QUATRIÈME NOTE
(Voyez la note précédente. )
Description d'un veau monstrueux à double mâchoire inférieure, ayant vécu sept mois.
Je n'ai pas dû mettre en avant une argumentation , et Tappuyer sur des considérations nouvelles d'organisation , sans faire connaître celles-ci avec détail ; elles vont être l'objet de la présente note. Si ces considérations sont, jusqu'à un certain point, étrangères aux questions de cet opuscule, il ne m'appartenait pas moins de les donner , pour qu'elles devinssent , en ce qui les concerne , un supplément à mon ouvrage sur les monstres. Je ne reviendrai point sur celui-ci , et ce sera du moins un fait de plus à y comprendre. Afin que la description de cette nouvelle monstruosité puisse être plus clairement exposée , je l'ai accompagnée de la figure du sujet. {Voyez pi. m, fig. I, 2, 3 et 4-)
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Une deuxième mâchoire, informe et singulière superfëtation, existe en dedans de la propre et régulière mâchoire inférieure. Celle-ci n'a cédé à la contrainte que lui imposait le corps étranger, et ne s'est concertée -avec lui , en lui servant de hase, que vers son extrémité; les portions qui portent les incisives font davantage l'éventail , et se sont eu outre écartées l'une de l'autre. Je ne connais qu'un exemple semhlahle parmi les êtres réguliers , et c'est dans une espèce de ma famille des monotrémes , c'est-à-dire dans un animal de la Nouvelle-Hollande^ dont l'extrême singularité des formes a excité la plus vive Surprise; sentiment dont on a voulu perpétuer le souvenir par une comhinaison non moins bizarre de noms appellatifs, dans le mot Orrdthorhincus paradoxus.
Une semblable courbure de la portion incisive existe également aux points correspondants des maxillaires monstrueux ; d'où a résulte que les cuillerons dans lesquels les incisives sont implantées , pour être attachés ensemble par leurs faces internes , ne privent cependant point les deux différentes mâchoires inférieures d'exister bout à bout, lesquelles s'ajustent en sens contraire, en* raison même de la courbure dont il vient d'être parlé , et sont opposées Tune à la suite de l'autre sur la même ligne.
Les cuîUerons des deux différentes mâchoires inférieures sont seulement juxta-posés; ils n'étaient attachés que par leurs périostes et les téguments communs, ce qui m'apprend qu'on aurait bien pu amputer toute cette monstruosité , et , en détachant la supcrfétation étrangère , rendre le veau aux conditions de son espèce.
Les deux branches de la mâchoire monstrueuse ne sout pas exactement une répétition l'une de l'autre : chacune porte un plus grand nombre d'incisives , cinq sur le cuillcrou de gauche et six sur celui de droite, elles sont d'ailleurs de même forme et de même grandeur que les incisives de
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Tautre mâchoire; toutes retournées que sont ces branches, comme nous Tavons tout à l'heure expliqué , elles se portent droites en devant , dirigeant leur tranche , et par conséquent les dents molaires de chaque côté. Gelles-ci sont au nombre de quatre, comme chez tous les jeunes sujets, nombre qui se porte à six chez les sujets adultes ; les deux autres dents existaient dans l'intérieur des mâchoires , et commençaient même à poindre. Mais , à partir du lieu où paraissent les denXs molaires , les branches maxillaires cessent de se res* sembler^ ce qui provient d'une soiWfe de torsion de tout l'appareil en ce lieu , faite de la droite sur la gauche ; ces branches, à leurs extrémités articulaires, viennent donc aboutir dans une grosse tubérosité entièrement rejetée à gauche.
