre privé que d'après la séparation normale des deux pouvoirs humains, ébauciiée au moyen âge. Mais, quoique l'empire du chef de famille dut encore rester sans contrôle direct et spécial, l'existence civique lui fit déjà subir une réduction indirecte et générale, qui jusqu'alors n'avait jamais été possible. Elle perfectionna toutes les relations domestiques, et surtout le gouvernement des enfants. 11 f\]t, en effet, plus digne et moins arbitraire, quand il devint implicitement une fonction sociale, destinée S former de vrais citoyens, ou môme des femmes capables de les préparer Llmportaijce du résultat et la responsabilité qu'il imposait rendirent à la fois l'autorité des pères moins tyrannique et l'obéissance des fils moins servile, de manière à mieux développer les affections mutuelles. C'est ainsi que la réaction spontanée de la Patrie devait préparer l'inâuence systématique de l'Ilumanîté sur la Famille.

Pour codQpiétér cette sommaire appréciation de la constitution domestique propre à la sociabilité romaine, on doit y rémarquer l'introduction décisive de l'élément supplémentaire, trop peu caractérisé jusqu'alors. Il y surgit spontanément de riHstitution de l'esclavage , qui n'avait pu se développer encore, faute d'une destination vraiment sociale. Devenue la base

individuelle de Tactivité coUeclive, elle se trouva profondément incorporée à toute Texistence romaine. Gliaque citoyen dut la respecter comme une garantie privée de sa vie publique, et Tesclave lui-même se sentit honoré de cette participation indirecte à la destination commune. Les offices restant pleinement distincts, et les carrières ne pouvant susciter aucun conflit , il se forma des liens mutuels » étrangers aux mœurs théocratiques, et même inconnus à l'anarchie grecque , où la guerre manqua de buL Aussi la condition des esclaves romains futelle , en général 5 supérieure à tout ce qui pouvait exister auparavant, outre sa comparaison superflue avec l'anomalie moderne. Profondément incorporés à la famille , dont le nom seul rappellerait une telle connexité , leur existence , comparable à celle des enfants, non moins assujettis au chef commoo, prépara naturellement la domesticité finale.

Tous les progrès que je viens de caractériser furent d'autant plus propres à la civilisation romaine qu'ils y surgirent toujours des impulsions spontanément résultées de la situation fondamentale , sans aucune influence réelle des prescrjpi^ns oflicielles. Émanés d'une autorité nécessairement temporelle , dont le caractère spirituel ne pouvait être qu'accessoire, ces vains règlements ne comportèrent jamais l'efficacité des préceptes diaprés lesquels, sous la théocratie, le sacerdoce disciplinait la vie privée. Sans aucune intervention des magistrats, le mariage romain fut peu troublé par le libertinage envers les esclaves , l'ensemble de la situation disposant assez au respect habituel des conditions respectives, trop équivoques chez les Grecs. On pourrait, au contraire, signaler plusieurs désordres que la sollicitude officielle ne put jamais modifier, parce que les influences spontanées ne tendaient point à les contenir spécialement. Mais les antécédents théocratiques doivent d'ailleurs empêcher que cette impuissance morale d'un pouvoir incom-

DVi%AMiQU£ SOCIALE. — CHAPITRE CINQUIÈME. 361

pètent dispose à méconnaître l'importance d'une discipline systématique, sans laquelle les meilleures impulsions de Tinstinct et de Tempirisme restent toujours insuffisantes.

On peut utilement résumer Tensemble des considérations précédentes, en caractérisant Taptitude domestique de la civilisation romaine d'après un symptôme général, qui la distingue dès son début II s'agit de l'institution des noms de famille , inconnue auparavant, mais développée au moyen âge, et respectée par l'anarchie moderne. Résultée d'une meilleure appréciation des affections domestiques, elle réagit heureusement sur tous les liens élémentaires, tant de continuité que de solidarité. D'ailleurs, elle tendit à rapprocher les diverses familles, en facilitant et perfectionnant l'usage des adoptions , auquel les Romains procurèrent une extension décisive, qui prépara sa destination finale. Cette aptitude s'appliqua même aux nouvelles maisons surgies de l'émancipation personnelle, d'après la coutume qui transportait à l'affranchi le nom spécial de son ancien maître, devenu dès lors son patron spontané. Quoique directement due à Taccroissement qu'éprouva l'autorité de la naissance , l'introduction des noms de famille émanait indhrectement de Factivité collective qui domina l'ensemble de l'existence romaine. Car cette vie civique, graduellement développée sous une corporation héréditahre , dut bientôt inspirer à ses chefs le désir de perpétuer, par une appellation familière, le souvenir des services continus de chaque maison.

Après avoir assez caractérisé l'admirable perfectionnement que la sociabilité romaine accomplit dans l'existence domestique , je dois examiner son influence , encore plus décisive , sur les relations plus étendues, d'abord intérieures, puis extérieures.

Sous l'un et l'autre aspect, il faut, avant tout, expliquer comment une telle civilisation constitua spontanément la Pa-

trie 9 prélude nécessaire et soutien continu de rHananlté. €e(tê institution , jusqu*aiors incomplète , y résulta d'une heureuse combinaison entre le sentiment et Taclivité^ d'après une convenable extension de Tintelligence. »-

Le nom seul suffirait pour indiquer la restriction primitive de la patrie à Tenceinte domestique. Mais, même dans cet état rudimentaire^ elle oiTrc un caractère essentiel, qui se dé?eloppe à mesure que Tinstilution grandit. Il consiste en une intime liaison entre l*homme et le milieu, déjà définie ^ sous l'aspect statique , au volume précédent. Ce lien du dedans an dehors précède Tavénemcnt de l'existence sédentaire ^ et concourt même à le préparer, afin d'obtenir une connexité plus complète. Quand elle a prévalu, vers la fin de l'âge purement fétichique, elle fournit la principale base de la notion et dd sentiment que j'explique ici. La patrie ne se rattache dès Ion qu'accessoirement aux objets mobiles au milieu desquek nous naquîmes , même lorsqu'ils nous entourèrent toujours. Elle concerne surtout le siège immuable de l'ensemble des ImpressiOA^i morales et mentales, dont nous sentons l'influence eo*€(nne sur notre propre destinée.

D'après une telle définition, la patrie acquiert plus d'extension à mesure que le développement humain habitue chacun à des relations plus vastes. Tant que dure notre première enfance, individuelle ou collective, elle reste limitée à la combinaison entre la famille et la maison, au deltl desquelles aucun rapport ne peut alors être assez senti. Cette restriction initiale correspond à l'existence directement fondée sur l'affection, et surtout caractérisée par TaMiaclicment proprement dit. Nals^ quoique le nom doive toujours dépendre de cette source , l'institution ne peut se prononcer que d'après une extension supérieure, sans laquelle il faudrait confondre la patrie avec la Mmple famille, spontanément inséparable du sol correspondant.

A ce degré pHrement affoctif , doit succéder une vie essentielleinaent activé ^ qui suscite habituellement des liens plus étendus, assez restreints toutefois pour comporter une suffisante intimité d'après une coopération assez sentie. Ces deux conditions ne deviennent coticiliables que dans l'existence civique propre^ ment dite 9 à laquelle se rapportera toujours la véritable institution de la patrie , où Tactivité se combine avec la vénération autour d'un foyer inaltérable. Mais, pour que Tinstitution n'a"vorte point , la vie active doit avoir un caf actère nécessairement collectif, sans lequel le concours continu des familles deviens drait illusoire.

Toilà comment Ibumanité sera toujours redevable à la civilisation romaine de cette fondation déci'^lve, par laquelle TOccident commença directement à tendre vers la soclocratie finale. Car , j'ai déjà prouvé que le développement graduel da système de conquête fournit le seul moyen d'instituer une activité vraiment collective, propre à rallier tous les eiTorts individuels. Même aujourd'hui, la vie industrielle ne suscite que deii classes imparfaitement liées entre elles^ faute d'une impulsioli assez générale pour tout coordonner sans rien troubler; ce q\à constitue le principal problème de la civilisation moderne. La vraie solution ne deviendra possible qu'en se fondant sur la cohésion civique instituée par l'activité guerrière des romains» Jusqu'à ce qu'un tel dénoûment s'accomplisse, il faudra même remonter à cette unique source pour rectifier convenablement la notion et le sentiment de la patrie, que l'anarchie moderne altère de plus en plus. Après avoir coïncidé nécessairement avec la famille , elle finirait par se fondre vicieusement dait^ l'humanité , contrairement à sa propre destination , si le positif visme ne venait point régler enfin des aspirations trop vagues à l'association universelle. Mais une saine appréciation de l'existeoce romaliie peut déjà contenir ces dangereuses divagations

36a SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

da cœur et de Tësprit, surtout en rappelant que, pour ces no* blés maîtres de TOccident , la patrie résidait nécessairement dans l'enceinte sacrée de la ville incomparable.

Rien ne peut , en effet , consolider autant les liens humains que leur concentration babituelle autour d'un siège matériel , aussi convenable à la continuité qu'à la solidarité. C'est seulement ainsi que nos sentiments et nos pensées peuvent acquérir une véritable fixité , dont le monde extérieur , en vertu de sa simplicité supérieure, nous offre Tunique type. Quand un même milieu rallie un nombre suffisant de cœurs et d'esprits, son aptitude synthétique se trouve augmentée envers chacun par leurs liaisons mutuelles, qui, réciproquement , en reçoivent un surcroît de consistance et d'énergie.

Tous les degrés propres à Tassociation humaine comportent une telle condensation, où le siège devient le signe continu de l'ensemble des phénomènes qui s'y passent. Il faut seulement que son étendue corresponde toujours à celle des relations habituelles. La famille se trouve ainsi représentée par la maison, la patrie p;ir la ville, et l'humanité par la planète; suivant la nature affective, active, et spéculative, du lien fondamental. Dans le dernier cas, où l'union, devenue universelle, est surtout intellectuelle, le siège peut conserver une véritable efficacité, malgré son extrême extension. Car, un tel lien ne doit s'établir que d'après une foi pleinement positive, qui rendra familière à tous les hommes la conception générale de leur commun séjour , comparé sagement aux autres milieux planétaires. Mais, quelque nette et complète que devienne la notion, d'abord cosmologique, nuis sociologique, du globe terrestre, nos sentiments ne pourront jamais y rattacher le développement humain/sans la préparation résultée d'une connexité plus intime et moins étendue. Tel sera toujours l'office , intellectuel et moral, de la patrie, dont le type normal consiste dans la

DYNAMIQUE SOCIALE. — CHAPITRE aNQUlÈME. 365

cité proprement dite^ seule assez restreinte pour que la coopération reste pleinement appréciable.

Mais cette institution décisive ne devient jamais facultative, et sa suffisante réalisation exige un concours de conditions qui n'exista jusqu'ici qu'à Rome. Un siège sans phénomènes ne comporte pas plus d'efficacité que des phénomènes sans siège. Notre lieu natal, même quand nous y fûmes élevés^ ne laisse^ au cœur comme à Tesprit^ aucune impression dominante^ si des liens profonds, d'abord domestiques ^ puis civiques^ n'y rattachent point l'ensemble de notre existence , tant subjective qu'objective. Il faut surtout qu'une coopération sentie et vénérée y coDcentre nos souvenirs du passé, nos émotions envers le présent^ et nos vœux pour l'avenir. Or^ cela suppose que tous les efforts individuels sont dominés par uue activité collective susceptible de continuité , sans laquelle le siège immuable de la commune élaboration ne saurait en devenir le symbole mental et moral. C'est pourquoi la civilisation romaine put seule réaliser assez l'institution de la patrie , qui devra toujours êiro étudiée à cette unique source. Quoique un tel type ait dû faciliter les tendances ultérieures^ elles ne parvinrent jamais à le reproduire convenablement, même au moyen âge, et sa propagation universelle reste nécessairement réservée au réghne final, en suscitant jusque-là d'impuissants désirs.

On conçoit ainsi l'importance du complément dynamique que je viens de procurer à la théorie statique établie dans le volume précédent Cette explication doit également dominer les deux parties ci-dessus distinguées envers la constitution politique de la civilisation romaine. En ctTet, l'économie intérieure y tendit à consolider l'institution de la patrie, et l'essor extérieur à l'agrandir, jusqu'à ce que, suivant sa destination normale, elle indiquât l'humanité. Par Tun et l'autre examen on reconnaîtra que cette active liaison de l'homme au milieu ,

complétant rexistcnce sédentaire , ébaucha spontanément b sociocratic, et devint incompatible avec la théocratie, en substituant graduellement la terre an ciel Subordonné directement à son but social, le polythéisme ne put dès lors entretenir les aspirations surnaturelles qu'il suscitait sous le régime sacerdotal, et que le monothéisme s'efforça vainement de ranimer en Occident.

Pour apprécier la constitution intérieure de la politique romaine, je suis ainsi conduit à caractériser d'abord la modification décisive qu'y subit la propriété territoriale, dont l'institution, inséparable de la patrie, en devient le meilleur appuL Malgré les vagues comparaisons suscitées par l'anarchie moderne, les richesses mobilières ne pourront jamais être assimilées à celle qui résulte de la possession du sol. Quelqnaf altérations qu'on y puisse réaliser, cette appropriation penoanelie d'une partie quelconque de la planète humaine procurera toujours un pouvoir plus consistant et mieux senti que la force Inhérente aux fonctions qui s'y passent.

