‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 49 sur 142 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE III, SECTION II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE III, SECTION II

de un sur sept; dans celle de Walnut-Street, de un sur six; et dans l'ancienne prison du Connecticut, de un sur quatre (1). A Boston, le sixième des individus sortis des prisons y rentraient après avoir commis de nouveaux crimes (2).

Le chiffre des individus en récidive est beaucoup moins élevé dans les nouvelles prisons d'Auburn et de Wethersfield. Dans la première, les récidives sont au nombre total dans le rapport de un à dix-neuf; et sur cent individus sortis de la seconde depuis sa création, cinq seulement y sont revenus par suite de nouveaux délits; ce qui donne la proportion de un sur vingt (3).

A Auburn , on ne s'est pas borné à noter les criminels qui, après avoir été détenus dans le pénitencier, y ont été ramenés par une récidive; mais on a aussi essayé de constater la conduite des condamnés libérés qui, n'ayant pas commis de nouveaux crimes, sont restés dans la société. Sur 160 individus à l'égard desquels des renseignements ont pu être obtenus, 211 ont tenu une bonne conduite, les autres sont revenus à des habitudes mauvaises ou équivoques {hh).

Ces chiffres, quelque concluants qu'ils puissent paraître, sont le résultat d'un trop petit nombre d'années pour qu'on puisse en tirer une preuve invincible de l'efficacité du système; on est cependant forcé de reconnaître qu'ils sont extrêmement favorables aux nouvelles prisons pénitentiaires, et la présomption que ce résultat fait naître en leur faveur est d'autant plus forte, que l'eff'et obtenu s'accorde ici parfaitement avec celui qui était promis par la théorie : il faut ajouter que, malgré Fimpossibilité où l'on est de puiser aucune preuve dans les pénitenciers trop nouveaux de Singsing, de Boston, et de toutes les prisons de même nature, on ne peut cependant pas contester que le succès d'Auburn et de Wethersfield ne rende très probable celui des établissements qui sont éta- ]»lis absolument sur le même modèle.

En présentant cesdocumentsstatistiques,nousn'a\ons point comparé le nombre des crimes et des récidives aux États-Unis et en France, persuadés comme nous le sommes que les bases d'une pareille comparaison seraient imparfaites.

(1) V. Observations statistiques et comparées, pièce n" 17,

(2) V. Noies statistiques, pièce n"16.

(3) V. Observations statistiques et comparées, pièce n" 17,

Les deux pays ont des conditions d'existence qui ne se ressemblent point, et se composent d'éléments qui sont essentiellement différents.

Une société jeune, exempte d'embarras politiques, aussi riche de sol que d'industrie, semble devoir fournir moins de criminels qu'un pays où la terre est disputée pied à pied, et oii les crises qui naissent des divisions politiques tendent à augmenter le nombre des délits, parce qu'elles accroissent celui des misères en troublailt les industries.

Cependant, si les documents statistiques que nous possédons sur la Pennsylvanie peuvent s'appliquer au reste de l'Union, il y a, dans ce pays, plus de crimes qu'en France, toute proportion gardée avec la population (1). Diverses causes d'une autre nature expliquent ce résultat : d'une part, la population noire qui compose le sixième des habitants des États-Unis et qui figure pour moitié dans la prison; et, de l'autre , les étrangers qui viennent d'Europe chaque année, et qui forment le cinquième et quelquefois le quart du nombre des condamnés. •

Ces deux faits, qui expliquent le chiffre élevé des crimes aux États-Unis, le rendent incomparable avec le nombre des délits dans un pays où des faits pareils ne se rencontrent pas.

Si on retranchait du nombre total des crimes ceux qui sont commis par les nègres et les étrangers, on trouverait sans doute que la population blanche américaine commet moins de délits que la nôtre; mais, en procédant ainsi, on tomberait dans une autre erreur : en effet , séparer les nègres de la population des États-Unis, c'est comme si, chez nous, on faisait abstraction d'une partie de la classe pauvre, c'està-dire de ceux qui commettent les crimes. On n'évite un écueil que pour tomber dans un autre; à cet égard, le seul fait certain, incontestable, quenonsayons remarquéaux États- Unis, et qui puisse donner lieu à une comparaison, c'est la moralité tout à fait extraordinaire des femmes appartenant à la race blanche. Ainsi , on ne trouve dans les prisons des États-Unis que quatre femmes sur cent détenus; tandis que

(1) Il y a en France plus de crimes graves; mais le chiffre total des délits est moins élevé qu'en Amérique. (V. Observations statistiques et comparées, pièce n° 17.)

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