CINQUIÈME NOTE
(Vçyez page 26.)
De la dent considérée comme un produit inorganique.
La dent est une concrétion pierreuse , a-t-on dit avant moi. Les célèbres naturalistes Hunter et Guvier ont pris confiance dans leur théorie , au point de dépouiller cette production du caractère et du nom de tissu osseux qui lui avait jusqu'alors été attribué. La dent, composée de deux substances différentes , le serait , i® à^ émail ^ pour sa partie externe, et 2° àHivoire, pour ce qui en forme proprement le corps. Ainsi ce dernier nom , qui n'était d'usage que dans les arts, pour désigner les morceaux des défenses d'éléphant
PREMIIR APPBNDIX. 6l
dont on faisait divers instruments y serait devenu la dëno» mination de la substance même du corps dentaire. ( Voyez les travaux de Hunter : et, pour ce qui concerne les recherches de M. Guvier, consultez l'article dent du Dictionnaire des sciences médicales.) J'ai prononcé le mot de substance inorganique , et celle-ci est toutefois manifestement un |iroduit des organes. Je crains qu'on ne trouve là une sorte de contradiction , et je vais chercher à la faire disparaître : malheureusement je ne le puis qu'en plaçant ici une explication qui me paraît assez bien découler des faits , mais dont je suis loin cependant de garantir la justesse. C'est même parceque cette explication a tout-à-fait le caractère d'une conjecture que je l'ai rejetëe dans I'Appendi]!^ ; cependant ^ ayant pris cette précaution contre elle, je répugne moins à la produire. L'ivoîre n'est pas tellement différent du corps osseux, qu'à quelques égards ce ne soit la même chose : c'est ainsi du moins chimiquement; car ces deux produits, examinés dans leur essence matérielle , donnent à l'analyse du phosphate de chaux : ce n'est donc que par leurs caractères physiques qu'ils diffèrent.Un os participe à la vie générale de l'animal au moyen des vaisseaux qui s'y rendent , mais l'ivoire forme un bloc compacte où ceux-ci ne pénètrent pas. Un os présente encore un tissu cellulaire , comme tous les tissus organiques, et l'ivoire une structure pierreuse. De plus,*Ies propriétés sont différentes, comme les formations ; car un os mis à nu s'exfolie sans l'action desL agents extérieurs , quand l'ivoire y résiste.
'Ces distinctions ne mènent point nécessairement, dira-ton , à considérer l'ivoire , que nous venons de dire un véritable' produit de l'organisation , comme une concrétion pierreuse , comme un résultat inorganique. Cependant ce serait cela mémo qu'on devrait conclure de la formation suivante, si en effet ia transsudâtion de la matière pierreuse ,
62 PRKMIBK APP£lnOIX.'
que nous avons vue , dans le C€ft^ du Mémoire ,'Vopërèr de rinte'rieur à l'extérieur , tient à une séparatkrn première, qui a lieu hors des vaisseaux sanguins , et qui se fait au profit du sac dehtaire ; si cefa- tient en effet à un dépôt des molécules de phosphate de chaux dans ce même sac. CSelles^cî (de substaàce saline ) se conduiraient comme gi elles étaient suspendues dans un fluide, c'est-à-dire qu'elles obéiraient, ainsi que le font les molécules salines , quand , dans les compositions minérales , elles se superposent poiir former des cristaux : elles céderaient à leur attractioni mutuelle , et , se réunissant conformément à l'aifinité élective de certaines facettes les unes pour les autres , elles parviendraient à opérer un rapprochement plus intime , et à acquérir cette plus grande densité qui est un des caractères de l'ivotrerié^^
Mais , tout au contraire , un os, qui doit sa naistànR'A' des séparations de parties 'opérées par les extrémités aHëffeUes , reste , à raison de cette formation, un produit organique. Les molécules de l'ois , charriées par de propres vaisseaux , reproduisent dans leur assemblage l'arrangement des vaisseaux eux-mêmes i c'est donc un organe ^i engendre une production organisée. - ' *