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II. Matériel et Techniques

§ 1. Le choix des membres,

La lecture des travaux de mes devanciers m’ayant révélé le danger d’une étude, d’emblée analytique, de l’influence du système nerveux sur la réalisation des processus régénératifs, j’ai voulu établir, avant tout, si la suppression de toute l’innervation inhibait ou non la régénération.

J’ai choisi comme objet d’études la régénération des membres antérieurs et postérieurs des Tritons adultes et des larves d’Urodèles.

Le choix des membres, comme objet d’étude, comporte plusieurs avantages par rapport aux expériences pratiquées sur la queue. L’agencement anatomique du système nerveux dans la queue rend d’emblée nécessaire une étude analytique du problème, ce que je voulais, à tout prix, éviter. On ne saurait, en effet, par une seule opération, y atteindre à la fois les innervations motrice, sensitive et sympathique. D’autre part, l’intervention opératoire, pour être efficace, doit porter sur la totalité du système nerveux de la queue et ainsi l’expérimentateur se prive d’un témoin, aide indispensable dans toute recherche de ce genre, l’amputation simple pratiquée sur un autre animal témoin ne pouvant sans équivoque

: servir de terme de comparaison. Enfin, la suppression de la moelle

épinière à la surface d’amputation pose le problème des corrélations de croissance et de ce qui fut appelé par G. Tornier «lutte des tissus », problème qui n’a que des rapports lointains avec celui de l’action du système nerveux sur la régénération. J’ai ainsi acquis la conviction que tous les auteurs qui ont abordé l’étude de l’influence du système nerveux sur la régénération de la queue sont restés, constamment, à côté du sujet.

Le problème se présente tout autrement pour les membres. Là, on peut supprimer l’innervation sans, pour autant, blesser le membre lui-même, qui reste ainsi indemne de toute lésion opératoire; l’innervation peut être atteinte dans sa totalité; enfin, la disposition symétrique des membres permet de pratiquer cette opération d’un côté seulement, l’autre côté conservant son innervation intacte et servant ainsi de témoin individuel.

§ 2. Les animaux.

Les animaux d’expérience que j’utilisais au début de mes recherches provenaient des environs de Genève et appartenaient aux 3 espèces de Tritons que l’on y rencontre communément: Triton cristatus, T. alpestris et T. palmatus. Plus tard, lorsque j’eus constaté le comportement pratiquement identique de ces trois espèces dans leur façon de régénérer, après suppression du système nerveux, j’ai utilisé presque exclusivement le Triton cristatus que j’ai fait ! venir soit d’Italie (Florence, Bologne et Gênes), soit d’Allemagne ^ (environs de Cologne). Le Triton italien, d’une race différente de ' ceux de Genève ou d’Allemagne, est le plus résistant.

Je conservais ces Tritons dans de larges cristallisoirs de 30 cm.

1 environ de diamètre, où 10 à 20 animaux trouvaient place.

! Les soins de propreté les plus méticuleux sont indispensables. Si l’on veut garder des animaux suffisamment longtemps pour obtenir d’eux une réponse expérimentale concluante, il faut changer r l’eau des cristallisoirs pratiquement tous les jours, ou même deux ^ fois par jour, lorsqu’il s’agit d’animaux fraichement opérés, ou

I ' simplement amputés. De cette façon, j’ai pu garder des séries I nombreuses sans perte aucune, pendant de longs mois, voire des

II années.

! La nourriture, consistant en viande maigre ou en foie de bœuf,

O. SCHOTTÉ

était distribuée, dans la règle, une fois par semaine. Il est inutile d’essayer de gaver des individus malades ou qui, n’étant pas encore guéris, refusent de manger. L’alimentation forcée entraîne, en effet, presque toujours la mort de l’animal en très peu de temps.

Pour les expériences sur les larves, je m’adressais de préférence aux larves de Triton cristatus et de T. alpestris qui étaient fraîchement pêchées dans l’étang de l’Institut. Les larves de Salamandra maculosa étaient dans la règle obtenues par ouverture de l’utérus maternel et je pouvais ainsi recueillir des animaux suffisamment jeunes. Ceux qui ont été utilisés n’ont jamais dépassé une longueur de 30 mm.

§ 3. U innervation des pattes antérieures et postérieures^ chez les Tritons,

a) Pattes antérieures.

