FOBME ET OBJET DES DENTS A LEUR NAISSANCE
Que les dents soient plus tard des moyens de mastication , c'est là une bonne fortune dont ne manquent point de profiter les animaux qui en sont pourvus (i); mais quand les formations dentaires commencent à paraître chez le fœtus > ce sont de véritables organes de fœtus , dans ce sens qu'elles naissent pour donner un mode de terminaison au système circulatoire des parties avancées de la tête. Et, en effet, privez-en le fœtus, et les artères encéphaliques se subdivisent en rameaux qui se prolongent indéfiniment : ou mieux , il n'y aura plus de fœtus ; car l'aorte ascendante sera sans limitation régulière (2).
(1) Voyez, pour le développement de cette idée , la note n? 3 de TAppcndix.
(2) Chaque organe dtà-jiênB GonsUtué Test au même titre
Si, primitivementet plus essentiellement, c'est là l'objet de l'appareil dentaire, on concevra comment, dans les oiseaux, le système circulatoire ne se borne pas à aboutir en dedans des maxillaires > pour arriver par un second effort gur la Hgne alvéolaire. La respiration étant plus énergique dans cette classe d'animaux, et la circulation développant son action dans une raison directe et proportionnelle, il est tout simple que lès vaisseaux atteignent une limite plus reculée chez les oiseaux : c'est la même cause qui les revêt de plumes y au lieu de poils, de parties grandes et rameuses , au lieu de brins filiformes d'une composition restreinte et rudimentaire.
Ainsi, gêne d'une part par défaut d'espace en dedans des maxillaires, de l'autre, fmpulsibn plus grande des jets sanguins; c'en est assez pour concevoîr comment il arrive aux noyaux pulpeux d'occuper lé bord, non concave, convexe au contraire des maxillaires.
Diaprés l'explication que nous venons de don-
que la dent, sauf que, les premiers à paraître, ils donnent tout aussitôt une limitation à de plus gros troncs vasculaires. Dans ce sens, les yeux si gros à une époque fœtale, qu'ensemble ils forment chez les oiseaux le quart du volume total, sont des organes ipdispensablefli à la formation de Pem*bryon. Voyez Philbsophie- anaUnm^ , tom. II , p. 3 1 7.
ner , à quoi se réduit élémentairement la notion d'une dent? Je déclare d'abord partager entièrement les vues si savamment exposées par Coïter dans son Spicilegium anaiomicum; par .Hérissant, dans les Mémoires de l'académie des sciences; par M. le baron Guvier, dans ses Animaux fossiles^ article éléphant; et par mon excellent et savant ami M. Serres, dans sa Nouvelle théorie de la dentition. La dent est un produit detranssudàtion, un corps inorganique (anatomiquement parlant , expression de M. Serres) , une masse composée de couches successives , où il n'est rien qu'on puisse comparer à du tissu^ osseux, si ce n'est peut-être une première étotTe cartilagineuse.
* Plus ou moins de ces couches , plus ou moins d'épaisseur, ne sont d'aucune importance quant au point de vue sous lequel j'envisage les dents. Ce qu'il reste d'essentiel, de radicalement nécessaire^ de vraiment constitutionnel , c'est de fournir une coiffe, un cornet, pour la pulpe dentaire, et déplus, d'être au fond d'une substance à résister aux éléments ambiants du monde extérieur^ comme le font l'épiderme , la corne ou l'ivoire^ Que m'ont fait connaître dans le perroquet adulte les faits d'observation précédemment exposés? J'ai vu clairement, répandue tout le long
n/| SYSTJSME DENTAIRE DES OISEAUX.
des deux tranches maxillaires , une série de cornets creux et al^iifés, une suite de cavités d'entfiires. Une lame interne, celle qui emboîte le noyai^ pulpeux, est d'un tissu fibreux, blanc, dur copame un feuillet de coquille d'oeuf ; la lame extérieure est plus lisse et plus vitreuse ; elles forment ensemble un corps en tout semblable au cha^ piteaude la dent du mammifère, peu avant qu'elle sorte de la gencive. Qu'on examine ce chapiteau sans prévention, on le jugera d'un tissu corné, d'un blanc bleuâtre , transparent, ayant les qualités et chimiques et physiques du tissu qui emboîte les maxillaires d'un oiseau nouveau-né.
