‹ SystèmeChapitre 15 sur 46 · I' R K FACE · texte numérisé non relu

I' R K FACE

pelits ressorts ilésiinis ou mal assemblés; c'est un édifice formé de cailloutage , que la moindre secousse ébranle. La Faculté de médecine de Montpellier, qui voit, depuis quelques années, combien ses fondemens sont ruineux, tàcbe d'en éloigner ses candidats , avec le soin charitable qu'on aurait pour des passansen danger d'être écrasés par une maison prête à s'écrouler. Si ce zèle opère quelque bien , on le devra surtout aux lumières de MM. Venel, Lamure, Barihez. M. Fouquet, médecin très - distingué de la même Faculté , nous a aussi, dans son article Sensibilité, de \ Encyclopédie , et dans son excellent Traité sur les Pouls organiques, ouvert la route à de nouvelles vérités. Un des plus célèbres médecins de la Faculté de Paris, M. de Bordeu, qui a le premier préparé cette révolution , est aussi celui qui aura contribué de la manière la plus efficace à la consommer, par des ouvrages qui lui assurent une gloire immortelle.

Beaucoup d'autres médecins de la Faculté de Paris, ont de même secoué le joug d'une autorité qui captivait les esprits sans les éclairer. La sagacité active de M. Gardane, le discernement profond de M. Robert, la sage pénétration de M. Roux, et de feu M. Vandermondc, son estimable prédécesseur dans la rédaction du Journal de Médecine , ne devaient pas naturellement s'accommoder d'une médecine noyée dans les vides raisonnemens d'une mécanique incertaine, où les effets sont toujours rapportés à des causes douteuses du controuvées , appuyée sur des explications versatiles qui font que l'ignorance trouve plus souvent, dans m» babil aisé, des moyens pour amuser ou tromper les mahules , que des ressources pour les guérir. Ils concourent tous ,

PRÉFA^cr. xlv

avec autant de succès que de savoir, à établir un plan de médecine plus simple, plus lumineux, plus spiritualisé ; car la sensibilité qui en doit faire la base, en exclut à jamais l'appareil compliqué des moyens physiques sur lesquels les médecins mécaniciens et les disciples de Boerhaave l'avaient écbaffaudée; ils paraissent y substituer une logique attentive à considérer ce que le moral et le physique peuvent l'un sur l'autre, et à ne pas chercher toujours , dans des causes éloignées et matérielles, la raison de certaines affections qui tirent leur source des seules erreurs de la nature , ou des mouvemens irréguliers de la vie.

C'est d'après ces idées, sans doute, que M. Le Camus, médecin de la même Faculté , nous a donné la Médedecine de l'Esprit, ouvrage qui renferme des vérités utiles, mais étouffées par la redondance excessive d'une érudition superflue. L'auteur semble s'y être plus occupé à faire voir qu'il connaissait les idées des autres, qu'à bien présenter les siennes. Il n'aurait pas dû renoncer au goût général de sa patrie, pour prendre celui de quelques médecins étrangers , dont les productions volumineuses et inabordables par l'affectation ridicule et fatigante avec laquelle on y entasse les citations , sont destinées à occuper uïie place considérable dans les bibliothèques, mais condamnées à n'être jamais lues.

J'ai fait un essai des mêmes principes sur la constitution de la femme. Stahl m'a souvent servi de guide. Lorsque j'ai voulu appliquer sa théorie des tempéramensà celui des femmes, j'ai vu avec plaisir qu'elle s'y pliait naturellement. Ce qu'il appelle le tempérament

xlvj PRKFACF.

sanguin , m'a paru être le plus propre et le plus commun à ce sexe. Ce n'est pas qu'il ne soit susceptible de toutes les autres espèces tle tempérament; mais, comme je m'étais proposé de présenter la femme dans l'élat de parfaite santé, et comme le tempérament sanguin réunit le plus souvent cet avantage et celui de la beauté, je me suis fixé à celui - là : ainsi que les peintres qui, parmi les objets de toutes espèces qui s'offient à leurs yeux, s'attachent de préférence à ceux qui leur retracent le mieux la belle nature.

