PRÉFACE OU TOBIE TROISIÈME. XU
Emtr «mjNrigiM du r^pMiotmitmê françaù,
( Note écrite le 17 juin 1852. ;
1* Le goQTeniemefit français doit être répnblicaiD, et non monarchique. (Criée iê février \SAS,)
î^ La répabliqae française doit é(re sociale, el non politiqne. (Crise de juin 1 848.)
3<> La république sociale doit èire dictatoriale, et non parlementaire. (Crise de décembre 1851.)
4* La république dictatoriale doit être temporelle , et non spirituelle , d'après une entière liberté dVxposition, el même de discussion.
5^ Afénement décisif du triumvirat systématique qui caractérise la dictature temporelle annoncée par le positivisme, dès 1847, comme le gouvernement préparatoire propre à la transition organique.
Cette multiplicité finale de la suprême magistrature française nVst point particulière k la génération transitoire. Elle y devient seulement plus indispensable, pour mieux écarter les tendances rétrogrades des praticiens vers Tusurpation du pouvoir spirituel,, sans lesquelles on contiendrait aisément Parobilion anarchique des Ihéoricie os. Mais , dans Télat normal , un tel partage sera pleinement conforme à la nalare industrielle de Tautorité temporelle, qui ne sera Jamais condensée cbet un seul cbef , afin de se conformer assez à la diversité des travaux pratiques , agricoles , manufacturiers , et commerciaux. Au dedans comme au df hors de chaque république positiviste , Tunilé politique ne doit résulter que de la commune prépondérance de la doctrine fondamentale. Le seul caractère qui distinguera notre dictature préparatoire consistera dans le choix de ses triumvirs.
Us doitenl finalement émaner du patricîat industriel, dont les trois principaux membres devietidront chefs nationaux, sans aucune élection proprement dite, diaprés la libre décision de leurs prédécesseurs. Mais les entrepreneurs actuels , restés encore sous la tutelle des légistes , sont loin d'aroir acquis la généralité de ? ues et TéléTalion de sentiments qu*eiige leur avènement politique. Pour devenir de vrais patriciens, dignes de gouvfroer les travailleurs occidentaux sans les exploiter, ils ont besoin d'achever leur éducation sociale sous la juste pression de quelques émioents prolétaires , exceptionnellement érigés , pendant une génération , en chefs suprêmes de la république française.
Ces dictateurs révolutionnaires, affranchis de toute restriction de temps, pourront néanmoins être régulièrement remplacés aussilM que le cas IVxigfra. Leur élection , toujours réservée k l'initiative parisienne, sauf la sanction provinciale, éteindra graiuellpment le suffrage universet, dernière forme de notre maladie politique , d'après la libre délégation el rentière publi:ité de chaque vole. Ce double mode doit aussi corriger Paulre opération électorale , relative à la nomifiation triennkle do rassemblée , purement financière , qui votera l'ensemble
JOXl SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE.
du badgelet discalera les comptes anlérieure, sans aucane attribution législative. Dès son débat, ce triumvirat prolétaire annoncera la tendance progressive et le caractère pratique de sa dictature par deux mesures décisives : rentière aboli* tion de Tannée française, remplacée par quatre-vingt mille gendarmes; et la suppression de tout budget théorique, ecclésiastique, universitaire, ou même académique. Son programme fondamental sera toujours : maintenir énergiquement Tordre matériel ; seconder sagement l'essor industriel ; et respecter scmpuleusement le mouvement intellectuel. Un tel gouvernement préparera l'ascendant normal de ropioion publique en soumettant tous ses projets , sans excepter les choix personnels , à la libre consultation universelle , assex longtemps d'Avance pour recueillir tous les dignes avis , même extérieurs. Mais sa décision quelconque restera toujours , sous sa juste responsabilité , pleinement indépeu'dante de cette première appréciation , d'ailleurs le plus souvent hétérogène. Au dedans , il tendra constamment à diminuer la concentration temporelle , suivant le libre essor de la réorganisation spirituelle. Il préparera la paisible décomposition de la France en dix-sept républiques indépendantes , dont Paris deviendra seulement la métropole religieuse, bientôt commune à tout TOccident, et finalement au monde entier. Dans ses relations européennes, la dictature française régénérera la diplomatie d'après l'esprit relatif du positivisme, soit que, en Occident, elle invoque directement des populations encore d'épourvues de dignes chefs, soit qu'elle s'adresse, en Orient, à des pouvoirs sagement progressifs.
