‹ Systeme pemitentiare, Le Bagne, La Prison Cellulaire, La DeportationChapitre 30 sur 45 · IL GARANTIE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

IL GARANTIE PUBLIQUE

Après l'action pénale vient, comme base fondamentale de tout bon système pénitentiaire , la sécurité qu'une législation prévoyante et sage doit donner à l'ordre social contre les attaques nouvelles du condamné.

Les anciennes institutions offrent encore, sous ce nouveau rapport, un caractère de rigueur, disons mieux, de barbarie, que

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le moraliste, même sévère, ne peut envisager sans tristesse et sans regret.

La société se montrait alors d'une inquiétude puérile et d'un égoïsme révoltant. Elle demandait au législateur le supplice du coupable, parce que, d'après la terrible expression de Cromwel, « Les morts seuls ne reviennent pas ! »

La loi répondait presque toujours à ce sanglant appel ; aussi les condamnations capitales terminaient-elles bien souvent le procès des criminels!... Ou bien encore, les cachots souterrains, avec leurs épaisses murailles, froides, humides, nitrifiées, offrant pour décoration les stalactites et la moisissure , véritables sarcophages des vivants, ne laissaient-ils ordinairement tourner leurs énormes et stridents verrous , que pour ensevelir un mourant ou pour exhumer un cadavre ! . . .

« Anciennement, dit M. H. Garnot, les fréquentes applications du supplice capital devaient rendre la prison peu nécessaire ; celle-ci même , avant de devenir une commutation de peine , a pu être considérée comme un moyen de prolonger les tourments de la victime. Certaines prisons plus modernes, comme les plombs de Venise, par exemple, pourraient faire croire qu'un tel raffinement de cruauté n'a pas exclusivement appartenu aux siècles reculés. »

Notre législation actuelle, dans sa judicieuse bienveillance, a parfaitement compris qu'il existait une autre puissance de répression que l'inertie matérielle d'une épaisse muraille; elle a surtout senti, dans sa haute moralité , qu'il se trouvait un autre moyen d'assurer la tranquillité sociale, que l'exécution d'un coupable; et surtout que cette mort lente et chronique obtenue par les horreurs du cachot, à la suite d'une condamnation que l'on n'avait pas eu le courage de formuler sous son véritable noml...

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« Pour prévenir les évasions, dit M. Charles Lucas, inspecleur général des prisons , et dont l'opinion , basée sur une longue et judicieuse expérience, est d'un si grand poids dans la question, ce n'est plus la force matérielle , mais la force morale qui doit dominer non-seulement dans l'action de la discipline , mais même

dans le système des constructions Le problème à résoudre

pour l'architecte est l'organisation d'une surveillance facile, inattendue, simultanée; ce n'est plus d'enfermer les détenus sous les verrous , mais sous les clartés de l'inspection ; il faut , pour ainsi dire , rendre partout intelligentes et transparentes ces pierres dont on n'opposait naguère que la masse et l'épaisseur aux tentatives de l'évasion. »

En supposant, comme l'ont prétendu quelques légistes habiles, que M. Ch. Lucas donne un peu trop à la puissance morale, à l'exclusion de la puissance physique , son opinion , basée sur les faits, n'en reste pas moins commo un grand et noble perfec^ tionnement«

D'autres auteurs , également très*graves , ont admis la même idée, seulement avec quelques modifications.

« Les prisonniers ont cessé, dit M. H. Garnot, d'être torturés à plaisir; mais, renfermés dans des espaces étroits, privés d'air et d'exercice , soumis aux plus dures privations , en proie à la brutalité de geôliers inhumains, leur position n'avait que peii gagné. Pour qu'ils ne fussent plus traités comme des animaux malfaisants , il fallut l'intervention du christianisme et de la philanthropie. Il était réservé à notre temps, et c'est un de ses titres d'honneur, de comprendre qu'il peut y avoir pour la société une garantie préférable à la détention : c'est la réforme morale du détenu. »

Pour compléter cette partie de l'application pénale, nous devons examiner l'imposition des fers aux malheureux condamnés.

La législation se proposa , dans l'emploi de ce terrible moyen , précisément les deux objets que nous venons d'étudier : l' l'action piénale ; 2^ la garantie publique.

Ici, comme partout, les anciennes lois se montrèrent absolues et barbares.

Comme châtiment, elles écrasaient le galérien sous le poids énorme du ferrement , et le forçaient à traîner le boulet en donnant à cette punition l'aspect et même le caractère d'un supplice non interrompu.

Comme répression , elles clouaient cette faible victime de leur brutalité sur le meurtrissant toUard , et lui laissaient à peine assez de liberté dans ses mouvements pour satisfaire aux plus pressants besoins de la nature.

Enfin , pour mettre le comble à cette immorale et permanente exécution , elles accouplèrcQt ces malheureux à la manière des sgaimaux , en les exposant, disons mieux , en les conduisant aux qionstrueuses conséquences de ce& horribles et dégoûtants mariages l...

Dans ce point important, comme dans tous les autres, la législatiou criminelle est en voie de progrès et d'amélioration; elle a déjà diminué le poids des chaînes, supprimé le boulet, rendu l'accouplement plus rare ; elle continuera ces actes d'intelligence et d'humanité sans nuire à la puissance pénale et répressive, que la prudence ne devra jamais lui conseiller de sacrifier.

Pour les esprits exclusifs et sans portée suffisante , ici finirait le rôle de la législatioA et commencerai! celui de la philanthropie , avec celte conséquence, aussi fâcheuse qu'erronée, d'établir u»

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antagonisme , une oppositiou entre la seconde, qui demanderait imprudemment le rapport des lois pénales , et la première, qui le refuserait avec raison.

Pour les esprits complets et justes , le rôle du législateur continue , devient plus touchant et plus respectable encore par son admirable fusion avec celui du philanthrope.

Nous donnerons immédiatement la consolante preuve de cette noble et digne alliance, en rapportant les propres expressions des jurisconsultes les plus éminents.

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