‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 37 sur 142 · PREMIÈRE PARTIE, CHVPITIVE II, SECTION III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHVPITIVE II, SECTION III

pas douteux, à moins qu'elle ne puisse, à l'aide de moyens plus doux, arriver aux mêmes résultats; mais à nos yeux la question n'est pas là.

Jusqu'à quel point l'usage des châtiments corporels pouiil se concilier avec l'objet même du système pénitentiaire, qui est la réforme du coupable? Si cette peine est ignomim'euse, neva-t-eile pas directement contre le but qu'on se propose, qui est de relever la moralité d'un homme déchu à ses propres yeux.

Cette question nous paraît la seule à examiner : mais nous ne pensons pas qu'on doive la résoudre d'une manière absolue. Il nous semble qu'elle dépend beaucoup du sentiment qui, dans l'opinion publique et dans celle des détenus, s'attache aux châtiments corporels.

Le pouvoir discrétionnaire en vertu duquel le moindre gardien d'Auburn et le dernier porte-clefs de Singsing fouettent les détenus est peu contesté aux États-Unis.

« Le droit des gardiens sur la personne des détenus, dit- « on , est celui du père sur ses enfants , de l'instituteur sur « ses élèves, du maître sur son apprenti, du capitaine de vais- « seau sur les hommes de son équipage (1). »

La peine du fouet est usitée dans la marine américaine, qui n'y attache aucune idée d'infamie. Dans l'origine du système pénitentiaire, elle n'avait point été admise comme moyen de discipline. Quand on l'introduisit dans les prisons comme auxiliaire du règlement, quelques voix s'élevèrent pour la combattre; mais cette opposition était plutôt une dispute de philosophie qu'une répugnance des mœurs (2).

La Pennsylvanie est peut-être le seul des États de l'Union qui continue à protester contre l'usage des châtiments corporels, et qui les ait exclus du régime de ses prisons. Les quakers ne cessent pas de s'élever contre l'inhumanité de

(1) Rapport de M. G. Powers, p. il, 1827,

(2) Nous pensons qu'ici les auteurs se servent trexpressions beaucoup trop générales. S'il était vrai qu'aux États-Unis on n'attachât point une idée spéciale d'infamie aux coups de fouet dont un prisonnier est frappé, il serait toujours certain que la peine du fouet répugne aux sentiments de la majorité. On condamne surtout le pouvoir arbitraire qu'on a donné sur ce point aux officiers de la prison. Le plus grand nombre voit dans celle qucslion un point d'humanité plus que de philosophie.

[IS-ote du traducteur nmi'r!caln, p. 4'"»-)

cette peine, et à leurs réclamations philanthropiques se mêle la voix éloquente d'Edouard Livingston, qui proscrit également ce moyen de discipline de son code pénitentiaire. C'est surtout en considération des châtiments corporels usités à Auburn qu'il se déclare l'adversaire du système en vigueur dans cette prison (1).

Mais leurs paroles trouvent peu d'écho dans la plupart des Etats de l'Union, et aujourd'hui tous les nouveaux pénitenciers, excepté celui de Philadelphie, cherchent dans les châtiments dont il s'agit un moyen d'ordre et de discipline; les lois du pays autorisent le régime qu'elles ont adopté, et ces lois ont la sanction de l'opinion publique.

Il y a certainement dans les reproches qu'on adresse à la discipline d'Auburn beaucoup d'exagération. Et d'abord les peines corporelles ne sont point aussi fréquemment appliquées qu'on le paraît croire; nécessaires pour introduire la discipline du silence dans une prison nouvellement établie, elles sont rarement usitées pour maintenir cette discipline une fois mise en vigueur.

Maintenant le régime tout entier de ces prisons est-il, comme on le prétend, destructeur de la santé, et les rigueurs de l'isolement, comme les cruautés de la discipline, sont-elles funestes à la vie des détenus? A cet égard nous pouvons fournir des documents positifs.

Tous les détenus que nous avons vus dans les pénitenciers des Élats-Unis avaient l'apparence de la force et de la santé;

(1) « La question à résoudre, dit M. Livingston, est celle de savoii' si le fouet est le moyen le plus efficace pour inculquer dans rame des condamnés des sentiments religieux et moraux, l'amour du travail et de la science ; et si un homme aimera mieux le travail parce qu il aura été contraint , par les coups ou par la terreur qu'il en ressent, à faire chaque jour la tâche qui lui a été imposée. » V. Lettre de Livingston à Pioberts Vuux, p. 11, 1828. — M. Gershom Powers, directeur d'Auburn, dont M. Livingston attaquait ainsi la disciplme, lui répondit :

« On annonce qu'à Philadelphie les coups ne seront tolérés en aucun cas, et que la réduction de nourriture sera le principal moyeu, sinon le seul, de maintenir la discipline ; en d'autres termes, que par des motifs d'humanité, afin de soumettre les détenus, on les fera mourir de faim. . » V. Rapport de 1828, p. 97.

M. Elam Lynds, avec lequel nous avons eu de nombreuses conversations sur ce sujet, nous a dit souvent qu à l'époque où les détenus d'Auburn étaient enfermés jom- et nuit dans leurs cellules sans travailler, un grand nombre d'entre eux passaient la moitié de lem: temps à l'bôp^ital.

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