PRÉFACE DU TOME TROISIÈME. 1!T
cer deux explications personnelles, destinées, Tune à rectifier une erreur grossière, l'autre à remplir un pieux devoir. Quand j'aurai pu fonder la Revtie Occidentale^ sa publication trimestrielle me permettra d'accomplir convenablement de telles communications. Jusque-là, dépourvu de tout accès dans le journalisme actuel, mes préfaces deviennent l'unique siège de ces rapports spéciaux, quelque inopportuns qu'ils y soient
Dès le début de ma carrière, je n'ai jamais cessé de représenter le grand Gondorcet comme mon père spirituel Cette filiation normale ressort directement de la comparaison des doctrines ; puisque ma fondation de la sociologie consista surtout à réaliser dignement le projet conçu par mon précurseur pour subordonner la politique à rUstoire. Mais l'analogie personnelle confirme, j'ose le dire, la succession philosophique, en montrant, des deux côtés^ avec un invariable dévouement, une tendance continue à transporter l'esprit scientifique dans le dAnaine social, d'après une préparation mathématique.
Outre mes constantes déclarations, de tels rapprochements doivent suffire aux esprits impartiaux et judicieux pour rejeter comme absurde toute autre suppos^ion sur l'impulsion initiale de mes travaux. Cependant la funeste liaison de ma première jeunesse avec un jUègleur dépravé poussa l'envie et la frivolité vers une hypothèse qui , malgré son irrationalité, se propagea beaucoup. Une secte éphémère, bien digne, à tous égards, du chef qu'elle se forgea, devint le principal organe d'une fable qui lui permettait, en satisfaisant sa haine, d'exploiter impunément mes premiers écrits. Voilà pourquoi je crus devoir insérer, à ce sujet, une note spéciale dans la dernière préface de mon ouvrage fondamental. Je me serais borné toujours à cette explication décisive, si je n'eusse ensuite reconnu qu*elle n'avait point empêché plusieurs écrivains, même bienveillants envers moi, de propager, par irréflexion, une sup-
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podtton plus riâicule encore qu'odieuse. La comparaison dU recte des doctrines a, depuis longtemps ^ permis d'apprécier cette calomnie contradictoire, où mes premières inspirations émaneraient d'une source qui les repousse. Mais, afin que mon silence ne concoure point à prolonger une telle méprise. Je reviens, une dernière fois, sur de pénibles souvenirs pour déclarer ici que je ne dos rien Ik ce personnage, pas même la moindre instruction.
Séduit par lui^ vers la fin de ma vingtième année, mon enthousiasme, jusqu'alors appliqué seulement aux morts, me disposa bientôt à lui rapporter toutes les conceptions qui surgirent en moi pendant la durée de nos relations Quand cette illusion fut assez dissipée, je reconnus qu'une telle liaison n'avait comporté d'autre résultat que d'entraver mes méditations spontanées, antérieurement guidées par Gondorcet, sans me procurer d'ailleurs aucune acquisition. Tandis que divers contacts personnels me firent alors obtenir des éclaircissements secondaires, dont je me plus toujours à proclamer les sources, celui-là resta dépourvu de toute efficacité réelle , scientifique ou logique.
Une telle stérilité s'explique aisément d'après la nature et l'éducation d'un écrivain vague et superficiilt II ne se distingua réellement des autres littérateurs que comme moins lettré, quoique autant dépourvu d'instruction scientifique. Toujours incapable de rien créer, il se bornait à refléter les inspirations extérieures , même dans ses aberrations.
Son éclat passager constituera , pour la postérité, l'un des symptômes caractéristiques de notre anarchie mentale et morale, puisqu'il résulta seulement d'un charlatanisme elTréoé, dépourvu de tout vrai mérite. Le cœur et l'esprit de ce personnage se retracent exactement dans le cynique résumé qu'il se plaisait à faire de sa propre vie, dont U représentait les deux
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moitiés comme respectivement consacrées à Tachât et la vente des idéea
Je dois maintenant achever cette préface en déplorant la catastrophe exceptionnelle qui me priva récemment d*un éminent disciple» destiné, sans doute, à devenir Tun des meilleort appuis du positivisme. En signalant, dans la préface du volume précédent, la digne adhésion d'un noble citoyen de Phiis^^el-* phie, j'étais loin de prévoir qu'une fatale mabdie allait m'en* lever l'infortuné Wallace, à Tâge de trente-cinq ans.
Quoique nos relations se soient bornées à trois entretiens décisifs, séparés par une correspondance aussi courte que précieuse, elles m'ont permis de Juger la perte que fait en loi l'Humanité. D'après un rare concours entre le cœur, l'esprit, et le caractère, il devait puissamment seconder la difficile transition résenr ée au dii-neuvième siècle. Exempte de toute affectation, sa culture spéculative, tant esthétique que scientifique» correspondait i^einement à sa belle organisation. Mais ses confidences spontanées m'autorisent à penser, malgré les essais littéraires de sa jeunesse, qu'il se serait surtout illustré par la vie active, dans un pays où les grands citoyens prévalent sur les magistrats. J'ose résumer sa véritable appréciation en le comparant au plus éminent des hommes d'État américains, quoique Tinégalité du développement et la diversité des situations empêchent de sentir assez les rapprochements, intellec* tuelles et moraux, entre Wallace et Jefferson.
Chaque fois que je vois ainsi disparaître, avant le temps, un être vraiment supérieur, je déplore la fatale impuissance de l'Humanité contre les lois extérieures qui lui ravissent ses meilleurs organes. Quoique l'influence subjective perpétue les ser-^ vices objectifs, elle n'empêchera jamais de sentir que nous fûmes privés de Bichat, de Vauvenargues, de Bellini, etc., sans avoh: pu subir leur principal ascendant L'optimisme théolo-
mil SYSTÈME DB POLITIQUE POI»TIVE.
giqne oblige à respecter stapidement de telles calamités. Mais la reUgion positive nous invite à les déplorer, comme constituant la pins douloorense des imperfections de Tordre uniyersel. Puissent, du moins, ces Justes regrets nous disposer à mieux sentir le prix des grands hommes pendant que nous les possédons, afin d'entourer leur existence de tous les moyens proQ^es à seconder leur ofiQce^ au lieu de la laisser lutter stérilement contre rehvie et la misère !
En terminant une telle communication, je dois signaler le noble exemple que fournit spontanément, au moment suprême, mon malheureux ami. Devenu Jusqu'ici le. principal de mes souscripteurs, l/Vallace a perpétué subjectivement son patronage objectif, en me léguant une annuité viagère de cinq cents firancs. Le digne frère qu'il chargea d'exécuter ses dernières volontés accomplit ce devoir spécial avec une admirable délicatesse.
* Auguste COBITE.
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