‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 10 sur 142 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Naissance du système pénitentiaire en 17S6. — Influence des quakers.— Prison de Walnut-Strcet à Philadelphie ; ses vices et ses avantages. — Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt. — Régime de Walnut adopté par plusieurs États; ses funestes effets. — Origine d'Aubiu-n. — Pittsburg. — Cherry- Ilill. — Expérience fatale de remprisounerneut solitaire absolu : elle est suivie du système dAuburn, fondé sur l'isolement et le silence : succès de ce système dans plusieurs Etats de l'Union. — Wethersfield : création de Singsing, par M. Elam Lynds. — Institution des maisons de refuge dans l'État de New-York. — La Pennsylvanie abandonne le système de la solitude absolue sans travail : nouveau régime d'emprisonnement combine avec de nouvelles lois pénales. Quels États n'ont encore fait aucune réforme dans leurs prisons ; en quoi cette réforme est incomplète dans les É:tats où elle a lieu. — Barbarie de quelques lois criminelles dans certains États. — Résumé.

Quoique le système pénitentiaire aux États-Unis soit une institution nouvelle, son origine remonte à des temps qui déjà sont loin de nous. La première pensée d'une réforme dans les prisons d'Amérique appartient à une secte religieuse de la Pennsylvanie. Les quakers, dont les principes repoussent toute effusion de sang, avaient toujours protesté contre les lois barbares que les colonies tenaient de la mère-patrie. En 1786 leur voix parvint à se faire entendre, et, à painir de cette époque, la peine de mort, la mutilation et le fouet, fu-

rent successivement abolis dans presque tous les cas par la législature de Pennsylvanie (1) ; les condamnés eurent désormais un sort moins cruel à subir. La peine de l'emprisonnement fut substituée aux châtiments corporels, et la loi autorisa les tribunaux à infliger l'emprisonnement solitaire dans une cellule, pendant le jour et la nuit, à tous les coupables de crimes capitaux. C'est alors que fut instituée à Philadelphie la prison de Walnut-Street. Les condamnés y furent classés selon la nature de leurs crimes, et des cellules particulières furent construites pour renfermer ceux que les cours de justice avaient condamnés à l'isolement absolu: on se servait aussi de ces cellules pour dompter les résistances des individus qui ne se soumettaient pas à la discipline de la prison. Les détenus solitaires ne travaillaient pas (2).

Cette innovation était bonne, mais incomplète.

On a reconnu depuis l'impossibilité de soumettre des criminels à une classitication utile; et l'emprisonnement solitaire sans travail a été condamné par l'expérience. Il est toutefois juste de dire que l'essai de cette théorie ne fut point assez long pour être décisif; la faculté accordée à tous les juges de la Pennsylvanie par les lois du 5 avril 17i)0 et du 22 mars 1794, d'envoyer à la prison de Walnut des condamnés qui précédemment auraient été détenus dans les geôles particulières des comtés, ne tarda pas à produire dans cette prison un tel encombrement, que les difticnltés de la classitication s'accrurent, en même temps que le nombre des cellules devint insuffisant (3).

A vrai dire, il n'y avait point encore de système pénitentiaire aux États-Unis.

Si Ton demande pourquoi ce nom fut donné au régime d'emprisonnement qui venait d'être établi, nous répondrons qu'alors, comme aujourd'hui, on confondait en Amérique

(1) Aujourd'hui la peine de mort n'est prononcée par le code de Pennsylvanie que dans le cas d'assassinat, d'empoisonnement et d'incendie.

(2) Ces cellules étaient et sont encore au nombre de trente dans la prison de Walnut-Street.

(3) Voyez Letter fiom Samuel Wood , to Thomas Keltera. Philadelphia,

V. Notices of the original and successive eflorts to improve tlie discipline of the prison at Philadelphia , and to reform the criminal Code of Pensylvania, by Roberts Faux.

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