‹ Système dentaire des mammifères et des oiseaux: sous le point de vue de la composition et de laChapitre 18 sur 22 · SIXIÈME NOTE · texte numérisé non relu

SIXIÈME NOTE

( Voyez pages 3o , 39. )

Sur les principes et les règles des nouvelles éludes d^anatonde comparée , embrassées sous le titre de DiTEBMiKATiON phi-

LOSO^JIIQUE DES J^LÉMENTS ORGANIQtfSS.

Je m'appuie, dans tout le cours de cet écrit , sur des principes nouveaux, et que j'ai en effet développés dans les deux volumes de ma Philosophie anatouùque. Pour ne point entraîner les jeunes gens qui se seraient probur^ cet opuscule

peu dispendieux, dans robligation d'une acquisition plus difficile pour eux, celle de mes autres ouvrages, je place ici un court et lumineux exposé de mes principales idées , telles qu'un de mes élèves les plus distingués , M. Presle-Duplessis, les a présentées et publiées dans les Annales générales des sciences physiques, (Bruxelles, 1821, tome VIII, page SyS.) C'est pour moi un sujet d'éterneUes douleurs que le souvenir de la perte de cet aimable et bien excellent jeune homme ; il eut aussi pour maîtres , principalement dans ses études médicales et chirurgicales , les célèbres et savants professeurs MM. Alibert et Lisfranc , et tous trois nous pous réunissons dans le sentiment consolateur qui nouis fait honorer et chérir sa mémoire.

nL* organisation des animaux vertébrés peut être ramenée à un tjfft uniforme ; c'est-à-dire ^'que chez tous ce sont les mêmes matériaux qui , variant de grandeur , de forme et d'usages , selon les besoins de l'animal et le milieu qu'il habite , deviennent les pièces constituantes de son organisation . Si leurs formes , leur grandeur , varient , leurs connexions ne changent jamais , leurs rapports sont invariables. Les mêmes matériaux étant donnés et étant animés par une somme de vie à peu près uniforme dans chaque classe , le développement en plus de l'un ne pourra avoir lieu sans qu'une ou plusieurs parties environnantes n'en souffrent et ne perdent de leurs droits.

1» Telle est la loi, tels sont les principes de la théorie des analogues, pressentie depuis long -temps par M. Geoffroy- Saint-Hilaire , et qu'en 181 8 il développa dans le premier volume de sa Philosophie anatomique,

)>Depuis la publication de cet ouvrage, qui, malgré les attaques dirigées contre la doctrine qu'il renferme , est clhcore reste sans réfutation , d'importants travaux ont été publiés par le même auteur , dans le même but , et sont devenus de

nouvelles preuves de la vérité première qu'il a établie , Vunité de composition chez les vertébrés* Je vais ici ies rappeler rapidement, avant de passer à un travail plus récent, dont la classe des sciences de l'Institut vient d'entendre la lecture, et dont je dois la communication à l'extrême bonté de M. Geoffroy.

» Les monstres pouvaient sembler à ceux qui répugnent à admettre la philosophie de M. Geoffroy une arme puissante contre elle , un écueil pour la théorie de l'auteur. Ce fut une raison pour qu'il dirigeât ses vues de ce côté , et il ne fut point surpris d'y trouver une nouvelle application de la loi énoncée , d'y rencontrer , souvent en nombre égal , toujours dans les mêmes rapports , les pièces constituant l'être à l'état normal. Le rapetissement ou le développement outr^ mesure de Tune de ces pièces annoncent seuls ces monsMositës ; mais l'ordre des rapports n'est point interverti , et ce sont toujours les mêmes matériaux, différemment développés, il est vrai. Malgré que les observations de l'auteur n'aient été dirigées que sur les monstruosités de la tête , je ne crains pas d'être téméraire en affirmant que les difformités des autres parties du corps deviendront , comme celles de. la tête , autant de preuves des principes de l'unité de composition , et rentreront ainsi dans la loi commune.

» Tel a été le sujet d'un premier mémoire; deux autres ont eu pour objet de rechercher le mode de formation de la vertèbre , le nombre de ses éléments et leur arrangement respectif dans toutes les classes des animaux vertébrés.