Lorsque Rome établit irrévocablement la prépondéranr^ civique de l'autorité temporelle, cette rupture aveo la théocratie s'y consolida par l'avènement politique de la richesse territoriale, qui dès lors n'a jamais cessé de fournir la principale base de l'ascendant matériel. Mais cette nouvelle puissance déve^ loppa bientôt une tendance révolutionnaire, en altérant le pouvoir de la naissance, sur lequel reposait toute la civilisation ancienne. L'hérédité des offices n'avait pu subsister pleinement que dans l'état théocratique, et devint de plus en plus incompatible avec l'essor militaire. Quand elle fut gravement altérée^ celle des richesses, surtout territoriales, qui ne pouvait cesser, suscita graduellement une rivalité continue entre la caste do«minante et les nouveaux possesseurs du sol. Au fond, la naissance, comme l'âge qui l'avait précédée, et le mérite qui devait

DYNAMIQUE SOGIAXE. — CHAPITBK CINQUIÈME. 967

la suivre , ne constituait un principe de classement que dans Tordre spirituel , le pouvoir temporel adliérant toujours à la prépondérance matérielle. L'ascendant héréditaire ne convient donc qu'à la théocratie, qui le rattache directement aux sources surnaturelles , d où dérivent à la fois le commandement et la richesse^ puisque les grandes possessions y résultent d'abord de dons voués aux représentants des dieux. On reconnaît ainsi que la constitution intérieure de la transition romaine reposait sur une inconséquence générale , aspirant à maintenir la règle théocratique sous une activité qui Tébranlait , à mesure que la conquête créait des fortunes indépendantes de la naissance.

Contre cette source de décomposition civique, la sagesse romaine introduisit, dès le début, un heureux expédient, qui retarda de quelques générations la dislocation d'un tel régime. L'institution des chevaliers ne fut pas seulement destinée à constituer un milieu capable d'adoucir les conflits habituels entre les patriciens et les plébéiens. Elle eut surtout pour but d'ouvrir à la richesse une issue normale , qui la détournât de lutter directement contre la naissance , dont elle tendit même à soutenir l'ascendant, d'après une affiliation graduelle à la caste dirigeante. Mais les chevaliers, pouvant exercer des fonctions industrielles ou financières que les sénateurs devaient s'interdire, et participant autant qu'eux aux bénéfices' militaires, devinrent finalement les principaux possesseurs. Alors le pouvoir temporel de la naissance s'eiTaça de plus en plus sous celui de la richesse, de manière à préparer la constitution matérielle de la sociocratie , suivant une ^^ndance continue, déjà sensible au moyen âge, malgré le réveil nécessaire du principe héréditaire.

Dans cette organisation générale de la propriété romaine, il importe de remarquer une innovation décisive, où le caractère sociocratique, résulté de l'ensemble d'une telle situation, com^

mence à se manifester directement. La confiscation proprement dite ne pouvait exister sous la tliéocratie, vu l'origine surnaturelle attribuée aux grandes possessions. Â quelques violences que les domaines sacerdotaux se trouvassent souvent exposés par la caste militaire, jamais ils ne furent légalement susceptibles d'une expropriation qui devenait , aux yeux de tous, nécessairement sacrilège. L'introduction de la confiscation^ dès les premiers temps de Rome^ annonça donc que la propriété n'y dérivait plus des sources divines , et que désormais elle se trouvait humainement instituée , surtout dans le cas toujours croissant des acquisitions guerrières. Néanmoins^ la possession dut alors conserver^ et même spécifier davantage, son caractère absolu, sans lequel Tindépendance ne s'y trouverait point assez garantie ^ jusquà ce que la sociocratie finale systématise toutes ses conditions. En s'attribuant le pouvoir de transférer au fisc un domaine dont la concession émanait implicitement de la communauté^ l'État ne se crut point compétent^ à Rome^ pour imposer aucune règle de gestion. Mais Tinterventlon sociale se trouvait ainsi surgle envers l'appropriation personne/le, qui y dès le moyen âge ^ subit de nouvelles conséquences du principe modificateur, destiné finalement à la régénérer.

Après cette manifestation fondamentale^ je dois signaler une innovation générale éminemment propre à caractériser la tendance sociocratique de la constitution romaine , par son admirable système d'institutions judiciaires. Il doit être ici considéré surtout comme ayant pour but de fonder spécialement une morale publique^ et même privée, directement indépendante des croyances surnaturelles, qui devaient seulement lui fournir une sanction indirecte et générale, essentiellement supplémentaire. Sous la théocratie, où tous les jugements émanaient nécessairement du sacerdoce, aucun conflit n'avait pu survenir entre les motifs humains et les prescriptions divines, qui se pondéraient

spontanément au sein de leurs communs organes. Mais, dans la civilisation militaire» le caractère , essentiellement temporel, des magistrats ne leur permettait plus d*invoquer seulement, ni même principalement, les consécrations surnaturelles. Forcés de motiver leurs arrêts, devant un libre public dont Toplnion en devenait la meilleure garantie , ils se trouvèrent bientôt conduits à fonder leurs décisions sur l'appréciation directe des conséquences personnelles, domestiques, ou civiques, propres à chaque cas. Ainsi surgit graduellement une ébauche empiri-* que, mais décisive, de la morale proprement dite, enfin dégagée de toute inspiration théologique , s^uf pour la sanction additionnelle. Quoique une telle doctrine ne pût concerner directement que les actes, sans remonter Jamais aux sentiments correspondants, elle prépara spontanément la tentative plus profonde réservée au moyen âge , où les meilleurs esprits en reconnurent Vefficacité.

Conservée parmi nous , d*après un résumé général fondé sur dix siècles de décisions spéciales , cette construction indique le caractère soclocralique de la transition romaine , qui ne cessera point de régler Texistence occidentale Ju3qu'à Tavénement de la foi finale. La seule institution d'un système Judiciaire, en dehors du théologisme officiel, prouve déjà qu'on reconnaît l'Insuffisance de celui-ci pour diriger Tordre humain ; puisque les peines et récompenses terrestres seraient superflues si les motils célestes pouvaient suffire. Mais cette appréciation implicite , dissimulée , sous la théocratie , par l'omnipotence sacerdotale , ressort davantage d'une longue succession d'édits fondés sur un examen , positif quoique empirique , de la conduite réelle , privée ou publique.

Telles sont les principales réactions que la constitution Intérieure de la politique romaine dut recevoir de l'existence civique qui la caractérisa. Je dois maintenant compléter ce Juge-

370 tlSTÈMI DB POLITIQUE POSITIYB.

ment d'après rexamen abstrait de la destination extérieure à laquelle cette transition fut entièrement subordonnée.

Due telle appréciation o£hre deux parties distinctes , suivant que Vactivité dominante est considérée quant au sqjet ou par rapport à l'objet.

Soua le premier aspect, il faut ici déterminer Finfluenoe personnelle de l'existence guerrière, dont les réactions domestiques et civiques Yiennent d'être caractérisées. L'obéissance et le commandement modifièrent profondément les dispositions moralea de leurs organes habituels , de manière à montrer wmbien une destination commune et continue importe à l'établissement de notre véritable unité. Quoique ce but ne put directement affecter que les actes , il tendit indirectement à per^ fectionnw les sentiments qui les inspirent

L'efficacité morale d'une telle activité dut surtout consiste! à développer la vénération , principale base de la discipline militaire. Borné y sous le fétichisme , aux relations privées^ ce sentiment fondamiental reçut de la théocratie toute l'extension coo^ venable à sa destination sociale. Sa culture décisive y devint le meilleur résultat du régime sacerdotaL Néanmoins 9 elle présentait deux imperfections essentielles , que la dviUsation militaire corrigea spontanément, par une double Influence de soi^ activité caractéristique. Car, la vénération théocratiquo manquait à la fois de netteté, faute d'un but pratique, et de consistance d'après sa liaison tr<q)i exclusive aux croyances surnaturelles.

Or, l'activité romaine put seule compléter> sous ce âoobte aspect, notre initiation morale > de manière à préparer autant que possible nos dispositions finales. En procurant k la vénération une destination précise et toujours sentie , elle lui fit perdre la tendance vague résultée de Téducation théocratique. D'une autre part, elle rattacha ce sentiment à des motifs pure-

ment hamatDS, en sorte qu'il put subsister après la décadence du théologisme. A travei^ Tanarchie moderne , ces deux attributs distinguent encore la vénération occidentale de celle qcd persiste chez les orientaux. Ils conûrment directement la tendance générale de la civilisation romaine à s'éloigner de la théocratie pour se rapprocher de la sociocratie.

Dans sa discipline militake , il faut pourtant reconnaître que l'autorité des chefs offrit d'abord un caractère doublement théocratique. Leurs attributions sacerdotales le manifestent immédiatement , soit d'après les charges pontificales qui les préparaient ordinairement aux dignités guerrières ^ soit par les fonctions reUgieuses qu'ils exerçaient souvent à la tête des armées. Toutefois^ la soumission romaine fut surtout théocratique en vertu d'une disposition plus directe , qui s'attachait à la naissance 5 en vénérant les chefs comme personnellement issus des dieux. Ce titre , indépendant d'un sacerdoce quelconque ^ devint la principale garantie du patriciat militaire, tant que les mœurs aristocratiques purent assez prévaloir. Mais elles durent graduellement s'altérer, à mesure que raccomplissement de la destination guerrière faisait surgir le mérite plébéien^ appuyé d'une suflQsante richesse. Alors la vénération romaine tend à perdre son caractère théocratique pour devenir de plus en plus sociocratique^ en substituant aux titres divins les motifs humains. Tant que persista la principale activité ^ la discipline se maintint malgré le relâchement continu des croyances et des préjugés^ parce que l'existence journalière faisait spontanément apprécier le mérite des chefs et l'importance de la subordination.

En cultivant ces dispositions chez les inférieurs , la vie pratique inspirait aux supérieurs les tendances correspondantes , de manière à rendre le commandement aussi moral que Tobéissance. Son influence directe y devient mieux appréciable, pubque les résultats s'y trouvent indépendants des prescrip-

tiens théologiques. Car^ celles-ci ne parent , dans toute Fantiqulté^ qu'imposer la soumission ^ sans Jamais régler Tautorité, dont le vrai mérite dut toujours être essentiellement spontané. Mais, quoique les lois de la nature humaine restassent mécon* nues 5 leur impulsion nécessaire assura la réaction normale qui }le constamment le dévouement des forts à la vénération des faibles. Sous Timpulsion pratique , l'hérédité sénatoriale ne pouvait garantir qu'une autorité collective, et le crédit de chaque patricien dépendait de sa propre conduite. La naissance tendait seulement à mieux adapter les dispositions personnelles aux destinations sociales, sans procurer directement aucun pouvoir durable. Ainsi surgirent habituellement d'admirables dévouements , dont la pureté fut plus complète quand la pré* pondérance aristocratique resta mieux respectée.

11 serait ici superflu d*insister davantage envers le développement que l'existence romaine dut procurer à la connexité naturelle de nos deux instincts supérieurs. Mais, outre cette principale influence, l'activité collective améliora spontanément l'ensemble des mœurs individuelles , tant parmi les chefs que chez les sujets. La prépondérance continue d'on but com mun fit sentir à chacun la nécessité de régler sa vie personnelle conformément à sa destination sociale. Une telle culture dut , sans doute, rester essentiellement bornée aux trois qualités pratiques, courage, prudence, et fermeté , dont la vie militaire fait surtout ressortir Timportance habituelle Elle ne put donc dispenser aucunement le moyen âge d'élaborer directement les sentiments qui déterminent notre conduite , et d'où dépend la principale efficacité du caractère proprement dit, autant applicable au mal qu'au bien. Quoique insuffisante et grossière, cette réaction morale de l'existence pratique devint néanmoins nécessaire à l'ensemble de notre préparation, pour faire partout prévaloir des habitudes décisives d'une libre contraUite.

Cet empire JourDalier sur soi-même se trouvait ennobli par son but social 5 qui suppléait ^ autant que possible^ à la culture directe des sentiments, incompatible avec une existence où les actes absoAaient nécessairement la principale soliicitude.

Appréciée maintenant envers les populations destinées à le subir, l'activité romaine oiTre une amélioration non moins capitale de l'ensemble des dispositions humaines. Sous le pur fétichisme ^ les relations extérieures de chaque peuplade restèrent extrêmement restreintes, et n'aboutirent surtout qu'à de stériles conflits. Malgré les nobles aspirations de la théocratie à l'universalité religieuse, le développement de l'activité pacifique n'y préserva point d'un isolement national jugé nécessaire à la conservation des mœurs correspondantes. Le prosélytisme naturellement inhérent au principe militaire se fit déjà sentir sous le polythéisme intellectuel , d'après la diffusion coloniale des populaUons grecques. Riais le vague et l'anarchie d'une situation incapable de destination sociale n'y permirent point un vrai développement des relations extérieures. Tous les rapports des Grecs avec leurs alliés ou tributaires sont habituellement caractérisés par une capricieuse oppression , incompatible avec l'incorporation réelle. C'est uniquement aux Romains que l'humanité dut l'essor décisif des mceurs qu'exige l'agrégation forcée, destinée à préparer la libre convergence des populations distinctes.