J'ai porté mon attention sur cette tubérosité , je l'ai trouvée formée d'osselets et de cartilages : le tout était extrêmement informe. Cependant l'habitude que j'ai acquise dans mes études des monstruosités , m'a fait voir sans hésitation cette masse informa comme se rapportant à une téie entière , ou, plus exactement, à un crâne dans un ^at d'extrême conti*action. Car, chose singulière ! s'il arrive aux grandes compositions organiques , qui sont contrariées dans leur développement et chez lesquelles agisse néanmoins la tendance à formation (nisus Jbrmatiuus , expression con^fbrée par Blùmenbach) , de céder tout à la fois et à l'influence de la restriction et à l'impulsion du nisus formativus , c'est en faveur du tissu osseux que la lutte se termine: il perséfére en se conservant dans un état plus ou moins confus^ plus ou moins rudimentaire.
Ou a dépouillé la monstruosité de ses téguments et cartilages : et alors on a pu juger ( Voy. le profil , pi. IIÏ^ fig» ') comment les dents molaires étaient assez renversées sur le s côtés pour permettre à l'animal de s'en servir à se gratter. Les branches maxillaires (fig. i et 2) font le coude aux points
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oetmyQÛ sont les alvffoles<l0»iiiolatra^: les dents incisives se voien|«n.», /ï^ celles dki «ujet réfpilier en r^ 1. On montre dans la ûg, a» représentée sans la tubérosité ^ les parties articulaires yi ^ q^ pour en établir la dissemblance : p est un condyle saillant , et.^ a sa& egtMtniié concave ; on voit cette extrémité (fig. i) entourer l'un des osselets (lett. l) de la tubérosité.
Celui-ci et un second (lett. r) , au q^é droit , forment les principales parties . de la tubérosité : leurs faces internes se trouveni héyltÊtécs de ibriii saillies el sillonnées de «reux profonds , alterviant-de l'un à l'autre , et s'aidant naturellement à consolider leur engrenage. Ce$ deux principales pièces me paraissent répondre , pour une partie d'elles, aux ooeîpitaux latéraux et auxrocherSy dont elles ont la position et conservent la plupart des caractères: un graÎH) osseux occupe la place de l'occipital inférieur. -D'un point médian et supérieur (supérieur, en raison de la position renversée de la.tubérosité ) part un osselet (A), formé de deux lames unies. Tune en avant et l'autre en arrière , qu'à ses attaches et qu'à sa situation je reconnais pour un vestige de. la base du crâne. Plus bas et également dans le centre , est une autre pièce (lett. e) , qui est, quanta sa forme-, une répétition presque exacte de l'ethmbïde des oiseaux. Oo- voit cette pièce représentée à part, et de grandeur naturelle ( fig. 3): une lame, transversale (e) , qui me parait répondre aux deux frontaux ^ repose sur une autre lame verticale (d)^ qui tient lieu de l'ethmoïde et des autres parties osseuses du nez : cette lame verticale plonge entre les rochers , quand l'autre , appartenant aux surfaces externes, supporte un cartilage, en tous points semblaBk l6x cartilages des^ narines. Deux ouvertures pour le nez , ou du moins deux ouvertures ayant cette apparence , formaient la partie la plue extérjùeure de la tubérosité. On voit encore un autre osselet ( fign^)» ^ portée et très peu au-des^
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sous de ces mêmes castilages , dans lequel j'aperçois une con> traction des os maxillaires.
La langue , bien <[u'elle appartenait à la formation normale , remplissait tout le palais, agrandi par la superfëtation monstrueuse , et , buttée contre celle-ci , elle s'en est ressentie au point de s'être partagée vers son extrémité en deux parties , dont l'une inclinait à droite et l'autre à gauche.
Il n'jT a point de monstruosité sans un résultat pour la philosophie ; car il n'y a pas un désordre organique qu'il ne nécessite , pour être produit , l'emploi du plus grand nombre des régies. S'il est embarras ou omission quelque part , c'est de là que provient le défaut de normalité.
Dans le veau monstrueux décrit dans cette note , voilà deux germes , dont l'un se développe régulièrement y et dont l'autre est frappé d'impuissance ; et c'est sur la dernière limite de l'aorte ascendante que ces événements se passent.
Je m'abstiens de ti^aiter cette dernière considération : elle me conduirait beaucoup trop loin.