CHAPITRE VI
Vérifications physiologiques et anatomiques.
Si l’hypothèse que j’ai formulée plus haut, d’après laquelle la reprise du pouvoir régénérateur serait fonction du rétablissement de l’innervation, tandis que l’absence durable de régénération serait liée à une perte définitive de l’innervation, est exacte, il doit être possible, soit par l’examen physiologique de l’innervation motrice et sensitive de la patte, soit par l’examen anatomique direct du plexus, de vérifier dans quelle mesure cette hypothèse est fondée.
§ 1. Examen du comportement physiologique des membres primitivement privés de leur innervation.
Pendant 20 jours en moyenne, toutes les pattes à innervation supprimées sont parfaitement paralysées. Elles traînent d’une façon absolument inerte au côté de l’animal et sont insensibles à la piqûre et au pincement.
Passée cette première période de paralysie absolue, on remarque, au bout d’un mois, les premiers mouvements encore très faibles de l’épaule et de l’avant-bras. Quelques jours plus tard, le bras peut être remué plus activement, mais toujours d’une façon incomplète. L’examen physiologique révèle déjà les premiers signes d’un retour de la sensibilité et de la motricité dans le zeugopode, alors que l’articulation du coude est toujours inerte et insensible. Peu à peu, environ deux mois après l’amputation, la sensibilité semble être complètement revenue, tandis que la motricité est généralement encore bien incomplète.
L’examen physiologique des pattes postérieures montre un rétablissement de la mobilité de la cuisse plus précoce dans la série A V que dans la série A VI où le niveau de section des nerfs était plus proximal. Pour juger du rétablissement complet de l’innervation, l’examen physiologique ne donne que des indications insuffisantes. On peut cependant dire que le retour à un fonctionnement normal est certainement plus rare pour les pattes postérieures que cela n’avait été le cas pour les pattes antérieures. Parmi les 30 individus de ces deux séries, aucun n’aurait pu être considéré comme normalement innervé d’après le seul examen physiologique.
Ce serait cependant une erreur de croire que le retour de la motricité et de la sensibilité coïncide exactement avec la reprise du pouvoir régénérateur. Sur ce point, je me trouve en contradiction absolue avec de nombreux chercheurs, sauf Goldfarb. Il y a des cas, relativement nombreux — environ 20 % -— où les animaux qui ont présenté une motricité nulle ou très réduite, ont cependant régénéré. Dans d’autres cas — 15 % environ — la motricité et la sensibilité semblaient être revenues et les pattes (même pas complètement cicatrisées) n’ont cependant été le siège d’aucune régénération. Inversément, j’ai observé des individus qui, après 2 ans
Rfv. Suissf de Zool. T. 33. 1926-
O. SCHOTTÉ
et plus, n’avaient récupéré ni leur motricité, ni leur sensibilité et qui cependant avaient régénéré, au bout de deux mois environ après l’opération nerveuse.
Il ressort de cette courte mise au point que, contrairement à ce qui a été dit et observé par les auteurs, sauf Goldfarb et répété récemment par P. Weiss, il n^y a pas de rapport certain entre Vétat fonctionnel des nerfs et la régénération^ cette dernière pouvant faire défaut après un rétablissement apparemment normal du fonctionnement nerveux du membre et, par contre, se faire en l’absence de ce fonctionnement.
La méthode basée sur l’examen physiologique est donc impropre à résoudre le problème.
§ 2. Examen anatomique de Pinnerçation des membres dans les cas de régénération tardée et d'^absence complète de régénération.
De nombreux individus furent soumis à un examen anatomique très minutieux portant sur les plexus opérés.
Ces vérifications furent faites soit sur des individus fraîchement morts ou tués, soit sur des individus simplement anesthésiés et qui, après cette intervention d’ordre banal, pouvaient servir pour d’autres expériences.
Pour les pattes postérieures, l’examen anatomique est certainement plus difficile à réaliser que pour les pattes antérieures. Ainsi^ je n’ai jamais pu statuer avec certitude sur la régénération du 4 me du plexus — le 19^^ nerf rachidien. Mais, comme ce dernier est très ténu, le doute, subsistant sur sa régénération plus ou moins complète, n’a que peu d’importance.
Voici, sous forme d’un tableau, les résultats de 135 examens anatomiques dont beaucoup ont été faits bien des mois après la première opération.
11 ne s’agit là que d’examens d’animaux effectués avant toute réamputation. Cette réserve est importante, car le nombre de Tritons n’ayant pas régénéré doit être diminué d’environ 75 %, ce dernier chiffre représentant le pourcentage des cas de non régénération attribuables à la seule action de la cicatrice.
Séries
Nombre
d’individus
contrôlés
L’état
de régénération des nerfs
Coïncidences entre la régénération des nerfs et celle des membres
examinées
Vi¬
vants
Morts
Total
com¬
plète
incom¬
plète
absente
Nerfs et
mem¬
bres
Membres
et
pa» nerfs
Ni nerfs
ni '
membres
Série A I
Série A II %
)) A II
» A II
Série A II
» A II èg
» A II 63
Tl
Série A II c
Série A III a
Série A III
» A III 62
Série A II c
Série A IV %