L'influence morale de l'activité collective devient plus sensible envers les dispodtions extérieures que pour les tendances hoitérieures; car une telle condition était évidemment indispensable au succès habituel des expéditions romaines. On ne sau« rait donc être surpris que ce noble peuple ait spontanément développé, dans ses rapports avec les autres, des sentiments sans lesquels son système de conquêtes aurait nécessairement avorté. L'admirable vers de Yfargile, Parcere $ubjecti$, et debel^

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(:(*tte double appréciation de la constitution extérieure compl(H(î mon jugement abstrait de la constitution intérieure , tant clvi(|ue (|ue domestique, du polythéisme social. Je dois maintenant procf^der à rexamen concret de ses principaux résultats , soit (lu'iis coiKernenl sa destination caractéristique, ou sa préparation néc(*ssaire du régime suivant. Mais il faut, avant tout, prérisiT davantage une telle détermination , en circonscrivant dlret trnivnt lo cliamp général de l'action romaine.

rar une première restriction, dont j'expliquai les prindiMax

motUi an chapitre troisième i le domaine de rineorporation militaire se troave nécessairement rédnit aox populations sédentaireSy seules susceptibles d'être naiment conquises, comme de conquérir. Quoique le sentiment , ei même rintelligenoe , puissent se développer beaucoup dans la vie nomade , rinstitition du domicile devient indispensable au succès continu d'une activité quelconque^ surtout collective. Toutefois, sans que la conquête atteigne directement les peuples chasseurs ou pasteurs ) elle peut Indirectement modifler leur existence, en ré- '

' trécissant le territoire propre a chacun d'eui. Étendue autant que possible, une telle influence pousse les nomades à se domicilier avant que leur libre dévelopement les y conduise spontanément. Cette première limite de rineorporation romaine offre d'autant plus d'importance qu'elle caractérise la source de la réaction extérieure qui compléta^ comme Je l'expliquerai bientôt, la dissolution intérieure de l'agrégation forcée.

En second lieu, partid les peuples domiciliés, ce système de conquêtes ne put réellement embrasser les nations pieinemeht théocratlques> oh les moeurs établies sous la domination dès castes Sacerdotales se trouvaient suttsamment développées. ïfttprès leur caractère pacifique ^ ces populations sont alsémèAt vaincues : mais, loin de devenir Jamais assimilables, elles (etident toujours à modifier leurs conqnérants, en leur opposant, outre uâe Insurmontable inertie, les séductions d'nne meilleufe eidstenee. Ainsi ^ la destination sociale de la conquête ne peut se réaliser envers elles , puisque , malgré leur soumission fà* elle, elles ne comportent point une véritable incorporation. Parmi les théocraties caractérisées, Rome n'en réunit Jamais

- que de petites^ comme celle de l'Étrurie^ qui fournit peut-être le seul exemple décisif d'une telle agrégation. L'assimilation de la Gaule ne réussit que d'après l'insufiisant essor do régime théocratique dans cette vaste région, où les guerriers tendaient

576 8YSTÈB1E DE POUTIQUE POSITIVE.

à prévaloir sur les prêtres quand la conquête s'accompUt Si Ton combine convenablement ces deux restrictions générales, on conclut que la domination graduelle des Romains se trouva nécessairement bornée aux peuples qui leur ressemblaient essentiellement. Niféticbiques, ni théocratiques^ ces pays étaient, comme à Rome , spontanément parvenus au polythéisme progressif^ sous une semblable Influence de l'instinct militaire dans un milieu convenable. On doit même reconnaître que , quand Tavortement de l'impulsion guerrière rendit ce polythéisme principalement intellectuel , cette diversité suffit pour que Tincorporation devint incomplète, ou plutôt équivoque. Rome conquit aisément la Grèce, sans pouvoir jamais se Tassimiier pleinement, malgré la meilleure disposition envers tous les résultats helléniques. Ainsi le domaine romain reste finalement circonscrit aux nations ^ purement militaires, dont chacune asj^rail à devenir le centre du système occidental^ qui devait préparer, chez les polythéistes progressifs, Félaboration directe du Grand -Être. En expliquant le succès de Tincorporaiion par la similitude spontanée des populations qu'elle embrassa, cette théorie justifie spécialement une telle opération, où Rome, conquérant pour n'être pas conquise , obtint un empire analogue à celui qu'elle aurait subi. Le besoin de terminer irrévocablement des conflits stériles, en réunissant tous les peuples guerriers sous une même domination, ne laisse donc à désirer que l'explication du siège elTectif de cette prépondérance nécessaire.

Une telle question, qui, par sa nature concrète, devient étrangère à la dynamique sociale , n'a pas d*ailleurs l'importance qu'on lui suppose ordinairement. Car, d'après Tensembie du jugement abstrait que je viens d'expliquer, l'accomplissement même de l'incorporation graduelle constitua nécessairement la principale source des caractères propres à la nation qui

ik.

Topéra. Les inflaences spéciales forent donc limitées an débnt d'une entreprise qui, ne pouvant réussir que cliez un seul peuple, s'alimentait spontanément par scg^ essor continu. Hais, quoique l'explication du cas romain soit loin, sous ce rapport y d'importer autant que celle du cas finrec , on peut raisonnablement désirer de connaître les principaux motifs qui déterminèrent ce centre social du système occidental. C'est pourquoi je crois ici convenable de présenter sommairement les considérations les plus propres à décider une telle question.

L'éclaircissement direct que J'ai dû spécialement indiquer, dans le chapitre précédent , envers le foyer intellectuel , peut d'abord faciliter indirectement la détermination actuelle. En effet, les centres respectifs des deux évolutions, mentale et sociale, propres au polythéisme occidental, ne devaient être ni trop voisins ni trop distants, afin d'assurer leur indépendance primitive et leur combinaison finale, également indispensables à leur commune destination. Cette doible condition importait d'autant plus que les deux mouvements durent longtemps coexister, malgré l'antériorUé nécessaire du premier. Athènes et Rome offrirent donc, à cet égard, les dispositions mutuelles qui convenaient aux élaborations correspondantes. Mais un tel motif ne comporte point assez de précision pour fixer réellement la position du second centre d'après celle du premier, quoique le mouvement social ne pût siéger qu'à l'ouest du mouvement intellectuel.

Sous un aspect plus spécial, il importait que le noyau de l'incorporation militaire fût une cité voisine de la mer, et pourtant continentale, soit afin de devenir moins accessible, soit pour mieux condenser son activité. En étendant les mêmes motills, on reconnaît que sa situation , quoique pleinement occidentale, devait former l'une des limites méridionales du système européen. Il fallait aussi , d'après les explications précédentes, que

S78 SYSTÈME DB POUTIQUE POSIUYE.

ce centre de rafinrégation forcée fût partout entouré de peuples domiciliés, sans se trop rapprocher d'aucune théocratie considérable. La nation doipinatrice dut d'ailleurs siéger de manière à devenir maritime quand son essor Texigerait, sans cesser Jamais d'accorder sa principale attention aui expéditions terrestres 5 seule base des conquêtes décisives. Enfin, son territoire devait pouvoir nourrir la population centrale, mais en la poussant à s'étendre au dehors , au lieu de la retenir au dedans par l'attrait d'une existence trop industrielle. D'après l'ensemble de ces indications, on construit aisément les destinées respectives d'Athènes, de Rome, et de Garthage, comme l'annonça mon traité fondamental Toute explication plus détaillée , à cet égard , altérerait le caractère, essentiellement abstrait^ que dtrfC toujours conserver la philosophie de l'histoire.

Quant aux influences sociales qui durent conèonrir avec les conditions. locales pour déterminer le centre spécial de l' fneor* poration occidentale, leur sommaire appréciation devient naturellement le début normal du jugement concret aoquel je vais maintenant procéder directement £lle consiste surtout à reconnaître la nécessité d'un certain mélange de la nation guef * Hère avec une population théocratique qui pût fadliter son or^ ganisation initiale, en y j<^gnant même des tribus fétichistes disposées à se domicilier afin de conquérir. Sans l'eiément sacerdotal , la discipliné militaire n'aurait pas reposé sur une suffisante vénération, que l'impulsion fétichiqne préservait d'ailleurs de toute dégénération paciOque.

Ainsi constituée, l'incorporation romaine doit être seelologtquement décoqiposée en trois phases essentielles, solvant qu'elle s'étend, d'abord à l'Italie entière , puis à l'Espagne» enfin à la Gaule. Le pas moyen, seul caractéristique, comoM dans toute progression, se prépare d'après la lutte avec Garthage, dont il détermine la vraie desttaiation,et se complète par

la conquête de la Grèce, conduisant à celle de T Asie-Mineure ainsi que de TÉgypte. Mais ce double appendice de Fincorporation espagnole ne comporta jamais une assimilation comparable à celle de TOccident proprement dit. D'après la position intermédiaire de la Gaule, on voit^ au contraire, que sa pleine acUonclion devint le complément indispensable du système romain , qui ne pouvait autrement acquérir une suffisante consistance. Cette agrégation décisive des polythéistes progressifs dut donc consister surtout à combiner avec l'Italie les deux régions contignës qui la séparaient de FOcéan.

Telle fut f en effet , dans Fantiquité comme aujourd'hui , la composition nécessaire du triple système propre à la civilisation occidentale. Hors de son sein, incorporation militaire n'est plus complétée par une suffisante conformité de langage , de culte, et de moeurs. Le moyen âge agrandit notablement ce groupe méridional d'après son irrévocable combinaison avecle couple septentrional formé de la Germanie et de la Bretagne , dont les Romahis avaient ébauché Fadjonction. Mais, quoique cette précieuse expansion ait assez rempli les conditions nor-

maies, la divergence des deux cas domine Fensemble de Fhistoire moderne, malgré les nobles efforts du sacerdoce catholique pour bistituer leur uniformité mentale et sociale. Leur complète union fournira bientôt la première manifestation de l'aptitude nécessaire du positivisme à rallier toutes les civilisations. Néanmoins , même envers cet avènement flnal de la véritable unité, la différence générale entre le Nord et le Sud du système occidental continuera de se faire sentir. Dans le vo*lume suivant, je démontrerai spécialement que la commune régénération doit commencer au Midi , malgré la tendance des trois derniers siècles à changer Fordre d'évolution déterminé par Fensemble du passé.

Pour achever de caractériser mon plan général de l'assimila-

tion romaine , je dois ici résoudre Tanomalie sociologique qa*il semble offrir envers deux phases. On conçoit aisément la nécessité de commencer Fincorporation par I* Italie , surtout continentale. Mais la contiguïté paraissait exiger que la Gaule fût conquise avant TEspagne.

La marche inverse résulta de deux motifs géniaux, Tattrait qu'inspirait l'Espagne , et la difficulté que présentait la Gaule. Outre un meilleur climat, la pénhisule ibérique assurait aux Murs maîtres de l'Occident le libre usage de rocéan qui devait border leur domaine. Une population plus divisée facilitait d'ailleurs cette conquête 9 déjà préparée par diverses colonisations. Au contraire , la possession de la Gaule offrit d*abord peu d'intérêt, sauf sur les côtes méridionales. En même temps, elle présentait de grands obstacles, pour soumettre une nadon belliqueuse, unie par l'influence tbéocratique , qui, loin d'y pouvoir détourner des expéditions, les y provoquait , afin d'y retarder l'imminente prépondérance des guerriers sur les prêtres. Ainsi , la conquête de la Gaule dut naturellement compléter la principale incorporation, et ne put s'opérer que quand Rome eut pleinement développé sa puissance. Mais, avant cette conclusion, un tel voisinage exerça longtemps une influence indirecte sur les destinées romaines, d'après les colonies gauloises qui dominèrent d*abord Tltaiie septentrionale , de manière à diriger l'incorporation vers la région opposée.

Quoique la première phase de l'essor romain soit moins propre que la seconde à caractériser la destination générale , elle est la plus décisive pour l'aptitude fondamentale. Plus prolongée que l'ensemble des deux autres , elle permit seule aux Romains de développer , au dehors comme au dedans, les qualités qui devaient assurer leur domination. D'après mon jugement abstrait, toutes les propriétés sociales de l'actfvilé collective supposent qu'elle surgit graduellement Si la rapidité

DYNAIUQUB SOCIALE. — CHAPITRE C1NQUIËMB. 381

des succès d'Alexandre aDnoDçait leur instabilité , la lenteur de Tessor romain garantissait sa consistance. Mais cette gradation convenait surtout aux réactions intérieures , tant domestiques que civiques, qui devinrent ie principal résultat du système de conquêtes.

