‹ Systeme pemitentiare, Le Bagne, La Prison Cellulaire, La DeportationChapitre 40 sur 45 · VI. RÉCOMPENSES · texte numérisé non relu

VI. RÉCOMPENSES

Equitablement fondés , choisis avec intelligence et discrétion , répartis avec mesure sans jamais porter atteinte au maintien de la discipline, à la nécessité de l'action pénale et répressive, les encouragements accordés aux condamnés produiront les plus salutaires effets; tandis que dans les conditions opposées leur influence deviendrait nuisible et même funeste au' succès de l'institution. Des faits assez récents l'ont démontré; les avertissements de cette regrettable expérience ne resteront donc pas sans enseignement.

Ces récompenses devront toujours avoir leur principe et leur motif dans la bonne conduite de chaque jour, dont les relevés, effectués comme nous l'avons indiqué , pendant un temps assez long, donneront des garanties suflisantes pour ne pas exposer aux pénibles regrets d'une rémunération hâtive ou prématurée.

S46 LE BACNE

«•Il faut ici , dit H. Léon Faucher, prendre pour règle un compte moral ouvert à chaque détenu, et dans lequel on balancera soigneusement les semaines de bonne et de mauvaise conduite ; le résultat de ce compte , communiqué régulièrement au détenu , sera pour lui le stimulant le plus efficace. ï^

La première des faveurs accordées au condamné sera le passage dans une salle d'épreuve où la vie devient moins dure; le régime alimentaire, meilleur; Tuniforme, différent; le coucher, mieux disposé ; le travail , moins pénible. C'est le premier pas fait dans cette précieuse carrière d'amendement qui doit conduire à la réhabilitation.

« Dans la salle d'épreuve, dit M. AJhoy, l'oeil se repose un peu; il y a plus d'espace, moins de fer; la lumière semble y pénétrer plus pure. Ce n'est plus un antre de bêtes immondes; ce n'est pas encore un dortoir, mais c'est du moins un lieu de repos où l'esclave reprend quelques-unes des habitudes de la vie sociale. Il ne vit plus en pêle-mêle, les matelas d'herbages recouverts par une couverture, s'alignent; il y a là quelques physionomies moins hideuses; un rayon d'espoir les illumine. On compte avec satisfaction tous ces strapontins, parce qu'on sait qu'ils ont été conquis par la bonne conduite , et que chacun d'eux sert de couche pendant la nuit à l'homme qui a mérité, par un triomphe sur ses instincts, de remplir une tâche facile ou quelque emploi de faveur. »

C'est à M. Hyde de Neuville que l'on doit ce précieux et philanthropique moyen de moralisation. Un commissaire de chiourme croyait ce perfectionnement tellement nécessaire , qu'il disait , au rapport de l'auteur que nous venons de citer : 4( On ne trouverait pas un administrateur pour diriger un bagne , s'il n'y

TEL qu'il doit ÊTRE. 247-

avait pas un lieu d'asile que Ton pût ouvrir pour les condamnés sur lesquels la fatalité semble avoir pesé.

« Savez-vous quand ce séjour a&eux cesse d'être un enfer?.... C'est quand le coupable s'est réhabilité par la bonne conduite et le remords. Alors il y a allégement à^ sa peine ; le bagne se change en atelier rémunératoire, en gymnase de travail industriel, en un lieu de concours où l'homme qui a dompté ses instincts reçoit une prime pour la victoire qu'il a remportée sur lui-même. »

Lorsque les condamnés auront été soumis pendant un temps suffisant au contrôle des salles d'épreuve, ils pourront obtenir successivement, d'après leur bonne conduite, leur mérite et leur capacité , les emplois de faveur, le commandement d'une décurie , des primes d'encouragement, des prix de probité ; enfin le passage, suivant leur profession ancienne ou nouvellement acquise , dans les bagnes agricole ou industriel ; passage préparatoire à la libération définitive, noviciat indispensable pour l'obtenir.

Le déferrement progressif suivra cette gradation des récompenses ; mais la manille ne se déposera qu'à la sortie du bagne militaire, à l'entrée dans les autres; où le cours des faveurs et des encouragements ne sera point interrompu jusqu'à la réhabilitation qui , même à ce titre et comme admirable complément de tous ces avantages, pourra s'obtenir avec diminution du temps de la peine, à des degrés de plus en plus honorables, suivant la conduite plus méritoire du condamné.

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