NOYAUX DENTAIRES POURVUS DE NERFS ET DE VAISSEAUX PROPRES
Le dessin achevé, je pensai à cette recherche : e ne voulus y consacrer qu'un de mes deux su-
jets , et je désirai une coopération telle que me la promettaient les talents de M. le docteur Serres , dont on sait que la réputation de grand anatomiste date de son beau travail sur l'anatomie et la physiologie des dents.
Nous disséquâmes ensemble les maxillaires d'un de nos fœtus: la peau s'arrêtait au même point que chez les sujets adultes et venait également se peidre sur l'enveloppe qui ( comme dans un âge plus avancé) coiffe extérieurement les demi-becs des oiseaux. Q^iand nous «ûmes enlevé ces enveloppes , nous ne vîmes plus des dentelures aussi prononcées que dans le dessin , mais seulement leurs traces sur la tranche des maxillaires. Car là étaient, bien qu'avec quelque confusion , les véritables germes de dents, ou du moins leurs noyaux pulpeux. Nous «occupant d'examiner les nerfs et les vaisseaux de ces globules , nous fûmes très surpris d'apercevoir à la mâchoire inférieure une autre série de bulbes plus séparés , plus apparents , parfaitement sphériques (i) , que nous pûmes à volonté déplacer et replacer, chacun d'eux étant retenu par un cordon formé de ses nerfs et de ses vaisseaux. En
(i) Si cette observation eût été faite sur un mammifère , on eût vu là les rudiments d'un second appareil dentaire destine à remplacer le premier, à succéder à des dents de lait.
cet état ces bulbes nous parurent être tout-à-faît dans la condition des germes dentaires d'un fcètus humain qui ne serait parvenu qu*à deux ou trois mois de formation. Qu'ils n'aient pu trouver place sur la tranche "des maxillaires , c'est une circonstance curieuse, conforme au surplus à ce qui se passe fréquemment ailleurs > et dont l'analogie nous, paraîtra plus tard encore mieux se soutenir, lorsque nous en viendrons à savoir que ces dents , de treize à l'origine , s'élèvent à dix-sept dans l'adulte.
Le mode d'articulation par suture écailleuse des pièces osseuses devient l'occasion qui, chez les oiseaux , facilite l'établissement d'une gorge alvéolaire. Celle-ci , à la mâchoire inférieure, se compose en effet de l'intervalle que laissent entre eux les éléments associés deux à deux: or, c'est entre la double série de leurs lames, genre de groupement qu'affectent les éléments maxillaires , que nous vîmes le chapelet des bulbes deo*taires dont il vient d'être question.
Enfin , ayant donné une grande attention à ce qu'était l'enveloppe .extérieure des maxillaire je n'en ai pu méconnaître l'état de primitive foi mation ; car on n'aperçoit alors aucune trace d'épiderme ou de matière cornée. Ces coiffes m'ont paru consister en un tissu fibreux , d'une blan-
cheur , d'une transparence et d'une ténacité très remarquables. Ce sont tous ces caractères que présentent , suivant moi , les dents des mammifères avant qu'elles aient percé les gencives, et remarquez ce que présente la partie même de ces dents destinée à se convertir en émail.
Or, si l'organisation continue dans les âges suivants à procéder par des développements analogues , ce qu'on a considéré comme un bec de corne chez les oiseaux ne serait donc qu'une des modifications possibles de l'émail, et^ vice versa , ne serait que la couché extérieure , la capsule dentaire ( polie quant à la partie libre au dehors, brute dans le cas contraire); ne serait, dis-je , à une époque de la série des développements, qu'un réseau fibreux ^^au fond, de même nature que la corne; qu'un réseau fibreux que sa solidité aurait long-temps, et jusqu'aux travaux de M. Cuvier sur ce sujet , fait prendre pour l'os dentaire lui-même.
VE8TI6B8 DE l'oHGANISATION DENTAIRE RETROUVAS CHEZ LE PERROQUET ADULTE.
Je reviendrai plus bas sur cet hperçu : sachons présentement ce qu'il reste chez l'adulte des considérations observées chez le fœtus. Or voici
SYSTÈME DBNTAIftE DES OISEiUX. l3
ce que j*ai remarqué, et ce que j'ai cherché à rendre phi8 apparent en le faisant aussi dessiner plM grand que nature.*
Les figures numérotées de 6 à 1 1 représentent diverses parties des mâchoires d*un ara -bleu adulte ; nous allons donner ces nouveaux faits dans Tordre où les montre notre planche. Ces figures sont devinées à rendre compte de la texture de ce que fusqu'à présent on a nommé partie cornée des mandibules.