Son début dut être dirigé par une concentration monarchique , seule capable d'imprimer à cette population composée une suffisante homogénéité. Néanmoins, l'expulsion des rois y devint bientôt la première condition de la continuité guerrière, qui ne pouvait s'établir que sous une corporation héréditaire, où l'activité militaire dominait le caractère sacerdotal, tenllànt à prévaloir chez un chef unique. La lenteur des premières conquêtes consolida la prépondérance aristocratique, en disposant les patriciens aux concessions nécessaires, et les plébéiens à la soupiission convenable. Des succès aussi disputés, et laissant toiyours craindre une ruine totale, devaient profondément unir les deux classes, en faisant sentir à chacune l'importance de l'autre. En même temps , des expéditions voisines et de courtes campagnes ne permettaient point au commandement militaire de méconnaître l'ascendant civique. Quoique la tendance élective altérât déjà l'autorité de la naissance, les choix du peuple restèrent , pendant la première phase , concentrés chez les patriciens , de manière à stimuler leur zèle individuel sans diminuer leur ascendant collectif. Cette lenteur initiale, qui distingua la progression romaine, y devint tellement importante que Dante, dans sa rapide idéalisation de la conquête totale, lui consacra ce vers spécial : Fincendo intorno legenti vicine.

La connexité naturelle entre le dévouement et la vénération dut se développer surtout quand l'activité collective, assez vaste pour intéresser suffisamment, n'offrit point une extension difficilement appréciable. Pendant la longue phase qu'exigea la

383 STSTÈlfE DB POUTIQUE POSITIYB.

conquête de l'Italie, l'ensemble de l'essor romain pnt être universellement senti, de manière à sosciter, dans tons les rangs, et même chez Içs femmes, nne liaison habitaelle de la vie privée à U vie publique. G*est surtout alors que Texlstence civique permit une telle harmonie, principale source du bonheur et de la d^ité propres à la nature humaine. Aucune autre époque n'oflHt autant d'exemples d'une abnégation réelle et d'une noble obéissance, également honorables au nom romain. Les rapports extérieurs furent aufknt améliorés que les liens intérieurs par cette lente ascension , où le peuple dominateur, surmontant difficilement les nations qui lui ressemblaient le plus, contracta graduellement les dispositions convenables envers des populations mohis analogues. Une telle conquête tendait d'ailleurs à signaler, dès le début, le principal ensemble de l'action romaine. Car , elle fabait pressentir , au nord, la lutte finale avec la Gaule, tandis qu'elle annonçait , au sud , l'abscNrptlon de la Grèce, dont les colonies italiennes suscitèrent les derniers conflits de cette phase fondamentale.

Entre ce début décisif et Tessor caractéristique, la transition s'opéra naturellement d'après les établissements carthaginois, d'abord en Sicile , puis surtout en Espagne , idége essentiel de la grande collision qui fixa le sort de l'Occident. Cette seconde phase ne comporte point autant d'explications sociologiques que la première , puisque celle-ci suscita le principal développement, tant extérieur qu'intérieur, de la constitution romaine, tandis que celle-là prépara son altération nécessaire. !1éanmoins, la longue lutte entre Carthage et Rome offre , en ellemême, un intérêt durable, pour conGrmer la loi naturelle qui ne permettait pohit une incorporation essentiellement maritime.

L'ensemble de ma théorie sur le système de conquêtes conduit à reconnaître que sa destination sociale , tant au dedans

DYNÂMIQUI SOGIALB. ^ CHAPITRB CINQUlblfB. 58S

qu'au debors^ exige, comme son succès militaire, la prépondérauce habituelle des expéditions terrestres, seules susceptibles d'une suffisante continuité. Quoique la suprématie maritime semblât un privilège naturel des Carthaginois, les Romains ne tardèrent point à la leur ravir , sans pourtant cesser jamais de voir dans leurs flottes de simples auxiliaires de leurs armées. Cette loi, complément de celle qui rattache à l'existence sédentaire tout essor décisif de l'activité collective, se fait aussi Antir envers les établissements résultés de la conquête, devenus stables ou précaires suivant que la guerre y fut continentale ou maritime.

D'après ces tendances naturelles, que l'instinct pratique dut pressentir avant que la raison théorique pût les apprécier, on conçoit aisément Tissue nécessaire d'une telle lutte, où dondne l'admirable contraste entre Annibal et Scipion. Mais, quoique ce résultat ne fût point douteux, il exigea longtemps des efforts Immenses, où le caractère romain acheva de développer les trois qualités actives. En même temps, Timportance du but, consistant surtout à posséder l'Espagne, Justifia l'empirique sollicitude du vieux Caton contre la seule rivale de Rome.

Pendant cette seconde phase, essentiellement remplie par une telle lutte, qui n'y fut pourtant qu'un moyen, la constitution romaine put rester aristocratique , mais avec des modili-> cations propres à signaler sa prochaine altération. L'extension et la difficulté des expéditions développèrent les prétentions plébéiennes, et leur fournirent d'ailleurs un appui continu, soit par l'accroissement des richesses indépendantes de la naissance , soit même en disposant déjà les généraux à se populariser contre leur propre caste. Forcé d'ouvrir au peuple l'accès des principales magistratures, tant civiles que militaires, c'est surtout alors que le sénat recourut aux artifices résultés de ses attributs sacerdotaux pour éluder, pendant quelques

générations, cette coDcession décisive, pfemier sigfne de sa décadence. «

Si la politique romaine avait pa suivre un plan systématique, au lieu de se diriger d'après un instinct empirique, l'incorporation de la Gaule aurait immédiatement complété celle de f Espagne. L'intervalle exceptionnel qui sépara deux opérations naturellement voisines ne fut pas dû seulement à la difficulté propre d'un tel complément 11 résulta surtout de Tentratuement spontané qui poussa les Romains vers rorieftt après la destruction de Carthage. Celte tendance serait restée normale si la conquête de la Grèce en eût été le seul objet. Outre qu'une telle absorption devenait, par la Sicile et l'Épire, un appendice nécessaire de incorporation italienne , elle constituait surtout une condition naturelle de la destination totale du système de conquêtes. L'évolution intellectuelle et fe développement social, |>ropres à l'ensemble de la préparation occidentale, n'auraient pu contracter autrement la pénétration mutuelle qu*exigeait finalement leur but respectif. Mai^ un tel motif se bornait essentiellement à la Grèce proprement dite , et ne devait point faire ajourner l'incorporation de la Gaule pour l'invasion de TAsie, où les Romains se précipitèrent aveuglément sur les traces d'Alexandre , qu'ils n'y purent jamais effacer.

Un semblable empirisme les conduisit, après avoir détruit Cartilage, à recueillir, et même étendre, son autorité sur les nomades qui l'entouraient Au Sud comme à l'Est, l'impulsion dominatrice fut donc amenée à violer essentiellement les deux limites générales que les lois sociologiques opposaient au vrai système de conquêtes, en s'efforçant vainement d'incorporer des populations errantes ou théocratiques. Néanmoins, des perturbations plus profondes concoururent avec ces diversions empiriques pour retarder l'assimilation de la Gaule, qui termine

DYNAMIQUE SOCIALE. — CHAPITRE CINQUlftWE. 385

la troisième phase de l'essor romain , quoiqu'elle doive la caractériser.

L'ensemble des troubles intérieurs qui décomposèrent spontanément la constitution du polythéisme social y s'expiique en développant davantage la théorie de Faciivité collective propre à cette seconde transition entre la théocratie et la sociocratie. En effets quoique la domination guerrière ne soit pas plus susceptible de perpétuité que d'universalité^ la dissolution spontanée du régime correspondant ne peut jamais s accomplir subitement. Avant sa décomposition radicale ^ et pendant sa principale splendeur, il subit d'intimes altérations ^ liées h sa destination extérieure.

Pour en saisir la source et la marche, on doit seulement compléter l'appréciation des propriétés sociales de l'activité militaire y en la considérant envers l'indépendance , tandis que je dus jusqu'ici l'examiner surtout quant au concours. Son caractère spontanément collectif la rend également apte à remplir ces deux conditions générales de la vraie sociabilité. Car le développement, du système de conquêtes exclut autant la servilité que l'indiscipline. Tant que sa principale destination n'est point accomplie 5 elle fait habituellement prévaloir une digne subordination 5 en dominant à la fois les supérieurs et les inférieurs. Mais, quand la conquête se trouve assez avancée pour écarter toute inquiétude de rétrogradation, ses nouveaux progrès altèrent également les dispositions des uns et des autres. Une vénération , d'abord relative à Fascendant héréditaire , et bientôt modifiée en s'étendant à la grandeur acquise, tend à s'effacer d'après les vicieuses prétentions que l'orgueil et la cupidité suggèrent de plus en plus aux chefs. Alors la résistance des soldats fait graduellement reconnaître que la vie guerrière surpasse autant l'existence industrielle pour l'indépendance que pour le concours, suivant le contraste naturel entre le

396 "" «YftTÈlfJS OB POLITIQUE POSITIYE.

caractère collectif de Tane et le caractère individael de Tautre.

En spéciûant cette théorie envers le cas romain, on n'est pa3 surpris que sa constitution, déjà modifiée sous la seconde pbase , se soit radicalement altérée pendant la troisième. LlmpuLsion patricienne qui , dans la longue conquête de l'Italie, s'était noblement identifiée avec les destinées de la république, teAdit, depuis la ruine de Garthage , vers les ambitions personnelles, en aspirant de plus en plus à conquérir au lohi de vastes domaines ou de riches gouvernements. En même temps, le sénat, fier d'une puissance qu'il attribuait surtout à lui, repoussa davantage les meilleures prétentions du peuple, qui, de son côté , lui devint graduellement hostile en développant les concessions antérieures sur Tavénement des plébéiens aux magistratures quelconques. Cette discorde croissante contribua beaucoup à retarder la grande incorporation qui devait caractériser la dernière phase de l'essor romain. Au lieu de conquérir la Gaule, comme le peuple le désirait, le sénat préféra des expéditions lointaines , plus favorables à son orgueil, et surtout à sa cupidité, quoiqu'il facilitât ainsi la tendance des généraux à s'attacher personnellement les armées, malgré l'ascendant civique. D'une autre part, ses dispositions égoïstes l'empêchèrent d'accueillir à temps les Justes prétentions des provinces italiennes , qui demandaient à compléter leur incor* poration en obtenant l'affiliation directe à la cité romaine. La crainte de voir s'élever autour de lui de nouvelles familles, avec lesquelles il devrait partager la suprématie aristocratique, détourna le sénat de cette assimilation décisive, qu'il n'accorda qu'après une guerre honteuse quoique courte , premier indice de la décomposition spontanée.

Ainsi surgirent des déchirements incomparables, à partir des troubles caractéristiques suscités par les Gracques envers les terres conquises. Un tel début pouvait faire pressenthr l'ascen*

4ani filial de riuipulsion plébéienne, qui déjà trouvait, chez les familles patriciennes , des organes dévoués. Mais le peuple ne tarda point à voir s'élever , dans son propre sein , un héros dont Favénement devait mieux annoncer l'issue nécessaire de la crise naissante, terminée, sans fortuite^ par un neveu de Mariu&

Quelque Impartialité qu'exige la philosophie de l'histoire , on ne saurait aujourd'hui méconnaître la supériorité générale du mouvement populaire sur la résistance sénatoriale. Car le peuple poussait alors à modifier la constitution romaine dans le sens qui convenait au prolongement nécessaire de révolution occidentale. Son impulsion, autant empirique, sans doute, que l'opposition du sénat, émanait de motifs moins intéressés, comme de pressentiments plus sages. Étrangers à la démagogie grecque, les Romains aspiraient surtout à concentrer l'autorité républicaine, en subordonnant le pouvoir du sénat à l'ascendant d'un dictateur durable. Or^ une telle condensation était devenue non moins nécessaire à l'ordre qu'au progrès , depuis que ladomination se trouvait assez étendue pour faire prévaloir à la fois les sollicitudes relatives à sa conservation extérieure et les besoins résultés de son application intérieure. Cette double exigence devait continuellement disposer tous les hommes d'état doués d'un vrai mérite, mental et morale à se dévouer complètement au service populaire, quelle que fût leur origine personnelle. Le noble conquérant de la Gaule vint bientôt assurer ce digne triomphe par son incomparable supériorité , qui le rendra toujours le meilleur type de la civilisation militaire, propre au polythéisme social.

Une telle coïncidence ne présente rien de fortuit Car la transformation dictatoriale de la constitution romaine devait naturellement émaner du chef qui venait d'étendre la domination guerrière Jus^qu'à son complément normal , de manière à

faire désormais prévaloir la conservation sur raccroissement. Le besoin d'atteindre cette limite naturelle se trouvait profondément senti depuis la victoire décisive remportée , un demisiècle auparavant, par le digne précurseur de César, contre une invasion germanique. En dissipant les alarmes immédiates, ce triomphe devait attirer Tattention civique vers l'irrévocable incorporation de la Gaule, seule barrière que comportât un danger susceptible de se renouveler sans cesse , de la part des tribus nomades de l'Occident septentrional. On vérifie ainsi que ce complément nécessaire fut exceptionnellement retardé par le concours d'influences, involontaires et volontaires, ci-dessus expliqué.

