‹ Système pénitentiaire aux États-Unis et de son application en France; suivi d'un appendice sur les colonies pénales, et de notes statistiquesChapitre 98 sur 142 · PAUPÉRISME EN AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

PAUPÉRISME EN AMÉRIQUE

Les Américains ont emprunté aux Anglais la plupart des institutions relatives aux pauvres.

En Amérique, comme en Angleterre, tout homme dans le besoin a un droit ouvert contre l'État. La charité est devenue une institution politique.

Les secours sont accordés aux pauvres de deux manières : dans chaque grande ville, ainsi que dans le plus grand nombre des comtés, sont placés des établissements qui portent le nom de amlshouses, maisons de charité , ou poor-houses, maisons des pauvres. Ces établissements peuvent être considérés tout à la fois comme des lieux d'asile et comme des prisons. On y reçoit et on y entretient, aux dépens du public, les pauvres les plus nécessiteux. On y enferme et l'on y fait travailler les vagabonds que les juges de paix y envoient. Ainsi, la maison des pauvres contient tout à la fois des indigents qui ne peuvent pas, et ceux qui ne veulent pas gagner leur vie par un travail honnête.

Indépendamment des secours fournis dans les maisons de charité, l'administration, chargée delà surveillance des pauvres, en fait encore parvenir beaucoup à domicile.

Chaque année, les communes se taxent pour subvenir à ces frais de charité publique, et des commissaires sont nommés pour veiller à l'emploi des fonds ainsi perçus.

C'est un principe généralement admis , qu'en pourvoyant aux besoins des pauvres , l'État ne fait qu'avancer un argent que le travail de ceux-ci doit rembourser. Mais on a remarqué, en Amérique, comme en Angleterre , qu'il était presque impossible d'arriver dans la pratique à l'application rigoureuse de ce principe. Un grand nombre de pauvres sont incapables d'aucun travail ; c'est cette incapacité même qui les met à la charge de l'État. Les pauvres valides ont , presque tous, contracté des habitudes de paresse qu'il est difficile de changer. D'ailleurs, le pauvre qu'on renferme dans une maison de charité se considère comme malheureux, non comme coupable ; il conteste à la société le droit de le forcer

PALPÉRISML EN AMÉRIOLE. 287

par la violence à un travail infructueux, et de le retenir contre sa volonté. L'administration, de son côté, se sent désarmée à son égard ; le régime d'une maison de charité ne peut pas être celui d'une prison ; et lors même que l'iiomme qui y habite n'est plus libre, on ne saurait cependant le traiter comme un criminel.

De là naissent des difficultés extrêmes, et qu'on peut considérer comme inhérentes au système même de la législation anglaise sur les pauvres ; difficultés dont on a pu diminuer le nombre par des procédés administratifs plus ou moins parfaits, mais qu'on doit désespérer de voir complètement disparaître.

Ainsi, dans le Maryland, il est établi que le pauvre, en entrant dans la maison de charité , contracte ro])ligation d'y demeurer jusqu'à l'entier paiement des frais occasionés par sa présence. Tel est le principe posé : mais on comprend sans peine que son application dans tous les cas serait fort onéreuse au trésor public, qu'on veut protéger : la plupart des pauvres sont incapables de se procurer par leur travail l'argent qu'on leur demande ; les condamner à rester dans la maison de charité jusqu'à ce qu'ils aient indemnisé l'Etat serait le plus souvent les condamuer à une détention perpétuelle, aussi préjudiciable pour le public que pour eux-mêmes. 11 a donc fallu , en proclamant la loi , permettre aux administrateurs des pauvres de la violer sans cesse dans l'exercice ordinaire de leurs fonctions , et revêtir ces magistrats d'un pouvoir discrétionnaire sans limite. Ajoutez que l'administration , quelque soin qu'ait pris le législateur de lui fournir des armes , est encore impuissante pour retenir malgré eux les indigents qui veulent recouvrer leur liberté; car, nous le répétons , une maison de pauvres n'est pas et ne peut être une prison.

On ne saurait douter cependant que les principes de la législation du Maryland, relative aux pauvres, n'aient produit une diminution notable dans le budget des dépenses publiques de cet Etat; non pas peut-être qu'ils aient eu pour résultat d'augmenter les produits du travail des pauvres, mais ils leur ont rendu les charités publiques peu désirables , et les ont empêchés ainsi d'y recourir sans la plus extrême nécessité.

Au demeurant, un système régulier de charité publique est-il préjudiciable ou utile? C'est là une question ,immense , que nous ne sommes pas en position de discuter avec détail ni de résoudre.

Il nous semble qu'en pareille matière il faut distinguer avec soin la pauvreté qui naît d'une incapacité physique et matérielle , de celle qui provient d'autres causes. Quanta la première, l'État yjeutla soulager, sans qu'il en résulte pour la société un grand préjudice. Personne îissurément ne s'exposera jamais à perdre un membre pour être nourri aux dépens du public. Mais nous sommes portés à croire que toute loi qui viendra d'une manière régulière et assurée au secours des misères du peuple aura pour résultat

Page 1