DENTAIRES
Les perroquets montrent sur la tranche de leurs mâchoires une série régulière de cavités dentaires , une suite de cornets coiffant exactement une quantité de noyaux pulpeux. En considérant à part chacun de ces éléments dentaires, je reste frappé de leur analogie avec les éléments dentaires de l'éléphant. Comme forma, .poîjQtt de rapports : car la pièce est conique chezroiseau, et elle est quadrilatère chez 1 éléphant ; mais c'est ici une circonstance d'autant plus indifférente que la forme conique , propre à l'oiseau , est le plus souvent reproduite chez les mammifères , et qu'elle l'est toujours invariablement, quand les éléments dentaires sont à distance ; ce qui est le fait de quelques mammifères (chauve-souris, phoques et cétacés), des reptiles et des poissons. Comme connexions , les parties dentaires se suivent exactement; or, elles sont pareillement distribuées ;en séries, et engagées dans une seule masse considérable. Nous ne voyons dans ce fait qu'un résultat, celui d'une tendance générale à l'agrégation. C'est, chez l'oiseau aussi bien que chez l'éléphant, une soudure de parties et une
soudure produite de même par suite d'épaississe-
ment à l'extérieur.
Toute l'arcade dentaire participe à cet événement dans l'oiseau, dira-t-on; mais, dans l'éléphant, il n'y aurait que les dents mâchelières : et de plus, ce qui se transsude du dedans en dehors , ce qui est sécrété pour opérer'ces curieuses réunions d'éléments dentaires , serait une matière pierreuse chez l'éléphant , et au contraire unç substance cornée chez l'oiseau.
Voilà des différences, sans doute; mais je n'en puis tirer d'autres conséquences , si ce n'est qu'elles sont classiques , c'est-à-dire qu'elles sont le propre d'animaux en travail d'organisation sous l'action d'une respiration et d'une circulation d'énergie très diverses. iQfùe ces causes fassent varier l'état chimique du sang, les produits varieront, Vest tout simple , mais non les filières qui auront servi à le^j* charrier.
Ces différences elles-mêmes sont-elles d'un ordre si élevé qu'elles doivent au plus haut degré exciter notre surprise ? Je ne le pense pas. Quant aux soudures , la différence gît dans le plus ou dans le moins grand nombre de parties associées. Dans l'éléphant, l'assemblage a lieu par petits groupes , consistant en une ou deux
dO STSTÈME DENTAIRE 0E8 OISOSAUX,
molaires de chaque c6té (i) ; dans le perroquet , ces masses partielles s'unissent pour n'en plus former qu'une seule.
Mais f ai seulenient cité l'éléphant, pour montrer que la nature , autre part que chez les oiseaux , tire avantage de ces groupements de parties, lorsque c'est" un fait général pour tous les mammifères. On sait et on dit dans ce cas les dents d'e beaucoup de rongeurs et de tous les pachydermes 9 principalement les dernières molaires du cabiai et du cochon. L'évidente analogie de ces molaires avec celles de l'éléphant les
(i) Je voulais dans cette occasion faire aussi mention des défenses , toutefois en les employant sous un nom qui exposât et exprimât leur analogie ; mais j'y ai trouve quelques difficultés. En pareil cas, j'use de persévérance pour savoir davantage. Que sont alors , dans des vues philosophiques^ les défenses des éléphants ? Mais d'abord il faudrait s'être fait une idée précise des régies , sur lesquelles se fonde ma nou« velle méthode pour étudier l'analomie générale et pour obte* nir la détermination des éléments organiques. J'ai reproduit à cet effet, sixième note de I'Appendix, un travail de M. Presle-Duplessis sur ces considérations. Et, m'autorisant de cette publication, j'ai donné, dans la seconde partie de cet ouvrage, des vues entièrement nouvelles sur ce que sont et les prétendues dents incisives des rongeurs et les défenses des éléphants , auxquelles on avait aussi trouvé le caractère d'incisives.
SYSTEME DENTAIRE DES OISEAUX. 3l
a fait toutes comprendre sous le nom tle dents composées.
Si nos premières idées sur les dents s'étaient faites d'après ces données , la généralité de ces considérations nous eût frappés plus tôt. Car il n'y a pas de dents molaires chez les mammifères, hors celles de quelques genres anomaux, comme les tatous , les oryctéropes et les cétacés, qu'elles ne participent plus ou moins du caractère des dents composées; mais ce n'était point un rapport facile à saisit dans un temps où les explications dérivaient de la philosophie des causes finales ; il fallait, on l'avait ainsi jugé à priori j que les dents fussent solidement enchâssées; etl'on admirait à posteriori comment , tout exprès pour cette implantation désirée, arrivaient leurs subdivisions et s'écartaient leurs xacines.
