P. FORTIN
Député de Gaspé et Commandant (pendant 16 ans) de l’expédit:on de ià protection des pêcheries dans le Golfe St. Laurent, à bord de la goëlette armée, La Canadienne.
Québec, 6 mai.
à | TÉLÉGRAPHIE DANS LE GOLFE ST. LAURENT.
Lettre importante du Dr. Fortin.
Parmi les questions qui doivent être discutées à la prochaine Session du Bureau de Commerce de la Puissance, à Ottawa, cette semaine, se trouve la question de l’extension de notre système télégraphique, le long de nos côtes maritimes et jusqu'aux grandes Iles du Golfe.
Le Dr. Fortin, l’orateur de l’Assemblée Législative, a adressé Ja lettre suivante au bureau de commerce de Québec, et l’on sait que personne n’est plus conpétent que lui pour traiter ce sujet. Nous sommes sûr que cette lettre sera lue avec intérèt, surtout par les délégués du Bureau de Commerce, car ils y trouveront les meilleures raisons pour faire valoir, auprès du Gouvernement, la nécessité de mettre à exécution ce projet avantageux pour notre navigation. ’
Deuxième lettre publiée dans le CANADIEN dun 17 février 1875.
Au PRÉSIDENT pu BUREAU DE COMMERCE DE QUÉBEC.
Monsieur,
Ayant appris que le Bureau de Commerce de Québec, a l’intention, lors de la prochaine réunion du Bureau de Commerce du Dominion, qui doit avoir lieu à Ottawa, de soumettre à son attention, entre autres questions d’un grand intérêt, le projet de communications télégraphiques propres à favoriser la navigation dans le Golfe et dans le Bas du Fleuve Saint-Laurent, je prends la liberté de transmettre une carte, que je pourrais appeler la carte télégraphique du Golfe, et du bas du Fleuve Saint-Laurent, que j'ai fait préparer et dresser dans le but de mieux faire. saisir et apprécier le système de télégraphie projeté pour ces endroits.
. J'aurais été heureux de pouvoir étendre cette carte a la Nouvelle-Ecosse, au Nouveau Brunswick et à l’ile de Terre-Neuve, mais la connaissance que j'ai des côtes de ces contrées, ne m'a
ds A
pas paru suffisagte pour me permettre d'entreprendre un pareil travail que d’autres mains plus habiles devront, un jour ‘ou d'autres, produire ou compléter. Je me bornerai à faire observer, en passant, que le système de télégraphie maritime, dont je recommande et la construction et l’organisation dans le golfe et dans le Bas du fleuve Saint-Laurent, devra s'étendre aux Pro vinces maritimes, chez qui on en sent le besoin pressant, tant à cause de l'importance que des dangers qu'offre la navigation dans leurs parages.
Mais avant de traiter le sujet principal de cette lettre, je crois qu'il serait à propos de faire quelques remarques sur la navigation du fleuve et du golfe Saint-Laurent, sur les ports de Québec et de Montréal et sur leur rival, le port de New-York.
Le Canada possède dans ses lacs, le fleuve et le golfe St. Laurent, la voie la plus courte et La plus directe qui relie le Grand Ouest à l'océan Atlantique.
Et cependant, jusqu'ici le port de New-York a reçu la plus large part de commerce de l'Ouest : mais les améliorations qui vont être faite sur le canal Welland et les canaux dits du Saint Laurent et qui permettront aux bateaux à hélice du plus fort ton-. nage de transporter des produits depuis le lac Michigan et les autres grands lacs jusqu'aux ports de Montréal et de Québec, vont nous donner les moyens de rivaliser avantageusement avec ce
port et de détourner par la voie du St. Laurent une partie de cet inmense commerce,
Dans le but d'arriver à ces résultats, il ne suffit pas toutefois d'améliorer la navigation intérieure, mais la navigation côtière ét de mer (ship navigation), encore plus importante, doit être rendue aussi sûre, aussi rapide et à bon marché que l’art et la science peuvent le faire,
Pour bien comprendre l’'urgente nécessité d'améliorations de ce genre, il serait d'opportunité d'établir un parallèle entre le port de New-York d’un côté et les ports de Montréal et de Québec de l’autre, Car la vérité doit être mise au grand jour, au sujet des facilités relatives d'accès et de sortie qu’offrent ces différents ports.
Dès que le pays comprendra que la navigation entre le port de New-York et la mer est plus courte, plus sûre, et à meilleur mar-
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ché que célle du Saint-Laurent à l'Océan, nos hommes d'Etat feront tout en leur porvoir pour continuer les améliorations déjà commencées et surtout grandement hâtées depuis le régime fédéral, et pur diminier les dangers et les frais de la navigation entre Montré:1l, Québec et l'Océan.
PorrT DE NEW-YonKk.
On sait que ce port est accessible à des vaisseaux du plus fort tonnage, en toute saisqn de l’année ; et que du moinent qu'un navire a quitté le port, il n’a à fournir qu'une course de vingt deux milles dans la direction de l'Océan, pour être dégagé de tous détroits, chenaux et récifs et se trouver en pleine mer.
Le rayon de pilotage du dedans au dehors du port de New- York n’est ainsi que d'environ vingt-cinq milles de longueur; il faut ajouter en outre que les côtes voisines sont réputées peu daugereuses au point de vue de la navigation.
Porr bE MONTRÉAL
Entre le port de Montréal et celui de Québec il y à une distance de 135 milles nautiques de pilotage et en sus du pilotage il il y à encore le remorquage pour le navire a voiles.
En fait de dangers, il y en a peu à redouter dans ce trajet des coups de vent, des brouillards ou des tempêtes de neige, car on y trouve partout un bon abri et un mouillage sûr.