En éclairant les puissances rétrogrades sur les dangers d'une compressioii aveugle , elle détournera les occidentaux d'une vaine agitation politique , où Pimitation du type français n'aboutit qu'à prolonger une influence métaphysique qu'il faut partout éteindre. Tandis que la suppression de notre armée rassurera les chefs orientaux contre tonte perturbation guerrière , notre diplomatie secondera sagement leurs dignes efforts pour l'amélioration de leurs peuples. Elle préservera ceux-ci de la contagion anarchique en la leur représentant sans objet social , et détournera ceux-là de rcmpirisme occidental d'après une meilleure appréciation de leurs avantages nationaux. Quoique notre vrai républicanisme doive spontanément s'étendre enfin à tous les peuples , les mieux préparés ne sauraient encore l'admettre immédiatement. Une demi-génération séparera son avènement déoisif en Fiance de son introduction réelle dans le reste de l'Occident, d'abord en Italie et en Espagne , puis en Allemagne. et en Angleterre.
Chaque mouvement précoce de ces quatre populations entrave la solution générale, en tendant à déplacer le foyer d'élaboration. Quant à Textension immédiate du régime français aux diverses parties de l'Europe Orientale, et, à plus forte raison , au reste du globe , elle ne peut être inspirée que par une yaine métaphysique , dont nos vrais théoriciens et nos dignes praticiens s'accorderont à délivrer le monde. Il serait encore plus absurde aujourd'hui de vouloir abolir la royauté en Russie que de prétendre la rétablir en France , quoiqu'elle doive finalement cesser partout, comme dernier vestige de la théocratie.
De telles indications montrent assez que les dignes chefs orientaux, loin d'avoir rien à redouter de la prépondérance du positivisme en France, y trouve-
'I^BÊFÂGS DO TOME TROISIÈME. Xtlll
root 9 àu eoBtraire, une solide garantie de l'ordre et de la paix. Sans doute, la Religion de rHamanilé doit longtemps rester propre aoi âmes d^élite , d'aillears moins rares proportionnellement chez les prolétaires qn^ao-dessns d>ai , en Occident , et surtout à Paris. Mais , a? ant d'aspirer aux succès populaires , elle peut justement prétendre à Tascendant politique , d'après sa profonde aptitude sociale , dans un milieu dépourvu de convictions quelconques , et toujours menacé d^une complète anarchie. Tandis que la doctrine anti-civique du catholicisme l'empêcha d'arriver au gouvernement jusqu'à ce qu'il éAt converti la société, le positivisme doit, au contraire , attendre son principal triomphe théorique d'une appréciation spontanée de sa supériorité pratique. Son dogme , et même son culte , malgré leur prééminence directe , seront surtout recommandés au public occidental par Pexcellence de son régime.
La situation française exige tellement son avènement politique qu'un millier de dignes adhérents suffira pour y faire bientôt reconnaître l'unique issue de notre révolution , comme seul moyen de concilier enfin le progrès avec l'ordre. Nos. conservateurs empiriques, qui compromettent le fond en s'obstinant vainement à garder une forme usée , ne tarderont pas k sentir la supériorité de cas conservateurs systématiques qui consolident le fond d'après une meilleure forme. En même temps, notre routine révolutionnaire, voyant la démagogie devenir le principal appui de la rétrogradation, respectera la politique positive comme seule apte à diriger Tinstinct républicain , finalement trahi par la métaphysique qu'il invoqua d'abord.
