‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 28 sur 142 · PREMILRE PARTIE, CHAPITRE II, SECTION II · texte numérisé non relu

PREMILRE PARTIE, CHAPITRE II, SECTION II

nécessaire dans leur position. Parmi les surintendants des pénitenciers d^Amériqne, nous avons surtout remarqué M. Samuel Wood, directeur de la nouvelle prison de Philadelphie, homme d'un esprit supérieur, qui, par l'influence de ses sentiments religieux, a abandonné une carrière lucrative pour se vouer au succès d'un établissement utile.

Les agents inférieurs, les sous-gardiens, ne sont aussi distingués ni par leur position sociale ni par leur talent. Ils sont cependant en général intelligents et honnêtes. Chargés de la surveillance des travaux dans les ateliers, ils ont presque toujours une connaissance spéciale et technique des professions exercées par les détenus (r).

Le salaire des divers employés, sans être exorbitant, est pourtant assez considérable pour fournir aux uns une existence honorable, et aux autres toutes les nécessités de |a vie (1).

Du reste, ce n'est pas par l'élévation des sommes payées aux employés des prisons qu'il faut juger de leur mérite. Dans la Virginie, le surintendant de la prison de Richmond reçoit annuellement 2,000 dollars (10,600 fr.). Il est cependant directeur de l'une des mauvaises prisons des Étals- Unis; tandis que celui de Wethersfield , qui est une des bonnes, si ce n'est la meilleure, ne reçoit pour tout traitement que 1,200 doll. (2) (6,360 fr.). On peut faire la même observation en comparant les bonnes prisons entre elles : ainsi, dans le Connecticut, la somme totale payée pour le salaire des divers employés de Wethersfield ne s'élève qu'à 5,713 dollars 33 c. (19,680 fr. 64 c. pour cent soixante-quatorze détenus; tandis que, dans celle de Boston, la même dépense, pour deux cent soixante-seize prisonniers, se monte à 13,171 doll. 55 c. (69,809 fr. 2\ c). Ainsi, à Baston, où le nombre des détenus n'est pas le double de ceux qui sont à

(1) Quoique le salaire des employés dans les prisons des Etats-Unis 5oit ossez élevé, il l'est beaucoup moins qu'il ne nous le parait. Les diverses industries sont, dans ce pays, si profitables qtie tous les hommes donés de quelque capacité trouvent facilement une carrière plus av;mtageuse que celle qui leur est offerte dans l'administration des prisons. Et on ne verrait pas, à la tète des pénitenciers clAmérique, des hommes comme M. Samuel ^\ood, s'ils ne subissaient l'influence d'un sentiment plus noble que lenvie de faire fortune.

(2) Vovcz Rapport siu- la prison du Conneclicut de 1S20, p. 1"".

Wethersfield , les frais d'employés coûtent trois fois et demie davantage que dans cette dernière prison (l).

En exposant l'organisation des nouveaux établissements, nous avons été frappés de l'importance qu*on attache aux choix des individus qui les dirigent. Aussitôt que le système pénitentiaire paraît aux États-Unis, on voit le personnel changer de nature. On ne trouvait que des hommes vulgaires pour être geôliers d'une prison; les hommes les plus distingués se présentent pour administrer un pénitencier, où il y a une direction morale à imprimer.

Nous avons vu comment les surintendants, quelque élevés que fussent leur caractère et leur position, étaient soumis au contrôle d'une autorité supérieure, les inspecteurs de la prison. Mais il y a encore au-dessus d'eux, et au-dessus des inspecteurs eux-mêmes, une autorité plus forte que toutes les autres, non écrite dans les lois, mais toute-puissante dans un pays libre : c'est celle de l'opinion publique; les innovations qui se sont faites dans cette matière ayant excité l'attention générale, elle s'est portée tout entière sur ce point, et elle exerce sans obstacles sa vaste influence.

II y a des pays oii les établisements publics sont tellement considérés par le gouvernement comme sa chose personnelle, qu'il en interdit l'entrée à qui bon lui semble, de même qu'un propriétaire défend celle de sa maison, selon son bon plaisir. Ce sont des espèces de sanctuaires administratifs, dans lesquels nul profane ne peut pénétrer. Ces établisements, dans l'Amérique du Nord, sont considérés comme appartenant à tous. Aussi les prisons sont-elles ouvertes à qui veut y entrer, et chacun peut prendre connaissance de l'ordre intérieur qui y règne. Il n'y a d'exception à cette liberté que dans le pénitencier de Philadelphie. Encore peut-on, si l'on veut, visiter les édifices et l'intérieur de l'établissement. Il est seulement défendu de voir les détenus, parce que les visites du public seraient contraires au principe de solitude absolue qui fait le fond du système.

Au lieu d'éviter les regards du public, les surintendants et les inspecteurs des prisons provoquent l'examen et l'attention de tous (2). Chaque année, les inspecteurs rendent

(1) Voyez Tableaux statistiques, partie financière. — Salaire des employés, pièce n° 19.

(2) « It is very desirablu that cilizeus of tho stale and specially glentlemen

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