»Un premier est consacré à l'examen de la vertèbre de la lamproie , qui appartient à cet ensemble de vues, à titre du plus faible degré d'organisation. Deux systèmes bien distincts composent le système général de la colonne épinière ; l'un est inscrit dan.s l'autre. Le noyau inscrit est creux luimême, à un âge donné, chez tous les fœtus, et reste tubulaire

chez la lamproie, d'où le principal caractère du poisson est de conserver à toujours la forme du premier état fœtal. Ce sont en effet ces nojaux inscrits qui , soudés bout à bout , composent ce qu'on a nommé la corde de la lamproie. Le second système résulte de l'assemblage des lames vertébrales , lesquelles, en se moulant sur le noyau inscrit, en reçoivent de cette manière la forme d'un anneau , ou s*en écartent comme les rayons d'une sphère.

»Un second mémoire présente l'histoire des deux pépostes inscrits l'un dans l'autre , en dedans desquels les deux tubes osseux s'organisent. C'est dans ce travail qu'on trouve la clef, et comme la justification , sous le rapport des fonctions dsjk trou intervertébral , de ce trou au centre de la vertèbre déft poissons , que M. Geoffroy a le premier fait connaître , en traitant , en février iSao^de la colonne vertébrale chez les insectes apiropodes , dont il n'avait alors parlé que comme d'un fait ichtyologique , mais qu'il a reconnu depuis être un fait général , un fait de jeune âge fœtaT, aussi bien chez les poissons et les oiseaux que chez les mammifères et l'homme.

»Ici encore, malgré des apparences qui avaient pu tromper des hommes du premier mérite , on voit l'application de la philosophie de M. Geoffk*oy , ce qui devient un nouveau motif pour ne pas rejeter une théorie fondée sur l'immense généralité des faits ; poar ne pas la rejeter , dis-je , alors que quelques uns semblent incompatibles avec elle , ces faits pouvant n'avoir pas été suffisamment observés , et devant peut- ^tre un jour devenir une des bases les plus solides de cette même théorie , lorsqu'ils auront été convenablement interprétés. C'est ainsi que les irrégularités du mouvement de la lune autour de la terre n'empêchèrent pas Newton d'énoncer la loi de l'attraction. Il négligea ces irrégularités apparentes qui semblaient contrarier la loi, et que, plus tard , M. La

tout au moins , les germes dentaires existent chez ces ani» maux; mais il est de leur nature , avons-nous dit, 4'^xhaler, de s'entourer d'une substance protectrice qui , plus tard, deviendra un moyen de mastication. Cette substance , nous la tit>uvons dans la matière cornée qui enveloppe les os maxillaires , et qui forme l'extérieur du bec de l'oiseau ; elle nous représente la matière plus solide qui forme le corps de la dent des autres animaux : c'est une seule et même dent fournie par Texhalation commune de tous les germes, dentaires, comme chaque dent , dans le mammifère , est produite par deux ou ti;;ois germes dentaires. La différence du produit de l'exhalation , la comparaison du tissu corné du bec de l'oiseau avec la matière éburnée qui forme ce que , communément , l'on connaît sous le nom de dent, peut seule arrêter un instant ', mais on sera à même d'apprécier la valeur de cette difficulté , si on fait attention que , dans le jeune âge de la dent du mammifère, la substance qui entourç la pulpe dentaire est un tissu fibreux d'un blanc bleuâtre semblable à celui qui forme le bec du jeune oiseau.

nCe qui , aux yeux de bien des personnes qui ont besoin d'une identité de forme dans les objets qu'elles spécifient sous le même nom , deviendra peut-être une objection dont elles auront peine à se défendre , c'est de voir dans la substance cornée une réunion de dents , un produit d'origine analogue à la matière pierreuse qui forme le corps de la dent du mammifère , de concevoir enfin qu'il est des animaux qui puissent avoir les mâchoires garnies par un seul et même corps dentaire.