Cependant Bertin, sans sortir du cercle de l'anatomie humaine, s'était élevé déjà à des idées plus justes ; il avait dit « des premières «molaires, qu'elles lui paraissaient représenter « deux canines collées ensemble (i). » Sans.doute que, décidé sur une aussi vague indication des formes, Bertin n'exprima qu'un pressentiment; mais c'est là néanmoins une heureuse inspira-
(i) Ttmié d'ostéohgie , tom. ii , pag. 196.
tion , c'est une idée vraie en physiologie j puisque chaque racine d'une première molaire sert de cornet pour l'emboîtement d'un noyau pulpeux , et , vice versa , que chaque noyau pulpeux implique nécessairement l'idée d'un élément dentaire.
Si toutes les molaires sont des agrégats de matériaux dentaires, il ne reste à caractériser comme dents solitaires que les canines et les incisives; et encore n'en voudrais-je pas dire autant de toutes les incisives , celles des rongeurs pouvant faire exception (i). ^
SOUDURE DE QUELQIXiBS DENTS CHEZ l'hOMME.
Mais ces incisives et ces canines restent-elles elles-mêmes invariablement séparées? plusieurs cas pathologiques déposent du contraire. Les excellents traités de Bertin et de M,. Serres (2) font mention de plusieurs exemples chez qui ces dents existent groupées ou toutes ou quelques unes ensemble. Linden (3), Bartholin (4) et
(ï) Voyez TAppendix, note 7®.
(2) Nouvelle théorie de la dentition, Paris , 1817 , pag. 160.
(3) MëdicphysioL , cap. xni , art. 5,
(4) Hist. anat, rar, , cap. i , pag. 49-
Schenk ( i ) ont vu toutes les dents liées par leurs couronnes; Yalère-Maxime (a) attribué cette monstruosité à Prusias, roi de Bithynie, et Plu* tarque (3), à Pyrrhus.
Ce qu'A dit Plutarque pourrait s'appliquer tout aussi bien à un bec ci^nelé qu'à une dent générale. Voici ce passage dans la traduction de Dacier : « Ses dents (de Pjrrbus) de la mâchoire •supérieujgp n'étaient point distinctes et sépa- »rées; di^^n'était qu'un os continu, qui arait » seulement de petites coches marquées dans • les endroits où les dents devaient être divi-« »sées. »
M. Sabatier (4) cite un crâne humain décrit par Bernard Genga, où le;s dents formaient trois groupes 9 un pour les incisives et les canines , et les deux autres pour chaque rangée latérale.
Je présente moi«même deux incisives, fig. i6, associées bord contre bord , et une incisive , fig. 17, réunie également avec une dent canine» M. Miel, très habile chirurgien dentiste, qui en a fait l'extraction chez de jeunes personnes de la maison royale d'éducation de Saint-Denis, a
(1) Obs, méd. , cap. de dentibus.
(3) Lib. I, cap. vu.
(3) In Vita Pyrrhi.
(4) AiuUomie , tom. 1 , pag. 78.
bien voulii me communiquer ce fait et me permettre de le publier. Il traite plus au long luimême de ces pièces , qui font partie de son cabinet, dans un mémoire qu'il a présenté à l'Académie royale de médecine , et qui a pour litre : Sur de nouveaux rapports enire les deux dentitions chez l'homme.
Ces observations sont à ajouter aux faits déjà nombreux que j'ai cités dans mes écrit» 9 oà chaque écart de la rè^le, chaque sorte de monstruosité chez l'homme trouve une constitution correspondante chez les animaux : les oiseaux auraient à toujours, dans leur état normal, uneorganisation,qui est irrégulière et accidentelle chez l'homme. Constamment , ils offriraient achevé ce qui est comme en essai dans une autre classe, ce qui, soit dit pour les molaires » ne reçoit chez les mammifères qu'un commencement d'exécution ; enfin , ce qui n'existe que rarement et de loiii en loin , chez l'homme lui-même, comme le prouve le mémorable exemple rapporté par Plutarque. Si cet écrit tombe dans les mains de quelques praticiens, ils s'étonneront qu'un semblable fait soit embrassé dans des considérations philosophiques; car ce n'eût paru autrefois qu'un cas de déformation, un fait, qu'en croyant satisfaire à des idées d'explication physiologique , on
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eût désigné paf les épîthètes de monstrueux (\) ou de pathologique.