A IV
Série A V pattes post.
Série A VI pattes post.
Total
O. SGHOTTÉ
Une récapitulation des données de ce tableau montre que, sur 135 individus, 72 seulement ont montré un rétablissement complet des nerfs régénérés, 34 ont présenté une régénération incomplète (une seule branche par exemple du plexus paraissant régénérée), 29 individus, enfin, n’ont révélé, après un examen très minutieux, aucune régénération apparente des nerfs.
Si nous examinons les colonnes horizontales, c’est-à-dire si nous envisageons les résultats d’après les séries d’expériences, nous remarquons tout d’abord que, dans la série A I, à simple section des nerfs, sur 11 individus examinés, tous ont fait montre d’une régénération parfaitement normale des nerfs. Ceci provient sans doute du fait que les deux bouts des nerfs sectionnés étant restés très près l’un de l’autre, les conditions les plus favorables pour la régénération des nerfs se trouvèrent ainsi réalisées.
C’est dans les séries où le plexus brachial a été réséqué que les cas de non régénération absolue des nerfs se rencontrent, mais tandis que dans les séries A II %, A II «g, A II A II c, A III bi et A V il n’y a, sur 31 individus, aucun cas de non régénération des nerfs, que dans les séries A II ag, A II b^. A III a, A III b^ et A III c on n’en observe que 7 cas sur 31 individus, on compte, sur les 19 individus des 2 séries A II et A II àg, 8 cas d’absence complète de régénération des nerfs. Il en est de même si l’on envisage les résultats de l’examen anatomique des séries A IV A IV ag, A IV ài, A IV b^ et A VI où, sur 43 individus examinés, 14 n’avaient présenté aucune trace de régénération des nerfs.
Là encore, ces irrégularités peuvent s’expliquer par les données mêmes des interventions opératoires. Si nous faisons abstraction de la série A III àg dans laquelle rien, en apparence, ne justifie la très forte proportion de 3 cas sur 8, tous les autres cas peuvent recevoir une explication satisfaisante.
On se rappelle,en effet, que dans les 2 sous-séries AII a 4 et A II àg je ne m’étais pas contenté de réséquer suivant ab-a'V les nerfs du plexus, mais que j’avais saisi les bouts proximaux des nerfs encore attachés à la colonne vertébrale et les avais extirpés par arrachement. Or, on sait qu’après arrachement les nerfs régénèrent beaucoup plus difficilement qu’après simple section. J’ajouterai que, lors de cet arrachement, j’ai pu constater bien des fois que les nerfs avaient été réellement extirpés jusqu’aux racines, ce qui
RÉGÉ>ÉRATION CHEZ LE TRITON
rend l’absence fréquente de régénération des nerfs plus compréhensible.
Les raisons de la fréquence des cas de non régénération après section des nerfs suivant cd^ c’est-à-dire tout près des racines, sont un peu différentes. Là, l’obstacle à la régénération des nerfs doit être cherché, non plus dans l’état même du nerf, puisque dans ces opérations (séries A IV et A VI), les nerfs avaient été sectionnés au ciseau, mais très probablement dans l’établissement d’un tissu cicatriciel s’opposant à une régénération normale des nerfs. L’intervention nécessaire, pour sectionner ces nerfs si près de la colonne vertébrale, est en effet, assez grave et nécessite, comme cela a été dit plus haut, la section des côtes et des apophyses transverses des vertèbres. Lorsque les lèvres épaisses de cette plaie très profonde sont recousues, il est probable que ces parties osseuses et les lambeaux musculaires viennent se placer directement deA^ant les troncs nerveux sectionnés, réalisant ainsi un obstacle mécanique difficile à franchir.
§ 3. Relations existant entre la régénération des nerfs constatée
par un examen anatomique et la régénération tardioe des membres.
L’examen de la dernière grande colonne verticale du tableau de la page 147 permet de faire d’emblée quelques constatations:
Dans 68 cas sur 135, il y a coïncidence entre les résultats de l’examen anatomique et ceux obtenus par Texpérimentation;
a) Dans 50 cas, il y a à la fois récupération tardive du pouvoir régénérateur et reconstitution de l’innervation;
b) Dans 18 cas, les nerfs n’avaient pas été régénérés et, corrélativement, la régénération ne s’est pas produite.