D'après le concours spontané de ces deux tendances opposées y le parti positiviste , malgré sa faible extension , ralliera promptement tous les hommes honnêtes et clairvoyants , qui ne restent sous les diverses bannières actuelles qu*en attendant de meilleurs guides. Alors il prévaudra politiquement, quoique sa religion n'ait point encore acquis un ascendant décisif. Elle doit seulement avoir assez grandi d'abord pour constituer spontanément ce digne noyau de vrais sociocrates , bientôt graisi des meilleurs aristocrates et démocrates.
Outre la destination générale du positivisme pour surmonter une anarchie occidentale qui partout réagit dangereusement, il offre aut gouvernements progressifs de TEurope Orientale un intérêt plus spécial , en éclairant l'ensemble de leur propre politique.
Les lois fondamentales que démontre la sociologie sur la nature et la destinée de l'humanité co^iennent nécessairement à tous les peuples , sauf des modifications secondaires toujours appréciables , qui concernent surtout l'inégale vitesse de la commune évolution. Une théorie historique directement relative an cas social le plus complet doit aussi s'appliquer à tous les autres , qui reproduisent suivant les lieux des phases déjà conçues selon les temps.
Cette application bien dirigée promet aux populations arriérées une précieuse compensation de leur retardement , en permettant de rendre essentiellement systématique une progression qii dut d'abord être purement empirique. Détournant ces peuples d'une servilo imitation , la théorie positive des transitions humaines leur indique la marche la mieux adaptée à chaque nationalité, de manière à
XUV STSXËIIB DE POLTOQUE POSmVS.
életer an oifeav final de rhamaBÎté plus promplement et ploi ptiiiUeinaiU que ne le comporta Tévolulioa originale.
Ainsi, les dignes chefs orientani connaissant, d*aprè8 le cas occidental» U
terme nécessaire, plus éloigné chez eui, du moufemeftl universd, peoveal
désormais adoucir, en même temps que h&ler, son avènement local» ea pré*
servant leurs nations des divers orages propres k la première rénovation. Saget
précurseurs des civilisations respectives , ils doivent y diriger la Iransfornatioft
finale de la tbéoctatie en sociocratie. Cette aptitude peut aujourd'hui se déTO*
lopper beaucoup , même dans le cas ruj^se , quoiqu'il soit le moins éloigné dn
type occidental; ce qui d^ailleurs y rend plus urgente une telle sollicitadt*
Malgré Tattrait qu'inspire à notre faiblesse toute domination iodiscniabU»
aucun digne tzar ne craindra de soumettre sa noble palitiqM au salutAÎre eianM
d'une doctrine qui la fera mieux apprécier. D'ailleurs l'eitrême difersiAé des
croyances tbéologiques répandues dans ce vaste empire y rend confuse ci pré*
caire la consécration divine des chefs suprêmes. Les doutes ioévitablei ainai
suggérés à beaucoup de leurs sujets tendent à se propager chei toas \m
antres *, car les premiers germes de Tanarchie métaphysique se retrouvent dnat
toute théologie , toujours absolue et vague. Un empire où les trois monotkéiacMty
juif, chrétien, et musulman , se mêleot à divers polythéismes et même au pw
fétichisme , doit faire sentir à son chef que la religion de THumanité peut
devenir universelle et procurer une consécration partout respectée.
Votre avènement, Sire, trouva la couronne russe en possession incontestén d'i suprématie ecclésiastique exigée, depuis longtemps, par la dégradation sacerdélttei Mais IVglise positive ne redoutera jamais une semblable usurpation. LUnsiructioA scientifique a laquelle votre jeunesse fut sagement initiée vous a fait assez seolir les conditions encyclopédiques du nouveau sacerdoce pour vous détourner de loift empiétement théoiique , bien plus à craindre des moindres lettrés occidentaux.
