CHAPITRE VII
Analyse, par réamputations, des cas exceptionnels.
Dans le chapitre V, j’ai rapporté les effets consécutifs à la réamputation des moignons cicatriciels d’individus dont l’état de régénération des nerfs du plexus était inconnu. Dans les séries qui suivent, il s’agit au contraire d’individus ayant été préalablement examinés.
Suivant l’état de régénération des nerfs du plexus ou selon qu’il s’agissait des pattes antérieures ou postérieures, j’ai réparti les 27 individus dont il est question dans ce chapitre en 3 séries.
^ Ces concordances peuvent également s’expliquer par des cas expérimentalement obtenus par O. Schotté et signalés dans une note précédente (1923) où, après l’ablation partielle du plexus j’ai observé un certain nombre d’absences de régénération.
O. SCHOTTÉ
§ 1. Série R V L Réamputation dHndwidus n'^ayant pas régénéré et dont Vexamen anatomique réoèle la présence de tous les nerfs du plexus,
10 T, cristatus ou T, alpestris, choisis dans les différentes séries A, dont les pattes antérieures gauches n’avaient présenté aucune régénération, et dont l’examen anatomique avait montré la régénération en apparence complète du plexus, sont réamputés quelques jours après l’examen, le 8 juillet 1922.
Un seul des individus ne présente aucune régénération de sa patte, celle-ci étant à nouveau entièrement pigmentée et cicatrisée; 1 individu régénère avec un retard d’un mois par rapport au côté témoin; les 8 autres, par contre, régénèrent simultanément avec le côté témoin.
Ainsi, sur 10 individus n’ayant pas régénéré une première fois malgré le rétablissement des nerfs, la réamputation montre que 9 cas étaient attribuables au seul obstacle cicatriciel et qu’il n’y a qu’un seul individu qui soit réellement réfractaire à la régénération.
§ 2. Série R V IL Réamputation dHndioidus n^ayant pas régénéré et dont Vexamen anatomique réoèle que Vinnervation est partiellement rétablie,
8 individus {T, cristatus ou T, alpestris), choisis dans les mêmes conditions que précédemment, mais dont l’examen anatomique a révélé que le plexus était partiellement rétabli, sont réamputés des deux côtés, le 10 juillet 1922.
Ils ont présenté, dans leur comportement, des différences individuelles notables: 3 ont régénéré simultanément avec le côté témoin; 2 ont commencé à régénérer après un retard de 5 mois; 1 après un retard de 65 jours; les 2 derniers individus se sont cicatrisés très rapidement et définitivement.
Abstraction faite des retards, il ne reste donc plus que 2 réfractaires sur 8 individus ayant le plexus partiellement régénéré.
§ 3. Série R V III. Réamputation des moignons cicatriciels des pattes postérieures après examen anatomique.
9 T. cristatus des séries V et VI qui n’avaient pas régénéré, lors de la première opération, ont été réamputés 5 à 10 jours après l’examen anatomique, le 30 avril 1923.
Les résultats de l’examen ainsi que ceux de la réamputation
sont
groupés
sous
forme
d’un
tableau.
NO
Etat des nerfs du plexus crural
I II III lY
Régénération des pattes opérées normale retardée de absente
40 jours :—
normale
normale
20 jours —
normale
— absente
50 jours —
20 jours —
— absente
On voit que, sur 9 individus ayant présenté des régénérations plus ou moins complètes de leurs nerfs, 3 ont régénéré simultanément par rapport aux côtés témoins, 4 avec des retards variables de 20 à 50 jours, 2 enfin n’ont présenté aucune régénération du côté opéré qui, cependant avait montré la présence des deux premiers nerfs du plexus.
Résumé. On voit eu somme que, sur 10 cas n’ayant pas régénéré malgré reconstitution complète du plexus brachial, un seul s’est montré de nouveau réfractaire à la régénération à la suite d’une nouvelle amputation.
Sur 8 animaux ayant régénéré partiellement le plexus brachial, 2 seulement ont continué, pour la deuxième fois, à ne pas régénérer leurs pattes.
De même, sur 9 animaux, ayant régénéré plus ou moins partiellement leur plexus crural, il n’y en a que 2 qui aient à nouveau présenté une absence de régénération.
O. SGHOTTÉ
Ces expériences qui n’ont porté que sur une partie (27 sur 53) des cas soumis à la révision opératoire, les autres étant morts, montrent que le nombre des discordances se trouve être considérablement diminué par les résultats d’une nouvelle amputation. Celle-ci peut intervenir soit en supprimant l’obstacle mécanique de la cicatrice, soit en réalisant à nouveau les conditions nécessaires pour qu’une régénération se produise chez les animaux qui n’ont pu régénérer que très tardivement leurs nerfs.
Sur ces 27 cas, il reste en somme 4 cas exceptionnels d’absence de régénération, malgré la reconstitution complète ou partielle du plexus. Il est intéressant de comparer cette diminution des discordances avec ce que nous avons obtenu à la fin du chapitre précédent, lors de l’examen anatomique d’individus ayant déjà subi la première réamputation (5 discordances sur 38).