L'assimilation gauloise^ poussée jusqu'à Tébauche de l'incorporation germanique, et même britannique, caractérise donc à la fois la dernière phase de l'essor romain et la principale transformation du régime correspondant. En complétant le système occidental, elle suscita la dictature permanente qui désormais convenait seule à son vrai développement. L'incomparable organe de ce double progrès se trouva , plus qu'aucun autre type historique , au niveau de sa grande mission. Pleinement émancipé du théologisme , (^ésar pressenlit dignemeut , d'esprit comme de cœur, l'avènement nécessaire du règne de l'Humanité, déjà confusément entrevu par Scipion. Quoique Tincorporation romaine se trouvât assez étendue pour permettre aux âmes d'élite de concevoir le Grand -Être qu'elles avaient instinctivement servi, l'impossibilité de le développer d'après l'activité qui Tavait ébauché leur devenait également appréciable. Aussi le dictateur occidental, qui semblait exclusivement propre aux succès militaires, se disposait-il à transformer la vie guerrière en essor industriel, comme l'attesteront toujours d'admirables travaux , et même d'immenses tentatives , dont quelquesunes sont encore inachevées. Mais un meurtre infâme, non moins

insensé qa'odieux, où le fanatisme métaphysique seconda la rage aristocratique , vint bientôt témoigner Tinfluence qu'un attentat personnel peut exercer sur les destinées sociales.

Néanmoins, ce crime sans pareil, que Dante, malgré ses préjugés, sut dignement flétrir, ne put aucunement rétablir un régime irrévocablement décomposé Son résultat se réduisit à faire surgir, à travers des flots de sang, qui pouvaient être essentiellement épargnés, un maître moins éminent, quoique vraiment recommandable. La constitution romaine , qui dut rester aristocratique tant que dura l'ascension guerrière , devint nécessairement dictatoriale aussitôt que la conservation prévalut .• sur l'extension. A quelques indignes chefs qu'échût ensuite le pouvoir suprême, jamais la prépondérance sénatoriale ne put être restaurée, ni même susciter aucune tentative sérieuse, sans pourtant cesser d'inspirer d'impuissants regrets. D'ignobles dictateurs obtinrent souvent, malgré nos préventions classiques , une véritable popularité , qui persista quelquefois après leur chute, par cela seul qu'ils partageaient et satisfaisaient les implacables ressentiments des plébéiens contre les patriciens.

Considérée quant à son mode d'accomplissement, cette révolution décisive permet de vérifier spécialement ma théorie générale des limites normales de l'incorporation romaine. Il suffit d'y remarquer la tendance habituelle du parti rétrograde à s'appuyer de préférence sur les populations, africaines et surtout orientales, qui ne pouvaient être vraiment assimilées, faute d'une sufiisante conformité, sociale et mentale. Dans les trois grandes luttes dont la succession caractérise la marche de cette immense crise, l'armée vaincue se trouve essentiellement étrangère aux mœurs romaines , qui consiituent la principale force des vainqueurs, en leur faisant instinctivement sentir l'opportunité de leurs eflbrts.

La constitution impériale doit être soigneusement distinguée

S90 8TSTÈIIB DE POUTIQCE POSlîlTE.

de celle qui précéda le régime aristocratique , malgré les eiTorts intéressés du parti patricien pour les confondre en exagérant leurs ressemblances apparentes» Au fond, le chef suprême s'y trouvait exactement qualifié par le titre de dictateur perpétuel, qui lui fut d'abord assigné , puisque son autorité consistait surtout dans la permanence de l'ascendant exceptionnel attribuéi pendant les crises républicaines, au magistrat ainsi désigné. Le besoin de se rattacher spécialement à Tarmée fit bientôt prêta* loir un autre nom; mais celui-ci, souvent usité Jadis comme récompense militaire , n'indiquait pas davantage une analogie réelle avec la royauté pritnitive. Jamais l'empire ne put devenir vraiment héréditaire : il resta toujours essentiellement électif, sauf quand le chef inspirait assez de confiance pour qu'on lui laissât le choix de son successeur, quelquefois étranger à sa famille. De fréquentes catastrophes achevèrent d'ailleurs de prouver combien les nouveaux maîtres de Rome différaient réellement de ses anciens rois.

En approfondissant ce contraste, on le définit principalement par la tendance croissante à substituer le caractère sociocratique au caractère théocratique. Incompatible avec l'essor continu de l'activité collective, l'hérédité du pouvoir avait été de plus en plus modifiée d'après Tusage prolongé du mode électif, graduellement dégagé de toute restriction. Quoiqu'il soit, en lui-même, purement révolutionnaire, il aspire toujours à faire prévaloir le mérite, qui , lorsqu'il est assez constaté, fixe réellement les choix , surtout envers la suprême magistrature. Sauf les abus propres aux derniers temps , les élections impériales furent, malgré leur apparence tumultueuse, mieux accomplies ordinairement que ne l'avaient été les nominations consulaires, vu la supériorité sociale de l'armée sur la masse plébéienne. On ne doit d'ailleurs attacher aucune importance aux efforts tentés pour procurer aux empereurs un caractère théocratique^

DYNAMIQUE SOCIALE. — CflAPlTBB CIHQOIÈIIE. 3M

radicalement neatralisé d'avance par leur institution élective. Une décoration légale, souvent poussée jusqu'à Tapothéose, quelquefois même avant la mort , ne prouvait que la servilité du sénat et la vanité des dictateurs. Les croyances polytbéiques se trouvaient tellement ébranlées partout, que ces qualiflcitions officielles ne pouvaient aucunement fortifier Tautorilé réelle.

Appréciée quant à son eiercice habituel ^ la dictature impériale manifesta 9 ches tous ses dignes types , une disposition prononcée à constituer directement la sociocratie, en se dégageant irrévocablement de la théocratie* La tendance empirique des juristes vers une doctrine sociale indépendante de toute théologie devint plus décisive quand leur influence ^ développée à mesure que décroissait Fessor militaire , se trouva condensée par le suprême organe de la justice universelle. Tous les hommes d'état comprirent 9 comme Tavaient pressenti Scipion et César, que Tactivité guerrière comportait seulement une destination provisoire , qui , désormais accomplie « devait se sul>ordonner à la vie industrielle. Cette conviction croissante, naturellement résultée alors de rirrévocable prépondérance que la civilisation romaine avait toujours imprimée à l'existence pratique, tendit de plus en plus à transformer l'attaque en défense, cobformémeut à 1| nouvelle situation de l'Occident. Elle conduisit les dictateurs à pressentir, et mêmd a préparer, rabolition finale de Fesclavage, en facilitant les émancipations individuelles, en protégeant les sujets contre les maîtres , et surtout en honorant les affranchis. Mais leur principale sollicitude dut consister à développer et propager les bienfaits de la civilisation , par une culture habituelle, à la fois active et spéculative. Quoique l'essor affectif ne pût alors être autant apprécié que l'évolution théorique et pratique, il annonça déjà sa prochaine prépondérance , d'après une amélioration spontanée de la lil>erté fémi-

nine , dont les progrès domestiques exigèrent bientôt une discipline morale.

Outre la conservation militaire et le développement civile cette seconde moitié de la transition romaine dut aussi consister à préparer directement la dernière des transitions organiques propres à riuitiation occidentale. Mais, une telle destination ^ qui toujours se mêla spontanément aux deux autres, exige, vu son importance supérieure, une appréciation distincte, accomplie à la fin de ce chapitre, où son ensemble ne sera pas scindé. Avant d'aborder ce complément nécessaire, envers lequel la dictature , par une méprise aussi funeste qu'excusable , devint fatalement hostile, je dois caractériser davantage le double essor, conservateur et progressif, qu'elle dirigea dignement.

Pour que le lecteur puisse développer un tel examen au delk de ce qui convient ici , je crois utile d'indiquer la division générale de cette seconde époque. Il faut d'abord en écarter le siècle qui la joint au moyen âge, parce que, depuis la substitution officielle de Byzance à Rome et l'ascendant légal du monothéisme sur le polythéisme, l'état romain avait réellement disparu, quoique le régime suivant n'eût pas nettement prévalu. Ainsi réduite à trois siècles, la transformation occidentale se répartit naturellement entre eux, en les caractérisant respectivement par le prolongement de rascens|pn militaire , la conservation effective, et la décomposition spontanée, pour procéder comme envers le principal essor.

Dans la première de ces trois nouvelles phases, l'impulsion antérieure, quoique radicalement amortie, poursuit accessoire* ment le cours de la grande incorporation, surtout au Nord , en développant Tassimilation de la Germanie et de la Bretagne , d'après les bases dues à César. Quoique ce complément nécessaire de l'occidentalité dût longtemps rester Insuffisant, son élaboration naissante permet de mieux saisir un caractère es-

sentiel de la politique romaine , auparavant dissimulé sous réclat des conquêtes. Il consiste dans une combinaison , vraiment admirable 5 entre les luttes et les négociations ^ alors devenue plus sensible d*après la moindre intensité des conflits^ mais toujours appréciable p^ant les trois phases ascensionnelles.

Les Romains n'aspiraient jam<iis qu'à prévaloir, sans attacher une puérile importance à Tusage exclusif des procédés militaires y auxquels ils n'hésitaient point à préférer les voies diplomatiques, quand elles pouvaient suffire. C'est pourquoi tant de peuples ont bientôt secondé spontanément une incorporation qui les appelait toujours à participer directement aux bienfaits continus de la civilisation la plus avancée ^ en les préservant d'ailleurs d'une activité perturbatrice. La résistance ne fut vraiment complète qu'en Italie , chez des nations qui paraissaient d'abord pouvoir prétendre autant que les Romains à la domination occidentale , en vertu de leur similitude naturelle. En Espagne 9 les indigènes opposèrent peu d'obstacles à la conquête ^ malgré l'énergique nationalité qu'ils développèrent, au moyen âge, contre une invasion vicieuse : les conflits y furent surtout dus à la lutte entre Roîne et Garthage, dontce^ays devint le principal objet Quant à la Gaule 5 César ne l'eût pas irrévocablement conquise en dix ans, sans l'assistance spontanée qu'il y trouva chez les peuplades qui n'étaient point dominées par le fanatisme des druides et l'ambition des chefs locaux. Ces dispositions naturelles se reproduisirent dans l'occupation de la Germanie et de la Bretagne, qucind l'action romaine s'abstint sagement d'incorporer les tribus restées nomades. Autant l'assimilation forcée devenait impossible ou précaire hors de ses limites normales, autant elle se rapprochait d'une libre agrégation envers les populations assez préparées, dont les chefs repoussaient seuls une domination salutaire.

Sous Taspect civil, cette phase inaugura dignement la transition dictatoriale par un essor décisif des aptitudes esthétiques^ d'après Fimpulsion résultée d'un intime contact avec la civilisation grecque. Quoique l'art fondamental ne pût alors faire surgir aucum nom comparable à ceux d'Homère et d'£schyle , sa culture suscita plus de productions estimables et des goûts plus unanimes que ne Tavait permis le polythéisme intellectuel. Envers les arts spéciaux du son et de la forme « les Romains' durent se borner essentiellement à 1 appréciation, mais en montrant , d'après ce témoignage passif, combien la prépondérance de la vie civique dispose à sentir tout ce qui peat améliorer THumanité.

Cette première phase de la dictature fut dignement installée par deux types éminents, qui méritent ici d'être personoel/ement signalés. Sage héritier du généreux César, Auguste sut noblement surmonter les impulsions résultées de ses longues luttes y et gouverna l'Occident avec une sollicitude sociocratique , où toutes les classes devaient concourir au bien public suivant leurs aptitudes respectives. Ce caractère général fut énergiquement développé par Tibère , qui, imalgré les turpitude privées de ses dernières années , eiTacera bieniût, d'après l'ensemble de ses qualités, intellectuelles et morales^ une flétrissure émanée des rancunes aristocratiques.

Un noble vieillard iniOigura sagement la seconde phase, en introduisant le système de succession adoptive qui la caractérisera toujours. Son heureuse initiative, longtemps imitée, conféra la dictature occidentale au meilleur type dont elle puisse s'honorer.

Outre l'admirable supériorité de Trajan^ pour le cceur, l'esprit, et le caractère, il faut ici remarquer son origine espagnole, éminemment propre à témoigner combien était alors accomplie une incorporation qui permettait au chef romain de

DYNAMIQUE SOCIALE. — CHAPITBB CnfQUIÈHE. 395

préférer on tel successeur. Quoique rien ne soit comparable à la dictature ainsi surgie pendant la première demi-génération du second siècle, elle* fut suivie d'une digne série d'avènements, toujours dus à F adoption. On doit déplorer que la vanité pédantocratique ait conduit le dernier de ces nobles chefs à m6connaître, en faveur d'un indigne fils, le salutaire principe d'ob résultait sa propre élévation. Malgré cette méprise , et même en vertu des contrastes qu'elle suscita , Jamais on n'oublia Tinstitutioa qui dével(»ppait, envers la suprême magistrature, Tusage spontanément appliqué , dès le fétichisme > aux diverses fonctions privées. Cette extension empirique constituera toujours une confirmation décisive de la sagesse systématique qui bientôt érigera Tadoption en complément essentiel de la succession sociocratique, directement fondée sur le libre choix de chaque organe.

