TRANSPORT AU BAGNE
Il s'effectua d'abord à pied, par étapes, en réunion de forçats dont le nombre dépassait quelquefois celui de deux
cents. L'ensemble de ces condamnés portait le nom de chaîne.
Leur ferrement s'effectuait à Bicôtre et se composait d'un collier, espèce de carcan dont le boulon était solidement rivé; de ce collier partait une chaîne qui descendait à la ceinture pour monter de ce point au collier du forçat voisin , et ainsi de suite , jusqu'à l'extrémité de la colonne , rattachée , dans son ensemble , par une chaîne commune.
Ces transports étaient dirigés par des entrepreneurs dont le mandataire conduisait les hommes en recevant le litre de capitaine de là chaîne. Il avait sous ses ordres une compagnie de volontaires salariés; un médecin complétait le personnel de cette expédition, à laquelle se joignait encore souvent la gendarmerie des diverses localités.
Sur le trajet venaient s'ajouter, à la chaîne principale, les chaînes volantes , avec la désignation de cordon portant le nom de la ville dont les prisons le fournissaient.
Les étapes étaient assez rapprochées et les haltes se faisaient dans les granges et dans les écuries, sur de la paille fraîche.
Que l'on pense maintenant à la longueur, k la fatigue du trajet, au temps du transport, qui durait parfois plus d'un mois ; à la déplorable curiosité publique , rassemblant sur le passage de la chaîne la masse inconsidérée des populations ; aux réflexions insultantes des hommes et même des femmes sans éducation ; aux démonstrations cyniques des forçats , à la licence , à la grossièreté de leurs imprécations et de leurs chants, etc., on comprendra bientôt ce qu'avait d'inhumain et d'immoral cette immense exhibition du crime, et combien notre civilisation actuelle dut se préoccuper du soin de la faire disparaître.
TEL qu'il est aujourd'hui. 49
Aujourd'hui, les voitures cellulaires» offrant une petite case pour chaque forçat , conduites en poste du départ à la destination » ont donné pleine satisfaction à la morale publique , et résoudront également avec avantage la question d'humanité lorsqu'elles se trouveront disposées d'une manière moins gênante pour les malheureux à transporter. Mais, telles qu'on les voit encore maintenant, ces voitures sont loin de répondre à toutes les exigences de la philanthropie. M. Alhoy dit à leur occasion : « Je suis encore à interroger les faits pour savoir si ce progrès n'est pas un retour vers cette époque de torture que la raison
et l'humanité condamnaient La voiture cellulaire est rarement
une arche inviolable, elle est toujours un lieu de supplice, quelquefois elle est un tombeau. »