On voit que, dans les deux cas, la réamputation agit en diminuant le nombre des cas exceptionnels.
En ce qui concerne les 9 cas de non régénération de la patte (4 + 5), malgré reconstitution des nerfs, ceux-ci ne me paraissent pas être en opposition irréductible avec mon hypothèse de travail. Il a été, en effet, fréquemment constaté, à la suite d’interventions diverses, n’ayant aucun rapport avec le système nerveux, des cas d’absence définitive de régénération chez le Triton. Il faut songer que la suppression, souvent prolongée, de l’innervation, a pu entraîner des dégénérescences des tissus, qui ne sont plus dans un état adéquat à la néo-formation des membres et l’on conçoit que l’arrivée de nouveaux nerfs ne soit plus suffisante pour provoquer la régénération aux dépens des tissus dégénérés. Il y aura toujours, dans des expériences de ce genre, un certain pourcentage de cas exceptionnels dont la cause pourra être recherchée, mais n’est actuellement pas connue.
§ 4. Animaux n'ayant pas régénéré^ amputés pour la 3"^® fois.
11 s’agit d’animaux provenant des séries R (I à III) n’ayant pas légénéré une première et une deuxième fois. Ces animaux furent à nouveau réamputés après examen anatomique; la réamputation était fréquemment effectuée deux ans après la résection primitive des nerfs.
RÉGÉNÉRATIOiX CHEZ LE TRITON
Troisième amputation (Tanimaux dont tous les nerfs du plexus sont présents (deux individus).
Les animaux 567 (série III R) et 546 (série R II b) sont dans les conditions requises pour cette expérience. Le 567 qui, lors de la première réamputation, n’avait fait montre d’aucune régénération, régénère maintenant avec une vitesse un peu moins grande que du côté témoin, mais le N® 546 continue à ne pas régénérer.
2^ Troisième amputation d^animaux dont Vinneroation est partiellement rétablie (trois individus).
Nos 534 (série II Ra), 562 et 572 (série III R). Le No 534 lors de la première amputation, n’avait pas régénéré, régénère maintenant avec un retard de 30 jours, tandis que les individus 562 et 572 continuent à ne pas régénérer pendant des mois.
En résumé^ sur cinq animaux n’ayant pas régénéré deux fois de suite, deux régénèrent à la troisième amputation ( 2 “^^ réamputation).
30 Troisième amputation d""animaux Payant pas régénéré une première fois et ayant régénéré tardivement lors de la première réamputation.
a) Animaux ayant révélé une innervation complètement rétablie (4 individus): Nos 569, 573 (série III R), 541 et 543 (II R b).
Après la 3^® amputation, ces quatre individus régénèrent maintenant à nouveau, mais avec le même retard que lors de la deuxième amputation.
b) Animaux ayant révélé une innervation partiellement rétablie (5 individus). No 533 (série II Ra), 566, 570, 575 et 579 (série III R). Après cette réamputation, tous régénèrent avec le même retard que précédemment, sauf le No 566, pour lequel ce retard se trouve diminué.
On voit ainsi que la régénération tardive reste une caractéristique de ces animaux, sans que l’on puisse savoir avec certitude si elle est liée à quelque anomalie dans la reconstitution des nerfs.
§ 5. Conclusion.
L’examen anatomique effectué sur des individus des séries A, avant une première réamputation, a montré 50 % de discordances,
O. SCHOTTÉ
soit: a) 53 cas sur 135, où l’on notait la régénération des nerfs sans régénération des membres; b) 14 cas sur 135, où l’on notait la régénération des membres sans régénération des nerfs.
Les expériences de réamputation (première réamputation) ont montré que sur les animaux réfractaires (non examinés au point de vue anatomique), 75 % régénèrent après ablation de la cicatrice, si bien qu’il ne reste plus que 25 % d’animaux réfractaires.
Lorsqu’on pratiqué l’examen anatomique sur des animaux n’ayant pas régénéré après une réamputation, on constate que le nombre des cas exceptionnels (régénération des nerfs sans régénération de la patte) n’est que de 5 sur 38, soit 13,2 %, ce qui confirme l’approximation calculée plus haut, en ce qui concerne le pourcentage d’individus définitivement réfractaires à la régénération, l’action de la cicatrice étant expérimentalement déterminée.
Enfin, après une deuxième réamputation, on trouve que sur 11 animaux deux fois réfractaires, quatre deviennent à la deuxième réamputation (troisième amputation) capables de régénération.
Encore faut-il tenir compte des régénérations partielles des nerfs qui peuvent, pour un niveau d’amputation donné, équivaloir à une absence de nerfs dans cette zone. Il ne m’est pas possible actuellement d’apporter sur ce point plus de précision, me réservant d’analyser la relation entre les différentes branches du plexus et le niveau d’amputation dans un travail spécial consacré à des ablations volontairement partielles du plexus.