Après leur sortie de la moelle, des ganglions rachidiens et sympathiques, tous les nerfs spinaux émettent, comme on sait, deux

Dessin demi-schématique de l’innervatioii des pattes antérieures: 3, 4, et 5, des nerfs rachidiens participant à la formation du plexus. PI = plexus brachial; 1 = nerf subscapulaire; 2 = n. scapulaire dorsal; 3 = rameau superficiel du nerf brachial long inférieur; 4 = rameau profond du même nerf: 5 = rameau profond di nerf brachial long supérieur; 6 = rameau superficiel du même nerf; 7 = branche crâniale du nerf spinal participant à la formation du plexus; 8 = branche caudale du nerf ne participant pas à la formation du plexus; 9 = nerf supracoracoïdal.

rameaux: un rameau dorsaj qui innerve la musculature dorsale et le dos de l’animal et un rameau ventral qui est profond. Dans les régions des membres, les rameaux ventraux s’unissent pour former des plexus.

Les pattes antérieures sont innervées par les fibres nerveuses venant du plexus brachial qui est constitué, chez les espèces de Tritons que j’ai examinées, par les rameaux ventraux du III“®, du et d’une partie du nerf spinal. Exceptionnellement, le plexus reçoit des branches très fines du 11°^® nerf spinal qui s’en détachent, du reste, précocement et vont innerver l’épaule. Après l’union des trois nerfs en deux branches, le plexus ainsi formé donne naissance, au niveau de la zone articulaire de la tête humérale, à deux grands nerfs, le nerf brachial long supérieur, plus fin, et le nerf brachial long inférieur, le plus considérable des deux (fig. 1). Déjà à l’intérieur du bras, chacun des deux nerfs se divise en un rameau profond et un rameau superficiel. L’innervation des différentes régions du bras se fait de la façon décrite dans tous les traités classiques.

b) Pattes postérieures.

Tous les auteurs qui ont expérimenté sur les pattes postérieures (WoLFF, Hines, Walter, P. Weiss, Locatelli) sont d’accord

Fig. 2.

Dessin demi-schématique de l’innervation des pattes postérieures. 16, 17, 18 et 19, Nos des nerfs rachidiens participant à la formation du plexus crural. PI = plexus crural; 1 = branche crâniale du 16°^® nerf ne participant pas à la formation du plexus; 7 = idem pour la branche caudale du 19“^® nerf; 2 et 8 = branches du IS^^o et du 19“® nerfs qui contribuent à constituer le plexus crural; 3-4 = branches crâniales du plexus; 5 = rameau médian du sciatique; 6 = rameau latéral du sciatique.

Rkv. Suisse de Zooi.. T. 33, 1926.

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pour faire dériver l’innervation de ces pattes de trois paires de nerfs rachidiens seulement.

Il n’est pas probable que les auteurs cités soient arrivés à cette conviction par une dissection des nerfs du plexus crural. Tout porte à croire, au contraire, que sur la foi d’indications recueillies dans des traités, personne n’a jugé utile de vérifier ces indications. Ceci est, en particulier, le cas pour un travail récent de P. Weiss (p. 651), dans lequel on trouve une description et une figure de l’innervation des pattes postérieures de Tritons, empruntées au travail déjà ancien de C. K. Hoffmann dans «Bronn’s Tierreich » et d’après laquelle toute l’innervation provient de trois nerfs rachidiens seulement.

Une dissection un peu poussée du plexus crural montre que ce dernier est formé non pas de trois, mais de quatre paires de nerfs rachidiens qui, d’après leur ordre, sont les nerfs spinaux XVI, XVII, XVIII et XIX (fig. 2).

Le XIX® nerf, systématiquement ignoré par tous mes devanciers est, d’après sa grosseur et son comportement général, comparable au 3°^® nerf du plexus brachial, le V® rachidien; comme ce dernier, il se subdivise en deux rameaux, dont le rameau crânial, le plus ténu, se joint à la grande branche du plexus assez distalement, vers l’articulation coxo-fémorale. La finesse du rameau crânial du XIX^ nerf, visible cependant à l’œil nu, ainsi que sa fusion au plexus relativement loin de son origine, expliquent pourquoi sa participation au plexus a passé inaperçue.

Le plexus crural, ainsi formé par les rameaux ventraux de quatre nerfs, se divise bientôt en deux grandes branches, dont la crâniale innerve la musculature lombaire et une partie de la musculature de la cuisse, tandis que la branche caudale forme les rameaux latéral et médian du sciatique, ainsi que le nerf péronéal.