2o Par contre, il y a discordance dans 67 cas sur 135, soit dans la moitié des cas :
a) Dans 53 cas, bien que les nerfs aient été reconstitués, la régénération ne s’est pas produite. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que ces résultats représentent la suite d’une première et unique amputation et que, comme nous l’avons vu au chapitre V, il faut attribuer environ 75 % de ces cas de non-régénération à l’influence de la cicatrice. Il ne resterait, théoriquement parlant, que 13 cas, dans lesquels l’absence de régénération doit être due à d’autres causes. D’ailleurs, ceux parmi les animaux examinés qui
O. SCHOTTÉ
étaient encore vivants et qui ont subi une simple révision opératoire ont été, comme on le verra plus loin, soumis, après ces constatations anatomiques, à de nouA^elles réamputations. Celles-ci ont confirmé que l’absence de régénération dépend, dans un certain nombre de cas, de la cicatrice, mais que cette explication n’est pas toujours satisfaisante.
b) Dans 14 cas, il y a eu régénération des pattes alors que l’examen anatomique n’avait pas révélé une reconstitution des nerfs. Ces derniers cas sont indiscutablement en opposition avec l’hypothèse formulée, d’après laquelle, ce serait le rétablissement des nerfs qui permettrait la récupération du pouvoir régénérateur. Toutefois, on pourrait invoquer, pour expliquer cette divergence, soit l’action d’une innervation collatérale, soit la régénération de fibres — principalement de fibres sympathiques — sous une forme qui échapperait au simple examen anatomique. Goldfarb est le seul auteur qui ait observé des cas semblables et ce sont des exceptions de ce genre qui ont fait adopter à ce savant une attitude si résolue de négation. Parmi les auteurs actuels, ni P. Weiss, ni Piera Loca- TELLi n’ont fait d’examens anatomiques; ils ne se sont donc pas heurtés aux mêmes difficultés avant de conclure à une action certaine des nerfs sur la régénération des membres de Tritons.'
Ces premières constatations ne peuvent manquer de donner une impression d’incohérence et d’incertitude qui semblerait confirmer la manière de voir de Goldfarb, d’après lequel «il n’existe pas de rapport immédiat entre la régénération et l’innervation inadéquate*). Il faut considérer, cependant, qu’il s’agit ici d’un premier examen fait, au hasard, sur des animaux qui, après la première opération, avaient ou n’avaient pas présenté de régénération tardive. Les expériences relatées au chapitre V nous ont révélé que la perte du pouvoir régénérateur, après une première amputation, ne devenait définitive que dans 25 % de ces cas (13 % des cas globaux).
Tl était dès lors tout indiqué de faire une autre série d’examens anatomiques sur des animaux qui avaient été soumis à la réamputation, que ceux-ci aient alors régénéré leur patte d’une façon normale ou tardive, ou que cette régénération ait fait défaut. Si l’hypothèse qui guide ce travail est exacte, le nombre de coïncidences entre l’état des nerfs et la présence ou l’absence de la régénération doit être plus grand qu’en ce qui concerne les examens faits avant toute réamputation.
RÉCxÉNÉRATIOiS CHEZ LE TRITON
§ 4. Examen anatomique effectué sur des animaux après une deuxième amputation.
Ces vérifications ont porté sur 38 animaux, dont 10 avaient régénéré normalement lors de la réamputation, dont 13 avaient présenté,une régénération tardive et dont 15 enfin n’avaient pas régénéré à nouveau lors de la nouvelle amputation.
a) Examen d'individus ayant régénéré normalement.
J’ai examiné 10 individus pris au hasard parmi les séries R I à III qui avaient présenté une régénération simultanée avec les côtés témoins. Le résultat de l’examen anatomique montre qu’à quelques détails près on peut considérer que les nerfs de ces animaux avaient normalement régénéré.
b) Examen d'animaux ayant régénéré tardivement.
Ce sont également des animaux des séries R:
1® Un des individus de la série R II a (X^ 533) montre une régénération partielle du plexus; le IV”^® nerf spinal étant seul régénéré, à l’exclusion des deux autres;
2® Chez six individus de la série R III (X® 566, 569, 570, 573, 575 et 579) la régénération des nerfs paraît normale dans deux cas, la reconstitution du plexus n’est que partielle chez les quatre autres.
