‹ Système financier de la FranceChapitre 34 sur 84 · PRODUITS COLONIAUX · texte numérisé non relu

PRODUITS COLONIAUX

Enfin , pour compléter le tableau des produits compris dans le budget de l'Etat, il faut mentionner , également, les revenus d'outre-mer de la possession d'Alger et de nos anciennes colonies; les premiers s'élèvent maintenant à 14 millions, et les seconds s'expriment dans notre comptabilité législative d'abord pour le million que l'Angleterre paye à la France, en échange de plusieurs concessions faites à son commerce de l'Inde, et ensuite par 5 ou 6 millions que les quatre colonies de la Réunion, de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane française, ont ajoutés au budget de l'Etat en vertu de la loi du 25 juin 1841.

Revenus de l'Algérie.

Chaque année, les 14 millions de produits locaux de l'Algérie concourent à fonder les bases de notre établissement en Afrique, avec les subventions croissantes que le gouvernement consacre à soutenir l'honneur de cette

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conquête, et à encourager les espérances de son avenir. Nous faisons des vœux pour que ces sacrifices annuels, dont le montant s'élève déjà à plus d'un milliard, donnent à la France en puissance militaire, politique et commerciale, une prochaine compensation de ses généreuses avances. Mais que d'obstacles à surmonter avant que cette longue côte , si rapprochée de la nôtre , sans abri pour nos flottes , resserrée étroitement entre le désert et la Méditerranée , et presque dépourvue de population, favorise le développement de notre navigation et de notre force maritime ; que le succès même de ses différentes cultures n'ajoute pas aux embarras de notre surabondance pour les produits indigènes, et puisse utilement remplacer, pour les denrées exotiques, celles de dos possessions lointaines; que ses habitants peu agglomérés , et dont les croyances résistent à la civilisation, offrent un débouché important à nos marchandises; enfin, que cette position isolée et sans ressources suffisantes assure à notre pavillon une plus grande influence en Europe !

Revenus des anciennes colonie».

La Cour des comptes insistait dans son rapport public, dès l'année 1837, pour que, d'après les règles générales de la comptabilité publique , tous les revenus des colonies fussent rattachés au budget de l'Etat, comme le sont aujourd'hui les produits des départements de la France. L'analogie qui existe, en effet , entre ces deux services justifiait suffisamment cette mesure d'ordre qui a été consacrée par la loi du 25 juin 1841. Tout ce qui tend à séparer ces possessions nationales de l'action directe et de la surveillance générale des pouvoirs de l'Etat , à

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les soustraire à l'examen et à la prévoyance de la législature , semble relâcher les liens qui doivent les unir à la métropole et les associer constamment à tous les avantages de leur communauté d'intérêts. Nous sommes persuadé que l'isolement de leur régime financier, que le défaut de clarté de leur comptabilité spéciale a contribué souvent à désintéresser les regnicoles et à détourner l'appui qui doit s'étendre sur ces possessions lointaines comme sur les autres parties de l'administration du pays. Toutes les réticences qui sont opposées au droit du plus fort par la méfiance du plus faible , sont impuissantes pour préserver ce dernier , et le privent ordinairement de l'assistance qui lui est nécessaire. Cependant cette amélioration de comptabilité n'a pas procuré à nos anciennes colonies, à ces précieux auxiliaires de notre richesse et de notre puissance navale, des faveurs aussi généreuses que celles qui sont accordées à la nouvelle occupation de l'Algérie ; et ne nous a pas conduit à mieux remplir toutes les conditions du contrat mutuel qui les unit à la France comme des départements maritimes.

Depuis longtemps l'esprit libéral d'une politique généreuse, entraîné par les tendances révolutionnaires de la presse et de la tribune, nous précipitait, pour ainsi dire à notre insu, sous l'empire d'une religieuse philanthropie au-devant de toutes les réformes qui désarmaient les lois et l'autorité publique contre les passions anarchiques, et qui préparaient à la fois la chute des gouvernements établis et le bouleversement de la société civilisée. Le régime patriarcal de nos colonies où, depuis le gouverneur jusqu'au chef de chaque habitation, l'administrateur suprême et le maître particulier, exer-