Le D** 6 représente , vue en dedans , la portion cornée du demi-bec inférieur ; et à ce sujet je ferai les trois remarques suivantes : i**que cette portion cornée n'est nullement dans des rapports d'épaissCur, de structure et de liaison avec l'épiderme qui eoiSe eivdeçà toute la partie visible de l'os maxillaire; a^que la surface intérieure est colorée par des traits représentant des filets sous forme de fer de lance , droits , parallèles ^t disposés comme des dents ; 3° enfin, que chaque filet est, au-delà de sa pointe , couronné par un cercle très régulier dont le centre est percé. Il y a dix-sept de ces traits et de ces ouvertures , nombre excédant de quatre celui des dents que j'ai comptées sur notre fœtus à la mâchoire d'en bas , et nombre égal à celui de ses dents supérieures.
l4 SYSTEME DENTAIRE DES OISEAUX.
Il rests^it à savoir si ces ouvertures pénétraient profondément dans la substance cornée ; et les coupes numérotées 7, 8, g, 10 et 11 nous rapprennent. La figure 8 est la même pièce que n"" 6 , mais eîle est vue par l'autre face^ par conséquent à l'extérieur. Une moitié est dans l'état naturel; elle est lisse et d'une teinte uniforme. L'autre moitié est fendue par le travers, et en nous montrant autant de canaux droits v lancéolés et parallèles que nous avons tout à l'heure compté de filets^ cette coupe nous donne là raison des couleurs visibles à la face intérieure. Chacun de ces tubes aboutit aux ouvertures dont nous avons parlé plus haut.
Notre figure 8 montre deux de ces tuBfes (a, a/) évidéset les autres (t., t., t,) remplis : dans le vivant, les tubes sont tous également remplis par un tuyau cartilagineux enfermé dans une gaine membraneuse. La coupie de ce petit appareil , opérée naturellement par usure dans un âge avancé , forme l'objet des cercles également décrits plus haut, et visibles fig. 6. ' Les n°^ 7 et 9, s'appliquant à la portion cornée de la mandibule supérieure, montrent les mêmes dispositions; celles-ci prouvent que plus de longueur en ce lieu ne nuit en rien à la régularité des développements.
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Mais 9 de plus , j'attache quelque importance à la considération d'une circonstance de ce tissu corné , circonstance qui est observable^ à la face externe , figure 7, sur la gauche du dessin , et à la face interne, figure 9, et qui se rapporte à des traits droits et parallèles qui, de Tun et de l'autre côté , se rendent d*ayant en arrière obliquement sur la ligne médiane. J'attache du prix à cette considéj^ion , à cause de la généralité du fait. Le palais d'un grand nombre d'animaux est en effet tapissé de rides semblables , dont les différences d'une espèce à l'autre ne consistent guère que dans le plus ou le moins d'épaisseur de l'épiderme ou de la lame cartilagineuse qui forme le tranchant de la ride. Ce qui n'est qu'une série de tranchants aigus , portée ailleurs sur d'épais téguments , acquiert chez les oiseaux une prédominance remarquable aux dépens des téguments , lesquels disparaissent entièrement. Dans le perroquet, cette composition forme une seule masse , sauf les stries qu'expriment nos dessins. Dans les canards, au contraire (voyez figure i5) , ces stries existent seulement dans le pourtour du bec, mais avec un caractère de divisions plus prononcé.
l6 SYSTÈME DENTAIRE DES OISEAUX.
DE l'existence CHEZ LE SOUCHET DE LAMES CORNÉES ANALOGUES AUX FANONS DES BALEINES.
Que ces divisions soient encore et plus profondes et plus nombreuses , comme dans les espèces du genre souchel^ figure i4f nous arrivons par une gradation insensible aux fanons des baleines. Ce rapport, qui ramène ainsi à l'unité de formation l'une des plus gran^fd^ singularités de la nature^ serait encore à cherctier, sans la connaissance que nous avons présentement du mode de fixation des fanons sur les maxillai*res et sur le palais des baleines ; connaissance doiit nous sommes redevables aux soins éclairés et au courage persévérant de M. Delalaiide. C'est le premier voyageur qui , rapportant jusqu'à dix mille insectes 9 puis des plante^, des poissons, des reptiles, des oiseaux, des mammifères à proportion, et enfin les plus grands animaux, comme des girafes , des hippopotames , des rhinocéros , ait encore ajouté les squelettes de trois baleines à une aussi précieuse cargaison.
Qu'il y ait un oiseau avec fanons, et que ses rapports sur ce point avec les baleines s'étendent jusqu'au mode de fixation des lames cornées des mandibules , c'est de toute évidence pour le souchet. L'intérêt philosophique de cette observa-
tion m'a engagé à mettre un de ces oiseaux sous Jes yeux de l'Académie, et à essayer d'en donner une idée par la figure n** 14.