‹ Systeme pemitentiare, Le Bagne, La Prison Cellulaire, La DeportationChapitre 39 sur 45 · V. ACTION PHILANTHROPIQUE · texte numérisé non relu

V. ACTION PHILANTHROPIQUE

£q Tenant en aide à la religion « Taclion de la bienveillance et du déyouement social exerce un empire qu'il n'est plus aujourd'hui possible de contester.

- Quelquefois même cet empire dispose et prépare celui des enseignements sacrés en facilitant leur accès dans l'âme du coupable, qui souvent n'en comprendrait pas bien d'abortl toute l'excellence et toute la pureté. C'est un avant-goût du bien qui conduit à l'amour, à la pratique de la vertu.

« Nous sommes arrivés à une époque, dit M. Ch. Lucas, où ce n'est plus la force physique, mais la force morale qui, dans les bagnes comme au sein de la société, donne à l'ordre ses plus sûres garanties. »

Il faut donc chercher a faire sortir les forçats de cette ignorance grossière qui rend le plus grand nombre inaccessible à tout amendement ; il faut leur donner au moins les premières notions de la morale , de l'éducation et de l'instruction , sans lesquelles ils ne pourraient apprendre a vivre dans la société , au jour de leur affranchissement ; et surtout acquérir la connaissance d'une profession utile dont le produit se trouvât alors en mesure de subvenir à leurs besoins.

Un patronage bien organisé, des associations appropriées sous le titre de frères des prisons , en se concertant avec les aumôniers de manière à faire arriver les moyens de chacun à leur but spécial , ne manqueraient pas d'avoir des résultats assez satisfaisants pour qu'il ne fût plus possible d'adresser au bagne nouveau les reproches que M. Alhoy fait au bagne ancien , lorsqu'il dit :

2ii LE BAGNE

« Aujourd'hui que remploi du forçat n'est plus appliqué à de grands et utiles travaux ; maintenant que le condamné, dont on avait voulu émanciper Fintelligence , est réduit à Tétat de machine et ne fonctionne que comme levier» rame» ou bête de somme; maintenant qu'il n'y a plus d'ouvriers que ceux-là qui ont fait leur apprentissage avant la condamnation ..•• celui qui entre au bagne sans profession sort comme il est entré ; seulement il peut apprendre à manier une rame ou à étirer de Téloupe ; et quand il ne trouve pas à exercer un de ces deux métiers, il faut qu'il cherche son existence dans le vol x)u la mendicité. »

Que la société , dans son propre intérêt et par pitié pour le malheureux condamné, se montre donc sage, grande et généreuse en employant tous les moyens si puissants qui se trouvent à sa disposition pour moraliser l'homme déchu , le soutenir dans ses pénibles et difficiles épreuves , le rendre enfin avec avantage à ses relations si fatalement et si douloureusement brisées ; elle travaillera tout à la fois pour sa gloire et pour sa véritable sécurité.

Quel tableau plus touchant, dans ce genre, que celui qui noas est esquissé avec autant de grâce que de naïveté par M. Bayle- Mouillard :

a Voyez ce qui se passe à Lausanne : la magnifique prison du canton de Vaud, avec son luxe de propreté, son régime si doux, ses travaux si faciles, sa nourriture presque recherchée, ses jardins et ses fleurs, semble faite pour multiplier les récidives; pourtant les rechutes sont rares car la religion veille au dedans; les mœurs, au dehors.

a II y a peu d'années, une jeune fille fut condamnée pour un crime flétrissant. Consolée , ramenée au bien par le ministre que d'autres prisons envient à la prison de Lausanne , elle avait été

TEL qu'il doit ÊTRE. 245

pleinement réhabilitée quand la fin de la détention arriva ; mais elle n'osait plus retourner au hameau natal , elle formait des projets d'exiL Ses anciennes compagnes le surent ; elles apprirent à la fois sa guérison, sa honte, ses projets; et, vêtues de leurs habits de fête , elles vinrent en procession attendre la prisonnière à la porte du pénitencier pour la ramener au village!...

« Avec de pareilles mœurs, toute réforme est facile, toute chute est réparable; mais , pour être toujours efficace, le repentir a besoin des secours de la vertu. »

Des actions aussi nobles, des réflexions aussi dignes n'exigent pas de commentaire ; les unes et les autres portent naturellement avec elles tous les enseignements nécessaires à cet admirable sujet.

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