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çaient, l'un et l'autre, un pouvoir discrétionnaire sur tous les membres libres ou esclaves des familles coloniales, irritait sans cesse l'impatience humanitaire des philanthropes et l'indignation turbulente des démagogues. L'administration, dominée par le despotisme de cette double influence, se trouvait entraînée par des propositions téméraires, mieux accueillies des novateurs que les conseils de sa prévoyance, à soumettre notre marine aux exigences humiliantes du droit de visite, ou aux stations mortelles de la côte d'Afrique; enfin, à anticiper imprudemment les longues épreuves de l'expérience, pour accomplir, sans plus attendre, l'émancipation des noirs et la régénération de l'ancien régime de nos colonies. Nous ne saurions mieux expliquer la situation critique à laquelle se trouvaient exposés nos établissements d'outre-mer, avant la révolution de i848, ainsi que les nouveaux périls que semblait leur préparer la loi du 18 juillet 1845, qu'en reproduisant les observations et les craintes que nous avons exposées, contre cette loi nouvelle, à la Chambre des pairs, comme le résumé de nos trois années d'études dans la commission supérieure des affaires coloniales.

Il est impossible de se défendre contre un sentiment de défiance de soi-même, et contre une inquiétude patriotique, en abordant un sujet aussi vaste et aussi difficile que celui de la rénovation du régime de nos colonies.

Lorsqu'il s'agit d'introduire la réforme dans la constitution d'une société organisée, on craint même de céder à la passion du bien et de se laisser entraîner par les innovations spécieuses de l'esprit révolutionnaire qui renversent le présent sans fonder l'avenir. On tremble

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de porter une main téméraire sur l'édifice de ces établissements élevés par le génie de Colbert, et qui ont si .glorieusement contribué à la puissance et à la richesse de la mère patrie. On hésite surtout à devancer l'œuvre du temps, devant la déplorable expérience d'une nation notre émule en progrès et en perfectionnements, qui vient d'immoler une partie de ses colonies et de ses forces nationales aux impatientes illusions d'une philosophie présomptueuse.

Cette grande déception de l'Angleterre n'a pas seulement remplacé, par toutes les misères d'une oisiveté1 antisociale, les biens féconds d'un travail civilisateur, .mais elle a trahi, dans sa marche rétrograde, les plus chères espérances de la religion et de l'humanité.

Cependant les ressources d'une continuelle abondance coloniale, les sacrifices d'une métropole opulente et généreuse, les secours des missions évangéliques les plus actives, avaient dès longtemps préparé, par les besoins de l'aisance et par une instruction progressive, les populations récemment affranchies aux mœurs et aux devoirs d'un nouvel étal social.

Nos colons, au contraire, soutenant avec peine le fardeau d'une existence difficile, à travers les vicissitudes politiques et les rigueurs fiscales qui ont si souvent menacé leur fortune et leur destinée, ont été presque constamment dépourvus de l'appui du gouvernement et des douceurs du bien-être matériel ; enfin , les noirs de nos plantations, toujours asservis aux instincts de leur hature primitive , bien plus qu'au joug du travail et du devoir, ont à peine obtenu l'assistance de quelques vi- .caires apostoliques.

Je ne sais quel aveuglement et quelle influence fu-

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ncste semblent nous dérober aujourd'hui le tableau vivant de tant de détresse et d'ignorance , et précipiter nos pas vers une catastrophe fatale que n'ont pu conjurer tout à l'heure ni les efforts d'une politique habile, ni les prodigalités de la fortune britannique, ni le zèle infatigable des plus ardents missionnaires.

Entraînés dans toutes les fautes commises sous nos yeux, nous recommençons , en serviles imitateurs, la dangereuse épreuve du pécule légal , du rachat forcé , des ordres en conseil ou des ordonnances royales , et nous marchons avec la même imprévoyance, à la désorganisation partielle qui nous condamnerait , bien plus irrévocablement que l'Angleterre , aux calamités et aux remords d'une émancipation prématurée.

Faut-il donc abandonner ou reculer indéfiniment l'œuvre religieuse et philanthropique d'une régénération de la race noire et d'une transformation de la société coloniale? Non, sans doute. Cette grande tâche à peine commencée, et quelquefois mal dirigée dans ses premiers essais, réclame plus que jamais les efforts et les lumières de la mère patrie. Aucune considération ne saurait interrompre une aussi généreuse entreprise , ni nous détourner un seul jour d'un but national qui nous est aussi impérieusement marqué par la puissance des idées et des mœurs, par le salut de nos possessions d'outre-mer, par la contagion d'un déplorable exemple , par de perfides excitations , et surtout par la volonté de la Providence.

Cette noble et sainte carrière de civilisation est ouverte à tous les vœux de l'humanité, à toutes les inspirations du génie organisateur des hommes d'Etat, et ne pourrait se fermer qu'à la précipitation et à l'imprévoyance. Sachons y marcher d'un pas toujours sûr, et

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choisir la route sagement aplanie qui peut seule nous conduire au succès, en évitant une voie téméraire qui nous égare et qui nous empêcherait de l'atteindre.