Quand le temps aura mûri la transformation nécessaire de la royauté rossa ea dictature républicaine, votre digne successeur pourra Paccoo\plir paisiblemeaA, sous riospiration positiviste , sans y perdre aucune autorité réelle. U lui suffirai comme le comporte un gouvernement progressif» de remplacer Thérédilé tkéocratique par Phérédité sociocratique. Tout noble chef renoncera sans répugnanca au mode qui lui prescrit d'avance un successeur souvent peu convenable , pour adopter la règle qui lui permet de le choisir librement dans un rang quelconque» en Tadjoignant d'abord k sa famille. Le principe des caste% qui dut ètra ai longtemps la base universelle de la constitution sociale , n'inspira plus nalait d'attrait aux supérieurs quand il devint moins utile aux inférieurs. Déjà les oueik leurs empereurs romains montrèrent peu d'attachement i leurs dynasties , tt fournirent de nobles exemples de la succession adoptive. Celte institution , da* venue si familière aux simples chefs industriels, s'étendra facilement aux dignes autocrates» qui peut-être la désirent secrètement. Mais elle ne peut sagemant prévaloir que d'après une suffisante préparation de l'opinion publique» à laqnàUa le gouvernement romain était moins soumis. L'aoGomplissemant de cette transformation décisive doit peraMttre aux dkte-
f lÉf AGE M TOME TiOISIÈill« WLf
teon raiMi ém tièck prochain de diriger eoBveDablemeaC «m grinde opdralioB poliliqoe , fondée sar le principe positiviste de la restriction territoriale des do* miaaiioos temporellee. ils pourroal aWrs fxéctiler, a«ec ane Balurilé e|slé«atiq«e, la paisible déeempositioa d'oaem^re dont Teiteasion démesarée ne saorail Mre nie«x sealie qae par ses dignes chefs , malgré les déclamations occideotalea sur lear aoihitiaa indéinie. Cftte imneiee domiautiofl ent, à de moindres dpgréSy nae dentinalioa sociale semblable à celle de la graade incorporation romaias , pacte tmponéTf nujr§m. Elle est encore atile poor préparer des populations tréa- Tariées à raTéasmeat de la religien ODiverselle, comme Taotre disposa l'Occident M catholicisme. Mais, moins homogène et moins spontanée, elle doit plas promptement Cfsser, à mesare qu*a?aacera la réorgaaisation spirttnelle. Une tella décompoaitiaB commémora naturellemeat par l'agrégation U plus factice , la plia violente , et ht plas réceate. Toutefois , le même priactpe qui prescrit au graad empire oriental la prochaine séparation d^iB élément Traiment occidental penael d^éf iter toutes les tendances subversives que saseilerait acjoard'hui Tindépendance polonaise. Au lien de remettre empiriqoemeat l'ensemble de Taecienne Pologne sons le joug rétrograde d'une indigne aristocratie, le posiUvIsme coo-» seillera de décomposer assez celte imparfaite nationalité pour que ses diveif peuples ne poissent amener aacuae perturbation européenne.
Quant aui améliorations sociales que la politique russe poursuit déjà, la saine théorie historique tenifr à les dégager de toute vicieese imitation , afin d^y mieux utiliser les antécédents locaux. Par exemple, en développant, avec une admirable persévérance , la noble abolition du servage , votre gouvernement raccompagne d'une extioclion graduelle des graades fortunes territoriales , en souvenir du mouvement occidental , spontanément hostile à l'aristocratie. Mais cet empirisme suscite artificiellement en Russie un grave danger social, maintenant senti dans tout l'Occident , et surtout en France , où l'iosuflBsante concentration des richesses entravera beaucoup la réorganisation pratique. Le positivisme conseillera donc aux txars de respecter des accumulations précieuses , en s'effbrçant seulement de transformer leurs possesseurs en chefs industriels, principalement agricoles , comme le permet l'irrévocable dissolution de leur caractère militaire.
