‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 19 sur 142 · PREMIERE PARTIE, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, CHAPITRE I

session d'une vieille civilisation, il en est d'autres qui, nés d'hier , ont banni de leurs lois tous les châtiments cruels que ne justifie pas l'imérèt de la société. Ainsi lOhio, qui n'a certainement pas les lumières de la Nouvelle-Angleterre, possède un code pénal beaucoup plus humain que ceux de Massacliussetts et du Connecticut.

Tout auprès d'un État où la réforme des lois pénales semble arrivée à son apogée, on en trouve un autre dont les lois criminelles sont empreintes de toutes les brutalités de l'ancien système. C'est ainsi que les États de Delaware et de New- Jersey, si arriérés dans la voie des innovations, touchent à la Pennsylvanie , qui , sous ce rapport, marche à la tète de tous les antres (1).

Nous oublierions l'objet de notre rapport, si nous nous arrêtions davantage sur ce point. Nous avons dû présenter un aperçu de la législation pénale aux États-Unis , parce qu'elle exerce sur la question même qui nous occupe une influence nécessaire.

On conçoit, en effet, jusqu'à quel point les peines qui dégradent le coupable sont incompatibles avec l'objet du système pénitentiaire, qui se propose de le réformer. Comment espérer de relever la moralité d'un homme qui porte sur son corps des signes indélébiles de son infamie, soit que la mutilation de ses membres rappelle incessamment son crime, soit que

(1) Les lois de l'État de Delaware prononcent la peine de morl contre sii crimes différents (non compris les crimes capitaux prévus par la loi fédérale des Élats-Unis]. — Voici comment elles punissent le faux : le coupable est condamné à une amende, au pilori, à trois mois d'isolement dans une cellule ; à respiration de sa peine, le condamne porte derrière le dos , pendant un an au moins et cinq ans au plus, la lettre F (forgery) empreinte sur son habit en couleur écarlate ; celte lettre doit être longue de six pouces et en avoir deux de largeur.

L" emprisonnement est puni ainsi qu'il suit :

Le coupable peut être condamné à une amende de 10,000 dollars, aune heure de pilori , et à être fouetié publiquement ; il doit recevoir soixante coups de fouet bien applùjués, dit la loi [well laid on) ; ensuite il subit quatre ans d'emprisonnement , après lesquels il est vendu comme esclave poiu: un temps qui n'excède pas quatorze ans.

Voici une autre peine grave prononcée pom- un bien faible délit : vingt-un coups de fouet sont le châtiment de celui qui prétend être sorcier ou magicien. Dans le ^ouveau-Jersey, tout indi\idu condamné en récidive pour meurtre, viol, incendie, vol, faux, et sodomie, est pimi de mort

la marque imprimée sur son front en perpétue le souvenir (1)?

Ne doit-on pas faire des vœux pour que les dernières traces d'une barbarie qui s'éteint disparaissent de tous les États-Unis , et notamment de ceux qui ont adopté un système pénitentiaire avec lequel elles sont inconciliables, et dont l'existence les rend plus choquantes (2) ?

Du reste, ne blâmons point ce peuple de s'avancer lentement dans la voie des innovations. Des changements semblables ne doivent-ils pas être l'ouvrage du temps et de l'opinion publique! — H y a aux États-Unis un certain nombre d'esprits philosophiques qui, pleins de théories et de systèmes, sontimpatients de les mettre en pratique; et s' ils étaient maîtres de faire eux-mêmes la loi du pays, ils effaceraient d'un trait de plume toutes les vieilles coutumes, auxquelles ils substitueraient les créations de leur génie et les décrets de leur sagesse. A tort ou à raison, le peuple ne va pas aussi vite qu'eux; il consent à des changements, mais il les veut successifs et partiels [k). Peut-être cette réforme prudente et réservée, opérée par un peuple entier dont toutes les habitudes sont pratiques, vaut-elle mieux que les essais précipités qui seraient dus à l'enthousiasme des esprits ardents et à la séduction des théories (3).

(1) Aux Étals-Unis, la marque se place ordinairement sur le front.... Au mois de juin 1829, on marquait encore, à Boston, les condamnés en récidive au moment de leur sortie de prison, en les tatouant sur le bras ; on y écrivait ces mots Massachussctts statc prison (prison centrale du Massachusselts). Cette coutume a été aljrogée le 12 juin lS29.

(2) Nous ne contestons point à la société le droit de punir de mort ceux de ses membres qui ont violé ses lois. Nous croyons même que la conservation de cette peine, dans certains cas , est encore indispensable au maintien de l'ordie social. Mais nous pensons également que toutes les fois que la peine de mort est portée dans la loi sans une absolue nécessité , elle n'est plus qu'une cruauté inutile , et un obstacle au système pénitentaii'e, qui a pour objet de réformer ceux dont la société épargne; la vie.

(3) Parmi les philosophes qui, aux Etats-Unis, demandent l'abolition de la peine de mort, on doit distinguer M. EdW. Livingston. Il ne dispute point à Ja société le droit doter la vie h ceux, de ses membres qu'elle est intéressée à retrancher de son sein ; il soutient seulement que ce châtiment terrible, qui peut frapper sans remède un accusé innocent, ne produit point en général les effets qu'on en attend, et qu'il est efficacement remplacé par des peines moins rigoureuses qui causent à la société des impressions moins vives,

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