Dans la solution du grand problème de l'avenir de nos colonies, un profond dissentiment me sépare de la pensée du gouvernement. Son projet lui réservait , à lui seul , toute la réforme du système actuel , excluait sur tous les points l'intervention et le concours des colons, enlevait même à leurs droits les plus sacrés la protection constitutionnelle de la législature, réglementait sans eux et contre leur défense légitime toutes les conditions d'une existence précaire et les soumettait sans restrictions et sans ménagements à la variation des doctrines et à l'arbitraire des mesures de l'administration métropolitaine.

L'étude la plus consciencieuse, l'autorité des opinions les mieux instruites en cette matière spéciale m'ont inspiré la conviction la plus opposée à ce despotisme d'une seule volonté, presque toujours aveugle et intolérante et s'imposanl de si loin et de si haut à toutes les circonstances , à toutes les exigences locales d'uue situation exceptionnelle.

J'ai dès longtemps acquis la certitude que nos nouvelles tentatives seront dangereuses ou impuissantespour le bien, sans l'assistance expérimentée, sans l'appui tutélaire de nos compatriotes des îles françaises, qui feront sagement triompher, avec nous, leur propre cause et celle de la mère patrie, en accomplissant par degrés l'éducation de leurs esclaves et la constitution du travail libre.

N'ont-ils pas eux-mêmes déjà grandement facilité l'exécution de la tâche laborieuse de l'émancipation, en

inspirant à leurs ateliers ces sentiments de dévouement et de reconnaissance qui enchaînent aujourd'hui les passions turbulentes dont on a vainement menacé le repos de leurs habitations. Les conditions actuelles de l'existence des esclaves se sont tellement adoucies par l'incontestable mansuétude des maîtres et satisfont si généreusement au bien-être matériel des noirs, à la faiblesse de leur nature inculte et aux dispositions de leur caractère insouciant et paisible , que la tranquillité publique a providentiellement triomphé des affranchissements inconsidérés, des investigations journalières du patronage , des déclamations de la presse , des intrigues des abolition oistes et des séductions de l'embauchage.

On ne trouverait peut-être pas aujourd'hui , s'il faut eu croire le témoignage des fonctionnaires de la métropole, au sein de la civilisation la plus avancée , une société plus calme, plus satisfaite du présent, plus patiente de l'avenir et mieux disposée à supporter l'élaboration des modifications successives qui devront encore améliorer et surtout ennoblir la destinée des populations coloniales. Cette vérité, consolante pour le passé et rassurante pour l'œuvre de régénération que le temps peut seul accomplir , s'exprimait ainsi dans un discours public d'un gouverneur , devenu sous-secrétaire d'Etat de la marioe :

■ Quant au présent, messieurs, je suis heureux de vous dire que, malgré de dangereuses excitations du dehors, malgré quelques imprudentes agitations du dedans, l'ordre le plus profond règne dans le pays. Cette situation témoigne hautement de la sagesse qui a présidé à l'établissement d'une société qui a pu résister à tous les ébranlements que les circonstances ne cessent

de lui imprimer depuis quelques années. Ge fait si remarquable porte avec lui sou enseignement. Espérons qu'il ne sera pas perdu, et que nul ne sera tenté de méconnaître ce qu'il faut apporter de prudence, de circonspection lorsqu'il s'agit des colonies1. »

Ne nous laissons pas décourager, dans la résolution de rétablir un indispensable concert entre la métropole et les colons, par la résistance que les conseils coloniaux ont souvent opposée à des propositions intempestives qui semblaient précipiter l'œuvre de la destruction avant de constituer une organisation nouvelle, et ne considérer que la un, sans accepter ses moyens préparatoires, ni ses conditions préalables.

N'avaient-ils donc pas le devoir, ces délégués de l'intérêt local, de préserver l'autorité du maître de l'énervante et tracassière inquisition d'un pouvoir supérieur, trop ambitieux des moindres détails, quoique étranger aux hommes et aux choses, et qui tentait d'appliquer ses théories absolues aux plus intimes usages des habitations et des ateliers?

Ne seraient-ils pas encore autorisés , s'ils pouvaient être entendus dans nos assemblées législatives, à nous répéter, à présent comme à d'autres époques, que le pécule des noirs sera bien plus fécond et mieux assuré au bien-être des esclaves par la générosité prévoyante du colon que par le commandement de la loi, qui remplace le bienfait par un droit acquis, le bienfaiteur par un propriétaire dépossédé, et le serviteur reconnaissant par un homme indépendant, envieux et peut-être enclin au vol?

