‹ Système dentaire des mammifères et des oiseaux: sous le point de vue de la composition et de laChapitre 15 sur 22 · TROISIÈME NOTE · texte numérisé non relu

TROISIÈME NOTE

(Voyez page » 1.)

Sur la philosophie des causes finales , à l'occasion dune nouvelle monstruosité, décrite ci-après.

On a recours journellement à la philosophie des causes finales pour tout expliquer : et Ton ne manque point d*af> firmer , par rapport aux dents , qu'évidemment Mes sont faites pour couper et broyer la nourriture. On ne veut pas se borner à dire exactement ce qui est , à spécifier seulement qu'elles sont très favorablement appropriées à ce service : on trouve plus merveilleux sans doute d'expliquer par-delà les fjsiits. Mais les pangolins , l^s myrmécophages , les tortues, les oiseaux, etc., qui n'ont pas de dents.'* Qu^ importe? ces

êtres sont sans doute pourvus d^aulres instruments tranchants, rëp6ndra-t-OD .

Je place ici. cette réflexion, qtii m'a été suggérée par un veau nionsttàiilk qu'on a fait voir vivant durant ces derniers sept mois à l^arîs , comme une rareté intéressante , et que nous possédons présentement (i 5 mars iSi^) ém"*<fititleit» au Jardin du roi. Sa monstruosité consistait en une seconde mâchoire infbrme , laquelle était entée ^r Pbs^rémîté de la mâchoire inférieure » celle-ci étant d'ailleurs régulière. Les dents molaires du corps étranger kAa construétion normale occupaient les flancs de la partie monstrueuse : elles étaient par conséquent dirigées en dehors. L'animal s'en servait avec une dextérité parfaite pour se gratter soit à droite , soit à '. gauche ; et réellement on eût dit , à l'extrême habileté avec lailbélle ce veau maniait ces suppléments d'organisation, qu'il était pourvu de deux peignes artistement combinés et merveilleusement appropriés pour ce résultat.

Les possesseurs de cette curieuse monstruosité mettaient à profit celte dextérité pour accroître les bénéfices de leur spéculation : ils savaient, ou du moins ils ne manquaient pas de dire, comment un organe ayant manqué , il y était merveilleusement suppléé par un autre. Ils ne ndlirrissaient leur animal de lait qu^avec bien de la peine -, car^était par le moyen d'un biberon emmanché d'un long col qu'ils lui ingéraient cet aliment dans l'œsophage. Mais par combien d'autres avantages , ajoutaient-ils , ces légers incdhvénîents étaient-ils rachetés ! etc. Cependant l'animal , abandonné à ses propres ressources , n'eût pas vécu deux jours. La cupidité et le dévouement de ses serviteurs ont réellement pourvu à la discordance de ses organes de déglutition; ils lui ont fait parcourir, avec un extrême bonheur, l'époque de la lactation , et même au delà , en prolongeant ainsi son edh'stence de lactiuore : puis l'animal a finalement succombé.

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A l'exemple de ces spéculateurs avides , Yqas laisseriezvous prévenir par la philosophie des causes finales ? Yous serez , comme eux , enclin à dire que la nature , en donnant cette production , aurait agi en bonne mère , puisqu'elle au^ rait fourni à cet objet d'une singulière prédilection une compensation , comme pour balancer l'irrégularité de quelques autres parties. Mais agir ainsi , c'est vouloir pénétrer dans le secret des causes , et c'est alors s'exposer à d'é< trahges aberrations. A ce moment de nos recherches , bornons-nous au seul sentiment qui doit nous pénétrer , celui de l'admiration; n'alloQS point indiscrètement prêter notre esprit à celui qui est , comme toutes les premières notions des choses , et qui sera éternellement au-dessus de nos faibles intelligences. Point trop d*audace dans la pensée: et, uatu*-^^ ralistes, contentons-nous des manifestations qui nous sont accordées ; restons les historiens, de ce qui est laissé accessible à nos sens.

Mais insisteriez-vous ainsi qu^il suit? Ce couteau, par exemple j eHfaitpottr couper* Afin de rester dans la stricte observation du fait , je préfère m'en tenir à cette réponse : « Ce couteau est susceptible de couper ; il peut être, il sera sans doute employé à couper. » —Mais, a jouterez- vous, l'ouvrier l'a^Él^ellement fabriqué pour couper. — «Qui vous l'a dit?» répondrai-je. L'ouvrier l'a , il est vrai , rendu propre à couper ; mais si cela se réduit à interpréter son intention, pourquoi ne m'en tiendrai-je point à croire qu'il l'a fait pour se créer un travail productif, pour être vendu? Dans la réalité, il l'aura fabriqué à plusieurs fins : et vous voudriez n'en admettre qu'une seule; vous diriez, sans le savoir, cette fin dominant toute autre qu'on pourrait ainsi vous opposer!

GependanI y aurait-il eu confident autorisé pour parler ? Ceci rentre dans une autre question. Il est sans doute de hautes manifestations qui attestent les desseins de la provi-

dence : quie It jainistre des autels , inspire' par la religion , les propose à notre foi , il remplit de pieux devoirs ; mais le naturaliste, étant dans une autre situation, passe ou du moins tloit passer de l'observation du fait à son unique et immédiate Conséquence.

L'air que Ton respire devient , sous le rapport de cette application, indispensable à l'existence: dire sur cette remarque que voilà l'objet et la fin de l'air serait par trop absurde.

Que de choses jolies , agréablement écrites et vraiment séduisantes dans les Harmonies de la nature, de Bernardin de Saint-Pierre, qui sont irréfléchies cependaulf et qui, reposau t sur de fausses analogies, s^évanouissent, dès les premiers efforts que l'on fait pour s'en tenir aux réalités du sujet!

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