Les rares accidents qui surviennent sont dûs soit à des collisions soit au peu de largeur ou de profondeur du chenal au divers endroits : mais il est facile de remédier à d'aussi minces inconvénients. :
PorT DE QUÉBEC.
Le port de Québec est en communication avec l'Océan par le bas du fleuve et par le Golfe Saint-Laurent. Le cours du pilotage s'étend jusqu’au Bic, distance de 150 milles marins, mais ce cours, s'opérant au milieu d’un champ de pilotage d’une superficie considérable et semée d'îles, d'ilots. de récifs, de bancs, coupé ou traversé par la farce des courants de marée, et vu l'absence de tout port de refuge, au cas d’accidents, il se trouve ainsi fortement compliqué gt présente un caractère d'autant plus sérieux qu’il est sujet à être entravé par une foule de cas imprévus etauxquels cependant le pilote est tenu de faire face.
On a beaucoup fait, et pins spécialement sous le régime de la Confédération, pour rendre plus facile et plus sûre cette partie de la navigation du Saint-Laurent, soit au moyen de pharrs ordinaires ou flottants, soit au moyen de bouées, d'amarques, de canons ou de sifflets de brune ; mais tous ces moyens de sauvegarde et de protection sont eucore loin d'être parfaits.
Il faudrait, sur le parcours du pilotage, un plus grand nombre de phares et de sifflets de brume pour permettre à trut navire de naviguer, par une nuit noire, en se dirigeant d'une lumière vers une autre lumière, ou par le brouillard ou par tempête de neige, en allant d’un canon à un sifflet, et d’un sifflet de brume à un canon, partout du moins où les sondages ne sont pas sûrs.
À partir du Bic, point extrême du cours du pilotage, un vaisseau avant d’être en furin ou en pleine mer, devra parcourir une distance de quatre cent trente cine milles marins et encore, faudra-t-il accepter comme haute mer, le passage du milieu du grand estuaire du Golfe Saint-Laurent compris entre le Cap Ray du côté de Terre-Neuve et le Cap Nord du Cap Breton.
Les dangers se multiplient sur le passage du navire sans le trajet de ces 435 milles. Il suffit, pour s’en convaincre de se rappeler les nombreux naufrages qui ont lieu chaque année sur les deux rives du fleuve Saint Laurent, sur la côte sud de l’ile d’ 4nticosti. sur les Iles de la Magdeleine auxquelles se rattachent, comme on le sait, l'ile-aux-Oiscaux et l'ile Bryon, qui se trouvent en travers de la course des navires ; sur l'ile Saint Paul, au Cap Ray : aux îles Saint-Pierre et Miquelon et sur la côte Nord de l'ile du du Cap Breton.
Vous trouverez ci-joint un état démontrant le nombre d’accidents maritimes survenus dans ces parages durant la dernière saison (1875). C’est un tableau considérable de pertes de tous genres. On y verra la preuve, que la navigation, en cet endroit n'est pas encore entourée des précautions nécessaires, et que pourtant il est de saine politique, de poursuivre les améliorations entreprises depuis la Confédération pour rendre cette unique sortie que nous avons sur l'Océan, prompte et peu coûteuse.
Mais jusqu'ici nous n'avons songé qu'à prévenir le naufrage ou l’échouage des navires. Dans d’autres pays, on a recours à divers autres moyens, pour protéger la navigation, qui n’ont,pas
encore été employés dans le nôtre. Je veux parler de la télégraphie maritime. En Europe, on lui a donné un immense développement dans ce but, et il ne s’y trouve pas un seul point de quelqu'importauce maritime, sur les côtes d'u vieux continent, qui ne soit pourvu d’un phare, relié à un fil télégraphique et muni d’un sémaphore.
En Norvége même, une contrée moins peuplée et moins riche pourtant, que le Canada, on a trouvé moyen d’entourer les côtes de fil électrique, comme on peut s’en rendre compte par la carte que je produis avec cette lettre. On ne s’est pas contenté de pousser ce télégraphe maritime jusqu’à Hammerfest, la ville maritime la plus avancée vers le Nord qui existe, mais on l’a prolongé jusqu’au Cap uord près de *lo de latitude nord et d’où il s'étend vers l'Est, touchant au passage à tous les points de quelque importance, en sorte que tout accident qui survient dans ces parages est de suite annoncé télégraphiquement dans tous les ports qui peuvent lui apporter la plus prompte assistance. Il n’y à pas lieu de s'étonner si les naufrages dans ces régions occasionnent moins de pertes de vie et de valeurs que ceux qui surviennent dans les eaux du bas du fleuve et du golfe St. Laurent, où il est impossible de se procurer des secours aussi prompts et opportuns, par défaut
absolu de communications.
Je dois ajouter que la télégraphie maritime a été appliquée
au développement des pêcheries en eau profonde, et à la protection
des pêcheurs dans leurs pénibles et souvent périlleuses opérations, et l’extrait suivant du rapport du Consul de Sa Majesté en Nor-
vêge, expliquera l'emploi, au point de vue industriel et humani-
taire, de la télégraphie maritime, comme protection donnée aux pêcheries.
Permettez-moi, maintenant, de donner quelques explications sur le système de télégraphie maritime dont je recommande la création pour le bas du fleuve et le golfe St. Laurent.
Ce système doit reposer sur le principe : « que par le moyen de «* communications télégraphiques constantes avec les côtes mari- « times qui s’éter dent des deux côtés de l'estuaire du Saint-Lau- «rent jusqu’à l'Océan, depuis {e Bic jusqu’à l’entrée du Golfe «entre le Cap Ray et le Cap Nord, un bon nombre de vaisseaux
«qui maintenant sont perdus corps et biens, powrraient étre-remis à ‘ «flot, remorqués et sauvés avec leurs cargaïisons, et dans bien des cas,
res. mages