‹ Systeme pemitentiare, Le Bagne, La Prison Cellulaire, La DeportationChapitre 36 sur 45 · III. ORGANISATION DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

III. ORGANISATION DU TRAVAIL

La première condition de succès pour le bagne et pour tout établissement pénitentiaire, est l'organisation du travail bien comprise et dirigée vers la meilleure fin, avec une attention constante, avec une persévérance qui ne se fatigue jamais.

Ce moyen si fécond dans ses résultats, sans lequel tous les

autres manqueraient leur but, produit en effet simultanément : Tordre dans les masses ; la santé , le bien-être présent et futur, la moralisation des individus; pour l'administration, une grande facilité dans la surveillance; pour TÉtat, une indemnité plus ou moins entière des frais considérables que, sans cette institution, il aurait à supporter entièrement; enfin , pour la société , la principale garantie contre les récidives du libéré.

« A l'époque où M. l'intendant de la marine de lareinty avait organisé le travail dans le port de Toulon , dit M. Alhoy , et où MM. Raucourt et Bernard réalisaient de si grandes choses, M. Raynaud , qui était à la tête de l'administration de la chiourme, croyait possible d'obtenir des forçats un travail productif et d'améliorer assez leur moral par ce travail même , pour que leur rentrée dans la société , au jour de l'expiration de leur peine , pût

être sans danger C'est un tableau plein d'intérêt à contempler,

que cette organisation du travail dans ses développements progressifs... Dans l'immense atelier des travaux maritimes, cent condamnés, même les plus suspects, les plus difficiles à garder, peuvent travailler, et un seul homme suffit à la surveillance... Le port se nettoie , des bassins sont creusés , des cales couvertes , des édifices, et notamment le magnifique hôpital de Saint-Mandrier, s'élèvent par la main des condamnés. »

« Toute société a deux forces régulatrices : l'éducation et le travail, dit M. Bayle-Mouillard , en rendant compte de l'ouvrage de M. L. Faucher : partout où le crime cesse d'être une exception pour s'élever k l'état d'épidémie, tenez pour certain que l'une on l'autre de ces digues est rompue. Concluez-en aussi que , poar ramener du vice à la vertu , il faut recourir à ces deux formes régulatrices : le travail et l'éducation. )^

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« La population des pénitenciers agricoles, dit M. Léon Faucher, multitude plus docile et qui offre une surface moins impénétrable aui influences ordinaires de la discipline , convient aux travaux pénibles et peut travailler à Tair libre sous la surveillance des gardiens. Armez ces détenus , sans crainte , de la truelle

et de la pioche Le silence et la nature du travail les tiendront

isolés sous Fœil des surveillants , qui auront pour les maintenir dans le devoir la puissance matérielle de Tassociation. »

«J'ai été à même, dit M. Marquel-Vasselot , directeur de Loos , de laisser un grand nombre de prisonniers travailler librement dans des cours, enclos de jardins, en dehors des murs de ronde, et comme en plein champ, et je n'ai pu compter, durant dix-sept années, que trois tentatives d'évasion de la part des détenus. »

4( A Brest, dit M. Ch. Lucas , voyez ces tailleurs de pierre près desquels s'arrêtent les passants, surpris de leur habileté... Us ont les mains armées de marteaux... On ose les approcher, il n'est pas d'exemple qu'ils aient fait le moindre mal à un visiteur... Voyez ces ateliers de tisserands, de fileurs, de teinturiers, de fouleurs, de forgerons, etc. : aux extrémités de la cour qui les renferme , vous apercevez pour toute garde deux hommes le sabre au côté , chargés de contenir plusieurs centaines de forçats armés de tous les instruments de ces ateliers. Cependant, l'ordre se maintient, l'activité règne dans cette population qui représente tous les crimes prévus parle Code pénal ; et tout cet ordre, à qui le doit-on , en l'absence des deux pièces d'artillerie braquées sur les salles vides du bagne , en l'absence des fers qu'on ne reprendra que pendant la nuit? C'est uniquement à l'empire du travail. »

Le même auteur ajoute, pour prouver combien il serait facile de

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perfectionner les établissements actuels et même d*en créer de nouTeaux par le moyen des travailleurs du bagne : « Tous ceux qui ont vu , qui ont admiré à Brest et à Toulon ces vastes et magnifiques hospices de Clermont-Tonnerre et de Saint-Mandrier, élevés ayec tant d'art par les forçats, ne s'étonneront pas qu'on pût utiliser leurs bras à la construction de modestes pénitenciers. »

Pour une question aussi grave , aussi éminemment utile , et cependant contestée dans sa véritable solution par des esprits prévenus , il nous importait d'établir sur les opinions des hommes les plus spéciaux et les plus expérimentés, la grande utilité du travail bien organisé dans les bagnes, \i facilité de l'instituer sur des bases convenables et suffisantes. Nous pourrions accroître le nombre de ces preuves incontestables : ce serait les multiplier inutilement , sans en augmenter la valeur.

Pour donner à ce puissant moyen l'influence qu'il doit avoir, pour lui faire porter tous ses fruits , il faut organiser le travail d'après les principes que nous avons posés , et dont nous allons faire ici les utiles applications :

Les travaux du port , compris sous le titre de grande fatigue , seront exécutés par les forçats indociles et par les inconnus.

Si le nombre des condamnés de ces catégories n'était pas suffisant pour l'accomplissement habituel de ces travaux, on y joindrait en proportion convenable , mais sans les confondre avec les autres, et même en leur choisissant les tâches les moins pénibles, des condamnés pris dans la classe des éprouvés , et dont les professions se rapprocheraient le plus des ouvrages à faire , tels que les égouliers , mineurs , canotiers , chargeurs , terrassiers , agriculteurs, cai-riers, maçons, charpentiers, etc.

Les travaux dont l'ensemble est compris sous le nom .de petile

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fatigue seront faits par les forçats éprouvés, et dont les aptitudes s'accorderont le mieux avec les états de ce genre que Ton trouvera convenable de faire pratiquer dans l'établissement; tels que ceux de tailleur d'habits, de cordonnier, boulanger, menuisier, serrurier, tailleur de pierre, de chapelier, mécanicien, touvreur , etc.

Pour les éprouvés seulement , le tiers dû produit qui revient à chaque travailleur sera consacré par l'administration a former le pécule du condamné, avec remise au jour de sa libératioù définitive.

Excepté cette retenue, tout le produit du travail rentrera dans les caisses de l'État.

Des cours d'arts et métiers , surtout au point de vue pratique , seront faits dans le bagne pour donner une profession , des plus simples et des plus utiles, à ceux qui n'en ont aucune , et dans le but de perfectionner l'habileté de ceux qui déjà possèdent un état.

On aura daiis cet efiseignemenl la double attention de ne jamais déclasser les sujets, et de ne pas trop multiplier une même profession , afin d'éviter toute concurrence nuisible avec les travailleurs libres.

Ces travaux seront tous obligatoires et resteront constamment comme partie de l'action pénale.

Ils seront exécutés, suivant leur nature, soit en plein air, soit dans les ateliers appropriés.

Sans exiger ce silence absolu, nuisible par les réactions qu'il excite , les expédients qu'il fait naître , et tel qu'on l'observe dans les pénitenciers cellulaires avec travail en commun , on maintiendra le calme et la paix en rappelant sévèrement à l'ordre tout forçat qui viendrait lès troubler sérieusement.

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