Une sage systéaMtisatioa peut améliorer aussi la juridiction exceptionnelle qua votre gouvernement exerce empiriquement sur l'essor intellectuel. La police des publications quelconques doit, en Occident, se réduire k la stricte obligation d'une signature aomplete , que la législation française emprunta récemment au positivisme. Toute autre intervention temporelle serait désormais tyrannique , et ne pourrait qu'entraver la reconstruction religieuse. Mais l'état présent des populations orientales permet, et même prescrit, à leurs dignes gouverneurs une plus grande influence théorique. Votre autorité l'emploie déjà sagement poor préserver la Rusfie d'une multitude d'écrits dont l'Occident est infesté. Le positivisme lui conseillera d'aller plus loin quant aux productions nationales. Il faut étendre la sollicitude sur les auteurs eux-mêmes , en leur demandant des garanties personnelles , que l'anarchie occidentale borne à la grossière obligation de signer. En leur imposant avec sagesse des conditions d'aptitude et de probité |
XLVl SltlÈBIB DI POUnQUE PCNUTIYE.
TOUS pourrtg éeTâMir utUement la dlselpHne plas parfaite qu'instituera la reli* gioD positiTe.
D'aprèf cet essenble dModlcatiois^ générales et spéciales, j'ose tous proposer, Sii»! d'accorder pnbliquement à des doctrines pleineneat organiques une protection équivaleBle à celle qu'une élaboratioD essenUellemeat critique obtint du grand Frédéric, et même de fotre célébra aïeule. Ce noble patronage ne peut émaner aujourd'hui d'aucun des chefs occidentaui , tous préoccupés d'inquié* iudes anarcbiquM d d'intentions rétrogrades. Il serait pourtant plus précieux à la pbilosophie positifs qu'il ne dut l'être à la pbilosopbie négative , dont l'accès était plus facile et l'essor nûeu secondé par les dispositions spontanées de presque toutes les classes occidentales. Ma persécution personnelle n'est que l'annonce naturelle de l'accueil que nos difers menevrs, siirUrot lettrâl, préparent au positifisme à mesure qu'il grandira. Car, la religioa de l'Humanité menace directement toutes les dominations Ticieutes graduellement résultées de l'anarcbie moderne. Outre qu'elle fient réduire au silence une littérature incompétente et subversif e, elle ne sanctifie. la science qu'en disciplinant les savants, de manière à proscrire, comme oiseux et même nuisibles, presque tous les travaux académiques. Quoiqu'elle honore l'art, au delà de touie possibilité antérieure, en se l'incorporant profondément, elle impose aux artistes une généralité de pensées et une générosité de sentiments trop contraires maintenant k leur spécialité fénale. En appelant nos chefs industriels à la suprématie temporelle qu'ils osaient à peine rêver, elle leur signale aujourd'hui les conditions de cœur et d'esprit qui la réservent à leurs successeurs. Parmi les prolétaires et les femmes , qui constituent le meilleur appui du positivisme, sa doctrine choquera longtemps des habitudes anarchiques et des illusions rétrogrades. Dans une telle situation , la religion universelle attend une éminente protection , au besoin matérielle, quoique habituellement morale, qu'elle ne peut troufer en Occident. C'est ce qui détermine ma présente communication , directement adressée au chef le mieux dégagé de toutes ces influences perturbatrices , à celui que je regarde depuis longtemps comme le seul véritable homme d'État du dix-neuvième siècle. Déjà, sire, vous avez dignement autorisé la libre circulation de ma Philoiophii foiitwt. Quand fous connaîtrez assez ma Politique potitive qui la complète, j'espère que fous en seconderez noblement la sage propagation , surtout en accordant à son ensemble f otre approbation décisif e. Le chef naturel des conserf ateurs européens doit bientôt apprécier une doctrine qui consolide et déf eloppe la politique conservatrice, en l'élevant, du pur empirisme actuel, à l'éta pleinement systématique qu'exige sa principale destination.
Salut et Respect,
ÂUGDSTE COMTE, (10 , rue Monsieur-le-Prince) ,
Xé. I iMtfcllicr, le iSJjiTlcrlTM.