3® Six T. alpestris de la série R II & (X® 535, 536, 545, 548, 551 et 554). Deux des individus présentent une régénération des nerfs en apparence normale; deux individus ont montré une régénération partielle portant sur un seul nerf, et deux une régénération complète, mais faible, de toutes les branches du plexus.
En résumé, sur 13 individus, la régénération tardive, après une première réamputation, a coïncidé, dans sept cas, avec une régénération partielle du plexus ; dans deux cas, avec une régénération complète, mais faible, et dans quatre cas avec une régénération complète, paraissant normale.
c) Examen anatomique d'animaux n'ayomt pas régénéré.
Les examens ont porté sur:
1® 2 individus de la série R. \la (X® 525 et 534). Le X® 525 présente une absence complète de régénération des nerfs, le N® 534 une
O. SGHOTTÉ
régénération partielle du plexus, en ce sens que la branche du plexus est présente, tandis que les 2 autres nerfs, IV et V, sont à peine indiqués.
2^ 6 animaux de la série R III (N° 565, 567, 562, 567, 572 et 574). Le N® 567 présente une régénération en apparence normale de tous les nerfs. LesNos562 et 572 ne possèdent qu’une régénération partielle (une seule branche du plexus sur trois), le 565 offre une régénération partielle et faible portant sur 2 nerfs du plexus seulement, enfin les 574 et 567 n’offrent aucune trace de régénération nerveuse.
3° 7 T. alpestris de la série R lïb (N^ 537, 540, 542, 546, 549, 550 et 552). Trois individus ne présentent aucune régénération des nerfs; un montre une régénération de toutes les branches du plexus, mais celles-ci sont grêles et faiblement développées; chez les trois autres la régénération est partielle, portant sur une seule branche du plexus.
En somme, sur les 15 individus examinés, et qui lors de la réamputation n’avaient à nouveau pas régénéré, 6 ne montrent aucun nerf régénéré, 7 n’offrent que la régénération partielle d’une ou parfois de deux branches du plexus, 1 a régénéré les trois branches, mais celles-ci sont grêles et n’ont pas le volume normal. Il ne reste qu’un seul cas, dans lequel la régénération du plexus est en apparence complète et normale.
Il résulte de l’examen anatomique effectué sur des animaux, après une première réamputation, que les prévisions émises tout à l’heure ont été en partie vérifiées : le nombre de concordances a considérablement augmenté, celui des discordances entre l’état des nerfs et la régénération des membres a diminué dans les mêmes proportions.
En effet :
a) sur 10 animaux qui, lors de la réamputation, avaient régénéré simultanément avec le côté témoin, l’état somme toute normal des nerfs régénérés est en accord avec les prévisions (10 coïncidences).
b) sur 13 individus qui, lors de la réamputation, avaient régénéré avec retard par rapport aux côtés témoins, les constatations anatomiques aboutissent à 9 concordances et à 4 discordances. .J’appelle ici concordances des cas où l’examen anatomique revèle mie inervation j)arliellement rétablie concurremment avec
une régénération tardive des membres, des retards semblables ayant été observés, lors des suppressions partielles de l’innervation, par P. Weiss et par O. Schotté.
c) Sur 15 individus qui, lors de la réamputation, n’avaient à nouveau pas régénéré, on enregistre 6 concordances absolues (absence des nerfs, absence des membres), 8 concordances partielles^ (nerfs partiellement rétablis, absence de membres régénérés) et enfin une discordance (présence des nerfs, absence de membres).
En résumé^ sur 38 individus examinés après une première réamputation, le nombre de discordances n’est plus que de 13,2% (5 discordances sur 38) alors que le pourcentage en était de 50%, lorsque les examens étaient faits préalablement à toute réamputation.
Si, ainsi,le nombre des discordances s’abaisse sensiblement, on n’en est pas moins frappé par les exceptions et l’on serait facilement porté à croire que la méthode anatomique est impropre à résoudre le problème posé. Comme lors de l’examen physiologique, on se heurte ici aussi à des cas exceptionnels et paradoxaux qui ne cadrent pas avec la théorie.
D’autres expériences et d’autres vérifications s’imposent.