PROLÉGOMÈNES. V
partagerions pas; mais si d'un côté la pusillanimité fut toujours une mauvaise conseillère , l'imprévoyance ne serait pas un guide beaucoup plus sûr. Dans tout état de choses , il faut accepter une position avec résolution et courage. Sans jamais s*abuser sur les dangers qu'elle peut offrir, on doit en bien préciser la cause, afin d*en mieux trouver le véritable remède.
La répression , voilà le premier moyen : où serions-nous actuellement si elle n'avait pas été ferme, intelligente et prompte?.. •
Mais cette répression enchaîne les mauvaises passions sans les anéantir ; elle empêche momentanément le développement du mal , sans en détruire le principe.
Qu'elle vienne à perdre de sa puissante énergie , bientôt ces mauvaises passions, comme autant de serpents furieux , redressent leurs tètes menaçantes, font entendre d'horribles sifflements et promènent partout leurs sinistres profanations I...
Depuis 89 , qu'avons^nous en effet observé , si ce n'est cette effrayante et continuelle alternative de l'émeute , qui se forme sourdement, grandit, se manifeste, éclate et dépasse la résistance du pouvoir? De celui-ci, qui reprend ses imprescriptibles droits, remonte son indispensable et salutaire vigueur , domine , terrasse l'émeute et la tient en respect sous une continuelle pression ? De cette émeute, qui, semblable au ressort courbé sous l'action d'une puissance , reprend ses avantages dès que cette puissance , par lassitude ou par une sécurité dangereuse, que le temps et le calme apparent amènent toujours, s'est relâchée de cette indispensable et
VI PHOLÉGOMÈNES.
continuelle action répressive? Et, ce qui nous paraît plus fâcheux encore , suif ant le progrès des mauvaises passions qui la soulèvent incessamment, Témeute, à chacun de ces nouveaux développements, gagne du terrain et devient de plus en plus dangereuse pour les véritables intérêts de la société. Cette fois, en effet, elle ne se borne plus a jeter Teffroi dans les populations , à dévaster les propriétés, à rougir le sol du pays par le sang des plus nobles victimes ; elle frappe Tédifice social dans ses fondements , )e voit crouler en poussant un cri sauvage et sacrilège; et, pour combler toute mesure, elle vient en souiller les débris par les orgies et les profanations de ses dégoûtantes saturnales!...
N'est-ce pas Teffrayant tableau que nous venons d'avoir sous les yeux?... Voilà des faits qui semblent appartenir au chaos de la fable : et cependant c'est de l'histoire contemporaine I...
Ce dernier effort est heureusement dompté par un effort plus puissant encore ; et, cette fois du moins, on comprend la nécessité de rechercher la cause , d'appliquer le remède pour combattre cette fièvre incessante et destructive ; on ne se borne plus a maintenir par le gilet de force un maniaque en délire, on veut en même temps le guérir de sa folie : cette fois, l'action moralisatrice vient en aide à la répression.
Telle doit être en effet la seule voie qui peut actuellement cotidttire à des résultats conservateurs et fructueux, pour le système social comme pour le système pénitentiaire.
Dans la recherche des moyens capables de rendre à la société