Pendant cette seconde phase , les sollicitudes relatives à la conservation du territoire romain absorbent tellement les tentatives d'extension que les expéditions, d'ailleurs courtes et rares, deviennent, malgré l'apparence, plutôt défensives qu'offensives. Alors l'existence pratique commence directement à se transformer, en faisant de plus en plus prévaloir l'activité pacifique, qui déjà préside à d'immenses travaux , tant publics que privés.

L'aptitude des Romains, même militaires, envers ce changement décisif, résulta de l'intime a£Qnité qui lie naturellement les divers modes de la vie pratique , surtout d'après une longue prépondérance du plus complet. Dès le début de l'incorporation occidentale, l'art de la guerre, vu sa généralité supérieure et sa meilleure sociabilité, disposa toujours à bien

apprécier l'agriculture , et successivement toutes les autres industries, dont elle fournit la base commune. Les travaux pacifiques ne furent jamais dédaignés que par la vanité grecque ,

soas une vague activité , sans destination civique , dans un milieu radicalement anarcliique. Quoique Rome dut surtout y consacrer les esclaves, afin de pouvoir libreînent conquérir, les riches citoyens, principalement parmi les chevaliers, y fournirent souvent d^honorables chefs aux entreprises commerdales^ et même manufacturières. Aussitôt que la situation dirigea naturellement Tattention générale vers les opérations industrielles, les mœurs se trouvèrent donc préparées à seconder une telle transformation , où Tesprit descend des conquêtes les plus difficiles aux plus faciles.

Mon appréciation abstraite ayant assez expliqué l'apparente indifférence des Romains envers le mouvement théorique^ je suis ici dispensé de justifier leur inertie nécessaire envers une élaboration depuis longtemps épuisée^ dont la vraie suite était surtout réservée aux modernes. Éminemment disposés aux vues synthétiques par une noble activité , toujours ils durent dédaigner des exercices philosophiques^ que le sage scepticisme de Cicéron avait déjà discrédités. Néanmoins y ils surent constamment distinguer entre les penseurs véritables et les purs discoureurs^ qu'ils se bornaient à regarder lutter. Thaïes, Pythagore, Aristote, furent mieux appréciés à Rome que chez les Grecs, qui leur préféraient souvent de vains sophistes. Quant à la science proprement dite, surtout mathématique, elle fut alors plus goûtée et mieux propagée qu'auparavant , quoique les penseurs romains dussent, d'après les motifs précédemment expliqués , s'abstenir de la cultiver activement.

Leur principal effort se dirigea spontanément vers l'amélioration de rhistoire, qui^ sans comporter alors un caractère vraiment théorique , devait déjà préparer à la sociologie des matériaux nécessaires. Son institution biographique sous la théocratie fui d'abord perfectionnée par la liberté grecque, mais en produisant un simple récit, dépourvu, plus qu'aupa-

DYNAMIQUE SOCIALE. — CHAPITRK (JNQtifeME. Ii97

ravant, d'une moralité réelle, faute de destination sociale , et rendu seulement collectif. Préparée d'après la vie civique, la pensée romaine y fit irrévocablement prévaloir une tendance ^ décisive quoique empirique, à saisir toujours la vraie filiation des événements humains. On passe naturellement de l'un à l'autre mode, par le grand Polybe, dernier organe de la sociologie grecque, mais développé sous Tascendant de Rome^ à laquelle il s'incorpora noblement , et dont l'impulsion lui procura l'universalité qui le caractérise. Néanmoins , la seconde phase dictatoriale, disposant les esprits à des vues plus complètes et mieux liées, fit surgir un meilleur type, malgré les graves altérations que les préjugés patriciens apportèrent souvent à la profonde rectitude de l'incomparable Tacite.

Il me reste encore à juger le troisième siècle , admirablement ouvert par le jeune chef où la dictature romaine trouva son dériver organe vraiment éminent, tant d'esprit que de cœur. Mais, quant au développement civil, cette phase iinale présente seulement une extension de la précédente , dont l'impulsion, théorique et pratique, y dut être affaiblie par les discordes intérieures et les inquiétudes extérieures. Elle ne devient véritablement distincte qu'envers la conservation miiilairâ, qui subit alors une modification décisive, indice d'une prochaine ruine. Les expéditions, offensives ou défensives, y cessent de pouvoir contenir les invasions croissantes des divers nomades, dont*les exigences naturelles forcent les dictateurs à leur accorder irrévocablement de vastes territoires , de plus en plus rapprochés du centre occidental. Ces concessions, toujours relatives à des obligations, souvent éludées, d'une juste défense, seront ultérieurement appréciées comme l'un des signes essentiels de la tendance spontanée des Romains vers la situation qui détermina le caractère temporel du moyen âge.

Personnellement considéré, l'ensemble de la dictature ro-

maine suscite ane importante réflexion , due à George Leroy , sur l'existence naturelle des inclinations bienveillantes. Car, malgré les déclamations chrétiennes , on ne trouve , peudant ces trois siècles, quun nombre minime de chefs vr iment odieux, dans la situalion la plus propre h développer librement leurs instincts quelconques. La multiplicité très-supérieure des cœurs pleinement recommandables prouve à la fois notre bonté native et la tendance spéciale des positions élevées à caltiver spontanément nos meilleurs penchants.

Suivant le plan précédemment indiqué, je dois malnteDant terminer ce chapitre en appréciant le mouvement décisif qui, dans le cours des trois siècles dictatoriaux, entraîna rocddest vers rélaboration directe de sa dernière transition entre la théocratie et la sociocratie. En tant que finale , elle dut exceptionnellement prolonger sa prépondérance officielle jusqu'à la suffisante préparation de l'état normal ; en sorte qu'elle semble durer encore. Mais, malgré cette illusion, elle fût réellement la plus courte des trois transitions occidentales. Celles que dirigèrent respectivement le polythéisme intellectuel et le polythéisme social durèrent, la première treize siècles, la seconde onze. Or, la transition monothéique et défensive exigea seulement neuf siècles , puisqu'elle s'accomplit entièrement sous le régime catholico-féodal propre au moyen âge. Quand elle fut achevée, le véritable état de l'Occident consista, pendant cinq siècles , dans une anarchie croissante , où l'orOre ne se maintint que d'après une tendance rétrograde au rétablissement impossible de la dernière constitution. Celle-ci, quoique radicalement décomposée depuis le treizième siècle, paraîtra donc avoir duré jusqu'à ce que Tavéuement direct de la sociocratie termine irrévocablement la révolution occidentale.

Notre transition finale se trouvant surtout caractérisée par une séparation décisive entre les deux pouvoirs humains , elle

doit être y dès sa source 5 décomposée en deax transformations simultanées , mais toujours distinctes , l'une spirituelle, l'autre temporelle. Plus sociales quintellectuelles, toutes deux émanèrent essentiellement de la civilisation romaine , qui^ même envers la première , domina l'influence de l'élaboration grecque. Dans cette commune origine ^ il faut surtout apprécier la filiation du catliolicisme , qui dut longtemps rester plus prononcée que celle de la féodalité , de manière à constituer le lien essentiel entre le moyen âge et Tantiquité.

On ne peut bien juger une telle dérivation qu'en considérant la destination générale de la troisième transition occidentale ^ envisagée comme le complément nécessaire de l'ensemble des deux précédentes ^ et principalement comme la suite naturelle de la seconde.

Respectivement destinées à déterminer l'essor décisif de Tln^ telllgence et de l'activité, l'élaboration grecque et l'incorporation romaine ne purent assez-cultiver le sentiment, où réside pourtant la seule source de notre unité. Cette immense lacune est surtout sensible dans le polythéisme intellectuel , qui, tendant à faire prévaloir la contemplation sur l'action , poussait directement à dédaigner l'affection. Ayant irrévocablement subordonné la vie spéculative à la vie active , le polythéisme social se rapprocha davantage de l'existence normale. Le caractère* spontanément collectif de l'activité qu'il développa le conduisit même à cultiver indirectement nos meilleurs instincts, d'après un exercice unanime et continu. Néanmoins, la seconde transition finit par manifester aussi le besoin d'une préparation spéciidement relative au sentiment, sauf que les Romains restèrent mieux disposés que les Grecs envers cette initiation complémentaire , dont l'institution leur fut surtout due.

Une telle nécessité résulte, en général, de ce que le développement de nos forces, théoriques et pratiques, fait graduel*

lenient ressortir Turgence de leur discipline, d'après les abus Inhérents à lear libre essor. Le chapitre précédent a saflfisamment caractérisé la dégénération spontanée de l'esprit grec, qui, tendant vers la prépondérance du discours sur la pensée , suscitait partout une profonde dégradation, autant mentale que morale. Mais, quoique l'activité romaine n'ait jamais comporté d'équivalentes déviations, je dois maintenant expliquer comment son épuisement naturel développa des vices capables de motiver aussi la transition affective.

Eût-elle pu toujours durer, son influence morale n'aurait pas dispensé finalement d'une culture directe du sentiment, que rien ne saurait remplacer. T^nt que l'action romaine se développa, rimportance de ses résultats et la difliculté de les obtenir absorbèrent la principale attention , qui ne pouvait se diriger assez vers les affections correspondantes, dont la stimulation indirecte se trouva même entravée par ces préoccupations pratiques. Néanmoins , le vice radical d'une telle impulsion consiste dans son défaut naturel de persistance et d'universalité. Sous ce double aspect, l'ej^istence industrielle compensera définitivement la supériorité provisoire de la vie militaire envers la sociabilité spontanée. La réaction morale de l'essor guerrier dut cesser aussitôt qu'il devint irrévocablement staiionnaire , jusqu'à ce que la transformation normale de l'attaque en défense suscitât^ pendant le temps convenable, de nouvelle» stimulations du sentiment par l'activité. Tel est le vice nécessaire de tout régime où notre unité ne peut directement reposer sur sa véritable base. Quand ses appuis indirects viennent à déchoir, elle subit une décomposition spontanée, qui resterait impossible sous l'empire normal du sentiment.

Pendant les trois siècles de la dictature romaine, l'accomplissement de la conquête occidentale dissipa graduellement l'impulsion civique d'où dépendait surtout la moralité , tant privée

DYNAMIQUE SOCIALE. ^ GHAPITBE CJNQUIÈME. ^01

que publique 5 d'une telle civilisation. En même temps^ une immense accumulation de richesses dut ainsi disposer les grands à développer habituellement les divers déréglemente qu'inspire Texistence oisive^ alors dépourvue de tout frein systématique^ d'après Tirréparable déclin des croyances polythéiques. Remplacées par une hypocrisie officielle ^ qui dissimulait mal un scepticisme indéfini^ depuis longtemps elles avaient perdu leur efficacité morale, toujours subordonnée d'aiUeurs à leur destination pratique. Quoique le désordre fût beaucoup moindre dans les rangs inférieurs^ l'oisiveté nationale altérait pourtant Fensemble des hommes libres , que les riches étaient ordinairement forcés de distraire , et même de nourrir^ pour faire sup* porter leur propre inertie. Ainsi résultait, des deux parts, une oppression croissante pour la masse des populations incorporées, qui sentaient partout le besoin d'une morale universelle^ destinée à régler des forces , théoriques et pratiques^ dont le libre exercice devenait Intolérable.

Indiquée par l'épuisement de la vie militaire , cette nécessité concernait aussi l'avènement de l'existence industrielle. Seule universelle et perpétuelle^ celle-ci n'offrait d'autre vice essentiel que son caractère spontanément individuel. Pour en préparer la transformation finale , la culture directe du sentiment devait alors devenir le principal objet d'une transition spéciale. Sans un tel préambule ^ trop altéré depuis la fin du moyen âge, la systématisation positive n'aurait jamais pu régénérer l'activité pacifique. Tous les besoins moraux relatifs à l'existence pratique 5 tant nouvelle qu'ancienne ^ durent donc, sous la dictature romaine^ pousser de plus en plus en plus à l'élaboration directe de la religion universelle. Quoiqu'une telle entreprise ne pût alors être que provisoire , faute de bases intellectuelles et sociales , le chapitre précédent en explique déjà la nécessité. Cette apparente uniformité pouvait seule per-

/U)2 SYSTÈME Dl MUTIQOfi MSITtYl.

mettre la coneeption décisîTe du principe propre à U synthèM floale.

Afin de préciser asseï ce besoin général , il fant indiquer ici la double transformation que la rénovation morale devait diriger dans la société romaine. Car c'est surtout de là que résulte une exacte détermination de la durée convenable à la transition affective. La transition spéculative s*était prolongée Jusqu'à ce qu'elle eût embrassé toutes les thécnries positives assez compatibles avec Tascendant officiel du théologisme^ en s'arrêtant devant les conceptions scientifiques qui choquaient directement la synthèse fictive. De même , la transition active persista tant que les diverses populations , à la fols sédentaires et non théocra* tiques, ne furent pas suffisammoit agrégées à la cité dombiante. Une équivalente limitation devait être assignée à la troisièoie transition , d'après la marche générale de l'humanité.

