APPRÉCIATION DL BAGNE
dans les salles : a Veillez avec soin sur vos poches el même sur les objets précieux qu'on ne pourrait vous dérober qu'avec une très-grande habileté. »
« Autrefois, dit M. Alexandre de Laborde, la distribution philosophique des condamnés établissait un système de moralité dans le séjour même de l'immoralité ; isolant certain crime d'un autre et interposant ainsi entre les criminels mêmes des préjugés de délicatesse et d'honneur. Aujourd'hui, les bagnes ne sont plus que des écoles de forfaits où chaque condamné peut s'instruire dans l'art de les commettre. Le faussaire apprend du voleur à faire une fausse clef, à crocheter une porte ; le voleur à son tour apprend du faussaire à calquer une signature , à faire des compositions chimiques qui enlèvent l'écriture et qui collent le papier de manière à lui laisser sa couleur. Le faux monnayeur reçoit les leçons de l'assassin ; le bigame devient empoisonneur. La maison qui était destinée à punir le coupnble et à le corriger pour le rendre ensuite a la société , devient l'atelier où se préparent les grands crimes, où se propagent tous les genres de perversité; el l'on en voit sortir, après y être devenus des monstres, des malheureux qu'un instant d'oubli y avait précipités, h
Il serait difficile de faire une description plus saisissante et plus vraie de la chiourme comme école de mauvaises mœurs et de crimes à tous les degrés.
L'auteur signale en même temps un fait d'une haute importance dans la question , et ressortant de l'histoire positive du bagne : c'est qu'il s'agit de l'état actuel de l'institution, dont les conditions sont beaucoup plus vicieuses que celles de l'état passé. Nous prenons acte de ce fait et nous verrons, dans l'examen du bagne tel qu'il devrait être , la grande portée que ce môme fait peut offrir.