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PRÉFACE

formation et 1" arrangement de l'univers, a fait en mé^ decine les mêmes écarts qu'il a fait dans la puysique. Quelques vérités (i) qui s'élèvent du sein même de ses erreurs , attesteront du moins que ce grand homme a porté ses regards sur l'art de guérir. Montesr quieu, moins empi^essé de rapporter les effets quil examinait à des principes généraux , s'est plus attaché à considérer les causes particulières qui les produisent, et s'est servi quelquefois heureusement du flambeau de la médecine, et de quelques-unes des vérités qu'elle fournit, pour pénétrer dans les sombres détours du cœur humain, et découvrir la base profonde sur laquelle porte la législation des différens peuples. D'auti'es philosophes se sont plus ou moins étayés des principes de cette science. Quoiqu'elle fournisse à M. Rousseau les armes même qu'il emploie pour la combattre, les idées de ce philosophe y prennent quelquefois ces coideurs fortes que les vérités scientifiques prêtent toujours à l'éloquence. La Théorie des sentimens agréables est une fleur que M. de Pouilly a dérobée à la médecine; et les médecins se féliciteront toujours que M. de Buffon ait daigné parer des richesses de son style les connaissances brutes, mais précieuses, quil en tire quelquefois.

Si àes philosophes , qui ont fait de la morale le principal objet de leurs méditations , ont cru devoir connaître l'organisation physique de l'homme , quelques médecins n'ont pas cru pouvoir donner à leurs connais-

(i) Il a dit que si l'on pouvait trouver quelque moyeu de rendre les hommes plus sages et plus ingénieux, ce ne serait que dans la médecine.

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sances médicinales de biise plus solide que la morale. Parmi les médecins modernes, Stahl est celui qui a le plus insisté sur le moral, lorsqu'il a développé les causes de nos affections corporelles. En faisant de 1 àme le principe de tous nos mouvemens vitaux, il a renversé la barrière qui séparait la médecine et la philosophie. D'après ces dogmes , il n'est plus permis d'être médecin, sans connaître le jeu des passions, l'influence des habitudes, et la différence qu'il y a entre une machine active, et dont tous les mouvemens sont spontanés, et une machine mue par un enchaînement de ressorts inanimés. Son système doit à jamais laver les médecins des imputations de matérialisme, dont l'ignorance maligne de leurs ennemis les a quelquefois chargés , ou auxquelles la légèreté imprudente de quelques-uns d'entre eux peut avoir donné lieu. Si son système est le plus orthodoxe, il est aussi le plus vrai, le plus simple et le plus conforme aux faits. On a dit qu'il semble n'être qu'une extension des principes d'Hippocrate.

Stahl aurait, sans contredit, subjugué toute la médecine, si , plus complaisant pour ses lecteurs, ou plus zélé pour, sa réputation, il eût pris le soin de polir ses ouvrages et d'y répandre ces agrémens , dont la vérité môme a si souvent besoin (i); et surtout, s'il se fut

(l) Stahl, d'abord professeur en médecine dans l'Université de Hall , et ensuite médecin de Frédéric , roi de Prusse, est regardé comme le fondateur d'une école trèscélèbre. Des causes que nous aurons un jour occasion de développer, ont empt^ché la plupart des médecins d'en connaître à fond les principes. Les ouvrages de quelques médecins français les ont fuil seulement pressentir. Quelques

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tî'ouvé clans une position aussi avantageuse que Boerhaave. Il vivait clans un temps où ce dernier jetait à la hâte les fondemens d'une réputation qui devait ressembler à ces fortunes prodigieuses acquises par le commerce , et qu'un événement contraire vient renverser un instant après. Les Hollandais, comme on l'a déjà remarqué, la secondaient et la soutenaient, comme un fonds qu'ils étaient intéressés à faire valoir; et si les marchands , qui portaient le nom de Boerhaave jusqu'aux extrémités du monde, étaient les instrumens les plus propres à étendre sa célébrité, on conviendra du moins qu'elle aurait pu avoir des garans plus solides et moins suspects.

Maintenant il n'y a plus d'illusion ; les avantages d'un style précis et élégant ne peuvent plus racheter, dans les ouvrages de Boerhaave, les erreurs auxquelles ils ont, pendant quelque temps, servi de voile. La raison, délivrée du prestige qui lui en avait imposé, n'y découvre aucun grand principe; tout y porte sur des

dissertations de StaLl, traduites ou citées dans différens écrits j ont fait désirer à tous ceux qui ont le goût de la médecine d'être à portée d'approfondir les ouvrages de ce médecin extraordinaire, auquel on croit que la chimie seule doit ses fondemens , mais auxquels la médecine doit peutêtre encore davantage. Cette raison nous a déterminé à faire un extrait en français, et accompagné de remarques critiques , de tous les ouvrages de Stahl relatifs à la médecine. Il formera un corps complet qui embrassera toutes les parties de cette science. La plus grande partie de cet ouvrage , intéressant par son sujet , verra incessamment le jour, si des raisons particulières ne viennent suspendre nos travaux.

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