P. S. La morale positive me prescrifant de vivre au grand jour , j'ai toujours
PRÉFACE DU TOME TROISIÈME. XLVIl
publié coDfen&blemeDt chacane de ses démarchée eeseslieUes. G'eel poarqooi , Sire, je croirai devoir joindre celte lettre , a?ec fotre réponse, à la Préface da tome troisième de mon Sy$Ume de politique positûM , qai paraîtra vers le milieu de 1853.
4" A Son Excellence Reschîd-Paclia, ancien grand yisir
de l'Empire Ottoman.
ftrti. Il 9 tartif U {mênÊ 4 flni«r 4US). SEIGNEUa ,
Notre siècle présente, en Europe, un contraste caractéristique entre la peliliquede l'Orient et celle de TOccident. Les autorités occidentales, détenues incapables de diriger le monyemeat social , n'exercent plus qu'une compression Afeugle, qui, quoique indispensable encore au maintien immédiat de l'ordre matériel , tend k perpétuer la situation réYolutionnaire. Mais les chefs orientaux, Traiment restés à la tète de leurs nations , s'efforcent toujours de remplir dignement la double fonction de tout gouTernement , pousser au bien et résister au mal. Cette noble attitude n'est pas moins prononcée maintenant en Turquie qu'en Russie. Votre administration y prit une heureuse part , en prolongeant a?ec sagesse l'énergique initiatiye d'un sultan régénérateur. On n'oubliera jamais que Yous ares pleinement indiqué le double progrès qui maintenant importe le plus à la civilisation musulmane , en donnant un exemple éclatant de la monogamie, comme en supprimant le marché d'esclaves qui souillait encore la capitale des Osmanlis. Tels sont les motifs spéciaux qui déterminent un vrai philosophe à Tousadresser personnellementson exposition systématique d'une rénovation Intellectuelle et sociale non moins attendue en Orient qu'en Occident.
Les loisirs provisoires de votre digne retraite me permettent aujourd'hui d'espérer que vous accorderez assez d'attention , d'abord au Caléehiimê jMttttoifft qui vous offrira l'aperçu général de ma doctrine , puis au Sy$iimê de foHtique poritive qui l'établit irrévocablement. Cette double lecture vous fera sentir que, sous l'impulsion d'une situation décisive, le génie occidental, se dégageant enfla des vues secondaires et locales , se préoccupe désormais des conceptions directement relatives aux besoins communs de toutes les populations civilisées.
Depuis un grand nombre de siècles , l'Orient et TOccident cherchent , avec une égale ardeur , la religion universelle, sans avoir pu jusqu'ici l'obtenir jamais. Ayant reconnu , de part et d'autre , que le polythéisme pouvait seulement fournir des croyances nationales , on regarda le monothéisme comme une source certaine d'unanimité. Mais Texpérience et le raisonnement ont complètement dé-
ILYUI SYSTÈME DE POUTIQUE POSITIVE.
montré Pioanité d'an tel espoir. Les deux grandes tentalîTes de la race blanche pour établir Tanirersalité monothéiqne se sont mataellement neutralisées , d'après l'irrévocable répartition da monde romain entre le catholicisme et Tisla-^ misme. Ce double aTortement n'offre rien d'étrange à la saine philosophie , qui signale directement l'impossibilité d'un tel accord sur des opinions essentiellement vagues et nécessairement indémontrables.
Une concordance spontanée entre les Orientaux et les Occidentaux envers le domaine scienliflque qu'ils ont simultanément cultivé forme un lumineux contraste avec ces invincibles divergences. Telle est l'indication fondamentale qui m'a conduit à découvrir la religion vraiment universelle, en écartant toute croyance théologtque , pour embrasser l'ensemble de l'existence humaine , tant collective qu'individuelle , dans une foi pleinement positive. Ayant eu le bonheur de penser ainsi dès ma première jeunesse, j'ai pu vouer ma vie entière k systématiser et déyelopper cette seule solution finale du plus éminent problème.