Les fibres des rameaux ventraux des III®, IV® et V® nerfs spinaux, pour les pattes antérieures, ceux des XVI®, XVII®, XVIII® et XIX® nerfs spinaux, pour les pattes postérieures, fournissent ainsi toute l’innervation des membres.

En effet, comme le montre le schéma (fig. 3), chaque nerf rachidien est constitué par trois sortes de fibres nerveuses: 1®, des fibres motrices, cylindre-axes des neurones moteurs se trouvant logés dans les cornes antérieures de la substance grise de la moelle épinière; 2®, des fibres sensitives, provenant des cellules unipolaires.

RÉGÉ.NÉRATIO>^ CHEZ LE TRITON

I logées dans les ganglions rachidiens et qui communiquent avec la moelle épinière par les racines postérieures; 3^, des fibres sympaj thiques, enfin, sortant des ganglions de la chaîne du grand sympa- I thique et qui, parles rameaux communiquants gris, s’engagent dans I les nerfs rachidiens, où on ne peut plus les séparer des fibres motrices et sensitives.

I Fig. 3.

I Schéma de la constitution d’un nerf rachidien d’après Cajal. M = moelle I épinière; R == ganglion spinal; S = ganglion sympathique du cordon du

I Grand Sympathique; Sb = substance blanche de la moelle; Sg = substance

grise de la moelle; Rp = racine postérieure, sensitive; Ra = racine anté- ! rieure, motrice; Nm = nerfs moteurs; Ns = nerfs sensitifs; Nsy = nerfs

sympathiques ; NRm = nerf rachidien mixte ; Rc = rameau communiquant.

O. SCHOTTÉ

Le fait que les branches du plexus ont une triple origine a été méconnu par tous mes devanciers (sauf par Walter dans son dernier travail de 1919) et, comme je le montrerai plus tard, explique certainement l’incohérence des résultats de certains auteurs.

La section ou la suppression des trois ou des quatre rameaux du plexus permet d’obtenir une patte complètement privée de toutes communications avec le système nerveux central (moelle épinière et ganglions spinaux) ainsi qu’avec le système nerveux sympathique. C’est à cette méthode, extrêmement simple, que je me suis arrêté tout d’abord.

§ 4. Les techniques opératoires.

L’analyse de l’action des divers centres nerveux nécessite des interventions complexes qui seront exposées en détail dans un prochain mémoire.

Les opérations, par contre, que j’ai faites pour supprimer l’innervation totale des membres, sont relativement simples, mais, suivant le niveau auquel je sectionnais les branches du plexus, j’ai utilisé deux méthodes.

Méthode A.

a) Pattes antérieures (voir fig. 11).

Après avoir narcotisé les sujets à opérer dans un bain d’éther à 4 % en moyenne, les animaux sont lavés au savon et placés sur la table d’opération. Les instruments ont été stérilisés par un séjour préalable dans de l’alcool à 95®. A l’aide d’un fin scalpel, une incision est pratiquée suivant le bord caudal du scapulum, puis on oblique dorsalement et crânialement, de façon à décrire un angle presque droit dont un côté est parallèle à la colonne vertébrale, tandis que l’autre suit le bord du scapulum et arrive jusqu’à l’insertion du bras dans l’épaule. En soulevant le lambeau de peau et les muscles ainsi incisés, on découvre toute la région sous-scapulaire et le plexus brachial tout entier devient visible. On distingue nettement, entre les deux fortes branches du plexus, l’artère sousclavière qu’il faut éviter de léser, ce qui pourrait provoquer des accidents fâcheux pour la vie du membre et quelquefois aussi pour celle du sujet. L’ouverture ainsi faite, je prends soin de préparer

les trois branches du plexus, puis je charge séparément chacune de ces branches sur une érigne et, à l’aide de fins ciseaux ophtalmologiques, les trois nerfs rachidiens sont sectionnés proximalement, dans une région située à peu près à mi-chemin entre la colonne vertébrale et l’épaule (suivant la ligne idéale aô), puis le bout distal est saisi avec une pince et réséqué dans la région de l’épaule. De cette manière, un segment du plexus, long de à I peut être extrait’ .Quant à la branche crâniale du V® nerf spinal

qui, seule, participe à la formation du plexus brachial, il suffît de la sectionner proximalement, sa résection distale se faisant simultanément avec celle du IV® nerf spinal avec lequel, une fois réunie, ' elle se confond entièrement. Cette opération effectuée, le lambeau musculo-cutané est remis en place sans suture et l’animal, encore narcotisé, est placé dans un vase simplement humecté d’eau jusqu’à son réveil complet. Après deux ou trois heures de séjour dans ce premier récipient, l’animal est remis dans l’eau.