Les connaissances que nous devons à M. de Bordeu , sur le tissu cellulaire, m'ont aussi fourni quelques-unes des principales pièces dont j'ai composé ce tempérament par excellence; elles s'y sont enchâssées avec la même facilité. C'est de là, surtout, que j'ai tiré la différence sensible des formes qui distinguent les organes de la femme d'avec ceux de l'homme, en laissant néanmoins penser qu'il peut très - bien y avoir une différence primitive qui serve de fondement à la première. J'ai encore fait usage des principes de cet auteur, lorsque j'ai traité des excrétions qui sont particulières au sexe , c'est-à-dire , de la menstruation et du lait.

J'ai cru devoir dire quelque chose de cette fonction qui est fondée sur le concours des deux sexes , et à laquelle lun et l'autre sont déterminés par le besoin de se reproduire , ainsi que la manière dont la nature a voulu que la femme participât à cet acte. Comme, dans celle-ci, la beauté est devenue un des principaux mobiles qui y poussent l'homme, elle a dû natinellement entrer dans mes discussions. Si les médecins pensaient que cela n'est point de leur ressort, ce serait soi-même

PRÉFACE. xlvij

resserrer les bornes de son propre domaine. Quant au secret de la reproduction de l'espèce , elle est encore l'objet des conjectures incertaines des philosophes et des médecins. Aussi tout ce que j'ai pu faire, c'est d'en proposer quelques - unes , et d'en combattre quelques autres.

Dans le chapitre sur le terme de l'accouchement, je me suis arrêté sur une question qui a fait le sujet d'une grande dispute entre plusieurs médecins de la Faculté de Paris. Je me suis décidé pour le sentiment qu'a soutenu M. Petit, sans adopter tout-à-fait la manière dont il l'a soutenu. J'ai vu que dans cette dispute on avait abusé de la comparaison qu'on y fait entre le développement des productions végétales et celui de l'enfant dans la matrice. La distinction importante que M. de Buffon établit entre ces deux classes d'êtres, m'a paru propre à fixer les idées là-dessus. La plupart des opinions ne roulent le plus souvent que sur des jeux d'esprit, de pures idées métaphysiques qui, n'ayant aucune influence sur la réalité des choses , ni aucun rapport avec les objets qui touchent immédiatement après notre bien-être, peuvent être soutenues sans entêtement, et réfutées sans aigreur. Telle est la question des naissances tardives , lorsqu'on n'y considère qu'un écart très-rare dans la marche ordinaire de la nature, et qui, étant très-difficile à constater, ne doit rien changer dans l'ordre établi de la société.

Il n'en est peut-être pas de même des abus introduits par cet art presque inconnu chez les anciens , qui , sous prétexte d'aider la nature à produire des hommes, les empêche quelquefois lui-même de voir le jour, en

xKiij PRÉFACE.

voulant tenter ce quelle ferait mieux que lui; qui énerve dans les femmes, par la mollesse et par l'inutile longueur des précautions, l'instinct qui seul les mettrait en état de s'en passer; enfin qui , par un usage, aussi indécemment que légèrement répété, duministère des hommes auprès des femmes , affaiblit et anéantit à la longue le sentiment qui pare le plus le sexe. J'ai fait quelques réflexions sur cet art prétendu , dans le chapitre qui traite de l'accouchement naturel.

Je termine le tableau par cette fonction qui n'en est pas moins un devoir naturel pour les femmes, quoique la plupart d'entre elles aient pris le parti de s'en dispenser, et soient parvenues à la faire regarder comme une faveur de leur part, lorsqu'elles veulent s'y assujettir, je veux dire l'allaitement. Lorsque la femme s'est acquittée de cette fonction , qui est une de celles qui la distinguent spécialement de l'homme, sa tâche est finie. Après avoir donné la vie à un nouvel être, elle lui a donné la force de la conserver lui-même. Tout ce que la nature avait fait de particulier pour la femme , n'était que pour la conduire là : lorsqu'elle y est arrivée, le plan de la nature est rempli.

'yi*^f //*'.* 'if

Page 1