Pour la caractériser, il suffit de considérer que la prépondé^ rance de Tactivité pacifique et l'avènement de la religion uni* verselle exigeaient , de concert , l'émancipation domestique des femmes et la libération personnelle des travailleurs. Ces deux conditions devenaient autant nécessaires au régime définitif que les inverses l'avaient été longtemps à Tordre provisoire. Sans sa liberté privée, le sexe affectif ne pouvait assex remplir son office fondamental envers l'existence morale du sexe actif et spéculatif. L'abolition graduelle de tout esclavage était également indbpensable au développement de la vie industrielle , dont la transformation sociale dépendait principaleméht d*nn tel préambule. Mais, quand oes deux conditions connexes se trouveraient assex accomplies ^ la troisième transition de l'Occident devait naturellement cesser, puisque l'état final comportait dès lors une élaboration directe, du moins envers ses éléments généraux.

La destination sociale de la transition affective étant aind dé-

DTNAMIQUB 80GIALB. — GHAPITBfi CUfQmËME. &0S

terminée» Je dois caractériser sa constitation inteUectnelle* J'ai déjà montré comment elle reposait nécessairement sur le monothéisme, vers lequel la dissolution spontanée des anciennes croyances poussa graduellement roccident , pendant le siècle qui précéda la dictature romaine. L'incorporation était alors parvenue au point de manifester leliesoin général d'une croyance universelle» chez des populations où le polythéisme consacrait seulement des nationalités éteintes, de manière à troubler Tes^ sor de la civilisation commune. Ainsi» le concours croissant des impulsions sociales avec les tendances intellectuelles condui^t le monde romain à la dernière transformation de la synthèse fictive , pour diriger la transition finale entre la théocratie et la sodocratie. £n outre , le monothéisme pouvait seul convenir à la coordhiation théologique de la morale universelle , devenue alors Indispensable à Texistence occidentale. Car, la pluralité divine n'aurait Jamais permis cette systématisation provisoire» qui devait consister à mettre chacun en rapport exclusif avec la toute^puissance» dans Tunique vue du salut éternel.

Tandis que la situation romaine exigeait une telle transfor* mation» elle disposait les esprits À la doctrine correspondante. Outre la décadence intellectuelle du polythéisme d'après l'évo* lution théorique y il se liait tellement à l'ensemble de l'essor militaire qu'il devait naturellement en suivre le déclin continu. Pour se réduire au monothéisme, il devait seulement subir une concentration générale, que la plupart des esprits peuvent ébaucher spontanément quand ils s'y trouvent fortement poussés par les nécessités morales et sociales. Car» dans tout poly-* théisme , le dogme du destin représente naturellement une puissance centrale, dont les attributions modifient chacun des départements divins. En rendant cette influence plus complète et plus active» on est aisément conduit à faire prévaloir ce dieu général sur les dieux qiécianx , qui deviennent finalement ses

a06 SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

simples ministres^ suivant l'esprit du vrai monothéisme, toujours caractérisé d'après une telle subordination.

Cette élaboration spontanée se trouva secondée par les discoureurs grecs qui , depuis Socrate et Platon y préparaient vaguement la transition monotbéique, en y voyant Tétat final de la religion humaine. Ils ne devinrent accessoirement utiles que quand la situation romaine rendit opportune la dernière transformation du théologisme. Mais, conformément au chapitre précédent , une telle efficacité n'exigeait aucunement que la pensée grecque eût été, pendant quatre siècles^ habituellement préoccupée d'un travail aussi facile, qu'il suffisait d'aborder lorsqu'il serait assez motivé par les besoins correspondants. L'infériorité mentale et l'insuffisance morale de ces prétendus philosophes peuvent seules expliquer leur tendance à s'emparer de l'unité divhie et de la vie future , comme s'ils avaient fondé ces deux dogmes , qu'Us se bornaient à développer. Si ces écoles n'eussent pomt surgi, la raison publique aurait spontanément accompli la transformation qu'elles hâtèrent, et dont le préambule général aurait alors laissé davantage ressortir l'élaboration spéciale, plus entravée que facilitée par leurs vagues incohérences.

Non-seulement la situation romaine prescrivait, depuis l'avé^ nement de la dictature , la réduction finale du polythéisme au monothéisme. Mais elle déterminait aussi le mode de construction et de propagation le plus conforme à la destination sociale de la nouvelle foi. Car, en forçant d'élaborer le monothéisme sous l'empire du polythéisme , elle suscita , dès le début , la première séparation des deux pouvoirs humains, qui ne fut aussi maintenue, au moyen âge, que par la pression du milieu contre une théologie aspirant toujours à la théocratie. Ainsi réduit, pendant trois siècles, à l'office consultatif, le nouveau sacerdoce ne put pas commander davantage quand sa doctrine

eut légalement prévalu. La civilisation romaine avait tellement subordonné la spéculation à l'action qu'U trouva toujours les cheiis temporels y même les mieux croyants, plus disposés h l'absorption du pouvoir théorique qu*à la soumission du pouvoir pratique.

Or, cet antagonisme continu, seule base de la division spontanée qui s'établit , au moyen âge , entre le conseil et le commandement, devint aussi la principale source de la supériorité réelle du monothéisme occidental. En effet, c'est surtout de là que provint le caractère essentiellement affectif de la troisième transition. La sagesse théocratique n'avait pohit ignoré que les actes humains sont toujours déterminés par les sentiments correspondants. Mais elle avait négligé la culture directe et spéciale de ceux-ci , parce que la domination du sacerdoce le poussait à gouverner immédiatement ceux-là. Cette tendance était tellement propre à la situation théocratique, indépendamment de la doctrine polythéique , qu'on la retrouve essentiellement chez la théocratie juive, malgré son monothéisme exceptionnel.

Aucun pouvoir, surtout théologique , ne cherche à modifier les volontés que s'il reste dépourvu d'autorité sur les actes. Or, telle fut la situation nécessaire du sacerdoce monothélque né sous la domination romaine, et dès lors conduit, malgré sa doctrhie absolue, à la véritable attitude des théoriciens, indiquée, depuis longtemps, par l'exemple des vrais philosophes de la Grèce. C'est ahisi que surgit alors l'admirable élaboration qui , pendant tout le moyen âge, scruta profondément, quoique empiriquement, l'ensemble des sentiments humains.

Une telle appréciation permet maintenant de déterminer la constitution dogmatique qui dut adapter le monothéisme occidental à sa destination morale et sociale. Né de la discussion envers le polythéisme, et pourtant incapable d'y résister à son tour, vu son incohérence théorique , il exigeait d'abord une

&06 STSTÈME DB POLmOUB FOSHiyS.

révélation sarnatnreDe. Mais ce besoin , comnmn à tons les monothélsmes , et méconnn seulement par le vain déisme de Tanarchie moderne , ne sanraft assez caractériser la tentative qn'entreprit alors roccident ponr fonder directement la religion universelle, sons le titre, seul expressif^ de catholicisme. Ce monothéisme , Justement qualifié de romain , se distfngae surtout des autres en consacrant la division générale des deux pouvoirs humains. Son dogme devait donc oiTrir un caractère correspondant à cet attribut décisif , en histituant le mode de révélation le plus propre à garantir Tindépendance du sacerdoce. La communication surnaturelle , destinée à fonder une croyance indiscutable , ne pouvait plus s'accomplir par l'entremise d'un organe spécialement chargé de la transmettre & ressemble des fidèles. Elle devait alors devenir directe , en s'opérant d'après une incarnation divine, assez prolongée pour poser personnellement les bases essentielles du dogme, du culte, et même du régime.

Il serait ici déplacé d'insister sur une telle condition , qcA sera spécialement expliquée au chapitre suivant , où Jf rattacherai les principales croyances propres au catholicisme. Mais il fallait maintenant indiquer comment le monothéisme occidental, surgi dans un milieu profondément hostile, dut disposer le gouvernement à respecter le sacerdoce, en plaçant celui-ci sous un chef divin , au lieu de le faire émaner d'un simple prophète. On aurait ainsi dépassé le but si la situation n'avait pas toujours contenu les tendances de la doctrine. Car, la dignité pontificale se trouvait exaltée par là Jusqu'à rascendant théocratique. Pendant toute la durée de la transition monothéique, le sacerdoce fit souvent sentir au gouvernement llnconvenance d'imposer des prescriptions humaines à ceux que régissaient immédiatement les volontés divines. Mais la situation resta tellement contraire aux psurpations spirituelles que ce conflit

DYNAMIQUE IOCIAUL'*- CHAPITRE CINQUIÈME. kOl

ibootU aenlament à protéger une juste Indépendance , qni ne pal mtae devenir Jamais sufilsante. Cette indication doit déjà disposer k concevdr rantagonisme continu qni dirigea FOccident an moyen âge.

L'accomplissement qpontané des conditions q)éciale8 imposées à rayénemeni oatlioliqDe par Vcusemble de la situation romaine se trouva secondé d'après deux influences. Fane collective^ l'antre indivichielle, assez importantes pour mériter id d'être sommairement caractérisées.

Quant à la première , J'en indiqaal la source au troisième chapitre^ où Je signalai l'exception monothëique propre à la théocratie Juive, incorporée au monde romain sous la dernière phase de l'ascension militaire » mais familière aux Grecs depuis la fondation d'Alexandrie. Les communes aspiration au monothéisme universel y prirent naturellement le caractère d'une extension complète de cette nationalité^ qui , plus isolée qu'aucune autre d'après sa fol spéciale, attendait, depuis longtemps, un trioraplie absc^u, dont FavénemcnS semblait confirmer ses prophéties. Ces dispositions Juives étaient plus aptes que les tendances greeques à seconder la fondation du monothéisme occidental > qui put ainsi lier sa propre révélation à celle du mosalimei appuyée sur un majestueux ensemble de souvenirs Mstoriques, et cottsueréepat des livres déjà divhiisés.

Outre Favantage de mieux éluder une discussion insurmontable, le catholicisme se trouvait par là dispensé d'élaborer spécialement la concentration du polythéisme*, accomplie d'avance dans la construction du monothéisme hébraïque. Les livres juifs fourniront toujours, à la philosophie de 1 histoire» la meilleure source pour étudier la transformation des dieux en anges; parce que ces nowemix ministres y conservent une importance qui permet d'y reconnaître d'anciens cbelis. Outre celte ineorporsHoD décMve , une telle connexité faeltita I éla-

UOS SYSTEME DE POUTIQCE POSITIVE.

boration du culte catholique , doDtles principales fêtes émanent du inosaisme , avec Tinstitution de la semaine, qui , malgré son universalité spontanée , ne fut vraiment complète qu'en Judée. L'ensemble des antécédents hébraïques disposait] même à mieux concevoir la séparation monothéique des deux pouvoirs, depuis que les guerriers avaient irrévocablement prévalu sur les prêtres, six siècles après la fondation de cette théocratie exceptionnelle. Car les prophètes ahdsi surgis offraient un type théorique plus conforme à l'attitude catholique que l'exemple des philosophes grecs , quoique ceux-ci fussent plus propres à caractériser la physionomie normale du vrai sacerdoce.

D'après ces diverses indications, la nation juive peut être historiquement rapprochée de lapopulation grecque, comme fatalement sacrifiée à révolution fondamentale de l'humanité, l'une en vertu de son monothéisme prématuré, l'autre suivant sa vicieuse prépondérance de l'esprit. Car la précocité monothéique suscita des déviations, intellectuelles et morales, qui restent encore appréciables chez les membres quelconques de cette corporation exceptionnelle. Mais la dégénération juive fut réellement moins profonde, et dès lors mieux réparable, que la dégradation grecque. Toutefois , celle-ci correspondit à des services plus décisifs, puisque l'ensemble de l'évolution spéculative s'y rattachera toujours; tandis que celle-là modifia seulement une transition spéciale, qui pouvait s'accomplir autrement. Néanmoins, l'assistance hébraïque méritait du catholicisme une gratitude qu'elle n'obtint jamais, et que pourra seul lui procurer le positivisme , organe systématique de la reconnaissance du Grand-Être envers ses serviteurs quelconques , individuels ou collectifs.

Ce concours national se trouva noblement personnifié chez le vrai fondateur de la transition monothéique, dont l'abnégation privée compléta dignement la mission publique. L'éclatante

DYNAMIQUE SOCIALE. — CHAPITRE aMQUIÈME. ^09

réhabilitation d'Hipparque^ éclipsé, pendant quinze siècles, sous on habUe usorpateur, a déjà prouvé 5 dans le chapitre précédent , Taptitude de l'eqirit positif à surmonter finalement toutes les déceptions historiques. Je dois ici fournir un exemple plus décisif de cette faculté normale, en déterminant la véritable source du monothéisme occidental , vicieusement qualifié de christianisme.

Aucun bon esprit ne s'étonnera qu'une telle rectification soit aussi tardive^ puisqu'elle manqua jusqu'ici de principes et d'organes, envers une croyance toujours admirée ou maudite et jamais jugée. On sait déjà que je regarde le catholicisme comme ayant été réellement fondé par l'hicomparable Saint-Paul ; en sorte qu'il suffit ici de caractériser la prépondérance de ses services^ et surtout d'expliquer le sublime dévouement qui lui fit reconnaître un autre auteur.