1 Discours prononcé le 18 juin 1840, à l'ouverture de la session du conseil colonial de la Guadeloupe.

Ne devraient-ils pas nous avertir aussi que le rachat forcé fonderait encore plus profondément l'antagonisme du chef de la famille de chaque plantation avec tous les membres qui la composent?

Ne pourraient-ils pas redouter de voir s'écrouler, sous l'ébranlement continuel de la lutte et de l'indiscipline, cette société spéciale, protégée dans son ensemble par un gouverneur métropolitain , mais dont chaque partie forme une petite agglomération d'habitants soumise au pouvoir patriarcal d'un maître absolu, veillant à lui seul, comme le représentant de la Providence , depuis leur naissance jusqu'à leur mort, sur chacun des enfants dont Ja destinée lui a été confiée tout entière par la volonté divine et par les lois de sa patrie ?

Avant de renverser cet ancien édifice social, où la prévoyance et la responsabilité de l'autorité suprême se trouvent étroitement concentrées dans le sein même de la famille et remises sans réserve entre les mains de sou chef, la prudence ne commande-t-elle pas de fonder des hôpitaux pour les infirmités et pour les souffrances de tous les âges; d'offrir des ateliers de travail à l'oisiveté et au vagabondage; de réprimer lés désordres par des prisons publiques; de répandre de nombreux presbytères autour des habitations; d'élever les chaires et de propager la parole d'un apostolat spécial ; de fortifier les tribunaux et les administrations locales; de tracer des routes, de creuser des canaux, de compléter et d'améliorer toutes les voies de communication si longtemps négligées ; enfin, d'accélérer par tous les moyens possibles les développements de la civilisation et de la prospérité nouvelle d'une population placée sous uue tutelle patriarcale , et qui ne doit se dégager des chaînes du

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travail forcé que par les épreuves difficiles et patientes d'une transformation sociale 1

Favorisez dans ce grand but la division intelligente du travail , l'application des procédés et des machines perfectionnés à l'industrie agricole et manufacturière, vous parviendrez naturellement, sans danger et sans entraves, à mieux ménager l'emploi des bras, à réduire les dépenses de la main-d'œuvre, à augmenter les profits des capitaux, à élever les salaires, à développer rapidement tous les germes de la production et de la richesse, à exciter la concurrence locale , à provoquer l'introduction d'ouvriers étrangers servant de modèle, à former avec eux un premier noyau de travailleurs libres auquel viendraient nécessairement se réunir et s'agglomérer tous les hommes honnêtes et méritants , progressivement émancipés par l'intérêt éclairé qui a fait adresser au roi ces nobles paroles d'un conseil colonial :

« Mous élèverions des autels à celui qui nous délivrerait du fardeau de l'esclavage par l'organisation du travail salarié. »

C'est ainsi qu% je comprends la rénovation du système de nos colonies, par une assimilation persévérante et graduelle aux formes de notre organisation civile et politique, par une application habile et prudemment mesurée de toutes les institutions métropolitaines, et de toutes les méthodes industrielles perfectionnées qui pourront convertir un jour, sans secousse et sans violence, ces précieuses possessions nationales en départements français. Nous avons déjà fait rentrer leurs revenus et leurs dépenses dans la comptabilité et dans le budget de l'Etat, en vertu de la loi du 25 juin 1841 , nous

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EXAMEN DBS RBVENUS PUBLICS. 191

les avons soumis au vote et au règlement législatifs ; par une conséquence naturelle et juste, qui a été souvent recommandée à l'attention du gouvernement, nous devrions appeler des représentants directs de ces intérêts nationaux à délibérer avec nous sur toutes les questions de finances, de navigation, de commerce, d'émancipation et de réformes coloniales. Nous pourrions alors, en les associant d'une manière intime à nos vues et à nos efforts, nous éclairer des lumières de leur expérience, et nous fortifier du concours de leur patriotisme pour la prospérité et pour l'honneur de la France.

Voilà par quelles mesures préparatoires je voudrais commencer la transformation de nos colonies. Mais relâcher davantage, et peut-être briser inopinément les liens d'une obéissance passive, sur laquelle repose encore l'ordre, le travail et le salut de tous, avant d'avoir formé la chaîne d'une société nouvelle habilement reconstruite et régénérée, désorganiser le travail forcé avant d'avoir fortement constitué le travail libre, c'est consommer la ruine de nos possessions par l'aggravation des charges des planteurs, par l'affaiblissement progressif de leur influence morale, par des suggestions menaçantes, enfin par le spectacle affligeant des nouvelles roanumissions ajoutées aux nombreux affranchis se traînant déjà, sous les yeux de leurs anciens frères paternellement soutenus, d'une incurable fainéantise, à cette intempérance habituelle qui les conduit rapidement à la misère et à la mort.