L'émancipation théologique des esprits d'élite, depuis la fin du moyen âge , marcha nécessairement du même pas en Orient qu'en Occident , quoique sous des formes différentes. Car , elle résulta surtout du conflit décisif qui fit irrécusablement sentir la commune inanité des prétentions incompatibles des deux mooothéismes à l'universalité réservée au positivisme. Le génie islamique doit même être moins contraire que le génie catholique k l'avènement final de la religion positive , comme ayant toujours tendu davantage vers la réalité , d'après sa croyance plus simple et sa direction plus pratique.
En observant le profond contraste des deux religions , dogmatiquement identiques , de Rome et de Byxance , Tincomparable Mahomet reconnut dignement les avantages , intellectuels et moraux, propres à la division normale des deux pouvoirs humains. Mais son génie, éminemment social, apprécia ce perfectionnement décisif comme exigeant une civilisation plus avancée que celle qui correspondait au principe ihéologique. Pressentant Tavorteroent nécessaire d'une tentative prématurée , quoique admirable , il se contenta d'instituer une transition plus simple et mieux adaptée à la nature du tbéologisme.
L'Orient dut ainsi laisser à POccident la glorieuse initiative de la révolution sociale à laquelle présida le vrai régime catholique , pour la double émancipation graduelle des femmes et des travailleurs. Mais les Orientaux devinrent mieux aptes que nous-mêmes à s'approprier les résultats définitifs du grand mouvement qui suivit ce préambule décisif. Car, ils se trouvèrent ainsi préservés des principaux embarras , intellectuels et sociaux , émanés , chex les modernes occidentaux I du caractère trop mystique de leurs croyances, et surtout du désordre métaphysique inhérent k la décomposition spontanée de leuf régime factice.
Quoique , d'après Tensemble des préparations qu'exigeait la religion positive , elle ne put surgir qu'en Occident , on doit juger l'islamisme comme ayant mieux disposé l'Orient à son admission finale. D^une part , il a garanti les populations contre la corruption révolutionnaire; puisque son dogme ne comportait point la dégénération protestante ou déiste , tandis que son régime restreignait profondément le principe héréditaire. En même temps, il a maintenu la suprématie nor-
PRÉl^ACE DU TOME TROISIÈME. XLII
uale des gouTernements , en disposant mieux les chefs à saisir toojoors les tms d^eosemble , d'après one harmonie moins imparfaite entre leurs conceptions théoriques et leurs notions pratiques. La régénération finale peut donc pré? aloir en Orient sans y susciter l'anarchique agitation inhérente k riniliatiye occidentale» où les philosophes sont forcés de s^adresser aux inférieurs faute de pouToir ètrt eomprib des supérieurs.
Suif ant une telle appréciation historique du génie musulman , je ne doute pas que, après avoir dissipé leur premier étonnement, ses types actuels n^accueillent la religion positive comme leur offrant spontanément le dénouement inespéré de leurs principales sollicitudes. En passant directement de Pislamisme au positivisme , sans aucune transition métaphysique , ils se sentiront les dignes continuateurs des admirables desseins propres à leur grand prophète ,' dont le tuUe de THumanité systématise irrévocablement runiverselleglorificatioa.
Ainsi conduits à répudier une vaine unité politique , ils cesseront de déplorer la dislocation nécessaire de Tempire des Osmanlis , en y voyant une application normale de la loi sociologique qui partout restreint le territoire naturel des dominations temporelles. En même temps , les chefs ottomans se trouveront délivrés des inquiétudes , autant désastreuses que chimériques , relatives aux prochains envahissements d'une puissance encore moins homogène que la leur et dès lors plus assujettie à cette décomposition spontanée. La concentration politique n'étant destinée , suivant Tesprit fondamental de Pislamisme , qu^à procurer et consolider Voniformité des opinions et des mœurs , ils reconnaîtront bientôt que ce grand but s'atteint mieux en remplaçant Dieu par lHumanité.
Salut et Respect,
AuGOSTB COMTE, (10, rue Monsieur-le-Prince.]