L’ablation des trois nerfs du plexus n’est pratiquée que d’un côté seulement. J’ai fait toutes les opérations nerveuses invariablement du côté gauche, le côté droit gardant son innervation intacte et servant de côté témoin.

La section ou résection des nerfs du plexus n’est faite qu’une seule I fois. Sauf exceptions, j’ai évité des interventions répétées, pour que les objections de Goldfarb, relatives à l’action du trauma- ' tisme, ne puissent nuire à l’interprétation des résultats obtenus. Le but de la présente recherche n’est pas seulement de soustraire un membre donné à toute influence nerveuse, mais de déterminer ' les rapports entre l’innervation et la régénération. Aussi ne craignais-je pas de voir l’innervation se rétablir par la régénération ) des nerfs eux-mêmes.

b) Pattes postérieures (voir fig. 27).

La méthode est pratiquement la même que celle utilisée pour les pattes antérieures; cependant, l’ouverture nécessitée par la mise à nu des quatre nerfs du plexus crural étant assez grande et la plaie profonde, j’ai jugé préférable d’opérer aseptiquement sui-

' 1 II ne s’agit donc pas d’une simple section des branches du plexus (opération

I pratiquée seulement dans la série A I), mais d’une véritable extraction sur une certaine longueur des éléments de ce plexus.

vant la technique que je décrirai tout à l’heure. La résection des branches du plexus fut également pratiquée suivant un premier niveau proximal ab, situé idéalement à mi-chemin entre la colonne vertébrale et l’articulation coxo-fémorale, le niveau distal de résection [a'b') étant situé vers l’articulation sus-mentionnée.

2^ Méthode B. .

Bien que l’ablation du plexus suivant la méthode précédente . I fut complète, j’ai pratiqué, dans un certain nombre de séries, des suppressions plus radicales de l’innervation des membres, espérant, par cette méthode, soustraire ces derniers, pour un temps plus long, à toute influence nerveuse. *

Dans ce but, la section proximale des nerfs fut faite au niveau cd qui correspond très exactement à l’origine des nerfs rachidiens, c’est-à-dire au lieu d’union des racines antérieures et postérieures avec les rami communicantes. Pour réaliser cette condition, la méthode opératoire A est insuffisante, celle-ci ne permettant la mise à nu du plexus que bien plus distalement.

Dans quelques rares séries, j’ai atteint ce but par traction des nerfs, mais cette méthode est si grossière que j’y ai renoncé , rapidement. Dans tous les autres cas, j’ai atteint ce niveau de section des nerfs par une ouverture adéquate. L’animal narcotisé, très soigneusement lavé au savon, est séché avec du coton stérilisé à l’autoclave; puis la région à opérer est encore frottée avec du coton stérile, imbibé d’une solution d’eau oxygénée dans de l’eau également stérilisée. Ceci fait, l’animal est placé sur un champ opéra- ^ toire aseptique et recouvert d’un deuxième champ portant au centre un orifice rectangulaire de 2 à 3 cm. de long sur 1 cm de large. |

Les instruments sont préalablement stérilisés par un séjour pro- j'

longé dans de l’alcool à 95 puis séchés et essuyés avec du coton ï

stérilisé. Il va sans dire que les mains de l’opérateur sont égale- 1

ment désinfectées par lavage à l’alcool. '

Ces préparatifs étant terminés, une seule incision au bistouri |

est pratiquée le long de la ligne médio-dorsale, mais légèrement ,

( 1 mm ^ p 0 u près) du côté gauche, et qui doit trancher les muscles ;|

dorso-vertébraux jusqu’aux vertèbres de la région intéressée. On |

voit alors à nu les apophyses traverses des vertèbres et il s’agit

de les sectionner, ainsi que les côtes, sans léser les branches du plexus » qui se trouvent directement en-dessous.

La section de ces deux pièces osseuses se fait avec des ciseaux I fins à fermeture Collin qui m’ont rendu de très grands services.