«Cette réunion en un seul corps aurait bien plus de droit de nous étonner, si on y arrivait brusquement , si toujours les noyaux dentaires s'entouraient d'une substance solide constamment isolée , si , en un mot , il y avait autant de dents que de germes dentaires; mais la majeure partie des anî-

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maux sont loin d'être soumis à ce mode d'arrangement.

«Pour éclairer cette question, remontons à ce qui se paisse, chez les animaux, dans la formation des dents à plusieurs racines, et plus spécialement encore dans la formation des dents qu'on a nommées composées. Chaque rudiment dentaire est entouré ,- comme on le sait , d'une enveloppe qui exliide et amène l'accroissement de la dent, de l'intérieur à l'extérieur. Tant que la jeune dent se trouve isolée , elle croît dans cette condition et forme une dent aussi simple que possible ; mais si deux noyaux osseux se rapprochent et viennent à se toucher , pendant que cette exhalation a encore lieu, ils s'unissent , se cristallisent comme de véritables stalactites, et forment une seu(e couronne, mais composée réellement de plusieurs éléments dentaires , représentés par le nombre des racines qui supportent la dent : telle est ta manière dont se forment les molaires , telles se font ces agglomérations des dents que l'on a parfois observées , et qu'à tort l'on a souvent attribuées à un travail maladif. C'est surtout chez l'éléphant , de même que ohez plusieurs rongeurs et chez plusieurs ruminants , que l'on peut suivre cette agrégation de dents d'une manière évidente. Chez le premier , l'arcade dentaire se trouve composée de trois masses formées chacune par la réunion d'un grand nombre d'éléments dentaires; on encoihpte jusqu'à vingt-trois dans l'éléphant d'Asie.

»L'on voit encore quelquefois , chez les animaux où ces centres dentaires sont isolés nu groupés en petit nombre; on voit , dis-je , quelquefois , des individus qui font exception à cet ordre, et qui présentent plusieurs dents et jusqu'à des arcades entières complètement réunies. Prusias , roi de Bithynie, au rapport de Valère Maxime , et Pyrrhus, d'après Plutarque , étaient dans ce cas. Les ouvrages de Linden , de Bnrtholin , de Berlin , de M. Serres, en font connaître d'autres exemples.

»0n sera , je crois , moins étonné maintenant de voir les* dents de l'oiseau fondues et réunies en une seule et même masse , puisque nous voyons cette disposition avoir lieu quelquefois chez les autres vertébrés^ La seule différence, et nous le répétons , qui existe entre le système dentaire des oiseaux et celui des autres vertébrés, c'est la matière exhalée, qui, dure et pierreuse chez les derniers, est cornée chez les premiers. Mais^ l'existence de cette substance cornée pendant le jeune âge des dents des vertébrés , autres que les oîaeaux, fait disparaître une grande paFtie de l'étonnement;, et si plus tard il lui succède une matière plus solide , la différence dans la respiration et dans la circulation peut , probablement , en rendre compte ^' de même qu'elle explique facilement la position différente des germes dei^ires qui, chez le mamihifère , sont logés dans l'intérieur Ji|j8me de l'os^ maxillaire , tandis que chez l'oiseau ils occupent le rebord du même os et ne' s'engagent point dans son intérieur.

»Les observations de l'auteur n'ont point été bornées à l'es— . pèce perroquet; l'autruche, l'oie ,1e canard, la poule, le cygne, et le plus grand nombre des oiseaux, ont été examinés,, et tous ont montré un système dentaire , mais diversement disposé , ce qui un jour pourra fournir , ainsi que l'observe M. Geoffroy , de précieux caractères omithologiques.

» Je borne à cet exposé rapide l'analyse du mémoire de M. Geoffroy. Il suffira , je pense , pour convaincre que la nouvelle théorie, dont il est un des plus brillants résultats, en même temps qu'il en devient un des plus fermes sou* tiens , tend à donner à la science cette simplicité et cette uniformité qui forment le caractère des sciences positives ; car il est facile de sentir que plus les matériaux constituants des corps se simplifient , plus aussi les lois qui les régissent deviennent simples , et plus leur étude dcvieni facile. »

PRExMIER APPENDIX* 7I

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