Pouvons-nous sans témérité, dans une aussi grave conjoncture, appeler l'inexpérience de l'esclave à la prévoyance <et à la responsabilité d'une personne civile

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qui acquiert, qui conserve et qui transmet son héritage, avant même que la famille du noir soit régulièrement et légalement constituée? Pouvons-nous, sans entraîner un être aussi faible à sa perte, le détacher presque entièrement du soutien providentiel qui étaye toute son existence, pour lui présenter une protection étrangère qui revendiquera sans cesse ses droits incertains, avec une hostilité dangereusement armée contre son maître de rigueurs judiciaires et administratives?

3e ne saurais consentir à braver, sans plus attendre, tant et de si graves périls ; à semer des germes de discorde et de haine dans le sein d'une famille patriarcale où tout se maintient et prospère encore par la soumission et par le dévouement; à éteindre tout sentiment de la patrie dans les cœurs de populations lointaines exposées aux entreprises jalouses de l'étranger; à sacrifier les deux tiers de notre navigation marchande et l'échange avantageux, de 100 millions de nos produits; à voir s'évanouir les plus belles espérances de notre force navale; enfin à favoriser aux dépens du monde commercial, et surtout de la France, et au profit d'une nation rivale , une grande révolution économique qui transporterait aux Indes anglaises , par le déplacement des produits intertropicaux , tous les bénéfices et tous les salaires du travail de l'Europe continentale et des peuples de l'Amérique.

Défendons-nous, et défendons le gouvernement luimême contre les prestiges insidieux d'une propagande saintement révolutionnaire en religion et en philanthropie , qui, après avoir entraîné des fanatiques et des dupes, finirait par réaliser de grands désastres et par immoler de nouvelles victimes sur l'autel de la liberté.

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Maintenant que la violence révolutionnaire de 1848 a spontanément brisé l'ancienne existence de nos colonies , et que la Providence a veillé sur leurs futures destinées comme sur celles de toutes les populations françaises, en les confiant à la main puissante d'un souverain assez fort pour les protéger contre elles-mêmes et contre les dangers du dehors, la prévoyance du gouvernement doit rattacher , aussi étroitement que possible, ces départements maritimes, par les mêmes liens que ceux de l'intérieur de l'empire, à l'action directe et à la surveillance immédiate des grands pouvoirs de l'Etat. Aucun prétexte ne saurait plus exister aujourd'hui, qu'une seule existence civile et politique est de- Tenue commune à tous tes colons désormais appelés à la vie métropolitaine, pour opposer encore au progrès de leur bien-être et de leur civilisation un régime d'exception et d'arbitraire qui leur retirerait indéfiniment les garanties et les avantages de nos institutions nationales, en maintenant toujours leurs droits et leurs intérêts les plus chers en dehors des lois de leur patrie. Celte assimilation, que nous redemandons avec de nouvelles instances et par de plus puissants motifs qu'avant l'émancipation des noirs, avait été préparée, dès l'année 1845, par une série de mesures législatives inspirées à la sollicitude éclairée de la commission supérieure des affaires coloniales, et publiées à la suite du remarquable rapport de son président.

Les difficultés et les embarras de la situation faîte aux colonies par la subite suppression de l'esclavage, doivent sans doute exiger la concentration d'une autorité plus absolue et plus prompte que celle d'un préfet dans les mains d'un gouverneur; mais nous regretterions

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que l'on crût devoir persister à accumuler sur l'unique Ministère delà marine toutes les attributions de l'administration coloniale. Les intérêts si nombreux et si divers de ces possessions lointaines seraient bien plus promptement servis et beaucoup mieux protégés par le concours expérimenté des cbefs de chaque administration spéciale, que par l'action isolée et nécessairement insuffisante d'une seule direction ministérielle trop souvent dépourvue des connaissances diverses, devenues indispensables pour satisfaire les besoins variés et pressants de ces îles françaises , et surtout pour les accoutumer, aussitôt que possible , aux lois, aux règlements et aux méthodes , appliqués par les différents administrateurs delà métropole.

Cette émancipation administrative des colonies les feraient participer aux bienfaits d'un régime légal, dont elles ont été trop longtemps deshéritées par une autorité inquiète et jalouse, qui ne doit plus s'isoler, ni comprimer à l'avenir l'amélioration progressive de leur situation morale et matérielle.

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