I Pour réussir cette section, il faut cependant beaucoup de pratique et l’opération, sans lésion involontaire des nerfs, nécessite une certaine habileté. Si l’ouverture est bien faite, on voit immédiatement le ganglion spinal mis à découvert et le nerf spinal s’étale sous les I yeux de l’opérateur depuis son origine.

' Pour les pattes antérieures, cette opération doit être pratiquée trois fois; pour les pattes postérieures, il faut la réussir quatre fois pour découvrir toutes les branches du plexus.

Ceci fait, on écarte la masse des muscles et des pièces osseuses détachées des vertèbres, qui sont adhérentes aux muscles intercostaux et inter-vertébraux, et l’on sépare le tout de la colonne vertébrale. La grande blessure devient béante et est maintenue ouverte à l’aide d’écarteurs spécialement fabriqués à cet usage avec des épingles à cheveux. La section des parapophyses et des côtes, et toute la suite de l’opération sont effectuées sous le contrôle de la loupe binoculaire Zeiss, grossissement linéaire 27, ce qui permet d’opérer en toute connaissance de cause et avec une visibilité parfaite. Un éclairage adéquat est indispensable, aussi ai-je utilisé en dehors d’une lampe de 100 bougies, placée directement contre le binoculaire, un projecteur spécial, la lampe Mignoter de la maison Leitz qui permet l’obtention d’un faisceau lumineux petit et très puissant. Ainsi, le champ opératoire est véritablement inondé de lumière et l’on peut percevoir les moindres détails.

Par cette ouverture, et grâce à l’écartement des deux lèvres de la blessure, la préparation des branches du plexus est virtuellement terminée, il ne reste alors qu’à sectionner les nerfs, très délicatement, à l’aide de fins ciseaux à ressorts. Cette section est pratiquée suivant le niveau c d qui correspond assez exactement à ' un niveau situé à des ganglions spinaux, qui sont alors très visibles (voir fig. 11).

I Les nerfs rachidiens, branches du plexus maintenant détachées de leur origine, sont saisis avec une pince et réséqués plus distale- , ment. De cette manière, on peut extraire des parties du plexus correspondant à une longueur de 6”^”^ à 8”®^ environ.

O. SCHOTTÉ

Après la section des nerfs rachidiens, l’écarteur est enlevé et les deux lèvres de la plaie suturées avec de la soie très ténue, enfilée dans une aiguille très fine, le tout préalablement stérilisé dans des petits tubes. Pour les pattes antérieures, 5 points de suture suffisent; pour les pattes postérieures, il en faut souvent huit. Les points de suture doivent être à une distance maximum de 3”^”^ les uns des autres, sans quoi les masses musculaires, très puissantes à ces niveaux, sortent par les lèvres de la plaie et l’infection est quasiment certaine. Ceci fait, l’animal est placé dans des sacs stérilisés, en usage à la Station de Zoologie expérimentale de l’Université de Genève et qui ont été décrits dans un travail récent (1924) par K. Ponse^. Sans ces sacs, toutes les précautions d’asepsie sont vaines et l’infection gagne la blessure dans 90 % des cas. Les premières séries d’opérations de ce genre, où les animaux étaient replacés dans l’eau, accusaient réellement une mortalité de 90 % ! Après les perfectionnements de ma méthode, et grâce à l’emploi de ces sacs, j’ai pu ramener la mortalité à 3 à 5 %, y compris les accidents de narcose.

Les opérés séjournent dans ces sacs une dizaine de jours. Au bout de 5 jours environ, j’enlève la moitié des fils et le reste 3 jours après; 10 jours après l’opération, la guérison est généralement complète et les animaux peuvent être remis dans l’eau.

§ 5. Les amputations.

Comme je l’ai déjà indiqué, l’opération sur les nerfs portait uniquement sur le côté gauche; le côté droit gardait, dans tous les cas, son innervation intacte et servait ainsi de témoin. Cette condition est importante, en raison des différences individuelles que présentent souvent les animaux, suivant l’âge, l’état de santé, ou la saison.

Les amputations ont été, par contre, pratiquées toujours des deux côtés simultanément et au même niveau de part et d’autre. En ce qui concerne les hauteurs d’amputations des pattes, quatre niveaux ont été considérés (fig. 4):

Deux dans l’avant-bras (zeugopode):

a) niveau A-B situé dans une région distale du zeugopode,

^ K. PoNSE. L'organe de Bidder et le déterminisme des caractères sexuels secondaires du Crapaud ({Bufo oulgaris). Rev. suisse Zool. Vol, 31 (1924).

directement au-dessus des os carpiens ou tarsiens, de façon à n’atteindre que les deux têtes articulaires des os radius et cubitus ou tibia et péroné;

b) niveau C-D situé dans une région proximale du zeugopode.