Quoiqu'il n'ait écrit que des lettres^ elles sont assez décisives pour démontrer que seul il saisit alors l'ensemble d'une doctrine qui ne comporta jamais que des traités partiels , parce qu'elle devint nécessairement contradictoire quand sa destination sociale ne rectifia pas ses vices mtellectuels. Toutes les conceptions essentielles du catholicisme, envers le dogme , le culte, et le régime , se trouvent déjà caractérisées dans ces opuscules spontanés, dont le mérite ressort mieux par contraste avec le vague, mental et moral, qui distingue les livres plus vénérés dont on les entoure. Il suffit ici d'indiquer spécialement sa théorie de notre constitution , où le problème humain est enfin posé directement, d'après l'antagonisme permanent entre la nature et la grâce , transformé , dans la religion finale, en une lutte condnnp entre l'égolsme et l'altruisme.

Pour expliquer l'abnégation personnelle de Saint-Paul ^ je dois seulement compléter le principe posé ci-dessus, quant à la nécessité spéciale d'un révélateur divin dans la construction

MO 8T9TÈlfB DE POUTIQUB POSITIVE.

du moDOthékme ocddental , afin d'y ndeu assurer la séparaûGù des deux puissances.

Uo tel besoin semble, en eilM, edgBt, chez le fondatenr, tm mélange d'hypocrisie et de fascination , tonjonrs Incompatible arec nne Traie supériorité de cceor et d'esprit. Cette difficulté n'admettait d'antre issne que la disposition spontanée da véritable auteur à se subordonner à quelqu'un des aventurters qui durent alors tenter souvent l'Inauguration monothéique, en aspirant , comme leurs précurseurs grecs , à la divinisation personnelle. Saint-Paul fat bientôt conduit à traiter ainsi celui de ces nombreux prophètes qui soutint le mieux un tel caractère.

Né Juif, mais élevé sous l'Influence grecque , et déjà devenu vraiment Romain, il méprisa d'abord un pareil type. Toutefolf, en méditant sur la construction du monothéisme, 11 ne (arda point à sentir convenablement Tutillté qu'y comportait ce succès naissant Ainsi préservé de toute dégradation personnelle, Saint- Paul put librement développer sa mission fondamentale , dont l'essor lui fit assez reconnaître l'importance d'une telle solution pour le pénétrer d'une Intime vénération-'envers un type désormais idéalisé.

Je n'aurais point expliqué suffisamment rinstHution du monothéisme occlcfental si Je négligeais ici de résoudre le paradoxe historique résulté de la fatale antipathie qu'elle inspira toujours aux meilleurs organes, théoriques ou pratiques, de la sociabilité romaine. Car cette aversion devint la prtndpale sotirce des entraves exceptionnelles qu'éprouva l'avènement de la transition catholique , spontanément préparé par l'ensemble de la situation dictatoriale. Aucun autre cas ne peut faire autant sentir combien il hnporte de ne Jamais Juger une doctrine morale et sociale indépendamment du milieu correspondant

Habitués, depuis la dictature , à concevoir leur propre évolution comme une préparation nécessahré à; rétat finaf de nnr-

DYNAMIQOB SOCIALE. ~ CBARTU GDIQlIIblE. Ml

inanité, les RofliaiDS semblaient devoir aisCmeirt eonpieidffe la noofelle trandtian, suite naturelle de celle-là. Mate, fsele d'une théorie historique, r avènement de l'ordre normal leur parot autant immédiat qn'anx chrétiens, quoiqu'ils s^en ft»rmassent d'antres notions. Loin de reconnaître le besoin de la transition monothéique, Os la Jugèrent directement hostile à l'ensemble de nos destinées. Quelque profonde et ftmeste qu'ait été cette méprise, elle devint inévitable, d'après les vices, Intellectuels et moraux, de la nouvelle doctrine , en un temps oh nul ne pouvait prévoir combien ils se trouveraient neutraHsés par la situation occidentale. Tacite et Trajan sont pleinement excnsables d'avoir coni^déré la foi naissante comme ennemie du genre humain, vu l'Impossibilité de pressentir alors une réaction sociale qui n'est aujourd'hui comprise que par les vrab philosophes.

Abstndtement examinée , sans aucun égard a» milieu correspondant, la doctrine cathoHqoe devait, en effet. Inspirer dlnvtndbles répugnances aux théoriciens et praticiens dont l'esprit touchait à la pleine positivité, tandis que leur cœur avait d^à pressenti le règne de l'Humanité. €ar sa nature est nécessaire» ment contraire à l'essor conthra du senthnent , de rinteDIgence, et de l'activité; comme le prouvera son appréciation directe au chapitre suivant. Quoique cette triple tendance soit commune à tous les monothéismes, le catholicisme la développa davantage, en faisant mieux prévaloir la perspective du salut éternel, qui, chez les Romains, et même parmi les Juifs, avait seulement secondé ks impulsions humaines.

Une telle prépondérance consacra Arectement un incomparable égolsme , devant lequel s'efllu^e toute influence sociale , de manière à dissoudre la vie publique, où la sagesse pratique plaçait justement le régulateur général de l'existence réeUe. Hostile à la solidarité, la nouveUe fol choquait, plus directe-

Ui2 SYSTÈME DE POUTIQUE POSITIVE.

ment, la continuité , puisqu'elle disposa ses adeptes à maudire l'ensemble de leurs vrais antécédents, surtout romains. £Ue n'était pas moins défavorable à Tintelligence qu'au sentiment, d*après sa tendance à comprimer tout essor théorique sous la stupide uniformité que la concentration divine y procurait aux explications théologiques, ainsi devenues plus absolues. L'opUfliisme correspondant s'y trouvait pareillement incompatible avec le développement de Texistence industrielle, tandis qu'une vague fraternité tendait à réprouver toute activité militaire. Ces différents vices, que je ne dois point ici spécifier davantage, sont devenus trop irrécusables depuis que la situation occidentale a dépassé cette croyance transitoire, qui pourtant y prolonge son ascendant officiel , jusqu'à l'avènement direct de la religion finale.

Malgré l'exactitude d'une telle appréciation , l'ensemble du chapitre suivant démontrera que , dans un milieu convenable , et sous un digne sacerdoce , la doctrine chrétienne exerça réellement une influence aussi salutaire qu'elle semblait abstraitement devoir être funeste. La préoccupation jsxceptionnellc du salut éternel y consolida la séparation des deux puissances, en assurant au pouvoir théorique un domaine où sa compétence devenait exclusive, et dont la suprématie procurait, envers tous les croyants, une intervention continue. En comprimant les intérêts réels au nom des intérêts fictifs, la discipline catholique seconda l'essor spontané des instincts sympatliiques, quoique la foi chrétienne niât leur existence. Mais aucune de ces réactions

ne pouvait être pressentie des Romains, que devait révolter la nature antisociale des nouveaux dogmes.

Quant aux prétendus types de perfection morale qu'on leur reproche d'avoir méconnus, il est aisé d'expliquer une telle disposition , du moins envers le cas prépondérant. Car, le pardon (les injures avait été largement pratiqué, surtout par

Alexandre et César, quand les chrétiens s'en attribuèrent le privilège, solennellement démenti chez leur divin modèle, proscrivant à Jamais tonte la nation juive pour venger une seule vie* time. De même, ceux qui, depuis plusieurs siècles, admiraient familièrement le dévouement réel de Gurtius ou de Decius devaient mépriser la puérile fiction où Fabnégation personnelle consistait à subfar la mort avec la certitude de ressusciter trois jours après.

Telles furent les dispositions inévitables d'où résulta naturellement Topiniâtre résistance du polythéisme romain à Tavénement de la transition monothéique. Les obstacles personnels ainsi suscités aux promoteurs de la nouvelle foi se trouvèrent aisément surmontés par l'héroïque persévérance de ceux qui se sentaient alors chargés des destinées morales de l'humanité, comme les Grecs l'avaient jadis été pour ses destinées intellectuelles.

Mais le catholicisme naissant ne put autant se dégager du second genre d'entraves qu'il devait rencontrer, d'après la fausse philosophie à laquelle nos lettrés attribuent empiriquement sa préparation intellectuelle. Les principaux adversaires résultèrent , au fond , de l'élaboration grecque , qui lui suscitait une foule croissante de sophistes et de rhéteurs, plus dangereux comme auxiliaires que comme ennemis. C'est surtout de là que provinrent les subtiles hérésies à travers lesquelles durent surgir les inspirations sociales émanées de l'impulsion romaine. Pendant toute sa durée , le catholicisme eut à combattre ces tendances métaphysiques , qui devinrent les organes de sa dissolution , quand il ne fut plus en suffisante harmonie avec la situation occidentale. L'esprit grec lui fit donc acheter chèrement sa coopération secondaire , dont la troisième transition aurait pu , comme au début , se passer toujours , malgré l'éminent mérite de quelques types exceptionnels, d'ailleurs altérés par cette origine.

414 nSTfcMB M POUTIQOB POSnXTS.

Pour a?<^ asseï an[»récié ravénement de la noavdle ocd-' dentalité d'après rensemble de la dfiiisatiOD rosiaine s il ine reste à le caractériser sous l'aspect temporel. Mais ce second examen peat ici devenir plus sommaire que lé premier^ parce que la filiation pratique , quoique moins sentie ^ est , au fimd ^ mieux saisissable que l'enchaînement théorique y quand on se place au point de vue convenable. Le chsq^ltre suivant devra réduire aux justes limites l'influence démesurée qu'on attrlboe, à cet égard , aux invasions^ nullement fortuites d'ailieun, des populations nomades.

Sous quelque aspect qu'on envisage la situation temporelle du moyen âge , on reconnaît aisément qu'elle dériva spontanément des modifications croissantes de la sociabilité romaine pendant les trois siècles dictatoriaux. Cette liaison historique n'est aucunement contestable envers le principal caractère, la transformation de Tattaque en défense^ nécessairemoit résultée d'un suffisant essor de la conquête. Or^ de là durent provenir les deux autres dispositions générales qui distinguèrent essentiellement le régime féodal de l'ordre romain.

D'une part^ en effet , l'antique esclavage dut ainri se réduire au servage proprement dit » à mesure que décroissait Tessor militaire et qu'approchait l'avènement industriel. Gibbon prépara la théorie historique de cette transformation décisive» d'après sa judicieuse observation sur la restriction spontanée de la traite à l'intérieur de l'empire , quand la conquête eût atteint ses limites naturelles. Gar^ une «telle tendanêe devait disposer à fixer au sol les familles esclaves, dont le renouvellement cessait ainsi d'être assez facultatif En second lieu , la décomposition de l'Occident en États indépendants ^ de plus en plus petits, devenait alors une autre conséquence nécessaire de l'ascendant graduel de la défense sur Tattaque. La situation romaine y poussait tellement qu'on aperçoit cette tendance

DYNAMIQUE SOCIALE. — CHAPITBB GDiQIJIÈlIB. &15

disperdye Jusque dans Tempire byzantio , malgré sa récente concenlration. Il serait facile d'étendre une équivalente appréciation aux différences moins prononcées entre la civilisation féodale et la sociabilité romaine. Mais cet examen spécial de leur filiation politique appartient naturellement au chapitre suivant, dont je devais seulement indiquer id les bases générales.

Le jugement concret du polythéisme social , que j'avais abstraitement apprécié d'abord, se trouve maintenant complété par une suffisante explication de sa tendance finale vers le monothéisme défensif. Cet enchaînement historique » plus important aujourd'hui qu'aucun autre , comme lien direct de l'état modeme avec l'antiquité, doit désormais devenhr irrécusable; la suite de ce volume dissipera d'ailleurs l'incertitude qu'Q pourrait offrir encore. Je vais donc conclure en résumant le jugement total du polythéisme progressif , qui ne pouvait être pleinement apprécié que quand ses deux éléments généraux seraient séparément examinés , suivant la réserve indiquée à là fin du chapitre précédent.

Destiné, par la marche fondamentale de l'évolution humaine, à diriger, en Occident , la principale transition entre la théocratie et la sociocratie , il dut la décomposer en deux opérations successives, l'une hitellectuelle, l'autre sociale, en s'adaptant spontanément à leurs exigences respectives. Ainsi surgirent, d'abord en Grèce, puis à Rome , les deux modes essentiels du polythéisme militaire. Le premier dirigea l'élaboration mentale, primitivement esthétique, et finalement théorique, qui devait préparer les bases spéculatives de l'état normal, par l'essor décisif du génie abstrait , hicompatible avec la théocratie. Quand cet office fondamental fut assez institué , le second tendit directement vers l'existence définitive , en faisant irrévocable-

Al 6 SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.

ment prévaloir TactivUé snr rintelUgence , d'après ani sniBsaiit développement du seul civisme alors possible, qoi perfectioniia la vénération théocratlqae. Nos forces théoriques et pratiqiifis étant ainsi caractérisées, Tinitiation occidentale devait se compléter en tentant de régler leur exercice spontané, pendant une troisième transition, spécialement consacrée au sentiment, comme les deux autres à l'intelligence et à ractlvUé. Mais cette transition affective , objet propre du chapitre suivant, dut émaner davantage de la transition active que de la transition spéculative , qui troubla son avènement plus qu'elle ne le seconda. Celle-ci ne trouva sa vraie destination quç quand répuisement nécessaire du monothéisme défensif lit prévaloir, dès la fin du moyen âge, Télaboration directe de la régénération mentale , longtemps suspendue par les nécenilés sociales.

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