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PREFACE DE L'AUTEUR

Ljte sujet dont il s'agit ici est bien éloigné d'être épuisé; et quand il le serait, on y reviendrait encore. On y sera souvent ramené par un mouvement dont ou ne démêlera pas toujours la nature; on croira peut-être ne céder qu'au désir de trouver la vérité, lorsqu'on ne fera que donner le change à un penchant plus agréable. Si j'ai été la dupe d'une pareille faiblesse , voici du moins les motifs apparens qui me l'ont déguisée.

Le résultat approfondi de mes lectures ne m'a jamais présenté qu'un amas confus d'observations, de réflexions, de maximes relatives à la constitution de la femme, vraies pour la plupart, mais répandues dans différens ouvrages, dans lesquels il n'était parlé de la femme que d'une manière accessoire , ou dans lesquels elle n'était envisagée que sous quelque point de vue particulier. Si, d'un côté, les philosophes ont bien observé le moral , d'un autre , les médecins ont bien développé le physique , du moins autant qu'il est possible. Il eût été seulement à désirer que ces derniers se fussent un peu plus arrêtés sur la constitution générale de la femme, et n'eussent point paru la regarder comme un être semblable en tout à l'homme, excepté dans les fonctions particulières qui caractérisent le sexe. Ces

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fonctions paraissent avoir absorbé toute leur attention; et si, sur cet objet, ils ne nous ont pas procuré toutes les connaissances qu'on eût pu attendre de leurs recherches , il faut s'en prendre au soin trop jaloux que la nature a pris de nous cacher la vérité , ou à l'insuflisance des moyens qui nous ont été donnés pour la découvrir.

Dans tous les livres de médecine, où l'on se propose d'exposer la nature et l'état de l'homme sain , et connus sous le nom de PJvysiologie , on ne fait ordinairement mention de la femme que lorsqu'on vient à parler du flux menstruel , de la génération , et de l'excrétion du lait. Dans les Traités des maladies des femmes , on se borne à une simple exposition des parties qu'on croit être le siège accoutumé des affections de ce sexe. Enfin , les accouchemens donnent lieu d'examiner la conformation du bassin , et celle des parties qu'il renferme. Mais toutes ces connaissances solitaires représentent les membres séparés d'un corps, disjecti m.emhra poetœ y qu'il fallait réunir, pour leur donner l'unité, l'ensemble et l'accord nécessaires à un tout. J'ai cru que ce corps aurait tous les traits convenables, si, à des considérations sur la constitution fondamentale de la femme , qui en composeraient le tronc, on prenait la peine de lier , pour en former les membres , toutes les notions détachées et particulières que nous avons sur les fonctions du sexe. C'était le seul moyen d'avoir la physiologie ou le système physique de la femme.

D'ailleurs , cette méthode de rapporter à un centre conmiun tous les objets de nos connaissances, qui ont quelque rapport entre eux, est, comme chacun sait,

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de la plus grande utilité pour en augmenter le nombre, comme pour en faciliter l'usage. Plusieurs notions, qui se tiennent ensemble , et qui aboutissent toutes à un même point, n'occupent clans notre esprit que la place d'une idée; ce qui doit soulager beaucoup notre incapacité naturelle, et suppléer jusqu'à ixv certain point aux bornes étroites de l'entendement humain. 11 en résulte aussi cet avantage, que lorsqu'on a besoin de rappeler quelqu'une de ces notions, elle se présente accompagnée de toutes celles avec qui elle a quelque liaison. Chacune d'elles forme un tableau qui met sous nos yeux une grande quantité d'objets à la fois, et semble par là multiplier les richesses de notre esprit ; au lieu que l'abondance même d'idées trop éloignées et trop difficiles à rapprocher, équivaut à une stérilité réelle.

On me saura peut-être gré d'avoir resserré et offert , sous un même point de vue , les connaissances que nous avons relativement à la constitution physique de la femme. Mais l'ouvrage eût été encore bien imparfait, le point qui pouvait le i-endre intéressant eût été oublié, si je n'eusse en même temps considéré le rapport qu'ont avec cette constitution les mœurs , le caractère et les inclinations particulières au sexe. En me bornant au premier objet, je serais peut-être parvenu à produire une belle statue; mais plus on en aurait admiré les proportions, plus on eût ardemment désiré, comme Pigmalion , que le sentiment vînt en développer les ressorts, et y répandre ces grâces, cette fraîcheur et cet éclat qui ne peuvent être que le fruit de l'impulsion facile et libre de la vie. Pour prévenir un souhaitai

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légiliine , j'ai fait en sorte que ma statue fut animée; c'est-à-dire, qu'après avoir considéré la femme par son côté physique, je l'ai examinée par son côté moral.

En cela, j'ai sans doute rappelé la médecine à ses véritables droits. J'ai toujours été persuadé que ce n'est que dans son sein qu'on peut trouver les fondemens de la bonne morale , et que si rien peut conduire la médecine à sa perfection, on devra cet avantage à l'attention qu'on aura de ne perdre jamais de vue ce ressort intérieur qui régit les êtres animés. Les anciens médecins n'ont peut- être pas été assez convaincus de cette vérité. Voilà, vraisemblablement, pourquoi il y eut si peu de relation entre ces derniers et les anciens philosophes. C'est peut-être aussi la raison qui fait que dans leurs recherches ils se sont trouvés les ims et les autres conduits à des résultats qui ne sont pas toujours justes. Il a dû être difficile aux uns d'évaluer exactement les facultés morales de l'homme , sans connaître l'influence qu'a sur elle son organisation physique : les autres ont dû faire bien de faux pas, en se préoccupant trop des causes matérielles des maladies, et en ne considérant pas assez la liaison que la plupart des dérangemens de notre corps ont avec les affections de notre âme.

Parmi les philosophes modernes , il y en a deux qui paraissent principalement avoir senti la nécessité défaire marcher de front ces deux genres de connaissance. L'un est Descartes , et l'autre Montesquieu. Le premiei , en donnant au mécanisme plus d'extension qu'il n'en doit avoir, et en voulant plier les êtres organisés aux principes généraux dont il s'était servi pour expliquer la

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