2o Deux niveaux dans le bras (stylopode):

c) niveau E-F situé dans une région distale du stylopode.

d) niveau G-H situé dans une région proximale de ce dernier, pratiquement au ras de l’épaule.

Fig. 4.

Schéma montrant les 4 niveaux d’amputations utilisés pour les pattes antérieures.

Les niveaux è, c et n’ont été utilisés que pour les pattes antérieures ; les pattes postérieures ont été amputées seulement suivant A-B.

La date de l’amputation par rapport à celle de la suppression de l’innervation variait suivant le problème à résoudre. L’amputation pouvait être simultanée avec l’opération sur les nerfs, ou postérieure à cette opération, ou précéder la suppression de l’innervation.

L’amputation des membres est une opération simple en ellemême, mais qui doit être pratiquée avec une certaine circonspection si l’on veut éviter des accidents dans la régénération. En définitive, je me suis arrêté au procédé suivant. Une première amputation est effectuée par un coup de oiseau net à un niveau

situé légèrement en avant de celui que l’on veut obtenir. Les muscles sectionnés entraînent la rétraction des parties molles et, par suite, l’os ou les os font saillie hors de la surface d’amputation. Par un deuxième coup de ciseau, l’os saillant est tranché et la surface d’amputation devient ainsi parfaitement plane.

Avec cette méthode, on obtient une régénération très régulière et pratiquement simultanée pour les individus d’une même série; de plus, le régénérât est volumineux et présente une morphologie normale. Nous verrons plus loin combien ceci est important pour une interprétation saine des phénomènes observés. J’attribue les théories erronnées de Wolff et de son élève Walter à un défaut dans la méthode d’amputation, qui leur a fait obtenir des régénérats déformés, indépendamment de toute action du système nerveux.

§ 6. Complications par maladie.

La guérison totale des individus opérés suivant la méthode A ou B se fait normalement dans les 8 à 10 jours et les animaux ne semblent pas souffrir de cet état. La patte gauche est invariablement paralysée; lorsque l’amputation n’a pas suivi immédiatement l’opération sur les nerfs, j’ai pu observer, comme Rubin, une torsion caractéristique du bras : lorsque l’animal est au repos, la main paralysée s’appuie par sa face dorsale sur le fond du récipient. Parfois, malheureusement, des complications se présentent. Un ou deux jours après l’opération, la patte dépourvue de nerfs prend un aspect gangreneux; elle est gonflée, fortement dépigmentée et finalement se couvre de moisissures Quelques jours après, la peau et les muscles se détachent en lambeaux et, si l’on laisse persister cet état de choses, la patte toute entière se trouve envahie par la moisissure et l’infection gagne l’épaule. Dans ce dernier cas, l’animal est irrémédiablement perdu. Le seul moyen de le sauver avant l’infection de l’épaule, est de réamputer le membre atteint, en ayant soin de reporter le deuxième niveau d’amputation à une distance suffisamment grande du foyer d’infection, ce qui, naturellement, fait passer les animaux d’une série

1 Ces moisissures ont été également observées par P. Weiss, qui les considère comme des Saprolegnia.

dans une autre. J’ai pu, par ces réamputations, sauver un grand nombre d’individus, surtout pendant la première année de mes recherches. Plus tard, avec les progrès de ma technique, ces cas d’infection sont devenus très rares relativement au grand nombre d’animaux utilisés.

D’autres accidents, suivis des mêmes conséquences, proviennent de morsures que se font les Tritons entre eux. Les pattes sans innervation sont particulièrement sensibles à ces morsures et à l’infection consécutive. Le traitement à appliquer est identique au précédent.

Aux animaux (3 à 4 %) morts de suites opératoires, il convient d’ajouter environ 5 % de cas mortels survenus pendant les premiers six mois qui suivent l’opération. Souvent, cependant, j’ai pu conserver des séries de 15 à 20 individus jusqu’à la fin de l’expérience, sans une seule perte.

Dans l’exposé de mes recherches, je ne parlerai que d’individus ayant vécu jusqu’à la fin de l’expérience. Il n'est jamais question d'animaux opérés et morts aoant d'aooir donné des résultats certains.

O. SCHOTTÉ

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