Mais, peu après, ce« corps, d'abord identiques à tous égards , perdent ce caractère d'homogénéité; car l'un passe à la condition d'émail, quand l'autre conserve à toujours son état primitif de* substance cornée. Je n'examinerai pas s'il faut attribuer ce changement, qui date de l'entrée des animaux dans la vie de respiration aérienne, à l'énorme différence des systèmes r<:spiratoires des deux classes, et par suite à une différence proportionnelle dans l'état chimique du sang. Je me borne à rapporter les faits , tels €fuc l'observation les donne à connaître.
ORGANISATION DENTAIRE CHEZ l'ÉLÉPHANT.
Continuons à recueillir ces faits et à en suivre les déductions. La vraie méthode,- pour savoir davantage au sujet des dents, était, non seulement d'en étudier comparativement les principales modifications, mais, de plus , de se porter de préférence sur l'organisation la plus riche. Or, c'est ce dont M. Cuvier s'est acquitté avec tin rare bonheur ; il a vu l'organisation dentaire là où elle est parvenue au maximum de volume et de développement , dans l'éléphant.
Ce que nous font connaître ftfec évidence toutes les lames dentaires de la molaire d'un élé^ phant, avant qu'elles soient sorties des maxillaires , c'est le même mode pour acquérir de l'é- . paisseur. Rien ne leur est fourni du pied , mais tout leur arrive du sommet, à travers la coiffe du tioyau dentaire, par une transsudation s'exerçânt de l'intérieur sur l'extârieur. Les molécules s'unissent , au noyau et entre elles , par voie de cristallisation ; et je n'entends pas le dire ici par figure : j'y vois au contraire un arrangement qur répète la formation des stalactites; c'est le m^me travail , c'est la même cassure vitreuse , c'est la même apparence extérieure , c'est enfin le mêm«
mode de réunion (i). Les stalactites, en grandissant, s'atteignent et se groupent par une sorte de juxta-position; les lames dentaires de l'éléphant , gagnant de l'épaisseur, arrivent aussi à se toucher, et se soudent les unes aux autres de la même manière. On a donné à cette substance singulière divers noms ; M. Tenon celui de cortical ofijBeux , et Blake celui de crusta petrosa.
Précisons ces faits. Chaque pièce élémentaire de la molaire d'un éléphant est un sac aplati , durci , fermé à son sommet , ouvert à sa base , , lequel coiffe un noyau pulpeux, dont la forme aplatie et préexistante a déterminé celle de son enveloppe. Cette coiffe du noyau pulpeux , du moment qu'elle a acquis une -consistance pierreuse, est une dent. Patrice Blair (2), voyant ces lames transversales séparées dans les arrièremâchoires de l'éléphant , a soutenu qu'on ne leur devait que le nom de rudiments de dents : mais , parti d'un point de vue plus élevé , je suis conduit à une tout autre conséquence. Car il me parait que, s'il n'y a de ^eats que pour abriter et coiffer le noyau pulpeux, tout autant que l'on trouvera
(i) Je donne un plus grand développement de cette îdëe dans une note de I'Appendix , n^ 5.
(a) Trans^ philos. , tom. xxvii 9. n* 326^ pag. 1 16.
de ceux-ci , on devra compter autant d'enveloppes, et de dents conséquemment.
On a des observations sur le nombre de ces lames ou de ces dents partielles, et sur leur augmentation successive, de manière à savoir que la seconde dent générale se compose de plus d'éléments que la première ; nombre variable et progressif, qui est, dans l'éléphant 4'Asi^ , successivement quatre, huit, douze 9 seize, vingt et vingt-troift; et c'est, enfin, quand ces lames ou dents partielles ont acquis toute leur épais* seur possible , qu'elles sont soudées les unes aux autres et qu'elles composent ensemble ce qu'on appelle la dent molaire de l'éléphant. Je persiste à croire , ne pouvant admettre l'idée de Patrice ^Blair, qu'il eût été plus convenable d'appeler cet ensemble de choses les dents assemblées , ou du moins la dent composée de l'éléphant.
Il ne m'appartient ds^^ces faits que le nouveau jour sous lequel je vienjs de les considérer; acquis à la science depuis long-temps ,^*je n'ai pas fait de diffi^culté de les retracer avec quelque longueur , parceque , de ces faits bien établis , on passe, par une nuance insensible, à ceux de même ordre chez les oiseaux, aux nouveaux faits de ce mémoire, et, par suite, à la conclusion philosophique à en déduire.